Prisons attaquées : les surveillants sont inquiets - Reportage C dans l'air 21.05.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il y a eu des images de prisons prises pour cible en avril à coups de kalachnikov. Quand ce ne sont pas des matons placés sous protection judiciaire... - En pleine nuit, plusieurs voitures partent en fumée devant l'Ecole d'administration pénitentiaire d'Agen.
A Toulon, des balles de kalachnikov sont tirées sur la porte d'entrée du centre de détention. Sur place, les agents accusent le coup. - Ils ont rafalé.
Il y a à peu près une quinzaine d'impacts sur la porte de l'établissement. Heureusement que derrière la porte, on n'avait pas de personnel en véhicule ou à pied. Vu comment ça a traversé, ça aurait pu être plus grave que ce que ça a été. - Des attaques coordonnées.
Pendant plus de 2 semaines, une quinzaine de sites visés et, partout, la même signature: 4 lettres, DDPF, pour "défense des droits des prisonniers français". Le groupe dénonce les conditions d'incarcération. ...
Les domiciles sont pris pour cible. En Seine-et-Marne, un cocktail Molotov est jeté dans la cage d'escalier d'une surveillante. De plus en plus souvent, la violence dépasse les murs de la prison. - Ces pressions, ces menaces qu'on avait l'habitude d'avoir quand on ouvrait une porte de cellule car il y avait un petit différend avec un détenu ou une application du règlement qui ne lui convenait pas, petit à petit, ça s'est passé sur le parking, puis c'est devenu au supermarché quand on fait les courses, dans la rue.
Aujourd'hui, ça arrive jusqu'au domicile des agents. On a eu des personnels qui ont malheureusement des visites à domicile. Ca peut aller jusqu'à rafaler la maison ou mettre un pistolet sur la tempe de votre femme. - A l'origine du groupe DDPF, un homme détenu à Avignon et connu pour narcobanditisme.
Il a été mis en examen pour 2 assassinats. Il est proche du gang DZ Mafia. Au total, 21 suspects sont incriminés. - Les profils des personnes mises en examen sont très différents.
Ils sont divers par leur âge, 15 ans pour le plus jeune, 37 ans pour le plus âgé, divers par leur origine géographique...
Ils sont aussi divers par leur parcours judiciaire. Certains étaient totalement inconnus. - Pour le garde des Sceaux, G.Darmanin, pas de doute: ces attaques sont une réplique à sa politique, sa loi contre le narcotrafic et la création d'un régime carcéral plus strict pour les plus gros trafiquants. - G.Darmanin: C'est évident qu'ils ont essayé d'intimider les agents pénitentiaires pour qu'ils fassent grève et pour qu'ils demandent au gouvernement de ne pas adopter cette loi.
C'est révélateur du fait que ce que nous faisons est très dur et que c'est un changement pour nous. Ils n'ont pas envie d'aller dans le régime carcéral que nous créons en ce moment. - Ces mesures suffiront-elles à changer la donne?
Pour ce syndicaliste, les prisons en France se sont muées en université du crime. Ce qui inquiète le plus: le profil des jeunes détenus. - Il y a une perception de la vie qui est très particulière.
On a ce sentiment de se dire que pour eux, la vie, on la brûle par les 2 bouts. "Il faut en profiter au maximum, mais il faut de l'argent." Pour ça, ils sont prêts à tout.
Kidnapper quelqu'un ou lui couper un doigt, ça ne leur pose pas de problème. Mettre une balle dans la tête de quelqu'un en échange de 2000 euros, ça ne leur pose pas de problème. Il n'y a plus de limites. - Une ultraviolence inédite et une surpopulation carcérale record.
La France compte aujourd'hui 82 000 détenus pour seulement 60 000 places de prison. - C.Roux: Question. - C.Barbier: La fermeté et la patience.
Si vous donnez l'impression à une société que vous ne condamnez pas, vous fabriquez une société extrémiste. Et de la patience, car les processus de remise en cause d'une société ne se font pas d'un claquement de doigt...
On croit à la solution miracle, comme au Salvador, où la criminalité a été fortement réduite par un entassement de prisonniers et un respect du droit assez aléatoire, dans des prisons qui sont du stockage humain. Est-ce qu'on veut ça? On n'est même pas sûrs que cela puisse tenir et après donner un temps N+2 qui soit plus dur.
Il faut laisser du temps et investir. - C.Roux: Tout ce qu'on est en train de dire, qu'en pense E.Macron?
Il s'est rendu à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, où une prison de haute sécurité va être ouverte en juillet. Est-ce qu'il est dans la ligne de Darmanin? - M.Delahousse: Dans le discours public, il y a une évolution du quinquennat sur la prison qui est très frappante.
Est-ce que c'est le signe d'un échec? Le signe d'une panique politique ou d'une précampagne? E.Macron, quand il commence son 1er quinquennat et se rend à Fresnes en grand secret, et va à l'Ecole de l'administration pénitentiaire générale à Agen, qui a été mitraillée ces dernières semaines, il expose une volonté d'avoir un Etat qui ait des prisons avec une image raisonnable.
Une forme de répression, mais aussi d'insertion, une philosophie, un mot qui semble avoir quitté le spectre du débat politique. G.Darmanin expose des critères de l'urgence sur 2 aspects très clairs.
Le 1er, c'est la surpopulation pénale...
Aujourd'hui, il y a une urgence technique. Il y a 2 solutions politiques, celle proposée par les magistrats, que vous avez évoquée tout à l'heure, vider par une forme de grâce, qui a fonctionné au covid, ou des méthodes techniques, vider des établissements pénitentiaires...
Ou alors, trouver d'autres niveaux de détention. La méthode employée par G.Darmanin est sur une clarté immédiate qui contraste avec cette philosophie répressive. - C.Roux: Quand on apprend qu'un adjoint de la détention avait un contrat sur sa tête de 120 000 euros par la DZ Mafia, on voit bien le malaise des agents pénitentiaires, qui sont parfois en insécurité.
Est-ce que ce n'est pas à ça que répond aussi G.Darmanin, l'idée que la prison ne fait plus peur et qu'on peut mettre la pression sur des surveillants de prison? - A.Bauer: La criminologie, c'est comme la médecine.
Il faut établir un diagnostic et en discuter. On a envoyé beaucoup de gens voter dans les extrêmes, car faute de réponse, il y a toujours quelqu'un qui sait qui est la cause de tous les problèmes, surtout s'il est basané...
Ce n'est pas vrai, mais c'est quelque chose de plus audible pour les victimes. Derrière cette violence, il y a des victimes collatérales, directes, des parents d'auteurs mineurs qui découvrent la violence de leurs enfants, qui découvrent que leurs enfants ne sont pas à l'école mais dans la rue à faire du deal. Il y a une enquête d'Europol en cours sur les mineurs recrutés pour être des exécuteurs.
Il y en a plusieurs dizaines en Europe. Il y a un certain nombre d'événements qui montrent une "violentalisation" des auteurs et des crimes. - C.Roux: Donc la justice et la prison? - A.Bauer: La question, c'est, une fois qu'on les a mis en prison, comme on a des injonctions contradictoires entre la peine, se venger de la violence subie, et la partie réinsertion, donc il ne faut pas les rendre plus violents...
Il y a aussi l'éducatif...
Il y en a très peu en prison. Le rapport de la contrôleuse des privations de liberté montre l'immense désert de l'éducation, de la santé, de l'accompagnement en prison. Et je ne parle pas des activités ludiques.
Il n'y en a plus. Il faut aussi rajouter qu'environ 30 % des prisonniers sont des malades mentaux au sens du diagnostic psychiatrique et qu'ils sont traités en prison faute d'être traités dans des établissements adaptés. L'immense misère du service public crée une bombe nitroglycérine de la prison.
Comme cela a été montré dans les interpellations après les tentatives d'attaque contre les gardiens et les centres pénitentiaires, l'Etat peut être très réactif. Quand il veut, il peut. Mais il ne sait pas ce qu'il veut.
Il n'a pas de philosophie. Et quand il a une philosophie, il en change tellement souvent qu'on ne sait plus à quel saint se vouer. - E.Sire-Marin: Il y a aussi un manque total de coordination au sein du gouvernement.
C'est un vrai problème, avec les 2 ministres régaliens, dont on a l'impression que ce sont des autoentrepreneurs plutôt que des membres du gouvernement.
Gérald Darmanin