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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 29 janvier 2022 25 min

Pierre Lemaitre, du roman populaire et de la saga historique

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

7h 9h les matins de France Culture. Guillaume Erner. Bonjour Pierre le maître.

Bonjour. Vous êtes écrivain. On vous doit notamment au revoir là-haut.

Je dis notamment au revoir là-haut parce que c'est un livre qui a marqué beaucoup de monde qui a obtenu le prix Goncour et un César de l'adaptation. Et vous venez de publier un nouveau roman qui est le début d'une saga Le Grand Mondre. Ça vient de paraître le grand monde chez Calman Levi.

Et alors qu'au revoir là-haut avait pour scène l'après guerre de 141, là on est dans l'après-guerre de 3945. Vous aimez bien les après-guerres Pierre le maître ? J'aime bien prendre les événements de biais, les événements de côté.

C'est-à-dire la Première Guerre mondiale, je l'avais traité un petit peu dans le rétroviseur en quelque sorte avec l'après-gerre qui m'avait semblé être une sorte d'angle mort dans le travail des historiens. Je n'avais de leçons à donner à personne, mais il y avait là un petit une fenêtre en quelque sorte narrative qui était intéressante. Et ça m'a beaucoup frappé quand j'ai commencé à regarder l'histoire des tres glorieuses de voir que l'après seconde guerre qui donc débute cette période des tres glorieuses ne correspond pas du tout à l'idée qu'on se fait de la période.

C'est-à-dire qu'en fait le portrait que vous en donnez n'est pas un portrait nostalgique, c'est le moins qu'on puisse dire. Alors il y a à la fois beaucoup de de belles descriptions de cette atmosphère. Gens haïsaient la province.

Ce n'était que papier peint à cloc et cuvettes en porcelain et brché, voisins ronflants, drap humide, tapis élimé. Aussi quand il avait appris pour cet emploi à Paris, il s'était précipité. On y trouve donc des traces de de quatre chevaux, flamban neuf.

Bref, toute une série de de signes qui rappellent l'époque Pierre Lem, mais qui rappelle aussi que cette époque a été singulièrement difficile matériellement et aussi et bien humainement avec la guerre d'Indochine en fond, donc en arrière-fond pour ce roman le grand monde. C'est très frappant. Je suis né, moi je suis un enfant des des tr glorieuses et l'image que j'ai c'est des images qui remontent aux années 60, j'ai pas de souvenir avant.

Et bon pour tout le monde et pour moi le premier c'est cette période absolument inouie où les parents sont encore certains que les enfants auront une meilleure destinée que eux-mêmes. Ce rêve duré une vingtaine d'années mais le focus sur les premières années est très frappant. C'est une période 46 50 dans laquelle il y a un nombre de jours de grève absolument considérable.

Ce qui veut dire que quand même il y a une tension sociale importante. C'est une période où le l'habitat est est extrêmement précaire pour tout le monde. 70 % des Français n'ont pas de toilettes dans les dans leur domicile.

C'est ce sont des des jour des des cartes d'alimentation encore pendant plusieurs années. Et en fait, c'est pas du tout l'image qu'on a des trones glorieuses. Alors évidemment cette thétralogie dans laquelle je me suis lancé va progressivement j'espère dresser un portrait plus juste.

En tout cas, c'est vrai que ça commence par des années grises et la guerre d'Indochine. Alors, la guerre d'Indochine, si on devait la comparer, je sais bien que les comparaison de ce genre sont complexes, mais par rapport à la guerre de 141 qui est une guerre omniprésente avec des monuments aux morts puisque au revoir là-haut mettait en scène justement la construction de ces monuments au morts, là c'est une forme de monument que vous offrez à ces morts. Oubliez ceux de la guerre d'Indochine.

Pierre le maître. Oui, le la grande guerre de référence des tr glorieux, c'est évidemment la guerre d'Algérie. Elle va mobiliser les les énergies sur la métropole pour une raison très simple, c'est que les gens envoient leurs enfants euh soldats pendant c'est une guerre de conscription.

La guerre d'Indochine est une guerre doublement oubliée d'une part parce que euh la guerre d'Algérie fait en quelque sorte obstruction à la à la mémoire de la de la guerre d'Indochine et parce que c'est une guerre de de professionnel et c'est une guerre oubliée parce que en métropole on s'y intéresse pas beaucoup au fond c'est une guerre exotique sur un territoire exotique sur lequel on n'envoie pas de gens qui qui sont nos proches et donc je crois quand même que la grande majorité des Français savent que cette guerre d'une certaine manière ne concerne pas leur quotidien et donc il y avait plein de raisons de l'oublier. Et justement qu'est-ce qui vous intéresse dans cette guerre dont vous nous remémorer l'horreur, la preté et la complexité dans le contexte de la décolonisation ? Alors, c'est une guerre oubliée mais qui s'est maintenue à bout de bras, qui a été maintenu par le par l'État français à bout de bras dans des circonstances qui sont quand même très étranges.

C'est une guerre qui va coûter extrêmement cher. C'est une guerre dont on sait dont tous les esprits un petit peu avertis savent qu'elle ne peut pas être gagnée et on va la maintenir vraiment à toute force avec y compris de en fait on va essayer d'acheter le territoire, on va continuer de donner beaucoup d'argent non seulement pour entretenir le corps expéditionnaire mais également pour maintenir des industries françaises sur place les industries les commerces. En fait, c'est vraiment purement une guerre du capitalisme et donc c'est intéressant de voir que cette guerre du capitalisme euh euh s'achever en quelque sorte au seuil de ces années les trend glorieuses qui vont être justement les années d'AC du capitalisme moderne.

Dans ce roman le grand monde, Pierre le maître, on suit une famille, la famille Pellier, on la suit entre trois villes, Beout, Saïon pour la guerre d'Indochine et Paris. Le père Louis Pier Peltier tient une entreprise de savon et les enfants que l'on va suivre, Jean, Étienne, François et Hélène, vont tous vivre des aventures qui vont avoir avec le contexte politique des années donc postérieures à la libération. Et cette famille est une occasion une occasion de tisser des liens, de faire un roman coral sur la France de la Prèguerre avec un journaliste, avec un homme qui a fait un un mariage malheureux, un autre qui tente de de retrouver son amour car c'est un garçon qui est amoureux d'un légionnaire, lequel légionnaire est parti donc faire la guerre en Indochine.

C'est comme ça que vous l'avez composé ce livre Pierre le maître ? La la grande difficulté dans laquelle je me trouvais, c'était qu'effectivement si vous voulez faire une saga familiale, vous êtes tenu d'avoir des lignes narratives qui vont suivre ch qui va suivre chaque chaque personnage. Et la grande crainte qu'on peut avoir, c'est que chaque personnage reste en quelque sorte dans son couloir de nage.

Donc ce qui est intéressant, c'est à la fois de de porter chaque personnage, mais de ménager de manière assez subtile, si on le peut, les croisements de ces personnages. D'autant que je veux je veux qu'il soit un petit peu distanciés les uns des autres parce que au 2 tiers du roman, ils vont être réunis par un secret de famille qui va se révéler. Donc il me fallait pour les réunir, il fallait d'abord les séparer et donc c'était difficile à la fois de les séparer et de maintenir une tension dans l'esprit du lecteur qui puisse s'intéresser en même temps à tous ces personnages.

Secret qui d'ailleurs relier ce roman Le grand monde à ce que vous avez écrit précédemment, Pierre le maître. Ouais. les romans ne se font pas suite mais ils se répondent et c'est vrai que ce roman est totalement autonome et quelqu'un qui n'aurait lu aucun de mes livres peut tout à fait lire celui-ci.

Il a un début, un milieu et une fin et tout ce qui est nécessaire et est et est dans le livre. En revanche, si je puis me permettre, c'est peut-être un peu excessif, mais de dire que ceux qui ont lu d'autres livres vont avoir une espèce de petite prime de fidélité en ayant un clin d'œil supplémentaire. Alors, on l'a effectivement, on l'a parce que on découvre des thèmes qui vous sont chers, Pierre le Maître.

Alors, il y a un thème euh qui est particulièrement frappant, c'est euh celui de l'arnaque et des arnaqueurs. Euh d'un rapport euh à l'argent qui peut être euh un rapport euh à la fois malhonnête et malicieux. Ça dépend en fait de qui l'utilise.

Alors, il faut rappeler que dans revoir là-haut, il s'agissait de vendre des nom sur des monuments au morts et il s'agissait pour d'autres dessiner ces monuments aux morts. Ici, vous évoquez une arnaque qui est une arnaque tout à fait véridique qui a eu lieu, l'affaire des piastres. présentez-nousla en en quelques mots.

Pierre le maître, c'est une c'est une arnaque étatique. La sa particularité, c'est que c'est pas l'œuvre de quelques filou particulièrement malin qui se serait glissé en quelque sorte dans les interstices du système. C'est un système qui est basé sur la parité entre la piastre et le franc avec quelque chose qui est tout à fait surprenant.

À Noël 45, le Père Noël arrive et décide que la piastre qui jusqu'à présent valait environ 8 francs en voudra le double. Ce veux dire en clair, si vous envoyez des piastres en France et bien votre somme instantanément double. Si vous faites revenir l'argent une deuxième fois à Saï et que vous recommencez, vous avez quadrupler votre fortune.

Personne ne peut personne ne peut faire fortune aussi rapidement que qu'avec ce système de la piastre. le capitalisme a inventé le mouvement perpétuel. C'est ce que vous écrivez effectivement c'est assez plaisant parce que on voit qu'il y a la possibilité, on est vraiment donc dans ce que vous évoquiez tout à l'heure, un pays qui est tenu à bout de bras ou plutôt un projet colonisateur qui est porté à bout de bras avec une économie parfaitement fictive qui est effectivement résumée dans cette affaire des piastres.

Pourquoi les arnaques vous intéressent-elles ? Pierre le maître ? Écoutez, le romancier est un prestidigateur.

C'est-à-dire que au fond, il va tromper son son lecteur pour le plaisir du lecteur. C'est-à-dire qu'au fond, on fait des surprises, des rebondissements, des suspenses. Le lecteur sait qu'il est manipulé et son plaisir justement c'est d'être manipulé dans la jubilation du du texte.

La l'arnaque est exactement ça, c'est-à-dire c'est très agréable à regarder parce que c'est esthétiquement très joli, une belle arnaque à la condition de ne pas en être la victime. Donc ça a quelque chose d'intéressant, c'est que on est séduit par quelque chose que par ailleurs on trouve immoral et cette ambivalence nous nous réjouit toujours un peu. Et oui, parce qu'en fait, il y a différentes formes d'immoralité des arnaques chez Pierre le Maître.

Pourquoi dites-vous cela ? Parce que euh dans Au revoir là-haut, il y a différents types d'arnaqueurs. Il y a l'arnaqueur en chef qui lui euh est un ancien gradé et qui euh a véritablement profité à la fois euh de la situation d'après-gerre et qui s'est très mal comporté pendant la Première Guerre mondiale.

Et puis il y a d'autres petits malins, des filou qui eux sont des individus beaucoup plus sympathiques et qui finalement profitent d'un système, vendent des monuments aux morts mais ils y ont droit parce que ce sont des des rescapés de la guerre de 141 par exemple Pierre le maître. Oui. En fait, on rentre dans une période les trend glorieuse où l'argent va être roi.

Il est donc assez naturel que l'argent soit l'un des moteurs de l'action. Je vais pas faire un balzac au petit pied, mais enfin c'est quand même un des un des grands moteurs euh de de cette période-là et qui parle d'argent parle inévitablement de profit et de profit illicite ça me paraît à peu près inévitable. Et si l'on continue dans les thèmes qui vous sont chers, alors là je je sais pas du tout si je ne vais pas vous laisser en parler pour ne pas divulgacher.

Il y a un meurtre qui nous rappelle aussi que vous avez débuté dans la littérature policière. Pierre le maître, on parle du meurtre ? Oui, si vous voulez, on peut en parler parce que c'est une surprise mais ça n'est pas un suspense.

Mais c'est effectivement un meurtre qui arrive et qui est un événement dramatique dans le sens où il survient dans un ciel clair. Oui. Alors, ce qui m'a frappé puisque le journalisme est un des personnages collectifs de de ce roman le le grand monde, je me suis intéressé au fait d'hivers.

Le le modèle de journalisme de cette époque, c'est naturellement France Soir journal Guillaume Merner. Essayons de de rêver un peu, c'est un journal qui tirait à 1 million d'exemplaires par jour. C'est une chose qui nous paraît aujourd'hui absolument inouie.

Et la place que La Zavref avait donné au au fait d'hiver était tout à fait exceptionnel parce que il avait réussi quelque chose d'étonnant, c'est de fusionner le fait d'hiver au sein d'un journal où on parlait aussi de diplomatie, de politique, d'international. C'était extraordinairement bien vu et bien fait. La place du fait d'hiver est fondamentale et ce qui m'a intéressé c'estes deux choses.

C'est d'avoir dans la même histoire à la fois un fait d'hiver, donc un souvent c'est un fait d'hiver de nature criminelle et en même temps une de ces histoires qui scande toutes les périodes où le fait d'hiver va durer longtemps rebondir le modèle de l'affaire du petit Grégory. Par exemple, c'est une affaire qui dure plusieurs décennies où très régulièrement on a un rebondissement. Je me suis interrogé sur la la raison de notre fascination pour ces faits d'hivers qui rebondissent dans notre mémoire et j'ai essayé de placer le lecteur dans une situation particulière, c'est qu'il est le seul de tous les protagonistes à savoir le fin mot de l'histoire et donc d'y assister en quelque sorte un petit peu en surplomb et j'ai pensé que c'était une position un peu originale pour le lecteur.

C'est aussi une manière de de ne pas abandonner à la fois le roman policier. Alors bon là la peinture sociale elle est évidente puisqu'on suit donc quatre on suit une fraterie on a Jean Étienne François et Hélène. Quatre personnages des enfants donc de la famille Peltier qui ont tous des destins particuliers.

Il y en a un François qui travaille au journal c'està-dire à Françoir et puis l'autre Jean qui a plutôt une existence de raté. les deux se rejoignent à certains moments dans le livre. Mais Pierre le maître, l'occasion donc d'évoquer ses faits divers, c'est de faire une peinture particulière de la société et d'avoir aussi un certain rapport avec la vie et la mort parce que toujours parmi les spécificités de vos romans et de votre écriture, il y a des rapports au corps, au corps mutilés, au corps qui vont subir un certain nombre de souffrances et d'exactions.

Oui. Alors, je l'avais dès dès mon premier livre puisque mon premier personnage était Camille Verovent. Était un homme extrêmement petit.

Donc la question du corps a été inscrite en quelque sorte dans mon dans mon travail dès le départ pour des raisons alors qui relèvent plus de la psychanalyse que de la que de la littérature. J'avais un père handicapé et cette la question du corps a continué de de me hanter et même si je je tentais d'y d'y résister ce que je ne fais pas, je pense que ce cette thématique reviendrait inévitablement dans mon dans mon travail. J'essaie d'écrire assez loin de moi, mais quand même l'inconscient du texte existe et puis même dans le conscient du texte, ça ne me déplaît pas de continuer de travailler sur mes monstres à moi.

Et oui, j'ignorais ce détail parce qu'il y a vraiment une grande attention portée au aux souffrances du corps, au aux souffrances donc des gueules cassées de de 141 pour revoir là-haut et ici pour ceux qui ont vécu la guerre d'Indochine et ses atrocités. Oui, la la question de la souffrance et la question du corps sont des choses qui ont beaucoup habité mon ma jeunesse, mon enfance et ma jeunesse. Et c'est une des raisons d'ailleurs, je pense pour lesquelles j'ai retardé ma carrière d'écrivain.

Je pense que je suis devenu romancier sur le tard aussi euh pour cette raison-là et le jour où j'y suis venu, il me paraissait normal, naturel et même, j'ai envie de dire presque comme un exercice d'exorcisme en quelque sorte de de remettre le corps à l'avanceine dans mes dans mes romans. dans ce roman dans les 30 dans les 30 glorieuses, c'est le corps de la femme qui m'a intéressé parce que le la femme qui est victime oui de ce meurtre. Oui, la femme qui est victime.

Alors, ce qui m'intéresse, c'est le corps des femmes d'une manière générale. Ce qui me frappe beaucoup quand je regarde cette cette période, c'est une période de domination masculine à peu près sans partage. Si vous feuilletez Françoir, vous trouvez Brigitte Bardau et le corps à peu près toutes les toutes les semaines.

Mais le corps de la femme est très très maternisé au fond. euh même dans les métiers qu'elles peuvent choisir quand elles ne sont pas femmes au foyer, ce sont des métiers de mère, infirmière, institutrices, hein. Donc en fait cette espèce de ghetto dans lequel se trouve la la femme ne trouve en en vérité son expressivité que par le corps de la femme.

Donc ça m'a intéressé de travailler aussi sur les deux personnages, cette victime et puis la jeune Hélène qui au fond n'a pas d'autre possibilité pour réussir et tirer son épingle du jeu que d'utiliser l'arme dont la domination masculine l'a fait. les détentrices en puisque vous évoquez la peinture de MS, il y a aussi un couple homosexuel donc celui qui est formé par Étienne et Raymond. Oui.

Alors, l'homosexualité, on l'avait déjà dans au revoir là-haut, c'est je je pense que c'est un c'est un marqueur de la période. Euh le le trouve que la période n'est pas la même. La période n'est pas la même.

La période n'est pas la même mais en fait c'est en même temps la même parce qu'il y a pas beaucoup d'évolution sur la la perception de l'homosexualité entre la guerre de 14 et les années 40. He je pense pas qu'il y ait beaucoup de différence. En revanche, la différence va vraiment se faire à partir de l'après-gerre où alors avec des hauts et des bas et des et des périodes bien difficiles, mais où l'homosexualité va être davantage acceptée, où elle va où voilà où le travail euh collectif va se faire autour de de ce thème.

Et puis j'écris des histoires d'amour. Or, pour un romancier, une histoire d'amour qui fonctionne bien n'est pas une très bonne histoire, hein. Je l'aime il-même, mes parents sont d'accord.

Ça fait rarement un bon roman. Donc euh c'est vrai que l'homosexualité me permet aussi d'avoir des histoires d'amour contrariées et donc d'avoir du charnel, de l'émotionnel. Bon, pour moi, c'est du pain béini.

Là, en l'occurrence, elle est contrariée par euh la distance puisque les deux les deux amoureux sont séparés. Raymond fait la guerre en Indochine et Étienne part à sa recherche. Pierre le maître, vous évoquiez le poids de votre inconscient dans votre écriture pour revoir là-haut.

Vous l'aviez rêvé ce roman. Oui, c'est alors c'est une c'est une constante. Je je rêve.

Alors c'est vrai oui, c'est-à-dire le matin, je me réveille et je me rends compte que j'ai des phrases entières qui sont écrites. Je dois vraiment avoir un inconscient écrivain, je suppose. Je me réveille avec des des idées, avec des projets de scénario, avec des histoires déjà presque toutes faites et même parfois des paragraphes entièrement écrits avec des verbes, des sujets, des compléments.

C'est très surprenant. Je continue de travailler. Alors vous vous êtes un travailleur de la nuit en grande partie, vous Guillaume Herner.

Ben moi aussi à ma manière, mais moi la différence c'est que je dors. Vous avez raison de de dormir Pierre le maître mais à la fois votre inconscient parce que vous dites que vous êtes devenu romanciét mais vous avez toujours vécu parmi les livres des bibliothécaires, votre compagne est bibliothécaire et tous vos romans, celui-ci y compris lui est dédié. Ce qui signifie que finalement et bien les livres sont votre univers naturel.

Oui. Euh alors je je veux pas faire de rapprochement qui sembleraient modeste, mais euh dans les mots, Sartre dit qu'il est il est né des livres. Alors, on est très nombreux, hein, dans dans ce cas-là et je peux je peux dire la même chose.

C'est-à-dire que vraiment ce qui m'a vraiment construit son mes lectures de jeunesse. J'ai une enfance à la fois triste et heureuse dans lesquelles la littérature occupait était le seul espace de bonheur, d'enthousiasme, de de vibration et de et de jubilation. Et j'ai eu la chance de tomber sur ces romanciers qui m'ont passionné, de Duma à Zevaco, de Hugo à Balzac.

Tous ces tous ces romanciers m'ont apporté une joie de vivre euh qui qui est resté une une empreinte définitive dans ma vie. Ce qui fait que il était assez naturel que je me dirige vers la vers la littérature et vers ce type de littérature là. Au fond, je suis un romancier feuilletoniste et ce roman est conçu comme un feuilleton avec des chapitres assez courts, vous l'avez signalé tout à l'heure, comme un roman coral.

Le le feuilleton continue de me passionner parce que ça a été mon lait d'origine. Je suis vraiment né à la littérature par ce livre-là et si je pouvais dire quelque chose de grave et donc de forcément ridicule, je dirais que ma vie a été construite par la littérature, pas par le journalisme. Parce que il y a des journalistes, vous m'aviez dit que vous diriez du mal des journalistes entrant dans ce studio, vous avez oublié. s'il vous plaît Pierre le maître.

Non, si vous voulez, le le le journalisme représente pour moi un des grands fantasmes parce que lorsque je vois le lorsque je lis les les mémoires des journalistes de de l'époque de de Françoir, c'est c'est tellement magique, mystérieux, fiévreux, enthousiasment, c'est une concurrence, une rivalité, c'est il y a une espèce de fièvre qui qui ne se trouve absolument nulle part. Franchement, romanesquement, c'est c'est une merveille à travailler. Mais à la fois en lisant votre livre, le grand monde Pierre Lem, je me disais quand même cet homme a une grande liberté puisque lui peut tuer qui il veut il peut faire cesser telle histoire d'amour, recommencer tel autre.

Ça doit être assez grisant justement de ne pas tenir au réel comme le journaliste. Ah oui oui oui. Vous vous avez vous avez raison. ma grande chance, la grande chance du romancier, c'est la toute puissance qui est évidemment dont vous êtes vous privé.

Vous êtes obligé de de composer avec des éléments existants la grande supériorité, la grande liberté du romancier, c'est qu'il choisit les événements et qui les fabrique. Mais alors, un romancier comme vous qui avez beaucoup de lecteurs, des lecteurs fidèles et des gens finalement qui vous regardent écrire derrière votre épaule, qu'est-ce que ça change pour vous ? parce que depuis au revoir là-haut qui a été un immense succès populaire et bien vous êtes attendu et vous avez des lecteurs fidèles qu'il ne faut évidemment pas décevoir.

Alors écoutez, il y a eu il y a eu deux périodes. La la période difficile a été la période du poste concours. Vous savez que le concours est une est un prix particulier, il faut le mériter après, hein, on vous le donne mais après il faut être à la hauteur de la réputation que qui vous a été apportée.

Euh donc cette période est toujours un petit peu inquiétante. Vous avez raison de dire qu'on a l'impression que le lecteur nous regarde par-dessus l'épaule. Deux, 3 qu livres après, cette inquiétude se calme.

J'ai l'impression de savoir mon métier. Il me semble que ce livre-là est un roman de la maturité, de ce que j'avais posé à partir de revoir là-haut et travailler au cours de de cette première trilogie. Il me semble que je suis arrivé à une certaine maturité.

Alors, ça ne me détache pas du tout, mais en tout cas, je n'ai pas d'inquiétude. Je je sais faire mon métier, je connais mon travail, je sais où je veux aller, je sais ce que je veux faire, je sais ce que je veux dire. J'essaie simplement de le faire le mieux possible.

Ça veut dire que si vous deviez réécrire au revoir là-haut, vous ne le réécririez pas de la même façon. Oui, je pense que aujourd'hui euh je pense qu'aujourd'hui, je le réécrirai pas tout à fait de la même façon. L'histoire resterait la même mais le traitement des personnages et le traitement narratif serait sans doute un peu différent et le rythme du livre également.

Dans le grand monde, je trouve une rythmique qui me convient bien, une rythmique qui est plus scandée, plus rapide. On passe plus rapidement d'une d'un chapitre à l'autre. le la culture du rebondissement et du suspense, je pense euh est mieux affirmée.

Oui, je je crois que au revoir là-haut, je ferai un meilleur livre et peut-être alors on je pourrais rêver la nuit de de recevoir le concours une seconde fois. Je crois que c'est arrivé déjà mais dans des circonstances particulières. Pierre le maître là, en plus vous conférez une position de surplan au lecteur qui sait tout ce qui se passe alors que les protagonistes de ce roman eux sont aveuglés par le fait qu'ils ne sont pas des murges et donc ils ne connaissent pas la totalité de de l'univers.

Le le grand le grand plaisir du romancier, c'est la question du point de vue. d'abord d'où il regarde la scène et de quelle manière il va impliquer le regard du lecteur dans la scène qu'il qu'il se projette de décrire. Cette question du point de vue dire les choses, les cacher, les dire à les dire pour partie seulement font partie en quelque sorte de la panoplie euh de la panoplie du romancier.

Ce sont les les curseurs sur lesquels il est le plus intéressant de de travailler parce que c'est celui c'est ceux qui sont les plus parlants sur le fond de l'histoire que vous avez raconté. Non pas simplement l'histoire en tant que scénario, mais l'histoire qui est signifiée par le roman. Moi, j'ai pris énormément de plaisir à lire le grand monde, votre ouvrage publié chez Calman Levi, Pierre le maître et qui est l'occasion donc au 2 tiers à peu près du livre de faire un renvoi à ce que vous avez écrit.

L'acrobatie vous êtes un artiste, un journaliste vous voyez pour une