Mobilisations lycéennes : à qui profite le chaos ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 26 %Attaque 44 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 81 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:40OuverteRéponse partielle
Peut-on comparer ce mouvement à celui de 1968 ?
- 4:49OuverteRéponse directe
Assiste-t-on à l'engagement d'une nouvelle génération politisée ?
- 7:37OuverteRéponse directe
Comment mesurez-vous la dimension politique de ce mouvement ?
- 18:53OuverteRéponse directe
À qui profite politiquement le chaos ?
- 33:45OuverteRéponse partielle
Est-ce que c'est ça le résultat d'un mouvement qui dérape ?
- 33:59OuverteRéponse partielle
Ce discours de l'ordre peut-il marcher selon vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:12InvitéFait
« 'On devrait débaptiser la France insoumise. On devrait désormais les appeler la France incendiaire. Parce que non seulement ils ont soufflé sur les braises, mais ils ont fourni l'essence et ils ont fourni les allumettes par leur mot d'ordre. »
- 0:34PrésentateurFait
« Le parti de Jean-Luc Mélenchon demande à ses élus et ses militants de protéger les jeunes des forces de l'ordre devant les lycées. »
- 0:41PrésentateurFait
« Le Rassemblement National cherche à se présenter comme le parti de l'ordre. »
- 9:20Locuteur non identifiéChiffre
« 78% des jeunes disent extrêmement angoissés par Parcoursup. »
- 22:00PrésentateurChiffre
« 62% des Français jugent la mobilisation justifiée, mais plus de 70% désapprouverait l'implication de LFI. »
- 32:09Locuteur non identifiéFait
« La volonté de tuer dans l'œuf cette mobilisation avec l'idée qu'elle ne déborde pas. »
- 32:21Locuteur non identifiéFait
« il y avait vraiment la volonté de tuer dans l'œuf cette mobilisation »
- 33:01Locuteur non identifiéFait
« cette stratégie elle est très très contre-productive »
- 35:58Locuteur non identifiéFait
« on a commencé à entendre ces mots d'ensauvagement qui étaient plutôt dédiés pour qualifier les jeunes de banlieue »
- 37:33Locuteur non identifiéFait
« le terme est employé par Marine Le Pen »
- 39:06Locuteur non identifiéFait
« Chirac et Balladur confrontés aussi à des mouvements de jeunesse ils étaient avec Pompidou à Grenelle en 68 »
Temps de parole
- Locuteur non identifié25 %
- Locuteur non identifié 225 %
- Locuteur non identifié 323 %
- Présentateur20 %
- ?4 %
≈ 19,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France
Culture.
France
Culture, question du soir. Thomas Négaroff.
Ce
que je veux dire, de la façon la plus claire, la plus ferme,
c
'est qu'on devrait débaptiser la France insoumise. On devrait désormais les appeler la France incendiaire. Parce que non seulement ils ont soufflé sur les braises, mais ils ont fourni l'essence et ils ont fourni les allumettes par leur mot d'ordre.
Bruno Retailleau qui sur CNews cible LFI. De son côté, le parti de Jean-Luc Mélenchon demande à ses élus et ses militants de protéger les jeunes des forces de l'ordre devant les lycées. Et pendant ce temps-là, le Rassemblement National cherche à se présenter comme le parti de l'ordre. A l'issue d'une nouvelle journée de violence et à la veille des grandes manifestations, demain, la question se pose, à qui profite politiquement le chaos ? On en débat avec nos invités. Bonsoir Roby Morda. Bonsoir.
Vous êtes sociologue, juriste, chercheur au laboratoire Printemps de l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, président du groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants, co-auteur de « Quand les lycéens prenaient la parole
» chez
Sileps en 2018. Je précise que vous avez été candidat LCR en 2022, ça fait quelques temps déjà. 2002.
2002, donc
bien plus longtemps encore aux législatives. Merci d'être avec nous, vous êtes un des grands spécialistes des mouvements lycéens. D'ailleurs, en préparant l'émission, j'ai appris que vous étiez vous-même militant lycéen en 1968. Oui. Dans votre lycée à Turgot. Absolument. Vous
nous direz
s'il
y
a des différences avec le mouvement de l'époque, parce que certains convoquent 1968 peut-être un peu trop rapidement aujourd'hui. Pour dialoguer, échanger avec vous, je reçois également Rémi Lefebvre. Bonsoir. Bonsoir. Professeur de sciences politiques à l'Université de Lille et à Sciences Po. Vous venez de publier un livre passionnant,
«
Faire partie autrement, point interrogation, une approche comparée de la France insoumise et de la République en marche renaissance » aux éditions
«
Raison d'agir ». C'est un travail de fond sur ces deux mouvements qui ne sont pas vraiment des partis, mais qui sont peut-être devenus des partis avec le temps et qui interrogent différemment la société. Et LFI est au cœur précisément de nos discussions.
On
accueille dans un instant Véronique Reitzoult, président de Backbone, cabinet de conseil en stratégie de réputation, spécialiste de l'opinion et de la communication de crise, qui a quelques instants de retard. Mais je commence avec vous, Roby Morder. Je viens de le dire, il y a un instant, vous avez été un militant lycéen dans votre jeunesse au lycée Turgot. On vous pose souvent la question, mais est-ce que ce mouvement actuel, qu'on qualifie toujours d'inédit, c'est un terme que vous employez, vous,
inédit
?
Non, je n'en peux pas le terme inédit, parce que je ne
fais
même pas référence à 68, mais il y a des mouvements lycéens, il y en a eu, il y en a eu d'autres,
et
sur cette thématique et sur cette temporalité, il y en a eu, à ma connaissance, trois grands avant celui-là, qui se passaient à la rentrée, peu après la rentrée, et sur les questions d'effectifs, budgétaires, manque de professeurs.
Donc,
le premier que j'ai suivi, j'étais plus lycéen,
mais
je suivais, je prenais des notes, c'était qui m'avait surpris, c'était 1978. Oui,
un grand mouvement. Un
grand mouvement, moins important numériquement, mais surtout, qui était significatif, parce que c'était effectivement un mouvement qui démarrait à l'automne,
et
j'ai suivi les trois lycées occupés de jour et de nuit, première fois depuis 68, avec des parents d'élèves et des profs, et c'était Montreuil, Jean Jaurès, Saint-Denis, comme le lycée actuel, j'ai oublié, et Aubervilliers.
Donc,
c'est très curieux de retrouver un peu ces
trois
établissements. Et puis, vous avez un autre type de mobilisation, dont on ne parlera pas là, qui sont effectivement celles qui étaient plutôt
68
tardes, et aussi qui est d'autre part des mobilisations contre une réforme,
et
pas par rapport à une situation. Voilà ce que je peux dire.
C'est vrai qu'habituellement, c
'est
des mobilisations contre une réforme. Je me souviens, quand j'étais élève,
c
'était la loi de Vaquet, il y avait des grands mouvements, la loi Monori,
c
'était des grands mouvements de... Là,
ce
n
'est
pas le cas, c'est juste que les étudiants des lycéens constatent que la situation n'est pas acceptable, et demandent, pour le coup, des réformes, c'est un peu différent. Rémi Lefebvre, vous avez travaillé, je l'ai dit, sur la construction de mouvements politiques, sur ces générations aussi qui s'engagent. Est-ce que vous avez le sentiment qu'on assiste aujourd'hui à l'engagement d'une nouvelle génération politisée ? Ou est-ce qu'au contraire, comme certains le disent, on est plutôt dans une forme de dépolitisation, de nihilisme dans ce mouvement
-là ? Quelle est la lecture que vous faites ? Ça dépend de
ce
qu'on entend par politisation. Il y a plein de manières d'être politisé. Ce qui est clair, c'est que je ne crois pas du tout à la dépolitisation de cette jeunesse. D'ailleurs, elle se politise dans le mouvement.
C
'est-à
-dire
que les mouvements sociaux, c'est aussi des agents de politisation. Il y a un intérêt pour la politique. Par contre, il y a très clairement un désaveu de la politique institutionnelle. Il y
a
beaucoup de chercheurs qui montrent qu'aujourd'hui, cette jeune génération, elle est peu centrée sur le vote. D'ailleurs, c'est aussi assez intéressant. C
'est
la plupart des lycéens qui se mobilisent. Ils se mobilisent d'autant plus qu'ils n'ont pas encore le droit de vote. Ils pensent du coup que l'action collective est une forme peut-être d'alternative au vote auquel ils n
'ont
pas accès. Mais même ceux qui ont accès au vote, ils se définissent moins par le vote que par l'action directe, la revendication, une forme de politisation sur les réseaux sociaux. Ce qui, sans doute, caractérise ces jeunes, c'est qu'ils sont très branchés sur les réseaux sociaux. Ils estiment aussi que relayer l'action collective sur les réseaux sociaux, ça participe d'une forme de politisation. Et puis, effectivement, ils ont peu d'expérience, mais je dirais que
c
'est par nature, forcément. Ils ne peuvent pas en avoir. Et en tout cas, je pense aussi qu'il y a une politisation qui s'est opérée alors ces dernières années, par la France Insoumise, on y reviendra parce que, très clairement, aujourd'hui, une grande partie des jeunes, notamment ceux qui font des études ou qui sont au lycée, ont une appétence pour la France Insoumise. Mais ils se sont aussi politisés par des expériences de vie qu'ils ont vécues depuis certaines années, qui font de leur génération, ces expériences de vie. C'est le Covid, c'est les confinements, c'est Parcoursup qui est un élément de politisation.
Parce que la politisation, c'est quand on éprouve un sentiment d'injustice et qu'on arrive à, peu à peu, mettre des mots et mettre des causes sur ce sentiment. Et donc, de ce point de vue-là, c'est une jeunesse qui a connu tout un ensemble d'expériences politisantes.
C'est intéressant, je l'avais rarement entendu, ça. Cette idée d'une jeunesse, on dit toujours la santé mentale, mais une jeunesse qui a été politisée de l'extérieur. Je peux même ajouter les attentats. C'est aussi une génération qui avait 5, 6, 7, 8, 9 ans et grandir avec ce contexte-là, c'est la politique qui arrive dans votre vie. Les
attentats,
la canicule de cet été, l'expérience de la chaleur, des expériences quotidiennes et je dirais physiques qui, à un moment donné, peuvent prendre une signification politique. Que nos générations ont peut-être moins
connu. Sans doute. Vous qui passez beaucoup de temps à regarder un peu ce qui se passe, une sorte de veille sur les réseaux, cette dimension politique de ce mouvement, est-ce que vous la mesurez ? Comment la mesurez-vous ? Est-ce que vous y voyez, en effet, le signe d'une génération politisée, peut-être même à son corps défendant, et j'emploie le terme de corps volontairement
? Alors,
ils sont très politisés. La grande différence, c'est qu'ils ne croient pas dans les politiques. Ils croient dans la politique, mais pas dans les politiques. Et dans les politiques, j'entends autant les hommes et les femmes que les réformes et l'ensemble du système. Ils ont, en plus, l'impression qu
'on
ne les écoute pas. L'une des spécificités, quand même, des réseaux sociaux, c'est que vous pouvez parler directement au pape, au président de la République, et vous avez l'impression que votre parole, dans le fond, vaut autant que celle des experts. Et ils ont l'impression qu'on ne les écoute pas, qu'on les infantilise régulièrement. Même là, on entend les politiques qui expliquent qu'ils sont manipulés. Je peux vous dire que, dites à un jeune qu'il est manipulé, vous ne
vous
faites pas un ami. En tout cas, il n'a pas l'impression que vous le considérez à sa juste valeur. Il peut entendre qu
'il
n
'a
pas d'expérience. Oui, les jeunes sont lucides sur la réalité de leur situation, mais ils savent ce qu'ils sont en train de vivre. Et ils ont l'impression d'être un peu une génération sacrifiée, parce qu'on parle tout le temps des vieux. Alors,
disons
des seniors, sinon on vit entre nous. Mais eux, ils parlent des vieux. Ils ont l'impression qu'on parle de retraite, qu'on parle le Covid. Souvent, ils expliquent qu'ils ont l'impression qu'on les a un peu sacrifiés pour sauver les personnes âgées. Donc, globalement, l'impression qu'ils ne comptent pas tant que ça. Et ils vivent au quotidien des éléments qui sont extrêmement concrets.
On a parlé du climat, mais l'état des établissements où ils ont eu très chaud cet été, où ils ont souvent très froid, les professeurs qui ne sont pas forcément là, et puis, quelque chose qu'on n'évoque pas souvent, mais qui est, ils ont un ticket de sortie, qu'ils contestent un peu, parce que 78% des jeunes disent extrêmement angoissés par Parcoursup. Mais en gros, ils ont un ticket de sortie, tu as le bac, mais ils n
'ont
pas de ticket d'entrée. Et donc, en fait, pour rentrer dans la vie suivante, qu'elle soit professionnelle ou qu'elle soit estudiantine, dans tous les cas, ils ont l'impression que, en fait, le chemin est bouché. Et puis, il se trouve qu'en ce moment, on parle beaucoup de la dette, on parle beaucoup des difficultés dans lesquelles la France se trouve, et n'entendent que très rarement des mesures qui les concernent directement.
C
'est-à
-dire
qu'ils entendent beaucoup « Ah, il ne faut pas laisser à nos enfants un pays qui irait si mal. Ah, attention, la dette, c'est nos enfants qui paieront. »
Mais
en réalité, c'est quoi l'élément concret ? Donc, ils sont très politisés, mais la politique et les politiques,
c
'est vraiment très différent.
Rémi Lefebvre, puis remémore d'ailleurs, sur cette même question de la politisation de la jeunesse, est-ce que c'est un vieux serpent de mer de dire qu'ils sont dépolitisés ?
Il y
a
un vecteur de politisation qu'on n
'a
pas encore évoqué, qui est très important, qui est territorial. Les premières mobilisations sont parties de Créteil, et elles ont une acuité toute particulière en Seine-Saint-Denis, qui est un territoire où se développe un sentiment de relégation territoriale, de discrimination. Ce qui revient beaucoup, on le voit sur les réseaux sociaux, c'est les paroles des jeunes qui disent que les jeunes de bonlieu ou les jeunes de territoires comme la Seine-Saint-Denis... Alors Créteil n'est pas en Seine-Saint-Denis, mais
ensuite il s'est mis en Seine-Saint-Denis. C'est ça ? Je pense dans un
lycée qui
renvoie une
sociologie sans doute proche de la Seine-Saint-Denis. Et ça, je pense que c'est un élément, ce sentiment d'injustice lié à une discrimination. En gros, nous n'avons... Aujourd'hui, on l'entend depuis des années, l'idée que le taux de remplacement des enseignants est très très mauvais dans les lycées, que beaucoup de lycéens de ces territoires vont avoir beaucoup moins d'heures de cours que d'autres. Renforcer, avec la logique de Parcoursup, ça crée quelque chose d'assez inflammable et ça crée évidemment cette révolte puisqu'il y a quand même une révolte très clairement au principe de cette mobilisation. Je vous laisse juste un petit point sur les réseaux sociaux.
Il
y a plein de réseaux sociaux, on aura peut-être le temps d'en parler, mais TikTok en particulier est un outil de décloisonnement, mais surtout, on va dire, de décloisonnement géographique. C'est-à-dire que vous allez regarder une vidéo qui vous parle et vous avez l'impression que vous êtes à Créteil et vous parlez aux mecs de Marseille et en fait, on vit tous la même chose. Donc en fait, ça crée aussi...
Une mentalité et un sentiment d'appartenance
dans le même monde et dans
le
même catégorie. Ça, c'est nouveau, Roby Morder, cette question des réseaux sociaux qui horizontalise la révolte. Alors, on n'a pour l'instant pas parlé des violences, mais c'est volontairement parce que résumer ce mouvement aux violences, c'est passer à côté aussi, heureusement, de ces centaines de milliers de lycéens qui vivent une réalité et qu'ils espèrent l'avoir changée.
Oui, alors d'abord sur la dépolitisation, je partage tout à fait ce qui a été dit. Je voudrais rajouter une chose, une anecdote, qui a dit quelque chose. En 1958, 58, se tient à Sciences Po un colloque qui a été publié dont le titre est « Dépolitisation, mythe ou réalité ?
»
Qu'est-ce qu'on entend par politisation à ce moment-là ? C'est justement la crise des partis, c'est 58, l'arrivée de De Gaulle, la crise de la quatrième
et
l'émergence des syndicats. C'est
-à
-dire qu'effectivement, c'est une vision de la politisation très partisane,
en
fait, très partidaire. Alors que là, moi, tout à fait, c'est ce que je répète toujours, le mouvement, une mobilisation, c'est une école de formation citoyenne aussi. Bon. Sur les réseaux sociaux, alors, tout mouvement, ce qu'on appelle le répertoire, utilise un répertoire d'action, un répertoire d'action collective. Et bien, il prend ce qu'il a sous la main. Les poubelles, un député, qu'on peut comme ça, on peut peut-être passer à la télé pour se montrer, les réseaux sociaux aujourd'hui, ça a été le Minitel en 86, ça a été le Transistor en 68, en 2002, les manifs anti-Le Pen,
c
'était le SMS. C'est-à
-dire
qu'effectivement, à chaque fois, il y a quelque, le mouvement se saisit de ce qui existe. C'est du bricolage. On prend ce qu'on a sous la main, d'autant plus que, quand on n'a pas l'expérience, on apprend, et puis après, on fait autre chose. Mais, évidemment, ce qui est nouveau dans les réseaux sociaux,
c
'est la rapidité,
ce
qui permet d'avoir une rapidité d'extension. C'est effectivement les interconnexions.
Et
ce que je note comme, pour l'instant, nouveauté,
c
'est que ce mouvement, il existe.
Par
des mobilisations, à la base, il y a des petites organisations à vocation représentative, mais il n'y a pas encore ce qui a existé auparavant, des coordinations, des assemblées générales, une structuration. Voilà. Et donc, ça, si vous voulez, moi, c'est ma principale interrogation,
et
j'essaye d'enquêter autour de moi, c'est pas, qu'est-ce qui se passe devant les lycées ? On le voit. Bon, je veux dire, on le montre ça.
Mais
qu'est-ce qui se passe dedans
? Est
-ce qu'il y
a
des assemblées générales
? Est
-ce que les élèves peuvent tenir des assemblées générales
? Est
-ce qu'ils ont l'autorisation ou pas
? Ou
est-ce qu
'ils
sont obligés d'être dehors
?
Parce que, est-ce qu'il y
a
des commissions qui travaillent sur des plateformes, des revendications
? Ça,
c'est de la politique.
Mais ça, c
'est
de la politique, la vie de la cité. Et si vous voulez ça, je pense, bon, je crois, ça existe. J'ai entendu
un
lycéen de Berlioz dire qu'à Berlioz, à Vincennes, ça existe. Ça doit sans doute exister aujourd'hui. Mais, malheureusement, les médias, ils ne
se
préoccupent pas de ça. Bon, très peu. Alors qu'on aurait besoin aujourd'hui, à la fois d'enquêtes scientifiques, de chercheurs, de journalistes qui vont voir comment ça se passe. J'en ai des archives sur comment ce travail était fait.
Verne Kressoult, il y
a
aussi sur les réseaux, vous avez parlé de la viralité de se ressembler, il y
a
aussi la viralité de la violence. Les réseaux sociaux, c'est aussi une caisse de résonance, d'accélération de la violence, d'ailleurs, de toutes les violences, parce que les violences policières sont documentées sur les réseaux sociaux, les violences des lycéens, et elles sont très nombreuses, sont documentées, elles aussi, sur les réseaux sociaux. Est-ce que ça,
ça
produit
du
politique
ou
ça produit une bulle médiatique qui fait qu'on dépolitise et que ce mouvement et que peut-être des mobilisations avec une finalité politique sont invisibilisées
? Alors,
en fait, on dit toujours les réseaux sociaux,
on a
raison de dire les réseaux sociaux. Chaque canal ne produit pas tout à fait la même chose. On va dire que Snapchat, qui est l'outil principal aujourd'hui de communication, est un outil qui permet de partager des informations, qui crée de l'émotion, où il y a énormément de fausses informations aussi, et qui crée par moments des
paniques.
l'abord d'un élève,
j'ai entendu ça ce
matin, ma fille atterrée.
Donc, il commence à paniquer et donc là, on n'est pas dans le débat, on est dans la réaction, l'émotion, avec une réalité aussi qui est, c'est très géolocalisé, enfin bref, il fonctionne comme ça. On va dire que c'est un canal de diffusion et de coordination interne, si on devait le simplifier. Après, vous avez TikTok qui donne cet décloisonnement géographique, mais qui est plutôt sur la viralité de la violence parce que là, les algorithmes jouent et donc vous êtes enfermés dans une boucle.
Donc, c'est autre chose, là encore, ça n'est pas de la politique mais c'est de la sensibilisation qui s'élargit pour certains jeunes qui ne sont pas forcément dans ce mouvement-là et qui finissent par se dire je dois en être parce que c'est important. Je vois que vous faites un cycle donc il
faut
que j'allez vite, je ne
vous l'écris pas tous. c'est pour vous encourager.
Et le dernier, il y a trois autres réseaux qui peuvent amener du politique. Le premier, c'est Instagram, c'est plus un affichage politique justement qui vous suivez, la façon dont vous le faites et Instagram a pour le moment une place relativement faible dans ce mouvement mais qui est en train de monter. Vous avez X qui est finalement le lieu où vous pouvez parler aux vieux. Vous pouvez être en contact avec les médias, avec les politiques, avec les leaders d'opinion. Donc, c'est une façon, là pour le coup, beaucoup plus politique et on voit bien d'ailleurs que les jeunes qui s'expriment sur cet espace-là sont dans une logique beaucoup plus politique.
Et puis après, vous avez Reddit, qui est un réseau social très important aussi dans ce mouvement. Pourquoi ? Parce que vous avez des longs débats et donc ça remplace peut-être les instances dont vous parlez. C'est un lieu où vous avez beaucoup de conseils où les uns et les autres échangent des conseils pratiques sur comment on gère si on est arrêté, enfin comment ça se passe. mais vous avez aussi des vrais débats de fonds. Que devons-nous demander ? Pourquoi demander ceci ? Est-ce qu'on se limite à parcours sub ? Donc finalement, des discussions qu'il y aurait dans des assemblées telles que vous en parlez. Et puis après, vous avez une réalité qui est YouTube qui est là aussi pas loin de X.
C
'est-à-dire, comme on sait que tout le monde y est, si je passe une vidéo là, ça passera peut-être un peu mieux.
France
Culture, question du soir. Thomas Négaroff.
On
s'est interrogé dans la première partie de l'émission sur la difficulté de mesurer la politisation des jeunes. Je crois qu
'il
y a moins de difficulté à mesurer l'instrumentalisation de ce mouvement. De part et d'autre, c'est un gros sujet. C'est la question qu'on voulait se poser ce soir. À qui profite politiquement le chaos ? Rémi Lefebvre, on a entendu jusqu'à Matignon évoquer une instrumentalisation de la part de LFI et de ses proxys, expression étrange, proxys d'ultra-gauche. Mais vous savez, quand on entend Louis Boyard, qui est député LFI, dire qu'il désire que le mouvement s'étende, est-ce qu'on a tort de voir une forme d'instrumentalisation de la part de la France insoumise
? Qu
'un parti de gauche
radicale soutienne un mouvement social qui va dans le sens de ses intérêts électoraux, ça c'est clair, de court terme avec l'élection présidentielle, mais aussi de son programme, de ses mots d'ordre auprès de la jeunesse, je suis désolé, c'est assez banal en fait. Voilà, effectivement, et LFI a intérêt dans une stratégie qui n'est pas simplement instrumentale, qui est une stratégie, je dirais, pensée, théorisée, qui est la conflictualisation. Il y
a
un mouvement social qui arrive, voilà, et LFI soutient ce mouvement, mais soutient ce mouvement, l'appui, est présent dans ses manifestations, mais j
'ai
l'impression qu'on découvre, qu'on découvre ça en fait, concrètement, les partis de gauche historiquement ont toujours ont toujours fait ça en fait.
Sauf que là, ce qu
'on
reproche, on a entendu Bruno Retailleau au début de l'émission, c'est la France insoumise est devenue la France incendiaire, comme si elle, non seulement instrumentalisée, mais poussait les jeunes
au
crime.
Bon, alors ça,
c
'est honnêtement pas avéré, c'est-à
-dire
que globalement, et alors la France insoumise a plusieurs fois déclaré qu'elle était hostile à la violence, on a vu quand même, alors même si ça,
c
'est assez inédit, je trouve, des députés s'interposer entre les forces de l'ordre et les manifestants, en essayant, certes, d'affirmer la présence, je ne suis pas dupe, de la France insoumise sur ce terrain, mais aussi de jouer un rôle pacificateur. Non, non, c'est frappant, les termes instrumentalisation, récupération, me paraît forte, politisation, accompagnement, plus qu'accompagnement, ça, c'est indiscutable, mais en fait, j
'ai
l'impression que ce qu'on admet de moins en moins, c'est qu'un parti politique peut jouer le rôle, peut avoir un rôle avec les mouvements sociaux. Vous l'avez dit tout à l'heure, la France insoumise se présente comme un parti mouvement.
Un parti mouvement, ça veut dire plusieurs choses, c'est un parti qui se veut fluide, mais c'est un parti aussi qui se comporte comme un mouvement, c'est-à-dire qui veut à la fois être dans les institutions, mais être dans le mouvement social, ce qui est une dialectique que beaucoup de partis de gouvernement, notamment le Parti socialiste, avaient abandonné, mais le Parti socialiste, il fut un temps, dans les années 70, où il était très présent dans les mouvements sociaux. Donc, la France insoumise veut renouer avec cette stratégie. Alors, effectivement, quand les choses débordent, quand il
y
a de la violence de part et d'autre, évidemment, et c
'est
le risque pour la France insoumise, c'est que la France insoumise soit assimilée à la violence, même s'il n
'est
pas du tout établi, qu'elle ait un rapport direct avec cette violence dans les manifestations.
D
'ailleurs, Verneigretzoult, il y
a
un sondage, on a déjà des sondages sur la situation actuelle. Votre cabinet, Odoxa Backbone, considère que 62% des Français jugent la mobilisation justifiée, mais plus de 70% désapprouverait l'implication de LFI.
C'est parce qu'ils peuvent comprendre que les jeunes, d'abord parce que les gens qui sont interviewés ont souvent des jeunes ou dans les familles ils discutent avec les jeunes et ils voient bien ce mal-être et ils sont d'accord parce que les demandes sont assez légitimes. après que ce soit politisé et qu'il y
ait
une question de la politisation des jeunes, c'est une chose, que ce soit récupéré par un mouvement les dérange plus parce qu'ils sentent bien qu'un mouvement va caricaturer le propos, ne va pas laisser les uns et les autres s'exprimer et que ça peut potentiellement amener à la violence. Après, je tiens à vous dire que pour les jeunes ça semble assez évident en revanche que LFI n'est pas à la base de tout, loin de là, que récupération par récupération ça les énerve un peu quand on parle récupération ça passe, manipulation ça les énerve franchement. Par ailleurs, ils voient bien par exemple les députés qui s'interpellent, qui s'interposent entre la police et les manifestants.
Ils trouvent qu'il y
a
un petit côté manipulation là pour le coup en disant c'est pas nous qui manipulent mais c'est la situation et donc ils démontrent qu'il y a violence policière donc voilà et puis après il y a aussi beaucoup de jeunes qui disent mais de l'autre côté aussi à droite ils utilisent le mouvement pour montrer qu'ils sont fermes
qu'ils
sont solides et voilà donc dans le fond on va dire les jeunes eux plus nous serons nombreux à nous intéresser et les politiques à s'intéresser à leur situation mieux ça leur va moins on utilise le terme de manipulation mieux ça leur convient aussi et puis globalement on va dire que le grand public regarde tout ça un peu effaré en ayant très peur de la réalité de ce qui peut arriver aux jeunes.
Essayez
de faire croire que ce serait la France Insoumise qui a l'initiative de cette mobilisation Monsieur le ministre je vous le dis franchement s'il y a quelqu'un qui est responsable de cette mobilisation c'est vous parce que cette situation c'est la conséquence de 10 années de politique macroniste
de
10 000 suppressions de postes d'enseignants de refus de revalorisation du point d'indice des fonctionnaires et des enseignants eux-mêmes d'une réforme blanquer qui a absolument désorganisé les emplois du temps et qui a créé beaucoup de souffrance parmi nos lycéens donc je propose qu'on n'utilise pas ce type de vocabulaire.
Emmanuel Bompard coordinateur de la France Insoumise c'était hier dans Franjeu l'émission de France 2 et de France Inter il évoquait cette question avec le ministre Jeffrey le ministre de l'éducation nationale Roby Morder comment est-ce que vous entendez ce débat qui passe largement en fait au-dessus de la tête des lycéens on se parle de politique en politique et puis le lycéen on ne sait pas trop où il est.
Il y a
d'abord
il y a un événement il
y a
un mouvement social il
y a
un mouvement social qui fait événement
dans
la société et à partir de ce moment-là c'est un problème politique
et
forcément que les politiques s'en saisissent le commentent l'interprète s'implique
quoi
de plus normal c'est pas la première fois c'est pas la dernière et on a déjà eu des mouvements dans lesquels des adultes des parents d'élèves s'interposaient venaient protéger mais bien sûr prenons 86
le
lendemain du 4 décembre 86 aux Invalides grande manifestation avec des parents d'élèves c'était un samedi Malik Ousekine est mort le soir enfin dans la nuit mais donc c'était avant Malik Ousekine
et
même en 1986 la coordination étudiante
a
demandé à plusieurs organisations politiques de prêter des services d'ordre des groupes de services d'ordre j'ai encore discuté avec un ancien dans le service d'ordre hier il me leur appelait combien ils étaient et leur rôle qui était effectivement ils étaient au service d'eux donc si vous voulez et puis moi j'aime bien toujours retourner les questions par exemple
est
-ce que c'est pas les lycéens qui manipulaient les
filles qui instrumentalisent
les
filles oui
c'est on met les députés ça fait venir la presse les médias on en parle bon après ça dépend de ce qui se passe il y a eu d'autres périodes où on acceptait les soutiens mais il fallait pas trop se montrer
pas
tellement parce que ça ferait peur aux autres mais parce qu'on voulait pas être récupéré bon donc ça je pense que c'est toujours présent et qu'effectivement elle est filles instrumentalisation par le gouvernement de LFI parce qu'il
n'y a
pas que les députés LFI qui y vont il y en a d'autres puis à la base il
y a
des élus municipaux puis c'est pas la première fois qu'un député un élu municipal va devant les manifestations paysannes et va venir soutenir des mouvements dans lesquels on voit quoi pas des poubelles au milieu de la route comme je l
'ai
vu toute l'après-midi à la télévision mais on voit des pneus qui brûlent bon voilà et là quand il n
'y
a pas de
risque ou de la paille
ou du
purin
voilà bon le purin il brûle pas non
mais
il sent voilà
il sent voilà mais
les
pneus c'est une occasion de se débarrasser des pneus aussi parce que ça vous
dites
quoi vous dites il y a deux poids deux mesures c'est
-à
-dire que quand c'est l'agriculteur la police est peut-être moins présente et les élus de droite sont là et personne ne trouve à redire mais là c'est un peu différent parce que c'est la jeunesse parce qu'il
y a
des violences urbaines parce que c'est la gauche c
'est ça que vous dites
les deux poids deux mesures c'est pas tellement dans la c'est surtout dans la perception effectivement on a d'un côté des jeunes lycéens bah comme ils sont jeunes ils ne savent pas ce qu'ils font on leur reproche à la fois d'être désordonnés d'avoir des revendications désordonnées de ne pas avoir de coordination de l'autre côté ils sont manipulés bon s'ils étaient vraiment manipulés s'il y avait une organisation derrière ça se verrait dans le mouvement même s'il y avait une volonté aujourd'hui le mouvement il l'a dépassé parce qu'on voit il
y a
une
contradiction dans
les termes
voilà
et puis mais globalement c'est ce que je dis souvent mais ça fait longtemps les jeunes ne sont pas pris au sérieux
et
d'ailleurs les recherches sur les mouvements de jeunes
ne
sont pas je sais
c'est votre vie entière voilà
c'est pas pris au sérieux
c
'est pas pris au sérieux je veux dire là ça fait deux jours que le téléphone sonne les invitations bon ça permet de mettre en valeur ces recherches c
'est
un peu l'équipe mais c'est vrai que quand vous allez dans un conseil municipal
vous
observez
une
association de commerçants demande une subvention de 5000 euros pour la fin d'année les décorations
bon
5000 4000 ça passe
une
association étudiante ou lycée
va
demander 300 ou 400 euros
tout
le monde se dit qu'est-ce qu'il y a derrière qu'est-ce que c'est que cette histoire qu'est-ce qu'ils vont en faire c'est-à-dire ça c'est quelque chose qui pèse énormément sur cette jeunesse le sentiment que
on
a des institutions on
a
plein de choses mais on n
'a
pas le droit à la parole en réalité elle n
'est
pas autre chose et c'est pour ça que je vous disais
tout à l'heure que
le fait que les réseaux sociaux ont libéré la parole rend encore plus douloureux parce que cet état de fait il a quand même toujours été ainsi mais là ça leur semble d'autant plus insupportable qu'on leur demande de faire des efforts qu'ils ont l'impression que tout le monde peut s'exprimer et qu'eux ils sont constamment méprisés à aucun moment on ne fait attention à leur parole et à aucun moment on considère que leur propos est construit et qu'ils ont le droit d'avoir des revendications
Tiens
d'ailleurs c'est une question que je me pose depuis le début du mouvement quel est le poids de l'interdiction des téléphones dans les établissements scolaires dans le mouvement est-ce que c'est beaucoup évoqué ou pas
?
Non pas tellement honnêtement c'est un truc de politique c'est une image je ne dis pas qu'ils étaient très satisfaits de cette mesure mais globalement ils allaient le retrouver à la sortie c'est pas ça qui a
déclenché J'avais le
sentiment c'est l'hypothèse que je m'étais formulée qu'on leur avait enlevé un droit
et que dans ces
conditions tout sortait tout ressortait
Non le sujet c'est que justement ils se sentent méprisés donc ils disent quand on s'intéresse à nous c'est toujours pour nous interdire un truc c'est plus ça donc je ne dis pas que ça n'a pas joué mais c'est pas ça qui a déclenché ils sont plutôt là aujourd'hui quand on entend certains députés ou maires qui disent il va falloir arrêter les réseaux sociaux en fait la solution c'est toujours de nous dire nous taire quoi quoi qu'il arrive on est trop bête pas assez conséquent enfin bref aucun intérêt notre parole n'a pas de sens donc coupons les réseaux enlevons les téléphones enfin voilà dans l'absolu mais ce n
'est
pas ça le déclencheur
Rémi Lefebvre vous aviez vos deux objets quasiment d'études dans l'entretien qu'on entendait à l'instant entre Bonpas et Jeffrey entre LFI et Renaissance c'est vos deux vous avez travaillé sur les deux mouvements en parallèle en marche l'ancêtre de Renaissance et LFI quand on se pose la question à qui profite le chaos on a du mal à considérer que ça puisse profiter au pouvoir en place comment peut-il y répondre ?
Ce qui est compliqué c'est que depuis 10 minutes là on dit on ne prend pas au sérieux les jeunes mais en même temps le pouvoir craint énormément les mouvements lycéens et je dirais même d'autant plus quand on entre dans une période comme celle qui va s'ouvrir dans les mois qui viennent une campagne électorale une négociation d'un budget qui va être très très compliquée une période électorale qui traditionnellement est dangereuse parce que du coup il y a aussi des stratégies de mouvement qui se disent le pouvoir est vulnérable on va faire pression il y
a
des travaux de sciences politiques qui montrent très très bien que les périodes préélectorales c'est des structures d'opportunité où il y a un effet d'aubaine c'est à ce moment là qu'il faut faire pression sur le pouvoir et comme ce pouvoir il est aujourd'hui privé il n
'a
pas beaucoup de marge de manœuvre il est pris aujourd'hui dans un débat budgétaire très compliqué dans la mesure où il veut privilégier la lutte contre les déficits et il n'envisage pas du tout des dépenses supplémentaires donc là en fait moi j'essaie de comprendre j'essaie de comprendre parce que c'est un mystère la réponse très répressive qui a été tout de suite apportée au mouvement c
'est
-à
-dire
qu
'on
a vraiment l'impression que très très vite en dehors même des violences l'écoute n'a pas prévalu ce qui a prévalu et les consignes que Laurent Nunez ou Gérald Darmanin respectivement ministre de l'Intérieur et ministre de la Justice ont donné au parquet et à la police sont très très clairs c'est qu'en fait il y avait vraiment la volonté de tuer dans l'œuf cette mobilisation avec l'idée qu'elle ne déborde pas au risque au risque de produire l'effet inverse de ce qui est souhaité c'est que comme par ailleurs la violence a été très très vite au rendez-vous comme par ailleurs on le sait très bien c'est pas l'objet de
l
'émission mais on sait très bien qu'il
y a
un vrai problème de maintien de l'ordre aujourd'hui en France que la police n'utilise pas des techniques de désescalade qu'elle aurait d'autant dû le faire avec des jeunes c'est-à
-dire
que globalement quand on a des jeunes dans la rue il faut quand même essayer d'éviter que ça se passe mal j'invite les auditeurs à lire l'excellente tribune de mon collègue Olivier Fillel qui a écrit un excellent texte dans Le Monde hier où il montre en fait qu'en gros cette stratégie elle est très très contre-productive parce que elle crée un espèce de cycle de violence qui ensuite se retourne contre le pouvoir et sur-mobilise les jeunes parce qu'aujourd'hui l'indignation des jeunes c'est aussi contre la répression policière autant que contre les mesures sur le lycée voilà donc tout ça est assez étonnant
Lorsque
la violence devient une méthode politique
c
'est toujours la liberté de chacun d'entre vous qui est menacé
dans
cette confusion préoccupante pour le pays et les libertés soyez assurés que malgré les attaques
nous
resterons les garants d'une démocratie apaisée et sûre de ses valeurs
Marine
Le Pen le 30 septembre dernier est-ce que c'est ça le résultat d'un mouvement qui dérape
d
'un mouvement dont on perd peut-être la compréhension il ne resterait que l'image d'un désordre et Marine Le Pen se présente comme la candidate de l'ordre est-ce que ce discours-là vous qui êtes aussi spécialiste de communication c'est un discours qui peut marcher je rappellerai qu'après mai 68 le 30 mai un million de personnes manifestent pour l'ordre sur les Champs-Elysées et dans la suite lors des élections législatives anticipées le parti gaulliste aura sa plus forte majorité de son histoire
on parlait de récupération c'est la plus belle des récupérations qu'elle puisse faire même sa voix vous entendez comme elle est calme au milieu du chaos tout le monde crie tout le monde s'énerve tout le monde panique extrêmement calme et dans le fond les parents essayent de trouver une solution et même les jeunes alors ils ne
vont
pas suivre son discours mais dans le fond elle fait ce que le gouvernement aurait pu faire et donc ça la positionne en plus comme parfaitement crédible pour diriger un pays donc c'est une récupération parfaite et voilà elle n'est pas suivie par les jeunes mais on va dire que dans le discours ambiant ça fonctionne bien je voulais ajouter
un petit mais comme l'a dit
Rémi Lefer ces jeunes là souvent ne sont pas électeurs
non mais les parents sont électeurs et les parents ont peur pour leurs enfants donc ça fonctionne et l'une des raisons pour lesquelles je ne
sais
pas si c'est ça mais ça a dû jouer il y a quelque chose qui était resté quand même ancré plus récent que 86 ou d'autres c'est Naël c
'est des émeutes
qui avaient été quand même extrêmement violentes et où en fait ce sont les parents qui sont venus récupérer et aussi la mafia tout simplement les dealers qui trouvaient que ça commençait à aller bien et donc tout le monde est rentré sagement mais c'est pas tellement enfin voilà les choses ils ont été un peu démunis et je pense qu'ils se sont dit aussi qu'il fallait que ça s'arrête vite parce que c'est très compliqué quand ça s'enflamme avec des jeunes et
si
on veut jouer le jeu des parallèles est-ce que après Naël les succès électoraux de 2024 du RN sont alliés avec ce mouvement-là ou bien il faut les déconnecter parce qu'il y a mille autres facteurs
il y avait plein d'autres facteurs mais ça a dû jouer quand même ce sentiment que ça peut s'embraser aussi vite que ça peut être aussi violent que nos jeunes sont obligés de descendre dans la rue pour s'entendre et puis on a commencé à entendre ces mots d'ensauvagement qui étaient plutôt dédiés pour qualifier les jeunes de banlieue donc ça a joué sur un phénomène donc oui bien sûr à chaque fois on parle de LFI qui récupère en tout cas disons qu'il est dans un mouvement assez classique et enfin voilà c'est pas eux qui sont à l'initiative la vraie récupération c'est celle de l'ordre et d'un parti qui serait posé calme et qui garantirait aux parents que leurs enfants pourront faire leurs études en toute sérénité puisqu'il n'y aura plus de problèmes plus de violences tout ira bien
Rémi Lefèvre la dimension historique d'un parti de l'ordre ou en tout cas d'une autorité qui parviendrait à récupérer non pas le mouvement parce que le mouvement existe en tant que tel mais les conséquences d'un mouvement
Oui alors après c
'est
une posture en même temps il
y
a une concurrence pour capter l'ordre parce qu'il y a finalement le gouvernement qui joue ce registre là on a entendu Retailleau qui demande l'interdiction de LFI et puis pardonnez-moi mais LFI en envoyant des députés joue aussi la carte
de l'ordre pour empêcher un désordre Oui
c'est vrai c
'est vrai
qu'aujourd'hui les enquêtes d'opinion le montrent il y a toute une partie des français de l'opinion qui aspirent qui sont inquiets qui aspirent plutôt à une forme de restauration donc l'aspiration à l'ordre alors c'est toujours la conséquence aussi des moments un peu éruptifs mais c'est vrai que c'est aussi quelque chose d'assez structurel et il y a aussi cette idée dans une partie de l'opinion que finalement la société c'est un peu la chianlis qu'il faut remettre de l'autorité Je crois d'ailleurs que le terme est employé par Marine Le Pen Voilà donc c'est une opportunité cette séquence aussi pour des parties effectivement qui réclament l'ordre de pousser leur agenda donc en fait on voit bien que chacun essaie de qualifier la situation pour pousser ses propres idées son propre agenda voilà et puis qu'en plus il y a effectivement ces connotations parce que comme il y
a
aussi cette connotation un peu sauvage il
y a
un lexique parfois qui flirte avec la xénophobie il faut être très clair ou une forme d'ethnicisation en tout cas qui est latente dans un certain nombre de jugements dans certains médias etc et donc là il y a aussi une convergence des agendas là-dessus Romain Bordeur dernier mot
avec vous sur ce parti de l'ordre qui peut récupérer ça c'est une vieille histoire des mouvements lycéens non
? ça peut être systématique on a 68 on a 68
en
même temps 68 c'est pas un écrasement du mouvement
je
veux dire les années qui suivent c'est les années de progrès de convention collective la formation permanente les rapports de force mais surtout moi ce que je pense pour finir
c
'est que le gouvernement et une bonne partie des élites politiques aujourd'hui ne comprennent absolument rien de par leur propre histoire à ce que c'est que des mouvements sociaux ils ne
les
ont jamais vécu ni d'un côté ni de l'autre ce qui fait qu'ils ne le voient pas au début ils ne comprennent pas comment ça peut se développer je rappellerai tout de même que Chirac et Balladur confrontés aussi à des mouvements de jeunesse ils étaient avec Pompidou à Grenelle en 68 et donc eux
ils
savaient ce que c'était
ils
savaient ce que c'était et comment il fallait le demander
merci à tous les trois c'était très très intéressant merci à Antoine Hérald pour la préparation de l'émission Marie-Lise de Saint-Salvi pour la production déléguée et Léa Racine à la réalisation
Merci à tous