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interviewLe Figaro· 5 mars 2023 26 min

Alexandre Gady: «L'argent est trop présent dans notre société»

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] le démon de notre coeur s'appelle aquabon Georges Bernanos c'est une phrase qui me touche évidemment d'abord parce qu'elle parle du cœur et pas de l'esprit ou de l'intelligence et directement du coeur et évidemment parce que Bernanos le grand écrivain chrétien celui qui a dit aussi que au fond il n'y a pas de plus grand crime que le crime de ne pas espérer là il le soulève un point qui est fondamental dans mon engagement à la fois pour le patrimoine pour la transmission c'est lutter contre le fatalisme cette idée que on ne peut pas remuer des montagnes et je crois au contraire qu'il faut remuer des montagnes et donc le aquabonisme c'est un des grands ennemis évidemment qu'on a à combattre dans le monde du patrimoine dans le monde de la beauté dans le monde de la transmission et c'est aussi au fond un engagement complet de la vie et de ce qu'on peut être dans la vie aux autres et à la société bonjour accepté notre invitation Figaro Merci à VOUS là je vous ai vous êtes universitaire vous n'êtes pas habitué à parler à des écrans plutôt à des élèves mais c'est vrai que cette citation elle vous ressemble parce que vos combats sont des combats intégrant c'est des combats de que vous vous menez avec tout votre cœur et j'ai l'impression que vous diriez de vous que vous êtes un combatif invétéré oui j'ai été longtemps considéré comme un chevalier avec une épée en bois qui peut-être quelquefois ferraillets contre des Grands Moulins en tout cas c'est vrai que ce terme de combattants qui vient du vocabulaire de la guerre alors qu'on est dans le patrimoine dans des choses plus polluées il est juste parce que au fond rien n'est donné y compris évidemment et surtout pas dans le monde du patrimoine et que donc combattre ça a du sens ça veut dire qu'il y a un moment il faut s'opposer à un moment pour faire triompher le bon sens la beauté pour sauver quelque chose qui a du sens pour tous il faut aller un peu plus loin que des adresses polies comme on aurait pu faire à notre époque s'interposer il faut il faut se dresser contre oui et pour s'asseoir à la table des négociations dans le monde patrimonial il faut menacer il faut montrer les dents et on rêverait évidemment d'un monde où la politesse suffirait à attirer l'attention ou un combat pourrait être gagné parce que voilà ça pose de soi et qu'il est tout simplement juste mais l'histoire du patrimoine français nous a appris l'inverse c'est que tout a été arraché à la pointe de l'épée si j'ose dire et donc voilà il faut souvenir par exemple des Halles le grand combat perdu à cause de Georges Pompidou qui a été un moment central dans la dans la conscience patrimoniale française au moment on a compris trop tard qu'on perdait un élément majeur non seulement de Paris 19e et de la littérature de tout ce qui avait eu autour des halles de la sociabilité des Halles tout ça a été balayé par des technocrates tous plus brillants les uns que les autres tous sur diplômés je rappelle quand même que Georges Pompidou était normaleien elle est très on est toujours trahi par les siens et finalement c'est le bulldozer qui triomphe à la fin donc même ça ouais ça montre que combattre c'est cette le bon terme pour aller vers une préservation de ce qui est considéré on espère à raison comme nécessaire comme substrat pour notre société d'irréversible dans dans le patrimoine et de dans les dans les dommages qui lui sont causés et qui activent j'imagine une certaine forme de combat qui n'est pas la même que que celle que de ceux qui se battent pour la langue française etc je vais vous présenter rapidement Alexandre Gady même si c'est difficile de vous présenter rapidement étant donné la la longueur de votre de votre CV et de votre bibliographie vous êtes vous êtes levé de bonheur longtemps pour vos études d'abord votre enfance d'enfant unique passé dans un village près de Rambouillet et vous donne le goût de la beauté de la du paysage certainement et de la lecture vous suivez un quart d'heure votre cursus universitaire d'histoire avec des mentions de cet espace de 13000 m² ce qui semble incroyable les une ancienne caserne de Charles X sur les rives de la scène qui ouvrira donc dans trois ans et demi nous en parlerons donc on va parler de tout ça ensemble avec sangadi on est vraiment très heureux de vous recevoir au Figaro suivez-moi je vous emmène au confessionnal ou sur le divan selon votre à votre guise [Musique] vous êtes un drôle d'individu Alexandre Gadi comment je dois le prendre les façades de ce pari dans lequel vous circulez à pied plus souvent et vous êtes à rebours du ce qu'on appelle le bougisme le progressisme ambiant une trotte de mélange je suis attentif à la chance est extraordinaire de toute cette beauté donnée en fait c'est très banal de le rappeler Paris est un musée à ciel ouvert c'est aussi le patrimoine des pauvres de ceux qui n'ont rien toute cette architecture donnée pas besoin de payer pour jouir de cette beauté et ça c'est une dimension qui me fascine et quand je découvre un quartier nouveau une rue que j'avais pas bien vu etc je me c'est comme si on m'offrait un cadeau parce que découvrir pendant deux trois heures des choses incroyables qui sont là elles sont donnés héritées on en connaît pas toujours l'histoire on comprend pas toujours tout de suite de quoi il s'agit mais c'est quand même quand même surexcitant enfin moi ça a toujours été un moteur l'architecture en trois dimensions la ville le paysage le paysage lointain profond qui peut être aussi lu comme de l'histoire en trois dimensions pour le paysage certainement et pour l'architecture de la politique en trois dimensions on n'est jamais quand même tellement loin non plus de la politique avec l'architecture donc oui une curiosité une attention à ce cadeau qui vous a appris à lever le regard il y a pas juste regarder le vôtre rendez-vous en retard très en retard souvent oui oui c'est vrai mais je ne sais pas très bien en fait c'est une vraie qui est une vraie difficulté de revenir sur ça parce que aussi longtemps que je puisse me souvenir aussi loin je puisse me souvenir plutôt c'est ça que je vois en fait c'est cette ce regard comme ça fixé sur les choses autour et plutôt sur l'architecture donc sur une dimension plus effectivement plus grande on est un peu amené à lever les yeux au ciel c'est ce que voulait les gens du Moyen-Âge avec les grandes cathédrales il voulait qu'on regarde vers Dieu je sais pas s'il y a de la spiritualité là-dedans je sais pas s'il faut convoquer Malraux et tout le tout petit mais en tout cas ce qui est sûr c'est que ça a toujours été là je vraiment j'ai cette impressions impression que ça a toujours été là voilà et ce qui est bien c'est que ça ça ne disparaît jamais ça se transmet non ce regard là on essaye en tout cas c'était mon premier métier de passer les choses par la parole comme professeur d'université maintenant comme directeur de musée c'est effectivement on essaie de peut-être quelque chose et faites quelque chose là on le transmet parce qu'on pense que ça donne un surcroît à la vie pas très passionnante de petites fourmis humaine qui secouent dans tous les sens qu'on a tous par ailleurs et donc transmettre oui alors ça s'apprend alors on peut éduquer le regard ça c'est sûr et c'est vrai que de ce point de vue on peut trouver dommage que l'école française et c'est fait si peu pour l'histoire de l'art qu'on commence à enseigner depuis une quinzaine d'années maintenant il y a une inspection de l'histoire de l'art il y a une épreuve facultative au baccalauréat enfin on est loin d'une discipline structurée qui commencerait à la petite école et qui irait jusqu'au baccalauréat et qui formerait comme l'ont très bien fait nos amis italiens depuis presque un siècle maintenant les enfants à la beauté c'est une question centrale au fond bien sûr on sait qu'il y a des choses nécessaires il faut se nourrir il faut soigner mais enfin et la beauté dans tout ça qu'on aurait dit première remarque vous parlez de l'enseignement la transmission comment les écoles pourraient éduquer comme les petits italiens par exemple qui eux rentrent dans les églises qu'ils aient la fois ou pas qui rentrent dans les églises comme dans un endroit familier beaucoup plus leur patrimoine leur culture elle est encore totalement le prolongement de leur quotidien qu'est-ce qu'il y a votre avis Alexandre Gadi dans la modernité mais le plus en danger le patrimoine architectural est-ce que c'est le manque le goût de nos élites est-ce que c'est le désir d'efficacité est-ce que c'est le goût d'exister l'écologie qui a posté loi la faiblesse de l'État que sais-je alors il y a ces multifactoriel et vous en avez cité un certain nombre moi de mon expérience à la fois dans le monde associatif et maintenant je suis dans une autre administration que celle qui était mon corps d'origine qu'elle est le corps des professeurs des universités ce qui me frappe c'est au fond que souvent on est un peu comme dans l'équipe Rocco entre amis c'est souvent un malentendu je veux dire que beaucoup de choses qui se produisent et que nous déplorons dans le monde du patrimoine ça vient de gens qui croyaient bien faire mais qui n'ont en fait aucune idée de rien et qui sont dans une dans un chemin qu'on leur a appris et il ne voit même pas la possibilité que ce chemin à un moment dévie voilà et ça c'est assez désespérant et en même temps on voit très bien cette logique est à l'oeuvre de quelqu'un qui fait correctement son travail mais qui ne voit pas les choses voilà et ça moi c'est ça qui m'intéresse et j'essaie toujours de si je peux à ma modeste échelle d'envoyer une petite piqûre pour dire là peut-être que à ce moment précis on fait très bien les choses et donc on provoque une catastrophe et ce qu'on peut ouvrir une porte et tout d'un coup sortir ça je crois que c'est fondamentalement le la mère des batailles c'est l'absence d'idées qui vient aussi de l'absence de curiosité l'absence de quoi de vision de profondeur de champ de curiosité et de capacité de se projeter dans autre chose on n'a jamais fait autrement mais on peut peut-être réfléchir à faire autrement donc c'est il y a une forme de on déroule quelque chose qui est écrit voilà et ça c'est insupportable c'est encore autre chose que l'aquabonisme c'est on se pose même pas on dit même pas à quoi bon faire autrement on voit pas qu'on peut faire autrement voilà donc ça ça provoque pour moi je sens ça ça prend pour moi beaucoup de catastrophes indépendamment des problèmes classiques faut pas cacher que la promotion immobilière faire de l'argent avec la beauté ça aussi un facteur aggravant pour le patrimoine bien sûr et c'est comme si on était un peu là je voyage j'ai reçu une une annonce une réclame pour proposer de dormir une nuit dans l'Opéra Garnier je vois les enceintes de violet à l'entrée de l'Opéra Garnier est-ce que on est condamné à perdre peu à peu ce qui faisait que ces lieux-là étaient des abris aussi d'une sorte de prédation commerciale ou ça c'est une vraie question c'est pour ça que j'ai été très opposé et malheureusement finalement je me suis aperçu que j'étais un peu seul dans la faire des publicités sur les monuments historiques parce que ça rapporte de l'argent voilà c'est la phrase on met les travaux très souvent non oui mais financer les travaux oui bien sûr mais regardez un espace comme la scène c'est provisoire pour les travaux mais sur la scène qui a un site de l'UNESCO il y a toujours des travaux en ce moment c'est lourd ensuite c'est l'Institut puis c'est la monnaie puis c'est Orsay puis c'est le grand palais il y a toujours donc on a transformé la scène en espace commercial malgré le niveau de protection le plus haut qui est celui d'UNESCO qui n'a pas de conséquences juridique mais enfin qui est quand même la reconnaissance d'un patrimoine de l'humanité et donc là pour moi il y a une forme de désacralisation on a eu le palais de justice où se rend la justice au nom du peuple avec un téléphone d'une marque japonaise on a des églises avec des yaourts ou des soutiens-gorge bon ok ça rapporte de l'argent mais il y a quand même fondamentalement un problème de dignité pour moi là il y a une limite qu'on a un peu perdu cette limite de la digue vous pouvez plus loin limiter cohérence respect de quelque chose qui n'a pas le même système de fonctionnement que la société dans laquelle nous vivons qui ne pense que par l'argent que pour l'argent qu'avec l'argent et ça aujourd'hui s'arrachait de ça c'est difficile vous faisiez allusion à cette publicité pour une maison qui loue des appartements par roulement au touristes dont on ne citera pas le nom elle a fait plus fort que l'Opéra Garnier il y a quelques années elle a profané les catacombes de Paris qui vient du cimetière des Innocents ça s'est fait à la fin du XVIIIe sous Louis XVI ça se visite grâce à la ville de Paris qui l'ouvre c'est rattaché au musée carnaval et c'est un lieu de de respect de de mort on se tient bien et au lieu de ça qu'est-ce qu'on voit c'est qu'on pouvait gagner une nuit dans les catacombes mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire une société qui a à vendre une nuit commerciale dans des catacombes c'est c'est très préoccupant en réalité merci Alexandre je vous propose de retrouver notre petit questionnaire [Musique] Alexandre Gadi questionnaire sans détour êtes-vous un déprimiste comme on le dit de Houellebecq non mais je suis un optimiste sujet à des crises de pessimisme éventuellement avez-vous ce souvenir de votre première qui a éduqué votre regard à la beauté c'est toujours prétentieux de dire qu'on s'est fait tout seul c'est jamais vrai en effet de rencontres en effet d'enseignements de transmission mais je dois dire que cette ce regard là que j'ai développé je pense que je l'ai développé comme un enfant un peu paniqué un peu perdu qui a fixé autour de lui un certain nombre de choses dans cette banlieue où je suis né qui était très belle et très champêtre et qui aujourd'hui est une succession de villes dortoir de plus sinistre les unes que les autres avec ce qu'on appelle la connurbation et donc cette transformation de ce monde merveilleux c'est une France qui mourait dans les années 60 et qui est devenue cette Île-de-France et de banlieue au mauvais sens du terme voilà elle appelait quand même le regard de quelqu'un peut-être qui était curieux qui se demandait pourquoi au fond avec un pourquoi peut-être un tout petit peu teinté de peur angoisse inquiétude toujours cette idée qui a quelque chose de tendu d'accord que peut-être les choses sont fragiles mais qu'il faut les défendre alors vous avez beaucoup observé un élément d'architecture les croiser de fenêtre il y a quelque chose d'un peu monomaniaque là est-ce que c'est c'est leur grincement leur forme leur usage ce qui est des choses un élément qui permet d'ouvrir grand et qui vous met en joie qu'est-ce qui explique cette passion pour les croisés de fenêtres cette passion elle est née de deux choses d'abord le fait que quand vous regardez une façade ancienne dans l'architecture la fenêtre ancienne fonctionne avec le reste et qu'elle est parfaitement belle tandis que quand vous la remplacez par une fenêtre en bois moderne avec des bois exotiques mal peint ou avec du PVC le pire du pire vous obtenez comme un nez mal refait sur un visage tout d'un coup quelque chose qui fonctionne plus et donc j'étais un peu dans cette idée là et puis je me sentais un peu seul quand rencontrer d'autres névrosées toutes les névroses sont respectables disaient le docteur food et celle-là et donc j'ai rencontré un spécialiste des croisés qui m'a beaucoup appris Claude lande et puis ensuite j'ai rencontré des gens qui se mettaient en colère dans les dîners parce que quand on mettait des fenêtres neuves on mettait des carreaux neufs et donc les 49 ne font pas de reflets parce que c'est pas des verres à la bouche soufflé mais des vers industriels et donc on voit le ciel en blanc sur la vitre et non pas c'était cette image froissée comme ça qu'on peut entre dehors et dedans que donne les les croisés anciennes et donc voilà c'est devenu une espèce de joke et de passion sachant que on est peut-être la dernière génération à en voir sur les immeubles puisque il y a eu d'abord le aquabonisme en change ma fenêtre parce que voilà j'ai froid il y a des coulés c'est très bon pour la santé et puis ensuite il y a les démarcheurs qui vous disent il faut changer vos fenêtres parce que on va faire tourner le business et puis enfin les écolos qui nous expliquent que la loi Elan toutes les toutes les choses qu'on connaît et là donc voilà donc la fenêtre ancienne qu'on appelait croiser jusque dans les années 70 il y a et porte croisée à des questions médiévales un peu un peu denses bah tout ça ça va disparaître quel est le drame patrimonial Alexandre Gally qui vous met je vais prendre un exemple que j'ai connu de très près puisque j'ai été acteur de ce drame c'est Roland Garros le bétonnage du jardin des serres d'Auteuil jardin fleuriste classé monument historique classé comme site dans le One Boulogne et qui a été aménagé de manière tout à fait scandaleuse pour faire un stade supplémentaire à Roland-Garros qui est trop petit là où il est et on a fait d'un jardin historique qui remonte au 18e même s'il est dans son aspect actuel 19e la variable est justement la politique sportive de la Mairie de Paris et ça avec on est entre 13 14 15 ça se passe un peu moins de 10 ans c'est l'actuel équipe de la mairie et c'est des dizaines d'arbres à battus et ça rend encore plus en colère quand on sait l'importance qu'on donne aujourd'hui à la nature en ville au fait qu'à Paris il y a pas assez de nature parce que cette historique la ville a toujours été trop dense trop minérale que depuis Haussmann n'a pas assez mis de côté des espaces pour faire des jardins et de voir qu'on a pour pour le sport si respectable soit-il au lieu de d'adopter une solution qui serait de sport pour un mois de sport au lieu de chercher une solution dans une logique de décentralisation qui devrait être plus à l'oeuvre dans cette région capitale etc comme sont les cours de tennis en Angleterre aux États-Unis dans les grandes capitales du Grand Chelem on a voulu rester comme ça coller au bois de Boulogne et ce faisant on a encore abîmé ainsi tout à fait extraordinaire donc grande colère parce que il y avait des solutions en plus alternatives qui étaient chiffrées qui montraient qu'on pouvait vraiment faire autre chose et donc déception que là il n'y ait pas eu une vraie écoute démocratique pour un projet pour un contre-projet existe-t-il un défaut qui vous le contenez-vous un défaut qui m'ont handicap il y en a tellement difficile c'est difficile mais l'exaltation peut-être la difficulté de rester calme devant la justice par exemple devant la fraude devant la triche au fond ce qui serait peut-être une forme de naïveté alors c'est pas grave quand on est naïf quand on est jeune plus on vieillit plus les gens se demandent si c'est pas de la crétinerie mais je dois dire ne pas se résoudre et se mettre en colère à plus de 50 ans ça paraît un peu curieux au fond peut-être ne pas être assez bien élevé je ne sais pas il y a un moment où dans la société ça peut être un obstacle mais en tout cas voilà arrivé à ce contenir et à dépasser sa propre colère ça c'est un travail de tous les jours dernière question Alexandre Gadi qui aimeriez-vous qu'on retienne de vous après votre mort pardon c'est trop égotique comme question je peux pas répondre à ça mais vous allez passer comme ça comme un coup de ventiel de l'humanité les cimetières sont remplis dedans et remplaçables mais je dirais il a essayé voilà il a essayé [Musique] alors Alexandre gaidi vous nous avez apporté quelque chose qui est un livre on vous demande d'apporter un objet fétiche pour vous je comprends que pour vous l'objet le plus structurant et fondamental de votre vie c'est probablement le livre et ce livre là lequel est-il qu'est-ce que vous avez choisi j'ai choisi un livre qui m'a beaucoup marqué quand je suis arrivé à Paris de ma petite banlieue lointaine champêtre devenue dortoir ses pensées la révolution de François Furet qui paraît en 1978 j'ai 10 ans incapable de comprendre évidemment un mot de ce livre quand il paraît mais en revanche quand j'arrive à Paris et que je commence mes études d'historiens à la Sorbonne à Paris 4 comme on disait à l'époque je suis un destine à être historien de la Révolution et de l'Empire parce que j'ai une passion un peu maladive pour Napoléon qui est heureusement m'est passé j'ai été soigné guéri parce qu'à la fin je pense que Napoléon est un personnage très négatif et ce qui m'intéresse c'est que à ce moment là je suis exalté par la Révolution française et que la Révolution française est un objet historique mais elle est aussi un objet politique et on est au moment du bicentenaire de la Révolution de 89 François Mitterrand la gauche triomphant française c'était tout un bloc un bloc de bien pensant c'est et voilà et j'envoyais récemment l'extraordinaire petit clip qui avait fait François Mitterrand pour sa campagne de 88 qui va très très vite sur une musique très saccadée qui se termine par son portrait magnifique en empereur romain sur le profil et qui commence par une image de la Révolution et c'est toute la gauche qui est séquencée depuis 89 jusqu'à lui avec une lecture très comme ça positive de la Révolution française ils montrent qu'il y a quand même le bon et le moins bon et surtout ce qui m'intéresse dans ce livre c'est que c'est pas un livre qui raconte quoi que ce soit de factuel c'est-à-dire que moi jeune historien je me passionne pour apprendre toutes les dates je veux savoir combien de personnes là comme il y a de guerres là etc et puis tout d'un coup arrive quelqu'un qui dit poser tout sur la table et réfléchissez deux secondes à ce que vous êtes en train de mâchonner et de dire par rapport à quelle historien par rapport à laquelle école par rapport à laquelle courante pensée et lui à ce moment-là il se bat contre les marxistes c'est un livre qu'on relie moi je relis tout le temps parce que c'est à chaque fois ensuite d'abord c'est tellement oui on se dit à chaque fois voilà c'est tellement juste c'est souvent d'ailleurs des idées qui sont d'une assez grande simplicité mais c'est ce qui leur donne cette force servi par le style merci Alexandre Gady de m'accompagner si vous le voulez bien [Musique] alors vous qui êtes à la tête maintenant d'un futur grand musée le musée du Grand Siècle grand musée du Grand Siècle faudra dire le petit Miss France il va naître quel rapport à la pédagogie du musée vous voulez installer dans ce musée parce que avant vous parlez beaucoup de délectation la circulation des enfants dans un musée devait être délecté il devait se délecter de la beauté aujourd'hui on a l'impression que l'amusement les écrans à tous les 3D les visites virtuelles ont un peu pris la place du musée lui-même est-ce que vous vous avez déjà vous pouvez nous donner quelques éléments de cette vision que vous avez sur le musée et la pédagogie du musée c'est une redoutable question parce que là aussi vous êtes devant une situation complexe qui est que vous ne pouvez pas vous isoler du mouvement général de la société évidemment tout le monde est sur ces écrans on a tous un téléphone dans notre poche on vit là dessus plusieurs heures par jour maintenant et en même temps aller au musée pour voir des heures originales pour être à nouveau se retrouver face à un écran pour moi c'est un échec et donc on regarde les jeunes publics aujourd'hui sont peut-être en train de faire un peu bouger les choses on voit oui oui on constate dans les enquêtes des choses très étonnantes sur le fait que par exemple il y a des jeunes qui veulent voir une œuvre d'art parce que c'est devenu tellement exotique au fond parce que cet objet en trois dimensions qui a une odeur une forme un poids qui accroché un mur et donc moi je voudrais beaucoup qu'on réfléchisse à ça d'ailleurs quand je suis arrivé dans ce projet j'avais dit comme une forte provocation il y aura pas de rien de numérique dans le musée tout le monde m'a pris pour un fou évidemment et je ne peux pas le faire et je ne veux pas le musée de l'oeuvre originale voilà dans ça n'existera pas évidemment mais c'est je suis content d'être parti de ça plutôt que d'être arrivé en disant bien sûr il y aura plein de gadgets numériques non le gadget numérique ne sera là qu'à un tout petit moment pour venir renforcer la médiation quand c'est très difficile de faire parler une oeuvre mais de ce point de vue là donc moi je tiens beaucoup là aussi à cette expérience face à l'oeuvre du visiteur que peut offrir le musée alors c'est vrai que le modèle électation a disparu de la définition de des musées internationaux de l'UNESCO maintenant c'est effectivement divertissement qu'il a remplacé mais moi je reviens toujours à un arrêt et cette célèbre phrase que je cite beaucoup peut-être trop un arène a dit la culture peut survivre à des siècles d'oubli il n'est pas sûr qu'elle puisse survivre à la version divertissante de ce qu'elle a à dire et ça pour moi c'est aussi une des lignes rouges que je voudrais tenir dans ce musée merci Alexandre vous avez été un peu trop à l'aise avec nous je vous ai pas assez déstabilisé mais je vous réinviterai dans notre émission libre à vous sur le Figaro sur la chaîne du Figaro parce que je pense que vous avez encore beaucoup à nous apprendre merci Alexandre Gally d'avoir accepté notre invitation à très bientôt

Alexandre Gady: «L'argent est trop présent dans notre société» — Anne Hidalgo · Pourquijevote