Mayotte : le RN votera la loi spéciale "si elle va dans l'intérêt des Mahorais", affirme Laurent Jacobelli
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France Inter, Marion Lourdes, le 6-9.
Et notre invité ce matin en cette période de rentrée politique pour un nouveau gouvernement et à la veille d'un déplacement de Marine Le Pen à Mayotte est députée de Moselle, vice-présidente du groupe RN à l'Assemblée et porte-parole du parti. Bonjour Laurent Jacobelli. Bonjour. On attend vos questions chers auditeurs 0145 24 7000 et sur l'application Radio France. Trois semaines après le passage du cyclone Chido, Marine Le Pen sera donc à partir de demain à Mayotte où le bilan s'élève à plusieurs dizaines de morts avec près de la moitié des habitats détruits. A quoi ça sert Laurent Jacobelli que Marine Le Pen aille sur place ? Qu'est-ce que ça leur apporte aux Mahorais ?
D'abord c'est un signe de soutien, d'affection aussi pour tous nos compatriotes Mahorais qui vivent l'horreur. Aujourd'hui, plus de 15 jours après le passage du cyclone, c'est leur dire qu'on est à leur côté et puis c'est une visite, j'allais dire, dont les Mahorais ont l'habitude. Ce n'est pas une visite exceptionnelle, Marine Le Pen se rend souvent à Mayotte, elle a souvent porté la cause des Français de Mayotte partout en France et à l'Assemblée nationale. Elle leur est très attachée, je crois que c'est réciproque puisque Marine Le Pen a fait pratiquement 60% au deuxième tour des présidentielles.
C'est ce que j'allais dire, c'est pas aussi pour la photo, elle arrive en terrain conquis Marine Le Pen.
Mais à la différence de certains ministres qui ont découvert Mayotte après le cataclysme, Marine Le Pen s'en occupe depuis longtemps. Elle dit depuis longtemps qu'il faut investir à Mayotte, qu'il faut ramener la sécurité à Mayotte, ramener le droit à Mayotte, notamment en gérant les flux migratoires qui ont mis l'île dans une situation aujourd'hui inextricable.
Ça veut dire quoi gérer les flux migratoires ?
Aujourd'hui, 50% de la population de Mayotte vient de l'étranger, notamment des Comores, la plupart du temps de manière illégale. Et c'est cette précarité...
Alors c'est un peu moins que ça, mais...
C'est cette précarité qui a fait qu'aujourd'hui il y a des bidonvilles, qui fait qu'aujourd'hui les services publics n'arrivent plus à fournir tellement la population a augmenté par rapport aux infrastructures. Et donc il faut prendre des mesures de fond que Marine Le Pen demande depuis longtemps. Et on a un peu l'impression que les ministres vont là-bas découvrir la réalité, que nous leur décrivons, que Marine Le Pen leur décrit depuis longtemps. Alors elle continue à suivre le dossier et elle continue à être aux côtés des Mahorais. La vraie politique c'est ça, c'est anticiper, elle avait anticipé malheureusement que l'île était fragile.
Elle n'avait pas prévu quand même le cyclone.
J'ai bien dit que l'île était fragile, mais vous savez quand on est fragile, on est malheureusement plus enclin à subir de plein fouet et avoir avec beaucoup de conséquences les problèmes notamment climatiques.
Vous parlez de mesures de fond, c'est quoi les mesures de fond ?
Les mesures de fond c'est rétablir la sécurité, ça il faut le dire, ça veut dire qu'il faut beaucoup plus de force de l'ordre sur place. Je rappelle qu'à Mayotte, des attaques à la machette ont eu lieu récemment et qu'on ne peut pas laisser des Français vivre dans cet état d'insécurité. Ça veut dire aussi fournir nos services publics et traiter les Mahorais comme l'ensemble des Français. Et puis ça veut dire, je le répète, contrôler l'émigration. L'émigration qui vient de Comores, mais parce qu'il faut rétablir le droit du sol et surveiller nos frontières, voilà tout simplement.
Ça c'est envisagé par le Premier ministre.
Oui mais maintenant il ne faut plus l'envisager, je pense que maintenant il faut agir. Et je pense que c'est le grand problème qu'on va avoir avec ce gouvernement qui va multiplier les déclarations d'intention en disant il faut maintenant agir. Mais nous on veut des actes, les paroles vous savez on les entend depuis longtemps. Maintenant on voit bien que le manque d'actes a des conséquences donc il va falloir que nous ayons un gouvernement qui passe à l'action.
Mais ça, ça serait carrément une réforme constitutionnelle. Vous voyez bien que la politique étant ce qu'elle est aujourd'hui, elle n'est pas possible.
Oui mais alors à ce moment-là, on reste sur le bord de la route et on regarde passer les trains. Moi je crois que quand on est élu de la nation, on est là pour agir et c'est ce que nous demandons au gouvernement. Mettons-nous au travail. Mettons-nous au travail pour Mayotte, mettons-nous au travail pour les agriculteurs, mettons-nous au travail pour les chefs d'entreprise, mettons-nous au travail pour les retraités, mettons-nous au travail. Il y a des réformes de fonds que nous demandons depuis longtemps en matière économique, en matière de pouvoir d'achat, en matière de sécurité qui ne sont pas prises. On a des gens qui déclarent, des gens qui tweetent comme M.
Darmanin mais qui n'agissent jamais au boulot.
Alors M. Darmanin qui tweet effectivement comme beaucoup de gens, comme vous, y compris.
Ce n'est pas faux.
Et qui a obtenu par exemple une augmentation du budget de l'intérieur l'année dernière. Donc il a obtenu aussi des choses mais... On peut revenir sur son bilan si vous voulez. On ne va peut-être pas faire le bilan de Gérard Darmanin pendant 20 minutes. Pour Mayotte, quand même le gouvernement prévoit une loi spéciale. Elle va arriver normalement, elle va être présentée la semaine prochaine. Des zones franches qui exonèrent d'impôts les entreprises, c'est ce que vous demandiez d'aider les entreprises. Supprimer les bidonvilles, c'est ce que propose François Bayrou pour lutter contre l'immigration illégale.
Poser la question de revenir sur le droit du sol, est-ce que vous allez la voter cette loi ?
Écoutez, si ça va dans le sens que vous venez d'énoncer, si cette loi nous convient, je remarque d'ailleurs qu'un certain nombre de propositions sont celles que Marine Le Pen avait faites déjà dans le passé et à laquelle on avait répondu que c'était impossible. Mais tant mieux si les actes sont pris pour agir. Si cette loi est bonne et qu'elle va dans le sens de l'intérêt général et des Mahorais, nous la voterons, comme nous avons toujours fait. Vous savez, nous, nous avons été pragmatiques. D'où qu'elles viennent, les lois, si elles sont bonnes pour le pays, en tout cas qu'elles nous semblent bonnes, nous les votons. Si elles nous semblent mauvaises, nous ne les votons pas.
Eh bien, nous ferons exactement la même chose pour Mayotte. Je le dis à nos concitoyens Mahorais, nous serons extrêmement vigilants, extrêmement vigilants, que les paroles se transforment effectivement en actes et que tout cela ne soit pas une opération de communication.
Le préfet de Mayotte vient d'annoncer qu'il allait évacuer à partir de lundi des centres d'hébergement d'urgence pour permettre à ces bâtiments de revenir à leur vocation initiale, qui est de servir d'école, puisque la rentrée scolaire a été un peu décalée, elle doit avoir lieu le 13 janvier. Les habitants doivent être relogés, mais ce sera sans doute dans des tentes. Quel regard vous portez sur ce processus ?
Je pense que toute la solidarité nationale doit se faire pour aider les Mahorais. Je pense que vous l'avez parlé de l'école, il y a un problème sanitaire, un problème de fourniture d'eau, d'électricité, des moyens sont mis en place. Je ne suis pas sûr que ce soit suffisant, mais il faut très vite rétablir une vie, j'allais dire normale, le mot est un peu fort, quasiment normale pour tous nos concitoyens. Imaginons que ce soit la Creuse, l'Essonne ou le Var qui ait subi la même catastrophe climatique. Est-ce qu'on accepterait de voir nos compatriotes de métropole vivre dans l'état d'insalubrité, et parfois de manque de tout que vivent les Mahorais ? Non, bien sûr.
Donc les mêmes moyens doivent être mis en place pour Mayotte que pour la métropole. Je le répète, les Mahorais ont fait un choix qui est finalement le plus bel acte d'amour pour la nation. Ils ont fait le choix d'être français. Ce choix, nous devons être à la hauteur du respect qu'ils imposent.
Donc il faut maintenir la rentrée le 13 janvier et continuer à déplacer les personnes qui sont dans...
Il faut effectivement à la fois concilier deux impératifs, que les enfants Mahorais puissent avoir accès à l'éducation, c'est une chose très importante, mais que les gens vivent dans un logement, dans une habitation décente, c'est un vrai défi. Mais pour le coup, nous n'allons pas jouer l'opposition inutile. Si le gouvernement fait de bonnes propositions pour aller dans ce sens, nous l'aiderons, évidemment. Parce qu'une fois encore, c'est une grande cause nationale.
Et supprimer les bidonvilles, comme je le disais tout à l'heure, proposition de...
Comment peut-on accepter qu'en 2025, en France, il y ait des bidonvilles ? Il faut qu'il y ait une solution alternative. Mais bien sûr ! Je crois qu'on a parlé de prêts et de facilité d'assurance de la part du gouvernement. Tant mieux, ça va dans le bon sens. Mais ça veut dire aussi, je le répète, et vous allez penser que c'est une marotte, mais je pense que c'est un problème crucial à Mayotte, arrêter ces flux migratoires qui font que des pauvres gens arrivent, qu'ils n'ont pas les moyens de se loger autrement, qu'ils vivent dans des bidonvilles, et qu'ils mettent leur propre vie en danger. Cela n'est pas acceptable, ni pour eux, ni pour nous.
On parlait de cette loi spéciale sur Mayotte, ce sera l'un des premiers travaux du gouverneur Bayrou, qui a donc fait sa rentrée hier, premier conseil des ministres, Laurent Jacobelli. Le président de la République a appelé à l'unité, à l'audace. Le nouveau chef du gouvernement Bayrou, François Bayrou, a affirmé qu'il existait un chemin pour sortir de la période d'instabilité, vous êtes d'accord ?
Mais tant mieux s'il existe ce chemin. Nous, on a toujours été prêts à le prendre. Vous savez, nous, on est une opposition ferme, résolue, c'est vrai, mais constructive. Donc, s'il y a des réformes pour améliorer le pouvoir d'achat, comme par exemple la baisse de la TVA sur les énergies, ce que nous proposons, eh bien évidemment, si M. Bayrou veut bien l'écouter, tant mieux. S'il y a des réformes sur la sécurité, sur la justice, notamment sur les peines planchées, sur le retour de ce qu'on a appelé la double peine, c'est-à-dire le fait d'expulser les étrangers ayant commis des crimes et délits, bien sûr, nous serons à ses côtés.
Si, comme il s'y engage, il vote très vite une loi pour que les agriculteurs retrouvent tout ce qu'on leur avait promis, en termes notamment d'aide à la trésorerie, eh bien, nous serons présents. Il faut maintenant qu'ils nous fassent des propositions. Je le répète, les belles paroles ne nous suffisent plus. Nous, maintenant, on veut des actes.
François Bayrou va recevoir notamment des dirigeants de gauche. Est-ce que vous êtes invité, vous aussi ?
Écoutez, moi, j'espère qu'il jouera le jeu. Je sais que le ministre de l'Économie a dit qu'il parlerait à tout le monde. Vous savez... Pour l'instant, vous n'avez pas encore l'invitation. Je ne crois pas, mais bon, je n'ai pas été vérifié dans les casiers. Mais en tout cas, ce que je sais, c'est qu'il y a des choses que les Français ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas que le Rassemblement National, le Premier Parti de France, ne soit pas représenté au bureau de l'Assemblée Nationale. Ils ne comprennent pas que le Premier ministre l'ait écarté des discussions avant le gouvernement. Vous savez, la démocratie, ça se respecte. Il n'y a pas une démocratie à géométrie variable.
C'est-à-dire la démocratie qui est acceptée quand votre camp gagne et qui refuse que l'opposition puisse s'exprimer. Donc, il faut changer tout cela, parce que sinon, M. Bayrou n'aura jamais de majorité à l'Assemblée Nationale. Vous savez, sans le Rassemblement National, une loi ne peut pas passer. Mais avec le Rassemblement National, une motion de censure peut passer.
Donc, ça veut dire que ce gouvernement, comme le gouvernement Barnier, est dépendant du choix, du vote des députés Rassemblement National ?
Mais c'est le choix des Français, oui. Les Français ont fait un choix de rupture. Ils ont fait un choix très clair en plaçant le Rassemblement National comme premier parti de France et premier groupe à l'Assemblée Nationale. Vouloir faire sans ces 11 millions de Français, vouloir faire sans l'opposition, ce serait, je crois, un acte suicidaire de la part du gouvernement.
Donc, la liste des mesures que vous avez faites là, c'est votre liste, entre guillemets, au Père Noël, François Bayrou, c'est « mettez en place ces mesures, sinon on censure ? »
Non, évidemment pas. Il n'y a pas question de faire du chantage. Vous savez, on a conscience que M. Bayrou n'est pas sa carte au Rassemblement National. Nous ne sommes pas au gouvernement. Nous, ce que nous voulons simplement, c'est que les mesures qui soient prises par le gouvernement aillent dans le bon sens et ne viennent pas heurter de front la volonté des Français. La volonté des Français, elle est claire. Plus de pouvoir d'achat, plus de sécurité, moins d'immigration. Vous savez, on va avoir très vite un budget.
En tout cas, ça, c'est votre analyse.
Non, je crois que c'est ce qui montre les sondages et les votes des Français. Vous savez, on va avoir bientôt un budget qui nous est proposé. On va voir si ce budget fait des économies sur les mauvaises dépenses de l'État ou, au contraire, s'il va faire les poches des Français. Eh bien, s'il va faire les poches des Français, ce sera sans nous. S'il veut faire des économies sur les mauvaises dépenses de l'État, eh bien, nous le laisserons faire.
En tout état de cause, si on veut revenir dans les clous des règles européennes et y compris ne pas faire gonfler notre dette, il va falloir faire des économies. Vous parliez des désirs des Français. Si on en croit un sondage qui est publié aujourd'hui par le Figaro, la proportion de Français favorables à la démission d'Emmanuel Macron augmente à 61%. C'est l'option que vous privilégieriez aujourd'hui ?
Non, parce qu'elle ne dépend pas de nous. Elle dépend d'Emmanuel Macron. Et vous la souhaitez ? Il faut... Oh, bah écoutez, si demain matin, Emmanuel Macron annonce qu'il démissionne, je pense que je ne pleurerai pas. Mais, effectivement, les Français n'en peuvent plus. Ils ne comprennent pas pourquoi leur vote n'a pas de correspondance dans la manière dont le gouvernement est dirigé. Mais est-ce que c'est une voie de sortie ? Aujourd'hui, attendez, je termine parce que c'est important. Aujourd'hui, les partis qui composent le gouvernement sont les partis qui sont arrivés derniers aux élections législatives. Donc, il y a quand même un problème de voir les losers dirigés.
Donc, il y a un moment, il va falloir que ce soit le respect du vote des Français. Et pour ça, il y a un retour aux urnes qui est nécessaire. Soit par une dissolution de l'Assemblée nationale... Mais qui n'aura pas lieu avant l'été. Un vote avant l'été, vous avez raison. Et un vote, on l'espère, avec la proportionnelle pour que les Français soient réellement représentés. Il y a deux autres solutions. Diriger avec des référendums, et on espère que ce sera la voie choisie. Et ou la démission du Président de la République. Vous savez, la Ve République et notre Constitution ne proposent que ces solutions-là. Et ce sont des solutions de bon sens.
Maintenant, la démission du Président de la République ne dépend que de lui-même. Et je suis incapable de savoir ce qui se passe dans la tête du Président de la République.
Alors, option 1, s'il démissionne, ça veut dire qu'il y aurait un nouveau président, peut-être un président RN, une présidente RN, qui se retrouverait face à la même Assemblée, avec le même risque d'instabilité, puisqu'on ne peut pas dissoudre avant l'été.
De manière provisoire, mais vous savez, je l'ai dit, il y a d'autres instruments pour diriger, notamment le référendum.
Dont a parlé Emmanuel Macron dans ses voeux, et ça, c'est l'option 2.
Alors, si je peux me permettre, Emmanuel Macron a parlé d'un retour à l'écoute de la voix des Français. Il n'a pas prononcé le mot référendum. Et quand on connaît un peu Emmanuel Macron, maintenant, on l'a vécu depuis 7 ans, on sait que ça peut être une grande convention citoyenne qui ne servira à rien, des réunions de Saint-Denis qui ne serviront à rien. Cette fameuse méthode du président de la République cause toujours « tu m'intéresses ». C'est-à-dire qu'on parle pendant 3 jours et puis à la fin, il fait ce qu'il veut. Donc, attention à ça. Maintenant, s'il y a des vrais référendums sur les sujets qui importent et qui concernent les Français, eh bien, allons-y.
Nous, on le propose, et on l'avait proposé à l'élection présidentielle. Marine Le Pen en avait parlé. Jordan Bardella en parle souvent, lui aussi. C'est un référendum sur l'immigration, notamment.
Mais ça n'est pas dans le champ du référendum, aujourd'hui.
Ici, c'est l'article 11, puisqu'il considère que les questions sociales peuvent être soumises au référendum. Et croyez-moi, l'impact économique et social de l'immigration aujourd'hui sur la vie des Français, il est énorme. On parlait tout à l'heure d'économie. Là, il y a une vraie source d'économie. Là, il y a débat, quand même. Avant d'augmenter...
Les constitutionnalistes disent que l'immigration ne fait pas partie du référendum. Mais vous avez raison.
Par contre, il y a débat, mais il n'y a donc pas d'affirmation. Donc, vous me permettrez de soutenir la thèse qui dit que ce référendum le permet. Aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, nous sommes la vigie, j'allais dire, qui surveille que les Français ne soient pas demain, à nouveau, à la fois matraqués fiscalement et soumis à une insécurité grandissante.
Et à plus court terme, Jean-Luc Mélenchon, qui est chef de file de la France insoumise, prévoit, lui, la chute du gouvernement le 16 janvier prochain. En tout cas, c'est la date à laquelle sa formation va déposer une motion de censure. Ce sera juste après le discours de politique générale du nouveau Premier ministre. Est-ce que vous envisagez de la voter, cette motion de censure ?
Mais écoutez, sauf déclaration improbable de la part du Premier ministre, nous ne voulons pas faire de censure a priori. Voilà. On jugera sur pièce. Et sur pièce, la première étape, clairement, ce sera le budget. Parce que le budget, c'est la traduction en chiffres d'une volonté politique. Si ce budget, je le répète, il prend en compte le pouvoir d'achat des Français, il prend en compte que nous sommes déjà le pays le plus taxé. C'est vrai pour les particuliers, c'est vrai pour les entreprises.
Il prend en compte que nos agriculteurs ont besoin de notre soutien, qu'il prend en compte que les retraités ne sont pas des citoyens de seconde zone, qu'il prend en compte que les jeunes ont besoin de l'accès au travail et que les Français ont besoin de sécurité. S'il prend ces questions-là en compte, nous serons bienveillants. Si, en revanche, on se retrouve avec un budget Barnier 2 où on se dit la seule solution pour gérer la mauvaise gestion de l'État, c'est de demander aux Français de payer pour les mauvaises décisions de leurs dirigeants, alors ce sera non.
Alors, Laurent Jacobini, ça fait plusieurs fois que vous nous parlez des agriculteurs depuis le début de cet entretien. Les agriculteurs, ils subissent aujourd'hui le fait qu'il y a eu une censure du gouvernement à laquelle vous avez largement participé puisque les mesures qui avaient été prévues par le précédent gouvernement, ils n'en bénéficient pas parce que le budget a été bloqué. Ils n'ont pas les mesures de pouvoir d'achat, ils n'ont pas les simplifications administratives. Là, ils prévoient de se mobiliser dès demain, c'est le syndicat coordination rurale qui est assez proche de vos idées, qui prévoit une mobilisation en région parisienne. Qu'est-ce que vous leur dites ?
Désolé, on n'aurait pas dû censurer ? Non, pas du tout. Je leur dis que ce que vous venez de nous dire là, c'est le narratif de Mme Gennevard. C'est la réalité. Non, ce n'est pas la réalité, Mme Gennevard. Et d'ailleurs, la plupart des ministres ont chauffé à blanc certains syndicats en leur disant attention, la motion de censure, ça veut dire que tout ce qu'on vous a promis, on ne pourra pas le faire. C'est faux. Et d'ailleurs, Mme Gennevard a elle-même reconnu, maintenant que la tempête est passée, que l'ensemble de ces mesures feront l'objet d'un texte qui sera voté et donc tout va rentrer de l'ordre. Ça a repoussé les mesures, vous le voyez bien.
Non, justement, elle a bien précisé qu'aucun des droits ne serait décalé dans le temps par rapport à ce qui était privé. En tout cas, c'est ce qu'elle nous a promis, c'est ce que nous avions dit aux agriculteurs. Vous voyez l'incertitude que ça crée quand même. Aucune incertitude puisque la ministre est d'accord et qu'il y a une majorité à l'Assemblée nationale. Et nous le savions depuis le début. En fait, ça a été une opération politique où malheureusement les agriculteurs ont été instrumentalisés. Une fois encore, on leur a menti. Mais ça n'est pas voté à ce jour, ça sera voté. La ministre s'y est engagée et nous, en tant que groupe à l'Assemblée nationale, nous nous engageons à le voter.
Ça sera donc voté. C'est ce que nous disons depuis le début. Ne rentrez pas dans ce narratif qui a été un narratif de la peur qui était si vous votez la censure, c'est la fin du monde. On a voté la censure et regardez, les retraites ont été augmentées de 2,2% grâce à cette censure. L'électricité, le prix a baissé de 14% grâce à cette censure tout simplement parce que c'était un mauvais budget. Ce qu'il y avait de bon dans le budget, on va le voter à nouveau. Rassurez-vous, je comprends votre inquiétude, je la partage parce que les agriculteurs sont dans une situation difficile mais ils auront l'entièreté, l'entièreté des avantages qu'ils avaient dans le budget précédent.
Oui, sauf qu'aujourd'hui, au 1er janvier et depuis le 1er janvier, ces mesures ne sont pas en place
parce qu'elles n'ont pas été votées. Elles le seront et donc il n'y aura pas de problème. Ne créons pas des peurs. Là où il ne faut pas en créer, il y a déjà beaucoup de sujets d'inquiétude qui sont légitimes. n'en créons pas de supplémentaires.
Sylvie est au standard.
Bonjour Sylvie.
Bonjour, bonjour madame, bonjour monsieur Jacobelli. Bonjour Sylvie. Vous avez une question ? Oui. Donc depuis, depuis tout à l'heure, je vous écoute attentivement et donc vous avez, vous avez adressé au gouvernement une injonction au boulot. Au boulot, messieurs, travaillons sur Mayotte, travaillons sur le budget, travaillons sur l'immigration.
Bon, en fait, moi, la question toute simple que je me pose, c'est comment faire pour que le gouvernement, comme vous l'appelez de vos voeux, travaille sereinement et puisse prendre, pardon, des décisions et puisse voter un budget quand on sait qu'il est pris en étau entre d'un côté LFI qui, comme vous l'avez très bien dit, Mélenchon parle déjà de déposer une motion de censure avant même qu'on sache le pourquoi du comment et qu'on a, d'un autre côté, monsieur Jacobelli qui vient de nous dire qu'il n'exclut pas de déposer une motion que son parti n'exclut pas de déposer une motion de censure s'il envoyait l'utilité et qu'il nous explique que finalement, la motion de censure qui a été déposée, tout va bien, madame la marquise, puisqu'on a eu des, finalement, il y a des choses qui vont mieux.
Voilà, donc moi, ma question, c'est comment faire pour qu'un gouvernement se mette au boulot dans la configuration actuelle qui est la nôtre à l'Assemblée et avec deux parties hégémoniques qui menacent à coups de motion de censure ou de pression sur monsieur Macron pour qu'il démissionne ?
Votre réponse, Laurent Jacobini ? C'est une bonne question.
C'est une très bonne question et en fait, la réponse, ce n'est pas moi qui laisse, c'est monsieur Bayrou. Si monsieur Bayrou travaille avec ses oppositions, notamment avec le Rassemblement National, pour savoir ce qui est acceptable et pas acceptable, je pense qu'il y a une voie pour que le budget soit accepté.
Mais c'est ce qu'a fait Michel Barnier, il a même cité Marine Le Pen dans son communiqué.
C'est très gentil de sa part, merci de l'avoir fait, mais il a franchi un certain nombre de lignes rouges. La désindexation des retraites de fait, c'était une ligne rouge par exemple. Or je crois qu'il y a un moyen pour arriver à des solutions où on se rapproche d'un équilibre budgétaire sans pour autant nuire aux Français et notamment les Français des classes moyennes ou les Français les plus fragiles. Ces voies, elles sont claires. Par exemple, il y a beaucoup d'économies à faire, notamment sur la fraude fiscale et sociale.
Il faut aller chercher les 75 milliards qui nous manquent sur les mauvaises dépenses de l'État avec les comités des hôtels qui coûtent des centaines de millions simplement pour caser les copains. Ça c'est les sujets classiques qui reviennent quand on cherche des économies. Sauf qu'on ne le fait pas. Allons chercher d'abord dans les mauvaises dépenses. Là, je pense qu'on peut tous être d'accord. Je pense que ce n'est pas une question de droite ou de gauche. Quand il y a de l'argent de gaspiller, il faut l'économiser. Et puis après, on peut voir les mesures. Mais je pense que si le gouvernement a vocation à discuter avec notamment le Rassemblement National, il y a un chemin.
S'il s'enferme dans ce faux arc républicain qu'il définit en fonction de ses besoins et qu'il veut réfléchir entre tous les partis qui ont perdu, c'est voué à l'échec. Vous parliez de la France insoumise. Aujourd'hui, la France insoumise c'est 75 députés. On peut avoir un budget sans la France insoumise. La France insoumise veut créer la taxe. Donc je pense qu'il y a un moment où il va falloir faire sans eux. Mais même sans eux, on peut faire passer aujourd'hui un budget de bon sens.
Vous nous dites si les retraites sont désindexées, là on va censurer.
Ah c'est un motif grave, oui bien sûr. Et les autres ? Les autres. Motifs graves ? Je vous dis une fois encore, si le harcèlement fiscal reprend, la fièvre fiscale reprend M. Bayrou comme elle avait pris M. Barnier.
C'est un peu vague comme terme.
Non, c'est pas vague. C'est simplement que nous pensons que quand on paye 50% en France à peu près de taxes et d'impôts, je pense que ça suffit maintenant. Voilà, ça suffit. Vous savez, nos entreprises par exemple sur les impôts de production, elles payent 3,3% de leurs recettes, c'est 0,7% en Allemagne. Comment voulez-vous qu'on soit compétitif ? Il faut donner de l'énergie à nos entreprises, les désasphyxier pour leur permettre demain de créer de l'emploi et du travail. Ça paraît quand même très clair, ça paraît évident.
Vous voyez bien l'équation, elle est compliquée parce que là, le gouvernement est en train de dire finalement qu'on va descendre le déficit à 5,5%, enfin 5,4% du PIB cette année et pas 5%, donc on va faire un peu moins d'économique prévue mais quand même, si on n'économise pas sur les particuliers puisque votre discours est celui du pouvoir d'achat des particuliers, si on ne trouve pas d'argent auprès notamment des entreprises puisque vous avez rejeté la hausse de la CSG sur les revenus du capital, vous avez refusé la réduction des exonérations des cotisations sociales, on va le trouver où ?
Je vous l'ai dit, 75 milliards.
La fraude fiscale et sociale, oui d'accord.
75 milliards, oui oui, non mais quand même, ça compte. 5 milliards de budget supplémentaire de contribution au budget de l'Union Européenne, on ne sait pas pourquoi, donc je vous donne 5 milliards à nouveau. 1 milliard de l'aide médicale d'État pour soigner gratuitement des clandestins en France, sans compter le coût du traitement de l'immigration qui se chiffre en dizaines de milliards.
Les comités théodules, comme je les appelle, ces groupes, ces comités qui ne servent à peu près à rien si ce n'est à recaser d'anciens députés qui n'ont pas été élus, tout ça au final, vous savez nous on a fait un contre-budget, ce contre-budget, il présentait des économies au final par rapport au budget que présentait M. Barnier, mais préservait le pouvoir d'achat des Français. Une fois encore, les Français n'ont pas à payer pour l'argent qui a été gaspillé par des gouvernements qui n'ont eu de cesse que de mal utiliser leur argent. Il faut rendre aux Français à la fois leur pouvoir avec la proportionnelle et leur argent.
Un dernier mot sur la Syrie, Laurent Jacobelli, le chef de la diplomatie française a rencontré hier le nouveau dirigeant syrien Ahmad al-Shared, chef du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham qui a renversé le dictateur Bachar al-Assad. Il dit avoir obtenu des assurances sur une large participation notamment des femmes à la transition politique, la coopération aussi avec le Liban voisin. Il y avait eu, il y a eu sept personnalités politiques du RN au moins ou proches du RN comme Thierry Mariani par exemple qui avait rencontré Bachar al-Assad. Votre message c'est quoi ? C'est la Syrie ? C'était mieux avant ?
Non alors d'abord pour retracer un peu l'historique et donner une vision juste des choses, il y a eu plusieurs dizaines de parlementaires et de personnalités politiques françaises, je crois 35, je ne voudrais pas dire de bêtises, c'est entre 30 et 40 je crois et parmi ces 30 et 40 il y en a eu 7 du Rassemblement National, la majorité était LR, M. Mariani était lui-même LR quand il y est allé, tous les partis politiques y sont allés parce qu'à une époque comme beaucoup de pays les parlementaires se déplacent dans des missions, ils vont dans un certain nombre de pays, voilà, donc ce n'était pas du tout un soutien, il faut je pense remettre les choses.
Une rencontre mais pas un soutien.
Vous n'auriez pas posé la même question à un LR alors qu'il y a eu beaucoup plus de LR qui y sont allés. Aujourd'hui il faut être pragmatique, il faut bien évidemment espérer une transition démocratique pour la Syrie avec, vous l'avez souligné, c'est important, le droit des femmes. Maintenant rappelons-nous quand même que le nouveau dirigeant est un ancien djihadiste islamiste de Daesh donc soyons prudents, ne soyons pas naïfs. Notre diplomatie, en tout cas nos ministres des affaires étrangères depuis un certain temps ont la maladie de la naïveté qui fait qu'en général ils se laissent embobiner.
Soyons vigilants mais les objectifs d'un État démocratique et plus respectueux des droits est évidemment un objectif que nous partageons.
Laurent Jacobéli, vice-président du groupe RN à l'Assemblée et porte-parole du parti. Merci d'être venu sur le matin.
Merci de votre invitation.
Laurent Jacobelli