(P03) (INCYBER) Dépendances numériques... - Discours Anne Le Hénanff
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Bonjour à toutes et à tous, Monsieur le Président du Forum InCyber, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Préfet, Monsieur le Directeur Général de l'Annecy, cher Vincent Strubelle, Mesdames et Messieurs les chefs d'entreprise, Mesdames et Messieurs les représentants des services de l'Etat, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités. Le cyberespace est devenu un espace de compétition, de contestation et parfois même d'affrontements désinhibés en miroir des tensions géopolitiques et des rivalités internationales. Ce constat, c'est celui de la Revue Nationale Stratégique.
Il nous rappelle que la cybersécurité est devenue une condition sine qua non de notre liberté, de notre souveraineté et de notre autonomie stratégique. Malheureusement, à l'heure où la menace est constante, le niveau d'insouciance, voire d'ignorance face aux risques cyber reste encore trop élevé dans notre société, de sorte qu'il constitue encore trop souvent un sujet non prioritaire dans de nombreuses organisations publiques ou privées. Dans ce contexte, comment agir pour renforcer la résilience cyber de la nation ?
Notre objectif, c'est de renforcer la vigilance et la protection de l'ensemble de la nation. Pour ce faire, nous devons investir dans les talents, la formation, développer nos technologies et services de cybersécurité souverains. Avec eux, nous pourrons collectivement entraver l'expansion de la cybermenace et soutenir la sécurité et la stabilité du cyberspace en Europe et à l'international.
C'est tout le sens de la nouvelle stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 que j'ai présentée il y a deux mois au campus cyber de Nouvelle-Aquitaine, établie sous le pilotage du SGDSN et de l'ANSI. Premièrement, nous devons renforcer la résilience cyber collective de la nation, c'est-à-dire partager et entretenir la conscience des menaces, des risques, avec notamment des campagnes de sensibilisation nationale, la conduite d'exercices de crise et les moyens de faciliter l'appréhension globale des enjeux. Il est nécessaire de rehausser le niveau de protection de chaque entité, de chaque organisation.
Comment ? Concrètement, ce serait d'abord par la création, et ce sera d'abord, pas du conditionnel, la création d'une marque nationale de prévention. Ensuite, la création d'un portail national de la cybersécurité du quotidien qui sera pilotée par le GIP Astima pour offrir à un large public une information claire et un aiguillage vers les bons dispositifs.
Cybermalveillance.gouv.fr, mes services cyber, 17 cyber, entre autres, pour n'en citer que quelques-uns.
Ensuite, l'Observatoire national de la résilience cyber aura pour objectif, quant à lui, de produire en temps réel l'état de la menace. Il s'articulera autour de deux axes, la collecte, l'agrégation, l'exploitation de données cyber, aujourd'hui dispersées au sein de l'écosystème national, et puis la mise à disposition de la connaissance de la menace cyber à travers l'accès à des données brutes. Ensuite, la transposition de la directive NIS2.
Je sais que M. le député Philippe Latombe est là, je le salue. La transposition de la directive NIS2 nous aidera par ailleurs à atteindre un niveau minimum de protection pour les entités importantes et essentielles.
Vous pouvez compter sur mon engagement, ainsi que sur celui du président de la commission spéciale, pour que le projet de la loi résilience soit inscrit dès que possible à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. En attendant, le référentiel Cyber France, présenté récemment par l'ANSI, liste les mesures recommandées pour atteindre les objectifs de sécurité fixés par NIS2 et oriente sur la mise en œuvre des bonnes pratiques. Cette approche est la bonne.
N'attendez pas pour vous mettre en conformité. N'attendez pas la transposition de NIS2 pour vous mettre en conformité. Le réhaussement global du niveau de cybersécurité et de cyberprotection nécessite que l'ensemble du tissu économique et social prenne part à l'effort de sécurisation, avec le souci de maîtriser le risque tout au long de la chaîne de sous-traitance.
Nous passerons donc aussi au niveau de l'État par l'incitation avec la création d'un label de confiance élaboré en coopération avec l'écosystème cyber qui permettra aux PME de bénéficier d'une présomption de conformité au référentiel de la directive européenne NIS2 et de favoriser ainsi l'émergence d'une offre d'accompagnement adaptée. Les PME labellisées pourront ainsi valoriser leurs démarches auprès de leurs partenaires, assureurs, banques, clients. Je n'oublie pas le décret de mise en œuvre de l'article 31 de la loi sécurisée et régulée l'espace numérique sur le recours au cloud de confiance qui sera publié dans les prochains jours.
Pour que cette mobilisation générale soit possible, il est crucial de renforcer considérablement les compétences et les talents. Notre objectif est de faire de la France le plus grand vivier de talents cyber en Europe. Plusieurs dispositifs existent.
Je pense notamment à la campagne « Demain spécialiste cyber » lancée en 2023 qui a permis de mettre à la disposition des équipes éducatives plus d'une centaine de ressources cyber et fiches métiers ainsi que de nombreux dispositifs phares. Je pense également au dispositif cyber en jeu qui a permis de former plus de 230 000 élèves en deux ans. Le challenge « Passe ton hack » d'abord en partenariat avec le ComSciber qui a réuni, lui, plus de 20 000 élèves en 2025.
Ou encore l'opération « Cactus » sous l'égide du J-Pastima pour sensibiliser au risque d'hameçonnage près de 2,5 millions d'élèves. En parallèle, le campus cyber a lancé le projet « Talent cyber » pour sensibiliser le grand public aux enjeux cyber et faciliter leur orientation grâce à une plateforme présentant une sélection de formations cyber et de stages. Demain, nous irons plus loin encore pour développer, dès le plus jeune âge, une culture inclusive de la cybersécurité pour renforcer tous les pans de la formation en cybersécurité avec une plateforme nationale d'orientation pour soutenir au développement de la formation continue.
Permettez-moi à ce sujet de partager un enjeu qui me tient particulièrement à cœur et je pense que je ne suis pas la seule dans cette salle. On en parle régulièrement avec mes enjeux locuteurs, quels qu'ils soient, civils, militaires, publics, privés, l'engagement des filles dans les métiers de la cybersécurité. Malheureusement, ce domaine est encore marqué par des préjugés tenaces, en particulier l'idée selon laquelle ces métiers sont par essence masculins.
Nous devons impérativement combattre ces préjugés en investissant dès le plus jeune âge dans le champ éducatif et dans le champ culturel. Je souhaite m'adresser directement aux jeunes filles qui n'osent pas s'engager dans ces filières. Vous y avez toute votre place.
Aucune raison valable ne pourrait expliquer que vous n'y soyez pas dans cette filière. Et puis la deuxième raison, c'est que nous avons besoin de vous, nous ne pouvons nous passer de la moitié de la population française, et notamment des jeunes, pour remplir ces défis qui nous attendent. Sur un autre plan, nous devons également investir dans les technologies et les services de sécurité, de cybersécurité souverains, et structurer le marché cyber au niveau européen.
C'est notamment grâce à vos solutions de cybersécurité que notre pays atteindra l'objectif de résilience cyber de premier plan fixé dans la revue nationale stratégique. Et je serai à vos côtés pour vous soutenir. En 2025, selon Tic-Ao Capital, les jeunes pousses de la cybersécurité ont levé 15,6 milliards d'euros, soit une hausse de 32% en un an.
Le nombre de levées de fonds bat, lui, des records absolus, avec 866 opérations recensées. Je m'en réjouis, évidemment. Quelle meilleure démonstration de l'attractivité du secteur de la cybersécurité pour les investisseurs français et étrangers ?
Le gouvernement participe à cette dynamique à travers le plan France 2030. Plusieurs dispositifs ont d'ores et déjà permis de soutenir des entreprises de cybersécurité françaises. Je pense à l'appel à projets développement de technologies innovantes critiques, axés sur la protection des données, qui comprend une enveloppe de 35 millions d'euros.
Dans le cadre de la première relève, cinq entreprises ont bénéficié d'un soutien financier à hauteur d'un peu plus d'11 millions d'euros. D'autres entreprises bénéficieront de ce fonds dans le cadre de la seconde relève de l'appel à projets. Par ailleurs, dans le cadre du grand défi cyber haute intensité, 35 millions d'euros ont été débloqués pour financer la création d'un SOC amélioré pour faire face aux nouvelles menaces cyber induites par le développement de l'IA.
Le soutien aux entreprises passe aussi par la mise à disposition de financements pour soutenir le rehaussement de leur niveau propre de maturité cyber. C'est tout l'objectif du dispositif cyber-PME, accompagner les PME dans des secteurs critiques, tels que l'aéronautique, l'énergie, pour renforcer leur niveau de cyber-maturité. A ce jour, 54 PME ont été accompagnées dans le cadre de la phase 2 du dispositif pour un montant de 3,2 millions d'euros.
Le gouvernement a également le devoir d'anticiper les futures menaces pour gagner les combats de demain. Nous devons nous préparer ensemble aux révolutions que constitue l'émergence de l'intelligence artificielle et du calcul quantique. En plus des vulnérabilités de cybersécurité usuelles, les systèmes d'IA sont exposés à des vulnérabilités spécifiques liées à leur modèle.
Il nous faut accompagner le développement indispensable de l'IA par l'élaboration d'un cadre permettant d'évaluer la cybersécurité des systèmes d'IA. C'est pourquoi nous avons créé l'Institut national pour l'évaluation et la sécurité de l'IA. A un horizon plus prospectif, nous devrons également relever le défi de l'émergence des technologies quantiques.
La France dispose d'atouts formidables et nous n'avons pas à rougir des avancées majeures de nos pépites qui placent notre pays au rang des meilleurs mondiaux. Je pense à Pascal, à Candela, à Alice et Bob, Kobli, C12. C'est également vrai de nos centres de recherche comme l'INRIA ou l'école polytechnique.
Du point de vue de la cybersécurité, la nécessité de passer à la cryptographie post-quantique s'impose. La France est engagée depuis plusieurs années pour développer de nouveaux algorithmes de cryptographie post-quantique résistant aux capacités de calcul de l'ordinateur quantique. Désormais, il s'agit de commencer à déployer les systèmes de cryptographie post-quantique dans la vie réelle pour les données qui resteront sensibles dans 10 ans.
Nous voulons aussi structurer le marché européen des produits et services de cybersécurité avec une politique industrielle pensée à l'échelle européenne et le déploiement du cadre de certification européen. En effet, nous souhaitons créer des conditions de marché qui permettent aux offres souveraines de passer à l'échelle. C'est pourquoi je défends, au niveau de l'Europe, une préférence européenne dans le domaine du numérique.
C'est la position que je porte dès que je me trouve à des échelons européens, des rencontres au niveau européen, avec des textes structurants à venir. Je pense évidemment au Cloud and AI Development Act. Je pense à la révision du Cyber Security Act.
Depuis le sommet de Berlin, nous avançons avec l'Allemagne pour définir ce qu'est un service numérique européen. Je souris parce que ce n'est pas toujours facile de se mettre d'accord et d'avoir les mêmes définitions entre la France et l'Allemagne. Mais je suis assez optimiste.
On avance pas à pas. Et je pense que la France et l'Allemagne pourront prochainement proposer une définition de ce qu'est un service numérique européen. Nous travaillons sur des critères concrets comme la localisation du siège social de la société, la localisation de l'hébergement des données, la localisation des effectifs liés à l'exploitation du service numérique.
Voilà quelques critères sur lesquels nous sommes en train de discuter. Ces critères, évidemment, pour être acceptés par les 27, doivent être co-construits. C'est pourquoi une consultation sera lancée dès le mois d'avril afin de recueillir votre avis.
Au-delà de ces enjeux de préférence européenne, nous devons faire en sorte de distinguer au niveau européen les offres garantissant un haut niveau de sécurité, comme nous le faisons en France avec Secnum Cloud. C'est la position que nous continuons et que nous continuerons de porter en Europe. Mesdames et messieurs, c'est en s'appuyant sur ces forces que nous devrons collectivement entraver l'expansion de la cybermenace.
Bien sûr, l'État doit d'abord être lui-même exemplaire en la matière. Je ne rentrerai pas ici dans le détail des leviers de riposte étatiques à la main du gouvernement, bien sûr, mais je peux partager avec vous que je réunirai à cet effet vendredi, et pour la première fois au niveau ministre, avec Davine Amiel, l'instance stratégique de sécurité numérique de Bercy, qui réunit l'ensemble des directions et services du ministère pour dresser la feuille de route de ce ministère en matière de cybersécurité. Et j'incite, j'invite mes collègues ministres à le faire également chacun au niveau de leur ministère.
J'aurai l'occasion d'y passer des messages forts ce vendredi à l'attention des directeurs d'administration centrale qui seront présents, mais également de leur témoigner toute ma confiance pour faire de Bercy un ministère exemplaire en matière de cybersécurité. Surtout, nous voulons également vous mobiliser pleinement, vous, les acteurs privés, de manière très opérationnelle. Nous mettrons en place un ensemble de mesures de protection pour détecter, caractériser au plus tôt les attaques, dans le but de les bloquer.
Nous déploierons le filtre anti-arnaque, filtre de cybersécurité à destination du grand public, visant à prévenir l'accès au site web malveillant. Sa mise en œuvre a été confiée à l'OFAC. Nous allons en outre renforcer le partage d'informations techniques sur les menaces de l'État entre les services de l'État et les secteurs privés via le développement de l'InterCert France.
Enfin, puisque nous sommes au Forum InCyber, rappelons une évidence, c'est aussi en européen que nous atteindrons nos ambitions. Cela passe par des coopérations accrues avec nos partenaires, une mutualisation des savoir-faire et un agenda industriel ambitieux afin de construire ensemble un cyberespace sûr, ouvert, démocratique. Cela implique de pouvoir promouvoir un cadre et une gouvernance garantissant la sécurité et la stabilité du cyberespace.
La France et l'Europe ont dû faire face à d'innombrables défis dans leur histoire. Nous avons tous les atouts nécessaires pour les relever, j'en suis convaincue. Pour ma part, attachés à l'équipe de France et au collectif, je suis convaincue qu'ensemble, nous pouvons faire de notre pays la nation de référence en Europe en matière de cybersécurité, et le forum InCyber y contribue très largement.
Merci à vous pour cette constance, pour la qualité des événements en marge du salon. Merci également pour le choix de la thématique de cette année, maîtriser nos dépendances numériques, qui fait écho à un des axes prioritaires de mon action en tant que ministre, la souveraineté numérique, ou je dirais plus aisément l'autonomie stratégique. Je l'aime de plus en plus, ce terme.
Merci à tous pour votre ascension. Bon salon, et puis c'est parti pour une très longue déambulation. J'ai hâte de voir ce que vous proposez cette année.
Merci.