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interviewBLAST· 26 mars 2023 26 min

E.MACRON OU LA MORT LENTE DE NOTRE DÉMOCRATIE

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Sommes-nous encore en démocratie ? La question peut choquer, mais elle mérite d'être posée. Pour la 11e fois, en 9 mois, le gouvernement a eu recours au 49-3 pour faire passer la réforme des retraites sans vote à l'Assemblée. Un déni de démocratie de l'avis de la majorité et des personnalités politiques d'opposition.

0:17
Emmanuel Macron

Tout a été fait pour que le vote de ce texte soit un déni de démocratie. Avec ce 49-3, Emmanuel Macron souffle à l'oreille du pays un raisonnement dangereux. En démocratie, pour être entendu, la démocratie ne suffit plus.

0:33
Invité

Je pense qu'en démocratie, le seul souverain, c'est le peuple. Or, le peuple français a dit non à cette réforme.

0:37
Présentateur

C'est le 49-3 de trop. Car le gouvernement n'est pas passé en force sur n'importe quel texte, mais sur un projet de loi rejeté par une majorité de Français et qui a provoqué les mobilisations parmi les plus importantes du pays depuis 30 ans. Rappelons ici que 93% des Français en âge de travailler estiment que l'âge légal de départ à la retraite ne devrait pas être rehaussé. Et 72% des Français ne voulaient pas que l'exécutif utilise le 49-3. Le gouvernement a-t-il le droit de décider ainsi contre le peuple sous prétexte que le président a été élu démocratiquement ?

N'oublions pas qu'en avril 2022, Emmanuel Macron, conscient que c'était surtout un vote de barrage au Rassemblement National qu'il avait mené à la victoire, avait déclaré.

1:17
Emmanuel Macron

Je sais aussi que nombre de nos compatriotes ont voté ce jour pour moi, non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage à celles de l'extrême droite. Je veux ici les remercier et leur dire que j'ai conscience que ce vote m'oblise pour les années à venir.

1:40
Présentateur

Aujourd'hui, le ton a bien changé. La réforme des retraites a mobilisé contre elle des millions de personnes, fait émerger de nombreux débats dans la société, mais rien n'a suffi à faire reculer le gouvernement. Le recours au 49-3 érode un peu plus la confiance dans une démocratie à bout de souffle. Depuis, des manifestations spontanées ont lieu chaque jour partout en France. Des manifestations marquées par de nombreux cas de violences policières qui interpellent. Alors, n'est-ce pas le passage en force de trop ? Ne serait-il pas temps de repenser nos institutions ? D'associer effectivement les citoyens à la prise de décision ?

Quels sont les principaux marqueurs d'une société réellement démocratique ? Et sont-ils respectés actuellement ? Réponse tout de suite dans cette nouvelle vidéo Blast. Pour commencer, revenons aux fondamentaux. Qu'est-ce qu'une démocratie ? C'est un système politique dans lequel la souveraineté émane du peuple. Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, selon la célèbre formule de Lincoln. En France, nous sommes dans une démocratie représentative. Les citoyens délèguent leur pouvoir à des représentants par le biais des élections. Aujourd'hui, de nombreux experts reposent le débat qui existait déjà au moment de la Révolution française.

La démocratie se limite-t-elle à l'élection de représentants ou le peuple doit-il aussi participer aux décisions publiques par des mécanismes de démocratie directe ou participative ? Pour le dire autrement, Dans une démocratie représentative, de quel pouvoir dispose encore le peuple une fois ses représentants élus ? Et quel recours lui reste-t-il si ceux-ci vont à l'encontre de la volonté populaire ? La démocratie n'est pas un état de fait. C'est une recherche perpétuelle, une dynamique qui, pour bien fonctionner, doit être sans cesse questionnée, améliorée. Mais alors, quels sont les piliers d'une démocratie représentative forte ?

Des corps intermédiaires écoutés, des médias libres, un Parlement souverain et respecté, une opinion publique prise en compte. Et nous allons voir que sur tous ces points-là, nous sommes loin du compte. La contestation face à la réforme des retraites révèle toutes les limites de l'exercice du pouvoir d'Emmanuel Macron. Après le mouvement des Gilets jaunes, déjà symptomatique d'un malaise démocratique immense, cette nouvelle crise sociale montre à quel point notre modèle est à bout de souffle. Surtout lorsqu'un homme décide de gouverner seul.

3:58
Emmanuel Macron

Ils ont tout le monde contre eux, y compris dans le pays, si vous voulez. Et donc, quand on est respectueux, quand on est démocrate, même si on pense qu'on a raison, eh bien, il faut tenir compte de ce qui se passe dans un pays. Sinon, vous n'êtes plus démocrate. Vous tombez dans l'autocratie. Il n'est pas démocrate, Emmanuel Macron ? Vous écoutez en ce moment. Mais la démocratie, c'est le pouvoir du peuple. Il a été élu, non ?

4:20
Présentateur

La question principale est la suivante. À partir du moment où un projet de loi mobilise contre lui une majorité de la population, tous les syndicats, qu'il est impossible de réunir une majorité au Parlement, que de nombreux économistes ont prouvé qu'il existe des alternatives à cette réforme des retraites, peut-on réellement accepter qu'un gouvernement passe en force sous prétexte que le président a été élu démocratiquement ?

4:41
Emmanuel Macron

Il faut toujours se méfier quand on dit les Français. Si les Français ne le perçoient absolument pas et étaient totalement en colère, sans doute n'aurais-je pas été réélu il y a moins d'un an, ni une majorité relative il y a encore moins longtemps.

4:54
Présentateur

Mais rappelons ici que durant la présidentielle, Emmanuel Macron a été véritablement choisi au premier tour par 27% des électeurs, ce qui représente 9,7 millions de personnes. Au second tour, marqué par une abstention historique, il n'a obtenu que 58% des voix. Au final, seuls 18,7 millions d'électeurs sur 48,7 se sont exprimés en sa faveur lors de ce second tour. Et parmi eux, près de la moitié ont reconnu avoir voté pour Emmanuel Macron pour faire barrage au Rassemblement national. On est donc très loin du plébiscite. Les Français n'ont pas non plus donné de majorité absolue au gouvernement lors des élections législatives.

Désormais, la légitimité des élus ne peut donc plus seulement se trouver dans le vote, mais aussi dans l'association des citoyens à la prise des décisions. Dominique Rousseau, professeure de droit public, le rappelle dans une tribune à Libération. L'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen énonce que les citoyens ont le droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à la formation de la volonté générale. Dominique Rousseau insiste dès lors sur l'urgence d'une refonte constitutionnelle par laquelle les citoyens établiront les lieux et institutions d'exercice de leurs compétences.

Et ajoute, urgence sociale, urgence écologique, aucune de ces urgences ne sera honorée sans une réforme profonde des institutions. Car chacune de ces urgences ne peut être pleinement satisfaite que par la participation des citoyens. À contre-courant de cette idée et d'une remise en question attendue, face à la colère qui gronde, Emmanuel Macron persiste et signe. Voilà ce qu'il déclarait le mardi 21 mars devant les parlementaires de son camp.

6:27
Emmanuel Macron

Quand on croit en ce temps le démocratique et le républicain, l'émeute ne l'emporte pas sur les représentants du peuple et la foule, quelle qu'elle soit, n'a pas de légitimité qu'est-ce que le peuple qui s'exprime souverain en train de saisir ?

6:42
Présentateur

Le président oppose donc la foule et le peuple. Mais est-ce seulement la foule qui parle lorsque des millions de personnes sont dans les rues, que les syndicats dans leur ensemble sont mobilisés, que 93% des actifs réprouvent la réforme et que deux Français sur trois se disent en colère et pensent que le 49.3 est un déni de démocratie ?

6:59
Emmanuel Macron

Est-ce que vous pensez que ça me fait plaisir de faire cette réforme ?

7:02
Présentateur

Cette colère, l'écrivain et prix Goncourt Nicolas Mathieu a tâché de la traduire dans un texte pour Mediapart intitulé « Savez-vous quelle réserve de rage vous venez de libérer ? » Il écrit « Ce pouvoir, qui ne peut considérer le bien commun qu'au prisme de la performance collective, qui a substitué les nombres aux vies, qui ment sans honte et croit tout surmonter en assumant, ce pouvoir est légitime comme la terre est plate. Il est légitime mécaniquement, en vertu des textes et de la solidité de nos institutions. Mais il a perdu ce qui donne vie à la vraie légitimité politique en démocratie, un certain degré d'adhésion populaire.

» Bruno Le Maire n'a pas tardé à réagir au micro d'Apolline de Malherbe.

7:39
Emmanuel Macron

« Avez-vous pensé, il s'adresse à vous les ministres, avez-vous pensé à ces corps pliés, tordus, suremployés, qui trimeront par votre faute jusqu'à la maladie, jusqu'à crever peut-être ? » « Non, vous n'y avez pas pensé. » « Eh bien ce monde-là est une nappe d'essence et vous n'êtes que des enfants avec une boîte d'allumettes. » Je ne me reconnais évidemment pas du tout dans ses propos. Ça veut dire quoi être élu sans peuple véritable ? Il conteste la démocratie ? J'ai été élu trois fois député. Je n'aime pas ce procès que l'on fait, que ce soit aux ministres, aux députés de la majorité, en méconnaissance du peuple. Je le trouve insultant et je le trouve injuste.

8:14
Présentateur

La colère qui monte, ce sont aussi les syndicats qui ont été méprisés alors qu'ils sont tous soudés contre la réforme. Lors de son interview du mercredi 22 mars aux 13h, Emmanuel Macron a regretté qu'aucune force syndicale n'ait proposé un compromis. Et pourtant, il a tout venement refusé de recevoir les leaders syndicaux qui avaient proposé une rencontre au début du mois de mars.

8:33
Invité

« Il considère qu'il n'y a pas eu de proposition alternative alors que la CGT, comme je suppose les autres organisations syndicales,

8:42
Emmanuel Macron

ont fait des propositions alternatives. Mais il ne considère que les propositions alternatives ne sont valables que si on est d'accord avec lui. »

8:49
Présentateur

Au 13h, toujours, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté d'aller au bout de sa réforme des retraites et a exprimé un seul regret.

8:57
Emmanuel Macron

« Ce texte, il va poursuivre son chemin démocratique. » « Vous n'avez pas de regret. » « Je vous le dis, si j'en avais un, c'est de ne pas réussir à avoir convaincu sur la nécessité de cette réforme, qui ne me fait pas plaisir, une fois encore. »

9:08
Présentateur

Comme si, finalement, la majorité des Français opposés à cette réforme l'étaient simplement parce qu'ils ne l'avaient pas bien comprise. Venons-en au fameux 49-3, le centième de la Ve République. Tout un symbole. Il a été dégainé alors même que durant des mois, les membres du gouvernement ont défilé sur les plateaux télé pour expliquer que ce n'était pas une option.

9:32
Invité

« Nous ne voulons pas du 49-3. » « Je vous redis volontiers ce que la Première Ministre a déjà eu l'occasion de dire. Nous ne voulons pas de 49-3. »

9:38
Locuteur non identifié

« On ne veut pas utiliser le 49-3. » « On n'a pas envie, on ne se réveille pas le matin en se disant « Ah tiens, on aimerait bien faire le 49-3. » « On peut passer une réforme des retraites par 49-3. »

9:45
Emmanuel Macron

« Je vous dis, mon objectif sur ce texte, comme sur tous les textes que mon gouvernement présente au Parlement, c'est de trouver des compréhens. » « Aussi, sur le fondement de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, j'engage la responsabilité de mon gouvernement. »

10:02
Présentateur

Invité au 20h de TF1 suite à l'activation du 49-3 à l'Assemblée, Elisabeth Borne a déclaré.

10:07
Emmanuel Macron

« Alors ce que je peux vous dire, c'est que jusqu'à la dernière minute, avec mes ministres, nous avons tout mis en œuvre pour réunir une majorité sur ce texte. Vous savez, avec le président de la République, nous voulions aller au vote. »

10:20
Présentateur

Si, jusqu'à la dernière minute, le gouvernement a fait des comptes d'apothicaires pour remporter la victoire à la régulière, il avait néanmoins prévu dès le début la possibilité de faire usage de l'article 49-3. En effet, le projet de réforme des retraites a été déposé sous la forme d'un projet de loi rectificative de la Sécurité sociale. Or, depuis la réforme de 2008, seul un projet de loi finance ou projet de loi rectificative de la Sécurité sociale permet d'activer le 49-3, contrairement à un projet de loi classique. Le choix du gouvernement n'est donc pas neutre, comme le souligne la politiste Agathe Cagé dans un article sur AOC.

Cette décision a été prise alors même que la réforme, loin d'être un simple outil d'ajustement financier, va impacter durablement la carrière, les revenus, la santé, la relation au monde du travail de millions de citoyens. Qu'elle est, par conséquent, porteuse d'un projet de société dont l'ampleur méritait bien autre chose qu'une instrumentalisation de procédure. La réforme des retraites aurait donc peut-être mérité de passer par un projet de loi classique. Le gouvernement a aussi fait un usage brutal et contesté d'outils réglementaires pour accélérer la procédure lors du vote au Sénat. Avec l'article 44-3, qui est l'équivalent au Sénat du 49-3. Il permet de voter le texte d'un bloc.

Cette disposition, enclenchée sur la demande d'Olivier Dussopt, permet un seul vote sur toute ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le gouvernement.

11:42
Emmanuel Macron

La constitution de la 5e, elle a été écrite dans un seul but, donner au président les moyens de gouverner en l'absence de majorité. D'où l'article 49-3 utilisé sur ce texte qui permet de tordre le bras au Parlement. D'où l'article 44-3 utilisé sur ce texte qui permet d'écourter les débats. C'est simple, il n'y a pas une seule autre constitution démocratique au monde qui confère un tel pouvoir au chef de l'exécutif.

12:07
Présentateur

Le Parlement serait-il devenu une simple chambre d'enregistrement des volontés du gouvernement ? La réforme de 2008, pensée pour limiter strictement le recours au 49-3, avait justement pour objectif de revaloriser le Parlement et rééquilibrer l'exécutif. Dès 1958, l'article 49-3 avait été pensé pour les cas exceptionnels. Mais peut-on considérer que l'exceptionnel s'est présenté 11 fois en seulement 9 mois depuis le début du gouvernement Borne 2 ? Le gouvernement interprète ainsi la mission des parlementaires d'une façon très particulière. Ils doivent dire amène ou ne pas voter. Et si la tendance s'est accentuée avec Emmanuel Macron, ce n'est pas si nouveau.

Depuis des années, de nombreux observateurs déplorent l'affaiblissement continu du pouvoir parlementaire dans notre régime présidentiel. L'inversion du calendrier électoral qui est conduit à voter d'abord pour le président, puis dans la foulée pour l'Assemblée nationale, crée une situation où le gouvernement dispose d'une majorité qu'il contraint souvent à enterriner ses projets de loi.

13:00
Invité

Et que l'Assemblée nationale, c'est du flan. C'est ce que vous avez dit fin août. Mais c'est du flan, vraiment ? C'est-à-dire que c'est une chambre d'enregistrement des désirs du président. Quand on voit que même parfois et souvent les amendements proposés par la majorité sont écrits par les ministères, je pense que ça pose un grave problème. Ça dépasse le cadre de la figure d'Emmanuel Macron. L'exécutif est aussi le législatif aujourd'hui. Et nous, on nous envoie des textes et bon, on va modifier 3 virgules pour faire croire qu'on a un rôle. Le seul rôle qu'on a vraiment, c'est un rôle d'interpellation.

13:27
Présentateur

Si ces derniers mois, Elisabeth Borne a fait tant usage du 49-3, c'est que la majorité fait défaut. Cette fois, elle a donc encore choisi de passer en force. Et a manqué de voir son gouvernement renversé par une motion de censure, finalement rejetée à 9 voix près.

13:40
Invité

La réforme, vous l'avez dit, elle est adoptée, mais elle n'est pas légitimée. Elle n'est pas légitimée pour les Français. Et ça, évidemment, c'est source de problèmes, de rancœurs. Donc la crise, elle est loin d'être terminée.

13:52
Présentateur

La crise est loin d'être terminée. Le rejet des motions de censure et l'adoption de la réforme des retraites le lundi 20 mars ont grossi les rangs des manifestations spontanées qui ont eu lieu chaque jour dans les grandes villes de France depuis l'utilisation du 49-3 le vendredi 17 mars. Si notre démocratie est en danger, ce n'est pas uniquement sur le terrain parlementaire, mais sur celui du respect des libertés. Le 19 mars, la Ligue des droits de l'homme s'est inquiétée d'un tournant antidémocratique qui met à mal le droit de contestation des citoyens en faisant un usage disproportionné et dangereux de la force publique.

C'est la quatrième fois en quatre ans que ce signal d'alarme est tiré. En février 2019, en plein mouvement des Gilets jaunes, la commissaire aux droits humains du Conseil de l'Europe invitait les autorités françaises à mieux respecter les droits humains lors des opérations de maintien de l'ordre et à ne pas apporter de restrictions excessives à la liberté de réunion pacifique. En mars 2019, l'ONU réclamait à la France une enquête sur l'usage excessif de la force.

En 2020, l'ONU épinglait la loi sécurité globale, soulignant que l'information du public et la publication d'images et d'enregistrements relatifs à des interventions de police sont non seulement essentielles pour le respect du droit à l'information, mais elles sont en outre légitimes dans le cadre du contrôle démocratique des institutions publiques. En 2020 et 2021, la France a été dégradée par l'indice démocratique créé par The Economist, classant désormais le pays « démocratie défaillante », notamment à cause d'une gestion de la pandémie qui entravait et limitait les libertés publiques.

Face aux multiples situations de crise que notre pays a traversées, la réponse de l'État est de plus en plus autoritaire et sécuritaire. Nous le mesurons encore ces jours-ci dans les rues. Entre les violences policières, les nasses illégales, les journalistes agressés, les interpellations en masse, la gestion du maintien de l'ordre ne cesse de se durcir face à une colère qui monte. Selon Patrick Baudoin, président de la Ligue des droits de l'homme, il faut revenir à une véritable déontologie du maintien de l'ordre.

15:50
Invité

La Ligue des droits de l'homme a pris hier d'ailleurs un communiqué pour dire qu'on est dans une situation particulièrement alarmante pour la démocratie et en présence de violences policières puisque c'est le sujet aussi qu'il faut aborder qui ne peuvent que faire dégénérer la situation.

16:09
Présentateur

Face à la dénonciation des violences, Gérald Darmanin renvoie la responsabilité à ceux qui participent aux manifestations non déclarées.

16:16
Emmanuel Macron

1200 opérations, 1200 manifestations non déclarées. Il faut savoir qu'être dans une manifestation non déclarée est un délit, mérite une interpellation, non au désordre, à la bordélisation et je veux le dire à ceux qui veulent mettre le chaos en utilisant les policiers comme victimes de leur propre incurie.

16:38
Présentateur

Seulement, ce n'est pas ce que dit le droit. La Cour de cassation l'a confirmé cet été. Organiser une manifestation non déclarée est un délit mais être dedans, non. La simple participation à une manifestation spontanée, même interdite, ne constitue pas une infraction. Revenons ici rapidement sur les faits. Partout en France, des cas de violences policières ont été recensés et je ne pourrais pas ici tous les énoncer. Des manifestants ont pris des coups de matraque alors même que les matraques ne doivent jamais être utilisés sur des personnes pacifiques, déjà maîtrisées ou en train de se disperser. On a aussi vu des manifestants frappés et plaqués au sol sans raison par les forces de l'ordre.

Ces personnes qui dénoncent les violences qu'elles ont subies ont presque toujours le même récit. Le cortège est plutôt apaisé et tout à coup, il y a une intervention soudaine et violente des forces de l'ordre sans raison apparente. Des tirs au LBD non justifiés ont aussi été captés par nos journalistes. Pour rappel, ce sont ces tirs de LBD non réglementaires qui ont éborgné ou blessé des centaines de manifestants lors du mouvement des gilets jaunes. Les tirs de LBD sont pourtant encadrés. Ils peuvent être utilisés dans le cadre de manifestations et après deux sommations.

Mais aussi en cas de violence ou voie de fait commise à l'encontre des forces de l'ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu'elles occupent. Dans ce cas précis, le policier s'en est pris à un manifestant qui était en train de courir et n'avait commis aucune violence. En 2019, le défenseur des droits avait pourtant demandé de retirer les lanceurs de balles de défense de la dotation des forces chargées de l'ordre public. Le mardi 21 mars, nos équipes ont également filmé un membre des forces de l'ordre lancer une grenade qui a explosé sur la tête d'un manifestant.

Les observateurs s'inquiètent du fait que souvent, les policiers ne portent pas leur RIO ou numéro d'identification de manière visible. C'est pourtant obligatoire et c'est ce qui permet de faire en sorte que ceux-ci rendent compte de leurs actes. On pourrait aussi mentionner les violences envers les journalistes, empêcher de faire leur travail. Plusieurs d'entre eux ont été brutalisés, dont Rémi Buzine, journaliste pour Brut.

18:34
Emmanuel Macron

Eh oh ! Eh vous n'avez pas commencé là ! Mais arrêtez ! Mais ça va ou quoi ? Eh c'est la presse ! C'est la presse ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! C'est la presse !

18:43
Présentateur

Lâchez-moi ! Partout en France, ces derniers jours, on a pu voir se multiplier le recours aux NAS. Une technique d'encerclement qui consiste à bloquer les manifestants et les empêcher de sortir.

18:53
Invité

Tous ensemble ! Tous ensemble ! C'est normal !

18:58
Présentateur

Mais l'utilisation des NAS est plus que contestée, puisque le Conseil d'État, en juin 2021, avait interdit le recours à cette technique en l'absence de conditions précises. Leurs mots exacts sont « Si cette technique peut s'avérer nécessaire dans certaines circonstances précises, elle est susceptible d'affecter significativement la liberté de manifester et de porter atteinte à la liberté d'aller et venir. » La dernière version du schéma national du maintien de l'ordre prévoit qu'il peut être recouru à l'encerclement d'un groupe de manifestants pour prévenir ou faire cesser des violences graves et imminentes contre les personnes et les biens.

Mais pour Claire Dujardin, présidente du syndicat des avocats de France, ces NAS continuent à être utilisées comme un moyen d'interpeller et d'empêcher de manifester. Malgré tout, pour le préfet de police Laurent Nunez, ces NAS sont parfaitement justifiés.

19:44
Locuteur non identifié

Est-ce qu'on peut conserver comme ça, le long d'un mur, assis une trentaine de personnes qui ont été arrêtées ?

19:49
Emmanuel Macron

Évidemment oui. Il y a la NAS en ordre public, celle que je peux décider, parce que je considère qu'il y a des troubles qui sont tellement graves que nous avons isolé un groupe et qu'il vaut mieux le contenir que le laisser progresser et commettre de nouvelles exactions.

20:01
Présentateur

Selon lui, il n'y a pas eu d'interpellation injustifiée non plus. Pourtant, dans la nuit du 16 au 17 mars dernier, 252 personnes ont été interpellées à Paris. Parmi elles, deux étudiants autrichiens de 15 ans ont été placés en garde à vue alors qu'ils étaient venus visiter la capitale dans le cadre d'un voyage scolaire. L'ambassade d'Autriche a dû intervenir pour faire libérer les deux étudiants. Voilà. Autre fait extrêmement grave pour finir. À Nantes, quatre étudiantes ont porté plainte pour violences sexuelles par personnes dépositaires de l'autorité publique contre des policiers les ayant contrôlés lors de la manifestation du 17 mars. L'IGPN a été saisi.

20:39
Emmanuel Macron

Je cite une victime. Faut que je fouille dans ta culotte. T'es sale. Ça me dégoûte. Tu sens mauvais. Je vais te fouiller dans la chatte. Qui a bien pu dire ça en glissant la main dans les parties génitales d'une jeune étudiante ? Des prédateurs sexuels ? Des criminels ? Il s'agit de policiers lors d'une fouille au corps mardi dernier dans ma circonscription. Monsieur le ministre, rendez-vous hommage à ces agents ou sanctionnez-vous ces pratiques et allez-vous surprendre les agents pendant la durée de l'enquête ?

21:06
Locuteur non identifié

D'où ça vient qu'un policier puisse s'autoriser ainsi à outrepasser la loi et pour ses femmes leur intimité ? Car il n'y a pas de passage à l'acte sans sentiment d'impunité. La réponse peut être trouvée ces derniers jours dans les déclarations d'Éric Dupond-Moretti qui appelle à la plus grande sévérité envers les manifestants ou encore de Gérald Darmanin qui, lorsqu'interrogé sur cette fouille illégale, répond par un silence avant de faire applaudir les policiers victimes de violences.

21:28
Emmanuel Macron

Comme vous, je voudrais avoir un mot pour ces 394 policiers et gendarmes blessés. Je veux dire également que depuis six jours, les policiers et les gendarmes font face et je l'ai dit tout à l'heure, à 1500, 1500 opérations non déclarées. Vous comparez des dégradations aux bâtiments à des violences sexistes et sexuelles nous ne nous habiterons jamais à votre indignité.

22:00
Présentateur

Plusieurs associations et syndicats dénoncent les violences policières trop nombreuses qui ont eu lieu durant ces derniers jours. C'est notamment le cas du syndicat de la magistrature qui écrit « Nous avons vu ces scènes indignes d'une démocratie, des policiers exerçant des violences illégitimes contre des manifestants et des streets médics, des interpellations collectives de manifestants en jouant de s'asseoir par dizaines à terre, main sur la tête, des journalistes faisant leur métier menacés ou brutalisés. Amnesty International France a également alerté sur le recours excessif à la force et aux arrestations abusives.

Comment s'étonner dès lors que de nombreuses personnes aient à nouveau peur d'aller manifester ? Comme c'était le cas déjà au moment du mouvement des Gilets jaunes marqué par les violences policières. Aujourd'hui, même les Nations Unies observent avec inquiétude les manifestations françaises. Clément Voule, rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association, a écrit sur Twitter. « Je suis de très près les manifestations en cours et rappelle que les manifestations pacifiques sont un droit fondamental que les autorités doivent garantir et protéger. Les agents des forces de l'ordre doivent les faciliter et éviter tout usage excessif de la force.

J'appelle les autorités à ouvrir des négociations avec les manifestants pour éviter toute détérioration. » Interrogé au 13h sur la contestation, Emmanuel Macron a osé comparer les manifestations contre la réforme des retraites à l'invasion du Capitole aux Etats-Unis. Alors que les deux n'ont absolument rien à voir.

23:26
Emmanuel Macron

« Quand les Etats-Unis d'Amérique ont vécu ce qu'ils ont vécu au Capitole, quand le Brésil a vécu ce qu'il a vécu, quand vous avez eu l'extrême violence en Allemagne, aux Pays-Bas ou parfois par le passé chez nous, je vous le dis très nettement, il faut dire on respecte, on écoute, on essaie d'avancer pour le pays et je vais y revenir parce que je veux qu'on parle du fond de cette réforme, mais on ne peut accepter ni les factieux ni les factions. »

23:47
Présentateur

Mais pas un mot sur les violences policières de la part des journalistes ou du président. On peut dès lors se demander ce qu'aurait dit le gouvernement si ces images de violences avaient été filmées dans un autre pays. Il aurait sûrement condamné les violences, appelées au respect des droits de l'homme et des populations souveraines à manifester. Mais lorsque c'est chez nous, il préfère apparemment fermer les yeux. Alors évidemment, dès que l'on s'interroge sur la santé démocratique de notre pays, on se voit souvent rétorquer « nous ne sommes pas en Corée du Nord ». Oui, bien sûr.

Mais est-ce que cela ne nous empêche pas pour autant d'essayer de combattre la déliquescence des fondamentaux démocratiques dans notre pays ? De s'interroger sur le poids démesuré des intérêts privés sur les décisions publiques, sur la faiblesse du Parlement ou sur les raisons d'une abstention toujours plus forte ? Si l'on prend un peu de recul, on réalise que plus la situation se tend, pandémie, crise sociale, crise économique, plus la réponse du gouvernement est autoritaire et sécuritaire.

Or, nous allons au devant de tensions majeures, notamment du fait de l'urgence écologique qui menace les équilibres géopolitiques, notre sécurité alimentaire, notre approvisionnement en eau et j'en passe. Face à toutes ces crises actuelles et à venir, la réponse ne peut être moins de démocratie, mais au contraire plus de démocratie. Plus notre démocratie sera forte, plus nous serons capables d'absorber les chocs à venir. Cela suppose donc de s'interroger sur les problèmes structurels de notre démocratie, sur l'exercice du pouvoir et de penser une réforme de nos institutions pour que les citoyens aient effectivement un mot à dire sur leur vie et leur avenir.

C'est la fin de cette vidéo, j'espère qu'elle vous a permis d'y voir plus clair sur la situation démocratique. Si vous voulez aller plus loin, nous avions déjà réalisé un décryptage à ce sujet avec Mathias Antoven il y a un peu plus d'un an. Vous pouvez le voir ici. Si ce thème vous intéresse, je ferai bientôt une nouvelle vidéo sur toutes les possibilités que nous avons aujourd'hui pour sortir de l'impasse démocratique, réformer les institutions et réinventer notre démocratie. N'hésitez pas à me le dire en commentaire. Et n'oubliez pas que Blast est un média indépendant, entièrement financé par vos dons et vos abonnements.

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