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interviewRMC — Face à Face· 9 juillet 2025 15 min

Face à Face : Benoît Payan - 09/07

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, face à face, Apolline de Malherbe.

0:10
Benoît Payan

Vous êtes bien sur RMC et BFM TV et on part à Marseille où vous êtes mon invité, Benoît Payan, bonjour. Monsieur le maire, évidemment, on est dans une situation particulièrement complexe, un incendie gigantesque qui a non seulement continué mais qui n'est toujours pas fixé. Avec vous, on va dans un instant revenir sur le bilan, la situation, les conseils qu'on peut donner aux habitants sur place. Mais d'abord, vous le qualifieriez de maîtriser au moment où l'on se parle le fait ?

1:00
Présentateur

Non, il est en nette régression, c'est-à-dire que les pompiers, d'abord au moment où on parle, sont toujours en train de se battre au corps à corps contre l'incendie. Vous savez qu'il est parti des Pays de Mirabeau, il est encore actif même s'il a diminué. Il est descendu sur Marseille sur le 16e arrondissement. Il est en nette régression mais il peut y avoir des reprises. On espère évidemment une météo plus clémente mais on reste extrêmement vigilants. Des centaines de pompiers se sont battus toute la nuit.

Ils se battent au moment où on parle sur plusieurs fronts puisqu'il y a en fait des micro-incendies qui existent sur des jardins, dans de la Pinède, sur la commune de Marseille et sur la commune des Pays de Mirabeau. Et donc c'est vraiment une bagarre au corps à corps que les pompiers sont en train de mener au moment où je vous parle pour évidemment sauver le plus possible d'habitations. Je pense évidemment aux Marseillais d'abord qui ont été exceptionnels à Pauline hier, aux habitants évidemment des alentours mais les Marseillais qui ont respecté les consignes de confinement, qui ont écouté, qui ont été extrêmement disciplinés.

C'est des centaines et des centaines de maisons qui ont été sauvées par les marins pompiers. Au moment où on parle, on essaie évidemment d'arrêter le feu en lisière de maisons. On aura un bilan plus exhaustif dans les heures qui viennent où on en saura exactement où on en est. Mais évidemment, ce matin d'abord nous on pense aux sinistrés, à ceux qui ont vécu cette nuit d'angoisse, cette journée d'hier d'angoisse et puis ceux qui vont découvrir que la perte et que les pertes sont immenses. Je veux aussi leur dire que d'abord on sera là parce que c'est notre rôle, qu'on les accompagnera, que la ville de Marseille, que les collectivités, que l'État ne les laisseront pas tomber.

Il faut imaginer que certaines personnes ont tout perdu dans l'après-midi d'hier ou dans la nuit. Mais évidemment, on sera là pour faire en sorte qu'ils soient le mieux accompagnés, que financièrement ils soient accompagnés pour ne pas les laisser tomber.

2:56
Benoît Payan

Benoît Payet, on va revenir en détail sur ce que vous venez d'annoncer, y compris sur l'accompagnement et l'accompagnement même financier. Il y a ceux qui ont été appelés à être confinés, on y reviendra, mais il y a ceux qui ont carrément été évacués. Combien et où sont-ils au moment où on se parle ?

3:11
Présentateur

Alors, c'est à peu près 400 personnes qui ont été évacuées. Certaines sont sorties de Gézel tout de suite, dès qu'elles ont vu les flammes au Pen Mirabeau, considérant qu'elles pouvaient être en danger. Nous, les polices municipales et les polices nationales en ont évacué 400. Une majorité d'entre elles sont parties chez leur famille, leurs frères, leurs soeurs, leurs parents, leurs enfants. Et puis d'autres ont été prises en charge par la mairie. Et donc, elles sont aujourd'hui dans des bâtiments municipaux où on a pris soin d'eux, où on leur a permis de se laver, de dormir, de prendre un repas. Mais évidemment, on espère qu'elles puissent...

3:50
Benoît Payan

Il est trop tôt pour qu'elles puissent rentrer.

3:52
Présentateur

Oui, d'abord, il est beaucoup trop tôt parce que l'incendie n'est pas circonscrit, n'est pas maîtrisé. Il peut repartir. On a encore des incendies ponctuels contre lesquels on est en train de lutter. Et donc, on ne peut pas dire aux gens, tant qu'on n'aura pas fait un diagnostic maison par maison, et là, on peut comprendre l'angoisse des gens, la peur, voire l'exaspération des gens. Mais moi, je ne ferai pas rentrer de gens chez eux si la maison présente un danger structurel. Ça, ça n'est pas possible. Et donc, ça va être maintenant de la dentelle, maison par maison.

4:26
Benoît Payan

Il y a eu les appels à rester chez soi, confinés, pour les habitants du 16e arrondissement. Puis, ce matin, il y a un peu moins d'une heure, les autorisés à se déconfiner. Et certains habitants ont eu du mal à comprendre et à vivre ces appels au confinement alors qu'ils voyaient les flammes au bord de leur maison. Je voudrais que vous puissiez écouter, M. le maire, le témoignage de l'une de vos habitantes. Elle m'a appelée sur RMC ce matin. Elle s'appelle Anita. Elle a dû partir d'elle-même de chez elle, entendant effectivement les messages à se confiner. Mais elle trouvait ça trop compliqué de rester.

Elle dit que c'est impossible de nous demander de rester alors qu'on voit les flammes dans notre jardin. Est-ce que vous entendez cette incompréhension des habitants ?

5:26
Présentateur

Mais on peut la comprendre. Néanmoins, il y a des consignes de sécurité. Ce n'est pas moi qui les choisis. C'est une doctrine nationale qui consiste à se confiner. Au moment où je vous parle, on n'a pas de victimes à déplorer. Et donc, on peut essayer de dire que c'est mieux de partir dans tous les sens et de courir. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Quand les pompiers nous donnent des consignes, on les respecte. Et donc, quand on dit aux gens qu'ils peuvent et qu'ils doivent se confiner, c'est qu'ils sont en sécurité à la maison. Quand on évacue des gens, c'est quand on considère qu'ils ne peuvent pas être confinés.

Et donc, à Pauline de Malherbe, les consignes, elles sont là pour être respectées. Et elles ont été, dans une immense majorité, elles ont été respectées par les marciais. Et je suis fier d'eux. Parce que s'ils n'avaient pas respecté les consignes, qu'est-ce qui se serait passé ? S'ils n'avaient pas écouté les consignes qu'on leur a données ? Vous imaginez la pagaille et la panique ? Au contraire, on peut comprendre l'angoisse des gens.

Mais quand on leur dit qu'ils sont en sécurité à la maison, parce qu'on sait où on en est, on sait où est-ce qu'on se bat, on sait qui on évacue et qui on n'évacue pas, on a affaire à un grand service d'incendie et de secours à travers le bataillon de marins-pompiers et les pompiers des Bouches-du-Rhône. On ne peut pas faire du populisme en disant, les gens ont peur, il faut les comprendre quand ils veulent partir. Oui, bien sûr que moi, je comprends la peine, la peur, et qu'on va les accompagner. Mais en général, on a affaire, ce n'est pas en général, c'est systématiquement, on a affaire à de grands pompiers, à des gens qui savent ce qu'ils font, dont c'est le métier.

Et s'ils nous disent qu'on doit se confiner, on doit se confiner. Combien de morts on a eues parce que des gens voulaient sortir de chez eux ? Alors, pas là, mais dans combien d'incendies, d'appartements, d'immeubles, on a eu à déplorer des victimes parce que les gens ont voulu s'extraire de chez eux. Donc, quand on leur dit de rester confinés, c'est pour leur sécurité. Ce n'est pas par plaisir qu'on dit aux gens de rester chez eux. Et en effet, M. le maire,

7:14
Benoît Payan

Anita qui témoignait tout à l'heure, effectivement, disait avoir dû affronter la fumée et partir au milieu de la fumée. Elle a sans doute pris ce risque, mais aussi dans l'inquiétude et le sentiment de solitude. Juste l'écoutez là, un instant.

7:32
Présentateur

Entendre des explosions de gaz, les arbres, des épommes de pin qui éclataient de partout, voir les maisons brûlées. Donc là, on prend la voiture, on ne voit rien, mais on ne voit rien, rien du tout. Et on essaie de rouler en se disant tant pis, si je frappe un mur, mais je dois partir. C'est ça qui s'est passé hier. C'est ça. Et quand on est arrivé en bas, là, il y avait toute la police qui était en bas, en haut, on n'avait pas un seul pompier. Je pense qu'il ne pouvait pas monter puisque le chemin était totalement en feu. Et toujours ce même message, moi, ce message, il me restera gravé dans ma mémoire. On ne peut pas demander ça à des humains.

On recevait tous le même message qui nous demandait de nous confiner. Mais comment vous arrivez humainement à vous confiner lorsque les flammes lèchent votre maison et brûlent vos arbres dans le jardin ? On ne peut pas demander à des gens de se confiner, d'envoyer le même message à tous les Marseillais. Il y a des endroits où on devait se confiner dans Marseille, mais au milieu des flammes, on ne se confine pas. On ne se confine pas. C'est indonable.

8:38
Benoît Payan

Précise Canita, elle est saine et sauf ce matin. Elle a pu rejoindre l'habitation de sa fille à 3 km de là. Mais vous êtes vraiment ferme là-dessus. Il faut respecter absolument les consignes. Benoît Payan...

8:52
Présentateur

Pardonnez-moi, Pauline de Malherme. Pardonnez-moi. Non, mais pardonnez-moi. Vous vous rendez compte de ce que vous êtes en train de dire ? Moi, je peux comprendre cette habitante. Je comprends son stress. Mais en fait, quand les autorités, quand le préfet et quand les pompiers nous disent de nous confiner, ce n'est pas par plaisir. Et dire que ça n'est pas une consigne à donner... Enfin, moi, je ne suis pas expert. Je n'ai pas fait des études. Je ne suis ni amiral du bataillon des marins-pompiers, ni expert en incendie et en secours. Enfin, si on nous dit de nous confiner... Et vous avez parfaitement raison. En l'occurrence, je vous...

9:27
Benoît Payan

Je vous fais entendre le témoignage d'un état et de l'inquiétude. Et c'est important de leur dire, justement, que même dans ces moments d'inquiétude,

9:35
Présentateur

on respecte absolument les consignes. Oui, c'est mieux, non ? Oui. C'est mieux plutôt que de dire ne les respectons pas parce qu'on a peur et c'est normal de partir.

9:45
Benoît Payan

Vous vous rendez compte

9:46
Présentateur

si elle avait été prise par les flammes ?

9:47
Benoît Payan

Parfaitement.

9:48
Présentateur

Oui, voilà. Je pense que c'est mieux de dire comme ça.

9:52
Benoît Payan

Parfaitement, parfaitement, monsieur le maire. Ce que je veux comprendre aussi, c'est qu'encore à 6h du matin, les consignes étaient de rester confinés. Finalement, au moment où l'on se parle, on est d'accord que les habitants du 16ème ont le droit de sortir de chez eux ?

10:07
Présentateur

Oui, oui. Depuis ce matin, 7h10, le déconfinement a été mis en place et les gens peuvent sortir de chez eux parce que les services d'incendie et de secours, le préfet, considère que les gens sont en sécurité pour pouvoir désormais sortir de chez eux. c'est-à-dire qu'il n'y a plus de risques, ils peuvent sortir de chez eux.

10:28
Benoît Payan

La question des routes, de l'aéroport et des trains, l'aéroport a été fermé une partie de la journée hier, le trafic a repris ?

10:38
Présentateur

Le trafic a repris, le trafic SNCF est en mode dégradé parce qu'il y a certains réseaux qui ont été touchés et là, évidemment, tous les ouvriers sont au travail pour réétablir le réseau pour qu'on puisse évidemment avoir une fluidité parce que les autoroutes évidemment, notamment l'autoroute qui a été le plus touchée n'est pas pratiquable et donc là, il va falloir travailler toute la journée pour pouvoir fluidifier le trafic.

Mais on comprend bien qu'un incendie d'une telle ampleur, même si on y est préparé, même si on s'y attend, crée évidemment des dégâts considérables sur les routes, sur certaines infrastructures et donc tout le monde est au travail pour qu'on puisse tout de suite reprendre une vie normale. Mais moi, je veux d'abord évidemment, penser aux gens qui, comme l'auditrice de BFM vient de parler, qui vont se retrouver dans quelques heures, dans quelques jours peut-être, devant des maisons, ces personnes auront tout perdu. Et donc moi, je pense à ces personnes et je veux qu'on s'occupe d'elles.

C'est le rôle de l'État, c'est le rôle de la ville et c'est ce qu'on va faire, c'est-à-dire qu'on ne les laissera pas tomber. On est face à un drame qui est parti d'une voiture qui s'est enflammée avec un feu, qui est parti à toute allure. Et évidemment, il faut maintenant mettre en place

11:54
Benoît Payan

les systèmes possibles et inimaginables. ce matin, que s'ils retrouvent leur maison potentiellement brûlée, comme vous le disiez, ils seront relogés par la ville ?

12:06
Présentateur

Alors, il va y avoir des relogements qui vont être faits, évidemment. La ville, elle n'a pas d'appartement mais il y a des bailleurs à qui on va demander, évidemment, de dégager des appartements. C'est pareil, la présidente du département a dit qu'elle ferait la même chose, l'État va faire la même chose et puis surtout, on va faire pression sur les assureurs parce que j'ai déjà connu en tant que maire ce drame. On voit que les assureurs des fois traînent traînent des pieds, mettent du temps à indemniser.

Donc là, ça va être la pression maximale et puis on va regarder ce qu'on peut faire pour non pas se substituer aux assureurs mais pour que les gens puissent être indemnisés le plus vite possible. On verra ce qu'on fait, on aura le loisir de réfléchir à un fonds d'indemnisation, un fonds de dotation pour pouvoir faire des avances pour ne pas attendre que les assureurs indemnisent parce que les gens doivent soit reconstruire soit faire des travaux, soit racheter et donc je ne veux pas qu'on les laisse dans cette situation. Ça, ça n'est pas acceptable.

13:03
Benoît Payan

Benoît Payon, à quoi vous vous attendez pour la journée, pour les heures qui viennent ?

13:09
Présentateur

D'abord, je veux redire que des centaines de pompiers sont au feu au moment où on parle, qu'on a des micro-incendies sur beaucoup de foyers encore dans le nord du 16e arrondissement et qu'on se bat. Il y a des feux de toit, des feux de broussailles, des feux de jardin. On essaie de mettre à l'abri des maisons, c'est-à-dire en fait on essaie de les sauver. Je veux aussi dire que ce sont des centaines et des centaines d'habitations qui ont été sauvées par les pompiers de Marseille. Des centaines et des centaines d'habitations pour des milliers de Marseillais qui ont été sauvés grâce à l'action héroïque de nos pompiers qui se sont battus et qui se battent toute la journée d'hier, toute la nuit.

Certains ne se sont pas arrêtés. D'autres ont repris le relais ce matin et vont continuer. Évidemment, on va avoir un diagnostic plus clair dans la journée. On a été dans la nuit jusqu'à il y a quelques heures. On va avoir un diagnostic plus clair du nombre d'habitations touchées et puis ensuite, il y aura un diagnostic maison par maison pour savoir si les gens peuvent rentrer chez eux ou si la maison est structurellement endommagée. Si l'habitation n'est pas praticable, je ne laisserai pas. Nous ne pouvons pas décemment laisser des gens entrer dans une maison qui présente un danger pour leur sécurité et celle de leur famille c'est à de leurs enfants.

14:19
Benoît Payan

Merci beaucoup, Benoît Payan, maire de Marseille, d'avoir été en direct avec nous sur RMC et BFM TV. Aucune victime, 400 personnes qui ont dû être donc évacuées et ce feu, vous nous le dites ce matin, qui n'est certes pas maîtrisé mais qui est en nette régression. Merci à vous.