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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 3 mars 2025 9 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesBudget & impôts

Négociations commerciales : "Ce n'est pas parce que l'industriel demande un tarif qu'il l'obtient", souligne le PDG de l'ILEC

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:34PrésentateurFait
    « Qu'est-ce que vous pouvez nous dire des prix ? Est-ce qu'on va voir des prix baisser dans les rayons des supermarchés ? »
  • 4:36PrésentateurFait
    « Vous, les très grandes entreprises, vous demandez en gros 4,5% d'augmentation. Quand les PME demandent 3% d'augmentation pour les mêmes produits, pourquoi cet écart ? »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Présentateur30 %

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0:01
Présentateur

Nicolas Facon, bonjour. Bonjour. Vous êtes PDG de l'ILEC. Je ne suis pas certaine d'éclairer nos auditeurs en disant qu'il s'agit de l'Institut de liaison des entreprises de consommation. En fait, on va le dire, vous dirigez le lobby des multinationales de grande consommation, celles qui remplissent les trois quarts de nos paniers de course. Je parle de Mars, Panzani, Heineken, Lactalis, Ferrero, Fleury, Michon. Ces entreprises ont participé aux négociations commerciales avec la grande distribution. Négociations closes depuis dimanche ou samedi minuit. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire des prix ? Est-ce qu'on va voir des prix baisser dans les rayons des supermarchés ?

0:40
Invité

En fait, il est trop tôt pour que je puisse vous apporter une réponse parce que je n'ai pas le bilan complet, exhaustif. On commence à avoir des remontées de nos adhérents. Qui sont ? Qui sont plutôt sur le taux de signature. Je n'ai pas les chiffres, je ne pourrais pas vous les donner malheureusement. Il va falloir attendre un petit peu. D'ailleurs, les services administratifs, l'autorité, la DGCRF, en ce moment tourne dans les entreprises justement pour regarder comment ça s'est signé et à quel niveau. Donc, il va falloir attendre un petit peu. Par contre, sur les signatures de contrats, on est à ce soir, on est à peu près à deux tiers des contrats signés, trouvés, signés.

Donc, ça veut dire qu'il en manque encore. C'est-à-dire qu'au moment où on se parle, tout n'a pas été signé et tous les accords n'ont pas été trouvés.

1:23
Présentateur

Deux tiers signés, donc un tiers qui ne sont...

1:25
Invité

Alors, soit ils ont été trouvés, mais ils restent à être signés, donc il y a du retard en signature. Soit les accords ne sont pas encore trouvés et c'est là où se pose le problème. C'est-à-dire que les industriels et les distributeurs n'ont pas réussi à se mettre d'accord. Ça fait pourtant partie des obligations liées à ces négociations. Exactement.

1:41
Présentateur

On va tout de même revenir un peu sur les prix parce que la grande distribution est peut-être plus loquace que vous et elle évoque déjà des baisses de prix pour les pâtes, pour l'huile d'olive, le sucre, les produits d'hygiène et d'entretien. Moins 2%, c'est le bruit qui court. Et puis des augmentations pour des produits qui seraient à base de beurre, donc les biscuits, à base de chocolat, de café, de jus d'orange. Alors là, on évoque un plus, 15%, lait, yaourt, quelques centimes. De votre côté, vous, vous avez demandé des augmentations lors de ces négociations dès le début. De quel ordre ?

2:20
Invité

Alors, les tarifs des industriels que je représente étaient entre 4 et 5% en moyenne à peu près. Alors évidemment, comme vous le dites, il y a des différences par secteur, par type de marché, par type de matière première. Celle que vous avez citée, c'est tout à fait juste, c'est-à-dire que le café a doublé en fait en termes de prix de la matière première. Le cacao a été multiplié par 4 en 2 ans. Le jus d'orange, il n'y en a plus en Floride. Donc voilà, il y a des pénuries mondiales qui touchent certains produits. D'autres produits ont plutôt baissé. Voilà, donc on peut, on va avoir des différences selon les différents acteurs.

Mais on va dire que les tarifs des industriels, alors dans un tarif d'industriel, dans la demande tarifaire, c'est pas parce que le client, c'est pas parce que l'industriel demande un tarif qu'il l'obtient forcément, bien évidemment. Il y a à la fois de la matière première, il y a des coûts de matière première qui peuvent évoluer. Il y a des coûts de production industrielles. Et là, c'est l'ensemble des coûts, c'est l'énergie, c'est le transport, c'est le salaire, voilà, c'est les emballages.

3:13
Présentateur

Parce que là, on ne parle plus d'inflation. Elle reflue, l'INSEE nous le dit depuis un an maintenant, elle reflue. Donc ça, c'est un argument que vous n'avez plus.

3:20
Invité

Non, mais ce n'est pas un argument. Je pense qu'il faut regarder les choses. Moi, je ne suis pas là pour faire des arguments. Je suis là pour regarder les faits, essayer d'avoir les plus objectifs et les plus chiffrés possibles. On a vécu une période extrêmement inédite qui a été le choc d'inflation 2022-2023, qui a touché évidemment les consommateurs et notamment les plus modestes de façon importante. Mais ce qu'il faut voir, c'est que ça a touché toute l'économie. Parce que finalement, tout a augmenté à deux chiffres. L'énergie, le transport, les emballages, les matières, le salaire, etc. Donc tout a explosé.

3:48
Présentateur

Mais les produits en rayon aussi.

3:50
Invité

Donc vous avez déjà remboursé vos augmentations. Oui, l'industrie a passé une partie de ses coûts de production. Pour vous donner un chiffre, nous on estime à peu près que l'industrie a pris 4,5 milliards de hausse de coûts de production. Donc 4,5 milliards, c'est énorme. Elle n'en a répercuté que 3 milliards. Donc elle a absorbé 1,5 milliard. Absorber, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'elle a réduit ses dépenses, elle a réduit ses investissements, elle a réduit ses marges. Donc l'industrie a fait cet effort-là pour réduire l'impact de l'inflation. Vous avez raison, on a passé ce cap-là. On est revenu finalement aujourd'hui à une inflation normale aux alentours.

Si vous regardez l'inflation générale, elle est entre 1 et 2%. Donc hormis certaines exceptions, on est dans ce régime-là.

4:31
Présentateur

Mais vous, les très grandes entreprises, vous demandez en gros 4,5% d'augmentation. Quand les PME demandent 3% d'augmentation pour les mêmes produits, pourquoi cet écart ?

4:44
Invité

Alors, moi je ne rentre pas dans le choix de chaque entreprise de fixer ses niveaux tarifaires. Ce qui est clair, c'est que d'abord, entre la demande tarifaire que vous faites et puis l'accord que vous négociez, évidemment, il y a un écart. Il y a un écart certain. Voilà, donc ça, c'est après le choix de chaque entreprise de se positionner, d'être plus ou moins agressive, d'aller plus ou moins chercher des volumes, voilà, ou de restaurer parfois des marges qui ont été abîmées par justement ce choc d'inflation. Ça, c'est la liberté de chacun.

Mais je dirais que chaque entrepreneur prend ses décisions et si quelque part, il va trop loin ou il est excessif dans ses tarifs, il va le payer parce qu'il a des concurrents, parce qu'il a des consommateurs qui ne vont pas le suivre. Donc, très certainement, ce qui se passe au quotidien, c'est que finalement, l'industriel, il fait ce choix entre, à un moment, sa compétitivité et tout le monde est à la recherche de volume. Tout le monde doit faire tourner ses gynes et puis aussi la nécessité de faire des marges parce qu'encore une fois, les marges, ce n'est pas un gros mot. Les marges, c'est l'investissement de demain et c'est l'emploi d'après-demain.

C'est aussi la pérennité des entreprises.

5:45
Présentateur

Alors, que donnent, vous l'évoquiez, les premiers contrôles de la direction de la consommation, la DGCCRF ? Il y en avait eu environ un millier l'an dernier. Elle a commencé dès dimanche au travail. Quelles sont les premières remontées ?

5:56
Invité

Alors, ça non plus, je ne sais pas. Mais ce qui a été très clair, c'est que les ministres, il y a eu un comité de suivi interministériel des négociations le 18 février. Donc, c'était il n'y a même pas 15 jours. Les deux ministres ont été très clairs, le ministre de la consommation et le ministre de l'agriculture, en disant qu'il va y avoir des contrôles. Tenez-vous prêts, les industriels distributeurs, parce qu'on veut que les accords soient signés, soient bien signés. Donc, voilà, tout le monde a été prévenu. Les services de la DGCCRF, aujourd'hui, tournent dans les entreprises.

6:24
Présentateur

Qu'est-ce qu'elles regardent ?

6:25
Invité

Elles regardent les contrats. Elles regardent les contrats signés. Est-ce qu'ils ont été signés ? Comment ils ont été signés ? Parce que ce n'est pas toutes signées. Encore faut-il que ce soit bien signé. Puisqu'effectivement, il faut que ce soit des contrats qui soient équilibrés de part et d'autre. Voilà, donc ils sont en train de regarder tout ça. Et après, ils jugeront de ce qu'ils doivent faire ou pas.

6:43
Présentateur

Parce qu'on dit, évidemment, personne, hormis les participants y étaient. Mais enfin, le climat de ces négociations commerciales a été, semble-t-il, encore plus tendu que d'ordinaire. On avait le sentiment que c'était difficile de faire pire.

6:55
Invité

Ça l'a été ? Oui, ça l'a été parce qu'effectivement, je pense qu'il y avait, si on regarde finalement les déclarations des uns des autres, d'un côté, il y a une industrie, comme je le disais, qui est sortie affaiblie, en fait, du choc d'inflation, contrairement à ce qu'on a pu entendre dire, d'un côté. Et de l'autre côté, une distribution qui disait, on veut des baisses de prix, et des baisses de prix très importantes, et qui nous ramèneraient au prix d'avant la crise. Sauf que les prix de production n'ont pas baissé à ce niveau-là.

7:23
Présentateur

Bien sûr. Ça, on le sait, on l'a bien compris. On évoque même, pendant ces négociations, une sorte de chantage au déréférencement. Vous avez pu le constater ?

7:32
Invité

Oui, malheureusement, ça fait partie... C'est-à-dire des produits qui ne seraient pas en rayon dans les supermarchés. Bien sûr. C'est aussi le problème de... Qu'il y ait des négociations, c'est normal entre entreprises. Qu'elles se passent avec de la tension, c'est normal aussi, puisque chacun, finalement, essaye de négocier au mieux. Là, il y avait un cran de plus. Comment ? Là, il y avait un cran de plus. Là, il y avait un cran de plus, parce qu'effectivement, là où c'est un problème, c'est ce qu'on appelle des pratiques déloyales, c'est-à-dire quand on abuse de sa force pour obtenir, extorquer des conditions qu'on ne devrait pas.

8:00
Présentateur

Je veux absolument quand même vous poser cette question. Les grandes chaînes de supermarchés dénoncent toute la même chose, le manque de transparence sur la part agricole que vous utilisez, vous, les industriels, dans chaque produit, du gâteau sec au plat cuisiné, la quantité, le prix payé aux agriculteurs. Ce ne serait pas plus clair de donner cette information ?

8:19
Invité

Mais on le donne, en fait. Et on le donne en permanence.

8:21
Présentateur

Mais ils ne la reçoivent pas.

8:22
Invité

Mais si, ils le reçoivent. Ils le reçoivent, puisqu'effectivement, quand vous présentez un tarif, il faut bien que vous l'expliquiez. Ça, ça a toujours existé. Vous devez bien expliquer pourquoi. Parce que vous devez, finalement, vous défendre par rapport à votre concurrent. Donc, vous êtes obligés de le faire. Et j'ajouterais même que la distribution, elle fait aussi des produits de marques distributeurs qui sont des copies des marques nationales. Donc, elle sait parfaitement, puisqu'elle donne le cahier des charges de ces produits-là, elle négocie les produits MDD, elle connaît parfaitement les coûts de production.

Bon, j'ai l'impression qu'on ne vous mettra pas d'accord encore aujourd'hui. Et vous avez raison, c'est dommage, parce qu'encore une fois, je pense qu'on a des enjeux collectifs qui vont au-delà, finalement, de ces...

9:00
Présentateur

Et peut-être viser la souveraineté alimentaire tous ensemble. Nicolas Facon, merci à vous, PDG de l'ILEC, les grandes marques de la consommation. Et aujourd'hui, invité éco de France Info.