L'éco du monde : La Banque de France relève sa prévision de croissance
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Il y a aussi quelques bonnes nouvelles ici en France. La Banque de France relève sa prévision de croissance, figurez-vous. Michel Rémy vient nous en parler pour les V-Capital Partners.
Bonjour Michel. Bonjour Guillaume. La Banque de France relève sa prévision de croissance à 0,2% pour le deuxième trimestre.
Oui. Alors, il faut se garder d'euphorie quand même. C'est une bonne nouvelle, mais une bonne nouvelle modeste, dans la mesure où on passe d'une stagnation à un frémissement, je dirais, et à mon sens, il y a deux réserves qui s'imposent.
D'abord, il y a l'échelle. L'échelle, c'est 0,2 point de PIB trimestrier, ce n'est pas un rebond. C'est, à mon sens, un sursis statistique alors que le premier trimestre avait terminé en recul.
Et la deuxième chose aussi, qui à mon sens peut être très intéressante, c'est la divergence institutionnelle. En effet, le gouvernement table sur 0,7% pour 2026, alors que la Banque de France tape sur 0,5%. Et cet écart de 0,2 point, en fait, ce n'est pas une cosmétique, c'est en fait deux lectures opposées sur la consommation des ménages.
Et l'exécutif parie sur le rebond de la demande intérieure, alors que la Banque de France, lui, elle, le juge à ce stade hypothétique. Donc 0,5%, c'est suffisant pour écarter aujourd'hui une hypothèse d'une récession technique. Mais à mon sens, c'est insuffisant pour desserrer la contrainte budgétaire, ni pour convaincre les agences de notation, dont le calendrier désormais surplombe chaque statistique macroéconomique française.
Il ne faut pas oublier que Fitch va revenir fin août, Moody's en octobre et Standard & Poor's en novembre. Donc je dirais que ce résultat fait que la France sort de l'ornière, mais elle repousse plutôt le bord, en fait. Oui, Michel, d'autant qu'on a quand même eu un petit coup de chaud sur les rendements cette semaine.
On est passé au-dessus des 3,9%. Si jamais ça franchit les 4, on ne va pas faire des hypothèses, parce que là, on est vraiment sur le fil du trait. Est-ce que ce sera de l'ordre du symbolique, ou est-ce qu'il y aura vraiment un choc à la clé ?
Gérer les deux à la fois, et c'est précisément ce qu'il doit à l'armée. En effet, à mon sens, 4%, ce n'est pas une hypothèse d'école, c'est une trajectoire, et c'est un symbole qui coûte cher, parce que ce 4%, c'est ce que les investisseurs pensent tout bas, c'est-à-dire que la France a perdu la maîtrise de son calendrier budgétaire. Mais à mon sens, l'essentiel n'est pas là.
C'est l'engrenage mécanique que cela va provoquer, parce que sur une dette de 3,5 milliards d'euros, chaque dixième de point supplémentaire veut dire des charges d'intérêt un peu plus supplémentaires chaque année. Et donc, ce n'est pas un cap symbolique, c'est aussi une somme qu'il faut trouver ailleurs, dans un budget qui est déjà sous perfusion, et ce qui veut dire qu'on va faire des coupes budgétaires ailleurs. Et c'est là où, à mon sens, le symbole devient déclencheur politique, parce qu'un 10 ans à 4%, sous la surveillance des trois agences de notation, d'ici la fin de l'année, pour moi, c'est l'argument massue pour imposer une cure d'austérité plus dure, avant que les marchés n'imposent leur calendrier.
Et donc, dans un contexte où, à la rentrée, la bataille budgétaire risque d'être la plus rique du calcénat, les taux ne deviennent plus un indicateur technique, mais plutôt un chronomètre politique, c'est-à-dire que peut-être on aura une accélération, il faut savoir si on va arriver rapidement à 4% ou un peu plus tard. Et pour moi, le vrai danger, ce n'est pas que le 10 ans touche 4% un jour, mais qu'il y reste, et que ce niveau devienne la nouvelle normalité contre laquelle personne ne va réagir. – Oui, il y a une époque, pas si lointaine d'ailleurs, où on empruntait à quasiment zéro, sur des échéances 10 ans, à un moment, effectivement, il va falloir faire rouler cette dette, on va passer de zéro à 4 ou plus pour cent, quoi, Michel. – Oui, oui, je pense qu'on risque d'arriver, on va dire, en 2027, plutôt vers 4,5%, parce que la situation, il y a quand même cette instabilité politique qui va peser sur l'investissement, qui va, en même temps, il y a l'inflation qui revient, donc forcément, on va avoir des, je dirais, là aujourd'hui, l'écart par rapport au Bund, il est de 0,8, c'est-à-dire double par rapport à la normale historique, mais on voit que, par exemple, l'Italie gère mieux sa dette, et donc c'est ce qui, moi, à mon sens, risque d'être plus problématique, c'est que la France devienne vraiment le mauvais élève de l'Europe, et donc d'être, d'avoir peut-être, on va dire, une contrainte budgétaire, une contrainte extérieure, avec soit les agences de notation, soit peut-être, est-ce que je ne souhaite pas le FMI qui pourrait venir nous remettre de l'ordre, puisque les hommes politiques ne vont pas remettre de l'ordre dans les finances publiques ? – Mais pas encore là, il y a l'euro pour nous protéger.
Ce qui serait intéressant, d'ailleurs, d'entendre Christine Lagarde, parce que Christine Lagarde a laissé entendre qu'elle pourrait quitter son poste prématurément pour participer à la campagne présidentielle, apporter, a-t-elle dit, une voix européenne dans cette campagne. Ce serait intéressant, une fois libérée de ses fonctions de présidente de la BCE, de voir comment elle parlerait de ces sujets-là et du cas français. – Alors je pense que ça peut être quelque chose de bien, d'amener un technocrate, mais elle n'a pas l'appui politique et la présence locale, ce qui peut poser d'autres problèmes. – Merci beaucoup Michel Rumi avec nous, Lévy Capital Partners.