Vote de confiance, mouvement du 10 septembre… L'interview en intégralité de Jordan Bardella
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— Bonsoir, Jordan Bardella. — Bonsoir. Bonsoir aux Françaises et aux Français qui nous regardent.
— Et merci d'avoir accordé à BFM TV votre premier grand entretien de rentrée ici depuis la foire de Chalon, l'un des grands rendez-vous agricoles en France après le Salon d'agriculture, ce qui explique d'ailleurs ce décor. Hier, c'était François Bayrou, ici même, qui a arpenté ses mêmes allées. Le Premier ministre, justement, et cette annonce lundi, un vote de confiance demandé. Je vais évidemment vous interroger sur les suites l'après 8 septembre. Mais d'abord, j'ai envie de vous interroger sur le moment politique que nous vivons, très particulier. Est-ce que finalement, François Bayrou vous a surpris lundi quand vous avez écouté sa déclaration devant la télévision ?
Est-ce que vous attendiez à telle accélération du calendrier ?
— Non, je crois qu'on arrive au bout d'un système. Lors des précédentes élections législatives, le peuple français s'est exprimé. Il a choisi de rejeter la politique d'Emmanuel Macron, la politique qu'il mène depuis 2017 et qui fait souffrir beaucoup de nos compatriotes, une politique de pression fiscale, de pression normative sur nos entreprises, de laxisme à l'égard de l'insécurité et de l'immigration massive. Et les Français se sont exprimés lors des dernières élections législatives pour le changement.
À l'issue de ces élections législatives, en tout cas du premier tour où nous sommes arrivés en tête, les macronistes et l'extrême-gauche ont fait le choix, main dans la main, de se désister l'un pour l'autre, dans le but non pas seulement d'empêcher le RN de gagner, mais de créer un blocage et une paralysie dans le pays au prix de la stabilité de nos institutions. On est aujourd'hui dans une impasse démocratique, une impasse de long terme, et je fais partie de ces Français qui considèrent que la situation actuelle ne pourra tenir jusqu'en 2027.
Et parce que les urgences du pays, parce que le quotidien des Français continue à se dégrader, nous avons besoin d'une majorité claire, d'un cap clair, et nous avons par définition besoin que le président de la République sorte le pays de l'impasse, assume sa responsabilité et revienne devant les Français, soit par l'intermédiaire d'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale, et cela sous-entend que le résultat du premier tour des élections législatives soit respecté et que, je dirais, le second tour des élections puisse se jouer à la loyale, ou qu'il en tire les conséquences et qu'il démissionne et provoque une nouvelle élection présidentielle parce que...
Mais si on va venir sur les scénarios, sur les possibles scénarios à venir après le 1er septembre...
Mais voyez bien que la situation, pardon, mais la situation dans laquelle on est aujourd'hui, elle était prévisible.
Donc devant votre télé lundi après-midi, vous ne vous dites pas quelle folie, vous ne vous dites pas encore une fois...
C'est de la part des gens qui nous dirigent, je ne m'attends à rien, mais on est quand même déçus lorsqu'on les entend. Comment est-ce que le Premier ministre pouvait se dire que le Rassemblement national, qui combat la politique d'Emmanuel Macron, qui dirige main dans la main le pays avec les Républicains de M.
Retailleau aujourd'hui, pourrait voter la confiance à un gouvernement qui, depuis 7 ans, 8 ans maintenant, accuse tous les records de dette, les records de déficit public, les records de déficit commercial, un niveau de perte aujourd'hui de confiance dans la capacité de l'action publique à changer le quotidien des gens, qui est aujourd'hui à des niveaux tels qu'il est impossible d'avoir confiance dans un gouvernement...
Alors que vous l'avez quand même épargné depuis sa nomination à Matignon. 8 motions de censure, vous n'en avez voté aucune. Vous parliez, vous et certains de votre parti, d'une forme de bienveillance sous surveillance. Vous partagiez quelques lignes avec François Bayrou sur la proportionnelle, sur la Banque de la démocratie. Il a apporté son parrainage à Marine Le Pen en 2022. Ça faisait partie d'une forme de compatibilité décrite. Pourquoi décider de le faire tomber tout de suite et ne pas attendre de possibles négociations et de la présentation du budget ?
Où est la proportionnelle ? Où sont les annonces qui ont été faites par François Bayrou lorsqu'il est arrivé à Matignon ? Vous savez, nous, on a été très responsables lorsque le gouvernement de M. Barnier a présenté un budget qui prévoyait une hausse de 40 milliards d'euros supplémentaires des prélèvements obligatoires dans un pays qui est déjà parmi les plus fiscalisés au monde. On a dit trop, c'est trop. Et en censurant ce gouvernement, le premier gouvernement de cette nouvelle mandature législative, on a été capable de protéger les Français.
Grâce au Rassemblement national, les Français ont vu au mois de février 2025, vu les factures d'électricité baisser pour 24 millions de ménages français. Les médicaments n'ont pas été déremboursés. Et les pensions de retraite ont été réindexées sur l'inflation dès le 1er janvier de l'année 2025.
Et ça a créé, certains vous disent, une instabilité réelle.
Non, ça n'a pas créé d'instabilité. On avait dit...
Ça a eu un coût, cette censure. Certains la chiffrent à 12 milliards d'euros, 0,3 points de PIB.
Ce qui a un coût, c'est les 1 200 milliards d'euros de dettes supplémentaires. Et parce qu'on est responsables, on a laissé François Bayrou présenter ses lignes directrices. Même si on avait peu d'espoir sur la possibilité d'une rupture franche avec la politique d'Emmanuel Macron, on n'a jamais fait le choix du pire du scénario qui pourrait contraindre au désordre. Donc on a été responsables du début à la fin. Et cet été, Marine Le Pen a pris la plume pour écrire à François Bayrou. Elle lui a présenté nos pistes pour faire des économies dans la mauvaise dépense publique pour permettre à ce budget de redonner de l'oxygène aux Français.
Elle a fait le choix de lui présenter nos lignes rouges et de lui indiquer que nous étions disposés à lui expliquer, à travailler sur de potentielles passerelles en l'attente de nouvelles élections.
Il n'y a eu aucun contact durant l'été ?
Monsieur Bayrou n'a pas répondu à ce courrier.
Parce que vous étiez en vacances, voilà ce qu'il répond.
Oui, sans doute faisait-il la sieste. Parce qu'en l'occurrence, c'est lui qui n'a pas répondu à notre courrier. Donc, oui, moi je veux bien être le plus responsable de tous. On n'a jamais fait le jeu du désordre. Et c'est ce qui nous distingue très certainement de la gauche et de l'extrême gauche.
Mais je crois que lorsqu'on présente aux Français un budget qui prévoit de supprimer deux jours fériés, qui sont sacralisés dans le calendrier du pays, dans le calendrier de la vie des Français, lorsqu'on propose de faire 20 milliards d'euros d'augmentation des prélèvements obligatoires et que de l'autre côté, on augmente la dépense publique de 30 milliards d'euros sans faire la moindre économie dans la mauvaise dépense publique, alors les Français se disent, nous n'avons pas confiance dans ce gouvernement.
Jordan Bardella, j'aimerais juste qu'on remonte un tout petit peu le fil. François Béroux s'exprime lundi, vous réagissez sur vos réseaux sociaux, jamais le RN ne votera la confiance. Durant quelques instants, plane un doute, peut-être que votre parti pourrait s'abstenir. Marine Le Pen embraye le pas, écrit sur ses réseaux sociaux également, le RN votera contre la confiance. Est-ce que vous aviez peut-être une différence de stratégie entre elle et vous ? Peut-être vous souhaitiez-vous attendre peut-être des négociations de faire tomber François Béroux ? Pas du tout ?
Pas du tout.
Ces lectures-là et ces commentaires peut-être qui ont été témoignés ?
Lorsque le Premier ministre s'est exprimé, j'ai exprimé ce qui correspondait, je crois, à la volonté des Français qui nous ont accordé leur confiance lors des dernières élections. Et je le crois d'une majorité de Français. Nous voterons évidemment contre la confiance. Le Premier ministre a souhaité recevoir les chefs de partis politiques. Nous nous y rendrons avec Marine Le Pen parce qu'encore une fois, à chaque fois que la République nous convoque, nous répondons à son appel et que nous avons le premier groupe de parlementaires à l'Assemblée nationale, la troisième force du Parlement européen.
Par conséquent, il est normal que nous allions dire les yeux dans les yeux à François Béroux que la politique qu'il conduit est mauvaise et que sans rupture franche avec le macronisme, ils condamnent eux-mêmes les responsables politiques, le pays à une impasse démocratique.
Vous lui direz que sa politique conduit à une impasse, mais vous lui direz quoi d'autre ? J'ai envie de vous dire, quoi qu'il vous propose, il dit tout est négociable, tout est amendable, ce sera non au vote de confiance le 8 septembre. Si par exemple, vous citiez les jours fériés, si dans cette semaine qui nous amène au 8 septembre, il revient là-dessus, s'il revient sur l'abattement pour les retraités, est-ce que vous vous dites, bon, on revoit notre position ? Est-ce que ça fait partie d'un scénario envisageable ?
Je commence à avoir un petit peu d'expérience en politique. Je ne crois pas au Père Noël et je ne suis pas naïf non plus. Tant qu'on demandera des économies aux Français qui bossent, aux Français qui se lèvent tôt, aux Français honnêtes, aux Français qui respectent les règles, aux Français qui travaillent, eh bien le Rassemblement national sera toujours sur le chemin de ces dirigeants politiques qui, plutôt que d'aller faire des économies dans la mauvaise dépense publique, font le choix de demander des efforts toujours aux mêmes. Comment expliquer aux Français qu'on va augmenter de 20 milliards d'euros les prélèvements obligatoires ? Ils ne reviendront pas dessus.
Et que, dans le même temps, on continue d'accueillir 500 000 personnes chaque année qui rentrent dans notre pays. Je rappelle que 50 000 personnes ont un visa de travail parmi les personnes qui arrivent dans notre pays chaque année. Les 450 000 autres, que font-ils et qui payent ? M. Bayrou projette d'augmenter la contribution de la France au budget de l'Union européenne de 5 à 7 milliards d'euros.
Une augmentation en baisse. Certains ont vu un geste avant en contre au Rassemblement national.
Elle augmentera de 5 milliards d'euros, madame. Elle était prévue à un peu plus de 7 milliards. Est-ce que vous vous rendez compte de ce qui est possible de faire avec 5 milliards d'euros ? Je vais vous dire, nous, parce qu'encore une fois, on prépare l'arrivée au pouvoir, nous entendons proposer un plan d'économie, et nous l'avons fait d'ailleurs à chaque année, chaque fois qu'il nous a été possible de faire, dans les exercices de contre-budget chaque année au Parlement, un plan d'économie de 100 milliards d'euros dans les gaspillages d'argent public. Le coût de l'immigration, il y a de l'argent à aller chercher.
Le coût de fonctionnement de l'État, qui a augmenté de 100 milliards d'euros en 3 ans, madame.
Vous pointez du doigt notamment les agences de l'État, ce mille feuille. Certains vous opposent le fait que les projections que vous faites sont inexactes, que ce n'est pas les coûts que vous avancez. Finalement, il y a ce rapport du Sénat qui dit que c'est bien moins, et que ça ne rapporterait pas autant que les chiffres que vous avancez.
En tout cas, quand on voit, le bilan politique de mes contradicteurs, je pense qu'ils ne le sont ni d'économie ni d'estimation à nous donner. Prenons l'immigration. Les aides sociales qui sont versées aux personnes, aux ressortissants étrangers sur le sol français, c'est 15 milliards d'euros par an, instituent Montaigne. Je vais prendre les hypothèses les plus basses. Dans tous les pays européens, partout autour de nous, il y a des délais de carence ou des critères d'accession à ces aides sociales. Moi, je considère que les aides sociales devraient être réservées aux familles françaises.
Les allocations familiales, par exemple, devraient être réservées aux familles dont l'un des deux parents est de nationalité française. Le RSA ne devrait pas être conditionné à 5 ans de présence sur le sol français, mais à 5 ans de temps travaillé sur le sol français. La contribution de la France au budget de l'Union européenne. Pourquoi est-ce que nos partenaires allemands, pourquoi est-ce que nos partenaires néerlandais, qui sont des grandes économies de la zone euro, réussissent à obtenir des rabais sur leurs contributions, alors que la France voit sa contribution augmentée par idéologie et par adhésion au projet européiste ? Pourquoi est-ce qu'on ne va pas chercher, madame, de l'argent ?
Je vais vous répondre. Pourquoi est-ce qu'on ne va pas chercher de l'argent, madame, dans l'aide publique au développement et dans les milliards d'euros que nous donnons à des États étrangers, que nous donnons par exemple à l'Algérie par l'intermédiaire de l'Union européenne pour faire des appels à projets s'agissant de la gestion de l'eau ? Pourquoi est-ce qu'on laisse l'Union européenne, par exemple, financer le réseau d'eau à Gaza quand on a un habitant sur trois dans nos territoires d'outre-mer qui n'a pas accès à l'eau potable ? Donc de l'argent, il y en a. Oui, madame. Je dis qu'on fait des économies, d'abord et avant tout, sur la mauvaise dépense publique.
Si vous voyez, ce que les Français ne comprennent pas, c'est qu'on cherche à faire des économies de bout de chandelle sur le dos de la France qui travaille et que de l'autre côté, on laisse des effants au milieu du salon qui sont des totems auxquels il ne faudrait pas toucher. Et puis, au-delà de ces économies dans la mauvaise dépense publique, il faut remettre le pays sur le chemin de la production et sur le chemin de la croissance.
Moi, je veux renouer avec l'optimisme français et je pense qu'un vent de liberté doit souffler sur le monde économique pour redonner à nos chefs d'entreprise, à nos agriculteurs, puisqu'on est ici dans la troisième foire agricole de France, la possibilité de respirer, de travailler et de recréer de la richesse. Et je pense que quand il y a de la croissance, quand il y a de la création de richesses, tout est plus soutenable parce qu'il s'enrichit, paye ses dettes.
Vous étiez d'ailleurs au MEDEF cette semaine. Ces patrons du monde économique vous ont exprimé aussi leur inquiétude sur cette instabilité que vous créez en partie en décidant d'appuyer sur le bouton de la censure finalement, en décidant de ne pas voter la confiance à François Bayrou. Pour une nouvelle fois, vous leur répondez quoi ?
Je leur réponds d'abord que je comprends leurs inquiétudes et qu'à la différence des gens qui sont au pouvoir depuis 8 ans, non seulement nous les comprenons, mais d'abord et avant tout nous les écoutons. Et je sais qu'ils sont inquiets de cette période d'instabilité qui s'est ouverte depuis la dernière dissolution de l'Assemblée nationale.
C'est approchant à vous et à d'autres de trop vous intéresser à 2027, de ne pas déploisser ces clivages partisans, finalement de ne pas s'intéresser au pays.
Madame, on va faire un peu de rétrospeur. S'il n'y avait pas eu d'accord au second tour entre Emmanuel Macron et M. Mélenchon, je serais très certainement à Matignon avec une majorité de au moins 289 sièges à l'Assemblée nationale. Donc je ne suis pas responsable, Marine Le Pen et mon mouvement politique ne sommes pas responsables de la situation d'impasse démocratique et institutionnelle qui fait craindre un temps incertain pour nos chefs d'entreprise. L'incertitude, elle est là. Et moi je plaide effectivement pour que nous déverrouillons les contraintes qui pèsent sur la croissance, pour faire repartir nos entreprises.
On a d'abord besoin d'alléger le fardeau normatif, de faire une pause sur la multiplication des contraintes, des normes, notamment environnementales, qu'elles viennent de Paris ou du Parlement européen à Bruxelles pour alléger cet impôt de papier qui pèse aujourd'hui sur nos chefs d'entreprise. Enfin, je veux dire, moi je suis ici à la rencontre d'agriculteurs. Des agriculteurs nous disent aujourd'hui chaque jour davantage qu'ils passent maintenant un jour, deux jours, parfois deux jours et demi à faire de la paperasse, à remplir des papiers. Ça n'est plus possible. Donc il faut mettre fin à cette inflation normative. Il faut renouer avec un prix français de l'électricité.
Je veux dire, on a un marché européen aujourd'hui des règles de l'énergie qui fait que la France ne peut plus bénéficier des fruits de sa production nucléaire. Le prix de l'énergie, le prix de l'électricité est par ses règles européennes totalement injustes et artificielles, est adossé sur le prix du gaz en Allemagne. Je schématise. Et moi je plaide et nous nous plaidons pour qu'il y ait un prix de l'énergie qui soit fixé de manière stable et lisible à 60 euros le mégawatt-heure. Ça c'est un gain de compétitivité qu'on rend directement à nos chaînes d'entreprise. Et puis plus largement, il faut le patriotisme économique.
Et je plaide pour que tous ceux qui produisent sur le sol français et sur le sol européen, et évidemment ici je pense à nos agriculteurs, soient prioritaires dans les marchés publics. Et donc il y a des mesures urgentes à prendre pour relancer la production et ce n'est que qu'en créant de la richesse, qu'en réindustrialisant le pays, en ayant un discours très optimiste vis-à-vis de nos chefs d'entreprise qu'on pourra ramener des recettes dans les caisses de l'État et évidemment se libérer de cette situation d'endettement. Regardez nos voisins américains, nos partenaires américains. L'endettement justement. 120% d'endettement aux États-Unis.
Il y a du dynamisme économique avec de la croissance. Tout est plus soutenable. Regardez l'Italie de Mme Mélanie. Le chômage est au plus bas depuis 20 ans.
Vous avez partagé la dramatisation du discours de François Bayrou sur le constat les 44 milliards sur ce volume d'économies et d'efforts à fournir et aussi un argument qui nous a marqué cette semaine dans la bouche du Premier ministre qui répète en boucle la dette, c'est l'esclavage des jeunes générations et cette formule des boomers et de leur confort. Est-ce que vous avez un commentaire à faire ? Est-ce qu'aujourd'hui finalement, oui, c'est un argument que vous partagez ? Les boomers sont des privilégiés et ils ont aujourd'hui des efforts à faire.
L'ambition que j'ai est au moins d'être Premier ministre de notre pays. Et mon ambition, ce n'est pas de commenter. Ce n'est pas de tourner mon pistolet vers les uns ou vers les autres comme le fait le Premier ministre.
C'est ce qu'il fait en pointant du doigt ? C'est une maladresse où il y a une forme de vérité là-dedans.
C'est d'apporter des solutions.
Vous qui avez 29 ans.
Et c'est d'apporter des solutions aux problèmes des Français. Ce que je ne supporte pas, c'est la façon dont nos dirigeants politiques, le premier desquels Emmanuel Macron, passent leur temps à jeter les Français les uns contre les autres, à opposer les actifs aux retraités, à opposer les jeunes générations, aux boomers comme dit François Bayrou, même si c'est un terme que je ne reprendrai pas, par respect pour des gens qui ont travaillé toute leur vie. Et je m'efforce, moi précisément avec mon mouvement politique, d'être le porte-voix de cette France qui travaille, de cette France qui a travaillé toute sa vie, et de cette France qui en a marre de payer pour les autres.
Et je viens de dire une chose, si on écoutait les Français, si on écoutait le bon sens avec lequel les Français aimeraient être entendus par leurs responsables politiques, croyez-moi qu'on ne serait pas dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Donc il faut débureaucratiser la politique et il faut faire confiance aux Français. Et moi je suis très optimiste pour mon pays et pour l'avenir, parce qu'il y a précisément avec le mouvement politique que je porte, une porte de sortie au désespoir de millions de gens.
Cette porte de sortie, vous l'avez dit, c'est un nouveau retour aux urnes. On va parler de l'hypothèse d'une dissolution, que certains qualifient d'inéluctable. Vous appelez aussi à la démission du président de la République. Il vous a répondu en partie hier à cette hypothèse, il balaye cette option. La démocratie consiste à ce que des gens votent pour un mandat donné, n'en déplaise y compris à ceux qui ont été défaits à plusieurs reprises lors de ces mêmes élections. Voilà ce qu'il dit hier en conférence de presse. Vous vous êtes senti visé ?
Oui, je pense que le pic mettait où nous était destiné. Moi je l'invite d'abord à regarder ce qu'il a lui-même fait lors de la dissolution. S'il a dissous l'Assemblée nationale, c'est bien parce qu'il considérait que la politique, qu'il portait depuis 2017 et 2022, avait subi un désaveu lors des élections européennes où nous sommes arrivés 15 points devant la liste que soutenait Emmanuel Macron en juin 2024. Je l'invite à regarder d'abord l'esprit et la lettre de notre Constitution, mais aussi à regarder l'honneur et la dignité avec laquelle le général de Gaulle a présidé au destiné de la nation française.
Lorsqu'on est soucieux du bien-être des Français, lorsqu'il y a une colère dans le pays qu'on ne peut ignorer, alors il n'y a rien de malsain à s'en remettre aux urnes ou à s'en remettre au peuple français. On est en démocratie. Nous ne sommes pas dans un régime autoritaire. Je ne remettrai jamais en cause la légitimité du président de la République, mais je dis qu'à partir du moment où le pays est dans une crise où personne ne voit de solution, il n'y a rien de malsain à se tourner vers les Français.
À se tourner vers les Français. En revanche, vous ne vous associerez pas à la motion de destitution présentée par la France Insoumise au mois de septembre prochain. Ça, c'est non.
D'abord, cette motion de destitution, elle a honnêtement et objectivement, ne mentons pas aux Français, aucune chance d'aboutir au regard de la situation du Parlement, Assemblée nationale plus Sénat.
Deux tiers des parlementaires, en effet.
Mais c'est bien beau de venir, quand on est la France Insoumise et la gauche, demander la destitution du président de la République quand, à cinq reprises, on a appelé au second tour d'une élection à voter pour Emmanuel Macron ou à voter pour ses candidats. Je vous rappelle que M. Mélenchon, il a au second tour l'élection présidentielle de 2017, au second tour de l'élection présidentielle de 2022, au second tour des élections législatives de 2024, appeler à voter non seulement pour Emmanuel Macron, mais retirer ses candidats pour aller faire élire des députés macronistes qui ont engendré la crise sociale dans laquelle nous sommes.
Pour vous faire barrage. À l'époque, c'était la démarche.
Avec le résultat qu'on connaît.
Dans l'hypothèse, dans l'hypothèse d'une probable censure de...
Vous savez, j'aurais pardon de vous couper, c'est un polimé. Faire barrage, quand ils nous font barrage. Ils font barrage à des millions de Français. Je veux dire, nos électeurs ne sont pas des sous-citoyens. Nos électeurs ne sont pas des sous-électeurs. Nos électeurs, ils travaillent et ils paient leurs impôts comme tout le monde. Et donc, nos électeurs, ils ont aussi droit à avoir voix au chapitre et à voir leurs idées s'exprimer au pouvoir. Parce que précisément, les idées que nous incarnons en France, ils sont en train de s'exprimer dans beaucoup de pays d'Europe. Et ce vent de liberté que nous incarnons pour la patrie, il est en train d'être porté dans beaucoup de pays du monde.
Juste un mot, avant de parler de dissolution, de votre préparation, c'est qu'il y a une réunion qui va se tenir au siège du RN lundi. Un bureau de campagne. Un bureau de campagne. Le scénario anticipé, avant peut-être une dissolution, c'est de la politique fiction. Mais c'est que le président de la République nomme un nouveau Premier ministre. Aujourd'hui, l'arithmétique parlementaire se dessine vers cela. Le Parti socialiste propose, se propose, pour un prochain Premier ministre, pour un prochain Premier ministre de gauche, t'en donnez le nom. Et vous, si le 9, le 9 septembre prochain, Emmanuel Macron vous appelle, est-ce que vous direz oui pour aller à Matignon ?
Ça reviendrait à quoi ?
Je vous pose la question.
J'ai toujours été extrêmement clair et ma position ne variera pas. J'accepterai d'être Premier ministre le jour où je remporterai les élections législatives et où 289 sièges me permettront de composer non seulement une majorité stable, d'alternance, mais également un gouvernement. Je veux dire, accepter d'être Premier ministre lorsqu'on a le premier groupe de l'Assemblée nationale, mais qu'on n'a que 143 députés, vous savez comme moi que dans les 48 heures, une motion de censure votée par mes opposants politiques renverserait mon hypothétique gouvernement.
Donc, vous voyez, moi je ne fais pas ça pour moi, je ne fais pas ça pour rajouter Premier ministre à ma carte de visite, ce n'est pas mon sujet. Moi je fais de la politique pour changer les choses, pour changer le quotidien des Français. Et donc, je mettrai en œuvre la politique pour laquelle les Français votent pour le Rassemblement national si j'ai les moyens de la mettre en œuvre, pas pour faire de la figuration, ça ne m'intéresse pas.
Sur le casting, vous dites souvent ça n'a pas d'importance, mais un Sébastien Lecornu, nommé à Matignon, le 9, le 10, aurait-il, je ne sais pas, votre bienveillance ? Son nom est régulièrement cité. J'anticipe un peu votre réponse, pardonnez-moi. Vous la connaissez déjà. Mais vous dites souvent le casting n'a que très peu d'importance. On sait que Marine Le Pen par le passé a mis saigné rouge. Il y a eu des coups de fil avec le président de la République au moment de la nomination de Michel Barnier. Xavier Bertrand, c'était non. Bernard Cazeneuve, c'était non.
Pardon.
Ça a quand même une importance.
Madame Chantret, M. Bertrand avait indiqué, je cite, qu'il entendait briser les mâchoires du Front National. À l'époque. Ce n'est pas encore le Front National. Par conséquent, il était inenvisageable que nous ne censurions pas a priori quelqu'un qui a aussi peu d'estime et aussi peu de respect pour des gens qui veulent pour le Rassemblement National. D'abord, moi, j'ai beaucoup de respect pour mes opposants politiques. Donc, je ne vais pas faire ni le portrait ni le procès de M. Lecornu. Mais M.
Lecornu, qui est ministre des Armées, si demain, il est nommé Premier ministre et chef d'un gouvernement, il poursuivra la politique d'Emmanuel Macron puisqu'il est proche et loyal au président de la République. Et je dirais, ça serait bien normal. Mais ce n'est pas ce que souhaite le pays, ce n'est pas ce que souhaitent les Français. Donc, peu importe le figurant. Ce qui compte, c'est la politique qui va être menée, les hommes qu'on ne peut dans le moment que nous vivons. La question, c'est quel est le cap, quelle est la vision, où allons-nous et pourquoi faire ? Et c'est un peu ça qui me fait mal quand j'entends le dirigeant politique brandir qu'il faut trouver 40 milliards d'euros.
À tout prix, il faut trouver 40 milliards d'euros.
44 milliards d'euros, c'est le volume d'économie.
Pour faire quoi ? Et ici, quand on rencontre des chefs d'entreprise, les chefs d'entreprise, ils savent que quand on restructure une société, quand on réduit ses coûts, c'est parce qu'il y a un objectif derrière. Il y a un objectif de croissance. Il y a un projet. Il y a un objectif d'investissement. Il y a un objectif d'innovation. Mais sinon, on gère une pénurie. Et dans deux ans, on va se retrouver dans la même situation. Et vous pensez que la dissolution... qu'il nous manque aujourd'hui un cap, un rêve, une route, une destination.
Or, aujourd'hui, quand on vient dire aux Français « Bonjour, c'est François Bayrou, vous devez faire des économies », les Français le regardent et leur disent « Mais qu'est-ce qu'il me veut ? » Je veux dire, on fait déjà suffisamment d'efforts. Et donc, la situation actuelle n'est pas supportable. Et c'est la raison pour laquelle il est impensable qu'un mouvement comme le mien puisse voter la confiance à un gouvernement LR macroniste.
Et on revient donc à la dissolution. Bureau politique, lundi, à votre parti, au siège du Rassemblement national pour préparer ces élections législatives anticipées. Si je vous écoute et vos propos précédents, vous ferez campagne pour être Premier ministre seulement donc avec une majorité absolue et donc 289 députés. C'est votre objectif. À moins que cela, 275 députés, c'est non ?
Deux ou trois députés. Il faudra voir s'il peut y avoir des accords au sein de la nouvelle Assemblée nationale avec de potentiels alliés. Parce que, moi, mon ambition...
Vous êtes très loin du compte quand même. 120 députés, 15 alliés siotistes. Qu'est-ce qui vous dit que si une dissolution a été décidée, que des nouvelles élections étaient engagées, vous arriveriez à ce chiffre ?
Vous avez déjà le résultat de la prochaine élection. Je n'ai pas le résultat.
Vous êtes haut dans les sondages, mais vous avez l'assurance de cela ?
Mais je n'ai aucune assurance sans que les Français n'ont pas voté. Ce que je sens, c'est qu'il y a au sein du pays une volonté de changement et que le Rassemblement national, en tout cas, dans les intentions de vote, que ce soit pour l'élection présidentielle ou pour de potentielles élections législatives, est au moment où on se parle, le parti politique, non seulement préféré des Français, mais le plus plébiscité par les Français. Vous savez, en 2017, on avait 6 députés. En 2022, on avait 89 députés. Et en 2024, s'il n'y avait pas eu d'accord de second tour qui ont ramené notre nombre de députés à 143 avec nos alliés à droite d'Éric Ciotti, nous aurions eu une majorité pour gouverner.
Donc, je veux juste dire aux Français, ne vous résignez pas, si demain, il y a de nouvelles élections et qu'il y a une vague par leur choix et par votre mobilisation, eh bien, nous aurons toutes les cartes en main pour obtenir une majorité et pour mettre en œuvre des mesures, un projet, des idées et des valeurs qui sont plébiscitées par une majorité de Français. Je veux juste dire à nos compatriotes qui nous regardent ce soir, notre devoir à nous sera demain d'être prêts. Mais votre devoir à vous sera peut-être très bientôt de choisir.
Justement, êtes-vous prêts ? On parle de 85 circonscriptions bouclées. Évitez les erreurs du passé, évitez les erreurs d'il y a un an, finalement. Vous aviez qualifié vous-même certains candidats de brebis galeuses. Est-ce que le filtrage des candidats va être encore plus poussé ? Est-ce que vous avez une attention très particulière sur cette question-là ? Parce qu'il y a eu des ratés, vous l'avez vous-même reconnu.
Il y a toujours des ratés dans une campagne électorale. Vous savez, on a un mouvement politique qui, en quelques années, est passé de 17% à l'élection présidentielle de 2012 au premier tour, à des intentions de vote au moment où nous nous parlons qui nous donnent vainqueur de la prochaine élection présidentielle. Donc, chaque jour qui passe, nous nous préparons. Chaque jour qui passe, nous travaillons.
Chaque jour qui passe, je travaille moi-même à essayer d'aller convaincre des gens qui ne viennent pas du Rassemblement national et qui, par amour de la France, par envie de faire bouger les choses, par envie de dépasser ces oppositions stériles entre la gauche et la droite, veulent s'inscrire dans le projet de redressement national que je porte. C'est dans une organisation humaine. On en avait parlé ensemble. Moi, je n'ai aucun tabou. Dans une organisation humaine, il peut arriver qu'il y ait parfois des profils qui travaillent avec vous.
Dans un mouvement politique qui a 11 millions d'électeurs, 140 000 adhérents, vous pouvez avoir parfois des profils qui ne correspondent pas totalement ou parfois pas du tout aux valeurs, aux projets et à l'idée que vous faites de la politique. Ce qu'il faut juger, c'est la capacité du mouvement politique à écarter ce type de profil.
Et quand on voit aujourd'hui, si vous voulez, les députés de la France insoumise qui hurlent à l'Assemblée nationale, qui ont des propos insultants à l'égard de nos forces de l'ordre, qui souffrent sur les braises de l'antisémitisme, qui considèrent, par exemple, des organisations islamistes comme le Hamas, comme des organisations de résistance, qui sont, pour certains, fichées S, et bien je crois qu'il y a quand même une petite marge de tolérance qui doit être regardée avec intérêt.
Une marge de tolérance. Néanmoins, on a appris que le parquet de Paris avait demandé au pôle national de lutte contre la haine en ligne sur des auteurs de propos racistes, de groupes Facebook, intitulés notamment La France avec Jordan Bardella. Il y a des beaux députés qui, certains, écrivaient des propos haineux en ligne. Vous avez demandé début juin que tous ces élus députés quittent ces groupes. Est-ce que par exemple, encore une fois, vous reconnaissez des erreurs, ces députés pourraient être réinvestis dans le cadre de législatives anticipées ?
Alors d'abord, fact-checking, il n'y avait pas de députés qui écrivaient des propos condamnables. Il y avait des élus du Rassemblement national qui avaient été ajoutés à des groupes.
Et qui n'ont pas participé, c'est ce que vous dites.
Je ne vais pas reprendre l'expression de boomers, mais j'imagine que vous comme moi vont utiliser Facebook depuis les origines de ce réseau social. Je vous le confirme. N'importe qui peut vous ajouter un groupe. Et moi, l'une des raisons pour lesquelles j'ai supprimé mon compte personnel sur Facebook, c'est parce que tout et n'importe qui vous ajoutent à des groupes qui vous bombardent de notifications et sur lesquels vous n'avez absolument aucune prise.
Je veux dire, si on en est à reprocher aujourd'hui, un mouvement politique est sur le point de prendre le pouvoir qui propose des choses extrêmement concrètes sur le pouvoir d'achat, la sécurité, le contrôle de l'immigration, la souveraineté, l'agriculture, la vie de nos entreprises, la réindustrialisation, que le cousin de la boulangère du député a été ajouté à un groupe Facebook qui s'appelle La France avec Jordan Bardella où il y a eu des propos scandaleux sur lesquels je n'ai absolument aucune prise. Je pense que le débat est un peu bas.
Je ferme la parenthèse. Certains députés, selon nos confrères les jours, ont écrit sur ces groupes, ont participé à l'écriture de commentaires de haine, racistes, homophobes.
Je n'ai pas de commentaire particulier à faire sur les grièves de la presse d'extrême-gauche.
Jordan Bardella...
C'est dommage que la presse ne fasse pas ce travail pour les eurodéputés macronistes qui massacrent leurs voisins à coups de casque. Par exemple, ça avait été le cas d'un député macroniste en 2017 pour les élus de la France insoumise
qui considèrent
que les terroristes du Hamas sont des résistants.
J'entends ces arguments mais vous considérez aussi que peut-être il y a eu un... Et vous l'avez fait en partie un ménage à faire dans vos rangs pour certains.
Mais le Front... Le Rassemblement National n'est plus le Front National. Vous voyez, je ne peux pas être plus clair que ça. 95% des adhérents de ce mouvement aujourd'hui, de mon mouvement politique n'étaient pas adhérents il y a 10 ans. Donc, tous les mouvements politiques ont une histoire. Tous les mouvements politiques évoluent. Et plutôt que de faire la politique dans le rétroviseur et de regarder vers le passé, moi, je veux regarder vers l'avenir, vers le futur. Et je veux dire à nos compatriotes de ne pas baisser les bras parce que ce qu'ils vivent, c'est la conséquence de choix politiques.
Et en changeant à la fois les politiques et la politique, on peut améliorer concrètement leur quotidien.
J'ai envie de vous demander maintenant, à ce moment de l'interview, et Marine Le Pen, dans tout ça, vous avez évoqué un chemin juridique étroit. Parce qu'en l'État, si la dissolution est décidée dans une, trois semaines par le président de la République, en l'État, elle est inéligible. Vous dites un chemin juridique étroit. Vous espérez quoi, concrètement ? Est-ce que, sans être trop technique, vous pouvez nous expliquer quelle est votre stratégie
sur le sujet ? D'abord, il y a, vous évoquez cette condamnation en première instance.
Elle a fait appel.
Une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire. Marine Le Pen a fait appel. Elle est donc, au moment où on se parle, présumée innocente. Je crois que c'est important de ne pas omettre les principes du droit dans le débat démocratique.
Mais demain, elle ne peut pas se présenter.
Si demain, il doit y avoir une élection législative anticipée par le fait d'une dissolution, il y a un chemin juridique étroit. Une jurisprudence du Conseil constitutionnel existe. Vous m'avez demandé de ne pas être trop technique. Mais elle déposera sa candidature et elle ira plaider sa candidature devant la plus haute autorité juridique et institutionnelle de notre pays qui est le Conseil constitutionnel qui tranchera sur sa candidature. Donc, il y a un chemin. Il est étroit. Mais Marine Le Pen est une battante. Elle l'empruntera.
Je l'emprunterai avec elle et je souhaite de tout cœur qu'elle puisse non seulement se représenter à Hénin-Beaumont où elle a été élue à plusieurs reprises mais continue à présider notre groupe à l'Assemblée nationale parce que beaucoup de Français comptent sur nous.
Mais si elle est empêchée, Jordan Bardella, si elle ne peut pas se présenter à une élection législative, à l'élection présidentielle de fait, il y a une image qui nous a marquées aussi cette semaine. Ce débat presque présidentiel au MEDEF aux côtés de Brune Retailleau, Gabriel Attal, Manuel Bompard, Marine Tondelier, et vous, sur la photo ?
Pardon, je suis président de parti, c'est un débat des chefs de parti. Donc, naturellement, le président Martin, le président du MEDEF, m'a évidemment convié à représenter le Rassemblement national. Donc, Marine Le Pen, président de l'Assemblée nationale, ça n'augure rien de ce qu'il pourrait se passer ? à l'Assemblée nationale, mais on travaille main dans la main. Et donc, jusqu'à l'appel, je vais vous faire une révélation, nous allons faire campagne ensemble, main dans la main. Et après l'appel, je vous fais une deuxième révélation, nous ferons campagne ensemble, main dans la main.
Parce qu'il y a entre Marine et moi une relation qui est plus qu'une relation politique, qui est une relation d'amitié, de confiance, qui est une relation personnelle. et je sais ce que je lui dois et je ne l'oublierai jamais. Alors, je sais ce que vous allez me dire, on a beaucoup entendu ça dans la vie politique, mais je pense que là encore, j'espère avoir le bénéfice du doute de votre part, je crois qu'on n'est pas comme tout le monde.
Pas comme tout le monde. Encore une fois, je me permets, si elle est empêchée, si ce chemin étroit, très étroit, se referme juridiquement et qu'elle ne peut pas se présenter à une élection législative anticipée, est-ce que vous-même, vous pourriez vous présenter à des législatives anticipées quitte à finalement lâcher votre poste de député européen puisqu'on le rappelle, vous avez été élu en juin dernier. Est-ce que ça fait partie des options sur lesquelles vous travaillez également ?
J'ai été réélu député européen puisque nous sommes arrivés en tête à l'été 2024. Nous avons la troisième force politique du Parlement européen. Je suis président du premier groupe d'opposition du Parlement européen et je compte évidemment mener mon mandat de député européen à son terme sauf évidemment circonstance exceptionnelle. Une dissolution demain de l'Assemblée nationale pourrait être une circonstance exceptionnelle. Ma décision n'est pas prise. Je suis aujourd'hui le président de notre famille politique et je serai là où je peux être utile à la fois pour mon mouvement politique et évidemment pour mon pays.
Quelques mots là. L'idée de réunir dans un même élan les Français issus des classes populaires et une partie de la bourgeoisie conservatrice comme Nicolas Sarkozy le fit en 2007 est pertinente. Ces mots sont de vous dans votre livre que vous avez publié il y a quelques mois ce que je cherche. On s'interroge sur votre volonté d'unir les droites l'union des droites. Il y a ce déjeuner qui a été très commenté au début de l'été avec un certain Nicolas Sarkozy l'ancien président de la République. Est-ce que vous travaillez à cela ? Quand on sait Marine Le Pen est plutôt très opposée à cette hypothèse elle ne le souhaite pas est-ce que vous travaillez en sens ?
Est-ce que des passerelles pourraient avoir lieu ? Est-ce qu'il y a des coups de fil ? Ça et là.
On a toujours dit que le clivage entre la gauche et la droite était dépassé et quand le Rassemblement National atteint 37% des voix au second tour d'une élection législative c'est qu'il y a dans sa dynamique dans son rassemblement des gens qui viennent de notre famille politique historiquement mais aussi des gens qui viennent de la droite et des gens qui viennent de la gauche. Mais vous considérez que cette victoire
c'est d'arriver au pouvoir ce frein avec l'union des droites vous l'avez commencé à le faire avec Éric Ciotti ça vous paraît aujourd'hui indispensable quand on voit le ton s'est durci avec Bruno Retailleau ces derniers temps certains disaient que c'était votre meilleur porte-parole quand il a été nommé Place Beauvau désormais et même Marine Le Pen est très virulente à son endroit
Pour une raison très simple d'abord je vais vous répondre après sur l'union des droites mais sur M. Retailleau encore une fois moi je ne fais pas d'attaque personnelle et je respecte mes adversaires politiques mais M. Retailleau il est ministre d'Emmanuel Macron je veux dire M. Retailleau il est dans un gouvernement qui s'apprête à faire 20 milliards d'euros de prélèvements obligatoires en plus M.
Retailleau il parle beaucoup mais qu'a-t-il fait depuis qu'il est arrivé aux manettes il nous a dit qu'il allait remettre en cause la gratuité des soins pour les étrangers en situation irrégulière il ne l'a pas fait il nous a dit qu'il allait remettre en cause le laxisme de notre pays à l'égard de l'Algérie elle est où la riposte graduée à l'égard de l'Algérie
M. Retailleau
c'est la continuité de M. Darmanin donc moi je veux tendre la main aux orphelins de la droite aux électeurs de droite à des élus de droite mais qui ne sont pas solubles dans le macronisme parce que ce qui va se jouer pour les républicains pour ceux qui restent aujourd'hui du socle électoral des républicains c'est soit de se tourner vers le centre et d'être dans cet écosystème qui va de Gabriel Attal à M. Retailleau en passant par Edouard Philippe et Emmanuel Macron ou alors de se tourner du côté des patriotes et Eric Ciotti il a été courageux il a été président des républicains Laurent Wauquiez il a fait le choix de nous tendre la main
Laurent Wauquiez vous avez des contacts avec lui ?
Non mais je d'abord je ne pense pas que les français honnêtement je vais être très honnête je ne pense pas que les français aient envie de voir M.
Wauquiez demain ministre d'un gouvernement du Rassemblement National je pense que les français ils ont envie de tourner la page de cette classe politique qu'ils ont envie de renouveau et qu'ils ont envie d'essayer ce qu'ils n'ont jamais essayé auparavant maintenant oui il y a des orphelins à droite oui je partage beaucoup de convictions et de valeurs avec ce qui a été pendant très longtemps les valeurs historiques de la droite l'autorité la défense de la nation la défense de la souveraineté nationale c'est quoi dans ce déjeuner les libertés en matière économique mais nous aspirons demain être à la tête du pays il n'y a rien de plus normal qu'à accepter de dialoguer avec des gens qui ont été aux responsabilités et qui pour le coup ont fait gagner la droite en 2007 moi je si vous voulez la dynamique qui a été celle de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 a mis dans un même élan les français de la classe populaire et une partie de la bourgeoisie patriote
et siphonner et dans le même temps une partie des voix du Front National
et je me permets d'ajouter je peux partager cette stratégie et je l'ai évoqué dans mon livre sans pour autant partager le résultat de la politique de la droite entre 2007 et 2012 qui a renié sur beaucoup de convictions et notamment sur les enjeux sur les enjeux régaliens mais encore une fois aujourd'hui il faut mettre dans un même couloir et dans un même élan tous ceux qui aiment le pays tous ceux qui aiment la France et tous ceux qui ont envie de changer la politique dans notre pays et il y a effectivement beaucoup de gens qui à droite désespèrent de voir les républicains se fondent dans le macronisme et qui voient aux côtés du Rassemblement National et aux côtés notamment de nos alliés de l'UDR d'Éric Ciotti une passerelle et une possibilité de travailler avec nous et moi j'ai envie de leur dire je vous tends la main venez travailler avec nous je veux dire nous pouvons gagner la prochaine élection présidentielle il n'y a rien de plus exactant
que de participer au redressement de son pays ça ne pourra se faire que dans ces conditions-là selon vous ?
Si les républicains ont fait je crois 6% aux dernières élections européennes et un petit peu plus aux élections législatives c'est parce qu'ils se sont fondus, dissous dans le macronisme au point tel que même M. Wauquiez d'ailleurs je crois dans ses critiques contre M. Retailleau formulait le fait qu'il s'était totalement dissous et soumis à la politique d'Emmanuel Macron depuis 7 ans
On s'interroge désormais sur aussi l'agrégation des colères colère sociale très vive vous en parliez l'inquiétude cet appel à bloquer le pays né sur les réseaux sociaux trouve un écho très fort rendez-vous est pris le 10 septembre deux jours après ce vote de confiance et semble-t-il encore une fois soyons prudents mais la chute de François Béroux nos adhérents sont libres de faire ce qu'ils veulent quand vous parlez de cette manifestation de cet appel à tout bloquer pourquoi tant de distance avec ce mouvement alors que dans les premiers descriptifs on disait que c'était aussi certains de vos militants qui appelaient à se rendre dans la rue pourquoi il n'y aura que des insoumis le 10 septembre
pourquoi est-ce que je laisse la liberté à nos électeurs parce que ce mouvement c'est un mouvement citoyen qui a été lancé à l'initiative d'ailleurs on ne sait pas trop qui mais qui a été
c'est très néguleux
qui est une initiative à minima citoyenne à partir du moment où M. Mélenchon est l'extrême gauche ça qu'à part le mouvement il y a beaucoup de gens de droite qui n'ont pas envie de descendre dans les rues parce qu'ils savent très bien que l'extrême gauche qui s'approprie ce mouvement va tout casser va vampiriser le mouvement et va le rendre totalement totalement toxique
donc impossible de s'y associer
je dis aux français bloquer est une chose je n'ai jamais été pour le blocage du pays il faut voter quand on veut exprimer sa colère on utilise le moyen le plus démocratique qu'il soit on vote
on vote et on ne manifeste pas donc
maintenant il y a une différence entre manifester et bloquer moi je suis très attaché à la liberté de manifester et si demain les français m'accordent leur confiance et que je suis à la tête du gouvernement je veillerai scrupuleusement à ce que les français puissent s'exprimer et puissent manifester lorsqu'ils ressentent le besoin d'exprimer une colère une inquiétude ou une revendication
donc on ne verra pas un élu vous-même dans un cortège du 10 septembre
moi mon rôle il est de mener la bataille comme chef de parti il est de proposer un projet politique il est de conduire l'opposition au parlement européen et à l'assemblée nationale pour nos parlementaires donc moi je prépare l'arrivée au pouvoir de mon mouvement politique je prépare pas le blocage du pays je prépare la clé de déverrouillage de la porte
déverrouage de la porte certains voient dans ce mouvement aussi une forme d'ingérence de la Russie des mouvements largement relayés par des comptes russes notamment sur les réseaux sociaux qui cherchent finalement au final à déstabiliser la France cette ingérence russe cette menace là est-ce que vous la prenez au sérieux est-ce que vous regardez ça de près est-ce que ça vous inquiète notamment dans la perspective aussi et on l'a évoqué longuement ensemble de perspectives et d'échéances électorales je pense aux municipales et je pense à la prochaine présidentielle des ingérences qui existent qui sont documentées
d'abord madame je n'ai pas d'informations sur ces ingérences supposées de la part notamment de la Russie je dis bien là sur l'aspect du blocage du 10 septembre prochain maintenant il est certain que les tentatives d'ingérence doivent faire l'objet d'une surveillance particulière notamment à l'approche d'élection à l'approche de scrutin parfois les ingérences sont aussi dans l'autre sens j'ai vu que le président de la république était en Moldavie pour faire la publicité de l'adhésion en tout cas de la candidature d'adhésion de la Moldavie à l'Union Européenne pour vous c'est une ingérence je note que bon c'est une forme la façon dont la France se comporte à l'égard des pays qui déposent leur candidature pour entrer dans l'Union Européenne est effectivement une forme d'ingérence maintenant moi je n'ai pas l'ingérence à géométrie variable et évidemment que nos services de renseignement doivent être soutenus dans l'effort et les efforts qu'ils déploient pour protéger nos intérêts démocratiques mais aussi pour protéger nos intérêts économiques mais je l'ai dit la Russie est une est une menace multidimensionnelle pour l'Europe
vous avez entendu le chef d'état de majeur des armées Burkard avant qu'il ne quitte son poste cette conférence de presse la Russie a désigné la France comme son premier adversaire en Europe voilà ce qu'il dit
je suis toujours très prudent à l'égard des mots que j'utilise d'autant plus lorsqu'on parle d'une puissance qui questionne par ses ambitions expansionnistes belliqueuses aux portes de l'Europe mais qui est une puissance nucléaire et donc tout en considérant la Russie comme une menace multidimensionnelle la Russie est aussi le plus grand pays du monde en termes de géographie et un pays qui sur le plan géostratégique dispose de l'armée nucléaire avec des ambitions géopolitiques très fortes aux portes de l'Europe le rôle de la France là encore dépasse les frontières françaises il est aussi évidemment de contribuer à la sécurité de l'Europe aux portes de l'Europe on a des missions aujourd'hui de sécurisation des pays baltes de sécurisation de l'espace aérien de pays baltes d'opérations militaires qui sont menées en mer Noire ces opérations qui se font bien souvent sous pavillons de l'OTAN doivent être poursuivies parce que là encore il en va de la grandeur de notre pays que d'être capable aussi de répondre aux urgences qui se jouent aux portes de l'Europe
aux portes de l'Europe donc on arrive à la fin de cet entretien Jordan Bardella si on a bien compris l'on résume les choses rien ne vous fera changer d'avis le 8 septembre prochain vous voterez contre la censure de François Bayrou
on votera contre la confiance
contre la confiance pardonnez-moi
parce que je n'ai pas confiance et que les Français qui ont voté pour le Rassemblement National n'ont pas confiance en revanche moi je demande au pays et à nos compatriotes de garder espoir et de garder confiance dans la politique et de leur dire que nous vivons la fin d'une ère et la fin d'une époque et que à chaque fois que la France s'est retrouvée exsangue ou à genoux elle s'est toujours relevée vous parliez tout à l'heure vous mentionniez les rentrées des entrepreneurs de France il y a quelques jours j'ai rappelé au chef d'entreprise qui était présent dans cette salle à Roland-Garros que en 1945 la France était par terre était à genoux dans un état très difficile 10 ans après on avait les 30 Glorieuses et on avait les 30 Glorieuses parce qu'il y avait une volonté parce qu'il y avait une vision parce qu'il y avait un projet de redressement et parce qu'il y avait une confiance absolue dans le peuple français à la fois dans l'ouvrier dans le patron dans le travailleur et dans le chef d'entreprise il faut renouer avec cet esprit d'union nationale avec cette concorde et avec un optimisme profondément français qui permettra je le crois au peuple de France de reprendre le cours de son destin
Merci Jordan Bardella
Merci à vous et merci d'avoir été de délocaliser cette interview ici au milieu de cette France du travail et de cette France silencieuse qu'on entend si peu
Merci pour ce premier grand entretien sur BFM TV Merci à vous Sous-titrage Société Radio-Canada
Jordan Bardella