Lutte contre le narcotrafic: a-t-on oublié le volet sanitaire ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On vous parle des prises de drogue, des saisies de drogue, des narcotrafics, comment on lutte. Je trouve que le gouvernement est systématiquement sur le volet répressif. C'est très bien, tant mieux, faut continuer bien sûr, mais il y a la dimension sanitaire, c'est-à-dire qu'on ne vous parle jamais des dégâts sur la santé psychique.
Roselyne Fèvre, vous avez publié en 2021 un livre dans lequel vous expliquez comment la drogue s'est imposée dans votre vie, dans votre famille. Qu'avez-vous ? J'ai effectivement écrit un livre il y a 3 ans parce que c'était une façon en quelque sorte de bah de survivre à à ça, d'avoir un un fils qui est tombé assez jeune à 15 ans dans le cannabis.
Il a fumé oui euh au collège. J'avais plutôt le sentiment que c'était assez récréatif. Je l'engueulais évidemment.
Et puis après ça a été crescendo, les drogues de synthèse, la MDMA, la kétamine et cetera qui sont des des des drogues que les les jeunes aiment bien. Quelques années plus tard, il y a eu une prise de de toxiques type MDMA et là il s'est carrément retrouvé à l'hôpital pour ce qu'on appelle une bouffée délirante aiguë. Direction Sainte-Anne parce que on l'avait retrouvé errant dans les rues en bouffée délirante.
Tout a vrillé parce qu'on rentre dans un système, le système de la psychiatrie donc avec médicaments et cetera, avec de la frustration forcément. Dès qu'ils sortent, la seule chose dont ils ont envie, c'est de reconsommer à nouveau. C'est une course quelque part sans fond pour lui, pour moi, pour la famille tomber dans des addictions dont on a du mal à se relever parce que pour s'en relever faut avoir une certaine volonté, ce qui n'est pas toujours là.
Il faut avoir les capacités quand on n'est pas trop médicamenté de pouvoir retrouver une certaine conscience de soi. Or les médicaments que les psychiatres donnent sont souvent très lourds. Il est difficile de de de s'en sortir, de sortir de cette glue de l'addiction.
Comment vit-on cette addiction lorsque l'on est un proche, un ? Pour les proches, euh c'est un sentiment d'impuissance totale avec le besoin de sauver. Moi j'ai raconté en quelque sorte pour briser un peu le tabou des familles parce qu'en fait c'est ça le le sujet.
Beaucoup de gens ont écrit sur la drogue qui se sont drogués ou l'alcoolisme et cetera. Et c'est vrai que quelqu'un qui parle de la codépendance, c'est-à-dire qu'un parent, il va être codépendant, c'est-à-dire non pas à la au au produit mais à la personne dont il s'occupe. Votre drogue à vous, c'est votre enfant disant "Faut que je le sauve." Donc vous avez besoin d'avoir tout le temps des nouvelles, savoir ce qu'il fait, euh de contrôler la situation.
Mais vous ne contrôlez rien en vérité. Et c'est ça le plus dur. Et celui qui est addict ou toxicomane, il y a une perversion qui s'installe, c'est-à-dire que l'addict est prêt à tout pour avoir sa dose.
Donc il peut voler, il peut il ment sans arrêt, il manipule. Donc beaucoup de souffrance quand vous vous êtes lucide et que vous voilà, vous êtes à peu près, on va dire, dans la normalité, vous trouvez face à quelqu'un qui est dans l'irrationnalité totale puisque ce qu'il veut c'est se droguer. Et là vous ne reconnaissez pas en fait votre enfant.
Tout simplement. Comment va votre fils ? C'est compliqué parce que ça fait des des ravages assez assez irrémédiables en vérité. 10 ans après, c'est toujours aussi compliqué.
C'est sortie de de d'hospitalisation, retour chez lui puis à nouveau des ce qu'on appelle des rechutes. Alors certains disent "La rechute fait partie de la guérison." Mais bon, ça vient taper aussi sur le cognitif.
Alors que c'est quelqu'un de très intelligent et c'est difficile à en dire. C'est c'est compliqué et c'est encore compliqué. La personne qu'il était euh il y a 10 ans euh est-ce que je le retrouverai un ?
Je n'en sais rien. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a dit vouloir faire de la lutte contre le narcotrafic l'une des priorités de ses responsabilités ministérielles. Comment accueillez-vous ces ?
La lutte contre les narcotrafics, puisque c'est c'est le terme employé, on voit que c'est l'obsession effectivement et heureusement de du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau qui saisit du sujet aussi avec son collègue de de la justice euh Darmanin. On se rend compte aujourd'hui et cette prise de conscience est importante de la puissance meurtrière et corruptrice des narcotrafics. Et c'est terrible parce que c'est des armes de destruction massive pour les sociétés et pour la jeunesse.
La dimension répression, elle est elle est évidemment importante. Mais il manque plusieurs choses à mon avis parce que on vous parle des prises de drogues, des saisies de drogues euh des narcotrafics, comment on lutte. Je trouve que le gouvernement est systématiquement sur le volet répressif.
C'est très bien, tant mieux, faut continuer bien sûr. Mais il y a la dimension sanitaire, c'est-à-dire qu'on ne vous parle jamais des dégâts sur la santé psychique. Nous expliquer déjà qu'on comprenne que est-ce qu'il y a des études scientifiques qui disent quels sont les dégâts sur les cerveaux de euh des jeunes, c'est-à-dire mêlés à ça, pas seulement euh l'Intérieur et le ministère de de la Justice, mais l'Éducation nationale et également euh le ministère de la Santé.
Pourquoi ne pas faire euh des campagnes des campagnes de ? On l'a vu sur lorsque Jacques Chirac faisait des accidents de la route une une cause nationale. Michel Barnier voulait faire la santé mentale une une cause nationale.
J'ai vu que François Bayrou avait repris le sujet, mais bon, dans santé mentale, qu'est-ce que enfin qu'est-ce qu'on ? Sur quoi faudrait-il mettre l'accent selon ? Sur la ?
Aujourd'hui, la psychiatrie euh c'est un peu compliqué. D'abord, la psychiatrie, on le sait tous, c'est le parent pauvre de la médecine. Généralement, on substitue la drogue illicite par des drogues licites qui sont des médicaments et qui euh ne font pas vraiment avancer le schmilblick.
D'un autre côté, c'est une façon d'éteindre pour certains les crises maniaques, les bouffées délirantes et cetera. Donc oui, ça a son utilité. Mais le travail thérapeutique est assez absent.
Quand votre enfant est dans un service psychiatrique, il le il est soigné bien évidemment, enfin en tout cas, il est contenu. et après euh alors il y a quelques médecins qui vous envoient sur des postes cures et cetera mais il faut chercher. Vous n'avez pas véritablement quand vous n'êtes pas au courant et quand vous ne savez pas où vous dirigez, c'est un véritable labyrinthe.
Il existe des structures, c'est ça qui est fou. Il en existe plein mais les gens sont démunis, les gens ne connaissent pas. Moi, j'ai déjà essayé d'appeler Drogue Info Service, je veux pas voilà.
Mais franchement, c'est pas très aidant. Pourquoi autant de ? Moi, ça n'a pas du du tout été concluant.
Moi, j'ai des parents qui m'ont écrit suite au livre et qui étaient désespérés et parce que j'avais écrit un livre, ils pensaient que j'avais la solution. Mais non en fait, je je leur dis mais je je vis la même chose que vous. Et puis surtout avec la multiplicité des jeunes en souffrance, c'est-à-dire il y a de plus en plus de familles désespérées, de plus en plus de forcément de psychiatres débordés, de structures qui n'ont plus de place et chacun se débrouille dans son coin, c'est-à-dire que souvent ce sont des associations, parents d'addict ou d'addict qui s'en occupent.
Il y a par exemple quelque chose qui marche bien qui s'appelle les Narcotiques Anonymes. Ils font des réunions partout à Paris, en province mais voilà, vous n'êtes pas guidés. Il manque ce pendant là, c'est-à-dire comment on soutient les familles, comment on les guide comment on on crée d'autres services, comment on on crée des structures.
C'est ça qui manque. Comment expliquez-vous que les responsables politiques aient des discours si fermes sur le narcotrafic et beaucoup moins envers la consommation, envers l'achat, envers les petits ? Je vais dire un truc qui va peut-être choquer mais les élites consomment.
Est-ce que le ver n'est pas dans le ? Je voilà, je me pose aussi la question. Beaucoup de gens se la posent.
Est-ce qu'il y a une réelle volonté d'aller toucher tout ? Alors bien sûr, au niveau des narcotrafics, oui mais au niveau de la consommation, du trafic, de la vente, j'ai pas le sentiment que les choses soient prises à bras le corps. Petit dealer de shit, la la police passe son chemin parce que c'est très bien que OK, ils vont s'embêter à faire un un PV et puis ça va continuer.
Rien personne ne sera inquiété. Et on le voit bien d'ailleurs la difficulté en banlieue des fameux points de deal hein qui se déplacent. Vous en détricotez un et ils repoussent, c'est l'hydre hein ça.
Ça repousse partout et toujours. C'est tellement installé depuis des décennies. Voilà, les les choses sont ancrées en quelque sorte et qu'il y a c'est compliqué de de les défaire.
Gérald Darmanin