Gazole non routier : l'avantage fiscal supprimé ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:09OuverteRéponse directe
On va parler inflation. Je voudrais d'abord vous interroger sur le carburant.
- 1:11OuverteRéponse partielle
Si c'est supprimé, vous demanderez éventuellement à ce qu'il y ait une aide pour passer à d'autres formes de carburant ?
- 1:32FerméeÉludée
Vous ne voulez même pas en entendre parler ?
- 2:06OuverteRéponse directe
Un mot quand même de cette agression d'un agriculteur.
- 2:47RelanceRéponse directe
Radicalité, vous voulez dire radicalité de qui ? Radicalité écolo ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Est-ce que vous considérez que votre métier fait partie des métiers en tension et qu'il faudrait régulariser davantage ces travailleurs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20PrésentateurChiffre
« Ça s'appelle le GNR, c'est le gasoil non routier. C'est une sorte de niche fiscale à 3,7 milliards d'euros chaque année. »
- 0:36Invité politiqueFait
« Parce que derrière ce gasoil, il y a quelle est la solution alternative ? »
- 1:00Invité politiqueFait
« La niche qui nous concerne est inférieure à ce que vous avez annoncé. »
- 3:50Invité politiqueChiffre
« Il manque en tous les cas l'été dernier de l'ordre de 15 à 20%. »
- 3:56Invité politiqueChiffre
« C'est à peu près 460 000 CDD par an. »
- 4:05Invité politiqueFait
« on est un métier en tension. »
- 4:08Invité politiqueChiffre
« on importe 40% de nos légumes et 60% de nos fruits »
- 5:14Invité politiqueFait
« C'était le sujet des lois EGALIM qui a permis de sanctuariser la matière première et école. »
- 5:37Invité politiqueFait
« aujourd'hui, l'agriculteur peut faire valoir le prix de sa matière première agricole. »
- 6:17Invité politiqueChiffre
« on importe 40% de nos légumes et 60% de nos fruits »
- 7:06Invité politiqueFait
« On voit même que les volumes sont en baisse sensible. »
- 7:40Invité politiqueFait
« Depuis près de dix ans, mon anté-prédécesseur Jean-Michel Leméteilé avait monté une structure agricole qui s'appelle Solal et qui récupère des dons alimentaires donnés par les agriculteurs »
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Vous êtes le patron de la FNSEA qui est le premier syndicat agricole. Vous êtes également à la tête d'un gros groupe industriel, le groupe Avril, qui produit les huiles Le Cieur ou Puget, que nos auditeurs connaissent bien. On va parler inflation. Je voudrais d'abord vous interroger sur le carburant. Parce que les agriculteurs, on le sait, ont accès à un carburant qui est moins taxé que celui des particuliers. Ça s'appelle le GNR, c'est le gasoil non routier. C'est une sorte de niche fiscale à 3,7 milliards d'euros chaque année. Et Bercy veut la supprimer, veut empêcher les agriculteurs d'avoir accès à ce gasoil moins cher. Vous voyez Emmanuel Macron tout à l'heure.
Est-ce que vous allez discuter de ce point avec lui ?
Oui, bien sûr. Parce que derrière ce gasoil, il y a quelle est la solution alternative ? C'est-à-dire que demander un effort ou quelque part une mutation du brin vers le vert, pour reprendre l'expression du ministre de l'Économie, ça nécessite d'avoir des solutions. Or, aujourd'hui, ces solutions, elles sont peu nombreuses. Et donc, on a besoin de les explorer. Et effectivement, ça fait partie des préoccupations du monde agricole. Par ailleurs, ce gasoil non routier ne concerne pas que l'agriculture. La niche qui nous concerne est inférieure à ce que vous avez annoncé. Mais pour nous, c'est un sujet de compétitivité, évidemment.
C'est un sujet pour tous ceux qui travaillent dans les exploitations et qui ont recours normalement à ça. Si c'est supprimé, vous demanderez éventuellement à ce qu'il y ait une aide pour passer à d'autres formes de carburant ?
D'abord, il n'y a pas question que ce soit supprimé, puisque ce ne serait pas supportable en l'État. Nous, on a dit qu'on était prêts à discuter de l'évolution, parce qu'on a aussi besoin de contribuer à la transition énergétique nécessaire. Mais en tous les cas, l'idée de la supprimer de manière abrupte est absolument pas tenable.
Vous ne voulez même pas en entendre parler ?
Non, mais c'est juste pas possible pour nos exploitations. En revanche, voir comment on peut commencer à amorcer une mutation ou une transition, ça, on est prêts à en discuter.
Vous avez commencé d'ailleurs à avoir cette discussion avec Bercy, avec l'Élysée, avec le ministre de l'État ?
Oui, on a vu le ministre, le maire ainsi que ses services avant l'été. On discute, mais tout ça est un paquet global. Parce qu'encore une fois, ce qu'intéresse les agriculteurs, c'est comment ils font au quotidien pour mener leurs entreprises, leurs fermes. Et il n'y a pas simplement le sujet du GNR sur la table.
Arnaud Rousseau, il y a beaucoup d'autres sujets, on va y revenir. Un mot quand même de cette agression d'un agriculteur. C'était dans la nuit de dimanche à lundi, il y a l'un de ces bâtiments qui a été incendié. C'est dans la région de Nantes, il y a des tags anti-syndicats agricoles qui ont été découverts. Est-ce que vous en savez plus et est-ce que ce sont des types d'agressions qui se multiplient ?
J'ai d'abord eu cet agriculteur au téléphone pour lui dire le plein soutien de la profession par rapport à ce qu'il a vécu. Parce que se faire réveiller en pleine nuit dans sa maison avec des gens qui sont en train de brûler vos bâtiments, qu'on soit agriculteur ou pas, c'est juste intolérable. Et par ailleurs, ça fait quelques semaines qu'on dénonce les violences ou en tous les cas les menaces de radicalité. Et nous, on a toujours dit qu'il fallait mettre un terme parce que l'appel à la violence mène à la violence. C'est ce qu'on constate.
Radicalité, vous voulez dire radicalité de qui ? Radicalité écolo ?
Radicalité d'une forme d'écologie politique qui pousse un certain nombre de gens à l'extrémisme. Aujourd'hui, évidemment, on condamne très fermement ce type d'actes. Et puis, on dit très clairement qu'il faut rapidement retrouver les auteurs et que la justice passe.
Je précise d'ailleurs qu'une enquête a été ouverte. La loi immigration agite beaucoup les débats politiques. Vous faites partie de ces métiers qui ont souvent recours pour des récoltes, pour des vendanges, à du personnel, des saisonniers qui viennent parfois. Il y a un accord notamment avec le Maroc. Est-ce que vous considérez que votre métier fait partie des métiers en tension et qu'il faudrait régulariser davantage ces travailleurs ?
Alors aujourd'hui, il ne l'est pas reconnu comme tel. Mais évidemment, quand vous êtes un viticulteur et que vous voulez faire vos vendanges en ce moment, quand vous êtes un producteur de fruits, vous ne trouvez pas de personnel. C'est ça la réalité du marché aujourd'hui. Vous ne trouvez pas de main-d'oeuvre.
Là, il y a du boulot et il n'y a personne de l'autre côté.
Oui, effectivement. Je ne dis pas qu'on ne trouve personne. Je dis qu'en tous les cas, on ne trouve pas le nombre d'emplois nécessaires à la réalisation du travail.
Il manque combien ?
Il manque en tous les cas l'été dernier de l'ordre de 15 à 20%. C'est énorme.
Ça représente combien de personnes ?
C'est à peu près 460 000 CDD par an.
C'est colossal.
C'est colossal. Et on ne trouve pas ces personnes. Et nous, ce qu'on dit, c'est un, on est un métier en tension. Et deux, si on veut continuer à produire, je rappelle qu'on importe 40% de nos légumes et 60% de nos fruits, évidemment, il nous faut du personnel pour pouvoir réaliser ces travaux qui sont sur trois mois. C'est l'été essentiellement. Et on ne les a pas.
Donc, être reconnu comme métier en tension, avoir en quelque sorte, ce n'est pas un label, mais avoir en tout cas cette forme de reconnaissance qui vous donnerait accès à cette main-d'oeuvre potentiellement, à ces personnels qui pourraient être ensuite régularisés, avec toutes les questions au-delà de ça, qui sont les questions notamment du logement, qui sont les questions du transport, qui sont des questions qui sont liées à ces travaux qui ne sont que saisonniers. Mais ça, c'est une autre question. L'inflation, l'inflation, les prix dans les rayons, c'est la grande bataille entre les distributeurs et les industriels.
Et dans cette bataille, il y a deux catégories sur lesquelles le gouvernement dit « ça, pas touche ». C'est les petits industriels, les PME dans l'agroalimentaire et les agriculteurs. Est-ce que les revenus sont effectivement garantis ou est-ce que ça, c'est uniquement un discours de belle façade ?
Écoutez, moi, j'entends le discours en tous les cas et je me réjouis qu'on dise « on ne touche pas au monde agricole ». La réalité des prix qu'on vit, c'est qu'on s'est battu pendant 10 ans suite à la déflation pour obtenir un certain nombre de cadres. C'était le sujet des lois EGALIM qui a permis de sanctuariser la matière première et école.
Ça a marché.
Ça, pour le moment, ça marche.
C'est-à-dire que le temps où on avait des agriculteurs qui produisaient à perte, qui se retrouvaient à vendre moins cher le cochon, qu'ils n'avaient acheté le porcelet, c'est fini ?
C'est globalement fini. Je ne vous dis pas qu'on ne trouvera pas quelques écarts. Mais globalement, aujourd'hui, l'agriculteur peut faire valoir le prix de sa matière première agricole. Alors, pas à titre individuel. Dans un cadre interprofessionnel, il y a des indicateurs. Et l'industrie agroalimentaire ne peut pas acheter en deçà de ces indicateurs. Et nous, ce qu'on ne veut pas, dans ce qui se passe, et vous l'avez compris, Apolline de Malherbe, c'est qu'on revienne là-dessus.
Eux, ils disent « pas touche aux agriculteurs », mais vous vous dites « pas touche à cette loi qui, finalement, nous a quand même protégés. Restons-y ».
Oui, et puis, en fait, on est très conscient que quand il y aura un débat ou une discussion ou de la négociation entre l'industrie agroalimentaire et la grande distribution, à la fin, les agriculteurs risquent, malgré tout, d'être une variable d'ajustement. Qu'est-ce qu'on dit, nous ? On dit que, globalement, il faut continuer à produire en France pour nourrir les Français. Qu'on a largement fait la place à l'importation depuis des années. Et que si on veut avoir une souveraineté alimentaire qui nous protège, on n'a pas été protégés sur la souveraineté énergétique. Et on voit où ça nous a menés. On a besoin de sanctuariser ça.
C'est ce que je dirais à Bruno Le Maire, à qui j'ai demandé de nous recevoir, parce qu'il a vu les distributeurs, il a vu l'industrie agroalimentaire, il ne nous a pas encore vu sur ce sujet.
Oui, parce que vous êtes toujours trois dans ce trio qui fixe les prix. On en parle régulièrement. On parle beaucoup de la grande distribution. Je les reçois souvent. On parle beaucoup des grands industriels de l'agroalimentaire. Vous avez d'ailleurs la double casquette, en quelque sorte, puisque vous faites partie de ceux qui négocient aussi avec la grande distribution pour les huiles que vous produisez. Et puis, la troisième personne, le troisième maillon de la chaîne, c'est en effet les agriculteurs. Vous voulez être reçus au même titre que les autres.
Oui, on a des choses à dire. On voit la difficulté des Français à se nourrir en ce moment. On voit même que les volumes sont en baisse sensible. Et évidemment, quand on est un producteur, voir les volumes baisser, c'est une préoccupation. On sait que c'est difficile. Et en même temps, nous, on dit, si on veut conserver des agriculteurs nombreux en France, il faut accepter de payer le juste prix de l'alimentation. Et c'est ça dont il faut qu'on discute avec Bruno Le Maire.
C'est difficile pour les Français de se nourrir. Un mot sur les Restos du Coeur. Il y a de nombreux appels qui ont été lancés pour aider et pour faire des dons au Restos du Coeur. C'est le cas d'ailleurs du groupe Altice dont RMC fait partie. C'est le cas de l'équipe de France. C'est le cas d'un certain nombre de grands groupes. Est-ce que les agriculteurs ont aussi un rôle à jouer ?
Ils ont un rôle à jouer et ils le jouent. Depuis près de dix ans, mon anté-prédécesseur Jean-Michel Leméteilé avait monté une structure agricole qui s'appelle Solal et qui récupère des dons alimentaires donnés par les agriculteurs à destination des gens qui en ont besoin en concours avec les banques alimentaires. Donc ce travail, on le fait depuis plus de dix ans. Et il faut le faire plus encore dans le moment dans lequel on est.
Steak végétal ? Vous acceptez l'expression steak végétal ? Ou est-ce que vous dites qu'on peut parler de steak à propos de ce qui n'est pas fabriqué vraiment avec de la viande et qui sont ces steaks vendus pour ceux qui ne consommeraient pas de viande ? Est-ce qu'il y a eu ce débat sur le mot steak ? Est-ce qu'on peut l'utiliser ou pas ? Qu'est-ce qu'en pense le patron de la FNSA ?
D'abord, il n'oppose pas la protéine animale à la protéine végétale parce qu'on a besoin des deux. Or, on voit bien qu'on veut extrémiser en ce moment, on veut opposer. Nous, on dit que le steak, c'est pour la viande. Voilà, donc c'est très clair. Et on dit que le végétal qui est en train de se développer a besoin d'être inventif. Ce qui m'intéresse, moi, c'est qu'on ne trompe pas le consommateur. Et c'est que la personne qui va demain vouloir acheter ou du végétal ou de l'animal ne soit pas finalement trompée et sache ce qu'elle veut acheter. Et ça, c'est assez simple à comprendre. Et finalement, c'est très clair.
Donc il faut développer la protéine végétale parce que les transitions alimentaires...
Ça a toute sa place, mais en revanche, ça ne doit pas s'appeler steak.
Exactement.
Merci Arnaud Rousseau d'être venu dans ce studio. Je rappelle que vous êtes le patron de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Il est 7h50.