Le racisme Anti-Blanc selon Naïma Moutchou
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Vous avez vu la vidéo ? Est-ce que vous dites aujourd'hui que oui, il existe une forme de racisme antiblanc, un ressentiment antifrançais en France ? Ça existe ? Bien sûr que ça existe. Moi, je l'ai vu, j'y ai été confronté. Cette phrase, on a l'habitude de l'entendre à l'extrême droite, mais ici, elle est prononcée par une ministre du gouvernement d'Emmanuel Macron. Alors même que la notion de racisme antiblanc, elle est très contestée par l'ensemble des spécialistes du racisme. Alors, pour comprendre ce qui se joue, il faut savoir qu'avant d'entrer au gouvernement, Naima Mchu a fait partie des premiers avocats à obtenir [musique] une condamnation pour racisme antiblanc en France. C'était en 2010 et elle plaidait au nom de l'Alicra. Bienvenue
sur Histoire Crépu. Je suis Sun Boy et sur cette chaîne, on parle d'histoire coloniale et d'antiracisme sans tabou. Pour réaliser nos vidéos, on a besoin de votre soutien. Alors, rendez-vous sur notre site [musique] histoirecrépu.fr. Allez, c'est parti. Dans cette vidéo, j'analyse une séquence de l'émission Question politique diffusée sur France interre le 1er février 2026. [musique] La ministre des autres Mèes répondait à une question sur son combat personnel contre le racisme antiblanc. Mais avant d'aller plus loin, il faut comprendre qui est vraiment Naima Mchu. Naimachu, c'est une femme franco-marocaine née à Hermont dans le 95. Elle est issue d'une famille populaire avec une mère au foyer et un père aide soignant. Elle assume ses origines mais elle ne veut pas s'y
enfermer. Est-ce que c'est ça votre antise ? C'est-à-dire devenir finalement le porte-drapeau d'une communauté. Oui. Alors, j'ai j'ai un parcours et une histoire dont je ne peux pas me défaire. Je ne veux pas me défaire d'ailleurs. Je suis très à l'aise avec qui je suis et j'ai cette capacité peut-être à porter une voix un peu différente et donc maintenant je veux m'en servir. Dans ces prises de parole, Naima Mutchu prend toujours soin de se distinguer des discours qu'elle nomme communautariste ou victimaire. Elle préfère raconter autre chose. On parle beaucoup de ce qui ne va pas. Moi, j'ai envie de dire qu'on est aussi dans un beau et grand pays qui permet ces parcours de la de la méritocratie. Alors bien sûr, il faut faire un peu d'efforts. Vous l'avez compris, Naima Mchu est une
femme de droite. Elle se présente comme la preuve qu'on peut être enfant d'immigré et accéder au poste de pouvoir en France. Admise au barreau de Paris en 2008, elle s'engage dès 2010 dans la lutte contre le racisme en tant que bénévole à la LICRA au sein de la commission juridique. Et c'est là qu'elle se retrouve au cœur de ce qui est présenté comme la première affaire de racisme antibiblanc en France. Nous sommes en septembre 2010 à Paris. Terence Cheval, une vingtaine d'années, est agressé dans une station de RER par trois hommes. Il est blessé avec un tesson de bouteille et des témoins
disent avoir entendu des insultes. Sale blanc, sale français. Terance se tourne alors vers la Licra, la ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme. C'est la plus ancienne association antiraciste en France. Elle se bat pour que la justice condamne le racisme. Mais en 2010, une chose est sûre, aucune condamnation n'a jamais été prononcé pour racisme antiblanc. Alors, que faire ? Avec ses collègues, Naima Mutchu prend en charge le dossier. Pour la première fois en France, la Licra se porte partie civile dans une affaire qualifiée de racisme antiblanc.
Sauf que le racisme antiblanc ne fait pas consensus. Chez les spécialistes, le terme est mobilisé principalement par la griffe, l'alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne. Une association d'extrême droite qui cherche à détourner le droit antiraciste pour l'utiliser au nom de la défense des Français et des blancs. Cette stratégie, elle est bien documentée notamment dans un article intitulé la construction juridique de la notion de racisme antiblanc en France. Je vous ai mis le lien en description. Bref, dès 1985, Jean-Marie Le Pen reprend publiquement ce concept lors d'un débat télévisé. Je condamne tous les racismes, y compris bien sûr et surtout parce que Charité
bien ordonnée commence par soi-même le racisme antifrançais. Mais c'est celui-là malheureusement qui dans ce pays sévit le plus. Le concept de racisme antifrançais qui deviendra donc racisme anti-blanc permet de décrédibiliser l'Alicra et les associations antiraciste auprès de l'opinion publique blanche. Le Pen laisse entendre qu'elle se mobilise contre tous les racismes, sauf celui qui touche les blancs. Mais est-ce que ce racisme existe vraiment ? J'ai lu l'étude trajectoire et origine enquête sur la diversité des populations en France. C'est une étude publiée en 2016 par l'Institut national d'études démographiques. Au chapitre 15, elle explique en détail comment le racisme est perçu en France par la population majoritaire, c'est-à-dire les personnes
perçues comme blanches. Le racisme déclaré par les blancs est un phénomène minoritaire et surtout de nature différente. On estime que 15 % des blancs déclarent avoir été victimes de racisme contre plus de 50 % pour les originaires d'Afrique sub-saharienne et du Maghreb immigré. comme descendant d'immigrés. Non seulement le racisme vécu par la population blanche est bien moins fréquent, mais il se produit essentiellement dans la rue et non dans les autres sphères de vie comme le travail, l'école ou les administrations. Ce racisme envers les majoritaires est donc sans comparaison avec le racisme qui vise les populations issues de l'immigration extraeuropéenne. C'est
très clair. formes de haine raciste qui touchent les personnes perçues comme blanches n'ont rien à voir avec les systèmes de domination racistes que subissent les noms blancs. Mais alors, comment qualifier des insultes comme salle blanc ? Le racisme des minoritaires à l'encontre des majoritaires peut blesser verbalement, voire être agressif physiquement. Mais il ne fait pas système et ne produit pas d'inégalité sociale. Il est dénué de pouvoirs d'exclusion et sans effet à l'échelle des groupes. Il s'agit d'un racisme de réaction face à des personnes qui par leurs origines, leur appartenance, leurs couleurs réelle ou imaginaire, leur position sociale ou
leur comportement peuvent incarner la classe ou la race entre guillemets des dominants et des racistes. En sachant ça, je me demande pourquoi l'extrême droite met autant d'énergie à essayer de faire une équivalence entre toutes les manifestation du racisme ? À cet endroit, il y a lieu de s'interroger sur le degré de sensibilité des blancs face à ce type d'attitude hostile. Il n'est pas absurde de penser que leur indignation est d'autant plus forte que l'hostilité vient de personnes considérées par eux comme étant étrangère ou extérieure à l'espace national. et à ce titre perçu consciemment ou non comme illégitime et inférieur. Les conclusions de cette enquête
confirment donc ce que disent depuis des années des théoriciens et théoriciennes de l'antiracisme. La description la plus appropriée serait donc de distinguer les agressions à caractère racistes qui peuvent viser des personnes blanches. C'est totalement vrai, tout le monde le reconnaît, mais elles ne sont pas le résultat d'un système conçu pour dominer les personnes blanches. Au contraire, elles sont plutôt la conséquence négative. du système de domination conçu pour que les personnes perçues comme blanches dominent le reste du monde. D'ailleurs, si ça vous intéresse de développer ce point, je pourrais faire une vidéo complète sur l'histoire du racisme antiblanc. Dites-moi ce que vous en pensez en commentaire et n'oubliez pas, on a toujours besoin de votre
soutien financier pour faire des vidéos de qualité. Il vous suffit d'aller sur notre site histoirecrépu.fr et vous pouvez cliquer sur nous soutenir. Bref, même la licra est d'accord pour dire que racisme antiblanc n'est pas un terme approprié. J'ai retrouvé la toute première vidéo de vulgarisation réalisée par Mario Stasi, son président. Historiquement, ce qu'on appelle le racisme antiblanc, ce sont d'abord des réactions à des systèmes de domination et d'oppression mis en place dans le cadre de la colonisation européenne, de la parté sud-africain ou encore de la ségrégation raciale aux États-Unis. Au moment de la décolonisation, dans les années 50 60, certaines révoltes ont par exemple dirigées contre les blancs et se sont manifestées sous la forme de la
haine raciale. On a alors pu parler d'un racisme de réaction, d'un racisme inversé ou d'un racisme à rebour. On voit bien toutefois qu'il s'agit là de forme réactive qui pouvait s'inscrire sous le signe de la libération ou de la vengeance sans pour autant s'appuyer sur un corpus pseudocientifique de thèse racial comme celle qui formèrent les grandes doctrines du 19e siècle. Malgré cette évidence, la LICRA va quand même choisir de valider le concept. Il faut malgré tout toujours regarder la réalité en face. Dans un pays comme la France, le racisme antiblanc est un phénomène qui existe, minoritaire et qui ne s'inscrit pas dans le paysage social sous une forme structurelle à l'inverse d'autres formes classiques du racisme.
Le racisme anti-blanc existe mais il n'est pas discriminant. À l'écras, nous combattons toute forme de racisme, d'antisémitisme et de discrimination. C'est exactement la même formule que Jean-Marie Le Pen, mais ça ne veut pas dire que la licra partage ses idées. Au contraire, l'objectif de la Licra, c'est de récupérer les thèmes du Front National pour récupérer la confiance des personnes blanches qui y sont sensibles. C'est la stratégie que porte aussi à l'époque Jean-François Copé qui publie en octobre 2012 son manifeste pour une droite décomplexée où il annonce vouloir briser le tabou du racisme antiblanc. Mais je pense qu'il est un racisme dont on ne parle pas et qui est une grande
souffrance pour beaucoup de nos compatriotes qui euh euh sont euh dont la peau est blanche et qui vivent dans des quartiers où ils se sentent en réalité presque pointés du doigt. Immédiatement Marine Le Pen dénonce l'hypocrisie et la récupération de la droite. Un mois plus tard, dans une tribune, la direction de la Licra explique : "Mais il y a aussi dans ces quartiers de pauvres blancs qui, outre le fait qu'ils se sentent souvent déclassés socialement, vivent une stigmatisation de fait qui va de l'injure raciale aux actes de violence. Il ne nous paraît ni juste ni sage de les ignorer car si les organisations antiracistes méprisaient cette violence quotidienne qu'ils subissent, cela
reviendrait à les abandonner aux mains du Front National qui sait faire deux de bons petits soldats ou de futurs électeurs. Au lieu d'apporter de la nuance et de la complexité, la LicRA va déployer toute son énergie médiatique pour s'afficher comme l'association qui combat tous les racismes comme s'ils étaient équivalents. C'est la première fois qu'une victime de racisme antiblanc saisit l'ALCRA, demande à l'Alicra d'intervenir et c'est ce que nous faisons. C'est rare, c'est minoritaire, mais c'est un dossier de racisme. J'allais dire presque ordinaire comme les autres. Nier
l'existence du racisme antiblanc est aussi dangereux que de manipuler, de prendre ce terme et d'en faire une un objet politique. Il y existe un racisme antiblanc minoritaire mais il y existe. Sauf qu'il y a un détail étrange. Parmi les trois agresseurs de Terence cheval, un seul a été attrapé et il est blanc. Écoutons son avocat. Il est avéré que mon client n'a fait euh aucune déclaration à caractère raciste, lui-même est blanc et donc on essaie de sans doute de monter en épingle pour cette affaire pour pouvoir euh prendre position sur une éventuelle racisme antiblanc si tentez qu'il existe. Bref, en 2014, après 2 ans de procédure,
Naimachu et Laalikra obtiennent une condamnation. La cour d'appel de Paris retient la circonstance aggravante de racisme antiblanc. L'agresseur qui est lui-même blanc est donc condamné à 4 ans de prison dont trois fermes. C'est une victoire juridique mais aussi médiatique pour la LICRA. Cette décision donne au concept de racisme antiblanc une véritable légitimité et ouvre un espace de concurrence entre la droite et l'extrême droite pour se poser en rempart face à cette menace. Et c'est cet héritage que Naimachu va entretenir pendant le reste de sa carrière. À partir de 2017, Naima Mutchu s'engage
à fond dans la politique. Elle rejoint En marche et va devenir vice-présidente de la commission des lois de l'Assemblée nationale. En 2021, elle rejoint Horizon le parti d'Edouard Philippe en tant que coresponsable du pôle ID. Pendant tout son parcours politique, elle va militer pour un antiracisme de droite et chercher à décrédibiliser l'antiracisme politique qui se déploie dans les parties de gauche. Maintenant que vous connaissez cette histoire, vous comprenez mieux ces prises de position sur le racisme antiblanc. Bien sûr que ça existe. Moi je l'ai vu, j'y ai été confronté, vous l'avez dit. Je suis avocate de métier. J'ai beaucoup plaidé à titre bénévole pour des cases. On en parle pas beaucoup hein, mais c'est tous les jours et ça existe. Oui. Alors qu'elle est spécialiste de la
question et qu'elle sait que ce terme n'est pas adapté, elle va quand même simplifier les choses. Le racisme antiblanc, c'est quoi ? C'est la haine de l'autre. Le blanc, le français, le baptou à l'époque. Elle récupère ici la rhtorique de Jean-Marie Le Pen tout en gardant un engagement plus large et d'autres formes de racisme existent. Et moi je combat toutes les haines. Je combat toutes les haines d'ell vien. Vous connaissez connaissez des blancs discriminés en France aujourd'hui ? Bah des des blancs qui subissent du racisme oui ou mais discriminés dans l'accès à l'emploi, l'accès au logement, ça existe. Ça peut ex ça peut exister aussi. Bien sûr. Vous avez des vous avez vous avez des français issus de la ruralité par exemple ou de la province qui montent à Paris comme on dit, ils
sont aussi discriminés. Cette réponse entretient le flou. C'est vrai que des personnes blanches de milieu rural sont discriminées, mais ce n'est pas à cause de leur couleur de peau, c'est souvent à cause de leur classe sociale. Et dans tous les cas, ceux qui les discriminent sont majoritairement aussi des personnes blanches. Moi, je ne hiérarch je ne hiérarchise pas, pardon, les formes de haine et de racisme. Je les combats toutes. Ici, elle remet sur le même plan les différentes expressions du racisme alors qu'elle sait qu'ils ne sont pas comparables. et je ne rentre pas dans ce débat malsin qui consiste à dire une communauté plutôt que l'autre. Bah, c'est le début du racisme de faire ça, hein. Un discours qui permet d'inverser les victimes. L'objectif politique étant
toujours de rassurer les électeur de droite et d'extrême droite qui se méfi l'antiracisme de gauche. Un antisme qui va être combattu en l'associant donc avec les parties de gauche. Et juste sur ce thème racisé euh utilisé par par les les insoumis, hein, des candidats racisés, ça vous choque ? Mais oui, ça me choque. C'est on ne peut pas se définir comme qu'est-ce que ça ça ne veut pas dire grand-chose d'abord. Ça ne veut rien dire. Ça ne veut à peu près rien dire. On a fait une vidéo pour expliquer le mot racisé si ça vous intéresse. Mais vous voyez ce qu'ils en font ? Des réunions antiblanc à l'issue euh des de la discrimination à l'envers sous prétexte de progressisme qui est du racisme. On y est. Les antiracistes de gauche sont les nouveaux racistes et donc les
parties qui donnent de la place à ses pensées doivent être écarté de l'axe républicain. En suivant le parcours de Naima Mutchu, on observe comment la question du racisme divise même ceux qui se prétendent antiraciste et comment elle se transforment au gré du jeu politique français. Voilà, c'est la fin de cette vidéo. Dites-moi dans les commentaires ce que vous pensez de cette analyse. Est-ce que vous avez appris des choses ? Est-ce qu'il manque des éléments ? Vous pouvez retrouver tout ça sous forme d'article sur notre site histoirecrépu.fr et n'oubliez pas de cliquer sur nous soutenir. C'est grâce à vos dons qu'on arrive à faire des vidéos de qualité. Et moi je vous dis à bientôt sur la chaîne Histoire Crépu.
Naïma Moutchou