François Ruffin : "La France Insoumise a pris un coup sur la tête (...) mais rien n’est dit pour la suite"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin, dans le grand entretien du 7-9, le député La France Insoumise de la Somme. Vos questions dans 10 minutes, amis auditeurs. 01 45 24 7000, les réseaux sociaux, l'application mobile d'Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. Vous êtes signataire, partons de là, avec différentes personnalités de tous horizons et plusieurs hommes et femmes politiques de gauche, PCF, Génération, Europe Écologie, Les Verts, Place Publique, vous pour La France Insoumise, d'une tribune contre la privatisation d'Aéroports de Paris. On peut la lire sur le site internet du quotidien Le Monde.
Vous lancez aux citoyens un appel à signer pour que le référendum d'initiative partagée puisse se poursuivre. Il faut que 4 700 000 signatures soient récoltées. Vous voulez, je cite, une contagion de signatures et une épidémie de pétition. Pourquoi faire d'ADP un tel cheval de bataille ?
Parce que c'est la bataille qui nous est proposée. Dans le volet de privatisation, là, il y avait Engie. Tout le monde reçoit une facture de gaz. Donc moi, j'aurais bien voulu qu'on puisse se bouger sur Engie. La Française des Jeux, ça va être un impôt qui va être prélevé sur les pauvres pour les donner aux actionnaires riches. Mais ce n'est pas là-dessus qu'on a interrogé. Le référendum d'initiative partagée, il porte sur Aéroport de Paris. Et ce n'est pas rien quand même de privatiser une frontière. Donc la question nous est posée là-dessus. C'est là-dessus qu'il faut mener la bataille. Sur Aéroport de Paris directement, ensuite sur le monde que nous voulons.
Et le monde que nous ne voulons plus. Ça nous est vendu au nom du déficit, de la mondialisation, de la concurrence, de la croissance. Je pense que ces mots-là aujourd'hui, ce sont des mots cadavres. Ce sont des idées mortes. Et on veut dire que ce n'est plus ça que nous voulons. On l'a depuis 40 ans, on ne veut plus ça. Et je pense que plus généralement, ce dossier-là, il nous permet de poser la question centrale, qui est pour moi permanente, la question de la démocratie contre l'oligarchie. C'est-à-dire, qui décide ?
Est-ce que ça soit toujours le petit cercle de personnes qui doit décider entre elles, dans une assemblée nationale, à la majorité automatique, les pétoriques, où ça ronronne, ça somnole, et puis les votes, ils passent comme ça ? Ou bien est-ce qu'à un moment, on peut avoir la voix du peuple qui se fait entendre, la voix des gens qu'on les fasse entendre ?
Alors vous ne servez à rien dans ces cas-là, le député, monsieur le député que vous êtes. Si vous êtes, on a vu la vidéo samedi que vous avez publiée, où vous répétez référendum, référendum, référendum. S'il ne faut pas en passer par le peuple, ça veut dire que la démocratie représentative n'a plus lieu d'être. Ça veut dire qu'élire nos représentants, et vous êtes un représentant de la nation, ça n'a plus lieu d'être, si tout doit être remis au peuple.
Je ne veux pas dire que tout devait être remis au peuple.
On a l'impression que vous dites, surtout je vois un référendum.
Non, surtout, il doit y avoir la possibilité pour les citoyens de poser des questions sur quand il y a des fermetures de classes, quelle est la politique d'éducation nationale que nous voulons. Ça ne peut pas être, on vote une fois tous les 5 ans. Vous savez, sur un gilet jaune, j'avais vu cette phrase, faire l'amour une fois tous les 5 ans, ça n'est pas une vie sexuelle. Et voter une fois tous les 5 ans, ça n'est pas une vie politique. Ça ne suffit pas. On vient de voter là, quand même. Les gens, ils ont envie de s'emparer d'autre chose. Donc je pense que là, nous est offert un biais pour qu'il y ait une voie qui soit donnée.
Vous savez, et foncièrement, moi je mène toujours la même bataille. Je crois qu'on a le pouvoir qui entre les mains d'une oligarchie. Que cette oligarchie...
Vous en faites partie, l'oligarchie ?
En tout cas, pas avec mon salaire, pas en vivant à Amiens, en face du Parc Saint-Pierre, pas en fréquentant les Sonia et les Marie et les David qui va passer de chez lui. Alors c'est qui l'oligarchie ? L'oligarchie, on a un président qui est issu de l'oligarchie, on a des médias qui sont massivement détenus par l'oligarchie, on a 500 familles qui, dans ce pays, possédaient, il y a 20 ans, 7% du PIB. C'était 25% à l'arrivée de Macron et on est aujourd'hui à 30%. Donc on voit bien que si on dit par exemple ces 500 familles-là, il y a une croissance et aussi de leur pouvoir et d'un pouvoir qu'elles ne veulent pas lâcher.
Donc je dis, la question centrale aujourd'hui pour tout, c'est qu'ils ont le volant entre les mains. Ils nous emmènent droit dans le mur social, droit dans le mur écologique. Nous devons leur retirer le volant des mains. Nous devons changer d'orientation et nous devons appuyer sur le frein. Et voilà.
Mais François Routard, Edouard Philippe vous a répondu hier à l'Assemblée nationale, il vous a dit, il y a eu un vote, c'était il y a deux semaines et demie, ça s'appelle les Européennes, et il vous a dit, vous avez appelé à faire de ces Européennes un grand référendum anti-Macron, vous dites non, mais si, Jean-Luc Mélenchon a appelé à en faire un grand référendum anti-Macron, et il vous a répondu, les Français ont voté. C'est-à-dire 22% pour la liste La République En Marche et un peu plus de 6% pour la liste France Insoumise.
Oui, mais il semble se satisfaire de ce résultat. Admettons que les Français ont voté. Vous voulez Marine Le Pen, là, maintenant, Première ministre ? C'est ça qui devrait se produire alors. Si on suit le discours d'Edouard Philippe et qu'on considère que les élections européennes ont été l'équivalent d'une élection législative ou doivent reconfigurer le paysage politique, ça veut dire que vous voulez Marine Le Pen comme Premier ministre. C'est ça la conséquence. Et venir dire qu'aujourd'hui, c'est les macronistes qui ont gagné cette élection, non, ils ne l'ont pas gagnée.
Et je le dis avec, sur un sentiment tragique, sur un sentiment tragique, c'est que moi, dans mon coin, j'avais ramené le FN à 15% pour les législatives. Et il est repassé à 42%. Donc ça veut dire qu'il faut à nouveau se retrouver ses manches. Il faut repartir à la bataille. Il faut les faire repasser. Mais on ne peut pas venir dire...
Pourquoi il est passé à 42% ? Pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas voté France Insoumise, ceux qui n'étaient pas contents ?
Il y a deux évidences. La première évidence, c'est que les gens prennent le plus gros bâton pour taper Macron. Et là, le plus gros bâton était du côté du Rassemblement National. Et la deuxième évidence, c'est qu'avec cet état de dispersion, je pense que ça ne donne pas l'envie de dire que c'est de ce côté-là qu'on va gagner. Il se joue des batailles internes à la gauche. Et ce n'est pas ça qui suscite le désir. Donc voilà.
On va y revenir dans quelques minutes. Quelques mots tout de même. Le sujet est crucial sur la loi mobilité qui est en discussion à l'Assemblée Nationale. Je rappelle qu'avec Delphine Bateau, vous avez fait la proposition d'interdire les vols intérieurs. Quand il y a une alternative possible et simple, on va dire les choses comme ça, alternative donc par le train, le gouvernement n'y est pas favorable. François de Rugy dit que ce n'est pas sérieux. La ministre des Transports dit qu'il n'y a pas besoin d'interdiction, que les Français peuvent faire esprit de responsabilité et donc se réformer eux-mêmes.
Il faut interdire vraiment, selon vous, là, c'est une question de méthode pour faire la transition écologique. Vous ne faites pas confiance aux citoyens. Il faut revenir à une forme d'écologie qu'on a décrite comme punitive. Non, mais ce n'est pas l'écologie punitive, mais vous savez... Interdire ! Interdire ! Voilà, c'est interdit de prendre l'avion.
Est-ce que j'ai le droit de fumer ici ? Non ? Non. C'est interdit. C'est interdit pour moi et pour vous et pour les gens qui vont passer ensuite dans ce studio parce qu'on tient à préserver l'air de ce studio et moi, je tiens à préserver l'air de ce PLI et l'air du monde. Voilà, donc c'est une question de santé publique. C'est ça ce que vous voulez dire ? C'est une question de santé mondiale, presque. Là, des avions, un vol entre Paris et Marseille, mais 50 fois plus de CO2, de gaz à effet de serre, que le train. Le train. Le train prend à peine plus de temps. Donc là, il y a quand même des questions à se poser.
Moi, je ne crois pas qu'il suffira de faire appel à la bonne volonté des consommateurs. Je ne crois pas seulement au caddie. Quand les gens sont dans un magasin, ils ont un porte-monnaie aussi à la place du cerveau. Il y en a d'autres qui ont l'argent, les moyens, le temps pour faire autrement. Mais donc, je crois que du coup, il faut des lois. Vous savez... Donc, il faut une écologie qui contraigne. Oui, aussi. Vous savez, la fin du travail des enfants, ça ne s'est pas fait parce que les consommateurs, ils ont décidé de cesser d'acheter des produits qui étaient fabriqués par les enfants.
Le passage à la fin du travail du dimanche, ce n'est pas parce que les consommateurs, ils ont cessé d'aller au magasin le dimanche. Vous voyez, les 40 heures, ce n'est pas parce qu'au moment du Front Populaire, les gens se sont dit, bon, on va cesser d'aller acheter des produits issus d'usines où il n'y a plus de 40 heures. Ce n'est pas parce qu'il y a des lois et des règles qui ont été mises en place en commun. Et donc, évidemment, sur le terrain écologique aussi, il nous faut des lois et des règles qu'on se fixe en commun.
Est-ce que cette loi-là que vous souhaitez est la bonne sur privilégier le train quand on peut faire le trajet en moins de 5 heures ? Emmanuel Ménard qui était là disait, c'est des magots parce que, par exemple, ça pose la question de Perpignan, ça va enclaver Perpignan qu'on fait en 4h50. Vous allez forcer les gens à prendre le train. Vous répondez quoi à ces cas précis, à ces cas d'espèce ?
D'abord, je vous réponds précisément que ma proposition de loi est de dire que quand le train ne met pas plus de 2h30 en plus, eh bien, dans ce cas-là, le train est privilégié et on abandonne l'avion. Mais il faut voir les choses de manière plus générale. Aujourd'hui, il y a une loi mobilité qui est discutée à l'Assemblée nationale. On devrait se dire, nous devons mettre le paquet sur le ferroviaire. Nous devons mettre le paquet sur le ferroviaire pour rendre les trains accessibles sur le plan des tarifs. Il faut que les trains, les gens puissent circuler et circuler avec des coûts qui ne soient pas terribles parce que le TGV, ça produit des coûts terribles aussi.
Il faut qu'on ait des trains de nuit qui soient maintenus. Là, il y a eu un abandon de trains de nuit mais plus généralement et pour sortir des voyageurs, il faut que le fret en France, ça soit comme en Suisse, que ça passe essentiellement par le fret ferroviaire. Or, il y a une division par 3 en 30 ans du fret ferroviaire au profit du tout camion. Donc, il faut réfléchir. Voilà. Vous savez, vous me disiez à quoi vous servez comme député. Comme député, j'ai un rôle de lanceur d'alerte. Eh bien, je lance l'alerte. Je ne dis pas que le gouvernement va reprendre ça et puis le mettre tel quel dans sa loi. J'ai très peu d'espoir de ce côté-là. Mais je lance l'alerte.
Et je lance l'alerte aux citoyens aussi pour leur dire vous savez, je suis venu avec mon attaché, on dit chef de cabinet quand on a l'assemblée, on a des mots forts comme ça. Elle est là et elle me dit tu sais, moi François, j'ai besoin qu'on me fixe des règles parce que sinon je prends l'avion pour aller partout en Europe. Voilà, c'est comme ça. Et j'ai besoin qu'on me dise à un moment qu'on me canalise qu'il y ait un cadre et qu'on me dise finalement ta loi elle va peut-être aller un peu contre ce que je fais mais j'ai besoin d'une loi qui me fasse faire ça.
Mais donc l'écologie est fragilisée par les démarches consensuelles. C'est ça ce que vous voulez dire aujourd'hui ? Moi je pense qu'on peut aller
vers une démarche consensuelle sur ce terrain-là. Vous savez, il faut le temps d'être... Mais avec la loi. Il faut la loi. Pour changer les comportements. Il faut la loi pour changer les comportements. Oui, je crois à la loi. Vous savez, je ne suis pas devenu député par hasard. Je suis devenu député aussi parce que je crois à la loi. C'est-à-dire à la règle qu'on se fixe en commun et qu'on respecte.
Edouard Philippe va prononcer son discours de politique générale cet après-midi. Il veut aller plus loin sur l'écologie. Emmanuel Macron veut passer de la parole aux actes. Est-ce que vous leur donnez le bénéfice du doute ? Est-ce que vous avez l'impression qu'ils sont en train comme a dit Pascal Canfin d'être en pleine conversion écologique ?
Je suis plus que sceptique sur ça. Ne serait-ce que parce que la loi mobilité est discutée en ce moment à l'Assemblée nationale et que je ne vois pas ce paquet mis sur tout ferroviaire. Il n'y a rien sur la limitation des camions dans ce pays. Donc ne serait-ce que concrètement ici et maintenant tout de suite, je ne le sens pas quand j'ai deux rugies qui réagissent automatiquement en disant ce n'est pas sérieux de limiter les vols en avion. Ce n'est pas quelque chose que je sens. Et de manière plus générale, je répète, mais aujourd'hui nous avons un volant qui est entre les mains de l'oligarchie.
Et je ne crois pas que ce sont ces gens-là qui vont appuyer sur le frein parce que par exemple la croissance, moi je n'y crois pas. Je ne crois pas que le bonheur, il puisse y avoir un supplément de bonheur aujourd'hui dans ce pays par la croissance. Je ne crois pas non plus qu'on nous vante une nouvelle technologie, ça va être le téléphone 5G qu'on vient nous amener en France et on a des commissions là-dessus et tout ça. Je ne crois pas que demain le bonheur il puisse venir par le téléphone 5G, 6G, 7G, 8G.
Vous êtes conservateur ?
Non, parce que je crois que le bonheur aujourd'hui, le supplément de bonheur il passera par la relation avec les autres. C'est moins de bien, plus de lien. Et c'est pour ça que je place au cœur de ma réflexion les métiers du lien, de l'entraide, de la tendresse, auxiliaire de vie sociale, assistante maternelle et ainsi de suite. Et donc il m'étonnerait que ce gouvernement produise ce grand basculement. Maintenant, il y a des épiphanies, s'il y a des miracles, j'en serais enthousiasmé.
Un mot tout de même Yannick Jadot, 13% aux Européennes dit vouloir créer une force écologique qui agrègerait des partis écolos, mais pas la France insoumise. Il dit, c'était dans le monde. Pour moi, LFI et Génération, ce ne sont pas des partis écologistes, mais leurs militants, comme tous ceux qui se retrouvent dans les valeurs de l'écologie, sont les bienvenus. Que répondez-vous à ça ?
Je trouve que ce n'est pas une bonne manière de commencer à vouloir faire les choses en en excluant certains. Voilà, ça c'est la première chose. Après, moi je suis venu dans le groupe parlementaire de la France insoumise, j'ai été élu avec toutes les étiquettes, Europe, Écologie, Les Verts, Ensemble, le Parti communiste et la France insoumise. Mais il me semble que dans la démarche, dans la durée, y compris de Jean-Luc Mélenchon, il nous fait marcher, il nous a fait avancer sur deux jambes. Il a remis la gauche sur ses deux jambes. C'est quoi ? C'est la jambe rouge, c'est le social, c'est la jambe verte, c'est l'écologie.
Et moi je reste habité par cette maxime, consommer moins, répartir mieux. Répartir mieux, c'est le volet rouge, c'est le volet égalitaire, il n'y a pas besoin d'avoir un plus gros gâteau dans ce pays, il faut le partager comme il faut et consommer moins parce qu'en effet si on ne veut pas foncer dans le mur écologique aujourd'hui... Ils ont les deux jambes vertes eux ? Yannick Jadot depuis les Européennes ? Moi vous savez, je n'ai jamais dit un mot de mal. Non mais c'est pour comprendre et savoir.
Je vous le dis, depuis que je suis élu et même avant, quand j'étais candidat, on avait une cagnotte et on devait mettre un euro dans la cagnotte si on disait du mal de quelqu'un quand on considérait qu'il était à gauche, qu'il était dans notre camp. Donc je n'ai... Regardez toutes mes interventions, je n'ai jamais dit un mot de mal sur qui que ce soit que je considère comme étant plutôt...
Donc vous considérez qu'Yannick Jadot est à gauche ? Parce que lui il dit qu'il n'est plus gauche
ni droite. Vous savez, après on dit il ne faut plus dire gauche, machin. Je considère qu'il appartient au camp du progrès. Voilà, moi je n'ai pas envie de jeter des invectives sur les uns et sur les autres. Ce n'est pas ma manière de faire.
Alors, qu'est-ce qui se passe à la France Insoumise ? François Ruffin, je sais que vous n'aimez pas ces questions mais ce n'est pas que de la tambouille journalistique que de vous demander ce qui se passe à la France Insoumise. Clémentine Autain a dit qu'il y avait à la France Insoumise un problème de ligne politique. Sans citer Jean-Luc Mélenchon, elle dit qu'il faut un profil plus rassembleur que clivant, être, je la cite, du côté de l'espérance et pas du ressentiment ou de la haine. Elle a raison, elle a tort. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Vous savez, moi je pense que c'est une tradition à gauche que quand on a des conflits de personnes, des désaccords sur les méthodes et tout ça, on le traduit en habit idéologique. Et je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui il y a un clivage entre deux lignes à la France Insoumise, entre les populistes et de gauche. Moi je suis populiste de gauche. Donc je prends tout, je rassemble.
Est-ce que vous avez été assez populiste dans cette campagne pour les européennes ?
J'en sais rien. J'en sais rien. Je sais que c'était une campagne qui était très difficile à mener parce que l'évidence c'était que le gros bâton pour battre Macron c'était le Rassemblement National. J'en ai vu la difficulté. J'ai mesuré la difficulté dès l'automne de ce que serait cette campagne. Donc je ne peux pas vous dire qu'il y avait une solution miracle et que c'est en y allant, en tapant plus fort, en étant plus sur un discours de rupture, qu'on aurait fait mieux. Je n'en sais rien.
Donc vous pensez que ce que dit Clémentine Autain, le départ de Charlotte Girard, tout ça c'est des problèmes de personnes et pas idéologiques.
Je pense que d'ailleurs se retrouve dans... Moi je vais vous dire que j'ai appris le départ de Charlotte Girard par le journal de France Inter samedi à 19h. Donc ce n'est pas comme si je comprenais ce qui se passait et que j'en étais. Vous me demandez de commenter. Il n'y en a pas. Et je m'en suis toujours tenu éloigné parce que ce n'est pas mon truc. Bon voilà. Maintenant ceci dit je pense que se retrouvent là-dedans des gens qui souhaitent qu'il y ait un fonctionnement qui soit un peu plus établi. La difficulté qu'il y a c'est comment être un mouvement qui investit dans la société qui bouge sans s'ossifier en un parti et pourtant avoir des règles de fonctionnement.
Je pense que c'est la difficulté mais moi qui n'ai jamais été membre d'un parti ce n'est pas moi qui vais donner des leçons aux autres sur les méthodes pour le faire. Je vous dis quelle est ma méthode. Ma méthode pour remettre les gens ensemble et pour qu'ils se bougent c'est moins d'être tourné vers l'intérieur que d'être tourné vers l'extérieur et c'est de les mettre dans la bagarre sur cette question d'aéroport de Paris. Je le fais pour tourner les gens.
C'est-à-dire vous alliez aux autres parties de gauche. C'est ça que vous voulez.
Pour les tourner vers l'extérieur. Vous savez si les gens à Amiens à Vierzon à Saint-Hippolyte n'importe où ils se mettent à se bagarrer sur l'aéroport de Paris ça va à la base les mettre ensemble. L'unité en 1936 dans cette période qui met cher du Front Populaire elle n'est pas née seulement parce que les têtes au sommet ils ont voulu s'allier du PC du Parti Socialiste et ainsi de suite mais parce qu'à la base il y a eu un désir d'unité.
François Ruffin on a encore beaucoup de questions à vous poser. Ouvrons le débat avec les auditeurs de France Inter direction Maud et la parole à Stéphane. Bonjour et bienvenue.
Bonjour France Inter bonjour M. Ruffin j'ai bien entendu M. Ruffin en prononcer plusieurs fois le mot d'oligarchie et je voulais savoir quelle était sa pensée par rapport à M. Mélenchon qui lui est quand même un homme politique depuis 1983 qui vit de la politique depuis 1983 en tant que conseiller municipal sénateur député européen et maintenant député et savoir s'il considérait qu'il faisait partie de l'oligarchie politique française.
Merci Stéphane pour cette question sur le même thème quasiment dans les mêmes mots beaucoup d'autres interventions François Ruffin sur l'application France Inter que répondez-vous à nos auditeurs ?
Non mais je ne crois pas que M. Mélenchon enfin Jean-Luc appartiennent à l'oligarchie et on peut même dire qu'il en a été un combattant il a combattu contre et il combat encore contre cette oligarchie je veux dire il n'appartient pas aux 500 plus grandes fortunes françaises il ne détient pas d'immenses médias dans ce pays enfin voilà donc il n'a pas les caractéristiques de classe de l'oligarchie
mais de l'élite j'imagine aussi que c'est ce que veulent dire les auditeurs vous savez moi
je n'ai rien contre l'élite je n'ai rien contre l'élite en soi je pense qu'il faut des élites dans un pays par contre il faut que les élites elles le méritent que moralement elles soient à la hauteur de leur statut et aujourd'hui moi ce que je regrette c'est que les élites ne sont pas à la hauteur de leur statut par les choix qu'elles prennent par le fait de favoriser en effet les plus riches de ce pays suppression de l'exit tax de la flat tax de l'impôt sur la fortune enfin voilà et ainsi de suite
Jean-Luc Mélenchon il est silencieux depuis les européennes certains spéculent sur son envie de jeter l'éponge est-ce que vous lui parlez il est dans quel état d'esprit comment vous le sentez ?
je lui ai parlé hier matin avant la réunion de groupe nous on parle de tout de littérature de peinture d'histoire d'amour et finalement assez peu de politique parce qu'il sait que c'est pas le truc sur lequel on a plus envie de causer vous savez la vie politique moi j'en suis vous disiez Mélenchon il est là depuis 83 moi j'en suis là depuis 2 ans et je peux pas dire que je la comprenne c'est quand même assez étrange ces trucs avec des phénix Chirac on croyait qu'il avait été enterré et boum il est renait de ses centres plusieurs fois Mitterrand ça a été pareil la vie politique est quand même quelque chose d'étrange
donc Mélenchon peut renaître de ses centres
ça vous dit ? c'est tout à fait enfin c'est pas que l'image que je voulais donner mais en tout cas il est clair que la France Insoumise a pris un coup sur la tête et Jean-Luc aussi il n'y a pas de doute là-dessus mais je pense que rien n'est dit pour la suite
Robert nous appelle de peau bienvenue Robert on vous écoute
oui bonjour à tous bonjour monsieur Ruffin vous voulez interdire de prendre l'avion soit mais que ferez-vous quand des dizaines de milliers d'emplois seront supprimés chez Airbus ou chez Air France aurez-vous le courage d'aller devant ces salariés au risque de vous faire lyncher monsieur ?
merci Robert pour cette question
François Ruffin vous répond alors je ne veux pas interdire l'avion que les choses soient claires je veux là ça représenterait 36 vols il me semble en France qui seraient en effet supprimés avec ma proposition de loi maintenant monsieur il va y avoir cette année 2100 suppression de postes à la SNCF et personne ne considère que c'est un problème on est en train de casser un outil qui devrait nous servir à la transformation écologique de la société on le casse et ça n'est pas un problème donc je suis déjà d'ores et déjà au côté des salariés de la SNCF vous voyez la logique
de la question
personne n'a dit
que vous vouliez abolir l'aviation mais sur les conséquences économiques de ce que vous proposez
la transformation écologique ça suppose qu'il va y avoir des secteurs en effet qui vont être moins avoir d'emplois et d'autres qui vont en avoir davantage j'ai cité par exemple les métiers du lien tout à l'heure mais on peut citer l'agriculture qui réclamera la création de centaines de milliers d'emplois et ainsi de suite mais d'ores et déjà aujourd'hui le système case des emplois à aéroports de Paris il y a eu un doublement du trafic aérien depuis le début des années 2000 et c'est moins 2000 postes à aéroports de Paris c'est moins 2000 postes dans un secteur qui est en énorme croissance ça vous trouve bien qu'aujourd'hui il n'y a plus de lien entre la croissance et la création d'emplois
un mot pour terminer sur Étienne Chouard François Ruffin vous lui avez rendu hommage en décembre dernier à l'Assemblée nationale je rappelle vos mots le référendum d'initiative citoyenne a fleuri parce que des hommes de conviction et nommons-les Étienne Chouard et ses amis ont semé à roser depuis des années il y a une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis hier où Étienne Chouard est interviewée par Denis Robert sur le média et Denis Robert lui demande s'il doute de l'existence des chambres à gaz et voilà ce qu'il répond vous voulez que je dise quoi que les chambres à gaz ont existé que je le dise de façon tranchée et non ambiguë je peux le dire si ça vous fait plaisir mais je n'ai rien lu là-dessus est-ce que c'est du négationnisme ?
en tout cas c'est de la pure connerie voilà j'ai déjà dit que j'avais fait une erreur je l'ai dit je le redis donc bon moi j'ai grandi avec mon ami Frédéric un sac de billes de Joseph Joffaut au revoir les enfants plus tard Arthur Kostler je ne considère pas du tout que la Shoah soit un point de détail de l'histoire au contraire ça a participé à ma construction donc je pense que c'est de la connerie vous avez vu cette vidéo ? c'est plus que ça oui c'est de la connerie négationniste pour l'interrogation voilà qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
maintenant je vais vous dire autre chose je vous ai dit c'est une erreur de ma part là je parle c'est une erreur je ne vais pas venir à chaque fois dans un studio de radio non plus et me verser de la cendre sur la tête en disant j'ai fait une erreur Emmanuel Macron a voulu rendre hommage à Philippe Pétain et il voulait même lui faire une célébration nationale et depuis il n'a pas dit une seule fois j'ai fait une erreur il a fait une erreur je dis j'ai fait une erreur moi ça ne sera pas la première et ça ne sera pas la dernière
c'est quoi votre erreur à vous ? c'est d'avoir
vendu hommage à Étienne Chouard même si je dis que évidemment c'est sur le référendum d'initiative citoyenne mais voilà là il est pour le moins
mais ce genre de vidéo ça passe pas ?
ben oui mais c'est pas mon truc maintenant je vous le redis est-ce que si Macron était dans ce studio vous lui diriez alors sur Pétain vous avez fait une erreur vous allez dire que vous avez fait une erreur et pourtant je considère que c'est grave aussi parce que la politique antisémite de la France elle s'est construite avec le maréchal Pétain
Emmanuel Macron est le seul avec Jean-Luc Mélenchon à ne pas venir au micro de France Inter pour des raisons que j'imagine différentes merci en tout cas François Ruffin il est 8h45 je rappelle que vous êtes le député de la France insoumise de la Somme merci d'avoir été au micro d'Inter
François Ruffin