Interview du Président Emmanuel Macron sur NC la 1ère depuis Nouméa.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le Président de la République, vous prenez le temps de répondre aux questions des journalistes des médias locaux. Vous avez rencontré cet après-midi les groupes politiques indépendantistes et non-indépendantistes. Finalement, la question du dégel du corps électoral divise. Est-ce que votre visite éclair a permis de renouer le dialogue ?
Bonsoir et merci à vous d'être là. Écoutez, je l'espère, je le dis avec beaucoup d'humilité, parce que ce sont les jours à venir qui le diront. En juillet dernier, j'avais dit que mon souhait était d'aller vers un accord global. Et c'est d'ailleurs ce qui est prévu par le cheminement des accords historiques. Mais que, indépendamment de cela, ces accords historiques eux-mêmes prévoyaient un dégel du corps électoral pour les provinciales. Et qu'il ne fallait pas que les blocages ou les lenteurs empêchent d'organiser ces provinciales dans ce nouveau cadre après les trois référendums.
Car durant mon premier mandat, nous avons strictement respecté ce qui était prévu par les accords de Nouméa et de Matignon. Et donc, comme je l'avais dit, parce qu'il y avait un blocage, que les accords ne reprenaient pas, malgré des relances, plusieurs propositions de l'État. Le gouvernement a mis sur la table cette proposition de dégel, qui était d'ailleurs celle qui avait été prédiscutée par beaucoup, qui n'était une surprise pour personne. Et elle a été votée en termes conformes par l'Assemblée nationale et le Sénat.
Et donc, au moment où je vous parle, de par notre Constitution, cette réforme, en effet, pourrait soit être soumise par le Président de la République au Congrès, à un vote des trois cinquièmes, soit être soumise à la population française, à nos concitoyens, pour un référendum. Mais j'ai senti, entendu comme vous, d'abord, la farouche opposition, en effet, des indépendantistes à cette question du dégel prise isolément, et donc une volonté réitérée, malgré tout, d'aller vers un accord global et donc de s'y réengager.
Et ils m'ont dit eux-mêmes, j'ai senti, j'ai entendu que ce rejet avait nourri des oppositions, des manifestations massives, la naissance, justement, de collectifs nouveaux qui ont appelé à la violence et ont mené ces violences sur le terrain depuis maintenant 12 jours, puisque nous sommes vendredi. Et donc, fort de cela, l'engagement que j'ai pris, c'est de dire, au moment où je vous parle, dans le contexte actuel, moi, je m'engage à ne pas passer en force pour essayer pendant quelques semaines de redonner une chance à l'apaisement et au dialogue. Et de le réengager suivant un processus.
Ce n'est pas un chèque en blanc parce qu'on ne peut pas céder à la violence et dire on abandonne tous, ce serait illégitime, ce n'est pas ce que veulent nos compatriotes. Mais il ne faut pas non plus dire, ça n'est rien. Et donc, ce que j'ai dit, c'est que je suis prêt, moi, à cet apaisement, on va se donner quelques semaines. Mais ce que je demande de manière immédiate, c'est la levée de tous les blocages, la levée des points de violence et qu'il y ait un appel clair à ces levées par le FLNKS, CCAT et tout responsable impliqué. Sur cette base-là, quand on le constatera, la deuxième étape, c'est qu'on mettra fin à l'état d'urgence.
Troisième élément, c'est qu'on reprenne justement les négociations pour un accord global. Et c'est pour ça que, comme cela m'a été demandé, en particulier par les indépendantistes, j'ai accepté l'idée d'une mission de médiation et de travail avec trois missionnaires qui m'ont accompagné et vont rester et commencer ce travail. Et j'ai dit, dans un mois, je constaterai les choses. Et je vais regarder, si le calme est revenu et que tout le monde s'est réengagé sincèrement, à ce moment-là, on se donnera le temps de finaliser cet accord global pour que ce soit lui qui rentre dans la Constitution.
Monsieur le Président, la Nouvelle-Calédonie a vécu un mouvement, vous le disiez vous-même, un mouvement insurrectionnel inédit d'une ampleur sans précédente que personne n'avait pu prévoir. Est-ce que dans ce climat, avec une société traumatisée, les jeunes, la société civile, le monde économique, les élus aussi peut-être, est-ce qu'il est possible de renouer le dialogue ? Est-ce que les gens vont pouvoir se parler d'ici un mois ?
Je veux le croire, je crois que c'est possible et c'est même indispensable. D'abord, je veux vraiment avoir un mot pour nos compatriotes qui, depuis 12 jours, vivent le cauchemar. J'ai été bouleversé en recevant des lettres, en entendant des témoignages de gens qui ont perdu des proches parce qu'ils ne pouvaient pas être dialysés ou avoir accès aux soins à cause des barrages et des blocages. J'ai vu des chefs d'entreprise qui avaient tout perdu, tout, et leurs salariés avec. Des maires qui dorment dans leur mairie pour essayer de défendre, de tenir.
Et donc, on le voit bien, on a aujourd'hui des situations de très grands désarrois et sur les questions de santé, d'approvisionnement, des situations de détresse. Et donc, c'est ça qu'on doit absolument reconquérir. Mais ma conviction, et c'est pour ça que j'ai pris la décision de venir tout de suite, dès que je voyais que les choses allaient justement dévier, après que nous avions pris cette décision de l'état d'urgence, j'ai décidé de venir parce qu'il ne faut jamais laisser la violence s'installer. Elle est déjà là, c'est trop depuis 11 jours.
Et donc, ce que je veux qu'on fasse, c'est d'abord, on y reviendra, un message d'ordre, de retour au calme et des moyens régaliens qu'on met, parce qu'on ne peut pas laisser... Ce n'est pas le Far West, donc la République doit reprendre l'autorité sur tous les points et apporter la sécurité à chacun. En France, ce n'est pas chacun qui se défend. Il y a un ordre républicain, c'est les forces de sécurité qui l'assurent. Mais il faut aussi ouvrir ce chemin de l'apaisement, parce que c'est celui qui permettra de bâtir le jour d'après. J'ai été frappé, j'ai reçu quelques dizaines de jeunes cet après-midi. D'abord, ils étaient stupéfiants de maturité.
Et enfin, moi, ce qu'ils m'ont dit, c'est d'abord leur accablement, leur souci du jour d'après, mais ils me disaient, mais nous, on vit bien ensemble, que ce soit dans le sport, au RSMA, à l'université, dans nos clans, on vit ensemble. Et donc, il s'est passé quelque chose qui est une forme d'un seul coup de sortie de violence, avec d'ailleurs un retour de tous les ressentiments, les frustrations parfois d'un racisme extrême. On ne peut pas céder à ça.
Et donc, je pense que notre responsabilité, la mienne, de m'engager en venant, de faire cette ouverture, de dire, on remet l'ordre, mais aussi, je veux cet apaisement, je rouvre, on rebat la donne, et de demander à chacun de s'engager, malgré la fatigue. Je crois que c'est notre responsabilité à tous. Aujourd'hui, il faut du calme pour le jour d'après. Plus ça dure, plus ce sera difficile de revenir en arrière. Or, toutes et tous ont vocation à rester en Nouvelle-Calédonie, à y bâtir une vie heureuse, et pour tous nos jeunes, leur avenir, c'est des études, c'est un travail, c'est de développer ici des opportunités. Pas de brûler des écoles, des supermarchés, de piller ou de tuer.
Personne ne peut penser ça. Et il n'y a aucun message politique, il n'y a aucun combat politique, quelle que soit sa légitimité, qui peut justifier cette forme de violence. Donc moi, je le fais aussi pour nos jeunes. Ordre et apaisement. Monsieur le Président, une violence inouïe s'est abattue sur la Nouvelle-Calédonie. Avez-vous pu obtenir aujourd'hui la levée des barrages ? Et comment se fait-il que l'ordre n'est pas revenu après plus de dix jours d'émote ? Écoutez, d'abord, je mesure l'impatience, la fatigue. J'ai reçu des lettres, j'ai vu des témoignages, j'ai entendu aussi le ménage de beaucoup de nos compatriotes qui sont épuisés.
Tenir un barrage pour protéger leur quartier, de tenir leur habitation, leur commerce, de jour comme de nuit, ils sont épuisés. Ce que j'ai demandé, c'est la levée de ces barrages. Les prochaines heures, nous le dirons. Et donc j'attends maintenant que les responsables, en particulier indépendantistes, prennent en quelque sorte les actes qui vont avec leur parole. J'ai confiance, j'attends cela. Mais en parallèle, nous avons la responsabilité de reconquérir le terrain par les forces de sécurité intérieure.
Et je veux ici rendre hommage à nos policiers, nos gendarmes, nos policiers municipaux, mais aussi nos douaniers, nos magistrats, qui, avec une mobilisation inédite, ont fait un travail remarquable. Et je sais qu'en disant cela, vous aurez certains de vos éditeurs et téléspectateurs qui diront, mais moi, je ne les ai pas vus dans mon quartier ou autre. Pourquoi ? D'abord parce qu'il y avait énormément de points dans le Grand Nouméa. Ensuite, il y a d'abord eu un travail de maintien de l'ordre qui a pris beaucoup d'effectifs, qui a été chronophage. Ensuite, on a renforcé. Et donc, au moment où je vous parle, les derniers effectifs sont en train d'arriver.
Et vous aurez un niveau inédit avec 23 escadrons de gendarmerie mobile et équivalents. Ce qui veut dire, avec les forces qui étaient déjà là, 3 000 forces de sécurité intérieure. C'est beaucoup plus qu'au moment du 3e référendum ou que lors des événements qu'on a connus dans l'usine du Sud. Et donc, ils vont méthodiquement reprendre maintenant chaque quartier. En parallèle, on améliore aussi les techniques de déblayement pour éviter justement de s'épuiser. Je veux remercier là aussi la logistique, les forces armées pour leur coopération, y compris pour le rôle que nos forces armées jouent pour l'approvisionnement en matière de santé, la sécurisation de certains sites.
Et puis, en même temps, nous avons 130 effectifs, GIGN et RAID qui sont là. Pourquoi ? Parce que vous avez des scènes d'une violence urbaine insensée, inédite, avec des jeunes ou moins jeunes qui sont au sommet des immeubles avec des équipements quasi militaires qui terrorisent tout le monde. Et je veux ici le dire, au moment où je vous parle, nous avons perdu deux gendarmes. Deux gendarmes. Et je veux avoir une pensée pour eux, leur famille, leur mémoire, et avoir une pensée aussi pour les quatre autres victimes directes de ces violences depuis le début. Mais nos gendarmes et nos policiers n'ont tué personne.
Et donc, pied à pied, ils rétablissent l'ordre, mais avec un professionnalisme, un sang-froid qui demande du temps. Et c'est vrai que s'ils arrivaient en force, en cassant tout, il y aurait des dommages collatéraux terribles. Ce n'est pas le choix qu'ils ont fait sous l'autorité du ministre de l'Intérieur et des Outre-mer. Et je salue cet esprit de responsabilité. Il a eu raison de leur donner ses instructions. Et je veux saluer ici le haut commissaire et tous ses responsables. Donc, nous continuons à avancer avec méthode. Les prochains jours seront décisifs. Je sais la fatigue, je sais l'impatience. Je demande à tout le monde de garder le sang-froid qui convient dans cette période.
Comptez sur la mobilisation de nos forces de sécurité. Ils sont là, à plein. Et je vous le dis ce soir de manière très claire. Nos forces de sécurité resteront à ce niveau d'engagement aussi longtemps que nécessaire. Même si je devais, parce que l'engagement aura été tenu, lever l'état d'urgence, on gardera autant que nécessaire le même engagement. Et même si les violences devaient perdurer ou reprendre, alors qu'il y aura les Jeux olympiques et paralympiques, nous garderons le même niveau d'engagement. Que personne ne compte sur une forme de recul de la République. On ne cède pas à la violence.
Monsieur Macron, je voudrais qu'on revienne un petit peu sur la jeunesse, s'il vous plaît. Elle a crié très fort. Elle continue de crier. Et je voudrais qu'on parle un petit peu de l'après, la reconstruction. Il y a bien sûr la reconstruction matérielle, mais il y a la reconstruction d'une société, la société calédonienne. Et cette jeunesse, quelle est sa place ? Comment est-ce qu'elle peut retrouver une place ?
C'est décisif. Et c'est pour ça aussi que je veux impliquer le maximum de monde dans cet accord. Alors, la jeunesse a crié. Il y a une jeunesse qui a crié. Il y a une jeunesse qui veut, j'étais avec moi tout à l'heure, s'engager dans les armées. Il y a une jeunesse qui veut faire des études supérieures et réussir, avoir les meilleurs diplômes et vivre en paix. Moi, ce que je sens, c'est que cette jeunesse, elle veut vivre ensemble. Et donc, on doit quand même regarder ce qui est aussi un de nos échecs collectifs des dernières décennies, malgré les accords, malgré tout ce qui avait été dit. Est-ce que le rééquilibrage a marché ? Non.
Est-ce qu'on a réduit les inégalités économiques et sociales ? Non. Est-ce qu'on a réduit les inégalités entre les hommes et les femmes ? Non. Et notre jeunesse, elle nous demande ça. Elle nous demande ça. Elle ne veut pas vivre dans une société fracturée. Et le racisme ne se justifie jamais dans un sens ou dans l'autre. Mais il se nourrit de ressentiments. Il se nourrit de ces inégalités. Il se nourrit de ces formes de replis, sans doute exacerbées au moment des référendums. Et donc, pour moi, le défi qui est le nôtre, c'est dans ce temps, compter pour bâtir un accord qui est une mobilisation de toutes les forces vives, y compris de notre jeunesse.
Et je les ai incités tout à l'heure à s'engager pour qu'ils disent la réalité, ce qu'ils veulent. Comment on bâtit une école ou quelle que soit la famille d'où on vient, on y apprend les savoirs fondamentaux, il n'y a pas de déterminisme. Comment on bâtit des formations universitaires qui permettent d'avoir des emplois nécessaires pour... Comment on bâtit une diversification économique ? Parce que cette jeunesse, il ne faut pas lui expliquer que c'est le même modèle qu'hier, que ce sera le tout nickel, tout BTP, ce n'est pas vrai. Il faut être honnête avec elle. Et comment on bâtit ce fameux vivre ensemble dont on parle à chaque instant et pour lequel on n'agit pas toujours en conséquence ?
Moi, je les ai entendus, ils ont envie de vivre ensemble et d'ailleurs, dans le sport, dans l'école, ils vivent ensemble déjà. Et donc, on doit l'écouter, cette jeunesse. On doit lui donner une place dans la construction de ces accords. Et moi, je l'ai dit aux élus, je considère qu'elle est celle qui nous dit que le compteur doit s'arrêter de tourner. Parce que si vous ne donnez pas une vision d'avenir, comment vous embarquez les gens ? Comment vous construisez les structures pour donner de la visibilité ? Comment vous engagez des jeunes sur des formations d'avenir si vous ne savez pas dire quel est l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ? Ça, c'est notre responsabilité.
À l'État, dans son rôle impartial, mais à toutes les forces politiques, aux élus, aux forces économiques. Et le potentiel est énorme. Et donc, moi, je ne veux pas que nos jeunes d'aujourd'hui se disent demain qu'elle est immense gâchis. Notre génération a cette responsabilité. Donc là, tout le monde est sidéré. Le jour d'après, tout le monde va être un peu grogui parce qu'il y aura ce niveau de violence et qu'on n'en revient pas comme cela. Ma conviction, c'est que si tout le monde s'élève au bon niveau de responsabilité, de gravité du fait de ce que nous vivons, tout est permis, y compris le meilleur. C'est ce en quoi je crois.
En attendant, M. le Président, l'économie calédonienne est à terre. Des dizaines d'entreprises ont été détruites, incendiées, des milliers d'emplois sont déjà supprimés. L'économie n'allait déjà pas bien, elle était exsangue. Comment reconstruire ? Quel temps ça va prendre ? Combien ça va coûter ? Et est-ce que l'État sera prêt à payer puisque la Calédonie sera incapable de le faire, elle ?
Il faut faire avec méthode et là aussi esprit de responsabilité. La ministre déléguée aux Outre-mer va rester quelques jours pour continuer ce travail tout particulièrement. Elle a tenu aujourd'hui une réunion sur la question de la reconstruction. Une mission ad hoc qui sera pilotée par M. Roquin va rester ici pour faire justement l'état des lieux, bâtir le cadre. Il y a une dizaine de hauts fonctionnaires qui viendront compléter les équipes déjà déployées. Des équipes à Paris seront mises en place parce que les dommages économiques et sociaux sont massifs, inédits. Vous l'avez très bien dit.
Et dans plusieurs communes du Grand Nouméa et à Nouméa, les dommages sur les commerces, les usines, les grandes surfaces, etc. sont parfois la destruction totale. À court terme, nous apporterons une réponse. Le ministre de l'Économie et des Finances a déjà présidé deux réunions avec les parties prenantes. Aide en trésorerie, aide pour les salaires, accompagnement pour les assurances en déployant des équipes dédiées et donc réponse, si je puis dire, d'urgence de survie pour les salariés, les entrepreneurs et aussi les indépendants. Je pense à beaucoup de commerçants d'indépendants qui ont parfois tout perdu. C'est le fruit d'une vie.
Ensuite, on va bâtir, et le cadre en sera construit dans les prochains jours, un fonds d'urgence et d'aide pour justement abonder cela, définir les critères. Et sur ce qui est aujourd'hui la compétence du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, on l'accompagnera avec un ratio de 1 pour 1 pour venir en aide et ne pas lui laisser toute la charge sur la compétence qui est la sienne, mais de le faire en responsabilité pari passu. Sur ce qui est des bâtiments publics de l'État et des écoles et collèges, je l'ai dit, nous aurons des procédures d'exception pour reconstruire très rapidement.
On ne peut pas laisser nos jeunes dans une situation où ils devraient attendre des années avant d'avoir leur école reconstruite. Il y aura un moment évidemment de transition précaire, mais on ira au plus vite avec des procédures d'exception. Et puis on aidera aussi les collectivités dans les mesures d'exonération de charges, de chômage partiel qui sont de leurs compétences, mais sur lesquelles l'État aussi aura des dispositifs. Donc ça, c'est tout le paquet d'urgence où l'État sera là, aux côtés des collectivités, y compris d'ailleurs quand ce n'est pas la compétence de l'État, mais en s'associant. Et puis, il faut ensuite bâtir une stratégie plus large de reconstruction.
Et là, nous allons travailler tous ensemble pour d'abord définir le cadre de gouvernance et d'organisation. Est-ce qu'il faut créer un établissement public qui doit le piloter ? Comment faire pour que ce soit le plus efficace possible ? Et puis, il faut définir la stratégie. On ne va pas tout reconstruire à l'identique. Il y a une stratégie de diversification économique au sein de laquelle la question du nickel est absolument clé, sur laquelle nous devons pas simplement travailler, mais avoir des conclusions opérationnelles dans le cadre de l'accord global. Il y a déjà un très gros travail qui a été fait.
Et là, il faudra en responsabilité voir où on investit, comment on investit et quelle diversification de l'économie en Nouvelle-Calédonie nous bâtissons. Ça, ça prendra plus de temps et ça viendra abonder l'accord global dont je parlais tout à l'heure.
M. Macron, pourquoi ne pas avoir enclenché cette mission de dialogue un peu plus tôt ? Certains élus, vous avez déjà alerté sur le fait que la situation pouvait dégénérer ?
Écoutez, parce que je pense qu'elle ne se justifiait pas tellement avant. On a vu ce débat en juillet dernier. Et l'État, sans mission, le haut commissaire, le préfet délégué auprès de lui, les équipes, ont fait ce travail de médiateur en proposant plusieurs versions, en engageant. Il y a eu plusieurs mois ensuite de dialogue sur cet accord global. Les choses se sont ensuite totalement enrayées, ayant l'honnêteté de le dire. Parce qu'il y a eu une forme de retrait de plusieurs forces politiques, en particulier indépendantistes, de dire non, on n'est plus dedans, on n'est plus d'accord.
Et c'est face à ce retrait que, conformément, exactement à ce que j'avais dit en l'ensemble des responsables politiques et à la place des cocotilles en juillet dernier, on a avancé sur un accord partiel, celui du dégel du corps, parce que c'est ce que les accords nous imposaient de faire pour pouvoir organiser des provinciales. Donc tout ça est assez transparent. Là, j'ai décidé de le faire parce que nous sommes dans un moment de crise extrême et c'est ce que je vous dis. Je veux tenir ensemble ce retour à l'ordre, républicain, intraitable, avec les forces, la reprise du terrain, mais en même temps l'apaisement.
Et je pense que cette mission de médiation et de travail va aider à l'apaisement. c'est pour ça que je crois que c'est le bon moment pour le faire, la bonne composition et ils incarneront cet État impartial.
En quelques mots, M. le Président, un mouvement insurrectionnel inédit, on le répète, les Calédoniens se posent tous la question comment ça a été possible, qui sont les commanditaires, qui sont les organisateurs ? Est-ce qu'aujourd'hui l'appareil d'État a des réponses ?
Moi, j'ai une priorité, le retour à l'ordre, l'appel à lever les barrages, le calme. Et je dirais que les prochaines heures nous diront beaucoup sur vos questions. Parce que c'est simple, j'ai eu des décideurs politiques tout à l'heure, une organisation claire avec les collectifs qui ont organisé ces violences. Ils ont pris des engagements vis-à-vis de moi. J'ai pris des engagements vis-à-vis d'eux. Je viens, par mon expression, l'interview que nous faisons, de tenir ces engagements. Je verrai dans les prochaines heures s'ils tiennent leurs engagements vis-à-vis de moi.
Et alors nous clarifierons, soit ils ont décidé politiquement de ne pas les tenir, soit peut-être ne pourront-ils pas les tenir. À ce moment-là, nous verrons si c'est un mouvement politique ou insurrectionnel et d'une autre qualification. Je ne veux pas le qualifier, je veux que ça s'arrête. Et donc, en vrai, je n'ai pas d'adjectif à donner, ce n'est pas ma priorité sur le moment. Il n'y a rien qui justifie la violence. Que ce soit politique, délinquant ou autre, rien, rien, rien. Mais à partir du moment où on a enclenché un processus politique et d'apaisement, j'attends de tous les responsables politiques qu'ils exercent leurs responsabilités sur ces collectifs pour le retour au calme.
Et là, nous verrons la nature de ces derniers. Par contre, il est clair que nombre d'exactions, violences, destructions, pillages et crimes seront poursuivis par la justice. Quelles qu'en soient les motivations. Quelles qu'en soient. Parce que c'est l'ordre républicain.
Donc le ministère, le ministre de l'Intérieur, Gérald Lamarnin, qualifié, Christian Théen, de voyou. Pourquoi finalement l'avoir invité aujourd'hui ?
Je vais être très, très transparent et très simple avec vous. Moi, je veux le retour à l'ordre et je voudrais enclencher le dialogue et l'apaisement. J'ai accepté de voir les non-indépendantistes et les indépendantistes. Les responsables politiques indépendantistes m'ont demandé de l'associer en me disant ce sera beaucoup plus efficace. Il a une responsabilité. C'est un responsable politique. Il est engagé. C'est ce qui sera le plus efficace. Si vous voulez que cela cesse. Parce qu'il pourra vous dire les choses et il pourra vous entendre. Et donc, j'ai accédé à cette demande par souci d'efficacité.
Et donc, c'est aussi pour ça que c'est un geste de ma part de confiance et moi-même de responsabilité. J'espère qu'ils seront à la hauteur de cette confiance et qu'ils tiendront leur parole et qu'ils prendront les actes sur lesquels ils se sont engagés. Je n'ai pas de raison de croire le contraire ce soir. Si c'est ça, j'aurais eu raison de le faire sous ce format. S'ils ne sont pas au rendez-vous des résultats, j'aurais eu tort.
Est-il assigné à domicile, à résidence, pardon ?
Il fait partie des mesures administratives. Après, je ne vais pas dévoiler les choses qui relèvent justement de l'état d'urgence. Mais il a respecté son assignation. Il y a des contraintes. Elles sont ainsi posées. Si les engagements sont tenus, pour ce qui est des assignations administratives, elles seront levées avec la fin de l'état d'urgence. C'est la deuxième étape. Rappelez-vous ce que je disais tout à l'heure. Encore faut-il que la première soit tenue. Elle est dans leurs mains.
Monsieur le Président de la République, notre entretien prend fin. Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions. Merci aussi à mes collègues d'avoir été présents. La Voix du Caillou, Calédonia et Radio-Rythme Bleu. On vous souhaite un bon retour dans l'Hexagone.
Merci beaucoup. En tout cas, j'étais heureux une fois encore d'être parmi vous. C'est quelques heures, simplement, dans un moment déterminant, je pense, de l'histoire et de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Je veux en tout cas ici redire vraiment mon affection, mon soutien à toutes les populations. Ma volonté d'un retour au calme le plus rapide possible. Mon soutien pour toutes celles et ceux qui vivent dans l'angoisse, la peur qu'il s'agisse de l'accès à l'alimentation, à la santé ou la protection de leurs intérêts. Nous sommes là et nous serons là. Et je veux aussi vous dire ma volonté d'apaisement, de dialogue et d'avancer. J'ai confiance.
J'ai confiance dans vos responsables, dans vos élus, dans vos forces vives et économiques. J'ai confiance dans notre jeunesse pour bâtir ce chemin commun, ce chemin d'avenir. On va y arriver. Mais il faut que tout le monde soit à la hauteur du moment. Donc je compte sur chacun. Merci beaucoup, en tout cas, de l'opportunité de cet échange. Merci à vous.
Emmanuel Macron