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interviewBFM TV (sur Dailymotion)· 12 juin 2026 24 min

Lyhanna : quelles zones d'ombre face aux enquêteurs ? - 12/06

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Allez, de retour sur le plateau de BFM, grand soir, et on va tout de suite prendre la direction de Florence, où vous vous trouvez, Boris Karlamoff. Vous avez assisté aujourd'hui à cette cérémonie, un temps de recueillement, mais aussi l'occasion pour les habitants d'exprimer une colère. Une douzaine de jours après l'arrestation de Jérôme Barrella, ils attendent maintenant des réponses qui ne viennent toujours pas, Boris. Absolument, les réponses sont encore nombreuses. Deux semaines après la disparition et l'enlèvement de Lyanna, 11 ans, les obsèques de cet enfant se sont donc déroulés à Florence cet après-midi. Près de 400 personnes ont participé à ces funérailles.

Il y a l'émotion, mais encore la colère. La colère, puisqu'ils attendent toutes ces personnes des réponses de la part de la justice, des réponses de la part des enquêteurs, avec une question principale. Quelles sont les causes de la mort de Lyanna ? Selon les informations du service pour les justices de BFM TV, l'autopsie de Lyanna est bel et bien terminée, puisque le corps a été remis à la famille pour procéder au funérail aujourd'hui. Les expertises Anama, taux pathologiques sur les prélèvements réalisés sur son corps, sont en cours d'expertise dans un laboratoire. Et puis il y a l'expertise du véhicule, forcément, de Jérôme Barrella, qui est bel et bien terminée.

Mais désormais, les enquêteurs exploitent toutes les données récoltées dans la voiture. Pourquoi est-ce que ce véhicule est au cœur des investigations aujourd'hui ? Eh bien parce que c'est dans ce véhicule que Lyanna a été vue pour la toute dernière fois, aux côtés du principal suspect, c'était le 29 mai dernier. Cette voiture, ce que l'on sait selon les informations du service pour les justices, c'est que ce véhicule est assez ancien. Donc il y a forcément moins d'informations à récolter que dans une voiture moderne. C'est beaucoup plus difficile. Voilà ce que confie une source proche de l'enquête.

Désormais, nous sommes dans l'attente d'une communication du procureur de la République d'Agin pour avoir les résultats de cette autopsie. Et donc savoir enfin de quoi est décédée la jeune Lyanna, 11 ans.

2:00
Invité

Boris Karlamov avec Marc Gossef depuis Florence. La commune partagée ce soir, on le comprend bien, entre l'émotion et cette colère légitime. Légitime forcément face à cette tragédie qui aurait sans doute pu être évitée si seulement tous les signaux avaient été repérés. Vous verrez dans un instant qu'ils étaient nombreux, ces signaux. Mais d'abord, bonsoir Caroline Le Gendre. Un petit mot peut-être sur cette cérémonie, ce temps de recueillement important. Il est important de le marquer. C'est ce qu'a dit le maire de Florence. Au-delà du symbole national, Lyanna était une collégienne de 11 ans. Bien sûr, oui.

Bien sûr, effectivement, tous ces rituels que constituent les obsèques, le temps de recueillement, je crois que c'est un moment fondamental pour la famille, pour l'entourage. Et puis, effectivement, l'entourage, on le voit bien, est très important et très nombreux. Tout ce soutien et cette solidarité est très important pour aider la famille à supporter l'insurmontable.

2:56
Présentateur

Même si le plus dur arrive, il y a le temps du deuil, on a dit, bien évidemment. Et Dominique Rizet, il y a le temps aussi où on va apprendre les résultats de l'autopsie. On se doute bien que des sens obligent, un jour comme aujourd'hui, peut-être qu'on n'allait pas avoir les résultats de l'autopsie maintenant. Néanmoins, est-ce qu'on les aura dans les prochains jours ? Et on attend, évidemment, les parents attendent, la famille attendent des réponses aux questions sur les conditions de la mort de cet enfant de ronc.

3:19
Invité

Oui, le corps a été rendu à la famille, ce qui a permis cette cérémonie aujourd'hui, et c'est important. Mais la justice, elle, n'a pas les réponses qu'elle attend. Cet homme, qui est le suspect numéro un, n'a pas donné de réponse, ni aux enquêteurs, ou très peu, et pas du tout à la justice.

3:35
Présentateur

Pas du tout au juge d'instruction.

3:36
Invité

Il a décidé de faire valoir son droit au silence devant le juge d'instruction. On a un avocat ici qui nous dira si c'est bien, si c'est pas bien, si c'est le conseil d'un avocat. Ça ne veut pas dire qu'il ne parlera pas par la suite. Est-ce qu'il acceptera, madame la psychologue, de se déverrouiller et de parler ? Est-ce que, mis face à des éléments concrets, indiscutables sur l'autopsie ou autre chose, il acceptera de parler ? On en a vu beaucoup qui sont bloqués au départ.

Et puis, Nordal-Lelandais, quand on leur dit, il y a du sang dans la voiture, dans ta voiture, maintenant il va falloir parler, il finit par avancer pas à pas vers la vérité, mais effectivement là, c'était le temps des obsèques et on tombe un week-end. Et je pense qu'à partir de lundi ou mardi, la justice va commencer à communiquer sur des éléments que le juge d'instruction voudra bien communiquer, donner et qui feront sans doute avancer le dossier, espérons-le. – Ce soir, Jérôme Barrella est toujours en prison, il est au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan. – Mont-de-Marsan, il est à l'isolement. – Placé à l'isolement.

– Est-ce qu'il est possible qu'il puisse être confronté aux résultats d'autopsie ? Par exemple, pour pouvoir le faire, pour l'instant, il n'a toujours pas avoué le meurtre, il est présumé innocent. – Absolument, ça viendra Dominique, ça viendra forcément un jour, le juge d'instruction le convaincra dans son bureau, il arrivera avec son conseil qui sera un avocat pénaliste et il se sera entretenu avant. L'avocat aura peut-être des éléments sur ce que le juge a montré à Jérôme Barrella comme élément et puis ils se parleront tous les deux, lui et son conseil.

Ensuite, il y aura l'entretien devant le magistrat et à ce moment-là, peut-être que des choses se produiront et qu'on en apprendra un peu sur les raisons de son silence et peut-être parlera-t-il.

5:30
Présentateur

– Dominique, justement, à partir de quel moment il peut parler ? Peut-être à un moment où on va lui confronter des éléments matériels, peut-être des traces de pneus près du silo, par exemple, ça, ça peut le faire parler ?

5:38
Invité

– Absolument, il y aura le résultat d'autopsie, on connaîtra les raisons du décès de Liana et puis il y a peut-être des éléments dans le dossier que les gendarmes ont trouvé. – En arrivant près de ce silo, je vous rappelle que le décès de Liana, c'est entre vendredi 15h05, moment où elle sort du collège, et puis le moment où M. Barrella est interpellé. Donc, il y a quelques heures, les gendarmes sont arrivés très très vite sur place, une semaine après, même pas quatre jours après. Donc, il peut y avoir des traces, c'est un endroit qui était peu fréquenté, il peut y avoir des traces de voitures que les gendarmes ont relevées sur le sol.

6:19
Présentateur

– On dit que c'est une vieille voiture, une 3008 en tracite, mais il y a un GPS, paraît-il. Donc, on va étudier le GPS aussi.

6:23
Invité

– Peut-être que le GPS va amener les gendarmes, va prouver que la voiture de ce monsieur est allée près du silo, peut-être que les pneus, des empreintes de pneus, pourraient correspondre à des pneus du modèle de sa voiture, etc. Il y a peut-être autre chose qu'on va retrouver sur place, des choses sur le corps de l'enfant qui correspondent à ses vêtements, des particules de vêtements. Dans plein d'affaires judiciaires, on a trouvé ça. Si je touche mon voisin avec ma veste, je vais laisser des particules, des cellules épithéliales, mais aussi des particules de mon vêtement. On verra du marron sur une veste verte.

Et tout ça, ce sont des éléments qui, Franck, à un moment, lui dira, « Monsieur, ce n'est pas possible que vous n'ayez pas été à cet endroit-là, à ce moment-là ». – Votre voisin, c'est Maître Delamore, dire « Bonsoir, vous êtes avocat pénaliste au barreau de Paris ». Est-ce qu'il est possible, même si nous n'avons pas d'informations, nous, à ce stade, sur les résultats de l'autopsie, que les parents de l'IANA puissent être informés maintenant que l'inhumation a eu lieu et maintenant que le temps du deuil est passé, celui de l'enquête arrive ? – Alors, en fait, il y a deux temps, généralement, quand il y a un rapport d'expertise qui est rendu, c'est-à-dire qu'il y a les résultats.

Certains résultats peuvent être communiqués, on va dire, à l'oral, entre l'expert et le juge d'instruction, qui peut décider, en son âme et conscience, d'en faire part au conseil, par exemple, des parents. C'est possible, mais sûrement, le rapport final d'expertise va être notifié dans un délai qui est plus important. – On comprend que ces parents attendent ce soir des réponses aussi. Nous attendons les réponses, mais les premiers, ce sont eux, depuis 12 jours, de savoir ce qui s'est passé. – Oui, c'est sûr qu'ils peuvent avoir une information orale, partielle, etc. Mais en fait, l'instruction, c'est vraiment un moment contradictoire avec des délais à respecter, etc.

Donc ça va prendre sûrement un peu de temps. J'imagine aussi qu'un juge d'instruction va laisser les parents vivre le moment du deuil dans une certaine sérénité. J'aimerais relever ce qu'a dit Dominique, qui est très intéressant, c'est qu'il y a une forme de paradoxe sur la parole, c'est-à-dire que pendant l'enquête, en fait, les preuves objectives scientifiques parlent souvent avant les accusés. C'est-à-dire que pour qu'un accusé parle, il faut qu'il y ait des preuves ADN, des preuves scientifiques, la téléphonie, etc. Mais quand elles existent, ces preuves-là, la parole n'est plus vraiment nécessaire, en fait. Ces preuves objectives suffisent.

Mais je vais aller dire qu'on n'a pas besoin d'aveux, forcément. Le fait qu'ils n'avouent pas n'est pas un handicap. Je vais même vous dire quelque chose qui me semble important comme pénalise. Je l'ai vu. Les aveux sont parfois d'une platitude extrême. C'est le néant absolu, en fait. Les excuses, c'est un des moments que je redoute le plus à l'audience. Parce que, quel sens, ça ? Comment vous les demandez pardon après un crime comme ça ? C'est inaudible. C'est inaudible, c'est indicible. Et en fait, c'est d'une extrême platitude, généralement, ce moment d'excuses à l'audience. Donc, si vous voulez, la parole, elle est attendue. Et en même temps, ce sera probablement un non-événement.

9:33
Présentateur

Ce qu'attendent aussi les parents, certainement, Dominique Rizet, c'est l'heure aussi du décès de leur fille. On ne sait pas si c'est avant ou après que Jérôme Barrella soit allé à la fête de l'école de l'une de ses filles.

9:45
Invité

Oui, on sait que le décès peut se produire entre 15h05 et 18h30, heure à laquelle il revient à l'école. Mais peut-être après aussi, il voudrait dire qu'il serait revenu à l'école et qu'il serait retourné ensuite sur place. C'est important parce qu'un pénaliste comme Vincent, comme maître de la Morondière, va dire, non, mais moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Vous me dites que l'heure du décès, c'est telle heure. Mais si vous êtes pour la défense, mais mon client, à cette heure-ci, n'était pas là. J'ai la preuve qu'il était ailleurs. Et donc, ça complexifie le dossier. Bon, même si tout le monde pense que...

Vous voyez bien, dans un dossier, on en parlait comme celui de la disparition de Delphine Jubilard et de la condamnation de son mari Cédric Jubilard. Il y a des zones d'ombre. On n'a pas de corps, on n'a pas de scène de crime, on n'a pas d'aveu, mais à l'issue, on a une condamnation parce que les jurés ont considéré, la Cour d'assises a considéré que cet homme-là était l'auteur du meurtre de sa femme. Mais les avocats de Cédric Jubilard peuvent s'engouffrer dans des failles ou des pénalistes en disant ça. J'installe le doute dans la tête des jurés. Non, on n'est pas d'accord avec ça. Alors, il a raison. C'est une stratégie de défense, mais il y en a d'autres.

Et aussi, je le dis, moi, ça m'est arrivé dans un dossier d'aller tellement vite vers les aveux que la juge d'instruction, et c'était une histoire de meurtre, a dû refaire sa série de questions. Elle a mis fin à l'interrogatoire tellement mon client avait avoué vite des faits extrêmement graves. Donc, en fait, c'est une stratégie, mais vous avez aussi le choix de faire une réponse non stratégique, c'est-à-dire d'avouer, d'expliquer, d'éclairer les faits. Et ça peut être aussi quelque chose qui peut avoir un intérêt pour les familles de la personne accusée.

Parce que j'aimerais le dire aussi, quand vous défendez un accusé qui s'enferme dans le mensonge, qui est dans le déni, sa famille devient folle. Parce qu'il dit, mais c'est la justice qui est folle. Alors qu'en fait, lui, je l'ai vu, ça.

11:37
Présentateur

Vous l'avez constaté à plusieurs reprises, ça ?

11:38
Invité

En tout cas, au moins une reprise, deux reprises, on va dire, pour des faits très graves, notamment un meurtre. Quelqu'un qui a dit, pour ma famille et pour la famille de la victime, je vais faire le choix d'avouer vite pour qu'il ne devienne pas fou. Caroline Legendre, au cœur de cette enquête, il y a trois heures, les trois heures pendant lesquelles Jérôme Barrella disparaît avec Liana. On parlait tout à l'heure des excuses, peut-être que la famille attend ou pas. Est-ce que la famille a besoin de savoir, est-ce que c'est important de savoir ce qui s'est passé pendant ces trois heures, même si, probablement, ça peut faire très mal de l'entendre ?

Je crois qu'effectivement, la famille est confrontée. On a parlé de colère partagée par la famille, par l'entourage. Je pense qu'il y a aussi un énorme sentiment d'incompréhension, évidemment, qui vient se rajouter au choc terrible et complètement irreprésentable, infigurable, qui est de perdre un enfant. Et effectivement, on a besoin de mettre du sens sur quelque chose d'insensé.

Et je pense qu'effectivement, le fait de pouvoir avoir des éléments de compréhension, même aussi douloureux soit-il, puisque, effectivement, il peut s'agir d'imaginer la souffrance de cette petite fille, mais je pense que c'est important, effectivement, d'avoir des éléments de compréhension sur le contexte, le contexte de la disparition et de ce qu'elle a subi. Maître, vous confirmez, c'est important pour les familles de pouvoir obtenir toute la vérité et le récit de ce qui s'est passé ? On parlait de ces trois heures pendant lesquelles Liana a disparu avec Jérôme Barrella ? Je pense que, légitimement, il y a une infinité de questions qui se posent.

– Et certaines resteront sans réponse, en fait ? – Voilà, en fait, je suis désolé de le dire, mais il n'y a jamais une bonne explication, il n'y aura jamais une explication qui va mettre fin à la souffrance. – Mais j'allais vous demander, est-ce que ces explications, elles sont nécessaires pour faire un deuil, tout simplement ? – On va dire que c'est une étape nécessaire, mais pas suffisante.

13:40
Présentateur

– Et après, on ne fait jamais le deuil d'un enfant non plus ?

13:41
Invité

– Exact, c'est impossible. – Et ces explications, en tout cas celles de l'auteur, au moment où on est vraiment aux assises, elles se ressemblent souvent pour des meurtres d'enfants, et c'est souvent, j'ai paniqué, j'ai eu un moment de folie, je ne comprends pas ce qui s'est passé, je l'ai étranglé, j'ai serré mes mains, je n'ai plus voulu qu'elles existent. C'est toujours… Les versions, je trouve, se ressemblent souvent pour des meurtres d'enfants. On n'est pas un auteur qui dit, voilà, je l'ai étranglé, je l'ai tué. Parce que, alors que dans les meurtres d'adultes, c'est, je ne supportais plus mon mari, je ne supportais plus ma femme, à un moment, ben voilà, je l'ai tué.

Mais pour les enfants, c'est jamais ça, jamais.

14:25
Présentateur

– Sur l'enquête, qu'est-ce qu'on sait sur le corps de cet enfant de 11 ans ? Il n'y a pas eu de choc, c'est ça ? C'est tout ce qu'on sait peut-être ?

14:32
Invité

– Le procureur nous dit, il faut que je fasse très attention, je n'ai pas toutes mes notes ici, mais le procureur nous dit, à ce stade de l'autopsie, on le sait assez vite, on ne sait pas, on ne peut pas dire quelles sont les causes de la mort. On ne voit pas de traces visibles sur le corps. Voilà, c'est tout ce qu'on sait.

14:52
Présentateur

– Mais est-ce qu'on peut en déduire quoi ? C'est-à-dire qu'il y a peut-être toute une série d'interrogations sur l'asphyxie notamment, par exemple ?

14:58
Invité

A priori, il n'y a pas de traces extérieures sur le corps, ça veut dire pas de coup de couteau, pas de plaie par balle, pas de coup avec un objet contondant, donc ça peut laisser supposer, encore une fois je dis, ça peut laisser supposer un étouffement ou un étranglement. – Parmi les questions qui restent ce soir encore sans réponse, il y a évidemment celle des responsabilités. La justice doit-elle rendre des comptes ?

Il y avait manifestement des signaux qui auraient dû même alerter les enquêteurs sur le profil de Jérôme Barrella, notamment des informations, Nicolas Dumas, vous allez tout nous dire ce soir, transmises par un organisme américain qui lutte contre la pédocriminalité, le NECMEC, expliquez-nous. – Oui, le NECMEC, c'est un organisme américain reconnu dans le monde pour son action contre la pédocriminalité. Les fournisseurs d'accès à Internet, les géants du web, les réseaux sociaux lui transmettent des signalements. Ces alertes, elles concernent notamment des adultes soupçonnés de chercher à entrer en contact sexuellement avec un mineur ou de consulter et de partager des contenus pédocriminels.

En ce qui concerne l'activité en ligne de Jérôme Barrella, elle avait été repérée par le NECMEC, puis signalée à plusieurs reprises avant l'affaire Liana. Ces informations, elles ont été transmises à l'office mineur, l'OFMINE, et c'est le service français de la police judiciaire qui est chargé de lutter contre les violences sexuelles faites aux mineurs. Mais ces signalements se sont perdus parmi des milliers d'autres. Et ce n'est qu'après la disparition de l'IANA que les enquêteurs ont recherché la trace de Jérôme Barrella dans ces données et que l'identité s'est révélée être la sienne.

Toutefois, à ce stade, on ne connaît pas le contenu des signalements, leur date ou encore leur exploitation, à savoir si elles ont pu permettre d'avoir des informations pour les enquêteurs.

16:48
Présentateur

Mais alors Nicolas, une question qu'on se pose tous, pourquoi cette recherche intervient-elle si tardivement ?

16:53
Invité

En fait, il faut comprendre que chaque année, les autorités françaises, elles ont environ 200 000 signalements qui sont transmis par le NECMEC. Selon l'ancienne chef de l'office mineur, la France, c'est le quatrième pays au monde à héberger le plus de contenus pédocriminels derrière les États-Unis, la Russie et les Pays-Bas. Et en 2023, au total, c'est 318 000 signalements liés à des comportements pédocriminels qui ont été enregistrés en France. Mais faute de moyens, moins de 1% ont pu être traités. L'office mineur, il est créé depuis 2023 et devait compter 85 enquêteurs. Mais aujourd'hui, il y en a seulement une quarantaine.

À titre de comparaison, au Royaume-Uni, c'est 800 enquêteurs qui sont mobilisés par le pays. Autre difficulté dans cette affaire, ce sont les signalements. Les autorités ne disposent pas forcément de l'identité complète des suspects, mais par exemple d'un numéro de téléphone mobile, comme c'était le cas pour Jérôme Barrella, ou alors d'un pseudo et encore d'une adresse IP, ce qui rallonge les investigations pour les autorités. – Merci beaucoup Nicolas Dumas. On est en ligne avec David Galtier, ancien sous-directeur de la police judiciaire pour la gendarmerie nationale. Cet organisme américain vous dit quelque chose ? C'est signalement ? Ça ne vous surprend pas ? – Bonsoir M. Tenda.

Écoutez, je ne suis pas surpris par cet organisme naturellement. Nous le connaissons. Et je rappelle au passage que c'est la gendarmerie avec le CNEIP, qui est le centre national de l'analyse des images pédopornographiques, qui dès le début des années 2000 avait commencé à initier un travail en ce sens, à recenser, à récupérer un certain nombre de données. Et puis, c'est un mal français. C'est-à-dire que nous avons là une espèce de centralisation permanente de l'information avec des points de passage obligés. Et lorsqu'il y a 200 000 signalements par an, aller vers un seul organisme, aussi puissant, aussi... soit-il, comme l'office des mineurs, eh bien cela ne suffit pas.

Qu'il soit 40, qu'il soit 60, qu'il soit 80, c'est la même chose. En réalité, lorsque nous avons affaire, et c'est le cas aujourd'hui, de la pédocriminalité, à une criminalité de masse, c'est l'ensemble des enquêteurs, officiers de police judiciaire, qui doivent pouvoir avoir accès à ces fichiers, à ces données. Et c'est possible. Alors, faire de l'office, le point central, naturellement, d'entrer des données venant des pays tiers, et notamment des États-Unis, c'est une évidence.

En revanche, que chaque enquêteur, saisi, et il y a 40 000 dossiers en souffrance chaque année, au sein même de la gendarmerie, une plainte tous les quarts d'heure, puisse aller vers cette consultation des données, c'est un impératif. Et je crois que la clé, finalement, de la rapidité, de la fluidité d'une enquête, consiste à donner à l'ensemble des enquêteurs et des officiers de police judiciaire la clé de ces fichiers.

20:22
Présentateur

Restez avec nous, Général Galtier, Philippe Jankiewicz. Vous confirmez qu'il y a trop de fichiers, trop de sous-fichiers ?

20:27
Invité

Il y a beaucoup de fichiers. Oui, il y en a énormément. Et bon, on a des fichiers pour tout. Donc, maintenant, il faut bien les consulter, il faut bien rentrer les données, il faut bien analyser ce qu'on met dedans et que ça soit bien approprié aux fichiers. Donc, oui, il y a des fichiers, il y a des sous-dossiers, oui.

20:46
Présentateur

Mais est-ce que les Britanniques travaillent mieux que nous ? On parle de 800 enquêteurs là où on en a, nous, 40. Est-ce qu'ils ont trois longueurs d'avance sur nous ?

20:55
Invité

Je ne sais pas au niveau... Ils ont du monde. C'est ça qui est important. C'est qu'ils ont du personnel, ils ont beaucoup de monde, ils nous manquent du personnel. Ça, c'est évident. Entre 800 et 40, ça fait quand même une grande, grande différence. Après, on ne sait pas parce qu'ils vont être 800 qu'il y a une grande efficacité. Il faut être surtout bien ciblé les choses. 40 enquêteurs en France contre 800 au Royaume-Uni. On s'imagine que c'est impossible de traiter toutes les plaintes et tous les signalements qui arrivent. Ce signalement de Jérôme Barrella, il était là et pourtant, il s'est perdu dans les strates d'autres signalements. On va être clair.

C'est le point commun avec le problème du traitement de la plainte lui-même. C'est-à-dire 4 800 000 plaintes par an, 1 900 000 classés, sans outils algorithmiques et IA. Les procureurs ne peuvent pas faire l'orientation. Donc pas d'outils, c'est ça le problème ? Non, c'est une incapacité numérique à traiter la data. Là, vous avez 318 000 signalements, mais qu'est-ce qui en a été fait ? Vous avez une incapacité numérique et aussi de fonctionnaires, de services qui sont insuffisants à traiter la data. Avec ce que nous disait Nicolas, c'est-à-dire des pseudos et récupérer les pseudos, c'est très compliqué d'aller trouver, le travail est titanesque. Oui, en même temps, tout est traçable en fait.

Tout est traçable. Mais ce n'est pas notre culture et je vais vous le dire. Ah, merci. La preuve pénale en France est adaptée. On sait poser un couteau avec des taches de sang dans une fiche de CD. Mais la preuve pénale numérique, on ne sait pas faire. On n'est pas formés. Et moi, je commence à demander juste les datas de téléphonie pour essayer de les exploiter. Nous, les avocats, la justice, les magistrats, on n'a pas accès ni à la data numérique sous forme numérique.

22:37
Présentateur

Donc, on est en retard

22:37
Invité

numériquement en France. Ni au logiciel pour la traiter. Mais ça veut dire que toute la chaîne pénale et aussi les auxiliaires de justice que nous sommes, on n'a ni les logiciels ni la data, on ne peut rien en faire. Et on a des problèmes de fichiers aujourd'hui dans le Parisien. La procureure de Paris est la patronne du parquet des mineurs. Pardon, je n'ai pas son nom. La procureure, c'est Laure Bécuot. Je ne me souviens plus du nom de la proc mineure, de la chef du parquet mineur. Madame Bécuot parle de ces fichiers police et gendarmerie auxquels elle n'a pas accès. Les magistrats n'ont pas accès. Un jour en France, il va falloir se dire la CNIL, c'est bien.

Mais on va un peu oublier la CNIL. On va lui demander d'être un peu compréhensive. Et on va accepter de croiser les fichiers police, les fichiers gendarmerie, le fichier cassiopée, l'otage, le traitement des antécédents judiciaires, les fichiers police. Et on va essayer de faire quelque chose de cohérent pour que quand on appuie sur le bouton et qu'on écrit Jérôme Barrella, le fichier réponde quelque chose.

Que le fichier réponde, il est connu, il n'a pas été condamné, mais il est entendu, il est concerné dans une affaire d'attouchement, il est concerné dans une affaire de violence sexuelle ou autre, pour que, enfin, quelqu'un puisse se dire « Ok, ce type-là, il avait quelque chose auparavant, on me le signale encore aujourd'hui, je vais décrocher mon téléphone et je vais bouger ». Là, aujourd'hui, en France, ce n'est pas possible. Visiblement, on nous l'explique, ça n'est pas possible. – Sous-titrage FR 2021