Instant Porcher | Sanofi, doliprane : "Macron laisse faire" décryptage d'un nouveau scandale d'État
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Questions et réponses
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- 3:08RelanceRéponse partielle
Pardon, mais sanctions si quoi ? Engagement à quoi ?
- 3:59OuverteRéponse directe
Pourquoi ce rachat suscite autant de remontées politiques ?
- 6:40OuverteRéponse partielle
Est-ce que tu y crois ? La France est-elle indépendante en médicaments ?
- 10:00OuverteRéponse partielle
La nationalisation de Sanofi est-elle une piste envisagée ?
- 12:38OuverteRéponse directe
Sanofi a reçu 1 milliard de crédit d'impôt en 10 ans, est-ce justifié ?
- 13:49FerméeÉludée
Avez-vous des objectifs chiffrés pour les investissements en France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:22Invité politiqueFait
« Nous ne bloquons pas par principe. »
- 2:34Invité politiqueFait
« Ce qui est important, c'est de faire en sorte que ces engagements soient respectés. »
- 2:53Invité politiqueFait
« Il y a le fait d'inscrire dans l'accord des sanctions, des sanctions en particulier pécuniaires. »
- 3:10Invité politiqueFait
« Sanctions si des engagements sur le maintien de l'emploi, par exemple, ne sont pas respectés. »
- 3:24Invité politiqueFait
« Ça fait également partie de l'accord que de fixer des délais durant lesquels les engagements sont valables. »
- 12:49Invité politiqueFait
« La première des contreparties aux aides comme celle que vous venez d'indiquer, le crédit d'impôt recherche, c'est de consentir des investissements en matière de R&D. »
- 13:13Invité politiqueFait
« Nous avons engagé, depuis maintenant 7 ans, un processus qui a amené à la réindustrialisation, qui a amené au retour de l'emploi industriel en France. »
- 16:07PrésentateurFait
« Acheter les agriculteurs pour faire passer le traité de libre-échange avec le Mercosur. »
- 16:43PrésentateurFait
« Nous demandons le respect substantiel des accords de Paris sur le climat, des clauses miroirs et la protection des intérêts des industries et des agriculteurs européens. »
Temps de parole
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- Présentateur24 %
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Salut Lisa.
Alors avec toi aujourd'hui au programme, le Doliprane vendu aux Américains et l'Union Européenne tente d'acheter les agriculteurs. C'est parti. Le Doliprane vendu aux Américains, c'est le scandale industriel qui a occupé les politiques la semaine dernière. Le géant pharmaceutique français Sanofi a annoncé la cession potentielle de 50% de sa filiale Opela qui produit des médicaments grand public sans ordonnance dont le Doliprane, un fonds d'investissement américain Clayton Dubili & Rice. L'entreprise s'explique, le projet potentiel d'indépendance d'Opela s'inscrit dans la stratégie de Sanofi de se concentrer sur les médicaments et les vaccins innovants.
Il y a quelques mois, Sanofi avait déjà supprimé 330 emplois en recherche et développement en France. Ils assuraient à ce moment-là que la France sera au cœur de ses futurs projets de recrutement avec au moins 500 recrutements CDI d'ici 2026 et 300 créations de postes sur des métiers en tension. Le fonds français PAI a remis 200 millions sur la table hors délai après le scandale et espère revenir dans la course. Avec cette vente, plusieurs centaines d'emplois français sont de nouveau menacés. Les syndicats ont lancé une grève illimitée depuis jeudi dernier. Les réactions politiques n'ont pas manqué.
Le parti socialiste demande l'activation du décret Montebourg qui permet à l'État de bloquer une vente une fois finalisée. Marc Ferracci, ministre de l'Industrie, s'est expliqué sur France Info.
Nous ne bloquons pas par principe. Nous exigeons un certain nombre d'engagements qui sont absolument essentiels et je vous les ai rappelés il y a un instant. Ce qui est important, c'est de faire en sorte que ces engagements soient respectés. Et moi, je suis d'abord soucieux que les engagements soient des engagements écrits, pas simplement des engagements oraux des dirigeants de Sanofi et d'Opela. Et puis, plus généralement, je suis soucieux que des leviers existent. Parmi ces leviers, il y a d'abord le fait, effectivement, en cas d'engagement insuffisant, de pouvoir bloquer la vente. C'est une possibilité technique, donc rien n'est exclu à cet égard.
Il y a le fait d'inscrire dans l'accord des sanctions, des sanctions en particulier pécuniaires. Et ça aussi, ça fera partie de l'accord qui sera négocié et signé sans lequel je l'inscrive.
Pardon, mais sanctions si quoi ? Engagement à quoi ?
Sanctions si des engagements sur le maintien de l'emploi, par exemple, ne sont pas respectés. Si des engagements sur le maintien de la R&D en France ne sont pas respectés. Si des engagements sur les volumes produits ne sont pas respectés. Tout ça, ça peut faire partie d'un accord et ça a vocation à faire partie d'un accord.
Donc pour qu'on soit clair, vous mettez des objectifs et vous dites, si ces objectifs ne sont pas respectés au bout de je ne sais pas combien d'années, sanctions.
Voilà, ça fait également partie de l'accord que de fixer des délais durant lesquels les engagements sont valables.
Ça n'avait pas fait peur à ArcelorMittal à l'époque.
Oui, mais vous savez, chaque dossier d'abord est différent. Et ensuite, le contexte, vous le voyez, d'ailleurs la raison pour laquelle nous en discutons, c'est que le contexte est un contexte extrêmement symbolique dans lequel il y a beaucoup d'investissements politiques et dans lequel nous nous devons, nous en tant que gouvernement, d'être très exigeants sur les engagements et aussi sur les leviers pour les faire respecter et donc sur les sanctions.
Tout d'abord, tu as vu la réaction du ministre de l'Industrie. Pourquoi ce rachat suscite autant de remonts politiques ?
Quand je vois la réaction de M. Ferracci, qui est un économiste par ailleurs, brillant, qui est aujourd'hui ministre de l'Industrie, quand il commence sa phrase en disant « nous ne bloquons pas par principe », on voit bien qu'il y a toute une logique derrière, en fait, qui est là. De ne pas bloquer, parce qu'il ne faut pas bloquer. Derrière le blocage, c'est le protectionnisme, et le protectionnisme, c'est pas bien.
Et puis, vous savez, il y a toute cette, comment vous dire, toute cette philosophie des gens qui ont fait des grandes écoles, y compris même quand on retrouve certains articles de gens de gauche qui nous disaient qu'il fallait se séparer des usines et pour se concentrer uniquement sur les services ou les productions à forte valeur ajoutée. C'est exactement ce que dit Sanofi aujourd'hui. Il dit « on se sépare du Doliprane, le principe actif, il est déjà importé d'Asie, nous on ne fait que le produit fini, on n'en a plus besoin. Et puis, ça va être entre les mains des Américains.
Et puis, la mondialisation, c'est super parce que quand on a besoin de quelque chose, on peut le fabriquer moins cher à l'autre bout de la planète et on l'aura tout de suite. Sauf qu'il y a eu le Covid. Quand il y a eu le Covid, on s'est rendu compte qu'il suffisait qu'il y ait des petites pressions, parfois, un décalage entre l'offre et la demande, pour que les pays, en fait, se replient sur eux-mêmes. Le capital, en réalité, il a une nationalité. Là, si c'est Américain, s'ils ont besoin de Doliprane aux Etats-Unis en priorité, ils le donneront aux Américains. C'est ça, c'est tout. Aujourd'hui, le capital a une nationalité. Nous le savons tous, nous l'avons découvert pendant le Covid.
Quand nous avons eu besoin, à un moment, de médicaments, d'anesthésiens qu'on n'en avait pas, on en a demandé à d'autres pays, à l'Inde, et l'Inde a dit non, mais moi, j'en ai besoin. Et c'est tout. Donc, je pensais qu'on était revenus de cette histoire. Je pensais qu'on parlait de réindustrialisation, qu'on avait reparlé de souveraineté industrielle. Et là, on se rend compte qu'en fait, non, tout continue. Et que la logique, cette logique de dire que par principe, on ne doit pas s'opposer à ça, mais on doit demander des garanties qui seront écrites. Mais on va vous faire une liste du nombre de fois où les promesses n'ont pas été tenues dans les rachats.
Là, je pense qu'on peut faire une très grande liste d'entreprises françaises qui ont été rachetées et dont les promesses n'ont jamais été tenues. D'accord ? Donc, on en est toujours à la même étape. C'est-à-dire que, bon, écoutez, on perd le doliprane. L'année dernière, il y a eu des pénuries de doliprane pour les enfants. On s'en souvient. Mais on continue. Allez, hop, on continue. Il n'y a plus de principe actif. Maintenant, il n'y aura plus de produits finis qui seront fabriqués. Donc, on sera entièrement dépendant de l'amont à l'aval sur la production du doliprane. Que dire ?
Justement, tu parlais du Covid. Pendant cette crise, on avait connu des problèmes au niveau de l'approvisionnement en paracétamol. Emmanuel Macron avait pris l'engagement de relancer la production de paracétamol en France. Et le ministre, dans cette interview qu'on vient de voir un extrait, l'a redit. Ça va commencer en 2025. On va relocaliser le paracétamol en 2025. Est-ce que tu y crois ? Est-ce que la France, elle est vraiment indépendante ou pas en termes de médicaments ? Parce qu'on a connu d'autres. On avait connu des problèmes sur l'amoxicilline. On a connu des problèmes sur les médicaments pour avorter. Enfin, on en a connu plusieurs ces dernières années.
Nous avons découvert ces dernières années, avec une forte augmentation, des pénuries de médicaments. Ce qui n'existait pas en France il y a 15 ans ou 10 ans. Là, il y a eu des pénuries sur des médicaments parfois importants, notamment des médicaments de diabétiques. Il y a eu des pénuries très importantes. Donc, je vais dire que c'est quelque chose qu'on n'avait jamais connu. Et ces pénuries, elles sont dues au fait, justement, que nous ne maîtrisons plus les productions. Les productions sont produites ailleurs. Je veux dire, les principes actifs, il y a 20 ans, on en produisait deux tiers en Europe. Aujourd'hui, les deux tiers sont produits en Asie.
Et nous nous apportons la majorité de nos principes actifs. Donc là, en réalité, c'est... Je veux dire, là, on parle du produit fini, pas du principe actif, du produit fini. Là, on voit que c'est la dernière, on va dire, la dernière étape de la délocalisation complète, quasiment, de la production de médicaments en France. Et c'est un symbole important de l'oliprane, parce que c'est un médicament que nous utilisons beaucoup. C'est un médicament aussi dont on a beaucoup parlé pendant le Covid, puisque pendant le Covid, on disait, restez chez vous, si vous faites de la fièvre, prenez de l'oliprane. Vous vous en souvenez ?
Donc, c'est quand même le symbole, pour moi, des dernières délocalisations. Et nous n'avons pas tenu les leçons, pour moi, des effets pervers de la mondialisation. Et surtout, que nous n'en tenons pas les leçons à un moment où tout le monde revient là-dessus. C'est-à-dire que les États-Unis, eux, dans une situation pareille, ils bloqueraient la vente. Parce qu'eux, ils ont beaucoup de principes, mais qu'ils n'appliquent pas chez eux. Vous voyez ? Ils bloqueraient, ils ont bloqué, mais beaucoup plus de ventes que nous ne l'avons fait en France. Le décret Montebourg a utilisé beaucoup... Enfin, l'équivalent de son décret Montebourg aux États-Unis a utilisé beaucoup plus de fois qu'en France.
Parce que eux, quand ils jugent qu'un produit est stratégique, et la preuve en est, c'est que là, quand même, ils rappellent chaque le doigt du problème, quand ils jugent qu'un produit est stratégique, ils bloquent la vente. Nous, nous avons des principes pour vraiment l'utiliser que très rarement, sur des éléments vraiment, on va dire, stratégiques, ou parce que, politiquement, il y a trop de remous, on se dit, bon, on va l'utiliser. Mais le principe a été rappelé par le ministre, c'est de laisser faire la mondialisation.
Et après, ce qui est étonnant, c'est que vous allez avoir toujours le grand discours de Macron, à un moment, ou d'un président, qui va arriver le prochain, ou je ne sais qui, qui va vous dire, nous avons été les grands naïfs de la mondialisation. Mais on n'en peut plus de ces discours. Qui vont nous dire, écoutez, il faut changer le logiciel. La Chine l'a changé, les Etats-Unis l'ont changé, mais on ne le changera pas. On ne le changera pas parce que ce logiciel, il est ancré, ancré dans la tête de nos dirigeants.
Il y a beau y avoir des crises, il y a beau y avoir des tensions géopolitiques, des guerres, qui nous rappellent la vulnérabilité que nous avons, et cette vulnérabilité que nous avons créée par des choix politiques, parce que, quand il y a eu la guerre en Ukraine, nous avons vu que nous avons créé une vulnérabilité énergétique, en cassant nos monopoles publics, en créant le marché de l'énergie, en libéralisant les marchés de l'énergie. On a vu qu'on a créé une vulnérabilité, une dépendance vis-à-vis des pays étrangers. Vulnérabilité parce qu'il y avait une fluctuation des cours très forte, et dépendance vis-à-vis des pays étrangers. Et bien, qu'est-ce qui change ? Pas grand-chose, en fait.
Donc, à chaque fois qu'il y a une étape comme ça, qui nous prouve qu'on est vulnérable, en fait, on dit, bon, on va changer, mais le logiciel est tellement ancré que ça se poursuit.
Il y a des politiques de gauche qui proposent, par exemple, la nationalisation de l'entreprise. Est-ce que, pour toi, c'est une piste, une solution envisagée, ou envisageable, plutôt, ou pas du tout ?
Alors, ça dépend. Moi, je bloquerais plutôt la vente, mais effectivement, il y a des entreprises, aujourd'hui, qui devraient, peut-être pas nationaliser, où l'État devrait prendre une partie du capital. Voilà, pour pouvoir avoir un pouvoir de décision. Après, moi, j'étais contre les privatisations. Je rappelle quand même que, depuis les années 80, on a à peu près 70 grandes entreprises qui ont été privatisées entièrement ou en partie, comme, par exemple, nos énergéticiens. Et ça, c'était pas acceptable. Donc, oui, il faut que la force publique, la force publique, c'est les entreprises publiques, elle peut plus facilement les commander.
Encore une fois, il faut avoir quand même à la tête de l'État des stratèges. Parce que si, à la tête de l'État, vous avez des gens qui ont le logiciel que je vous ai dit, là, qui est le logiciel où, finalement, il faut laisser faire, il faut que la mondialisation nous apporte beaucoup de choses, il faut se concentrer sur la recherche et laisser nos usines s'arrêter, bon, que ce soit public ou privé, ça ne change absolument rien. Non, mais c'est ça. Parce que, quand Mitterrand a fait ses nationalisations, c'était très bien, il a fait des nationalisations, Mitterrand, dans les années 80.
Mais les patrons qu'il a mis à la tête de ses nationalisations, ils pensaient exactement comme des patrons du privé. C'est-à-dire que, pour eux, c'était le profit, la baisse des coûts. Ils n'avaient pas de vision stratégique. Si vous nationalisez une entreprise, il faut la sortir des jeux du marché et considérer que c'est un produit stratégique. Donc, vous voyez, par exemple, si on reproduit tous nos Doliprane, du principe actif jusqu'au produit fini, là, ça va coûter quand même beaucoup plus cher. Parce que ça va coûter 40% plus cher.
Parce que nous n'avons pas les mêmes normes environnementales et normes sociales aussi, même s'il y a très peu, c'est quand même beaucoup fait par des machines. Il y a très peu de main-d'oeuvre quand même. Mais nous n'avons aussi pas les mêmes normes sociales pour les mains-d'oeuvre. Donc, ça va être plus cher. Ça va être beaucoup plus cher. Donc, si c'est plus cher, comment il faut faire ? Il faut que la Sécu rembourse une plus grande partie de certains médicaments. Il faut accepter un moment...
C'est parce qu'il est prévu par le gouvernement.
Voilà, mais il faut accepter à un moment que ça va être comme ça. Mais c'est un produit stratégique. Donc, il faut qu'on l'ait sous la main. Après, c'est un produit stratégique. On le sort des règles du marché. Il va coûter plus cher. Il va coûter plus cher. On va faire en sorte qu'à la consommation, il soit moins cher ou plus pris en charge. Voilà, mais c'est toute une politique vraiment de l'amont à l'aval jusqu'au remboursement qui doit être mis en place. Or, ce n'est pas du tout le but aujourd'hui.
Justement, tu disais que les dirigeants actuels voulaient laisser faire, obéir aux règles du marché, etc. Laissez faire, mais pas trop quand même, dans le sens où, on le sait, les aides aux entreprises sont le premier poste de dépense de l'État aujourd'hui. Sanofi, c'est 1 milliard de crédit d'impôt en 10 ans, selon un rapport sénatorial. Opela, c'est 6,3% de croissance, 5 milliards de chiffre d'affaires. Et ça a été rappelé au ministre qui s'est exprimé là-dessus.
D'abord, la première des contreparties aux aides comme celle que vous venez d'indiquer, le crédit d'impôt recherche, c'est de consentir des investissements en matière de R&D. Et donc, il y a quelque chose qui est mesurable, qui est quantifiable. Ce sont les investissements qui sont consentis. Ensuite, moi, je vais vous dire, j'assume d'aider les entreprises, et en particulier les entreprises industrielles, à se développer. Parce que tous nos concurrents le font. Et le font parfois de manière beaucoup plus massive que nous. Ils le font depuis des années.
Nous, nous avons engagé, depuis maintenant 7 ans, un processus qui a amené à la réindustrialisation, qui a amené au retour de l'emploi industriel en France. On crée des emplois alors qu'on en détruisait. On rouvre des sites alors qu'on en fermait, de manière nette. Et donc, à un moment ou à un autre, il faut savoir ce qu'on veut. Nous, ce que nous souhaitons, c'est tenir au fond deux objectifs. Protéger l'emploi existant et la recherche existante. Et c'est ce que nous allons faire avec les engagements que nous allons demander à Sanofi. Mais aussi, faire en sorte que des emplois se créent dans les années et les mois prochains. Faire en sorte que des investissements soient consentis.
Et donc, on ne doit pas dissuader.
Là aussi, avec des objectifs chiffrés ?
On ne doit pas dissuader. On ne doit pas dissuader. Je n'ai pas d'objectif à vous donner sur ce que va être l'investissement ou les investissements étrangers en France dans les prochaines années. Mais en tout cas, nous avons un cap. Ce cap, nous n'avons pas vocation à en dévier. Qu'est-ce que tu penses
de la stratégie industrielle en général ?
Là où je rejoins. C'est-à-dire qu'il ne faut pas hésiter à aider des grandes entreprises. Mais après, il faut vérifier où vont ces aides. Il y a beaucoup de travaux qui montrent que les aides aux entreprises ont des courbes assez corrélées avec les dividendes versés aux actionnaires et que l'investissement a plutôt stagné. Donc là, si les aides ne vont pas dans l'investissement, dans la recherche, parce que Sanofi a quand même un échec énorme qui n'a pas trouvé de vaccins pendant le Covid. C'était quand même un échec flagrant dans la compétition. Ils n'ont pas réussi et même après coup, ils n'ont pas réussi. Donc là, alors qu'ils ont beaucoup d'aides de l'État.
Donc oui, bien sûr qu'il faut aider nos entreprises. Je veux dire, aujourd'hui, les panneaux solaires chinois sont subventionnés. Les voitures électriques chinoises sont subventionnées. Les États-Unis aident énormément leur entreprise. Il faut les aider, mais il faut les aider avec des conditions. Il ne faut pas les aider en leur donnant de l'argent et après, on ne sait pas où l'argent va parce qu'il n'y a pas les investissements nécessaires, parce qu'il n'y a pas des emplois créés et ça profite parce qu'il y a des délocalisations. Dans les aides, il faudrait qu'il y ait des conditions sur la délocalisation, sur le rachat d'une partie des entreprises, etc.
Or là, le CICE, ça a été quand même des conditions extrêmement légères et qui n'ont pas créé le million d'emplois qui était prévu, qui ne se sont pas transformés non plus en investissements aussi flagrants. La courbe est plutôt basse et qui était de l'argent qui a été probablement dans les poches des actionnaires.
Et les syndicats sont inquiets de la perte d'emplois que ça pourrait faire en France, cette vente. On rappelle qu'un emploi industriel en moins, c'est trois emplois dans les services publics en moins. En plus, corréler un budget qui annonce quand même une stagnation des investissements dans les services publics. Enfin, pas d'investissements, en fait.
C'est des situations que nous avons déjà connues et nous connaissons toujours les conséquences en termes de perte d'emploi mais aussi en termes de perte de savoir-faire. Je veux dire, ce n'est pas comme si c'était la première fois que ça arrivait. Et moi, ce qui m'étonne, c'est qu'il y ait encore des gens qui défendent ça.
Acheter les agriculteurs pour faire passer le traité de libre-échange avec le Mercosur. Politico révèle que la Commission européenne travaille sur un fonds de compensation pour les agriculteurs pour pallier les conséquences négatives de l'accord UE-Mercosur et faire plier la France qui se positionne contre. De la viande contre des voitures, c'est non-message au gouvernement et à la Commission européenne. Nous ne sommes ni à vendre ni à acheter, affirme la Confédération paysanne. Emmanuel Macron, lui, a réitéré son refus à Bruxelles.
Nous demandons le respect substantiel des accords de Paris sur le climat, des clauses miroirs et la protection des intérêts des industries et des agriculteurs européens, a-t-il déclaré à Bruxelles. Je l'ai dit. En quoi, Thomas, les traités de libre-échange ne sont plus adaptés au XXIe siècle ?
Écoutez, c'est très simple. Déjà, ce n'est pas comme si on n'avait pas d'échange au niveau mondial et pas d'échange avec des pays comme le Brésil ou des pays d'Amérique latine. Je me souviens, moi, que les agriculteurs se plaignaient justement des productions agricoles du Brésil et qui trouvaient que le Brésil les concurrençait sur des segments en produisant des coûts beaucoup plus faibles. Mais ces traités de libre-échange y vont encore plus loin. C'est-à-dire, c'est des traités qui se font après la frontière, qui se font sur les normes.
Leur but, c'est d'uniformiser les normes parce qu'il n'y a déjà plus de droits de douane, il y en a très peu, d'uniformiser les normes pour faciliter encore plus les échanges. Donc, vous imaginez si des normes de production sont quasiment les mêmes entre un pays émergent qui n'a pas le même coût du travail et un pays européen, vous êtes sûr que les coûts de production vont être beaucoup plus faibles dans les pays émergents et que dans certains secteurs, on va y perdre. Dans d'autres secteurs, on va y gagner.
Peut-être que, je ne sais pas moi, le vin va trouver des débouchés, probablement BMW et Mercedes vont en trouver d'autres, mais pour les agriculteurs ou pour les produits nécessitants de la main-d'oeuvre, ça risque d'être compliqué. Donc, ça va être un choc de concurrence à un moment où on n'en a pas besoin.
Ces traités ne sont pas du tout adaptées au XXIe siècle parce que nous connaissons aujourd'hui les méfaits de la mondialisation dans le premier sujet et puis surtout que d'un point de vue environnemental, aujourd'hui, le but n'est pas d'accélérer les échanges, ce serait plutôt de préférer les circuits courts et là, on va faire des échanges beaucoup plus facilités à des dizaines de milliers de kilomètres et c'est à l'inverse du sens de l'histoire et pour vous dire quand même qu'Emmanuel Macron qui est plutôt quelqu'un qui est favorable au libre-échange, là, il était plutôt contre ce traité en l'État mais ce que ça montre en fait, c'est qu'aujourd'hui, sa voix ne porte plus au niveau international.
Il a tellement eu une doctrine qui changeait en fonction des interlocuteurs au niveau géopolitique. idem en Europe, le pays est quand même dans une situation d'instabilité politique. Sa voix ne porte plus et donc aujourd'hui, les pays européens le pressent finalement de dire oui.
C'est dangereux pour les agriculteurs français cet accord de libre-échange ?
Bien sûr.
C'est pour ça qu'ils veulent les acheter mais est-ce qu'une compensation ça va pas du tout être suffisant ?
Les agriculteurs se plaignaient quand même d'une course à la productivité qu'ils avaient assumée et qu'ils ne les avaient pas rendus plus riches parce qu'ils produisaient beaucoup plus qu'avant et puis ils étaient concurrencés par des pays émergents ils avaient de plus en plus de mal de trouver des débouchés.
Donc ils faisaient les investissements nécessaires ils s'étaient soumis à la productivité à la production à la compétition mondiale et au final ils n'étaient pas plus riches et là on va leur amener un surcroît de compétition à un moment où ils demandaient pas du tout ça venant de pays émergents qui ont des fermes agricoles de différentes tailles qui ont des coûts de production plus faibles donc ça pourrait être effectivement un choc et puis n'oublions pas que dans ces traités il y a toujours ces tribunaux arbitraux qui peuvent représenter un danger parce que ce sont des tribunaux en fait qui ne dépendent pas des états et qui dépendent juste en fait qui sont écrits dans les traités et qui sont aux Etats-Unis et qui jugent juste les changements de cadre de l'investissement c'est-à-dire que si vous avez un investissement dans des conditions et que demain les conditions ne sont plus jugées bonnes pour des raisons environnementales et que vous changez ces conditions ben là l'entreprise elle va perdre de l'argent elle peut vous attaquer sur ces tribunaux qui sont à l'étranger et faire payer des amendes à l'état français qui a changé les règles donc c'est je veux dire c'est plus dans l'air du temps alors dans les années 2000 que des gens qui sont souvent les mêmes qui ont fait des grandes écoles qui ont des doctrines moi ce qui me fascine aujourd'hui c'est que vous prenez quelqu'un qui sortirait de la meilleure école d'économie de Londres et la meilleure d'Italie et la meilleure de Paris ce serait des clones dans leur pensée ce serait la pensée où on vous dit écoutez c'est ce qu'on a dit au premier il faut se séparer des usines il faut se concentrer sur les services à fortes valeurs ajoutées l'avenir c'est le digital il n'y a que ça etc etc et j'en passais des meilleurs mais ils diraient la même chose et bien on sent que ces gens ils sont encore là-dedans c'est-à-dire qu'aujourd'hui il faut encore signer les traités de libre-échange c'est ça l'avenir alors même que nous avons vu tous les méfaits de la mondialisation sur le climat sur la stabilité de certains de certains produits et sur l'emploi aussi parce qu'il y a eu beaucoup de pertes d'emploi qui expliquent aujourd'hui les grosses inégalités que nous vivons et même les grosses tensions politiques que nous pouvons vivre donc tout le monde se le dit il faut mettre un coup de frein à cette mondialisation et revenir en arrière je veux dire même aujourd'hui des partis des gens centristes vous disent ça je veux dire c'est plus maintenant que des partis de gauche donc pourquoi accepter de signer ce Mercosur ce serait une grave erreur Macron était plutôt contre mais comme il ne pèse plus sur la scène internationale il y a de fortes chances que ça passe
oui les pros les pros libre-échange disent qu'il y aura des gagnants et des perdants mais les perdants on sait ça va être les éleveurs les maraîchers pas des filières agro-industrielles qui peuvent arranger certains et certaines et qui sont en moins grand nombre en plus mais là je voulais parler de la position de la Commission européenne en quoi tu l'as un peu dit c'est un désaveu pour Emmanuel Macron et pour la France
alors revenons faisons un petit renvoi au premier sujet il y a beaucoup de gens qui vous disent oui il faut une souveraineté européenne ce qui ne veut absolument rien dire parce que finalement par exemple à l'Europe la question de l'Uliprane elle s'en moque complètement c'est un problème français et puis il y a beaucoup de délocalisations françaises en Europe on l'a déjà dit ici donc il faut délimiter le champ où on peut appliquer cette souveraineté alors moi j'aimerais en Europe pourquoi pas mais bon le premier champ et le plus simple c'est quand même la souveraineté au niveau national et ensuite on voit bien que dans l'Europe il y a des gens qui ont des stratégies différentes l'Allemagne elle elle n'est pas contre ces traités de libre-échange parce qu'elle est orientée à l'export elle a des faibles débouchés enfin des débouchés qui sont de plus en plus difficiles en Asie et elle est concurrencée en plus sur ses exportations d'automobiles avec les productions chinoises donc là elle est très contente d'avoir un nouveau débouché qui lui faciliterait l'accès au marché donc elle elle est pour nous c'est moins le cas sur les automobiles il y a les automobiles américaines qui ne sont pas mauvaises et japonaises également sur notre gamme effectivement sur le luxe et peut-être le vin le cognac ça pourra donner des débouchés supplémentaires mais qui sont déjà là peut-être un peu plus mais sur les agriculteurs ça pourrait être assez difficile alors qu'ils sont déjà dans une situation très difficile donc je pense que ce n'est pas le moment de signer ça voilà ce n'est pas le moment aujourd'hui on a d'autres problèmes on le voit bien avec le Doliprane ce n'est pas le moment d'aller se mettre un énième traité de libre-échange qui va être un nouveau choc de compétition pour nos agriculteurs qui sont déjà mal
surtout que les paysans disparaissent de plus en plus en France donc ça va être un gros enjeu c'est un gros enjeu
et qu'on vous parle toujours des circuits courts qu'on vous parle toujours d'un tout un tas de choses et que là finalement après on fait l'inverse donc la parole politique n'a plus de valeur on vous parle des circuits courts on vous parle du fait qu'il faut relocaliser un certain nombre de productions et dans le même temps on va signer des traités de libre-échange à tout va avec des pays qui n'ont pas du tout les mêmes coûts de fabrication que nous donc c'est une hérésie
le fameux en même temps
exactement
merci Thomas
merci
et merci à vous chez vous d'avoir suivi cet épisode de l'instant porché j'attrape une dernière fois votre attention avant de se quitter et la situation politique est inédite historique de direct par jour du terrain du reportage mais aussi de l'enquête le média c'est 25 travailleurs et travailleuses qui produisent de l'information au quotidien vous le savez notre candidature solide et soutenue pour une chaîne télé des médias indés sur la TNT n'a pas été retenue par l'ARCOM le groupe Bolloré lui conserve 6 fréquences sur 15 dont CNews nous exigeons une répartition plus équitable et plus démocratique des fréquences TNT signer et partager notre grande pétition sur tnt.lemédiatv.fr continuez à vous abonner à faire des dons vous le savez on ne vit que grâce à votre soutien et merci pour tous vos commentaires et tous vos mots quand on se croise dans la rue spectateurs abonnés donatrices et sociaux je vous dis à la semaine prochaine Sous-titrage Société Radio-Canada