Comment parler de la dernière fantaisie de Donald Trump ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour et ce matin, Guillaume, comment parler de la dernière fantaisie de Donald Trump ? Bah écoutez, je sais pas. Je sais pas et il y a des événements qui semblent avoir été conçus pour rendre tout commentaire impossible, inutile.
Bon alors le New York Times racontait ce week-end cette scène, elle semble relever d'une dystopie écrite par un scénariste sous-produit, donc sur la pelouse de la Maison Blanche, Trump a fait installer une cage de MMA, vous savez le sport martial, donc c'est un octogone entouré de gradins dominés par une arche métallique baptisée The Claw, la griffe des écrans géants, des sponsors de crypto-monnaies, des marques de bière, des influenceurs, des combattants, des dizaines de milliers de spectateurs, il y a tout, tout, tout et derrière eux, donc la Maison Blanche, puisque donc voilà, c'est le président des Etats-Unis qui a fait organiser ça avec des gradins qui se retrouvaient pratiquement à hauteur du balcon Truman.
La difficulté face à un tel spectacle, c'est que celui-ci semble avoir déjà absorbé tous les commentaires possibles. D'habitude, le chroniqueur cherche un sens, vous savez, un sens caché. Ici, le sens déborde les faits, il envahit tout. Je me souviens d'avoir éprouvé, je fais pas de comparaison, mais je dois quand même vous donner un souvenir, je me souviens d'avoir éprouvé quelque chose de comparable lorsque j'ai dû écrire une chronique, lorsque Nicolas Sarkozy avait choisi Disneyland pour officialiser sa relation avec Carla Bonny. Il y avait trop de choses, je savais pas quoi en faire. A l'époque, déjà, j'avais le sentiment que l'événement était devenu son propre éditorial.
Le décor, les personnages, le récit, tout produisait immédiatement du commentaire. Mais ce que l'on voit aujourd'hui, c'est probablement plus grand encore, c'est ce qu'on pourrait appeler un événement saturé. Un événement saturé, c'est un événement qui contient trop de significations, comme un haut-parleur, vous savez, poussé à son maximum, qui ne diffuse plus de musique, mais un grésillement continu. Il y a trop de signaux pour qu'on puisse encore distinguer les messages. Dans cette cage dressée devant la Maison Blanche, il y a la politique spectacle, le culte de la force physique, la crypto-monnaie, le masculinisme, tout y est.
Et lorsqu'un événement contient tout, il finit paradoxalement par devenir absolument impossible à saisir. Les Matins de France Culture