Conférence de presse à l'issue du Conseil européen | Emmanuel Macron
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:00RelanceRéponse directe
Pourquoi le processus actuel de nomination est-il plus démocratique que le système des spitzenkandidaten ?
- 15:00OuverteRéponse directe
Jens Weidmann serait-il un bon président de la BCE ? Les 27 regretteront-ils Theresa May ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Le rejet des spitzenkandidaten est-il une victoire de l'axe libéral et socialiste ?
- 25:00OuverteRéponse directe
What are you going to do about Iranian Shia militias in the Middle East?
- 30:00OuverteRéponse directe
Le bilan de la Commission Juncker est-il globalement positif ? Quel rôle pour la future Commission ?
- 35:00RelanceRéponse directe
Pourquoi refuser Manfred Weber alors que vous n'aviez pas d'expérience politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 7:00Emmanuel MacronFait
« Il n'y avait pas de majorité au Parlement européen pour le candidat du parti arrivé en tête. »
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... -E.
Macron : Bonjour, mesdames, messieurs. Nous venons donc d'achever un Conseil européen et un sommet de la zone euro qui était important pour les enjeux de fond, d'abord, qu'il portait. Même si je sais que ce ne sont pas forcément les enjeux les plus commentés.
Mais je veux néanmoins ici les rappeler, en tout cas insister sur quelques points. Hier, nous avons adopté, moins d'un mois après les élections européennes, un agenda stratégique pour 5 ans, qui contient à mes yeux les lignes les plus structurantes. Maintenant, les prochaines semaines et prochains mois seront décisifs.
Et je continue, pour ma part, à penser qu'une fois la nouvelle équipe, si je puis dire, d'Europe nommée, il sera essentiel d'avoir autour de ce document une réflexion stratégique pour véritablement installer nos priorités des 5 années à venir. Mais je pense qu'évidemment la priorité climatique a été réaffirmée dans ce document. Je vais y revenir aussi pour nos discussions d'hier, et elles demeurent extrêmement importantes.
Ensuite, sur la défense européenne, la protection des frontières, c'est-à-dire tout ce qui justement permet de protéger l'Europe, d'assurer sa souveraineté. Les priorités ont été réaffirmées dans ce document stratégique pour les 5 années à venir parce que nous avons des décisions très structurantes à prendre et à avancer. Et en matière également de droits sociaux, là aussi, où des avancées ont été faites, j'ai défendu l'idée que dans les 5 années à venir, nous avons à bâtir un nouveau modèle économique et social pour notre Europe, qui passe par de la compétitivité, par de la capacité à investir sur nos priorités.
Mais dans le même temps aussi, à bâtir de la convergence sociale que nous avons pu parfois oublier. C'est pour ça que durant la campagne européenne, nous avons défendu cette idée d'avoir des salaires minimum dans chaque pays. Mais nous avons un agenda social qui doit reprendre son importance, ce document le reconnaît.
Et enfin, la défense de l'Etat de droit qui est évidemment un combat, largement porté d'ailleurs dans la commission actuelle, mais sur lequel nous devons gagner en efficacité et sur lequel l'ambiguïté ne doit en aucun cas gagner les esprits ou les pratiques. Ce document stratégique a fait l'objet, je dois le dire, d'un fort consensus. Maintenant, ce sont les étapes à venir qui seront déterminantes, et notre capacité à attirer 3, 4 objectifs concrets clairs pour la Commission, le Conseil et le Parlement, qui vont s'installer dans les mois prochains.
Nous l'avons vu il y a 5 ans, quand ces priorités sont définies, qu'on décide tout de suite, qu'on prend des décisions fortes, on peut avoir des résultats très concrets. Le plan d'investissement en est une bonne illustration qui avait été lancée dès les 1res semaines de ses responsabilités par le président Juncker. Je le disais, une priorité absolue de cette feuille de route doit être l'ambition climatique, et c'est le message très concret que notre jeunesse, depuis des mois, porte partout en Europe.
C'est le message aussi que nos concitoyens nous ont adressé lors de ces élections européennes. C'est le message que nos scientifiques du monde entier portent depuis plusieurs années. Et je considère que l'engagement que nous devons prendre et continuer de prendre et de mettre en oeuvre est à cet égard structurant.
La réunion d'hier a permis non pas d'obtenir l'unanimité, mais une avancée structurante sur ce point. En effet, au mois de mars dernier, le Benelux et la France, nous étions donc quatre, ont défendu la neutralité carbone en 2050, ce qui fait partie de l'agenda, je le rappelle, de l'accord de Paris, et qui est ce vers quoi nous devons aller, ce que nous nous sommes engagés à faire. Nous étions quatre.
A Sibiu, en mai dernier, nous avons réussi à commencer à bâtir une coalition. Huit autres Etats membres nous ont rejoints, et hier, nous avons constaté que 24 Etats membres adhéraient à cet objectif de neutralité carbone en 2050. C'est ce que reflète le texte de nos conclusions.
J'aurais préféré l'unanimité mais nous n'avons pas voulu sacrifier cette ambition pour 2050 à la recherche en quelque sorte du plus grand dénominateur commun ou si je puis dire, en affaiblissant nos objectifs pour que tout le monde soit d'accord. Je pense que ce combat, nous devons le poursuivre. Les derniers mois montrent qu'il y a eu une vraie avancée et une dynamique, et nous le poursuivrons au niveau européen en parachevant ces travaux, en prenant aussi les décisions qu'il nous revient de prendre en matière de prix du CO2, de taxation aux frontières.
Ca fera partie des débats des prochains mois. Mais c'est aussi le combat que nous mènerons au G20, où évidemment l'ambition climatique sera discutée, au G7 cet été, que préside la France à Biarritz, où plusieurs initiatives seront prises, et aux Nations unies, puisque le secrétaire général des Nations unies a fait du climat sa priorité : organiser un sommet pour le climat en septembre où comme vous le savez la France a été chargée en particulier des sujets financiers avec la Jamaïque, mais où nous devons être fortement mobilisés. Il est clair que l'Europe dans ce contexte-là ne peut pas donner le sentiment ni agir sans prendre en compte nos priorités, les évidences scientifiques et cet engagement international sur lequel nous devons être leader.
La discussion d'hier a permis également d'échanger sur les relations extérieures. Je reviendrai sans doute sur plusieurs aspects dans les questions. Mais je voulais ici également redire l'engagement réitéré par l'ensemble du Conseil en soutien et solidarité à Chypre suite aux incursions turques dans la zone économique exclusive.
Et le fait que nous avons tenu un langage clair en la matière pour qu'aucune ambiguïté ne soit permise. Je veux ici redire à nos amis chypriotes, en effet, tout ce soutien. Nous avons évoqué ce matin le renforcement de la zone euro en présence de Mario Draghi et Mario Centeno, le président de l'Eurogroupe.
Après l'accord franco-allemand de Meseberg, je vous le rappelle, en juin 2018, nous avions scellé un accord à 27 en décembre 2018 pour renforcer nos mécanismes de sauvetage en cas de crise, créer un budget de la zone euro pour favoriser la convergence de nos économies. Et donc le sommet de ce matin, en quelque sorte, faisait le bilan du travail de nos ministres des Finances. Un accord d'ensemble pour mettre cela en oeuvre a été trouvé la semaine dernière par nos ministres et nous l'avons soutenu ce matin.
Mais je vais être ici très clair : c'est une bonne avancée, elle est en ligne avec nos demandes. C'est une avancée qui forme un tout à mes yeux. Il y a les avancées qui ont été faites sur le mécanisme européen de stabilité, avec en particulier la simplification de ces mécanismes en cas de crise, et il y a les avancées faites sur le budget de la zone euro avec cet objectif de convergence et de compétitivité.
C'est un ensemble et l'un ne peut pas fonctionner sans l'autre. Néanmoins, l'accord de la semaine dernière va dans la bonne direction mais n'est pas suffisant. Il n'est pas suffisant parce qu'il n'a pas répondu à plusieurs sujets qui sont évidemment indispensables pour faire fonctionner un tel budget.
La question de la gouvernance, la question du financement. Il est clair que nous devons pouvoir dans ce budget faire appel à des financements additionnels et il est clair que nous avons besoin d'une gouvernance à 19 si nous voulons que ce soit un budget de la zone euro. Et donc j'ai demandé et réaffirmé ce matin que le travail puisse se poursuivre pour que ces questions soient clarifiées.
Il nous faut en effet un budget de taille suffisante, crédible, respectant ces ambitions et à la gouvernance propre pour ne pas être confondu avec une ligne budgétaire des 28. J'ai aussi rappelé qu'il n'y avait pas eu de consensus en décembre dernier pour assigner à ce budget un objectif de stabilisation, ce qui avait été acté en franco-allemand, parce que plusieurs de nos collègues n'étaient pas en accord avec cela. Je considère pour ma part qu'il ne faut pas perdre cet objectif de stabilité et de stabilisation.
Pourquoi ? Parce que la convergence est une chose que nous avons réaffirmée, qui est un des objectifs de ce budget, mais la stabilisation est indispensable. Si nous voulons que la zone euro puisse dûment fonctionner, eh bien, toutes les théories montrent que quand on partage la même monnaie, on doit pouvoir avoir des instruments qui permettent de répondre aux chocs asymétriques et donc avoir un mécanisme de stabilisation.
De fait, aujourd'hui, cette fonction d'un budget est remplie par le Mécanisme, en effet, européen que je rappelais tout à l'heure et que nous avons modifié. Mais ce dispositif, on le voit, n'est pas complet. Et donc il nous faudra aussi poursuivre cette fonction de stabilisation.
Et c'est pourquoi le texte d'aujourd'hui a fait l'objet d'un consensus. Il va dans la bonne direction et il permet d'avancer en ligne avec nos conclusions de décembre mais il n'est pour moi qu'une étape. Et la nouvelle Commission, comme les 5 années qui viennent, doivent nous permettre de porter, d'aller beaucoup plus loin sur ces ambitions, d'aller au bout de la fonction de stabilisation, d'acter évidemment la réforme du mécanisme européen, mais de bâtir un véritable budget avec gouvernance propre et financement suffisant.
Enfin, nous avons bien évidemment évoqué durant le dîner d'hier et dans beaucoup de conversations séparées, le sujet des nominations européennes et donc des femmes et des hommes qui devront porter ce projet avec les chefs d'Etat et de gouvernement durant les années qui viennent. Nous n'avons pas fini ce travail hier soir, vous le savez, mais nous avons progressé en clarifiant la situation et en nous donnant des règles. Qu'est-ce qui ressort des discussions d'hier soir ?
Plutôt d'hier. D'abord, il est apparu hier matin clairement qu'il n'y avait pas de majorité au Parlement européen pour le candidat du parti arrivé en tête. Ce sont des discussions rendues publiques par les chefs de groupes qui en ont fait état avant même le début de nos réunions.
Et ensuite, le président Tusk a clairement établi, en début de notre discussion, qu'il n'y avait pas de majorité claire et donc qu'il y avait au moins des minorités de blocage, voire plus, contre l'ensemble des candidats qui sortaient du système de spitzenkandidat. Ce qui veut dire que ce système, eh bien, n'a pas été retenu comme valide, puisque je le rappelle, et je l'ai constamment rappelé : pour pouvoir être président de la Commission, il faut une double majorité. Il faut une majorité au Conseil, qui propose, et il faut une majorité au Parlement, qui accepte.
Et aucun des 3 candidats qui sortaient de cette procédure, de fait née il y a 5 ans, n'est apparu comme faisant l'objet d'un consensus. Forts de cela, nous avons acté l'impossibilité que ces trois candidats puissent exercer en particulier la présidence de la Commission et nous avons décidé de relancer une procédure qui sera pilotée par Donald Tusk, qui consiste à ce que d'autres noms émergent et que des équilibres soient trouvés entre les chefs d'Etat et de gouvernement autour de la table pour que les sensibilités qui sortent de nos élections européennes puissent permettre de faire émerger en particulier les quatre noms principaux, je dirai plutôt les trois, sur lesquels le Conseil a un rôle tout particulier durant la semaine qui vient. Cette procédure, qui va donc faire l'objet de consultations tout au long de la semaine par le président Tusk, sera doublée de consultations des familles politiques au Parlement, conformément, d'ailleurs, à l'esprit et la lettre de nos traités, pour pouvoir aboutir à un résultat.
Ce qui veut dire que nous sommes libérés de noms contraints mais que ce choix se fera dans le cadre de cette concertation en reflétant les sensibilités politiques qui sortent des élections. L'autre élément important qui ressort de notre discussion d'hier, c'est l'engagement de tous les chefs d'Etat et de gouvernement pour que nous puissions achever ce travail le 30 juin. C'est un élément d'abord de crédibilité, un mois après les élections européennes, et c'est un élément de bon fonctionnement institutionnel, puisque c'est prendre l'engagement, eh bien, de le faire avant la première session du Parlement européen et donc de pouvoir avoir un Parlement qui se réunit avec une pleine visibilité sur les choix faits par le Conseil pour ce qui dépend de lui.
Pour ma part, je tiens à ce qu'on respecte dans ce processus plusieurs critères, qui ont été rappelés et qui font l'objet, d'ailleurs, d'engagements communs. Le premier, je viens de le dire, c'est une décision rapide. Qu'on tienne cet objectif du 30 juin.
Et je ne crois pas une seule seconde que procrastiner aidera à trouver une solution. Nous avons montré par le passé qu'à chaque fois qu'on essayait cette méthode, elle était peu productive. Le deuxième, c'est qu'on aille vers un choix d'équilibre sur les quatre postes. d'équilibre, d'une part de genre, entre femmes et hommes.
Pour ma part, je ne soutiendrai pas une solution qui ne serait pas équilibrée sur ce sujet. Et d'équilibre géographique aussi. Nous devons respecter l'ensemble des composantes géographiques européennes.
Et il est clair qu'en particulier, les États de l'est comme ceux du sud doivent avoir une représentation, en tout cas être reflétés dans cet équilibre d'ensemble. Et puis, le troisième critère, c'est une exigence de compétence au plus haut niveau d'expérience pour porter ce projet en l'incarnant dans un monde où l'Europe doit faire entendre une voix forte. Je l'ai dit à plusieurs reprises.
Moi, je ne me bats pas pour une nationalité. On m'a plusieurs fois posé la question. On a toujours...
Evidemment, quand on est chef d'Etat au gouvernement, on veille à ce que là aussi des équilibres soient tenus et à ce qu'on ne soit ni marginalisé ni que tel ou tel autre soit surreprésenté. Parce qu'à ce moment-là, l'Europe avance mal. Ce n'est pas une histoire d'hégémonie, notre Union européenne.
Mais je pense que le critère que nous devons tous poursuivre, c'est le critère de compétence, de qualité. Parce que trop souvent par le passé, nous avons trouvé des compromis, vers des personnalités qui ne portaient peut-être pas avec le plus de force le projet. Et donc je suis pour qu'on puisse avoir les meilleurs autour de la table.
Début juillet, nous aurons cet agenda stratégique, une équipe d'Europe, et nous pourrons ainsi mettre en oeuvre une nouvelle étape du projet européen, qui est absolument indispensable à mes yeux. Je vais maintenant répondre à toutes vos questions. -Rym Momtaz de "Politico".
Votre critique desdits spitzenkandidats a toujours été depuis le début que vous estimez qu'ils ont un déficit démocratique. Comment est-ce que le processus actuel, où vous vous enfermez dans une chambre où il n'y a pas de réseau de portables, où certains d'entre vous, dont vous, ne dites pas quels seront vos candidats, est plus démocratique et plus transparent ? Et donc sur ça, est-ce que vous allez nous en dire un peu plus sur cette procédure sur laquelle vous vous êtes mis d'accord ?
Et sur le budget, qu'est-ce qui bloque encore ? -E. Macron : Alors, sur la première question, moi, je crois que ce qui est démocratique, c'est de respecter nos constitutions.
Nous avons décidé d'organiser des procédures. Nous les avons soumises ou à nos Parlements ou à nos peuples. Ce sont nos traités.
Que disent nos traités ? C'est ça, ce qui est démocratique. Ce sont les règles qu'on s'est données à nous-mêmes.
Nos traités disent : la présidence de la Commission, c'est quelqu'un qui est proposé par le Conseil et soumis pour approbation au Parlement. Pardon de vous le dire, mais... respecter les règles qu'on s'est données à soi-même de manière démocratique, je crois que c'est assez démocratique.
Et donc, en quelque sorte, il y a une espèce d'air ambiant qui voudrait que le Conseil n'exerce plus ses fonctions. Celles et ceux qui sont autour de la table du Conseil sont élus démocratiquement. Ils ont tous fait l'objet d'élections soit au suffrage universel direct soit du jeu parlementaire dans leur pays.
Ils ne sont pas moins légitimes que des parlementaires européens pour décider de cela, surtout quand les textes, qui sont les nôtres, leur assignent cette fonction. Donc moi, je suis pour que chacun remplisse le rôle, les fonctions, les missions qui sont les siennes de par nos traités et pas plus. Donc je suis pour qu'on respecte absolument le Parlement européen dans ses compétences et ses missions totalement mais à ce qu'on ne se dessaisisse pas des fonctions qui sont les nôtres.
C'est notre rôle de le faire. Et c'est une discussion à 28. Donc elle n'est pas cachée...
C'est une discussion à 28. Comme toute décision, elle se prépare. Et donc il y a des gens qui ont des préférences, il y a des accords et des désaccords.
Et je pense que ce n'est pas une mauvaise règle que de dire on n'étale pas au grand jour ses accords et ses désaccords. Parce que sinon ça crée des situations qui, en quelque sorte, viennent polluer la discussion, en tout cas la détournent de son objectif final, qui est d'avoir, de tenir les équilibres que j'évoquais et d'avoir les meilleurs. Parce qu'on en fait des sujets d'ego.
Parce que quand on révèle le désaccord de l'un avec l'autre, ça devient un sujet de personne. Donc vous n'avez pas réussi à imposer votre candidat. Les gens se crispent, parce que la discussion devient publique, parce que les tweets se multiplient, qui disent : "Untel était le candidat de tel dirigeant." Donc ça pollue la discussion.
Il faut qu'on ait une discussion qui soit la plus apaisée possible qui prenne acte des accords et des désaccords. Mais on va construire quelque chose ensemble, et donc on va le faire ensemble. Mais je pense que c'est très démocratique, parce que nous sommes tous autour de la table élus démocratiquement et que nous respectons ce que nos traités prévoient.
Et donc simplement, il faut accepter cette procédure et elle se fait en plein respect du Parlement. D'abord parce que nous allons faire ces choix en regardant les équilibres politiques qui ressortent des élections européennes, ce qui est l'esprit des traités, et nous le ferons avec un processus d'échange permanent du président du Conseil avec les groupes politiques du Parlement. Et à la fin, il y aura un vote au Parlement d'approbation.
Voilà. Sur le budget, d'abord, beaucoup de choses ont avancé. Oserais-je vous dire que lorsque...
Je vous rappelle ce qui a été dit à ce moment-là, quand j'ai proposé à la Sorbonne un budget de la zone euro, on m'a dit : "Sympathique, le Président. "C'est pas la première fois qu'on l'entend, ça ne marche jamais. "Il remballera dans les cartons." On a mis du temps.
Juin 2018, Meseberg. Accord franco-allemand. Jamais il n'y avait eu un accord franco-allemand sur l'idée d'un budget de la zone euro avec les fonctions de convergence et de stabilité.
Juin. Décembre 2018, nous faisons avancer cela à 27 en sommet zone euro, et nous avons un accord. Il n'y a pas de consensus sur la stabilité.
Pourquoi ? Parce qu'une partie des membres de la zone euro, comme d'ailleurs des non-membres, n'adhère pas à cette idée. Et ils n'y adhèrent pas pourquoi ?
Parce que nous sommes encore dans, si je puis dire, les suites de la crise de 2008-2010, et pour un certain nombre d'Etats membres, de familles politiques, d'Etats, l'idée d'avoir une fonction de stabilité au sein de la zone euro est quelque chose qui pourrait recréer de l'aléa moral et, en quelque sorte, enlever de la pression sur certains Etats, enlever du sérieux budgétaire et recréer des situations de déséquilibre. C'est ça, la réalité. Je pense que cette idée est fausse, mais il nous appartient de convaincre.
Et je pense qu'on progresse avec le temps. Je pense que d'ailleurs, l'Europe se serait remise beaucoup plus rapidement de la crise de 2010 si elle avait eu une fonction de stabilisation parce qu'on aurait évité la récession dans les pays qui avaient subi la crise, mais il faut poursuivre. Donc il y a des désaccords qui sont, si je puis dire, de principe sur cette fonction-là et une prudence de certains.
Mais il y a un grand respect et des avancées. Donc moi, je regarde tout ce qui a été fait depuis un an et demi et en particulier ce qui a été fait ces 6 mois. Mais je vous le dis en même temps avec la même franchise, je considère qu'on n'est pas arrivé.
Donc on a encore des pas à franchir pour parachever cela. -Bonjour, monsieur le Président. Jean-Baptiste Vey de l'agence Reuters.
Il est donc sûr que les candidatures Weber, Timmermans et Vestager pour la présidence de la Commission sont écartées. Jens Weidmann, qui a tant critiqué l'action de Mario Draghi, ferait-il, selon vous, un bon président de la BCE ? Et les 27 regretteront-ils bientôt Theresa May ? -E.
Macron : Bon. Pour la 1re question, le président Tusk a hier clairement établi qu'il n'y avait pas de majorité pour les 3 candidats évoqués. Et donc la conclusion légitime et qu'il a demandé que d'autres noms soient proposés.
Donc la réponse est oui. Pour le 2e nom, il m'appartient pas d'être l'arbitre des élégances. Mais pour ma part, ayant toujours soutenu avec force l'action et le courage de Mario Draghi, à qui je veux ici rendre hommage, puisque c'est sans doute le dernier sommet de la zone euro qu'il a partagé avec nous...
Il fait partie des grands dirigeants de l'Europe des dernières décennies. Mario Draghi, je l'ai souvent dit, c'est une leçon pour tous les dirigeants que nous sommes. On fait beaucoup de communiqués qu'on a oubliés 15 jours après.
Lui, un jour d'été 2012, il a dit juste quelques mots : "Whatever it takes" et l'action a été immédiate et le souvenir en est encore lumineux. Et donc je suis très heureux, mais très heureux, que les membres qui se sont alors fortement opposés, qui ont fait des recours juridiques contre les décisions de Mario Draghi contre l'OMT. Tous les mécanismes mis en place se convertissent, peut-être sur le tard mais se convertissent avec vigueur à cela.
Je pense que ça veut dire qu'on a tous du bon en nous et qu'on peut tous s'améliorer. Et donc j'en tire d'abord et avant tout une leçon d'optimisme pour la nature humaine. Enfin, votre dernière question...
Pardon ? (Propos inaudibles) J'ai dit que j'étais pas l'arbitre des élégances là-dessus, j'en tire qu'une conclusion d'optimisme. (Propos inaudibles) D'abord, nous regretterons Theresa May.
Parce que nous regretterons son pays. C'est le 1er point, je l'ai toujours dit. Moi, je considère que le Brexit est une mauvaise nouvelle pour l'Europe.
Et ensuite, Theresa May a été durant tout le long des négociations qu'elle a eu à conduire et avec nous d'une formidable loyauté et d'un formidable respect. Elle n'a jamais cherché à bloquer l'Europe. Nous avons passé beaucoup de temps, on a eu parfois des désaccords - vous connaissez mes positions -, mais elle n'a jamais pris en otage les discussions sur l'avenir, et elle a toujours fait avec un grand respect pour les autres chefs d'Etat et de gouvernement.
Je ne sais pas qui arrivera ensuite. Je ne veux pas m'immiscer dans la vie politique intérieure britannique, mais j'espère que ce sera la même décence et le même esprit de sérieux et de responsabilité qu'elle a eus, et j'espère surtout que collectivement, nous arriverons à prendre une décision parce que je crois que maintenant, c'est surtout cela, ce qui est attendu de nous. -Bonjour, monsieur le Président, ...pour le journal "Le Soir".
Vous avez évoqué hier le fait que le système de spitzenkandidat est un système partidaire, les partis étant redevables vis-à-vis d'eux-mêmes de ce système qui maintenant doit être levé. Mais si ce système est défait, c'est sous l'effet, sous votre effet avec la collaboration du Premier ministre Sanchez et donc d'un axe libéral ou macronien, si vous me permettez l'expression, et socialiste. Est-ce que c'est une analyse exacte ?
Est-ce que ce n'est pas une autre façon de faire réapparaître les dynamiques qui font fonctionner le système européen, c'est-à-dire les dynamiques de parti ? Merci. Il y a des dynamiques politiques philosophiques de conviction, c'est normal, c'est la vie démocratique.
Elles sont autour de la table du Conseil. Mais je pense que ce qui est important, c'est que les dirigeants du Conseil se sont exprimés comme dirigeants du Conseil. Et ils ne se sont pas vu imposer un schéma de l'extérieur par des partis.
C'est ça qui est différent, et c'est l'esprit de notre traité. Je l'ai souvent dit, moi, je n'ai pas d'opposition de principe au spitzenkandidat. Je dis juste : si on dit c'est la tête de liste aux européennes qui doit être le président de la Commission, alors il faut changer nos traités, d'une part, c'est-à-dire il faut rendre notre système beaucoup plus parlementaire, mais il faut aller au bout de la logique, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait des vraies listes européennes, que ces têtes de liste soient vraiment européennes, qu'elles fassent campagne en Europe sur des listes qui sont à travers l'Europe.
C'était d'ailleurs une proposition que j'avais faite. Les mêmes qui ont refusé cette proposition voudraient dire : "Non, nous, on va continuer à faire comme avant." Ben non.
Parce que ça n'est pas conforme aux traités, ça n'est pas vraiment démocratique. Donc vous avez raison d'y voir simplement la volonté de plusieurs dirigeants de ne pas céder à des oukases, d'être attachés à l'esprit et la lettre de nos traités, et aussi de dire : quelque chose a changé avec cette élection, parce que des équilibres politiques et philosophiques sont nouveaux. Il est impossible pour la 1re fois depuis 1979 d'avoir la majorité à 2 partis.
Il faut un équilibre plus large. Il y a une volonté de renouvellement, de nouvelles problématiques qui émergent. Donc il faut là aussi savoir moderniser nos propres pratiques. -...
Monsieur le Président, je peux demander ma question en anglais. In the Middle East, there are a lot of Iranian Shia militias. They are doing terrible things, as you know, in Yemen, Bahrain and Iraq and Syria.
So what are you going to do about this ? Thank you. -E.
Macron : Ecoutez, sur ce sujet, d'abord, moi, je suis très attaché à ce que l'escalade soit évitée dans la région. Il y a des sujets de tension que vous rappeliez, des actions que vous venez de qualifier. Depuis plus de 2 ans, la voix que je porte est celle qui consiste à dire : nous avons besoin d'aller plus loin en termes d'équilibres régionaux.
Nous avons besoin d'avoir un agenda avec l'Iran et nos partenaires de la région qui permettent justement de régler ces crises. Nous avons besoin de continuer à encadrer les activités nucléaires iraniennes, y compris, d'ailleurs, pour aller plus loin dans le temps, mais nous devons absolument éviter l'escalade. Et donc moi, j'invite toutes les parties, d'abord à la raison, à la désescalade et maintenant à la discussion.
Comme vous le savez, plusieurs contacts ont été pris et se poursuivront avec les autorités iraniennes pour d'abord passer ce message et aussi pour essayer de voir les terrains de discussion que l'on peut avoir. Le G20 sera un rendez-vous important parce que beaucoup de dirigeants qui ont un rôle aux Nations unies et dans la région seront autour de la table. Et ce sera pour moi, un moment important de discussions et d'échanges.
Et donc les contacts bilatéraux se poursuivront dans les prochains jours et prochaines semaines. Et le G20 doit être pour moi l'occasion d'essayer de construire des solutions diplomatiques concrètes à cette situation qui ne peut pas durer parce qu'il y a trop d'instabilité et de tensions, mais pour laquelle nous devons tout faire pour qu'il n'y ait pas d'escalade. -Oui, monsieur le Président, bonjour.
Pascal Verdeau. Je suis le correspondant de "Soir 3", le journal européen du service public. Je voulais vous poser une question sur le bilan de la Commission Juncker.
La Fondation Schuman vient de publier un rapport qui dit en gros la chose suivante : ce fut une commission ou c'est encore une commission qui a été moins technocratique et plus politique. Est-ce que vous partagez ce constat ? Est-ce que vous considérez que le bilan de M.
Juncker, comme disait Georges Marchais est globalement positif ? Et quel rôle souhaitez-vous assigner à la future Commission ? La transformer en une sorte de secrétariat du Conseil ou lui redonner un petit peu sa force de proposition politique ? -E.
Macron : Je pense que pour reprendre votre formule, en effet, le bilan est globalement positif. Je pense que la Commission Juncker a été beaucoup plus politique. Je pense qu'il a pris des bonnes décisions dès le début, d'organisation en cluster, par exemple.
Il a pris aussi des bonnes décisions en ayant une simplification de l'organisation administrative en limitant le nombre de textes, en réduisant même les textes existants et en fixant des priorités claires. Donc oui, je trouve qu'il faut rendre hommage à ce travail qui a été extrêmement important. Ensuite, je pense que sur beaucoup de sujets qui n'étaient pas d'évidence, la commission a permis de faire avancer les choses.
Il y a eu un vrai engagement sur le climat. Jamais démenti. Certains Etats membres ont été plus réticents que d'autres, mais l'engagement climatique de la Commission a été réel.
Il y a eu un vrai engagement sur les sujets de souveraineté. Par exemple, la défense de nos intérêts économiques, la défense en matière de défense de nos projets qui a été véritablement permise par une implication forte de cette commission. Il y a eu un vrai esprit de responsabilité en matière aussi migratoire où il faut bien le dire, ce sont plutôt les Etats membres qui ont bloqué les avancées là où la Commission a proposé des textes importants.
Pour ma part, je souhaite que la prochaine Commission puisse garder ce caractère très politique et stratégique. Je souhaite qu'on puisse clarifier sur des points clés une ambition accrue. Je souhaite qu'on aille beaucoup plus vite et plus loin sur l'intégration économique et monétaire, et donc qu'on accepte aussi des gouvernances propres à 19, ce que nous n'avons pas su suffisamment faire.
Ca, c'est pas la responsabilité de la Commission, mais c'est notre impetus politique. Deuxièmement, je souhaite qu'on aille beaucoup plus vite, plus fort sur le sujet migration, sur le sujet climatique, sur le sujet de la coopération avec l'Afrique et sur les sujets en général de souveraineté de l'Europe. Donc il y a des acquis réels, mais je souhaite que, voilà, en clarifiant ces ambitions, on arrive à aller collectivement plus vite et plus fort.
Enfin, sur le rôle de la Commission, en aucun cas je ne souhaite que la Commission ne devienne le secrétariat du Conseil. Je suis pour ma part attaché à la méthode communautaire pour ce que nous avons défini et accepté de rendre communautaire parce que c'est aussi ce qui permet sur certains sujets de ne pas être l'otage de l'unanimité, il faut bien le dire, et donc d'avancer. Et je le rappelle, la Commission, c'est aussi la garante de l'intérêt général européen.
Aucun...
Nous devons tous essayer de nous élever à ce niveau, mais aucun Etat membre ne peut prétendre l'être à lui seul parce qu'il défend toujours ses intérêts propres. Je pense que c'est très important de garder ce rôle de la Commission et de ne pas la réduire, et donc il doit y avoir des sujets qui restent intergouvernementaux. Mais je pense que nous devons aussi redonner de la force à la méthode communautaire qui est indispensable pour avancer, décider vite sur des sujets stratégiques dans un monde complexe.
Je peux prendre une dernière question. -Agence de presse allemande DPA. Monsieur le Président, vous êtes devenu président de la République très, très jeune sans avoir beaucoup d'expérience au niveau politique.
Pourquoi est-ce que ce n'est pas possible pour vous de donner à Manfred Weber une chance de devenir président de la Commission ? Merci. -E.
Macron : Pour une raison assez simple. C'est que moi, je me suis présenté devant le peuple français, et le peuple français en est le juge. Manfred Weber se serait présenté devant le peuple européen qui aurait dit : "On veut que ce soit notre président de la Commission." Pas de problème.
Mais il s'est présenté comme tête d'une liste en Allemagne. La belle affaire, mais c'est pas ça. Nous, on a des textes, en France.
Je sais combien les Allemands sont attachés à la Constitution. A raison. On a une constitution en France qui dit que le président de la République, c'est celui ou celle qui est élu par le peuple français.
En effet, j'avais peu d'expérience politique, contrairement à Manfred Weber. Néanmoins, j'avais pu être ministre. Je me suis présenté devant le peuple français, j'ai été élu.
C'est le peuple français qui en décide souverainement. Nous avons une Constitution européenne et des traités. Que disent ces traités ?
Président de la Commission, ce sont les dirigeants du Conseil qui le choisissent et il est validé par le Parlement. Comme les Allemands, j'aime la Constitution. Si un jour le peuple européen décide de se doter d'une constitution ou de traités qui disent : "Le président de la Commission est élu par le peuple européen "dans le cadre des élections européennes." On fera des vraies élections européennes, et à ce moment-là, n'importe qui, d'un âge qui sera défini par nos traités, pourra être directement élu président de la Commission.
Mais ce ne sont pas nos traités actuels. Merci beaucoup. Donc nous continuons.
De toute façon, nous nous retrouvons dimanche prochain. ...
Emmanuel Macron