Gérard Filoche sur le 49-3 : "Macron savait que le vote était perdu"
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Comment analyser la décision de Macron d'utiliser le 49-3 avant tout vote ?
- 3:55RelanceRéponse directe
Pourquoi Macron n'a-t-il pas attendu le vote pour constater l'échec ?
- 4:33OuverteRéponse directe
La rue gronde déjà, le pouvoir va-t-il se faire déborder ?
- 7:02OuverteRéponse directe
Quelles sont les prochaines étapes de l'agenda politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Soyez certains qu'ils le savaient, lui, combien de voix il y avait. »
- 0:40Invité politiqueFait
« Donc, ils savaient que le vote était perdu. »
- 0:42Invité politiqueFait
« Et c'est pour ça qu'il a fait le 49-3. »
- 1:23Invité politiqueFait
« On n'a jamais vu ce qu'on vient de voir. »
- 1:33Invité politiqueChiffre
« 93% des actifs sont contre la retraite à 64 ans. »
- 1:41Invité politiqueFait
« Tous les argumentaires qui ont été avancés par la majorité se sont effondrés. »
- 3:37Invité politiqueFait
« Et ça sera bien longtemps qu'un gouvernement, je crois que c'est depuis De Gaulle au début des années 60, qu'un gouvernement sera censuré à cause d'un 49-3 qu'il aurait voulu passer en force. »
- 5:05Invité politiqueFait
« Écoutez, je le souhaite de tout mon cœur. »
- 8:40Invité politiqueFait
« Nous, on est pour le maximum de démocratie et pour que ce processus aille jusqu'au bout. »
- 8:46Invité politiquePromesse
« S'il y a des élections, nous les gagnons. »
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Soyez certains qu'ils le savaient, lui, combien de voix il y avait. Ils ont dû passer des dizaines et des centaines d'or à rappeler chaque député, à pointer qui votait quoi, qui ne votait pas, qui, etc. Donc, ils savaient que le vote était perdu. Et c'est pour ça qu'il a fait le 49-3. Parce qu'il avait perdu et parce qu'il a perdu.
Et on va retrouver tout de suite par téléphone Gérard Filoche, inspecteur du travail à la retraite, figure historique de la gauche du Parti Socialiste et fondateur de Gauche Démocratique et Sociale. Bonjour Gérard. Bonjour. Comment peut-on analyser cette décision d'Emmanuel Macron de recourir au 49-3 avant même tout vote à l'Assemblée nationale ? C'est un peu curieux. C'est un échec.
C'est l'échec de sa loi. Il y a eu depuis deux mois peut-être cinq ou six millions de manifestants qui ont participé au moins une fois à une des huit manifestations. On n'a jamais vu ce qu'on vient de voir. Il y a une forme de grève générale rampante. 93% des actifs sont contre la retraite à 64 ans. Tous les argumentaires qui ont été avancés par la majorité se sont effondrés. Sur les index, la pénibilité, les 1,200 euros, la part des femmes, les carrières longues. Rien ne tient. Donc, ils perdent. C'est la manifestation du rapport de force sociale à l'Assemblée. Et pourtant, c'était une Assemblée qui, bien qu'il n'ait pas une majorité, lui était favorable.
La bataille au sein de LR pour se rajouter à Macron était visible. Il pensait qu'il allait s'en sortir comme ça. Puis de l'autre côté, le RN ne faisait rien parce que quand il y a des manifestations dans la rue, il se cache dans les caves. Donc, on avait, avec les organisations syndicales, un front uni qui est d'ailleurs consolidé puisque Laurent Berger avait dit s'il y a un 49-3, rien ne sera plus entendable. Et en huit manifestations, un combat comme, j'ai 60 ans de militantisme, un combat comme je n'ai pas vu aussi fort depuis très longtemps, très longtemps, eh bien voilà, on peut se réjouir parce que maintenant, ça ouvre toutes les portes.
Je sais qu'il y a des appels ce soir à manifester devant beaucoup de préfectures en province. Il n'y a pas que la manifestation devant l'Assemblée nationale à Paris. Il va y en avoir partout. On attend la réunion des 13 organisations syndicales de ce soir à ce qu'elles vont donner comme consigne. Le vote de la censure pourrait se produire samedi et il est possible qu'elle gagne parce qu'il y a des, comment on dit, des intermédiaires. On m'a dit que la liotte ou bien le monsieur de Courson se propose de faire un texte et de le diffuser. Dans ce cas-là, je suis sûr que la NUPES le votera. Et puis après, le voteront ceux qui volent de leur côté, dans leur couloir.
Mais ça peut faire qu'il y ait une majorité des censures. Et ça sera bien longtemps qu'un gouvernement, je crois que c'est depuis De Gaulle au début des années 60, qu'un gouvernement sera censuré à cause d'un 49-3 qu'il aurait voulu passer en force. J'aurais rêvé que ça arrive en 2016, mais c'est maintenant que ça arrive.
On peut se demander pourquoi Emmanuel Macron n'a pas attendu le vote. Il aurait pu constater l'échec démocratique, l'échec à l'Assemblée nationale du vote sur sa réforme avant d'enclencher le 49-3. Pourquoi avant toute chose ?
Soyez certains qu'il le savait, lui, combien de voix il y avait. Ils ont dû passer des dizaines et des centaines d'heures à rappeler chaque député, à pointer qui votait quoi, qui ne votait pas, qui, etc. Donc il savait que le vote était perdu. Et c'est pour ça qu'il a fait le 49-3. Parce qu'il avait perdu et parce qu'il l'a perdu.
Alors, la rue gronde déjà de colère. Il y a donc des manifestations à Paris. Tu as évoqué les manifestations qui auront lieu dans les préfectures et les sous-préfectures. Les préfectures et les sous-préfectures, même les petites sous-préfectures qui ont été, disons, le lieu d'un bouillonnement politique assez inégie, un peu invisibilisé pendant les semaines qui viennent de se dérouler. Le pouvoir va-t-il se faire déborder par la rue, par la colère populaire ?
Écoutez, je le souhaite de tout mon cœur. Et j'ai déjà observé ce qui s'est produit dans le pays ces dernières semaines. Vous avez vu qu'il y avait 130 manifestants à Wesson. Il y avait 200 manifestants à Grois. Il y en avait 1 000 à Plohermel. Je suis passé par Abbeville, il y en avait 3 500. Je suis passé par Jura, il y en avait 3 500 à Dôles. Et le tour des villes que j'ai fait là pour faire des meetings unitaires était exemplaire. Je suis passé par Roubaix, Lille, Sodan, Épinal, Avignon, Toulouse, Pau et Tours ces dernières semaines. Et j'ai vu chaque fois ce qu'il y avait en profondeur.
Alors, mon expérience me fait dire que quand il y a ça, c'est qu'il y a quelque chose qui se passe, ils ne voulaient pas le voir. Ils étaient entêtés, fanatiques du côté de Macron. Non, non, on va passer en force. Tous ces menus, ces manants, c'est rien, on ne va pas en tenir compte, etc. Et bien là, ils ont pris une belle tête dans le mur. Et maintenant, on va jouer la suite parce que ça va. S'il y avait des gens qui avaient des doutes qu'on pouvait gagner, les doutes sont en train de se lever. Les consciences sont en train de se ranimer pour celles qui n'y croyaient plus. Et pour ceux qui y croient, ils vont sentir que c'est la Lali.
Et donc, il va y avoir quelque chose vendredi, samedi, la semaine prochaine. La jeunesse peut bouger, elle n'avait que peu bougé. Et donc, en vérité, là, il y a une espèce de tremblement de terre avec une éruption à propos de ce 49-3 dont nous allons travailler les suites, travailler les suites dans l'unité. l'unité des syndicats, l'unité de la NUPES. Ce n'est pas l'heure de se préoccuper d'autres choses, pas de bisbilles, pas de questions subalternes. ensemble pour aller jusqu'au bout, le retrait de la loi, ensemble pour en tirer les conséquences par une censure. Et ensemble, dans les épisodes suivants, y compris électoraux.
Alors, Gérard, on apprend à l'instant que le groupe Liotte a annoncé qu'il allait déposer une motion de censure. Vous voyez, je suis prémonitoire.
Je suis prémonitoire. Je viens d'en parler.
Le groupe France Insoumise aussi annonce qu'il en déposerait une. Pierre-Henri Dumont, député LR, a annoncé qu'il voterait pour la motion de censure de Liotte. À quel scénario institutionnel pouvons-nous désormais nous attendre eu égard à la Constitution, aux pratiques parlementaires et aux rapports de force politique ? Quelles sont, disons, les prochaines étapes de l'agenda politique, à ton avis ?
Alors, d'abord, je vais dire ma préférence. Ce n'est pas à l'Assemblée que ça se passe, c'est dans la rue et dans les entreprises. Il faut dire aux gens, là, il y a une brèche, allez-y, manifestez. Si vous pouvez, dans votre entreprise, déclencher un mouvement, une grève, si vous pouvez l'occuper, si vous pouvez vous coordonner, faire des assemblées générales, si vous pouvez faire des comités de grève, toutes les formes que vous pouvez donner à votre action seront garanties du futur. Parce que dans les institutions, c'est un ensemble de rouages qui ne sont pas faits pour nous. Les institutions de la Ve République sont si peu démocratiques qu'on peut y voir des 49-3, des 47-1, des 44-1, etc.
et qu'on peut y voir des rebondissements, des censures reportées, des gouvernements qui se maintiennent, des gouvernements qui démissionnent et puis des élections anticipées au besoin. Je vois déjà des gens qui s'agitent sur les élections anticipées et qui disent qu'il y a un risque. Non, il n'y a aucun risque. Nous, on est pour le maximum de démocratie et pour que ce processus aille jusqu'au bout. Et s'il y a des élections, nous les gagnons. S'il y a des élections, c'est le camp des 5 millions de manifestants de ceux qui ont fait bloquer le projet de retraite qui gagneront. Pas de doute, pas de peur et pas de bisbille.
On fera ce qu'il faut pour présenter un candidat gauche par circonscription et il gagnera. Et c'est Macron qui perdra. Il n'y aura pas de recours pour lui. C'est fini. Mais ceci dit, ce n'est pas la priorité tout de suite. Tout de suite, ne spéculons pas. Parlons de ce qui se passe. Samedi, y a-t-il une grande manifestation ? Lundi prochain, y aura-t-il des grèves ? Comment Macron va-t-il tenter de manœuvrer face à l'échec ? Pas après pas. Pas après pas. Censure, manifestation, défilés, grèves, mobilisation, pression et on va voir.
Merci beaucoup Gérard Filage de cet éclairage. Sous-titrage Société Radio-Canada