Opioïdes : la contagion du Fentanyl
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France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent. Bonjour à tous. Nous voici à neuf jours de l'entrée en fonction d'une nouvelle administration à Washington. Les préparatifs vont bon train, les mesures de sécurité s'annoncent plus draconiennes que jamais. Quels qu'étaient les ultimes efforts de son prédécesseur vis-à-vis de l'Ukraine ou des otages de Gaza, Donald Trump agit depuis plusieurs semaines déjà comme le président en exercice, multipliant les effets d'annonce tous azimuts. Il parle d'annexer le Groenland, le canal de Panama et pourquoi pas le Canada et a tout le moins de nommer le Golfe du Mexique, Golfe de l'Amérique.
Il a aussi promis de s'en prendre dès l'investiture au cartel mexicain de la drogue en les déclarant organisation terroriste. L'armée américaine pourrait ainsi intervenir au-delà de la frontière. Le président élu y ajoute un autre enjeu, au cœur bien sûr de sa victoire électorale, bloquer l'afflux de migrants venus du sous-continent pour gagner au nord l'Eldorado. 90 000 morts par an. Bien au-delà de la cocaïne et de l'héroïne, la consommation de drogues de synthèse, en particulier de fentanyl, a décimé aux Etats-Unis toute une génération. On en voit les ravages dans les grandes villes américaines comme dans les campagnes profondes, comme le décrit d'ailleurs J.D.
Vance, le vice-président élu, dans son livre « Hillbilly Elegy ». 50 fois plus puissant et moins cher que les opiacés d'origine végétale, le fentanyl est aussi au cœur d'un commerce triangulaire aux implications géopolitiques évidentes. C'est en Chine, premier producteur mondial de produits pharmaceutiques, que sont fabriqués les précurseurs chimiques du fentanyl. C'est au Mexique que les cartels de la drogue les transforment, avant de les acheminer sur le marché nord-américain. Pourquoi la Chine tolère-t-elle la production et l'exportation de précurseurs chimiques ? L'intérêt du pouvoir rejoindrait-il celui des triades.
L'Europe est-elle aussi un énorme marché pour les drogues de toutes sortes, à commencer par la cocaïne, et de nouveaux produits de synthèse ne cessent d'apparaître. Mais jusqu'ici, le fentanyl reste marginal. Pourquoi ? A l'échelle mondiale, en tout cas, le volume des trafics, les masses d'argent à blanchir et la violence qu'ils engendrent ne cessent de croître. Comment les enrayer quand les narcos se font plus puissants que les États ? Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Amy Green. Vous êtes experte des États-Unis associée à l'Institut Montaigne. Je suis ravie d'accueillir à distance Alexis Gauzdel.
Vous êtes, monsieur, le directeur exécutif de l'Agence de l'Union Européenne sur les Drogues, qui est basée à Lisbonne. J'accueille aussi Michel Gandillon, expert associé au pôle sécurité-défense du CNAM, membre de l'Observatoire des criminalités internationales, et bien sûr Bertrand Monnet, professeur à l'EDEC, titulaire de la chaire Management des risques criminels. Amy Green, commençons par une bonne nouvelle. Paradoxalement, la consommation de fentanyl aux États-Unis semble en baisse cette année.
Oui, et le nombre de décès qui en découle. C'est-à-dire qu'il y a juste quelques années, on a enregistré plus de 200 décès par jour. Et là, on est baissé à à peu près 150. Donc, il y a véritablement une bonne nouvelle, la première fois depuis plusieurs années. C'est une épidémie qui est véritablement une crise de santé publique aux États-Unis, qui ravage, comme vous avez bien dit, des générations et puis qui va continuer justement d'impacter de nouvelles générations parce que les enfants sont de plus en plus exposés à cette épidémie, que ce soit par les parents addicts ou eux-mêmes consommateurs de ces drogues.
Et donc, de voir la tendance un petit peu en basse, ce n'est qu'une bonne nouvelle. Et quelles sont les raisons de ce fléchissement ? Il peut y avoir plusieurs raisons. Une première raison, c'est effectivement des politiques publiques qui sont durcies vis-à-vis des trafiquants. Ça, c'est une chose qui est indéniable. Mais il y a aussi le fait qu'il y a d'autres réponses de politiques publiques plus à l'échelle locale qui commencent à porter leur fluide, que ce soit la disponibilité des drogues qui contre les effets des overdoses, que ce soit des campagnes de prévention.
C'est vrai que la décision de la politique américaine à tirer des leçons après des années et des années d'épidémie qui ne cessent de croître, que finalement ce sont des différentes politiques publiques effectivement qui visent à toucher l'individu, l'addict et les communautés qui commencent à marcher.
Et il y a évidemment les pressions de l'administration Biden qui vit ces derniers jours et les menaces du président élu Donald Trump
sur le voisin mexicain. Oui, c'est un nouveau facteur. C'est-à-dire qu'en effet, la prise en compte politique de l'épidémie des opioïdes aux États-Unis ne date pas justement de ces nouvelles menaces. Et l'administration Biden oeuvre depuis quelques temps et plus intensément depuis 2023, notamment vis-à-vis de la Chine, pour renforcer la coopération afin d'attaquer justement la source d'approvisionnement. Mais en effet, ce nouveau coup dur de l'administration Trump qui vise à faire réagir assez rapidement, visiblement commence à montrer les effets positifs qu'on avait vus avec le Mexique tout récemment.
Bertrand Monnet, la présidente du Mexique, Mme Sheinbaum, qui a pris ses fonctions au début du mois d'octobre dernier, a annoncé une prise record, 20 millions de doses de fentanyl, si j'ai bien compris, 800 kg, parce que le propre du fentanyl, vous allez nous expliquer pourquoi, c'est qu'en fait, la substance active tient dans un volume tout petit, donc 800 kg dans un camion, dans l'état du Sinaloa, que vous connaissez particulièrement bien.
Oui, le Sinaloa, c'est le fief du cartel éponyme, le cartel de Sinaloa, sur lequel je travaille depuis des années, en immersion avec certains clans de ce cartel qui produisent du fentanyl, et effectivement, j'ai pu observer la fabrication de ce qu'on appelle le fentanyl de façon impropre, finalement, parce que le fentanyl, c'est un médicament parfaitement légal, qui est un antidouleur très puissant, opioïde, c'est un super tramadol, si vous voulez, mais qui, détourné de son usage pharmaceutique, évidemment, peut devenir une drogue très, très puissante, et c'est ce que font les cartels mexicains en fabriquant ce qu'eux nomment, non pas le fentanyl, mais la M30, parce qu'ils font bien la différence entre le produit initial, ce fentanyl, et la drogue qui est consommée dans les rues américaines, qui, en fait, comprend du fentanyl, mais aussi beaucoup d'autres substances chimiques de tous ordres, et notamment d'autres drogues comme la cocaïne et l'héroïne.
C'est ainsi qu'il est consommé dans les rues américaines sous forme de ce qu'on appelle le speedball, c'est-à-dire que c'est des cocktails dans lesquels, oui, il y a du fentanyl, mais il y a aussi d'autres choses. Alors, quand on parle de saisie, de cette saisie la semaine dernière qui est vraiment importante, c'est vrai, mais de quoi parle-t-on finalement par rapport au raz-de-marée qui continue à déferler sur les côtes américaines, sur la frontière américaine ? Évidemment que c'est un succès. Pour autant, je pense qu'il ne faut pas être pour l'heure trop optimiste parce qu'à la base de tout ce business, il y a une rentabilité incroyablement forte de cette drogue pour les trafiquants.
C'est-à-dire ?
Du Mexique jusqu'aux rues de New York, c'est 4000% la marge que dégage ce trafic. Donc, bien sûr qu'il faut porter des coups à ces trafiquants, ce que fait d'abord et avant tout l'État mexicain, ne l'oublions pas, ce qu'il va continuer à faire avec l'appui de la DEA qui est déjà très très présente, l'agence antidrogue américaine, etc. Mais ça ne suffira pas parce que, encore une fois, la motivation des gens et de ces clans des cartels à produire cette drogue, elle est extrême. Ces gens sont fascinés par l'argent. C'est une motivation fondamentale chez eux.
D'autant que, évidemment, le niveau de vie et en particulier dans cet État est très bas. Enfin, il y a une misère ambiante et il semblerait même que les cartels et précisément celui que vous connaissez si bien embauchent des étudiants en chimie dans les universités.
Oui, l'emprise sociale, j'allais dire sociétale quasiment, du cartel dans cette région, elle est très profonde. Et il n'y a pas que dans le Sinaloa, malheureusement. Et ça, ça tient à une place défaillante de l'État. Et dans la politique annoncée par Mme Schoenbaum lors de sa prise de fonction, je pense que c'est très intéressant de noter que, justement, elle a voulu et elle veut restaurer ou au moins essayer de le faire le plus vite possible la place de l'État et le poids économique de l'État dans ces régions pour faire en sorte que les cartels aient moins de facilité à recruter et que l'empreinte économique et financière des cartels dans ces régions diminue.
Mais donc, il s'agit là de mener non pas une action seulement répressive mais aussi une action de développement économique et surtout, parce que n'oublions pas que ce fentanyl, s'il est produit et s'il est exporté, c'est sous les yeux de l'administration judiciaire et des policiers. C'est frappant de constater à quel point la police locale dans toutes ces régions est totalement corrompue. Donc, il s'agit aussi de lutter contre la corruption des fonctionnaires, notamment des policiers, des magistrats et des services de renseignement. Donc, les drones, l'action de la DEA, l'action répressive, oui bien sûr, les saisis, oui bien sûr, mais c'est un pansement sur un cancer.
Il va falloir aller bien au-delà et il est à espérer que l'administration Trump et l'administration Schoenbaum coopéreront en ce sens. Étant donné les dernières déclarations de Trump en la matière, j'en doute.
Mais cela veut dire aussi, Bertrand Monnet, qu'il y a une transformation de la production au Mexique même, c'est-à-dire moins de champs de pavots qui sont très visibles par définition avec de la main-d'oeuvre et au contraire, le fentanyl, enfin, les précurseurs chimiques transformés, ça peut se faire dans des maisons en pleine zone urbaine avec très peu de monde.
Absolument. Le fentanyl, alors historiquement, l'héroïne est un business des cartels mexicains depuis des décennies. Et ce business de l'héroïne est en passe de non pas de disparaître mais est en forte réduction. Pourquoi ? Parce que ce fentanyl, c'est un opioïde de synthèse qui est 30 à 40 fois plus fort que l'héroïne. Donc évidemment, ils vont vers ce produit-là qui est beaucoup plus rentable. Et comme vous le dites, effectivement, la production de fentanyl ne mobilise pas des surfaces de culture extensives, etc. Ça se fait dans des maisons, dans des caves, dans des arrières-cours. Moi, ce que j'ai filmé, c'était dans des ateliers de couturières ou des ateliers de prothésistes dentaires.
Voilà. Donc c'est des dizaines et des dizaines de petits laboratoires comme ça dans toute la ville. Comment fabriquent-ils cela ? Ils importent des doses de ce médicament. Il y a deux solutions. Soit ils importent le fentanyl déjà fabriqué ou ils importent les composants chimiques qui permettent de fabriquer le fentanyl. Tout ça, ils importent de Chine. Quand je dis « ils », c'est très structuré au sein du cartel cette chaîne d'importation. C'est-à-dire que ce n'est pas chaque clan du cartel qui va importer auprès d'un fournisseur chinois. Ça ne se passe pas comme ça.
Au sein du cartel de Sinaloa, alors là, en ce moment, il y a une désorganisation du cartel parce qu'il y a une guerre interne, mais au sein du cartel, il y a un échelon qui est en charge des approvisionnements en drogue en Chine via des intermédiaires indiens et chinois. Et ces gens, à l'échelon central, c'est une coopérative, si vous voulez, et ils revendent à chaque clan du cartel les kilos de fentanyl à peu près à 40 000 dollars le kilo. Après, libre à chaque clan de transformer, de faire son fentanyl avec sa recette, entre guillemets, et de l'exporter.
De ce que j'ai pu filmer moi, les clans qui achètent ce fentanyl à 40 000 dollars le kilo, une fois qu'il est modifié, ils le vendent à New York à 400 000 dollars le kilo, et les trafiquants new-yorkais margent encore à 30 000 dollars de plus. Et après, c'est vendu encore. Donc, c'est toute une chaîne à la fois de fabrication et une chaîne économique et commerciale, comme malheureusement on peut en trouver dans l'économie légale, qui mobilise beaucoup de parties prenantes, effectivement.
Une chaîne qui commence, donc, Michel Gandillon, qui commence en Chine. La Chine, il faut toujours le rappeler, premier producteur mondial de produits pharmaceutiques et le fentanyl, on a bien compris, c'est au départ un médicament dont l'usage a été détourné et l'ironie, Michel Gandillon, c'est que la capitale de l'industrie pharmaceutique chinoise, c'est Wuhan, qui a été le foyer, on s'en souvient, de la pandémie du Covid-19.
Oui, absolument, et on a pu voir que Wuhan jouait un rôle stratégique dans l'approvisionnement en fentanyl et autres précurseurs chimiques qui sont nécessaires pour produire le fentanyl au Mexique, c'est que pendant la crise du Covid et le confinement qui a eu lieu, il y a eu une période de pénurie de précurseurs au Mexique et une interruption relative de la production de fentanyl au Mexique et d'arrivée des précurseurs. Donc, on voit bien le rôle stratégique de cette région effectivement dans l'approvisionnement en fentanyl et en autres précurseurs.
Comment les laboratoires pharmaceutiques à Wuhan et au-delà s'organisent-ils pour exporter ces précurseurs chimiques ou le fentanyl déjà fabriqué en quelque sorte ?
Oui, alors l'organisation, il y a eu un rapport très intéressant du Congrès américain qui est sorti l'année dernière sur la production de fentanyl et la manière dont une partie du fentanyl était détournée en direction du Mexique et des organisations criminelles mexicaines.
Il montrait que la régulation, en fait, puisque le fentanyl fait partie des produits officiellement surveillés par le gouvernement chinois, comment le laxisme ambiant et la tolérance vis-à-vis de ce trafic, y compris au plus haut niveau de l'État, faisait que des multiples entreprises chinoises via des sites de e-commerce, c'est-à-dire que chaque entreprise à son site de e-commerce pouvait approvisionner effectivement des acheteurs, pas seulement les cartels mexicains, mais des acheteurs à travers le monde et que, pire même, cette exportation des produits de type fentanyl et analogue du fentanyl ou précurseur était subventionnée via des réductions d'impôts par le gouvernement chinois.
Donc, il faut aussi dire que ce lien entre le Mexique et la Chine en termes de trafic de précurseurs chimiques dure depuis 25-30 ans. Il faut savoir que le Mexique n'est pas seulement un gros producteur de fentanyl, d'héroïne, mais produit aussi de la méthamphétamine qui est un stimulant qui nécessite pour être produit au Mexique des précurseurs et la Chine depuis des dizaines d'années était un grand fournisseur de produits précurseurs pour les cartels mexicains. Donc, c'est une vieille tradition.
Il y a des filières qui fonctionnent depuis très longtemps déjà et quand le fentanyl est apparu dans les années 2013-2014, il a été tout simple de réactiver ou d'activer des filières déjà existantes pour approvisionner le Mexique en précurseurs.
Et comment expliquer un régime tellement autoritaire et avec tellement d'outils de surveillance, comment expliquer cette forme de tolérance sinon de complicité de l'échelle
d'un jour ?
L'explication est simple, c'est que d'une part, il y a beaucoup de corruption à l'échelle régionale, beaucoup de gouverneurs de provinces en Chine sont corrompus, il y a une sorte d'intégration entre la classe dominante en Chine et les triades et le crime organisé et tous ces facteurs font que le gouvernement chinois ferme les yeux ou voire même, je vous l'ai dit, encourage le trafic et l'exportation de produits qui sont pourtant illicites en Chine puisque quand on dit que la Chine ne fait rien, elle fait quand même quelque chose puisqu'elle a pris un certain nombre de mesures depuis une dizaine d'années pour encadrer la production et réguler la production de fentanyl et de précurseurs en Chine.
En 2015, ils ont interdit les analogues du fentanyl, en 2017, ils ont interdit ou développé les contrôles sur les précurseurs chimiques et surtout en 2023, ils viennent de prendre des mesures très rigoureuses d'encadrement de la production de fentanyl par l'industrie pharmaceutique en réservant le monopole de la production de fentanyl à cinq entreprises et réserver si vous voulez la distribution en gros de ce fentanyl à trois entreprises.
C'est aussi pardon, je vous interromps mais c'est aussi évidemment pour réduire une consommation de drogue sur les marchés locaux et qui est d'ailleurs très basse en Chine même.
Alors, il faut savoir que les peines prévues pour les trafiquants de drogue en Chine sont extrêmement sévères puisque ça peut aller jusqu'à la peine de mort. Or, visiblement, la grande préoccupation en Chine, c'est l'émergence de consommation de cocaïne et consommation de kétamine aussi qui sont très importantes et de méthamphétamine. Mais je crois que la consommation d'opioïdes de synthèse en Chine n'est pas un problème.
Et il semble que tout ce trafic donc Chine vers le Mexique enfin, beaucoup est payant en crypto-monnaie. Le durcissement de l'administration qui va prendre ses fonctions le 21 janvier prochain par rapport à l'administration sortante vis-à-vis de la Chine, ce durcissement il est déjà annoncé. même s'il y a eu une parfaite continuité sur ce plan-là entre le premier mandat de Trump et le mandat Biden.
Il y a une vraie envie de Donald Trump de se distinguer, de démarquer son action de celle de son prédécesseur qu'il a qualifié de faible. C'était d'ailleurs l'argument central à sa stratégie de campagne qui s'est avérée payante. Donc effectivement Donald Trump il va dans un discours encore plus dur alors que Joe Biden n'était pas un agneau un brebis vis-à-vis des Chinois et notamment sur le sujet de Fontanil. Il ne faut pas sous-estimer à quel point au sein du Parti républicain il y a le sentiment que le Fontanil est une tentative volontaire de la part des Chinois pour déstabiliser la société américaine depuis l'intérieur.
Et donc à partir de là ça va donner la couleur à l'approche et au ton du discours. Évidemment l'administration Biden n'est pas d'accord. L'administration Biden considère que la Chine a fait quand même des progrès, a tenu ses engagements dans les négociations qui ont redémarré en 2023 et donc voit qu'il y a quand même des choses remarquables qui ont été faites même si peut-être trop lent même si pas complètement abouti.
Alors que là l'administration de Trump ou en tout cas le président élu Trump considère que ça ne va pas assez vite et que finalement non seulement la Chine met en place et organise cette déstabilisation mais que le régime n'a pas suffisamment de pouvoir de régulation régule un peu des précurseurs chimiques mais pas beaucoup ou pas suffisamment pour s'attaquer à la racine du problème. Il considère que le parti communiste est dépassé par l'ampleur du problème et en effet la question du fontanil c'est un autre moyen de durcir le discours commercial parce que l'approche de Donald Trump en effet c'est les frais de douane.
On l'avait vu récemment avec l'annonce qui visait le Mexique le Canada et la Chine et aujourd'hui Donald Trump il considère que les fuis n'ont pas suffisamment été portés par l'administration Biden et donc à partir de là il faut aller vers les banques il faut aller à la source il faut aller au portefeuille des cartels aux banques et aux institutions financières qui participent au blanchissement de l'argent des cartels et autres donc effectivement il y a une réponse qui se voudrait économique à ce problème de société. Mais il faut dire aussi
qu'il n'y a pas que le fentanyl dont la Chine se sert à travers le Mexique parce que pour contourner les sanctions et les droits de douane qui existent déjà que ce soit sur des composants sur des parties indispensables à l'industrie automobile par exemple ça part de Chine ça passe au Mexique c'est assemblé dans des usines au Mexique et le Canada est aussi un pays visé par Donald Trump dans cette idée de construire véritablement des murs douaniers.
Passons à la situation en Europe grâce à vous monsieur Gossdé merci mille fois d'être avec nous je rappelle que vous êtes le directeur exécutif de l'agence de l'Union Européenne sur les drogues une agence dont le rôle n'est pas assez souligné me semble-t-il une agence qui est basée à Lisbonne on sait monsieur Gossdé qu'en Europe chez nous dans tous nos pays le trafic et la consommation principale c'est la cocaïne
oui Christine en fait la substance principalement consommée c'est le cannabis et vient ensuite la cocaïne dont nous assistons à une très haute très grande augmentation de la consommation suite à une énorme augmentation de la disponibilité donc sur le marché européen le moteur des changements pour l'instant en tout cas c'est clairement l'offre qui crée la demande et en ce qui concerne les opiacés de synthèse ce n'est pas encore entrer dans une dimension qui est comparable à ce qui se passe aux Etats-Unis ça ne veut pas dire que nous sommes à l'abri de tous les dangers
et on voit sur le marché européen de plus en plus d'opiacés d'origine chimique puisqu'encore une fois depuis la nuit des temps il y a des opiacés d'origine végétale ces vieux j'allais dire comme Hérod mais même avant Hérod et donc ce qu'on voit apparaître en Europe c'est aussi du chimique
on voit apparaître beaucoup de chimiques mais pas encore de façon prédominante et la place que prennent les opiacés de synthèse est relativement importante sur les 27 années que nous opérons le système d'alerte européen sur les nouvelles drogues nous avons détecté 88 opiacés de synthèse sur 27 ans parmi ceux-ci il y avait 38 dérivés du fentanyl parce que au point de départ comme vous l'avez bien dit le fentanyl c'est un médicament mais comme il a été copié la molécule a été modifiée maintenant nous nous avons découvert 38 formes différentes de fentanyl mais ce que nous voyons les dernières années et comme Michel a évoqué les mesures prises par le gouvernement chinois ce que nous avons vu par exemple c'est que suite à la pression de l'administration Trump précédente et de l'Union européenne la Chine a pris des mesures notamment un contrôle générique du fentanyl en mai 2019 et suite à ces différentes mesures alors que nous avions un pic dans l'apparition de nouvelles molécules de fentanyl en 2016 et jusqu'en 2018 depuis 2019 nous avons eu une diminution très forte de l'apparition de fentanyl par exemple l'an dernier nous avons eu 7 opiacés de synthèse qui ont été détectés des nouveaux opiacés de synthèse et sur les 7 il y avait 1 qui appartenait à la famille de fentanyl et les 6 autres appartenaient à une nouvelle sous-famille d'opiacés de synthèse qui s'appelle les nitazènes
et donc ça veut dire qu'il y a un système d'alerte au niveau européen alors les politiques de santé publique sont de la compétence des états membres évidemment mais au niveau communautaire il y a donc un système d'alerte et une agence européenne d'autorisation de mise sur le marché des médicaments qui est-elle basée à Amsterdam je crois et donc cela veut dire qu'il y a comment dire un encadrement on ne peut pas comme aux Etats-Unis se procurer en vente libre toutes sortes de médicaments et toutes sortes de substances
alors il y a deux éléments de réponse parce que le dernier point que vous évoquez il a trait à l'origine de l'épidémie à ce qu'il a causé ou ce qu'il a en tout cas amplifié et accéléré aux Etats-Unis qui est une politique de mise sur le marché de médicaments d'antidouleurs qui contenait des opiacés et qui avait clairement qui comportait un risque de créer une dépendance vu que la réglementation concernant les médicaments la publicité des médicaments et la prescription aux Etats-Unis est moins contrôlée qu'en Europe il y a eu une surprescription de ces médicaments et ça a été un tel scandale qu'aujourd'hui il y a même une série sur Netflix
oui il y en a même deux sur les laboratoires Purdue au départ oui
et donc ça a créé une population de gens comme vous et moi qui avaient des douleurs pour lesquelles à qui on a prescrit des médicaments qui n'étaient pas indiqués qui les ont rendus dépendants et puis quand les autorités s'en sont rendues compte elles ont interdit complètement l'usage de ces substances et donc les gens ils ont été poussés vers le marché illicite donc ça c'est quelque chose qu'on n'observait pas dans l'Union Européenne la deuxième chose c'est que oui nous avons un système alerte depuis 1997 qui fonctionne 24 heures sur 24 7 jours par semaine qui a la particularité de couvrir tous les domaines donc pas uniquement la police ou pas uniquement les centres les salles d'urgence des hôpitaux pas uniquement la douane la douane ça intègre tous ces acteurs et à tout moment s'il y a une intoxication aiguë un décès d'overdose ou une saisie par exemple d'une substance qui jusque là n'avait pas été trouvée en Europe nous la détectons le deuxième élément c'est que quand il y a des raisons suffisantes nous faisons une analyse des risques de ces substances et sur cette base l'Union Européenne les Etats membres décident de mettre cette substance sous contrôle de l'interdire et ce qui est intéressant c'est de savoir que quand tout le dispositif fonctionne et aboutit à l'interdiction ça prend uniquement six mois au maximum et une fois que la décision est prise elle est obligatoire pour tous les Etats membres charge pour eux en déant les six mois de traduire la mesure d'interdiction dans leur système légal spécifique et c'est grâce à ce système que nous pouvons observer l'évolution depuis 27 ans et ce qui veut dire aussi chez nous peu ou relativement peu de fentanyl pour l'instant dans le groupe des OPC de synthèse mais une autre sous-catégorie qui devient problématique et puis l'autre l'autre élément qui fait une grande différence aussi entre la situation aux Etats-Unis et celle que nous rencontrons en Europe c'est au niveau des mesures et des réponses et là où les Etats-Unis sont encore très forts en retard c'est que les mesures de santé publique sont encore très éloignées et très différentes de ce qui se fait en Europe en Europe il y a de nombreuses mesures de traitement les traitements de substitution mais aussi les salles de consommation supervisées des programmes de distribution de seringues et d'autres qui font qu'il y a une offre de soins et de prise en charge qui permettent de limiter la casse qui est d'ailleurs le nom d'une association d'autosupport française donc ça c'est un élément qui aujourd'hui manque encore et malheureusement alors que l'administration Biden avait pris des mesures et a présenté à la commission des stupéfiants à Vienne un projet de résolution qui pour la première fois venant des Etats-Unis appelait à développer et mettre en oeuvre des mesures de réduction des risques il est à craindre qu'avec la prochaine administration le discours ne soit pas du tout celui-là et que du coup les tentatives d'améliorer l'offre pour sauver les vies des gens qui consomment que ces mesures malheureusement ne seront pas mises en oeuvre
Bertrand Monet on comprend donc qu'en Europe pour le moment en tout cas d'une part on est mieux protégé on est mieux avertis et donc le fentanyl n'est pas une menace néanmoins il y a le marché classique mais il y a d'autres comment dire d'autres univers
oui tout à fait alors effectivement pour l'heure le fentanyl est peu présent en Europe même si j'y viendrai juste après ça arrive et attention parce que les capteurs qu'on a sur la présence de fentanyl sont essentiellement effectivement les services sanitaires en gros qui voient les consommateurs certes mais c'est aussi beaucoup les saisies c'est à dire que là on parle de saisies sur des ventes physiques sur des circuits de ventes j'allais dire traditionnelles de narcotrafiquants mais il y a un marché de vente de drogue évidemment sur le dark web c'est à dire cette partie d'internet totalement illicite mais qui est quand même malheureusement très accessible à tout le monde il suffit d'utiliser un navigateur qui s'appelle Thor et qui permet de naviguer sur des sites qu'on appelle des marketplaces des sites de vente de tout produit illicite ça va du compte paypal de la carte de crédit volé etc jusqu'aux drogues et aux médicaments qui normalement sont prescrits sous ordonnance mais j'insiste beaucoup on trouve beaucoup de drogues qu'on ne trouve pas dans la rue vous trouvez sur ces marchés sur le dark web de la cocaïne pure à 99% que vous ne trouverez jamais dans la rue ici vous trouvez des champignons hallucinogènes qu'on ne trouve pas non plus au coin de la rue auprès du dealer du coin et bien sûr on trouve beaucoup de drogues de synthèse notamment des méthamphétamines notamment le cristal et puis du fentanyl j'ai pu travailler sur 4 des principaux marchés de vente de drogues en ligne sur le dark web tous tous proposent du fentanyl la principale consommation aujourd'hui qui vient de ces marketplaces du dark web elle est aujourd'hui en grande bretagne mais on voit qu'il y a aussi des flux d'achats vers des pays d'Europe depuis pardon des pays d'Europe du nord donc attention il y a ce marché j'allais dire parallèle qui se développe et qui est généralement dont le développement est quand même très souvent lié aussi à l'utilisation croissante des crypto-monnaies pourquoi ?
parce que sur le dark web on ne paye qu'en crypto-monnaies non pas seulement en bitcoin il y a des centaines de crypto-monnaies et voilà comme l'usage des crypto-monnaies malheureusement se généralise et qu'on peut les utiliser essentiellement pour payer j'entends sur le dark web ben voilà ça génère finalement un deuxième marché qu'il faut suivre n'ayant pas malheureusement une guerre de retard ensuite attention ça arrive en Europe un journaliste polonais est en train de conduire une enquête de fond sur ce sujet là parce que lui suit des flux qui viennent du Mexique vers la Pologne et qui une fois qu'ils sont entrés en Pologne visiblement se dirigerait
par la mer
tout à fait et qui visiblement depuis la Pologne se dirigerait vers l'Union Européenne et les narcotrafiquants mexicains avec qui je m'entretiens me disent qu'ils cherchent à tout prix à diversifier leur marché pourquoi ? parce qu'ils voient bien que le marché américain à terme va devenir problématique parce qu'en face l'administration américaine oui va vraiment lutter et surtout et ça c'est leur vendeur à New York qui me le disait c'est une drogue qui tue trop et donc ils savent bien qu'à terme cette drogue elle est beaucoup trop dangereuse c'est la plus dangereuse qui n'est jamais vendue
donc c'est mauvais pour leur business
et ils disent qu'à la fin ils n'auront plus de clients et donc eux-mêmes savent les vendeurs que c'est tellement dangereux que le marché va s'éteindre petit à petit aux Etats-Unis mais les narco-mexicains eux c'est le cadet de leurs soucis tuer des gens avec une drogue ça n'en pose aucun problème donc ils cherchent déjà d'autres marchés le principal marché de rebond des narco-mexicains en tout cas du cartel de Sinaloa ce sera sans doute le Brésil et c'est ce qui peut épargner un peu l'Europe pourquoi ?
parce que c'est une drogue qui malheureusement va sans doute prendre très vite au Brésil qui est un grand grand consommateur de drogue y compris de drogue très dure c'est le premier consommateur au monde de crack c'est-à-dire cette cocaïne base peu raffinée qu'on fume donc il y a cette consommation déjà de drogue très dure au Brésil c'est un marché qui est immense et visiblement c'est un marché qui pourrait absorber beaucoup de fentanyl mais la deuxième priorité des narco-mexicains ça reste l'Europe et la façon dont ils travaillent aujourd'hui ils essaient de proposer à leurs revendeurs traditionnels ici que ce soit des intermédiaires ou directement des organisations distributrices de drogue comme l'Andrangheta la Camora etc les machias italiennes ils essaient de proposer gratuitement des quantités de fentanyl associées aux quantités de cocaïne qu'ils leur vendent pour faire en sorte qu'ils testent le marché et ce qui sauve pour l'instant la population européenne de ce fléau c'est deux choses la première c'est la conscience des forces de police et des forces des structures judiciaires qui est due à l'antécédent américain les douaniers surveillent la présence de fentanyl comme le lait sur le feu c'est une évidence et la deuxième la seconde pardon c'est que comme aux Etats-Unis les trafiquants européens finalement pour l'heure dans les entretiens que je conduis ici ils ne veulent pas distribuer de fentanyl pour le moment parce qu'ils se disent que comme ça va être un problème qui est très surveillé par la police ça va attirer sur leur business de cocaïne de cannabis etc une répression policière féroce et donc finalement pourquoi se lancer dans le fentanyl alors qu'on vit déjà très très bien avec la coke et le shit pardonnez-moi l'expression donc c'est ça pour l'instant qui nous sauve mais attention n'oubliez pas j'y reviens 4000% de rentabilité jusqu'à quand ce raisonnement sera-t-il suffisamment fort pour résister à 4000% de profit
Michel Gandillon il y a une autre menace un autre facteur accélérateur semble-t-il et qui est là aussi paradoxal c'est que les talibans en Afghanistan mènent une guerre contre la production d'héroïne en Afghanistan et donc s'il y a pénurie d'héroïne sur les marchés européens ça pourrait accélérer la consommation de fentanyl
oui absolument c'est une hypothèse qui circulait il y a deux ans environ quand une fatwa a été adoptée pour empêcher les paysans de planter le pavot à opium et l'interdit a été respecté puisque la production d'opium est passée de 600 000 tonnes 6 000 tonnes plutôt en 2022 à près de 300 tonnes en 2023 donc une réduction absolument drastique qui fait craindre effectivement pour les années à venir une pénurie d'héroïne qui inciterait les usagers de drogue à se retourner vers des substances comme les opioïdes de synthèse dont le fentanyl l'incertitude pèse on ne sait pas ce que sera le marché de l'héroïne en Europe l'année prochaine et les années suivantes donc il y a effectivement un gros sujet d'inquiétude tempéré quand même par un certain nombre de recherches je pense à un chercheur américain qui a montré qu'en réalité il n'y avait pas de problème aujourd'hui en Afghanistan de production d'héroïne puisque les stocks accumulés les années précédentes étaient tellement importants qu'ils permettent de continuer à produire de l'héroïne donc il n'y a pas de risque à très court terme de pénurie d'héroïne le deuxième facteur je voulais réagir à cette question de l'épée de Damoclès que faisaient peser les cartels mexicains sur une éventuelle réorientation du fentanyl vers l'Europe en parlant du précédent de la méthamphétamine la méthamphétamine c'est un stimulant beaucoup plus puissant que la cocaïne il n'était quasiment pas produit du moins en Europe occidentale et depuis 3-4 ans on a vu émerger des laboratoires de méthamphétamine aux Pays-Bas et en Belgique avec la collaboration de certains membres des cartels mexicains donc il y a un précédent qui montre que si les cartels en liaison avec certaines fractions du crime organisé européen voulaient délocaliser une partie de la production du fentanyl non médical en Europe les réseaux existent déjà donc là aussi c'est un deuxième facteur de menace
et on sait Alexis Gosdell qu'en France en Bretagne notamment en juin dernier il y a eu quelques cas d'ordonnances médicales falsifiées puisqu'il faut le rappeler le fentanyl est à l'origine un médicament parfaitement légal et c'est un gang géorgien semble-t-il qui a été arrêté enfin dont les activités ont été stoppées mais je voudrais savoir comment vous réagissez monsieur Gosdell aux informations de Bertrand Monet concernant le dark web est-ce que votre agence en particulier l'agence européenne peut agir à ce niveau-là ou même pénétrer le dark web pour comprendre ce qui s'y prépare
alors d'abord je suis en grande partie d'accord avec l'analyse de Bertrand mais ce que j'ajouterais c'est que notre agence a un dispositif d'analyse et de monitoring du dark web nous avons publié ensemble avec Europol un premier rapport il y a près de 10 ans nous continuons un monitoring régulier ce que nous avons communiqué je pense l'an dernier c'est que même si le dark web reste très actif il est moins actif qu'il y a 5 ou 10 ans sur le trafic de drogue mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a plus de trafic et qu'il n'y a pas d'activité sur l'internet pour la vente et pour faire le marketing des drogues au contraire il y a une augmentation il y a un marketing très développé pour tout type de drogue et tout type de substances simplement une partie et simplement à travers l'internet ou des messageries cryptées et n'a pas forcément besoin du darknet pour se faire je pense aussi que il y a enfin notre analyse c'est qu'il y a aussi des tentatives des cartels mexicains de s'implanter sur d'autres territoires et d'autres continents nous avons nous avons des traces comme Michel l'a évoqué par rapport à la méthamphétamine parce qu'il y a 2-3 ans nous avons détecté pour la première fois en Europe des laboratoires de production illicite de méthamphétamine qui soient utilisés des cuisiniers des chimistes des cuisiniers c'est le surnom qu'on leur donne des chimistes mexicains ou qui utilisaient les méthodes de production qui sont utilisées au Mexique donc certainement et nous avons mentionné dans le dernier rapport que nous observons une augmentation de la production illicite de méthamphétamine une augmentation de la production d'amphétamine la seule chose c'est que pour l'instant cette production semble largement exportée nous n'avons pas pour l'instant une modification des conduites de consommation ce qui ne veut pas dire qu'elles ne vont pas changer donc pour moi quand je vous dis aujourd'hui nous n'avons pas la même situation en ce qui concerne les fentanyl aux Etats-Unis je ne dis pas que nous sommes à l'abri bien entendu je pense que nous faisons face à un risque du tout chimique ou de davantage de consommation de produits qui sont des produits de synthèse par rapport à ce qui est le cas aujourd'hui je pense que un des facteurs pour ajouter aux hypothèses de Bertrand ou de Michel c'est le fait qu'il y a tellement de cocaïne qui inonde le marché européen pour l'instant avec un haut niveau de pureté et des prix stables ou même en termes réels ce sont des prix qui sont en baisse par rapport à il y a 10 ou 15 ans qu'il y a un produit d'appel qui est la cocaïne et que d'autre part les opiacines n'étant pas des stimulants ce que nous avons vu c'est que lors du premier gouvernement contrôlé par les talibans ils ont aussi décrété un banc sur la production d'opium nous avons en conséquence observé dans certains pays en Europe une pénurie d'héroïne mais ce qui est intéressant et qui n'était pas prévu du tout c'est que dans un pays comme la Hongrie par exemple les injecteurs d'héroïne qui en quelque sorte s'anesthésient aux opiacés sont passés à une consommation par injection de stimulants de synthèse un groupe qui s'appelle les catinones de synthèse et quand l'héroïne est revenue sur le marché ils sont restés avec leurs stimulants donc comme Michel suggérait il est difficile d'avoir une prévision sur vers quel produit ou groupe de produits les consommateurs pourraient évoluer ou changer mais certainement si le contrôle de la production d'opium se traduit effectivement d'ici un an ou deux par une augmentation par une pénurie pardon d'héroïne sur le marché je pense les consommateurs vont certains vont peut-être choisir de demander à entrer en traitement et puis les autres vont probablement se reporter sur d'autres substances de synthèse certaines seront des opiacides de synthèse certaines seront peut-être des stimulants mais en tout cas il y a un risque potentiel très élevé et c'est pour ça que nous avons lancé un appel que j'ai présenté au Parlement européen en septembre de cette année pour insister sur maintenir développer l'offre y compris de traitement ou de prévention et puis vous avez je crois que c'est Amy qui a mentionné un médicament qui permet d'essayer de sauver les gens qui font une overdose aux opiacés qui s'appelle l'analoxone nous avions le conseil d'administration de notre agence qui s'est réuni et nous avons discuté de la nécessité d'encourager tous les états membres de l'Union européenne qui n'ont pas encore une législation adaptée à se saisir de la question avant de faire face à une épidémie parce qu'il y a encore des pays qui n'ont pas prévu un dispositif qui permette d'administrer de toute urgence l'analoxone aux consommateurs de drogue qui font une overdose et enfin le dernier point c'est que un des problèmes avec le fentanyl ou les fentanyls en Europe et partout c'est qu'ils sont mélangés à tout plein de substances la première alerte à Amsterdam par exemple à 10 ans il y a 10 ans c'était la cocaïne qui tue et en fait les analyses ont montré qu'en fait la cocaïne était mélangée avec du fentanyl donc le fentanyl il est parfois tellement facile et plus bon marché qu'il est utilisé comme produit de coupe pour d'autres produits
et Miguel on comprend bien qu'aux Etats-Unis à la différence de nos pays européens et on peut quand même s'en féliciter sur notre continent le système de santé public américain je parle même pas du système d'assurance qui est extrêmement inégalitaire aux Etats-Unis mais le système de santé évidemment offre toutes sortes de failles et cela explique le désarroi de familles entières depuis la fin des années 90 face au fentanyl je crois que les familles de victimes réclament maintenant 50 milliards de dollars de dommages et intérêts et McKinsey le cabinet de consultants a accepté le mois dernier de payer une amende de 650 millions de dollars après avoir été condamné pour ces encouragements à l'une des sociétés de production de médicaments comment est-ce que la prochaine administration qui veut réduire le rôle de l'Etat et on sait ce qui franchement n'inspire pas une grande confiance que c'est Robert Kennedy Junior qui devrait en principe être le patron de la santé publique aux Etats-Unis est-ce que vous pensez que le système de santé peut mieux s'armer aux Etats-Unis contre le fentanyl et les ravages
des autres drogues effectivement les problèmes avec le système de santé américaine comme a été rappelé en début d'émission sont vraiment à l'origine de cette épidémie pourquoi ? parce que finalement ça coûte beaucoup moins cher à des familles avec peu de moyens de s'offrir entre guillemets du fentanyl pour gérer la douleur plutôt que le kiné et d'autres types de thérapies alternatives donc ça crée la dépendance à l'origine avec la question des grandes familles dans l'industrie pharmaceutique qui ont largement subventionné la propagation de ces prescriptions effectivement où est-ce qu'on va aujourd'hui ?
C'est vrai que là il a été rappelé que les politiques publiques américaines ont pris du temps à se mettre en place pour véritablement faire une différence néanmoins il y a des choses qui se font comme j'ai rappelé tout à l'heure il y a effectivement la proposition de la drogue qui contrôle les effets d'overdose et puis en effet il y a des problèmes d'échange de seringues etc et puis il y a aussi le fait qu'après des générations maintenant de personnes disparues et des familles détruites à cause de cela même des communautés des personnes qui se rendent compte que c'est trop dangereux que c'est plus du tout possible et qu'il faut absolument éviter le fentanyl mais en effet c'est à ce moment-là où il faut justement aucun désengagement de l'État parce qu'on voit que les politiques publiques fonctionnent à partir du moment où il y a des initiatives plutôt locales qui fonctionnent la prochaine étape c'est de faire du scaling de les appliquer à une échelle plus grande et là cela relève de la compétence des États fédéraux et donc de l'État fédéral donc de voir éventuellement un Elon Musk qui va venir réduire les dépenses des National Institutes of Health donc les agences de santé publique aux États-Unis et de demander à ce que l'État réduise son empreinte ce sera effectivement catastrophique pour ce sujet parce que le fait de livrer les Américains à eux-mêmes dans un système de privatisation de la santé a amené à ce problème-là mais c'est grâce aux politiques publiques qu'on commence à avoir un peu de bonnes nouvelles vers la sortie et donc ce sera en effet dommage que l'État se désengage maintenant Mais ce qu'on oublie aussi toujours en France
surtout c'est que les États-Unis c'est un système fédéral et donc chaque État a ses lois en fait concernant tous ces problèmes
de santé publique Exactement chaque État fédéral peut prendre en compte le problème de la manière dont il entend donc selon l'État Chaque État fédéré Chaque État fédéré excusez-moi et donc effectivement il y a des États comme la Virginie occidentale qui est frappée en plein fouet par cette épidémie avec un gouverneur républicain qui va potentiellement légiférer différemment que la Californie est un État très libéral avec le San Francisco qui est très impacté par ce même fléau et donc effectivement San Francisco c'est un désastre Ah oui c'est un désastre il y a des kilomètres de toxicomanes qui se dopent en pleine rue avec des populations extrêmement vulnérables c'est-à-dire qu'on va retrouver une prépondérance de vétérans des personnes qui se donnent Donc les vétérans
ce sont donc les militaires à la retraite après l'Irak
l'Afghanistan etc. qui ont vécu des choses très difficiles et qui ont qui ont encaissé une douleur physique corporelle très puissante et qui aujourd'hui avec une crise de logement qui vient de s'ajouter au total et donc qui se trouve sans domicile sans véritablement de pension et puis et puis avec cette douleur qui se gère par le désespoir finalement
Bertrand Monnet pour être plus près de cet immense marché nord-américain il y a les Etats-Unis il y a aussi le Canada qu'il ne faut pas qu'il ne faut pas oublier il semblerait qu'il y ait il y ait maintenant d'autres acteurs de ces marchés que les cartels mexicains et en particulier à partir de Puerto Rico
Oui oui tout à fait parce que il y a deux facteurs à cela à la diversification de la production le premier on l'a évoqué c'est une pression quand même de plus en plus forte contre les cartels et essentiellement le cartel de Sinaloa qui parmi les cartels mexicains est le plus gros producteur et depuis cet été il y a un autre facteur qui entre en jeu c'est la guerre interne au sein du cartel de Sinaloa qui désorganise complètement la production les narcos sont actuellement beaucoup plus occupés à s'entretuer qu'à produire donc dans la ville de Culiacán la capitale du Sinaloa aujourd'hui il n'y a plus de production de fentanyl il y en a toujours dans l'état de Sinaloa dans d'autres endroits mais elle est bien moindre donc et il y a toujours cette demande même si elle baisse mais il y a toujours cette demande quand même
et il s'entretue pourquoi ? pour des raisons d'accès au marché ?
alors il s'entretue parce que en fait la structure du cartel était finalement assez fragile et le chef qui a remplacé El Chapo Guzman qui a été arrêté en 2016 et extradé en 2017 son successeur El Mayo Ismaël Zambada a été arrêté dans des conditions un peu rocambolesques je passe a été arrêté cet été extradé aux Etats-Unis et une forme de vacances de pouvoir il y a deux obédiences si vous voulez au sein du cartel qui aujourd'hui luttent pour prendre le leadership donc ils sont très occupés il y a des dizaines et des dizaines d'assassinats chaque semaine dans Culiacán la ville est à feu et à sang donc voilà cette zone de production aujourd'hui ses capacités baissent la demande elle est toujours là donc évidemment ça a créé un appel d'air et il y a deux types de productions qui préexistaient mais qui prennent plus d'ampleur la première c'est que ceux qui vendent le fentanyl généralement en tout cas au nord-est des Etats-Unis ce ne sont pas les Mexicains eux c'est les grossistes ils sont en arrière ils sont sur le territoire américain mais ce n'est pas eux qui font le retail ce sont généralement des gangs des groupes portoricains et eux ont vu ils voient bien la puissance financière de cette drogue qu'ils vendent et ils se sont dit bah tiens finalement pourquoi pas la produire nous-mêmes alors non pas sur le territoire américain mais à Porto Rico et ça je le tiens d'entretien que je conduis avec ces gangs là et donc aujourd'hui ils vendent à la fois du fentanyl qui vient du Mexique et du fentanyl qui vient de Porto Rico et puis mais ça je ne l'ai pas observé et je pense que ça n'est pas vrai aux Etats-Unis mais c'est vrai au Canada notamment dans la région de Vancouver il y a également une production qui est opérée par des trafiquants chinois ou d'origine chinoise je ne sais pas et qui donc là réalise une forme de production endogène si vous voulez qui est totalement alternative à celle du Mexique parce qu'on peut produire du fentanyl n'importe où pour peu qu'on ait accès au produit initial et j'allais dire à la ou aux recettes parce qu'il y a plein de types encore une fois de fentanyl enfin on dit fentanyl il y a plein de types de drogues issues du fentanyl voilà
mais donc les gangs portoricains ils sont évidemment installés aux Etats-Unis avec semble-t-il un déplacement en termes de quantité de fentanyl consommé un déplacement de l'est vers l'ouest des Etats-Unis
oui oui et puis on parle de portoricains mais c'est des citoyens américains pour l'essentiel c'est la deuxième ou troisième génération mais qui est toujours très liée évidemment à leur pays d'origine dans lequel ils peuvent malheureusement produire plus facilement là aussi du fait de liens avec la corruption mais si je peux ajouter quelque chose je pense que dans tout ce qui a été dit notamment sur les politiques publiques américaines tout cela évidemment va dans le bon sens mais ça ne peut toutes ces politiques ne seront efficaces que si on va encore plus loin et si on ne lutte pas seulement on parle de production mais si on ne lutte pas en plus contre la possibilité pour ces narcos de jouir de l'argent de leurs crimes ces gens font ça pour l'argent aujourd'hui le fentanyl est essentiellement payé en cash un peu en crypto ça veut dire qu'il faut qu'il transforme l'argent de la drogue en argent propre c'est le blanchiment d'argent et les mesures annoncées par l'administration américaine à mon avis elles sont bien insuffisantes parce qu'il ne faut pas seulement s'en prendre aux banques il faut s'en prendre aux centres financiers les plus opaques de la finance mondiale que sont les paradis bancaires et ça dans les discours des politiques publiques notamment américaines on l'a entendu aussi en France pour la lutte contre le trafic de drogue on est loin du fentanyl mais on ne parle pas de la lutte contre les paradis bancaires on en parle parfois
au niveau européen et on sait que c'est l'une des grandes difficultés c'est d'harmoniser les politiques fiscales parce que évidemment il y a le Luxembourg et sur le continent enfin ce n'est pas que Dubaï le blanchiment d'argent c'est ça que je veux dire absolument pas
j'ai accompagné des narcos du cartel à Dubaï pour voir comment ils blanchissaient mais ils blanchissent bien ailleurs au Panama dans plein de pays qui sont totalement qui leur garantissent un secret bancaire et qui fait qu'ils auront toujours cette motivation à produire cette drogue qui tue parce qu'ils auront toujours un intérêt financier à la produire parce qu'ils peuvent in fine profiter de l'argent de leur crime grâce au paradis bancaire il y a d'autres outils financiers qu'ils utilisent notamment le Trust qui est une forme d'entreprise qui garantit une opacité quasi absolue à son détenteur et ça les états pour l'instant ne font rien donc en plus de lutter contre la production il y a d'autres actions à mener qui pour l'instant n'apparaissent pas à l'agenda des états
et bien voilà merci à vous quatre Amy Green je rappelle que vous avez publié en septembre dernier chez Talendier L'Amérique face à ses fractures un ouvrage que je recommande parce que c'est une excellente synthèse de beaucoup d'aspects de ce pays qui nous fascine et auquel on va devoir s'intéresser de plus en plus près Bertrand Monnet je rappelle que vous avez réalisé pour Le Monde Le Quotidien une série de documentaires et de reportages sur le narco-business et en particulier sur le fentanyl et vous avez signé un hors-série qui est en kiosque les narco-trafiquants leur réseau leur crime la riposte Michel Gandillon vous avez publié Géopolitique du crime organisé aux éditions Erol en septembre dernier avec Gaëtan Gorce David Weinberger et le conseil d'orientation scientifique de l'observatoire des criminalités internationales et je remercie bien sûr très vivement Alexis Gauzdel d'avoir été avec nous directeur exécutif de l'agence de l'Union Européenne sur les drogues dont le rapport annuel est évidemment consultable sur le site à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud Grégory Wallon à la technique Laura Duteche-Pérez et Théa Corlaire m'ont aidé à préparer cette émission avec bien sûr la documentation de Radio France et voici Carnet de Santé de Marina Carrère d'Ankos très bon week-end et à samedi prochain Sous-titrage Société Radio-Canada
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