Cent lettres inédites de Marcel Proust
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Est-ce qu'il y a beaucoup d'auteurs qui peuvent se targuer d'avoir une équipe entière pour étudier leurs œuvres à l'ITEM ?
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Où est-ce qu'elles étaient ces lettres datées de 1880 avant qu'on les retrouve ?
- 2:13OuverteRéponse directe
Ces lettres s'adressent à qui ? Ou elles sont reçues de qui ?
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Est-ce que vous avez appris ou compris des choses sur lui, sur son caractère, sur son travail, en lisant ses lettres ?
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Il s'entendait bien avec Lucien Daudet, parce qu'il ne partageait pas tellement les mêmes idées politiques ?
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Est-ce qu'en revanche, ces lettres de jeunesse révèlent déjà un écrivain ou une œuvre en train de se faire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« D'ailleurs, on verra dans les nombreuses lettres qu'il m'a écrites et que je publierai peut-être un jour, on verra sa gentillesse et même sa délicatesse. »
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« Oui, dans mon laboratoire, il y a en effet plusieurs équipes. Il y a une équipe Zola, notamment une équipe Valérie et donc différentes équipes suivant les écrivains. »
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« Alors en fait, il s'agit de lettres qui sont restées dans la famille après la mort de Proust. »
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« Oui, donc il y a à peu près une vingtaine de lettres à Proust, donc qui ont été reçues par Proust. »
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« Donc là, c'est une jolie lettre à sa mère, où on voit qu'il lui rend compte très régulièrement de sa santé. »
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« où on voit qu'en fait, il se voyait, disons, toutes les nuits, puisque Proust, étant malade, dormait le jour et vivait la nuit. »
- 4:31InvitéFait
« Et Lucien Daudet, dès alors que Proust est parti en voyage, lui, il écrit « Je suis comme un morphinomane sans sa morphine ». »
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« Daudet avait déjà pris des positions anti-dreyfusard, anti-sémite. »
- 6:17InvitéFait
« Alors, il y a une lettre très intéressante avec un très joli texte sur la pluie. »
- 6:50InvitéFait
« et dans laquelle, en fait, il lui propose différents titres pour ce qui deviendra Contre Sainte-Beuve, souvenir d'une matinée. »
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« Il dit, mais je vivais avec vous parce que j'étais dans le Transsibérien. »
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« Le fait que ces 100 lettres mélangent, en fait, tout type de lettres, permet aussi de mesurer à quel point Proust n'était pas tout à fait ce solitaire qu'on imagine parfois. »
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On se trouvait devant lui comme devant un praticien de l'âme, avec des doigts délicats pour penser une plaie, pour tâcher non seulement de ne pas la faire souffrir, mais même de ne pas la faire sentir. D'ailleurs, on verra dans les nombreuses lettres qu'il m'a écrites et que je publierai peut-être un jour, on verra sa gentillesse et même sa délicatesse.
Le poète français Fernand Gregg, académicien, les lettres dont il parle sont celles de Marcel Proust. Bonjour Julie André. Bonjour Julie Gacon, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maîtresse de conférence à l'école polytechnique, co-responsable de l'équipe Proust de l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes, dont les lettres. Donc il y a une équipe Proust. Est-ce qu'il y a beaucoup d'auteurs qui peuvent se targuer d'avoir une équipe entière pour étudier leurs œuvres à l'ITEM ?
Oui, dans mon laboratoire, il y a en effet plusieurs équipes. Il y a une équipe Zola, notamment une équipe Valérie et donc différentes équipes suivant les écrivains. Et ce laboratoire est consacré plus particulièrement à l'étude des manuscrits d'écrivains.
Et vous avez co-dirigé Julie André, 100 lettres inédites, correspondances retrouvées issues du fonds Proust de la BNF, rassemblées donc par vous avec Sophie Duval et Guillaume Faux, et publiées aux éditions Honoré Champion Bibliothèque Nationale de France. Où est-ce qu'elles étaient ces lettres datées de 1880 ? Enfin datées, on va expliquer qu'ils ne dataient pas ces lettres Proust, mais en tout cas on les date à peu près de 1886 jusqu'à sa mort en 1922. Où est-ce qu'elles étaient avant qu'on les retrouve ?
Alors en fait, il s'agit de lettres qui sont restées dans la famille après la mort de Proust. Donc une des particularités de cette, disons, collection épistolaire, c'est qu'elles ont toutes été retrouvées chez Proust à son domicile. Donc c'est vrai que pour la correspondance, en général, les lettres sont retrouvées chez les destinataires, évidemment. Et donc là, elles ont été retrouvées chez Proust, ce qui signifie que nous avons beaucoup de brouillons de lettres, aussi des billets qui ont circulé dans sa maison.
Elles s'adressent à qui ? Alors ces lettres, elles s'adressent à qui ? Ou elles sont reçues de qui ? Parce que certaines, en effet, ont été envoyées par lui et il demandait parfois « Est-ce que vous pourrez m'en renvoyer ma lettre après ? » Certaines sont des brouillons et puis d'autres ont été reçues.
Oui, donc il y a à peu près une vingtaine de lettres à Proust, donc qui ont été reçues par Proust. Et le reste, ce sont donc des lettres de Proust. Et donc en fait, on a à la fois des lettres, je dirais, assez intimes, assez proches, à ses amis, à sa famille. Et aussi des lettres, disons, plus professionnelles, des lettres à d'autres écrivains, des lettres à ses éditeurs, à des personnalités du monde littéraire.
Quand il écrivait à sa mère, nécessairement, il était plus naturel.
Je songe que me comprenant mal, tu peux trouver mes doléances peu gentilles. Mais à t'écrire, j'ai déjà dépassé l'heure où j'aurais dû me coucher. Si je m'explique, il sera plus tard encore. Si je recommence ma lettre, bien plus. Si je la déchire sans t'en envoyer une autre à la place, tu seras déçu de ne rien avoir. Entre ce conflit de devoir, je crois mieux de te l'envoyer, au moins à titre de document, comme disent les journaux. Je vois qu'on a oublié d'ouvrir ma fenêtre. Je suis obligé de l'ouvrir. Et comme il fait très froid, et qu'il n'y a pas encore de feu chez moi, à quelle heure pourrais-je me coucher ?
À quelle heure pourrais-je me coucher ? C'est bien la grande affaire de sa vie. Ça, longtemps, il s'est couché de bonne heure, et puis une demi-heure après, hop, fini, terminé. Est-ce que vous connaissez, vous qui connaissez bien les écrits de Marcel Proust, est-ce que vous avez appris ou compris des choses sur lui, sur son caractère, sur son travail, en lisant ses lettres ?
Oui, bien sûr, on a des détails un petit peu intimes sur sa vie, par exemple. Donc là, c'est une jolie lettre à sa mère, où on voit qu'il lui rend compte très régulièrement de sa santé. Il y a également des billets qui le montrent. Mais dans d'autres lettres à ses amis, je pense à une lettre à Lucien Daudet, qui était donc un des fils d'Alphonse Daudet, où on voit qu'en fait, il se voyait, disons, toutes les nuits, puisque Proust, étant malade, dormait le jour et vivait la nuit. Et Lucien Daudet, dès alors que Proust est parti en voyage, lui, il écrit « Je suis comme un morphinomane sans sa morphine ».
Il s'entendait bien avec Lucien Daudet, parce qu'il ne partageait pas tellement les mêmes idées politiques ?
Oui, alors là, il s'agit de Lucien Daudet et pas Léon Daudet, mais effectivement, il pouvait y avoir certains différents, mais ils avaient une très grande amitié, une relation de très grande proximité l'un avec l'autre.
On date d'ailleurs une lettre de Léon Daudet en janvier 1897, parce que lui, Léon Daudet, datait ses lettres. Alors là, Proust n'avait pas encore 30 ans, c'était trois ans après le début de l'affaire Dreyfus. Daudet avait déjà pris des positions anti-dreyfusard, anti-sémite. Il se disait encore républicain et pas encore monarchiste, comme il le sera en intégrant l'action française. C'est un contexte à avoir en tête aussi quand on lit cette lettre de Léon Daudet à Proust et qui parle d'une dispute qui aurait donc éclaté entre eux quelques jours plus tôt.
Alors oui, il y a beaucoup d'exemples aussi de lettres à Léon Daudet de la part de Proust, et on en a une parmi ces 100 lettres.
« Mon cher Marcel, je ne sais pas si je puis encore vous appeler ainsi, et si ces mots si froids pour nous d'ordinaire ne sont point encore trop menteurs pour exprimer la haine que nos deux lettres semblaient contenir pour l'un comme pour l'autre. » Il ne s'entendait pas du tout politiquement. Et Proust, d'ailleurs, lui, avait vraiment défendu Dreyfus lors de l'affaire Dreyfus. Mais en tout cas, il parle beaucoup, comme vous le disiez, quand il écrit à Célestade Barret, à sa mère. Il parle beaucoup de sa santé, de ses médicaments, ses sédatifs, aussi la grande affaire. Est-ce qu'en revanche, ces lettres de jeunesse révèlent déjà un écrivain ou une œuvre en train de se faire ?
Oui, tout à fait. Alors, il y a une lettre très intéressante avec un très joli texte sur la pluie. Donc, il envoie cette lettre avec ce brouillon. Et dans ce brouillon, on voit une description de la campagne sous la pluie avec une très belle comparaison avec la mer. Et on retrouvera cette comparaison par la suite du côté de chez Swan. On a aussi l'exemple d'une lettre à Reynaldo Hahn, dans laquelle...
Compositeur et chef d'orchestre.
Exactement. Et dans laquelle, et qui était aussi un des amis de Proust, et dans laquelle, en fait, il lui propose différents titres pour ce qui deviendra Contre Sainte-Beuve, souvenir d'une matinée. Et notamment un titre, Le retour vers la solitude.
Ce qu'on apprend aussi de lui en tant que lecteur d'autres écrivains, cette lettre à Blaise Sandrars, par exemple, dont il est en train de lire le recueil du monde entier, plus précisément le texte prose du Transsibérien et de la Petite Gêne de France. Déjà, il s'excuse de ne pas lui avoir écrit pendant un certain temps. Il dit, mais je vivais avec vous parce que j'étais dans le Transsibérien. Mais d'ailleurs, je trouve que vous avez une supériorité sur moi, votre façon d'écrire dans une forme neuve, etc. Donc, on apprend beaucoup de choses aussi sur la façon dont Proust considérait les écrivains de l'époque. Il écrivait aux gens à défaut de les voir ou pas ?
Parce qu'on a une image de lui très solitaire, l'homme seul, alité, insomniaque. Sa correspondance montre quand même qu'il avait une vie mondaine. Bon, on le savait peut-être déjà, mais en les lisant, ça se confirme.
Le fait que ces 100 lettres mélangent, en fait, tout type de lettres, permet aussi de mesurer à quel point Proust n'était pas tout à fait ce solitaire qu'on imagine parfois. Donc, pas solitaire dans sa vie mondaine, qu'il avait une vie mondaine, qu'il était entouré par ses amis et par d'autres personnalités, mais aussi parce qu'il écrivait un petit peu en collaboration, en liaison avec ses amis, avec ses proches.
Le fond Proust à la BNF, c'est une mine d'or pour vous ?
Oui, une mine d'or et c'est vrai que de nouveaux manuscrits sont toujours en cours d'acquisition et donc ça va nous permettre aussi de mieux comprendre, en fait, comment a été écrite cette longue œuvre qu'est « À la recherche du temps perdu ».
Et qu'il écrivait aussi sous forme de brouillon dans ses lettres, y compris une lettre de rupture, par exemple, qu'on retrouvera dans « Un amour de Swan ». Merci beaucoup Julie-André d'avoir été avec nous pour parler de ces 100 lettres inédites correspondances retrouvées 1886-1922, donc années de sa mort, rassemblées dans ce livre paru aux éditions Honoré Champion Bibliothèque Nationale de France. Merci, je rappelle Julie-André que vous êtes maîtresse de conférence à l'École Polytechnique et co-responsable de l'équipe Proust de l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes. Vous êtes membre du LINX, c'est comme ça que s'appelle votre laboratoire de l'École Polytechnique.
Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Merci à vous pour votre invitation.