Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : "norme sociale importante" ou "affichage politique" ?
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Questions et réponses
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L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans peut-elle être efficace ?
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Comment cela va se passer concrètement ?
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Sur le principe d'abord, est-ce que vous êtes d'accord avec l'objectif ?
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Servin de Mouton, j'imagine que oui, puisque vous ayez parti avec vos collègues de ce groupe d'experts qu'il avait proposé.
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Vous dites vous aussi que c'est un premier pas ?
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Bastien Le Querec, vous n'êtes plus réservé, pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« l'interdiction d'accès pour les réseaux sociaux par les mineurs de moins de 15 ans était une des recommandations du rapport »
- 1:39Invité politiqueFait
« on était en réalité plus exigeants puisqu'on ne les autorisait à partir de 15 ans que s'ils étaient éthiques. Ce qui n'est bien sûr pas le cas de ceux auxquels ils auront accès. »
- 2:17InvitéFait
« Ça crée une norme sociale qui est très importante. »
- 3:13InvitéFait
« Pas seulement aux adolescents, parce que vérifier l'âge des internautes, ça veut dire faire un contrôle d'identité de l'ensemble de la population. »
- 3:23InvitéFait
« les enfants qui pouvaient trouver un refuge, quand ils sont, par exemple, dans un foyer LGBTphobe, et qui se posent des questions sur leur transition, par exemple, les réseaux sociaux peuvent être un endroit fondamental, nécessaire, qu'on est en train de leur couper. »
- 8:14InvitéFait
« Cette loi, c'est de l'affichage politique. »
- 8:44InvitéFait
« les mineurs de moins de 15 ans n'ont pas le droit d'accéder aux réseaux sociaux. Et c'est tout. »
- 11:36InvitéFait
« La Commission européenne, il y a quelques semaines, a présenté une application de vérification d'âge. Concrètement, c'est une application pour faire un contrôle d'identité. »
- 12:05InvitéChiffre
« Reddit, un réseau social assez populaire, a eu son prestataire de vérification d'âge qui a eu une faille de sécurité. C'est 60 000 personnes qui ont vu leur papier d'identité partir dans la nature. »
- 14:24Invité politiqueFait
« Le consensus existe sur les effets sur la santé physique, quel que soit le contenu qui est proposé par l'écran en termes de sédentarité avec le risque sur la santé métabolique et cardiovasculaire, les impacts sur le sommeil avec les conséquences en cascade sur la santé et puis sur la vision avec le risque de myopie. »
- 15:00Invité politiqueFait
« ils vont utiliser des processus addictifs, like, addictogènes, en tout cas, de captation de l'attention pour nous faire rester en ligne le plus longtemps possible et nous y faire venir le plus souvent possible, ce qui est la base du modèle économique des grandes plateformes de réseaux sociaux »
- 16:55Invité politiqueFait
« C'est difficile de savoir précisément parce que c'est du déclaratif puisque les plateformes elles-mêmes disent qu'aucun mineur de moins de 13 ans n'est sur les plateformes »
- 18:53InvitéChiffre
« Les mineurs vont contourner cette interdiction. En Australie, où il y a déjà une loi similaire, d'après le régulateur australien lui-même, ce sont les deux tiers des mineurs qui ne devraient plus avoir accès à ces plateformes qui continuent d'y accéder. »
Temps de parole
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L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans peut-elle être efficace ? Comment cela va se passer concrètement ? Vous vous posez sûrement la question si vous êtes parent ou d'ailleurs si vous êtes adolescent et même si vous n'êtes ni l'un ni l'autre, vous êtes forcément concerné par cette question des réseaux et des écrans qui doit tous nous faire réfléchir. Alors parlons-en ce matin avec une neurologue, co-présidente de la commission d'experts Enfants et Écrans qui a recommandé dès 2024 cette interdiction à Emmanuel Macron entre autres mesures. Servane Mouton, bonjour.
Bonjour.
Vous avez publié chez Gallimard, Écrans, un désastre sanitaire, il est encore temps d'agir. Nous sommes aussi avec la directrice générale d'une association qui vise à protéger les enfants dans leur usage d'Internet. Justine Atelan, bonjour. Cette association, c'est iEnfants3018 et avec un juriste de l'association La Quadrature du Net qui défend les libertés fondamentales dans l'environnement numérique. Bastien Le Querec, bonjour à vous. Avec vous aussi, on en parle bien sûr. Vous qui nous écoutez, vous nous appelez pour réagir, pour témoigner, nous poser vos questions au 01 45 24 7000. Vous pouvez aussi nous écrire, bien sûr, vous le savez, sur l'application de Radio France.
Un mot d'abord, chacun et chacune voudrait avoir votre avis sur l'objectif tout simplement de cette loi. On va parler de toutes les questions qui se posent, toutes les réserves peut-être que certains ou certaines d'entre vous ont sur cette loi. Mais sur le principe d'abord, est-ce que vous êtes d'accord avec l'objectif ? Servin de Mouton, j'imagine que oui, puisque vous ayez parti avec vos collègues de ce groupe d'experts qu'il avait proposé.
Oui, l'interdiction d'accès pour les réseaux sociaux par les mineurs de moins de 15 ans était une des recommandations du rapport, sachant qu'on était en réalité plus exigeants puisqu'on ne les autorisait à partir de 15 ans que s'ils étaient éthiques. Ce qui n'est bien sûr pas le cas de ceux auxquels ils auront accès. Mais en tout cas, c'est une mesure à laquelle je souscris, mais qui doit s'inscrire dans un panel plus large, systémique, comme on avait également insisté lors de notre rapport.
Justine Attelan, vous dites vous aussi que c'est un premier pas ?
Oui, l'association Enfance existe depuis 20 ans et lutte justement pour protéger les enfants et les adolescents dans cet environnement numérique qui n'est absolument pas conçu pour eux et qui ne respecte absolument pas leurs droits, notamment effectivement à être protégé et avoir des fonctionnalités adaptées. Donc on est évidemment favorable à la prise en compte de ces risques, enfin au niveau sociétal. Ça crée une norme sociale qui est très importante. On en parle ce matin, les auditeurs réagissent, donc on voit bien que ne serait-ce que ça, c'est extrêmement vertueux puisque ça permet à tout le monde de considérer que ce n'est pas un usage banal, loin de là.
On a déjà des appels et des messages, en effet, qu'on va prendre dans un instant. Bastien Le Querec, vous n'êtes plus réservé, pourquoi ?
Ça dépend de l'objectif. Si l'objectif, c'est de combattre la toxicité des réseaux sociaux commerciaux, et j'insiste sur ce point, il y a des réseaux sociaux qui apportent des modèles différents et qui se retrouvent dans le même sac que ces réseaux sociaux commerciaux qui vendent de l'addiction, qui vendent du ciblage publicitaire. C'est leur modèle économique ? Voilà, c'est leur modèle économique. Ce modèle économique, il n'est absolument pas remis en question par cette mesure, mais s'attaquer à ces réseaux sociaux commerciaux qui sont toxiques, qui sont, maintenant c'est documenté, c'est une bonne chose.
En revanche, la manière de le faire, l'interdiction très autoritaire, très paternaliste des réseaux sociaux, de l'ensemble des réseaux sociaux, là, c'est une erreur fondamentale. Vous dites que c'est une injustice qui est faite aux adolescents ? Pas seulement aux adolescents, parce que vérifier l'âge des internautes, ça veut dire faire un contrôle d'identité de l'ensemble de la population. Ça veut dire que les adultes vont être concernés.
Ça veut dire que les enfants qui pouvaient trouver un refuge, quand ils sont, par exemple, dans un foyer LGBTphobe, et qui se posent des questions sur leur transition, par exemple, les réseaux sociaux peuvent être un endroit fondamental, nécessaire, qu'on est en train de leur couper.
Une question, et un premier témoignage d'une auditrice de France Inter, c'est Marion qui est avec nous au Standard. Bonjour Marion.
Bonjour, bonjour à tous.
On vous écoute.
Alors, écoutez, moi, je me pose la question de pourquoi on insiste tant sur le fait que cette loi soit applicable ou non au sein des familles. Parce que si on prend le parallèle avec le tabac ou avec l'alcool, qui sont prohibés pour les enfants, nous, parents, nous pouvons faire appliquer cette loi sans avoir un gendarme derrière nous, au sein des foyers. Je pense que pour les réseaux sociaux, ce sera la même chose. Et surtout, ça nous permettra, au niveau des adolescents, de leur dire, et de ne pas rentrer dans des conversations qui durent des heures, de leur dire simplement, tu vois, c'est illégal, donc c'est non.
Et pour nos parents, c'est vraiment une aide fondamentale, d'une part pour cela, et pour moi, personnellement, avec une fille ado que j'ai beaucoup sensibilisée au sujet. Elle a 11 ans, elle va rentrer au collège, elle est sensibilisée, et au courant de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, via mes réseaux. Parce que j'entendais le fait d'isoler les ados parce qu'ils ne pourraient plus avoir accès. Mais en fait, je pense qu'il faut continuer à accompagner les enfants jusqu'à leurs 15 ans, c'est normal.
Je fais toujours le parallèle entre ce qui est au niveau des réseaux et des smartphones, je combats aussi un peu les smartphones, je vous avoue aussi, c'est qu'en fait, ce sont des outils qui sont utiles, mais le parent doit rester au volant des choses, comme pour la voiture.
Et donc cette loi renforce votre autorité, c'est ce qu'on comprend de votre témoignage. Merci beaucoup Marion. Servan Mouton, c'est l'idée, justement, de créer, comme le disait Justine Atlan, une norme sociale.
Absolument. La loi a des vertus potentielles, en tout cas sur plusieurs aspects, dont celui-ci, qui est de rendre légal ou justement illégal l'accès à certaines plateformes de réseaux sociaux ou avec des fonctionnalités réseau-sociales qui permettront, et vraiment c'est ce que cette dame a expliqué parfaitement, qui permettront de légitimer la position des parents qui luttent aujourd'hui au quotidien pour empêcher leurs enfants de s'inscrire sur ces réseaux et de dénormaliser finalement le fait de ceux qui seront inscrits, comme on avait fait pour le tabac à une époque, quand le fumier a été interdit dans les lieux publics.
Finalement, ça n'a plus été le non-fumeur, l'empêcheur de tourner en rond, mais le fumeur, et ça s'est fait très rapidement.
Alors concrètement, ce que prévoit cette loi, c'est qu'à partir du 1er septembre, la création de nouveaux comptes sera interdite pour les moins de 15 ans, et pour les comptes qui existent déjà, les plateformes devront les supprimer sous 4 mois. C'est faisable, Justine Atlan ?
D'abord, je pense qu'on n'est pas comptable, c'est faisable ou pas faisable, dans la mesure où oui, c'est faisable, après c'est aux plateformes d'avoir cette responsabilité, elle leur incombe, ce n'est pas aux jeunes ou aux parents, c'est vraiment la responsabilité des plateformes, c'est à elles effectivement de mettre en place. Il faut se rappeler que les plateformes, de toute façon, se sont elles-mêmes autodictées une règle, qui était que théoriquement, elles n'acceptent pas les moins de 13 ans. Donc de toute façon, les plateformes elles-mêmes se sont limitées à un certain âge.
La difficulté, et c'est pour ça qu'on en arrive aujourd'hui à interdire au moins de 15 ans, c'est qu'elles n'ont jamais appliqué la propre interdiction qu'elles s'étaient mises à elles-mêmes de ne pas accepter les moins de 13 ans.
Et ce n'est pas une contrainte technique, techniquement elles peuvent le faire.
Ce n'est absolument pas une contrainte technique, je pense que mon voisin de droite parlera des contraintes qui sont évidemment des choix de société, des priorités de droit et des hiérarchies de droit qu'on va poser en termes de liberté fondamentale, mais en tout cas, techniquement, c'est tout à fait faisable. Donc effectivement, elles sont prêtes, très honnêtement, elles sont prêtes, parce que c'est quand même des discussions qui existent depuis des années, parce qu'on a déjà eu ce combat, et mon voisin de droite aussi, sur la non-accès des enfants à la pornographie, qui est aussi une norme qui existe depuis des années, des dizaines d'années, mais qui n'était pas appliquée sur Internet.
Et on a dû effectivement trouver des systèmes de vérification de majorité, en l'occurrence, pour pouvoir effectivement exclure les mineurs qui, pour l'instant, étaient très exposés. Donc là, on va retomber dans quelque chose d'un peu plus compliqué à mettre en œuvre, effectivement, parce qu'on va dépasser de « es-tu majeur aux mineurs ? » « Mais quel âge as-tu parmi les mineurs ? » Et donc les parents devront aussi, effectivement, participer à ça. Et c'est ça qu'il faut, je pense, garder, c'est que les parents, de toute façon, maintenant, sont inclus là-dedans et on compte sur eux pour, effectivement, participer à cela.
Alors, Bastien Le Querecq, justement, vous, vous faites partie d'une association, on l'a bien compris, qui défend la liberté en ligne, et on a entendu vos réserves. Les autres critiques qui sont faites à cette loi, c'est qu'elle est floue, en fait, qu'il n'y a pas de liste noire concrète des réseaux qui seront concernés, il n'y a pas de mécanisme précis prévu pour la vérification d'identité, notamment. C'est à Bruxelles, en fait, qu'on renvoie tout ça ? C'est au niveau européen que ça devra se faire ?
Cette loi, c'est de l'affichage politique. Dans la version initiale du texte, l'ARCOM, qui est l'autorité administrative indépendante chargée de la régulation des médias, se voyait confier des pouvoirs similaires qu'elle a pour imposer la vérification d'âge sur les sites à caractère pornographique. Parce qu'il y avait des incompatibilités avec le droit de l'Union européenne, qui sont d'ailleurs en train de rejaillir sur cette vérification d'âge pour les sites pornographiques, au moment de la dernière étape des débats parlementaires, tous les pouvoirs de l'ARCOM ont été supprimés.
Et on se retrouve avec une loi qui dit simplement les mineurs de moins de 15 ans n'ont pas le droit d'accéder aux réseaux sociaux. Et c'est tout. On n'a plus de pouvoir pour renforcer ça. Il n'y a pas de sanction non plus dans cette loi ? Il n'y a pas de sanction directement, mais ce n'est pas impossible que le gouvernement puisse utiliser des procédures qui existent déjà dans la loi. Sans rentrer dans les détails techniques, il existe une procédure judiciaire pour aller demander à la justice, en référer, c'est-à-dire sur une décision très rapide, la censure ou n'importe quelle action pour empêcher une plateforme illégale de continuer.
Donc ce n'est pas impossible que, malgré tout, le gouvernement, s'il le voulait vraiment, s'attaque aux plateformes qui ne feraient pas cette vérification d'âge. Mais ça reste principalement une mesure d'affichage. Madame Catherine Morin-De Sailly, la rapporteure du texte au Sénat, disait mardi que la portée normative de ce texte est limitée. Elle-même, alors qu'elle a défendu ce texte, admet que, finalement, il ne va pas se passer grand-chose.
Elle dit que c'est avant tout un texte symbolique, mais qui va peut-être inciter Justine Attelan. Bruxelles, justement, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a dit qu'on présentera des mesures après l'été, très prochainement. Et il y a une quinzaine, je crois, de pays européens qui débattent en ce moment même d'une telle interdiction, eux aussi. Donc il peut y avoir un... La France peut être pionnière d'un mouvement de trou.
Mais ce n'est pas... Elle l'est, factuellement. Elle l'est, factuellement, puisque, en fait, Bruxelles n'avait pas bougé autant qu'ils n'ont bougé depuis, effectivement, qu'il y a cette menace, entre guillemets, en tout cas, que la France soit le premier pays à poser une norme de cette nature. Et, factuellement, on voit bien que, depuis ce moment-là, effectivement, l'Europe, qui était plutôt accusée d'être un peu laxiste à l'égard des plateformes, à certains moments, bien qu'elle ait mis en place le DSA parallèlement, là, quand même...
Le DSA ?
Le Digital Service Act, qui est vraiment le texte de régulation, justement, des réseaux sociaux, dans lequel, justement, il y a des lignes directrices, particulièrement sur la protection des mineurs, et qui sont censées, si elles sont toutes mises en œuvre, effectivement, offrir un environnement plus sécurisé pour les mineurs. Mais ça, il faut que ça se fasse, et c'est, effectivement, extrêmement important. Mais oui, l'Europe va...
Vous dites, quand même, que c'est plus que symbolique.
Là, en France, en tout cas, c'est vrai que c'est... En tout cas, ne serait-ce que si ça a cette vertu de pousser l'Europe, ce qu'elle va faire, à très rapidement, en septembre, a priori, ce qu'on voit, effectivement, du comité, du panel d'experts, qui a sorti son rapport, de devoir poser un âge, finalement, qui va plutôt s'aligner sur celui des plateformes, dont on est 13 ans, mais qui permet d'harmoniser, parce que c'est ça que, finalement, les plateformes demandent de l'harmonisation. On va leur donner de l'harmonisation.
L'Europe va pouvoir, effectivement, harmoniser un âge où les jeunes peuvent venir tout seuls, un âge où il faut l'accord des parents, et mettre en place le DSA, ce qu'on souhaite tous, je pense, c'est que ça soit, effectivement, cohérent et applicable. Bastien Le Querec. Oui, ce n'est pas seulement un texte symbolique. Je ne veux quand même pas laisser penser que la quadrature du Net penserait que c'est un texte symbolique. C'est un texte qui porte énormément de dangers en lui-même. Mais on voit, effectivement, qu'il y a une direction commune entre la Commission européenne et la France pour aller dans cette direction de la vérification d'âge.
La Commission européenne, il y a quelques semaines, a présenté une application de vérification d'âge. Concrètement, c'est une application pour faire un contrôle d'identité. Et on est en train de se diriger vers cette direction où on aurait un contrôle d'identité obligatoire avant de pouvoir s'exprimer en ligne sur un réseau social partout dans l'Union européenne. C'est quoi votre crainte très concrète ? La fuite de données ? C'est non seulement la fuite de données. Par exemple, au Royaume-Uni, il y a une loi similaire qui existe. Reddit, un réseau social assez populaire, a eu son prestataire de vérification d'âge qui a eu une faille de sécurité.
C'est 60 000 personnes qui ont vu leur papier d'identité partir dans la nature. Le problème, c'est que quand vous vous savez surveiller parce que vous avez dû donner votre identité à un intermédiaire, pas forcément la plateforme elle-même, ça peut être un intermédiaire, vous allez modifier votre comportement. C'est en sociologie ce qui s'appelle le chilling effect. Pour une démocratie, c'est un problème insurmontable. C'est-à-dire qu'il va y avoir de l'auto-censure. On ne pourra plus s'exprimer librement si on sait que demain, son identité pourra être divulguée à un patron, à un conjoint, à un pouvoir politique qui ne nous aimerait pas. C'est un danger pour la démocratie.
Justine, attend très brièvement et on revient après à la question de la santé quand même. Oui, absolument qui est fondamental.
On débat ce matin, mais sur la vérification d'âge, normalement, ce n'est pas une vérification d'identité. C'est une partie de l'identité qui est l'âge. C'est tout. On n'a pas besoin de savoir autre chose. Donc ne partons pas dans ce fantasme de la vérification citée, de l'État contre l'identité. Bien sûr qu'il y a des fuites de données, on le sait, mais ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas aller à la... Deuxième chose, effectivement, il y a plein d'actes dans la vie courante qu'on fait où il faut montrer son âge pour aller acheter un paquet de cigarettes, pour aller acheter l'alcool, pour rentrer dans un casino.
Donc, effectivement, sur Internet, dès lors qu'il y a toutes ces activités aussi qui sont proposées, y compris la pornographie, y compris maintenant des réseaux sociaux dont il sait qu'ils sont dangereux pour, effectivement, le développement des jeunes, oui, il va falloir, effectivement, ne montrer pas de blanche. Mais c'est là où je vous dis qu'on a une opposition fondamentale qu'on a depuis très longtemps, parce que ça date de l'Obsi et de ce nombre de lois. C'est qu'effectivement, pour l'instant, ce qu'on a privilégié dans le monde dans lequel on vit, c'est justement la vie privée et la protection des données personnelles de tous les adultes.
Absolument pas la protection des mineurs qui consultent de la pornographie tous les jours, qui sont exposés à des réseaux sociaux délétères qui ont un vrai impact sur leur santé mentale. Donc, maintenant, il est temps, à mon avis, de ne pas du tout prioriser plus l'un que l'autre, de trouver un équilibre entre les deux où l'un ne soit pas une menace pour l'autre.
Il y a un débat aussi entre nos auditeurs sur l'application Radio France et c'est ça qui est intéressant. Marie qui dit, par exemple, je ne comprends pas pourquoi cette loi posait un problème. On vérifie bien l'âge des jeunes à l'achat d'alcool. Ce sera pareil pour les réseaux sociaux. Et Camille qui dit cette loi est une catastrophe pour l'anonymat, la surveillance de masse et la prochaine étape. Donc, voilà pour ce débat. Venons-en à la santé parce que c'est quand même le sujet central et c'est votre spécialité, vous qui êtes neurologue, Servane Mouton.
Il y a un consensus scientifique pour dire que les réseaux sociaux et les écrans en général ont des effets néfastes sur les jeunes aujourd'hui. Ça, c'est clair.
Le consensus existe sur les effets sur la santé physique, quel que soit le contenu qui est proposé par l'écran en termes de sédentarité avec le risque sur la santé métabolique et cardiovasculaire, les impacts sur le sommeil avec les conséquences en cascade sur la santé et puis sur la vision avec le risque de myopie. Et les effets, enfin, les usages excessifs sont essentiellement en lien avec les structures qui utilisent l'économie de l'attention.
Donc, ils vont utiliser des processus addictifs, like, addictogènes, en tout cas, de captation de l'attention pour nous faire rester en ligne le plus longtemps possible et nous y faire venir le plus souvent possible, ce qui est la base du modèle économique des grandes plateformes de réseaux sociaux, mais aussi de jeux vidéo en ligne, de différents styles commerciaux, etc.
On l'a dit, ils suscitent, ils créent l'addiction. On l'a dit au début, c'est le modèle économique de ces plateformes.
En tout cas, des comportements de type addictif ou compulsif, ou addictif, like, même s'il n'y a pas de consensus sur le diagnostic d'addiction aux réseaux sociaux aujourd'hui. Et puis ensuite, il y a le problème des contenus que Mme Atlan a largement détaillé, l'accès au porno, des contenus hyper violents. Enfin voilà, on peut faire une liste à l'après-vers assez dramatique, mais il y a aussi tous ces risques en ligne qui ne sont pas contrôlés aujourd'hui et qui peut-être vont l'être un petit peu plus avec cette loi.
Et j'insiste sur une chose qu'on n'a pas abordé là, mais il a été aussi retoquiste par rapport à cette loi, le fait que c'était une prévation de liberté pour les mineurs de moins de 15 ans. À partir du moment où on parle de contenus qui sont de type addictif, c'est-à-dire qui vont manipuler le comportement en ligne des usagers en utilisant le fonctionnement normal de leur cerveau. Donc pour aboutir à des comportements de type addictif, on ne les prive pas de la liberté, on leur remet la liberté puisqu'une des définitions de l'addiction, c'est que la personne perd son autonomie, perd sa liberté.
Donc c'est une mesure de protection et c'est une mesure d'urgence de protection des mineurs qui doit s'inscrire dans un panel plus large avec bien sûr une exigence qui doit être extrêmement forte pour que les plateformes soient éthiques, en règle, avec la réglementation européenne, DSA, et peut-être plus tard le Digital Fairness Act, mais j'avoue que j'ai une certaine appréhension, en tout cas j'ai peu de confiance sur le fait que les plateformes qui ont basé leur modèle économique sur la captation de l'attention changent radicalement et deviennent tout d'un coup avec un humanisme formidable et qui respectera l'usager. J'ai du mal à y croire.
Petite précision d'un mot, Servan Mouton, combien de moins de 15 ans puisque c'est d'eux qu'on parle, ont aujourd'hui au moins un compte sur les réseaux sociaux et on a ce chiffre ?
C'est difficile de savoir précisément parce que c'est du déclaratif puisque les plateformes elles-mêmes disent qu'aucun mineur de moins de 13 ans n'est sur les plateformes et puis qu'entre 13 et 15, on ne sait pas trop puisqu'il n'y a pas de vérification de l'âge, ça n'est que déclaratif. En tout cas, les moins de 18 ans, enfin les 15-18, c'est quasiment 100%. Peut-être que Mme Atelan a des chiffres plus récents parce qu'ils ont fait régulièrement des...
On avait en tout cas 67% des 8-10 ans.
Des 8-10 ans ?
Qui étaient déjà inscrits sur un réseau social. Deux tiers des 8-10 ans. Donc en fait, il faut savoir que c'est très démocratisé mais encore souvent parce que les parents n'ont pas forcément conscience du risque et c'est à ça qu'il faut travailler. Il faut se servir, encore une fois, de cette loi et des discussions qu'on a pour sensibiliser les parents.
Léo est avec nous. Bonjour Léo. Bonjour. On vous écoute.
Oui, voilà, j'avais juste une remarque qui fait bien le lien avec ce qui vient d'être dit. Donc moi, je suis pédopsychiatre, et c'est vrai que je m'alerte beaucoup quand même sur les mises en danger des jeunes sur les réseaux sociaux. Il faut voir quand même que les réseaux sociaux, tout est anonyme. C'est un véritable terrain de prédation pour les personnes avec des intentions pédocriminelles et que ça va très très vite en fait d'embrigader des enfants de 12-13 ans à donner des photos d'eux, dénudés. Et donc, moi, j'avoue que je suis très favorable à une surveillance beaucoup plus accrue aux réseaux sociaux des moins de 15 ans parce que c'est une réalité.
Ça peut arriver à n'importe quel jeune ado, etc. Et c'est pas une question d'éducation, etc. parce que vraiment, c'est en une conversation, en trois jours, la photo, elle est envoyée et ils s'en mordent les doigts terriblement et ça peut durer pendant des mois, ces histoires-là.
Merci beaucoup, Léo. Pédopsychiatre, donc, merci pour ce témoignage. Bastien Le Querec, est-ce que, voilà, vous dites, il y a aussi un rapport bénéfice-risque ?
C'est une erreur de penser ça. Les mineurs vont contourner cette interdiction. En Australie, où il y a déjà une loi similaire, d'après le régulateur australien lui-même, ce sont les deux tiers des mineurs qui ne devraient plus avoir accès à ces plateformes qui continuent d'y accéder. On va avoir des mineurs qui vont continuer à y accéder, qui vont contourner, qui vont utiliser des outils, par exemple des VPN, qui peuvent poser problème pour leur vie privée.
VPN, c'est un logiciel qui sait croire qu'on est à l'étranger dans un autre pays où le réseau social serait autorisé.
Exactement. Et en un clic, on peut installer un VPN. Le problème, c'est que beaucoup de VPN gratuits, c'est des études maintenant qui commencent à le montrer parce qu'un mineur ne va pas acheter avec son argent de poche un abonnement payant. Les VPN gratuits fonctionnent aussi parce qu'ils vont siphonner la communication et donc c'est en plus pousser les mineurs dans des outils qui sont un problème pour leur vie privée. Et se dire qu'on va les protéger alors qu'il n'y a rien sur la cyberdélinquance, il n'y a rien pour accompagner les victimes, il n'y a rien sur l'éducation à la vie sexuelle et affective. C'est une erreur de penser que c'est une loi qui va les protéger.
Ça a été dit en effet au début par vous, notamment Justine Atlan, ça doit s'accompagner d'autres mesures notamment d'éducation et aussi peut-être d'une révision de nos propres comportements à nous adultes parce qu'on est tous aussi accros en fait.
Oui, je pense que si ce débat aujourd'hui peut avoir lieu dans la société, c'est qu'en fait les adultes eux-mêmes ont enfin l'imperception aussi d'être totalement dépassés par ces usages. Il y a une forme de mal-être je pense très partagée par toute la société et les adultes aussi de cette incapacité à maîtriser ces outils et donc enfin effectivement on s'intéresse aux jeunes qui eux sont dans ce malaise depuis bien longtemps ils n'y arrivent pas. Ce qui a été dit par l'auditrice au tout début la première et qui est important c'est de concevoir ce sujet avec le smartphone. Sa forme est loin d'être adosin dans l'histoire.
Si on ne consultait les réseaux sociaux que sur des ordinateurs fixes dans nos maisons on n'en serait pas là donc il ne faut pas lâcher le smartphone. Effectivement il est interdit dans les lycées avec cette loi mais c'est aussi un signe très fort mais il va falloir quand même qu'on se penche sur cette question du smartphone aussi qui en fait est loin d'être anodine dans cette histoire.
Et une question d'éducation pour les enfants et pour les adultes une question de société au sens large on l'a bien compris merci beaucoup à tous les trois Justine Atlan de l'association E-Enfance 3018 Bastien Le Querec de l'association La Quadrature du Net et vous Servane Mouton neurologue et je rappelle le titre de votre livre chez Gallimard Écran un désastre sanitaire Merci à tous