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interviewRTL — L'invité de 7h40· 30 avril 2026 11 min

Olivier Faure sur les superprofits de TotalEnergies : "Une forme d'indécence"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Thomas Soto, RTL Matin. Il est 7h42, il est le premier secrétaire du Parti Socialiste. Olivier Faure est donc l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Olivier Faure. Bonjour à vous, Thomas Soto. La guerre est donc profitable à Total, avec ses bénéfices en hausse de 51% sur un an. Total qui, dans la foulée, a annoncé une hausse de 5,9% des dividendes reversés aux actionnaires. Non, ces résultats n'ont rien de choquant, disait à l'instant François Langlais. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ? Est-ce que vous faites partie des démagogues que dénonçait François à l'instant ?

0:29
Olivier Faure

Est-ce que vraiment la question mérite d'être posée ? Mais enfin, vous en connaissez la réponse. Évidemment, je ne suis pas d'accord avec François Langlais. Dire que si les Français veulent vivre au mieux, qu'ils viennent tous actionnaires de Total, j'avoue que j'ai été un peu sidéré par l'éditorial économique de François Langlais ce matin. La réalité, c'est que l'indécence de cette situation, je ne dis pas que les entreprises ne doivent pas être profitables, elles doivent l'être. Mais comment imaginer qu'une entreprise tire des bénéfices simplement liés au fait qu'il y a une guerre illégale qui est menée aujourd'hui par Donald Trump au Proche-Orient ?

1:10
Présentateur

Pourquoi vous appellez le mot indécent ? Ce n'est pas indécent pour une entreprise de gagner de l'argent.

1:14
Olivier Faure

Non, mais en revanche, gagner de l'argent parce que la guerre existe, parce qu'il y a des gens qui aujourd'hui en souffrent, oui, il y a une forme d'indécence. Et je dois dire que dans notre histoire, en France, à chaque grand moment, à chaque grande guerre, en réalité, 1914-1918, 1939-1945, à chaque fois, l'État a toujours considéré que ceux qui avaient profité de la guerre devaient contribuer au redressement du pays. Ça a été vrai à chaque étape et on a considéré, même à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qu'on revenait sur tous les profits qui avaient été considérés comme, en réalité, indignes pendant toute la période de la guerre.

1:51
Présentateur

Ils sont indignés, les profits de Total, aujourd'hui ?

1:53
Olivier Faure

Oui, je pense que quand on profite de la guerre et quand on n'a rien fait de particulier, il n'y a pas un génie particulier qui soit attribuable à cette hausse des bénéfices de Total. Il n'y a pas eu une innovation technologique quelconque. Il n'y a aucun souffle nouveau qui vient justifier le fait qu'il gagne davantage d'argent. Quand une entreprise provoque une innovation de rupture, qu'elle est sur un marché où elle est la première, il y a une logique à ce qu'elle gagne plus d'argent. Là, qu'est-ce qu'ils ont fait de plus que d'habitude ?

2:24
Présentateur

Vous dites quoi, Olivier ? Vous dites qu'il faut que Total reverse intégralement tout cet argent indu, si j'ai bien compris.

2:30
Olivier Faure

Oui, en fait, ce que nous avons déposé comme proposition de loi hier avec Boris Vallaud, Philippe Brun, Estelle Mercier et les socialistes du groupe, nous avons déposé une proposition de loi qui est une proposition qui vise à taxer les super profits pour les entreprises qui font plus de 750 millions de chiffre d'affaires.

2:47
Présentateur

Donc, les très grosses entreprises.

2:48
Olivier Faure

Très grosses entreprises. Ce serait comment, combien ? Très simplement. Qu'est-ce qu'il y a dans cette proposition de loi ? Total, ce serait 2 milliards. C'est-à-dire simplement qu'en fait, quand on prend la moyenne des trois dernières années, on regarde ce qu'était le chiffre d'affaires et quel était le bénéfice habituel. Et sur cette moyenne-là, quand on a dépassé cette moyenne de plus de 1,2, plus 1,5, etc., avec des taux progressifs, eh bien là, on est taxé à 20, 30 ou 40 %.

3:15
Présentateur

Ça serait rétroactif ou pas ? Parce que normalement, une loi n'est pas rétroactive.

3:18
Olivier Faure

Ça ne peut pas être rétroactif.

3:19
Présentateur

Donc, c'est à partir du moment où elle est votée ? Oui. D'accord. Donc, ça ne taxerait pas les profits dont on parle ce matin ?

3:25
Olivier Faure

Pas ceux-là ? C'est difficile de revenir en arrière. Mais la réalité, c'est qu'il faut la faire vite. C'est une proposition d'intérêt général. Et je souhaite qu'effectivement, on puisse la faire adopter rapidement, pour une raison simple. C'est que cet argent-là, de la même façon que l'État s'est engagé par la voix du Premier ministre à ce que les sur-taxes reçues, perçues grâce à l'augmentation du prix du baril, eh bien, en fait, cet argent sera intégralement redistribué en direction des grands rouleurs, de toutes celles et ceux qui ont besoin de leur voiture. Avec des aides ciblées. Avec des aides ciblées.

Avec, je pense, aux infirmières libérales, je pense à toutes celles et ceux qui sont aides à domicile, je pense aux taxis, je pense à tous ceux qui ont besoin de leur véhicule. J'habite à 45 km de Paris. Eh bien, dans ma circonscription, les gens font la navette, pour une part d'entre eux en tout cas, entre Paris et la Grande Couronne. Et ça suppose qu'à un moment, ces gens-là soient aidés, accompagnés, parce que ça pèse lourd. Et puis, au-delà de tout ça, c'est vrai aussi qu'il va falloir se poser la question des salaires.

parce que le vrai sujet, on parle souvent du pouvoir d'achat, mais le poids d'achat, il peut très bien augmenter facialement, mais en réalité, le reste à vivre, ce qui nous est disponible après les dépenses contraintes, il peut lui diminuer en même temps. Et donc, il va falloir qu'à un moment aussi, on se pose la question de ce qu'est le reste à vivre des Français aujourd'hui. Et donc, ça supposera aussi que les entreprises, et je pense notamment à la question du SMIC, mais pas exclusivement, il va falloir que les entreprises comprennent aussi qu'elles ont des salariés qui aujourd'hui tirent la langue.

4:53
Présentateur

Et à ceux qui disent à propos de Total en substance, attention, c'est un jeu dangereux. Vous voulez taxer vos Total de 2 milliards, si j'ai bien compris. Si vous les embêtez, ils vont partir. Ils vont mettre le siège social de Total à l'étranger. À l'instant, sur TF1, la porte-parole du gouvernement, Maude Bréjean, dit avoir un pétrolier national, c'est aussi un outil de souveraineté pour le pays.

5:12
Olivier Faure

Mais moi, je crois au civisme, y compris de Patrick Pouyanné. Vous n'avez pas peur qu'ils partent ? Je ne crois pas qu'il est une entreprise française, c'est une entreprise qui fait partie de notre quotidien depuis si longtemps. Et je n'imagine pas, à chaque fois, c'est toujours la même histoire qu'on nous raconte, les grands patrons vont partir, les sièges sociaux vont s'exporter, etc. La vérité, c'est qu'heureusement, même ces gens-là savent très bien qu'ils peuvent ne pas augmenter les dividendes de 6%. C'est possible. Et ils savent très bien qu'ils comprennent les actionnaires ne les quitteront pas parce que ce sont des entreprises qui sont très profitables. C'est du cinéma.

Et donc, il y a beaucoup de cinéma autour de tout ça. Et la réalité, c'est qu'il n'y a aucun risque de voir Total s'enfuir où que ce soit.

5:52
Présentateur

Total dit, on les partage les bénéfices puisqu'on a bloqué les prix. Et c'est vrai que ce sont les seules stations-service où les prix du diesel et du sans-plomb sont plafonnés. Ce n'est pas suffisant ? Ils vont annoncer la prolongation pour le mois de mai

6:04
Olivier Faure

de ce plafonnement ? Ce n'est pas suffisant. La preuve en est, c'est qu'ils ont réalisé des bénéfices extraordinaires. parce que, enfin, on ne va pas entrer dans la technique trop, mais en réalité, c'est parce que Total a été habile en achetant tôt des flux de pétrole disponibles. Et donc, quand le cours... On ne peut pas leur reprocher

6:28
Présentateur

de mal gérer, on ne peut pas leur reprocher d'être habile.

6:30
Olivier Faure

Mais on ne peut pas leur reprocher quoi que ce soit, on ne peut pas leur reprocher l'habileté. Moi, ce que je dis simplement, c'est que leur part de civisme, c'est que quand un pays va mal, quand les Français vont mal, les entreprises qui sont très profitables, elles doivent contribuer en acceptant une accession de leurs super profits.

6:45
Présentateur

Emmanuel Macron a appelé le gouvernement à réfléchir à de nouvelles réponses. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a dit à peu près la même chose. Pourquoi ne pas baisser les taxes sur le carburant ? Il y avait à l'époque une baisse sur la TIPP qu'on appelle... qui a changé de nom aujourd'hui, mais c'est le même principe. Et sous Lionel Jospin, en 2001, cette TIPP avait été baissée et ça avait fait baisser le prix du litre de 60 centimes, je crois, à l'époque, pourquoi ne pas retourner dans ce dispositif ?

7:11
Olivier Faure

Si vous voulez qu'on entre dans la technique, on le peut le faire. Non, ce n'est pas technique,

7:18
Présentateur

c'est politique.

7:19
Olivier Faure

Oui, mais la réalité, il y a deux réalités. Il y a une réalité technique dans laquelle on ne rentrera pas et il y a une deuxième réalité, c'est qu'en fait, on peut réinstaller un bouclier tarifaire. Mais le bouclier tarifaire, il se compte en milliards. Or, vous l'avez compris, l'État ne récupère pas des milliards. 170 millions pour l'instant, d'après ce que dit le gouvernement.

Donc, on est très très loin d'avoir cette capacité-là et moi, je veux bien qu'on dise que désormais la seule priorité, c'est le prix du carburant, qu'on prend des mesures générales qui profiteront aussi bien à celui qui roule en SUV qu'à celui qui a une voiture qui lui permet d'aller travailler et qui est une voiture modeste et que, donc, on a des mesures d'ordre général. Moi, je prône des mesures qui soient ciblées sur celles et ceux qui en ont réellement besoin. Donc, ce qu'a commencé à faire le gouvernement, mais de manière amplifiée. Oui. C'est ça ? Oui, bien sûr. D'accord.

Qu'il y ait un plus grand nombre de bénéficiaires, que ce soit sur une durée plus longue, parce que, malheureusement, ce que l'on comprend désormais, c'est que la crise va durer et que ce que Donald Trump vient de déclarer, c'est-à-dire qu'il pense bloquer les réserves pendant plusieurs mois. Et donc, les conséquences vont être terribles. Chacun l'a bien compris. Et donc, ça suppose qu'on prenne des mesures qui soient aussi très redistributives. Donc, d'abord, en direction de celles et ceux qui en ont besoin et non pas en direction de ceux qui peuvent, malgré tout, payer un carburant plus cher.

8:34
Présentateur

Olivier Faure, cette crise va durer et va peser sur la campagne présidentielle qui vient. Il y a quelqu'un qui se sent de plus en plus à l'aise dans cette pré-campagne, c'est François Hollande. Est-ce que vous pourriez vous effacer devant lui ? Est-ce que ça pourrait être le candidat qui met tout le monde d'accord chez les socialistes ?

8:46
Olivier Faure

Je doute que ce soit celui qui met tout le monde d'accord, mais moi, je n'ai aucun problème avec quiconque dès lors qu'il passe par un mode de sélection que tout le monde comprend. La primaire. La primaire. Vous y participerez, vous, ou pas ? Mais je ne sais pas encore ce que je ferai. Ce que je veux dire, c'est que moi, je suis... Vous n'avez pas ce que vous ferez. Moi, je plaide. Non, parce que je plaide pour qu'il y ait un mécanisme qui conduise à un candidat commun de la gauche hors et les filles. Et donc, ce que je ne veux pas, c'est que nous reproduisions ce que nous avons connu déjà à trois reprises. Première reprise, la première fois, c'était avec Lionel Jospin et le 21 avril 2002.

Cinq, six, sept candidats de gauche au premier tour, aucun au second et l'extrême droite qui nous remplace. Eh bien, moi, je souhaite que cette fois-ci, il y ait un seul candidat de cette gauche réformiste, de cette gauche démocratique et écologique. Et ça suppose qu'à un moment, on se met d'accord sur la façon d'y parvenir. Et moi, je vois cette multiplication. Mais on a... En fait, vous parlez de François Hollande, mais enfin, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann, Edondavier, Romguez, Olivier Vallo, Romguez, François Ruffin, Clémentine Autun. Enfin, ça ne peut pas durer.

On ne peut pas continuer à désespérer les Françaises et les Français en multipliant les ambitions et en n'ayant pas le moyen, à un moment, d'arriver à quelque chose de clair, de simple. C'est qu'il y aura un seul ou une seule candidate pour cette élection, pour l'espace que nous représentons.

10:06
Présentateur

Rapidement, demain 1er mai, est-ce que vous pourriez aller acheter de la viande chez ce boucher qu'on entendait dans le journal de 7h sur RTL qui va ouvrir demain en ne respectant pas la loi ? Est-ce qu'il faudrait Oui, moi je crois

10:16
Olivier Faure

au respect de la règle et la règle, c'est que le 1er mai, qui est le seul jour qui est entièrement chômé par quasiment tous les Français, en dehors de ceux qui ont des activités, notamment dans les services publics, qui sont indispensables. Mais la vérité, c'est que ce jour-là est un jour, j'allais dire sacré, n'exagérons pas. En tout cas, c'est un jour qui a été balisé parce qu'il est le jour où nous rendons hommage à la fois au combat, de celles et ceux qui n'ont pas mis un droit du travail qui sont un droit du travail qui permet de protéger les salariés et puis en même temps, c'est aussi le jour où on fête les travailleurs et non pas simplement le travail.

10:52
Présentateur

Merci beaucoup Olivier Ford

10:53
Olivier Faure

d'être venu.