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interviewRenaissance (sur YouTube)· 6 octobre 2016 26 minAutoproduit

Interview d'Emmanuel Macron sur RTL

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Emmanuel Macron. Bonjour. Merci d'être avec nous en direct de Strasbourg.

Vous serez tout à l'heure avec les auditeurs. Vous aurez l'occasion de revenir en détail sur vos propositions parce que c'est vrai que pour la première fois hier, vous avez esquissé les propositions. Et on a envie de vous dire, enfin, enfin, vous voulez nous montrer qu'En Marche n'est pas une coquille vide, enfin, que vous n'êtes pas un candidat sans programme ?

Je n'ai pas le sentiment qu'En Marche soit une coquille vide. Il y a de nombreux élus qui nous ont rejoints, des maires, des parlementaires. Il y a surtout plus de 84 000 adhérents aujourd'hui qui sont là, qui réfléchissent, qui se sont déployés sur le territoire, qui avancent et qui veulent changer les choses.

Simplement, la méthode qu'on a employée, ce que j'ai réexpliqué hier soir, ça n'est pas en effet avant tout de proposer, d'envoyer au visage des Français les propositions qu'on leur fait, qu'on a sorties de son chapeau ou des mêmes cénacles que depuis toujours. Vous savez, la France, depuis 30 ans, elle ne manque pas de propositions faites campagne après campagne. Mais vous dites finalement que cette impatience à entendre vos propositions, c'est le symptôme du malaise démocratique aussi ?

Non, je ne dis pas ça. Je dis qu'une partie du malaise démocratique s'explique par le fait qu'on n'écoute plus non plus la société, qu'on n'essaie pas de construire davantage avec les gens ce qui est attendu, mais qu'on n'entend pas les symptômes pour remonter aux causes profondes. Et c'est cet exercice que nous avons entrepris il y a plusieurs mois, dont nous avons commencé à restituer les choses hier.

Mais vous avez encore beaucoup répété hier devant un millier de personnes, donc à Strasbourg, qu'il fallait faire de la politique autrement. Mais du coup, les Français vous attendent au tournant de ces propositions. Vous n'avez pas peur, finalement, de prendre le risque de les décevoir tellement vous mettez en scène votre différence.

Écoutez, d'abord, je n'ai jamais utilisé ce qualificatif qui n'est pas tellement nouveau de faire de la politique autrement. Vous ne m'avez jamais entendu le dire. Ça n'est pas dans ma bouche.

Il faut faire autrement. Il faut faire de la politique autrement. J'ai expliqué hier, puisque hier soir, j'ai conclu sur la vie engagée.

J'ai d'abord montré hier qu'on pouvait sans doute faire différemment, puisque pendant une heure et demie, ici à Strasbourg, c'est une dizaine d'adhérents d'en marche qui ont expliqué ce qu'ils avaient entendu, les conclusions qui ont été tirées après un très gros travail de cette grande marche. Le fameux diagnostic. Oui, mais ça veut dire aussi qu'on laisse la parole à d'autres, que ce ne sont pas toujours les mêmes qui articulent les choses.

Et puis, j'ai essayé de décrire ces symptômes du malaise démocratique français en remontant à trois causes profondes. Nous avons dans notre pays un problème d'adhésion démocratique, de représentativité, un problème de responsabilité politique, mais qui corrompt tout, et puis un problème d'efficacité collective. Alors, vous avez fait une proposition qui est assez nouvelle, c'est vrai.

C'est que le président rende des comptes devant une commission citoyenne chaque année de ce qu'il a fait ou de ce qu'il n'a pas fait. D'abord, vous êtes allé chercher où, cette idée ? Ça existe quelque part ?

Pierre Rosanvalon, qui a beaucoup travaillé sur ces sujets, propose des choses qui vont dans ce sens. On a aussi entendu, vous avez une forme d'exigence démocratique qui est pleinement légitime de la part de nos concitoyens. Le président de la République, il est responsable devant le peuple.

Et il y a une forme d'impératif du court terme absolu, on lui demande de réagir sur tout, d'être présent sur tout, ce qui n'est pas sa fonction institutionnelle et au fond, pas son rôle. Il doit s'inscrire dans le long terme. Mais en même temps, considérer que nous restons dans une démocratie de l'autorisation où on vote et pour 5 ans, on ne se prononce plus, ça n'est plus soutenable.

D'où l'idée de ce rendez-vous annuel. D'où l'idée de ce rendez-vous annuel, qui ne renvoie pas derrière à une procédure de destitution du président ou à une sanction, mais qui permet de faire transparence. Je l'ai dit à plusieurs reprises hier, nous avons dans notre pays un manque de clarté des engagements, d'évaluation et de transparence de la procédure démocratique.

Par exemple, ça veut dire, c'est la première règle, qu'un président de la République s'engage sur une dizaine, une douzaine d'engagements forts, pas plus. Vous n'avez dit pas davantage. Mais parce que je vous défie de savoir quels sont les engagements clairs aujourd'hui des candidats ou de celles et ceux qui ont précédé.

Parce que les campagnes sont des successions de réactions à l'actualité. C'est entendu ça, Emmanuel Macron. Si François Hollande avait procédé de cette façon-là, par exemple, ça aurait changé de quoi ?

À son quinquennat ? Je pense très profondément que ce qui a pu manquer au quinquennat précédent, au pluriel, c'est une clarté dans l'explication première, dans le temps de campagne, une clarté dans ses engagements et une capacité à créer un consensus, je veux employer un grand mot, idéologique, autour de ceux qui rassemblent les uns et les autres. Pourquoi vous perdez ?

Ça a été vrai pour Nicolas Sarkozy et pour François Hollande. Vous me renvoyez effectivement à vos grandes idées, à vos grands concepts. Mais c'est la réalité politique que nous vivons.

La question nouvelle, elle est intéressante. On va s'y arrêter. Qu'est-ce que ça aurait changé dans le quinquennat de François Hollande qu'il rende compte chaque année, effectivement, de ce qu'il a fait et de ce qu'il n'a pas fait ?

Qu'est-ce que ça aurait changé ? Ça aurait changé dès la campagne une vraie discipline dans la clarté des engagements. Et cela aurait permis d'expliquer le fil des choses, le cours, le sens de ce qui est fait et qui n'est pas fait.

Il y a une demande de transparence et de sens au-delà des actions qui sont conduites. Parce que nombre d'actions ont été conduites durant les plus de 4 ans et demi. C'est un problème d'explication.

Non, je ne suis pas en train simplement de dire ça. La transparence, ce n'est pas que l'explication. Rendre compte ce qui est la base de la responsabilité, c'est ça, la vie démocratique aussi.

Mais sans conséquence, vous l'avez dit, la Commission, elle entend le président. La conséquence, elle est dans le vote ou non. Elle est dans le choix que le président aura à faire dans les prochaines semaines et dans ce que les Français diront.

C'est ça, la vie démocratique. Par contre, nous avons, vous le voyez bien, des instruments démocratiques qui sont aujourd'hui défaillants. Nous ne sommes, et je l'ai expliqué hier, un pays qui pratique moins l'évaluation, la transparence, la responsabilité politique, y compris parlementaire que d'autres démocraties.

Et cela crée une frustration, parfois un doute. Vous avez parlé de la responsabilité politique et vous avez mesuré vous-même hier que vous avez fait un tabac hier dans la salle quand vous avez montré les crocs sur la probité. Et alors, vous avez dit ceci, lorsqu'on est responsable politique, certaines fautes vous disqualifient définitivement comme la corruption et la prise illégale d'intérêt.

Si on vous comprend, Alain Juppé ne devrait pas être candidat à la présidence de la République. Je distingue deux choses. Les règles et les pratiques.

On parlait des campagnes. Le jeu, c'est de proposer des règles nouvelles, de changer les constitutions, les lois, etc. Ce que j'ai dit hier, c'est que parfois, il faut le faire, mais on a le droit aussi d'avoir des pratiques vertueuses dans le champ juridique qui est nôtre.

Aujourd'hui, il est évident que n'importe qui peut commettre des erreurs, des fautes. N'importe qui a le droit d'être racheté. C'est la justice.

Mais lorsqu'on se présente aux plus hautes fonctions, il y a en effet certains délits, la corruption, la concussion, la prise illégale d'intérêt, ce qui vient atteindre, au fond, à la bonne administration de l'Etat, son autorité, qui justifierait qu'on se pose la question un peu différemment et que les pratiques puissent changer. On va sortir de l'ambiguïté, si vous voulez bien, parce que parfois, c'est vrai qu'on vous qualifie dans votre discours d'un peu ambiguë. Je ne crois pas d'avoir été ni hier ni précédemment.

Je ne suis pas...

Donc la conséquence de ce que vous dites, c'est qu'Alain Juppé ne devrait pas être candidat aujourd'hui, et non plus Nicolas Sarkozy, puisque vous estimez que quand on dépasse à ce point les dépenses de campagne, on n'est pas qualifié pour se présenter au pouvoir suprême qui est une responsabilité considérable. Mais écoutez, regardez les démocraties qui sont autour de nous. Est-ce qu'on est toujours là en train de savoir s'il faut limiter dans la loi, dans la Constitution ou dans quelques autres textes le nombre de mandats et autres, que nous avons un problème de renouvellement démocratique ?

C'est vrai ! Ça doit d'abord passer par un changement des pratiques des partis eux-mêmes. Je l'ai expliqué hier, on pourra y revenir.

Mais si nous n'avons pas une discipline collective, un sens de la morale publique et que chacune et chacun les porte, on aura absolument toujours les mêmes. Et je considère en effet qu'on ne peut pas expliquer aux Français que notre vie publique doit s'améliorer, qu'on leur demande à eux des efforts, que lorsqu'on recrute des fonctionnaires, que lorsqu'on demande à un expert comptable d'être embauché, il y a des conditions et qu'il n'y en aurait aucune pour ce genre d'élection. Mais encore une fois, je ne propose pas de changer les règles, j'appelle chacun à la responsabilité.

On a bien compris. Est-ce que la loyauté est une valeur, Emmanuel Macron ? La loyauté est une valeur, tout à fait.

C'est ce qu'a rappelé C'est un reproche quand même qui risque de vous coller à la peau, on l'a entendu d'ailleurs, Alain Juppé et Virginie Calmes, son adjointe à Bordeaux, qui ont entonné ce couplet de la trahison. Ça ne risque pas quand même de vous poursuivre, ce problème de loyauté vis-à-vis de François Hollande. Qu'est-ce que c'est que la loyauté ?

La loyauté, c'est une fidélité à ses valeurs, à son pays et à ses proches, à celles et ceux à qui on tient. Qu'est-ce que c'est que ma vie ? Est-ce que je suis un politique qui a construit une carrière depuis 30 ans dans le sillage de quelqu'un ?

Non. J'ai accompagné en 2011, même avant, François Hollande et je en suis fier. Il m'a confié des responsabilités qui m'ont conduit à faire des choix professionnels, personnels pour le suivre, puis à quitter l'Elysée.

Lorsque j'ai été appelé ministre il y a un peu plus de 2 ans, avec beaucoup d'honneur, j'ai servi. Mais je l'ai fait en étant très clair sur mes idées, mes objectifs, ma volonté de réformer. Donc vous récuser absolument ce reproche.

Non, je suis responsable et conséquent. Et donc, on ne peut pas prétendre être loyal en considérant qu'on appartient à un clan, qu'on est dans une fidélité vassalique. On est d'abord loyal quand on est conforme à ses engagements, à ses idées, à ce qu'on croit bon pour le pays.

Et je vais finir là-dessus. Vous savez, il y a une vingtaine d'années, on avait beaucoup reproché ça à Nicolas Sarkozy. Mais il avait quitté Jacques Chirac pour alors un Premier ministre plus haut dans les sondages.

J'ai pris mes responsabilités en quittant un poste ministériel, le gouvernement. Pourquoi ? Pour prendre mon propre risque, pour prendre mes responsabilités.

Emmanuel Macron, on sent que ça vous inquiète quand même ce reproche. Ça vous met en colère. Ça me met en colère parce que c'est le reproche d'un système qui s'organise lui-même, déploie ses propres anticorps et en quelque sorte considère que les nouveaux entrants n'ont pas de place, qu'il ne faut pas les déranger.

Quels sont vos relations aujourd'hui avec François Hollande, votre ancien mentor ? Vous savez, les relations personnelles relèvent du champ personnel. Vous avez encore des contacts ?

Je ne fais pas partie de celles et ceux qui considèrent que...

Pour qui a échoué, le retour n'est pas un droit. C'est-à-dire qu'on doit tout dire aux journalistes, que ce soit devant un micro ou derrière un micro. Pour qui a échoué, le retour n'est pas un droit.

C'était pour lui ? C'était pour le président sortant ? Vous m'avez entendu hier et vous avez entendu le contexte dans lequel je l'ai dit ?

Non. Parce que c'est un droit. Revenir quand on a échoué, quand on a été dans le champ politique, là aussi, c'est une forme de discipline.

Lorsqu'on est en charge, on a tout à fait le droit de se représenter. C'est la vraie sanction démocratique. Donc ça n'était pas adressé au président de la République.

Un petit mot d'Alstom. Vous avez été ministre de l'économie. Vous connaissez ce dossier.

La solution présentée hier par le gouvernement, est-ce que c'est du colmatage ? Est-ce que vous auriez procédé de la même façon ? C'est-à-dire l'État qui rachète 15 TGV pour sauver le site ?

Là aussi, l'esprit de l'essence fait qu'on ne commande pas ce que ses successeurs font sur ce sujet. C'est une solution de court terme. Je l'ai toujours dit.

La solution pour Alstom, la vraie, c'est la compétitivité, l'innovation et les commandes à l'export. On en reparlera sans doute avec les auditeurs ou peut-être. En tout cas, c'est vous Yves Calvi qui prenez la main tout à l'heure à 8h20.

Merci Emmanuel Macron. Merci à vous. Merci beaucoup d'être resté avec nous en direct de Strasbourg.

Elisabeth Martichoux est bien entendu à vos côtés. Avant de dialoguer avec nos auditeurs au 3210, Emmanuel Macron, je vous le dis très simplement, tous nos auditeurs, tous nos auditeurs partent du principe que vous êtes bien candidat à l'élection présidentielle. On a envie de vous dire qu'il est peut-être temps de vous déclarer ou en tout cas de clarifier les choses « Êtes-vous candidat à l'élection présidentielle ? » Je vous remercie de cette question spontanée et inattendue, Yves Calvi.

Et je vous salue. Nous vous regrettons à Strasbourg. Vous savez, je l'ai dit depuis le début, il faut faire les choses dans le bon ordre.

Et donc là, nous installons un diagnostic, nous essayons de remonter aux causes profondes au fond de ces malheurs, de ces craintes qu'il peut y avoir en essayant de donner 10 à 12 objectifs et on essaie de construire sur le fond et puis de construire un mouvement nouveau qui cherche justement à faire ce rassemblement politique. Donc les choses sont dans le bon ordre. Ça n'est pas une aventure personnelle que je mène.

Si ces préalables ne sont pas remplis, ça ne sert pas à grand-chose. Vous êtes en marche, on l'a bien compris, mais vous n'allez pas tourner en rond. Il faut qu'il y ait un centre et un but.

Vous avez bien compris, mais je n'ai pas le sentiment depuis le 6 avril dernier de tourner en rond. On va donner la parole à nos auditeurs. La première à vous interroger est Laurence.

Elle nous appelle d'Orléans dans le Loiret. Bonjour Laurence. Bonjour M.

Calvi. Bonjour M. Macron.

Bonjour Madame. Tout d'abord, je voudrais vous remercier M. Macron de nous offrir la possibilité de sortir des partis politiques existants que je trouve sclérosés.

En partant du postulat qu'il y a des personnes compétentes à droite, à gauche ou même au centre compétentes, est-ce que vous allez composer votre gouvernement avec des gens que vous pourrez prendre sans regarder toutes ces étiquettes ? Vous voyez Emmanuel Macron, je n'invente pas les questions. Bonjour Madame.

Vous êtes en train de donner raison à M. Calvi, donc il est très heureux. Je l'espère fortement.

Mais non, écoutez, d'abord il faut donc avoir beaucoup de prudence sur ce sujet et beaucoup d'humilité. Donc je vais répondre à votre question. Voilà, si tel était le cas.

Je vais répondre à votre question sur le principe. Mais l'objectif même du rassemblement que nous avons créé le 6 avril dernier et quand je regarde la réalité de ce mouvement sur le terrain, partout où je me déplace, c'est qu'il rassemble aujourd'hui des élus, c'est-à-dire des maires, des parlementaires, des élus de conseils régionaux et départementaux qui sont de gauche du parti socialiste, du parti radical, qui sont écologistes, qui sont centristes, qui sont parfois de droite. C'est la réalité sur le terrain.

Hier soir, nous étions à Strasbourg dans cette belle ville à l'histoire si forte, justement, en termes d'engagement politique et de rapport à l'Europe. Ce sont des sujets qui nous sont chers. Eh bien, vous aviez des gens, des Français, qui venaient de toutes ces sensibilités politiques.

Et donc, oui, plus nous avancerons, plus nous constituerons, nous chercherons à incarner ce rassemblement large en suivant le principe que vous évoquez. D'abord, de rassembler des femmes et des hommes qui adhèrent à cette démarche, à ces valeurs, à ces objectifs, puis ces propositions, sur la base de convictions et pas d'accords d'appareil. Et puis, sur cette base-là, nous essaierons de construire, en effet, le rassemblement de celles et ceux qui pourront faire.

Donc, ce que vous appelez de vos voeux, c'est ce que nous voulons réussir à réaliser. Merci beaucoup, Laurence, de nous avoir appelés. Nous donnons maintenant la parole à Sabrina.

Je précise que Laurence était agricultrice, qu'elle vous appelait d'Orléans, dans le Loiret, qu'elle est exploitante dans le transport à Lyon. Bonjour Sabrina. Emmanuel Macron, vous écoute.

Merci d'écouter RTL. Oui, bonjour M. Kalli, bonjour M.

Macron. Bonjour Madame. Donc, je suis française, de confession musulmane.

Je suis arrivée en France à l'âge de 10 jours. J'ai aujourd'hui 50 ans. Je voulais savoir quelle était votre position sur l'islam et si, comme certains de vos homologues politiques, vous pensez que l'islam n'est pas compatible avec la République.

Pas une seconde. Pas une seconde Madame. Je me suis exprimé à plusieurs reprises sur ce sujet.

Nous sommes un pays, vous le savez, où l'État est laïque. Je parle beaucoup de ce terme depuis plusieurs mois en particulier, même s'il est au cœur de la promesse républicaine française. Qu'est-ce que c'est la laïcité ?

La laïcité, c'est une liberté. La laïcité, c'est ce qui garantit la neutralité de l'État, des services publics, mais c'est ce qui permet à chacune et chacun de croire dans son intimité, mais de pouvoir croire dans le respect plein et entier de toutes celles et ceux qui vivent autour de lui. Et donc, il n'y a en France aucun monothéisme, aucune religion qui soit un problème.

Il y a des comportements qui peuvent être des problèmes. Et dans ces cas-là, il faut les sanctionner, il faut expliquer. Mais il y a un objectif collectif qui est celui de l'émancipation des individus et de la société.

Donc, toutes les religions ont leur place dans la société française à égalité. À égalité. Parce que c'est justement ce que permet la laïcité.

Et je crois que l'erreur que beaucoup font aujourd'hui, c'est de confondre ce qu'est la laïcité avec un laïcisme. C'est-à-dire d'installer l'idée qu'au fond, il y aurait une forme de religion républicaine qui viendrait combattre un monothéisme parce qu'il pose aujourd'hui problème selon eux. Il y a des comportements aujourd'hui qui posent problème chez une partie de nos concitoyens qui sont de confession musulmane mais qui considèrent en quelque sorte que les règles de la foi doivent primer sur les règles de la République dans le champ collectif.

Ça, ça n'est pas acceptable. C'est le principe même de la laïcité. L'égalité homme-femme s'impose à tous.

Le respect des règles de la République s'impose à tous. Mais en symétrique, la République, au nom de la laïcité, n'a pas à exclure. Interdire le voile à l'université, c'est une option ?

Ça n'est pas une option. Pourquoi ? Parce que la laïcité, comme je le disais, c'est une liberté.

Aujourd'hui, par la laïcité, nous interdisons le voile à l'école parce que les consciences ne sont pas formées. Parce que les individus, les enfants, les élèves sont en situation de minorité, au sens propre du terme, intellectuelle, de conscience. Et donc, la République les protège en considérant qu'ils sont dans un espace commun, neutre, pour forger justement leur propre conscience et puis décider en conscience d'une religion.

L'université, c'est le rassemblement d'individus adultes, de conscience éclairée. L'université, c'est le lieu d'expression politique, d'opinion. Et donc, à l'université, on peut avoir une religion.

Ce qui gêne beaucoup de nos concitoyens et de responsables politiques qui ont pu articuler cette proposition d'interdire le voile à l'université. Comme Manuel Valls qui a dit que c'était peut-être...

Mais je pense que c'est une mauvaise mesure parce que, qu'est-ce qui gêne ? C'est qu'une femme puisse être obligée de porter le voile et d'aller à l'université. Si cette situation existe, aller à l'université pour cette femme, c'est peut-être l'un des seuls endroits de liberté.

C'est peut-être un des seuls endroits où elle peut accéder au savoir, à d'autres. Et donc, c'est ce que j'expliquais, par un laïcisme qui va plus loin que la laïcité. Vous recréez...

Vous la renvoyez à la main. Vous recréez du communautarisme. Vous l'assignez à résidence.

Le vrai scandale, c'est que cette femme soit obligée de porter un voile alors même qu'elle ne le veut pas. Et c'est là où on doit faire respecter la laïcité. C'est là où c'est un principe qui peut être un principe d'ordre public.

Où on doit, justement, dans son quartier, dans les transports en commun, tout faire pour que cette femme ne soit pas soumise à une pression collective. Et c'est là où il y a un combat, mais pas au titre de la laïcité, au titre de la liberté que nous devons à chacune et chacun. Et donc, oui, la laïcité, c'est un principe de liberté.

Oui, madame, je vous le dis, il n'y a aucun problème avec quelque religion que ce soit pour la République. Mais oui, nous devons être extrêmement vigilants, intraitables dans certains quartiers de la République que nous avons abandonnés par facilité, où les règles de la République ne sont plus respectées, où le communautarisme a pu s'installer, parfois au nom d'une religion, et où nous avons collectivement trop démissionné. Mais il ne faut pas confondre tout.

Serge, je vous salue, vous nous appelez de Narbonne, vous êtes patron de PME et Emmanuel Macron vous écoute. Serge ? Je vous appelle parce que moi, j'ai une petite entreprise, on est six, j'ai au mois de mars, avril, un employé qui tombait malade pendant six mois et j'ai été pacté pendant les quatre premiers mois d'une partie du salaire, en dégressif, bien sûr, 80%, 60% jusqu'à fin août où j'ai dû donner un petit bout de salaire, après il est pris en charge par la sécurité sociale, tout ceci est chargé en pleine saison, il m'a fallu prendre des intervenants et des sous-traitants, il y a un gros impact financier, alors je ne reproche pas mon employé qui est malade premièrement et deuxièmement ni la somme de salaire qui peut toucher mais je ne trouve pas normal qu'aujourd'hui on puisse aider des tas de gens dans plein de choses et que là, une entreprise elle est impactée, alors l'impact financier pour tout vous dire il a été de 14 000 euros et pour une petite entreprise comme nous c'est énorme.

Est-ce qu'il y aura dans l'avenir des solutions à ça ou à partir du moment où un employé poseur, à l'occurrence puisque lui sa rentabilité se fait par la pose ne sera pas là pour des raisons de santé légitimes ? Est-ce que l'entreprise sera toujours pénalisée de cette façon-là ? On discute allègement des charges en fait, Emmanuel Macron.

Oui, exactement. Bonjour monsieur. Bonjour.

D'abord, moi je comprends très bien ce que vous ressentez et ce que vous traduisez mais ce qu'il faut vous dire c'est que vous auriez pu être et moi aussi ce monsieur qui pose et on a un système qui en effet le protège et fait que s'il est malade il a un accident il n'est pas du jour au lendemain sans aucune ressource et ça on doit s'en féliciter parce que vous savez ça n'est pas aussi communément répandu. La difficulté qu'on a elle est double et je pense que c'est ces deux choses-là qu'il faut essayer de changer. La première c'est que la situation des PME vous avez six personnes vous êtes même une très petite entreprise elle ne peut pas être la même au regard en effet de ces situations que celle d'un groupe de taille moyenne ou d'un grand groupe.

J'ai essayé quand j'étais ministre de bouger les choses au regard par exemple du droit des prud'hommes ou de mécanismes comme celui-ci. Quand on est un petit entrepreneur on n'a pas la même situation réelle qu'une grande entreprise et là vous avez raison sur ce sujet ça peut être une charge qui vient vous fragiliser et donc je pense qu'il faut sur ce sujet essayer d'un peu simplifier les choses et différencier davantage les petites des grandes. Le deuxième point il est plus fondamental et j'aurai l'occasion de m'exprimer là-dessus c'est qu'aujourd'hui notre système social notre modèle social comme on dit souvent qui permet justement de protéger comme je viens de le rappeler il est largement financé par le travail et dans une économie aujourd'hui qui souffre qui est en difficulté avec les taux de chômage qu'on connaît avec les réalités économiques que vous vivez vous tous les jours et bien ce mode de financement qui avait beaucoup de sens qu'on était d'une économie moins ouverte en rattrapage comme on dit rend les choses plus fragiles et donc oui je pense que notre aujourd'hui notre modèle social gagnerait à avoir un financement qui évolue pour justement alléger les charges d'entreprises comme la vôtre merci beaucoup de cette réponse complète à Serge maintenant c'est Olivier qui vous interroge Emmanuel Macron il nous appelle de Nancy en Meurthe-et-Moselle il est VRP Olivier Emmanuel Macron vous écoute oui bonjour vous m'entendez bien ? bonjour monsieur parfaitement bien oui bonjour monsieur bonjour monsieur Macron je ne suis pas du tout de votre bord politique je tiens à vous le dire puisque je suis toujours à droite et militant des républicains moi la seule question que je voudrais vous poser parce que c'est un véritable poison pour la France c'est les 35 heures qu'est-ce que vous comptez faire sur les 35 heures ? bonjour monsieur merci d'abord de votre franchise vous savez je crois que ça faisait une journée que j'étais ministre et j'avais eu l'occasion de m'exprimer sur ce point je pense je ne serais pas aussi radical que vous en disant que c'est un poison je pense deux choses la première le rapport au travail est fondamental il est fondamental sur le plan économique mais y compris sur le plan de la construction des individus et donc l'idée qu'au fond on ait pu installer une forme de libération par rapport au travail je crois n'est pas bonne le progrès l'émancipation individuelle ça vient par le travail la deuxième chose c'est qu'il y a au fond là aussi beaucoup plus de liberté à redonner sur le terrain selon les secteurs les types d'entreprises les 35 heures ça peut avoir beaucoup de sens dans certaines situations quand vous avez un métier qui peut être pénible difficile quand vous êtes avec un certain âge avec une certaine expérience quand vous commencez votre vie professionnelle vous avez plus d'énergie vous devez apprendre vous avez peut-être même envie d'apprendre lorsque vous êtes dans certaines situations dans certains secteurs dans certains types d'entreprises où il faut certaines semaines certains mois travailler bien davantage vous devez avoir des flexibilités pour le faire et je pense qu'au fond le débat aujourd'hui dans notre économie qui est une économie du savoir de l'innovation avec des cycles de plus en plus courts c'est pas de débattre s'il faut mettre 35 heures 39 heures 40 heures par la loi c'est de permettre au bon niveau c'est-à-dire au niveau de l'entreprise et de la branche de négocier de délibérer sur ce sujet et de trouver les bons accords de ne pas renvoyer à la relation simple entre un individu et son employeur cette relation elle est toujours asymétrique c'est le fondement même de notre droit du travail mais de dire nos concitoyens sont plus intelligents que le législateur au plus près du terrain et donc quand l'entreprise va mal on est peut-être prêt à faire des efforts pour préserver les emplois à travailler moins tous pour justement éviter des licenciements ou quand il y a d'un seul coup un surcroît d'activité à travailler davantage pour aider l'entreprise à repartir il y a des secteurs où ça se justifie d'autres qui ont besoin de plus de souplesse la réponse à cela ce n'est pas un grand débat théorique national c'est une liberté plus forte au niveau de la branche et de l'entreprise dans la négociation qui permet justement de construire les compromis intelligents Merci beaucoup Emmanuel Macron d'avoir répondu aux auditeurs d'RTL en direct de Strasbourg aux côtés d'Elisabeth Martichoux excellente journée à vous on a compris que vous avez beaucoup de propositions mais que vous n'êtes toujours pas candidat à l'élection présidentielle pour l'instant à Joutrej merci Yves Calvi merci à toutes et tous merci à tous merci à tous merci à tous

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