Aude : l'été des méga-feux ? - C dans l’air - 06.08.2025
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Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Un incendie violent et gigantesque qui dépasse la superficie de Paris. Quelle est la situation sur le terrain actuellement ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Il était possible d'anticiper ce feu ?
- 4:00OuverteRéponse directe
On a tous été surpris par l'ampleur de ce feu. Pourquoi ça a été aussi rapide ?
- 6:00OuverteRéponse directe
On ne connaît pas son origine ?
- 8:00RelanceRéponse partielle
F.Bayrou et B.Retailleau sont sur place. Est-ce que ce n'est pas de nature à gêner les secours ?
- 10:00OuverteRéponse directe
On a 1900 pompiers mobilisés. A-t-on les moyens matériels pour affronter un tel feu ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:30E.HazizaFait
« On a un excellent niveau de vigilance et d'alerte aux feux de forêts. C'est même un exemple mondial. »
- 6:30A.MougeyChiffre
« L'incendie marche à la même vitesse que vous, voire plus vite. En superficie, on est à 16 000 ha, c'est colossal. »
- 8:30M.LomazziFait
« Dans 90 % des cas, c'est un incendie d'origine humaine. Ca peut être une négligence, un mégot jeté sur l'autoroute, un départ de feu parce qu'il y a un barbecue... »
- 12:30E.BrocardiFait
« Le feu, face à une topographie très particulière, accidentée, avec une végétation très sèche, n'a pas pu être contenue rapidement. »
- 14:30A.MougeyFait
« Les effets du réchauffement climatique, c'est une augmentation de la fréquence, l'intensité et de la période des feux. »
- 18:30B.RetailleauFait
« 26 Etats membres utilisent cette molécule. La France ne l'utilisait pas, ce qui fait que les betteraves, pour faire le sucre, les noisettes, étaient en train de dépérir. »
- 20:30N.BerrodChiffre
« En France, on est les champions d'Europe des pesticides. On les utilise beaucoup plus que tous les autres pays européens. »
- 22:30E.HazizaFait
« On creuse des trous avec des fonds en plastique, pour résumer. On met des millions de mètres cubes d'eau pure qu'on extrait de nos nappes avant que ce soit interdit de le faire. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Parlez-en à votre pharmacien. ... - S.Brakhlia: Bonsoir.
Bienvenue. Un incendie violent et gigantesque qui dépasse la superficie de Paris. Dans l'Aude, près de 2000 pompiers essaient de venir à bout des immenses flammes qui détruisent tout sur leur passage.
Une femme âgée de 65 ans est décédée. Elle n'a pas voulu quitter son domicile. 9 blessés ont été pris en charge et une personne est portée disparue.
Signe de la gravité de la situation, F.Bayrou et B.Retailleau sont sur place actuellement.
En plateau pour en parler, N.Berrod, journaliste au service Futurs, sante-médecine et climat au "Parisien-Aujourd'hui en France". E.Haziza, vous êtes hydrologue, spécialisée dans l'adaptation au changement climatique.
A.Mougey, vous êtes directrice de la rédaction de Reporterre. M.Lomazzi, vous êtes journaliste, spécialiste des questions environnementales et auteur de "France 2050, le scénario noir du climat".
Bonjour et bienvenue à tous les 4. C'est l'enfer qu'ont vécu les habitants de l'Aude. Nombre d'entre eux ont dû tout quitter au risque d'être pris dans les flammes.
Ecoutez cet habitant qui n'a eu que quelques minutes pour sauver sa vie... - Sortez de là, s'il vous plaît! - Viens, Jean-Louis, putain! - C'est les économies d'une vie qui s'en vont.
Qu'est-ce que vous voulez faire? - S.Brakhlia: Un feu qui a parcouru 16 000 ha.
Ce qui a surpris, c'est sa vitesse de propagation, sa rapidité. Pourquoi ça a été aussi vite? - N.Berrod: 16 000 ha en même pas 24 heures, c'est effectivement énorme.
C'est le plus grand feu que la France ait connu depuis au moins une cinquantaine d'années. C'est beaucoup plus grand déjà que le 1er feu qu'on avait en Gironde il y a 3 ans et qui a marqué pas mal les mémoires. Beaucoup de conditions, notamment météo, étaient réunies pour avoir un feu aussi rapide et aussi massif.
Déjà, il fait très chaud dans l'Aude depuis plusieurs jours. Les végétaux sont très secs et ça favorise la propagation des flammes. Les sols sont aussi très secs.
La végétation dans l'Aude est connue aussi pour s'enflammer très rapidement. C'est de la broussaille, de la pinède. Le paysage est en plus vallonné et on sait que le feu, dans une montée, accélère par phénomène de convection.
Quelque part, on avait le cocktail parfait. D'ailleurs l'Aude était placée hier en alerte rouge. Malheureusement, ce n'est pas étonnant Que ce soit là qu'un feu ait pris une telle ampleur. - S.Brakhlia: Il était possible d'anticiper ce feu? - E.Haziza: Oui.
Il a d'ailleurs été anticipé car tous les clignotants étaient au rouge. On a un excellent niveau de vigilance et d'alerte aux feux de forêts. C'est même un exemple mondial.
On est capables de prépositionner des colonnes de renfort de sapeurs-pompiers pour prévoir et avoir les dispositifs adaptés. Ce qui se passe, c'est qu'on est face à un contexte où l'Aude, tout comme les Pyrénées-Orientales, sont les 2 départements aujourd'hui les plus sévèrement touchés. Pas seulement depuis cette année, mais depuis 2017, de manière chronique.
On a eu quelques moments de répit mais c'est le seul département qui présente autant de communes en rupture d'alimentation en eau potable depuis plusieurs années. Là, tous les phénomènes se cumulent. Les vagues de chaleur qui sont arrivées dès le début de l'été, on est même passés en vigilance rouge...
La vague de chaleur vient accentuer un phénomène de sécheresse et un sol sec engendre des vagues de chaleur plus longues. - S.Brakhlia: On a tous été surpris par l'ampleur de ce feu.
Les images sont impressionnantes. Un incendie pareil, ce n'était pas arrivé depuis combien de temps? - A.Mougey: C'est difficile à dater, mais au moins plusieurs décennies.
Et c'est sans précédent par la vitesse de 6 km/h...
L'incendie marche à la même vitesse que vous, voire plus vite. En superficie, on est à 16 000 ha, c'est colossal. Les Landes en 2022, c'était 1000 ha, mais tous les incendies cumulés.
Là, on est vraiment sur un incendie qui est...
On se dit que c'est un des plus importants qu'on ait connu dans les dernières décennies. Il a pris parce qu'il y avait en effet tous les facteurs pour que le feu se propage. Evidemment le vent, la sécheresse, et les températures fortes.
On peut même remonter un peu plus loin car l'hiver, quand les températures sont assez hautes, les champignons et les insectes ravageurs vont manger le bois. Ca crée du bois mort et c'est un facteur supplémentaire. - S.Brakhlia: On a donc tous les ingrédients pour que l'incendie se prépare, mais on ne connaît pas son origine? - M.Lomazzi: Dans 90 % des cas, c'est un incendie d'origine humaine.
Ca peut être une négligence, un mégot jeté sur l'autoroute, un départ de feu parce qu'il y a un barbecue...
C'est effectivement aggravé, on l'a dit et répété. Le phénomène nouveau, c'est qu'on connaissait les grands incendies en Californie, en Australie, où ils ont une technique de lutte contre le feu totalement différente de la nôtre. Mais ces mégafeux, c'est-à-dire... - S.Brakhlia: Parce qu'il y a des tailles feu.
On l'a appris aujourd'hui. - M.Lomazzi: A partir de 5000 ha, ça commence à devenir un mégafeu.
Mais le critère principal, c'est le feu qui devient incontrôlable. Il est tellement puissant, il dégage une telle énergie qu'il crée sa propre dynamique de feu. Ca devient très compliqué. - S.Brakhlia: C'est ce qui se passe aujourd'hui? - M.Lomazzi: Oui.
Quand on voit la rotation des canadairs, on essaie de contenir le feu. On sait qu'on ne peut pas l'attaquer frontalement car l'énergie est trop puissante. D'ailleurs, je doute que les canadairs puissent vraiment survoler un feu comme celui-là, car il y a des phénomènes qui se passent, avec des panaches de fumée très importants.
Les mégafeux, quand il y a eu celui du Canada, on disait que ce n'était pas possible en France. Voilà, c'est possible. On y est à cause du réchauffement climatique. - S.Brakhlia: F.Bayrou et B.Retailleau sont sur place en ce moment même.
Est-ce que ce n'est pas de nature à gêner les secours? - N.Berrod: C'est toujours le risque.
Ca mobilise des forces de sécurité. Après, il y a 2000 pompiers sur place. Ils ne vont pas tous rencontrer F.Bayrou...
J'ose espérer qu'ils vont rester au combat. Aujourd'hui, ça a continué à se propager. On était à 11 000 ha, on est passés à 16 000 ha.
Le vent avait faibli mais il est reparti cet après-midi. Les températures vont grimper dans les prochains jours dans le Sud et le Nord, donc la canicule va s'accentuer. Je crains malheureusement que les centaines, voire les milliers de pompiers qui sont mobilisés en aient pour plusieurs jours, pour venir à bout de ce monstre. - S.Brakhlia: 1900 pompiers mobilisés depuis 24 heures, des centaines d'habitants qui ont dû être évacués...
Comment le massif des Corbières est en train d'être défiguré par l'incendie le plus virulent de ces 50 dernières années? - Au bout de cette route se dresse un mur de feu. Depuis hier après-midi, les flammes rongent les crêtes du massif des Corbières, dans l'Aude.
Un panache de fumée visible sur des kilomètres, prenant de court habitants et touristes. ... -15 communes ont été cernées par les flammes.
Les riverains ont dû être évacués en urgence. ... - C'est les économies d'une vie qui s'en vont.
Qu'est-ce que vous voulez faire? Je ne vais pas me mettre une balle dans la tête. Ca ne change rien. - Cet habitant se résout finalement à quitter les lieux.
Toute la nuit, le feu a progressé avec une rare intensité: les flammes allant à plus de 5 km/h. - Avec le vent, ça a fait un effet d'accélération. Là, c'est terrible, ce qu'on voit.
C'est parti très loin en quelques heures. - Il y avait trop de fumée. J'ai dit à mon mari qu'on prenait tous nos papiers dans un carton, tout ce dont on a besoin pour les assurances...
On a fait rentrer nos chats. On a eu de la chance. On a pris la voiture et on a été directement au foyer de Saint-Laurent. - Une centaine de personnes naufragées, recueillies dans des salles municipales pour passer la nuit en sécurité. - Tout a été réuni pour nous accueillir.
On ne meurt pas de faim. On va essayer de dormir un peu, même si ça risque d'être compliqué. - Ce matin, cette communauté s'est réveillée avec des lotissements entièrement calcinés.
De ces maisons, il ne reste que des murs encore fumants. - La remorque, les voitures, le matériel agricole...
Ca me rend triste. Je suis écoeuré. - Un incendie meurtrier, une femme de 65 ans, qui avait refusé d'évacuer, est décédée dans sa maison.
En moins de 24 heures, 16 000 ha ont brûlé, soit plus que la superficie de Paris, faisant de cet incendie le plus important en France depuis presque 50 ans. Sur le terrain, les pompiers luttent sans relâche. 1900 soldats du feu mobilisés, appuyés par 500 camions, des hélicoptères bombardiers d'eau, des dashs et des canadairs pour tenter de ralentir la progression. - On fait les lisières pour éviter des reprises de feu.
Il fait très chaud, donc on refroidit. C'est le risque, qu'il y ait un départ, que le feu reprenne. - Un feu virulent à cause de la sécheresse extrême qui touche le département et des conditions météorologiques toujours défavorables. - Hélas, nous sommes un peu dans la même configuration qu'hier au départ du feu, un vent de tramontane fort et dense autour de 55 ou 60 km/h, un taux d'humidité qui redescend, ce qui nous met dans les mêmes conditions.
Et les températures vont hélas remonter. - Face à la gravité de la situation, F.Bayrou et B.Retailleau viennent d'arriver sur place.
L'origine de cet incendie n'est pas encore connue. - S.Brakhlia: Je vous propose de retrouver le commandant E.Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.
Bonjour. Quelle est la situation sur le terrain actuellement? - E.Brocardi: La situation n'est pas encore stabilisée.
Il y a des vents tourbillonnants sur le secteur. On espère que la nuit sera plus calme et plus clémente, pour abattre cette tête de feu qui nous donne beaucoup de difficultés. 2000 sapeurs-pompiers sur le terrain, c'est conséquent.
Nous attendons la nuit avec impatience avec, on l'espère, une accalmie au niveau du vent. C'est en général la nuit qu'on arrive à tordre le feu. - S.Brakhlia: On a vu les images impressionnantes de l'incendie.
Pourquoi ça a été très compliqué d'essayer de le fixer? - E.Brocardi: C'est être compliqué dès le départ.
Dans notre doctrine nationale d'attaque massive sur feu naissant, on essaie de contenir un feu pour qu'il ne dépasse pas 10 ha. Mais vu la vitesse de propagation dès le départ, telle une bombe incendiaire qui a atterri sur le département de l'Aude, il est évident que la vitesse de propagation a empêché le largage des moyens aériens, le contact au plus près du sinistre pour les moyens terrestres. Ca a complexifié considérablement la tâche des sapeurs-pompiers pour le maîtriser.
C'est pour ça que le feu, face à une topographie très particulière, accidentée, avec une végétation très sèche, n'a pas pu être contenue rapidement. On est aussi dans un département habitué aux feux de forêts, avec des aménagements de territoire précis. Même avec tout cela, la vitesse de propagation était tellement fulgurante qu'il n'était pas possible d'attaquer le feu directement.
La stratégie a été de protéger les concitoyens en les retirant ou en les confinant à l'intérieur des habitations, et en faisant la défense des points sensibles, pour essayer de limiter les dégâts. - S.Brakhlia: La priorité a été à l'évacuation des habitants.
Mais une femme de 65 ans est décédée, parce qu'elle a refusé de sortir de son domicile. Dans ce cas, vous, pompiers, comment vous réagissez? - E.Brocardi: Ce sont des situations qu'on rencontre au quotidien dans les missions de secours d'urgence aux personnes.
Parfois, les gens ne veulent pas quitter leur domicile et on peut très bien le comprendre, psychologiquement. Ils sont attachés aux trésors de leur vie. Comment aujourd'hui les sapeurs-pompiers peuvent prendre en charge psychologiquement cette souffrance supplémentaire, avec tout un accompagnement en termes de langage, de discours, pour convaincre la personne de s'extirper d'un milieu vulnérable?
On peut déplorer ce décès aujourd'hui, mais que ce soit les forces de gendarmerie, de sécurité intérieure ou des sapeurs-pompiers, quand on demande aux personnes de quitter leur domicile, c'est très compliqué de les retirer. C'est une souffrance. - S.Brakhlia: Face au risque, il était impossible de la forcer physiquement? - E.Brocardi: C'est toujours pareil...
Ce n'est pas une seule maison, c'est tout un lotissement, tout un ensemble de personnes. Il n'y a pas le temps. Il y a d'autres priorités à côté.
A l'extérieur, on peut toujours commenter, mais c'est le terrain qui commande et qui décide dans ce genre de situation. Il faut aussi envisager les pires scénarios, tout en essayant de préserver un maximum de vies et de biens. - S.Brakhlia: Le feu est parti dans tous les sens.
Comment cette armée de 2000 pompiers s'est organisée sur le terrain, pour se dispatcher suffisamment correctement et pour atteindre tous les points de feu et les arrêter au maximum? - E.Brocardi: L'ordre est le suivant: donner priorité au sauvetage des personnes et à la protection des biens.
Quand on fait une analyse des zones d'intervention, on a sur une carte l'ensemble des méthodes et des outils qui peuvent permettre de pénétrer directement dans le feu ou de l'attaquer par des routes, des accès particuliers. On va essayer d'adopter une stratégie d'attaque, de jalonnement pour contenir les flancs. Vu la fulgurance du feu et sa répartition sur le territoire, avec des accès très complexes, la priorité des 2000 sapeurs-pompiers, c'était de répondre à une obligation de protection et de sauvetage des personnes et des biens, et ensuite, d'anticiper.
La vitesse du feu, de 5 à 6 km/h, est une évolution hors normes. Ca a demandé à l'ensemble du poste de commandement d'avoir une cellule d'anticipation pour déterminer l'axe de propagation du feu, pour positionner des moyens ou des retardants pour ralentir la progression. Mais nous avons dû faire face à la fois à des évacuations, des méthodes de confinement, la mise en oeuvre de moyens appropriés dans un temps record...
Derrière, on avait la nuit qui tombait, avec la non-utilisation des moyens aériens pendant la nuit. Ce terrain est compliqué. C'est lui qui décide et qui met en oeuvre.
C'est une succession de défaites pour les sapeurs-pompiers, quand ils positionnent des tuyaux tout autour du pourtour, qui permet d'essayer d'entrevoir une victoire...
On attend d'avoir une fenêtre de tir. J'emploie des mots militaires, car c'est une situation tactique. C'est une guerre qu'on mène contre le feu, contre le vent et les effets du dérèglement climatique.
Les pompiers ont assuré durant beaucoup d'années une culture qui, aujourd'hui, est mise à mal. - S.Brakhlia: Merci beaucoup.
Vous restez avec nous pour la suite de l'émission. L'une des priorités, c'est protéger la population, la mettre à l'écart. Comment s'organise cette gestion de crise? - E.Haziza: En général, en amont d'une crise.
On va d'abord recenser tous les types de menaces. L'Aude est particulièrement menacée par un autre risque, les inondations, avec des crues éclair. On se rappelle des images en 1999 de gens restés toute la nuit à cheval sur leur toit et qui ont été hélitreuillés dans des conditions dramatiques.
L'Aude a déjà été largement meurtrie en matière d'inondations. Elle a démarré très tôt son organisation de gestion de crise. Depuis 2005, sur l'ensemble du département, on a mis en place à l'échelle de chaque ville des plans communaux de sauvegarde.
Ils ont été remis à jour. On analyse l'ensemble des menaces, des aléas, puis l'ensemble des enjeux exposés. On regarde aussi les moyens nécessaires.
On va de plus en plus aujourd'hui vers la gestion de crise collective, avec des plans intercommunaux de sauvegarde. Parfois, les moyens sont situés dans une commune mais pas dans une autre. Dans le département, ce sont des toutes petites collectivités.
On est aujourd'hui dans un cas maximal de risques. On est dans un coin très touristique. On n'est pas loin de la réserve de Sigean.
On a un ensemble d'enjeux territoriaux colossaux. Au moins, et on le voit car les gens ont été mis en sécurité dans des zones spécifiques, tout ça a été pensé et réfléchi avant. Mais comme le feu progresse de manière quasiment aléatoire...
Un risque inondation...
On sait très bien où est le lit mineur et le lit majeur. On sait où est la zone inondable. Là, c'est anarchique.
Ca peut mettre à mal toute la réflexion préalable. - S.Brakhlia: On a véritablement envoyé une armée sur place, 2000 pompiers.
On a les moyens humains, mais a-t-on les moyens matériels? - N.Berrod: On a un gros débat sur les canadairs.
On a une flotte de 12 appareils, mais qui est vieillissante. E.Macron avait promis d'en commander 4 autres d'ici la fin du quinquennat.
Ce ne sera manifestement pas fait. Il y a déjà eu des coupes budgétaires. Et l'entreprise qui fabrique les canadairs a beaucoup de demandes.
Elle ne peut pas répondre à tous les pays en même temps. Pour l'instant, on a des canadairs très précieux. On a 12 appareils, qui ne sont pas tous là forcément en même temps.
On a des bombardiers d'eau qui peuvent envoyer des quantités d'eau plus importantes mais qui doivent se poser pour faire le plein. On se bat avec les moyens qu'on a, même s'ils ne sont certes pas suffisants. Le bilan est dramatique, un mort, mais on aurait pu craindre davantage de victimes.
Grâce à l'action des pompiers, il n'y a eu qu'un décès. Un feu gigantesque comme en 1949...
Il y a eu 80 décès. On est heureusement mieux armés pour éviter les drames. - S.Brakhlia: Donc on a acquis un savoir-faire dans la gestion de ces incendies.
On est plutôt bien équipés, même si nos canadairs ont plus de 30 ans. Et il y a aussi les Européens qui peuvent nous aider? - M.Lomazzi: Pour l'instant, la France n'a pas fait de demande d'assistance internationale.
Mais l'UE est disponible. Les pays les plus expérimentés contre le feu ont eux-mêmes des feux importants. C'est compliqué, la solidarité européenne, dans une période où tous les pays sont touchés.
Là, on est dans une région où il y a une culture de la lutte contre les feux de forêts. Imaginez le même feu qui se déclenche dans le Jura, où on n'a pas du tout cette culture...
Au passage, on n'a pas non plus les pompiers volontaires, qui sont très nombreux dans le sud de la France, car ils sont confrontés à cette situation depuis longtemps. Mais dans le Centre ou le Nord, on n'a pas les armes humaines nécessaires pour combattre les feux. Ensuite, en même temps que ce feu qui focalise l'attention, la ministre de l'Environnement a indiqué qu'il y avait 14 autres régions en vigilance. 32 départements sont vraiment en crise importante.
Ca veut Dire que le scénario catastrophe qui nous attend en été, c'est qu'il n'y ait pas seulement un feu comme celui-là qui se déclenche mais 5 ou 10... - S.Brakhlia: Justement, est-ce que c'est l'été des mégafeux?
C'était le titre de notre émission. C'est possible? - A.Mougey: C'est ce sur quoi nous alertent les scientifiques depuis des années.
Les effets du réchauffement climatique, c'est une augmentation de la fréquence, l'intensité et de la période des feux. Il y a des risques de concomitance. Un territoire de plus en plus vaste risque d'être impacté par les incendies.
Vous parliez du Jura. Les projections de Météo-France disent que le Bassin parisien et la Loire, si on ne change pas de trajectoire en termes d'émissions de gaz à effet de serre, pourraient être impactés. Et ce sont des territoires qui n'ont pas cette culture du feu, qui vont devoir mobiliser des moyens humains et matériels considérables en un temps record.
On se souvient du feu dans la forêt de Brocéliande...
C'était une petite mise en garde de ce qui nous attend. - S.Brakhlia: E.Brocardi est encore avec nous.
Vous le confirmez, il faut s'attendre à une série de feux cet été? - E.Brocardi: Beaucoup de vérités ont été dites autour de cette table, et je vous en remercie.
Le sujet aujourd'hui, ce sont les mégafeux. Jusqu'à présent, en France, à part une fois en 2022, nous avons été plus ou moins épargnés. Les critères d'un mégafeu touchent 3 domaines clés: étudier le feu en tant que phénomène en lui-même, sur le plan quantitatif, qualitatif, d'un point de vue de la cinétique, c'est-à-dire la propagation et la distance parcourue.
Celui que nous vivons coche actuellement toutes ces cases. Donc on considère une classification spécifique dans la définition d'un mégafeu. Le 2e sujet pour qualifier un mégafeu, c'est l'impact humain et écologique.
Est-ce que la végétation, derrière, va pouvoir se régénérer d'elle-même? Ou bien va-t-elle laisser place à une nouvelle végétation? Y a-t-il des impacts économiques?
Est-ce qu'il y a des infrastructures électriques qui mettent en black-out un département? Jusqu'à présent, nous avons été épargnés. Il y a aussi la capacité à lutter contre ce feu.
Avons-nous les moyens et les ressources nécessaires actuellement? Oui, mais demain, comment on pourrait faire face à une multiplicité de ces incendies? Nous avons eu affaire à des incendies en 2022 où nous étions en limite capacitaire.
Aujourd'hui, nous pouvons continuer à répondre. Mais les avions comme les camions, dedans, il faut des hommes et des femmes. Notre limite repose sur les actions du sapeur-pompier volontaire comme professionnel, qui s'engage sur le terrain. - S.Brakhlia: On parlait tout à l'heure des canadairs qui avaient plus de 30 ans.
Sur le terrain, vous vous sentez désarmés pour affronter de tels feux? - E.Brocardi: Vous avez dit quelque chose d'intéressant, le leadership que nous avons en termes de feux de forêts sur le plan européen.
Aujourd'hui, on exporte beaucoup notre savoir-faire. En Australie, en 2019, un eurodéputé est parti apporter notre culture de la protection civile et notre méthode de lutte. Aujourd'hui, il faut préserver ce leadership en continuant à renforcer notre réponse terrain, en essayant de continuer dans ce pacte capacitaire lancé en 2022, pour continuer à équiper.
La ressource aujourd'hui, c'est le financement des Sdis, qui financent ces camions. Tant que l'Etat ne continue pas à contribuer au travers de ce pacte capacitaire, nous n'arriverons pas à lutter. Il y a encore 2 ans, la Haute-Saône était équipée pour la première fois pour les feux de forêts.
Nous avons encore un long travail, et aussi un long travail d'acceptation de modifier nos forêts pour permettre l'accessibilité des moyens de lutte incendie. Il faut permettre de mettre les sapeurs-pompiers en sécurité et d'accéder plus facilement aux incendies potentiels. - S.Brakhlia: Vous parliez des moyens à mettre en place pour se procurer du matériel.
Question. - A.Mougey: C'est un peu symptomatique de la gestion des incendies.
On en parle beaucoup l'été, on en a parlé beaucoup en 2022 au moment des incendies en Gironde. Il y a eu ces annonces de 12 nouveaux canadairs plus 4 supplémentaires. On renouvelait complètement la flotte et on en rajoutait. 3 ans plus tard, Il n'y en a aucun supplémentaire par rapport à ces promesses.
On en a 2 qui devraient arrive, si tout va bien, en 2028. C'est révélateur d'un sujet qui émerge, au moment où il est brûlant, et qui disparaît des radars ensuite. Iconomique, ça va être plus compliqué... - E.Haziza: Le problème, c'est qu'on a une transformation très rapide et violente de la France.
On n'y était pas prêts. On ne s'imaginait pas en 2022 avoir 1200 communes en rupture d'alimentation d'eau potable. En 2019, on avait déjà des départs de feux de champs en Picardie en juin, car on avait des températures qui atteignaient les 42 degrés à Paris.
En 2019, c'était tout de même il y a 6 ans...
Ca évolue de manière beaucoup trop lente par rapport à la transformation. Quelque part, l'Aude et les Pyrénées-Orientales aujourd'hui, c'est le mur qui est en train d'arriver. On voit que les sécheresses sont chroniques, extrêmes, et que ça va conduire à un système qui s'enraye complètement.
Pour la période feux de forêts, on avait des renforts de colonnes de sapeurs-pompiers. Tout avait été optimisé. Le modèle français est regardé, car on a un vrai modèle.
Après, on basculait sur une période de risque de crues éclair sauf que les sécheresses s'étendent jusqu'à septembre, octobre, novembre. On mêle le tout. Mais ce sont les mêmes pompiers qui gèrent les deux.
A un moment, on se retrouve confrontés sur le plan humain et sur le plan matériel. - S.Brakhlia: Sur ces incendies à répétition, A.Mougey disait qu'on en prend conscience quand la catastrophe est là.
La preuve, F.Bayrou est sur place. Il va forcément s'adresser aux habitants en leur disant: "Je vous comprends et on met tout en oeuvre pour vous aider, pour trouver des solutions et pour que ça ne se passe pas de la même manière la prochaine fois." Au final, on oublie assez vite ce qui se passe? - N.Berrod: Oui, on oublie vite.
Ca vaut pour les incendies, les canicules, les inondations, les pandémies...
Les élus et les représentants des pompiers, si jamais il y a des annonces du gouvernement ce soir ou demain, doivent aller confronter le gouvernement à ces annonces ensuite. On n'a pas eu de renforts européens, mais le risque de feux augmente année après année partout en Europe. On parlait des feux en Gironde il y a 3 ans.
On avait vu des camions remplis de pompiers d'Europe centrale qui avaient fait la route pour venir nous aider. Mais s'il y avait eu en même temps des gros incendies en Pologne ou en Europe centrale, ils n'auraient pas pu venir. Les moyens ne sont pas extensibles en France mais ils ne le sont pas non plus à l'échelle européenne.
Il y a seulement 3 gros incendies en France mais 3 en Espagne, 5 au Portugal, 5 en Grèce ou en Italie...
On ne peut pas demander de l'aide au monde entier. - S.Brakhlia: Donc on sera obligés de monter en gamme? - M.Lomazzi: Oui.
On est les champions du monde de la lutte contre les incendies. Ca fait des années que les pompiers Et la Sécurité civile ont mis en place une stratégie qui est: le plus vite possible, dès qu'on a l'indication d'un feu naissant, on envoie des moyens pour éteindre le feu. Aux Etats-Unis, quand un feu se déclare, on évacue et on laisse brûler.
Et quand le feu s'éteint naturellement, on reconstruit derrière. Nous, ce n'est pas notre stratégie. Cette manière de lutter contre le feu est un modèle dans le monde.
Aujourd'hui, il atteint ses limites. Il faut y rajouter d'autres choses: de la prévention, la cartographie des risques, des maisons adaptées, du débroussaillage...
Tout le monde doit s'y mettre. La responsabilité des élus nationaux est évidemment engagée. Les promesses non tenues d'E.Macron sur le renfort de canadairs...
Il y a un point très important dans la lutte contre les incendies, c'est que les pompiers sont desservis par le mitage urbain, cette espèce de prolifération de pavillons parfois en lisière de forêts. La mission première des pompiers, quand un feu se déclare, c'est de protéger les gens. Ils vont protéger les gens et ne pas lutter contre le feu.
Il faut arrêter avec le mitage urbain qui nous dessert énormément. Après, c'est de plus longue haleine, il faut modifier les essences pour avoir des essences capables de résister au feu. Quand un feu se déclare et qu'il tombe sur des conifères, il se propage très vite.
Dès qu'il arrive dans une forêt de lièges, il s'arrête pile, parce que ce sont des arbres qui résistent. Il faut modifier la physionomie de la forêt française. - S.Brakhlia: En fonction des territoires, il est possible d'éviter la propagation des feux? - A.Mougey: Complètement.
Ca pose des questions d'aménagement du territoire. Avec des zones tampons, des espaces nus, des vignes ou des pâturages, le feu s'arrête quand il n'a plus rien à brûler. Ca pose des questions sur l'urbanisation galopante.
Plus on construit, plus on construit partout et plus on s'expose à ces risques. Ca pose des questions de matériaux, du bâti...
Qu'est-ce qu'on utilise pour construire? Et ça pose la question de nos forêts. On n'a pas de problèmes de déforestation en France.
On est le 4e pays européen en termes de superficie forestière. Mais on a une forme de malforestation, car on a de la monoculture dans nos forêts. Ca rend extrêmement vulnérable, le fait d'avoir uniquement des pins et des essences qui brûlent beaucoup.
Quand on replante après les incendies, il ne faut pas faire l'erreur de mettre des champs d'arbres au service de l'industrie de la production de bois. Il faut penser aux risques d'incendies dans les plans d'urbanisme et la gestion des forêts. C'est un travail de long terme, qui mérite une réflexion qui va bien au-delà du moment chaud que nous vivons. - S.Brakhlia: E.Brocardi, vous nous disiez tout à l'heure qu'on attend la nuit pour vaincre totalement ce feu.
Que va-t-il se passer dans les prochaines heures? Il va y avoir une réorganisation des pompiers pour venir à bout, justement, de ces flammes? - E.Brocardi: Le plus difficile maintenant, c'est de penser à la relève et au remplacement des personnels qui sont en lutte.
Le sujet, c'est le soutien, la logistique. C'est là que commence un défi sanitaire pour les sapeurs-pompiers, d'éviter qu'ils se blessent, d'éviter aussi toute frustration. Quand vous retirez les pompiers d'un sinistre, parce qu'on a besoin de les mettre au repos ou d'effectuer la relève, pour eux, c'est un crève-coeur car ils ont toujours envie de lutter.
Il y a ce sentiment de défaite psychologique. Il y a aussi l'obligation, pour les pompiers volontaires comme professionnels, de regagner leur lieu professionnel, privé, ou les centres de secours, pour renouveler le personnel. Ces temps de latence, c'est géré en interne par les centres de secours.
On doit un grand salut à toute cette force invisible qui permet de renouveler le personnel et de garder un effectif constant tout au long de la situation. Encore une fois, comme je l'entends dans vos échanges, le sujet aujourd'hui, c'est d'essayer de profiter parfois des réorganisations des gouvernements et de regarder à quel niveau est placée la protection civile. Est-ce qu'elle est mise en avant au travers d'un secrétariat d'Etat?
Pas pour le moment. Tant que nous n'aurons pas cette faculté et cette volonté de positionner la protection civile en avant de tout le reste, au même niveau de certaines causes comme la sécurité intérieure, nous n'y arriverons pas. Au lieu de fonctionner en silos, il est temps de créer des embryons...
Concernant l'organisation des forêts, les expériences menées au niveau des sapeurs-pompiers, des forces associatives ou des corporations sur le sujet de la défense des forêts comme les catastrophes naturelles...
On doit travailler ensemble pour donner des solutions pragmatiques et d'accompagnement à nos concitoyens, dans leur protection comme dans leur éducation. - S.Brakhlia: Merci beaucoup.
Ce méga-incendie a touché des dizaines de communes viticoles dans les Corbières. Les vignes sont ravagées par le feu. Les viticulteurs, déjà frappés par la crise, sont obligés de se diversifier pour survivre. - Elle dessine les paysages du Gard depuis des millénaires...
La vigne est aujourd'hui menacée par le réchauffement climatique. Alors, certains ont décidé de prendre les choses en main. Sur le domaine de cette famille, des fruits exotiques côtoient désormais les raisins. - Ca, ça devient énorme.
Ca fait un très gros citron. - Tanguy reprend le domaine familial en 2019. Très vite, il a une idée: tester différents agrumes sur le vignoble. - Là, on a 10 variétés d'agrumes exotiques. - Des variétés mieux adaptées au climat méditerranéen et qui pourraient, dans les prochaines années, prendre plus de place sur le domaine. - Peut-être qu'un jour, il fera encore 10 degrés de plus qu'aujourd'hui.
Certaines cultures vont être compliquées. L'idée est de trouver une autre culture. On a aussi des herbes aromatiques pour les huiles essentielles, des noyers, des chênes truffiers...
On essaie plein de choses pour avoir une autre production que la vigne. - D'autant que le monde du vin connaît depuis plusieurs années une crise inédite. Baisse de la consommation, surproduction, baisse des exportations...
Les viticulteurs sont dans le rouge. Sont-ils condamnés à se diversifier? Thomas, lui, a choisi il y a 15 ans de miser sur les grenades. - Ce terrain a été planté il y a 10 ans.
C'étaient des vignes vieillissantes qui, à force de souffrir de la sécheresse, avaient beaucoup de souches mortes. Peu à peu, on s'est posé la question d'arracher cette vigne et de planter autre chose. Arracher une vigne, ça fait toujours mal au coeur.
Une vigne, c'est un patrimoine qui se transmet souvent de génération en génération. Une vigne peut vivre plus de 100 ans. C'est toujours difficile de l'arracher. - Aujourd'hui, Thomas possède 23 ha de grenadiers, contre 30 pour la vigne.
La grenade représente 30 % de son revenu. Ce n'est pas par hasard si le viticulteur a parié sur ce fruit exotique. - Il a un peu de transpiration.
Il est adapté à des températures supérieures à 40 degrés. Plus il fait chaud, plus ça plaît aux grenadiers. On se demande quelle agriculture on aura demain.
On a des périodes de sécheresse, des températures supérieures à 40 degrés très fréquemment. A mon avis, les grenadiers pourront répondre à ce défi de nouvelles cultures dans le département. Il y en a d'autres, il y a encore beaucoup de recherches à faire. - Ils seraient aujourd'hui une centaine à s'être lancés dans la production de grenades en France.
Les agriculteurs du bassin méditerranéen mais aussi, depuis quelques années, du Bordelais ou de la Drôme. Mais ce fruit peut-il se faire une place dans les habitudes des consommateurs? - Les agriculteurs ne planteront pas de grenadiers ou d'autres plantations s'il n'y a pas un marché.
C'est la population qui va consommer un fruit qui va faire que nous, agriculteurs, on va planter ce fruit. - Combien de viticulteurs font aujourd'hui le pari d'une autre culture pour se préparer à l'avenir? Dans le département du Gard, près de 4000 ha de vignes vont être arrachées en 2025. - S.Brakhlia: Est-ce que les vignes sont particulièrement sensibles à la sécheresse? - E.Haziza: Oui, notamment au phénomène de canicule.
Toutes ces vagues de chaleur viennent les atteindre directement. Or, lorsqu'il y a une atteinte rapide et violente, la vigne n'est pas prête. Mais on peut la préparer.
On peut réussir à fermer les stomates plus rapidement et à venir la sécher plus vite. Elle varie derrière plus rapidement. On voit à quel point les zones agricoles en France ne sont pas concernées à la même échelle suivant où on se situe.
Elles sont souvent directement liées à l'organisation du territoire. Si on est sur l'exutoire de la Gironde, où on a les plus grands vins bordelais français, on est tout de même sur des zones plutôt humides avec de bonnes réserves humides, notamment des niveaux de nappe assez élevés puisqu'on est dans une zone d'exutoire, alors que dans d'autres territoires, comme dans le pourtour méditerranéen, on est peu à peu en train d'irriguer quasiment l'ensemble des vignes. On les rend fainéantes.
Les racines sont en train de se rétracter. On les rend beaucoup moins résilientes et beaucoup moins prêtes en détournant notamment via des canaux ou en détournant de l'eau du Rhône...
Ca devient quelque chose qu'on développe partout parce qu'on est de plus en plus confrontés à cette sécheresse. Il y a une tendance de fond, après. Quand on est une grande maison viticole, on va avoir tendance à investir plutôt au Nord ou dans des zones moins sensibles.
On va déplacer sa zone. Lorsqu'on a son vignoble sur place, il faut changer de cépage. - S.Brakhlia: La reconversion est difficile? - M.Lomazzi: Elle est très compliquée pour les viticulteurs.
Il faut une filière. Si vous passez du vin aux grenades, il faut avoir un marché, des coopératives. C'est très compliqué, d'autant que la vigne française est menacée.
Une étude assez connue a montré qu'à 2 degrés de réchauffement climatique, 50 % des vignes du sud de la France étaient menacées, du Bandol au vin du Roussillon, en passant par le Gard, la vallée du Rhône... - S.Brakhlia: Donc il faut déplacer les zones de production?
Il faut monter au Nord? - M.Lomazzi: Non.
Il y a d'autres choses qu'on peut faire. On peut protéger les vignes. Il y a des ombrières.
On peut passer à de la micro-irrigation avec des capteurs dans les sols qui mesurent vraiment les taux d'humidité pour savoir où il faut irriguer précisément. Et on peut installer des nouveaux cépages. On peut faire venir des cépages grecs, l'assyrtiko grecque, pour mélanger avec nos cépages traditionnels.
Et il y a la conquête de nouveaux territoires, effectivement. On fait du très bon vin blanc en Ile-de-France... - S.Brakhlia: Au Royaume-Uni, aussi. - M.Lomazzi: On en fait même dans les terrils du Nord.
La grande difficulté des viticulteurs, c'est que quand on dépasse les 15 degrés, l'habitabilité du vin commence à être altérée, y compris dans les grands crus bordelais. La diversification est la dernière arme, pour un viticulteur. - S.Brakhlia: Les Corbières, c'est justement dans l'Aude, là où l'incendie est passé.
Comment on se remet de ça? Ca va être compliqué pour réinstaller des vignes après. - A.Mougey: Oui.
C'est le contre-exemple par rapport à ce que je disais tout à l'heure. Là, la vigne n'a pas résisté face à la violence de l'incendie. Tout a été détruit.
On ne peut pas recommencer à l'identique. On bascule dans un régime d'incertitude, mais aussi dans un moment où on va devoir s'adapter sans lâcher la bataille pour la réduction des gaz à effet de serre. On a tendance à focaliser sur l'adaptation et à oublier que moins ça monte, plus on limitera les dégâts.
Plus 4 degrés, il faut absolument l'éviter. Ca, c'est pour le côté macro. Mais pour les viticulteurs face à ces situations, il faut se méfier aussi de certaines situations.
On ne peut pas faire la même chose en irriguant. Il y a une problématique de ressources en eau. Et on a besoin de plus de résilience et de plus de diversification, mais pour pouvoir absorber les chocs qui viendraient percuter une culture et pas une autre.
En Angleterre, on est allés à la rencontre de producteurs d'aloe vera qui étaient viticulteurs avant. Ils s'en sortent plutôt bien car ils arrivent à relever ce défi de la transformation du produit derrière. Ils arrivent à avoir largement de quoi vivre.
C'est donc possible, mais ce n'est pas simple. Cela suppose d'enclencher une réflexion collective sur ce qu'on subventionne, ce qu'on soutient et quelles viticultures pour demain. - S.Brakhlia: Là, en été, les exploitations sont victimes de la sécheresse et des incendies, et en hiver, c'est la grêle qui frappe.
Est-ce que ce cycle radical va forcément s'intensifier dans les prochaines années? - N.Berrod: On sait qu'avec le réchauffement climatique, il y aura davantage de périodes où il peut tomber des trombes d'eau, parfois sous forme de grêle, et des périodes de grande sécheresse.
Les arboriculteurs de façon générale sont déjà très impactés. Ils sont en 1re ligne du changement climatique. Pour "Le Parisien", j'étais allé dans les Pyrénées-Orientales, voisins de l'Aude.
J'avais rencontré des producteurs d'abricots, notamment un qui était limite en pleurs car tous ses abricotiers étaient secs et rien n'en sortait. Il me disait qu'il allait peut-être se tourner vers la production d'amandes. Je lui ai demandé s'il pensait qu'il y avait un marché.
Il était peiné car il ne pouvait pas répondre. L'été, ça devient compliqué. Il y a la grêle l'hiver et comme les hivers sont plus doux, les bourgeons sortent plus tôt, au début du printemps.
Mais comme un épisode de gel tardif est toujours possible...
Un épisode tardif en avril ou mai est possible avec des bourgeons davantage sortis. Il y a un risque de perte augmentée par rapport à avant. Les arboriculteurs peuvent être impactés l'hiver quand il y a des grosses tempêtes beaucoup plus pluvieuses, au printemps si les bourgeons sont sortis et qu'il y a du gel tardif, et en été, quand c'est extrêmement sec.
Donc il faut de l'adaptation. Il ne faut pas penser que c'est inéluctable. On parle d'une France à plus 4 degrés par rapport à l'ère préindustrielle.
On a fait du chemin mais ça va continuer à augmenter. Peut-être qu'on arrivera à réduire un peu l'ampleur de la hausse. Mais ça continuera à se réchauffer, malheureusement. - S.Brakhlia: Qui dit sécheresse dit restriction d'eau.
Plusieurs départements sont concernés. Il y a plusieurs niveaux d'alerte. - E.Haziza: Vous avez les niveaux minimums de vigilance renforcée.
Plus vous montez en niveaux, orange, ou en niveau de crise, vous aurez des interdictions différentes. Quand on regarde le niveau de crise, dans les années 2010, vous aviez 2 % du territoire qui, l'été, était en rouge. Aujourd'hui, quand on regarde cette carte, au 1er septembre, quasiment 90 % du territoire se retrouve en rouge.
Vous avez l'interdiction d'irriguer, en rouge. C'est la cause principale de la crise des bassines en France. Quand vous êtes dans une zone rouge, il vous est interdit d'irriguer si vous n'êtes pas connecté naturellement à un bassin, à une zone déconnectée des nappes, des rivières ou des milieux naturels.
On voit à quel point cette bascule a été très violente. Je voudrais revenir très rapidement sur la viticulture. Il existe des moyens parce qu'on est à l'ère de la data.
On est capables de suivre en temps réel le niveau d'humidité de l'air, le niveau d'évaporation et d'évapotranspiration des sols. On est capables de voir cette accélération du cycle de l'eau qui se passe à l'échelle d'une parcelle. On est capables d'avoir de l'anticipation, notamment de voir quelles sont les tendances basées sur le passé mais aussi le futur.
On parlait d'atténuation des gaz à effet de serre. Derrière, on a des scénarios majorés, des scénarios qui semblent être derrière ceux où on fait le plus d'efforts...
On est capables d'évaluer à chaque fois quels seront les mois les plus touchés. On est même capables de modéliser le nombre de jours qu'on aura en restriction d'eau d'ici 5 ans sur le territoire. Ca va conditionner toute l'industrie française, toute l'agriculture et la viticulture, tous nos modes de vie.
Il existe des solutions pour tenir derrière et regarder. - S.Brakhlia: Dans ce contexte de dérèglement climatique, l'urgence écologique frappe évidemment de plus en plus la conscience des citoyens.
Plus de 2 millions, c'est le chiffre de la pétition contre la loi Duplomb, loi qui vise à assouplir les normes environnementales et sanitaires pour les agriculteurs. Le Conseil constitutionnel doit rendre un avis très attendu demain. - Une sécheresse intense, des feux hors de contrôle, des orages violents qui inondent les rues et de longs épisodes caniculaires...
Cet été encore, le dérèglement climatique bouscule nos vies et préoccupe les Français. 75 % d'entre eux l'affirment. Alors, l'écologie est-elle la priorité numéro 1 des politiques?
Pas toujours. Le 8 juillet, la loi Duplomb est adoptée. - Pour: 316.
Contre: 223. L'Assemblée nationale a adopté la proposition de loi. - Dans les rangs de la gauche, notamment chez Les Ecologistes, on dénonce un scandale. - Cette loi poison n'est pas juste un recul environnemental, un de plus parmi d'autres.
C'est le feu vert donné à la déconstruction écologique. Cette loi finira dans les poubelles de l'histoire et l'offensive contre la santé et contre l'écologie sera défaite dans les années à venir. - La loi proposée par le sénateur LR L.Duplomb vise à supprimer les normes qui s'imposent aux agriculteurs afin d'être plus compétitifs, notamment en Europe.
Parmi les mesures phares, des démarches simplifiées pour la construction de mégabassines et de grands élevages intensifs ou la réintroduction d'un pesticide, l'acétamipride, interdit en France depuis plusieurs années. - B.Retailleau: 26 Etats membres utilisent cette molécule.
La France ne l'utilisait pas, ce qui fait que les betteraves, pour faire le sucre, les noisettes, étaient en train de dépérir. Ce qui fait qu'on importe des 26 autres pays un certain nombre de produits agricoles faits avec des pratiques de bien moindre qualité que celle dont font usages nos propres agriculteurs. C'est donc une immense hypocrisie. - La loi Duplomb ravive le débat sur l'utilisation des pesticides et déchire la classe politique. - S.Rousseau: L'acétamipride est un produit qui atteint le système nerveux central des insectes.
On le retrouve dans le système nerveux central des enfants. On joue à quoi, là? Au nom de quoi on fait ça?
C'est hyper dangereux, ce qu'on fait! - J.Odoul: L'acétamipride, qui n'est pas cancérigène, qui est utilisée dans tous les pays de l'UE, qui est extrêmement rigoureuse...
C'est 3800 fois moins dangereux que d'autres pesticides en vigueur en France. - Mais voilà, depuis le vote de la loi, une pétition est signée par plus de 2 millions de personnes, qui réclament son abrogation et embarrassent l'exécutif. En Conseil des ministres, le président dit souhaiter concilier la science et la juste concurrence.
La présidente de l'Assemblée nationale évoque un nouveau débat. - Y.Braun-Pivet: On veut entendre ce que nous disent les Français.
Il y aura un débat à l'Assemblée autour de cette pétition mais ce débat ne remettra pas en cause, ne peut pas remettre en cause le texte qui vient d'être voté. - Mais la gauche n'a pas dit son dernier mot. Les parlementaires ont déposé un recours au Conseil constitutionnel, qui doit rendre sa décision demain.
La loi Duplomb peut-elle être censurée? - Si le Conseil censure sur la procédure, toute la loi tombe. A partir de là, il n'y a plus de loi Duplomb.
Si on a une censure sur quelques éléments, principe de précaution, de non-régression, ça ne seront que les néonicotinoïdes qui seront censurés. Le reste de la loi continuera à vivre. Elle sera promulguée et entrera en application. - S'il n'y a aucune censure des sages, le dernier mot reviendra au président qui, poussé par les 2 millions de signataires de la pétition contre la loi Duplomb, pourrait décider d'une nouvelle délibération ou pas. - S.Brakhlia: Plus de 2 millions de personnes ont signé la pétition contre la loi Duplomb sur le site de l'Assemblée nationale.
Ca met une pression particulière sur le Conseil constitutionnel? - A.Mougey: Difficile à dire.
Mais ça témoigne de quelque chose, d'un moment où le lien est fait entre l'environnement et la santé, entre les décisions politiques, le modèle agricole et les cancers. Il y a ce collectif qui s'est monté, Cancer Colère, qui tend à politiser, à chercher les causes de leurs maladies. Il y a aussi l'association Phyto-Victimes qui existe depuis longtemps et qui concerne au 1er chef des agriculteurs qui sont exposés quotidiennement aux pesticides.
La dangerosité de l'acétamipride pour les humains est sans cesse au coeur du débat, mais ce qu'on sait, c'est que les néonicotinoïdes sont parmi les plus dangereux des pesticides. Les pesticides sont dangereux pour la santé des insectes et la santé humaine. L'acétamipride, on a un faisceau d'indices...
Les articles scientifiques mettent du temps. - S.Brakhlia: Il n'y a pas suffisamment d'études. - A.Mougey: Mais on sait que ça traverse le placenta, que ça touche le système nerveux.
On sait que ce n'est pas sans impact. On sait aussi que l'impact sur la biodiversité est colossal. Faire sans acétamipride est possible.
On a rencontré des gens qui produisent de la betterave sucrière sans ça. Ils ont tout un réseau d'insectes. Ils ont des conditions qui permettent à la biodiversité, aux coccinelles de manger les pucerons...
Le problème, c'est les pucerons. Ils réussissent à envisager un autre modèle agricole. Ces 2 millions de personnes, à travers cette pétition, demandent une réflexion de fond sur le modèle agricole et sur notre santé. - S.Brakhlia: Le Conseil constitutionnel va devoir statuer en droit, pas sur le fond de la loi. - N.Berrod: Il va regarder si chaque article de la loi...
Parfois, avec lui, le diable se niche dans les détails. C'est très pointilleux. Un seul article peut être censuré et tous les autres passent.
Il va regarder si chaque article respecte les principes de la Constitution, notamment le fait de garantir à chaque citoyen le droit à la santé. C'est les arguments mis en avant par certains pour dire que certains articles, dont le retour de l'acétamipride, pourraient être censurés. On verra.
Personne ne sait. C'est possible qu'il censure cet article sur le retour des néonicotinoïdes, notamment parce qu'il considère que ça contrevient au principe d'accorder à tout le monde un droit à la santé. Le principe de précaution est aussi beaucoup mis en avant.
On a toutes ces suspicions fortes de certains effets néfastes de ce pesticide sur la santé humaine. Il y a des suspicions fortes selon lesquelles il serait neurotoxique. On n'a pas de certitude.
Aucun scientifique n'affirme avec certitude qu'il y a un effet. On manque d'études. Il n'y a pas eu d'études de grande ampleur sur des grandes cohortes menées en bonne et due forme.
Ca prend énormément de temps. On a cette forte suspicion. En face, on a des agriculteurs qui disent qu'ils n'ont pas d'alternatives suffisantes pour tout le monde même s'il y en a qui existent.
Politiquement, principe de précaution, on estime qu'il ne faut pas l'autoriser. - S.Brakhlia: Les agriculteurs français disent que dans l'UE, c'est autorisé. - N.Berrod: Pas forcément très autorisé.
C'est autorisé partout en Europe mais ça ne veut pas dire que tous les pays européens l'utilisent comme certains en France souhaiteraient l'utiliser. Il faut distinguer autorisation et utilisation. - M.Lomazzi: En France, on est les champions d'Europe des pesticides.
On les utilise beaucoup plus que tous les autres pays européens. L'autre chose, c'est que quand on dit que c'est autorisé partout en Europe, ce n'est pas si simple que ça. Les études menées à l'échelle européenne n'ont pas permis pour l'instant d'avoir une certitude sur la dangerosité du produit.
Donc on l'autorise jusqu'en 2033. On laisse le temps à ces fameuses études épidémiologiques de se dérouler. Cette affaire Duplomb va rester dans l'histoire politique française.
Ca démontre au moins un triple dysfonctionnement. Il y a d'abord le dysfonctionnement européen. Ce n'est pas normal qu'en Europe, des pesticides, et celui-là n'est pas le seul dans ce cas, soient autorisés ailleurs en Europe et interdits chez nous. - S.Brakhlia: Ce n'est pas harmonisé.
On a été plus vite que les autres. - M.Lomazzi: Ca crée une distorsion de concurrence.
Nos agriculteurs ont raison de dire qu'ils ne peuvent pas lutter à armes égales. C'est un dysfonctionnement majeur de l'Europe. Pendant des années, le marché l'a emporté, notamment sur les contraintes liées à l'environnement, à la protection des populations, etc.
Le 2e dysfonctionnement, c'est qu'on ne peut pas avoir 2 millions de personnes qui signent une pétition et qui réclament l'abrogation et dire qu'on va faire un nouveau débat qui ne changera rien. Il y a quelque chose à revoir. - S.Brakhlia: C'est ce que dit la présidente de l'Assemblée nationale. - M.Lomazzi: C'était la même chose au moment de la convention citoyenne sur le climat.
Des citoyens disent des choses et après, on dit "OK, tout ce que vous avez dit, on va le faire", et puis, à la fin, on dit qu'il faut laisser les politiques jouer, qu'il faut être sérieux. Le dernier dysfonctionnement, c'est que même si on trouvait une mesure d'interdiction, le lobby agricole est tellement puissant et le contexte politique est tellement à la remise en cause de toutes les mesures écologiques que, avec la présidence qui se profile, je crains très fort que le bloc central, le RN, pour qui c'est une espèce de fonds de commerce, "protégeons les agriculteurs, arrêtons d'embêter les Français avec une écologie positive"...
Tout ça fait que même si on arrivait à faire une interdiction de ce produit, ce serait remis en cause. - S.Brakhlia: Mais E.Macron peut avoir le dernier mot.
Même si le Conseil constitutionnel dit demain que tout est OK pour lui, celui qui a le dernier mot à la fin, c'est E.Macron. Il peut choisir de promulguer cette loi ou pas. - E.Haziza: On voit à quel point il a aussi le choix dans toutes les autres décisions.
Dans cette loi, on a aussi la question des bassines, qui était une question cruciale. C'est une question traitée sur le plan politique, mais c'est aussi une question purement scientifique et hydrologique qui est un non-sens total. On creuse des trous avec des fonds en plastique, pour résumer.
On met des millions de mètres cubes d'eau pure qu'on extrait de nos nappes avant que ce soit interdit de le faire. On va se retrouver avec des bactéries, des risques sanitaires et on sait très bien qu'on ne va pas dans le bon sens. Pourtant, on y vient et on dit que ça devient une grande cause nationale. - S.Brakhlia: Vous donnez des arguments... - E.Haziza: On sait qu'on ne va pas dans le bon sens, mais on y va quand même car on l'a décidé.
Quelque part que le lobby agricole, tel qu'il est aujourd'hui, a le pouvoir en France et on l'assume tous clairement. - S.Brakhlia: Donc on attend la réponse d'E.Macron, qui va décider ou pas de promulguer cette loi.
Il est l'heure de prendre à vos questions. Question. - N.Berrod: Ca repousse en général, mais pas forcément de la même façon.
Ca ne prend pas forcément la même forme que ce qu'il y avait avant. Des essences différentes...
On peut faire des allées vierges pour faire un effet coupe-feu...
Dans les Landes, ça repousse, mais la forêt ne ressemble pas forcément à celle d'avant. - S.Brakhlia: Question. - E.Haziza: On sait que toutes ces cendres, à la prochaine pluie, vont finir dans les cours d'eau.
C'est en général un niveau de toxicité très important. La toxicité de l'air est très élevée. C'est suffocant, sur place, alors qu'on a une quantité de populations locales et touristiques extrêmement importante.
Que ce soit sur le plan humain ou de la biodiversité de manière globale et surtout sur la longueur, on va avoir des conséquences. On est en train de traiter la crise mais il faudra aussi traiter l'après et ne pas repartir une fois que les caméras ne sont plus là. - S.Brakhlia: Question.
Bonne idée. - M.Lomazzi: La stratégie, ce n'est pas celle-là du tout.
Plutôt que d'avoir des caméras thermiques qui vont repérer les hausses de températures inhabituelles qui laissent penser qu'il y a un départ de feu, ou simplement des gens qui surveillent, on prépositionne des équipes de pompiers pour intervenir le plus rapidement possible. C'est la stratégie. Jusqu'à présent, elle s'était montrée relativement efficace pour les petits feux.
Quand il ne s'agit pas d'un mégafeu incontrôlable, c'est plutôt efficace. - N.Berrod: Ca paraît inenvisageable.
Comment vous voulez arroser toutes les forêts en vigilance? - S.Brakhlia: Question.
Il est sur place. Cette présence du Premier ministre pose question. Mais s'il n'était pas sur place, on se poserait aussi la question. - N.Berrod: C'est un grand classique. - A.Mougey: Il faut voir ensuite les mesures prises et ce qui est fait derrière.
C'est à cet endroit qu'il faut regarder, pas uniquement l'effet d'annonce... - N.Berrod: Et la com. - S.Brakhlia: Question. - N.Berrod: Il y a des feux en Corse importants l'été.
La Corse ne me paraît pas du tout épargnée par rapport au reste du territoire. - M.Lomazzi: C'est même au contraire un hot-spot avec les Pyrénées-Orientales.
La Corse est une terre extrêmement menacée. Il y a des conditions météo particulières qui peuvent rendre les choses explosives. - S.Brakhlia: Tout le territoire français est surveillé? - E.Haziza: Surtout le pourtour méditerranéen. - N.Berrod: Météo-France estime qu'en 2100, le niveau de risque de feux de forêts dans le Bassin parisien pourrait être équivalent à celui qu'on a aujourd'hui dans l'arrière-pays méditerranéen.
Tout le pays va l'être de plus en plus. - S.Brakhlia: Question. - A.Mougey: Il y a une obligation de débroussaillage, mais qui est, pour certaines personnes, difficile à mettre en place.
On peut penser aux personnes âgées qui n'ont peut-être pas la force physique pour le faire. Il n'y a pas vraiment d'accompagnement pour rendre cette obligation effective. On sait que ça empêche les maisons de brûler. 9 maisons sur 10 qui brûlent sont celles qui n'avaient pas été débroussaillées.
C'est quelque chose d'important. - S.Brakhlia: Merci à tous les 4 pour vos précisions et vos réponses à nos questions.
Nous revenons demain même heure, même chaîne. A demain.
François Bayrou