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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 octobre 2025 24 min

Concessions autour des retraites, hypothétique gouvernement de gauche... Le "8h30 franceinfo" d'Olivier Faure

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Olivier Faure.

0:05
Olivier Faure

Bonjour Agathe Lambret.

0:06
Présentateur

La France traverse une crise politique sans précédent. Trois premiers ministres en un peu plus d'un an. 27 jours à Matignon seulement pour Sébastien Lecornu. Aujourd'hui certains appellent à la démission du président. Mais peut-être que les choses bougent, notamment sur la réforme des retraites. Vous allez nous dire ce que vous en pensez. Quelles sont vos solutions pour sortir de la crise ? Mais d'abord le sursis accordé par le président à Sébastien Lecornu prendra fin ce soir. En sortant de cette interview d'ailleurs, vous avez rendez-vous à 10h à Matignon. Vous y allez pour quoi Olivier Faure ? Pour prendre les mesures de la pièce ?

0:41
Olivier Faure

Écoutez, la question n'est pas une question de pouvoir. Elle est une question d'abord de sortir, de débloquer cette situation de crise qui est absolument incompréhensible pour les françaises et les français qui assistent à un spectacle qui ressemble davantage à un théâtre de boulevard qu'à ce qu'ils espèrent de la vie politique. et de voir, y compris le socle commun, se défaire dans un brouhaha insupportable des gens qui... On va en reparler. Mais je pense qu'il est temps de montrer de la politique un autre visage.

1:16
Intervenant

Pour vous, c'est pour qu'on soit très clair ce matin. Et je rappelle, comme vient de le dire Agathe, que c'est un moment de bascule. C'est une journée, je ne sais pas si on peut le dire, peut-être historique, on ne le sait pas encore. Pardon. Vous, c'est Premier ministre de gauche ou rien, même si le futur gouvernement suspend la réforme des retraites ?

1:31
Olivier Faure

Moi, je pense que tout simplement, il faut respecter les françaises et les français. Respecter leur vote, respecter leur vie. Et que donc, nous avons besoin, à un moment, que le cap change. Et que la politique conduite par le gouvernement ne soit plus celle qui a été conduite depuis huit ans. Et donc, de ce point de vue, il y a besoin d'alterner. Il y a besoin de faire en sorte que les choses bougent vraiment. Et pas simplement de manière marginale. Et donc, c'est la raison pour laquelle, effectivement, la gauche et les écologistes, nous revendiquons ensemble la possibilité pour la gauche de gouverner.

Puisque depuis un an, nous avons multiplié les expériences avec un Premier ministre de droite. Et que toutes ces expériences ont échoué. Et nous avons la prétention de penser que nous avons peut-être la solution pour débloquer le pays. En étant d'abord en réponse à ce que t'as des français sur leur pouvoir d'achat, sur le logement, sur le risque public.

2:25
Présentateur

C'est bien une question de pouvoir aussi. Si on vous entend, vous dites, nous, on a vocation à gouverner. Les choses bougent. Je voudrais qu'on s'arrête là-dessus. Paul, vous interrogez sur la réforme des retraites. Dans le Parisien, aujourd'hui, Elisabeth Borne, qui est la ministre qui avait porté cette réforme, reconnaît qu'il pourrait y avoir une suspension. Je pense qu'on ne doit pas faire de cette réforme des retraites un totem, explique-t-elle. C'est déjà quand même une petite victoire pour vous, non ? Rien que cette déclaration.

2:54
Olivier Faure

Agathe Lambré, la première chose que j'irai vérifier ce matin avec Boris Vallaud et Patrick Cannaire et Johanna Roland, c'est que cette histoire-là n'est pas simplement un écran de fumée. Vous n'y croyez pas ? Je n'en sais rien. J'ai entendu, j'ai lu, comme vous, ce que disait l'ex-premier ministre, auteur de la réforme des retraites à 64 ans. Elle dit que peut-être faut-il le faire. J'entends ce matin que le ministre de l'économie et des finances, démissionnaire, Roland Lescure, dit « On verra, ce n'est pas fait, je demande à Bercy d'évaluer ».

3:30
Présentateur

Il a confirmé que Bercy évaluait le coût de cette suspension. Donc, ce n'est pas juste un écran de fumée, il y a quand même des choses concrètes qui se passent.

3:37
Olivier Faure

Je veux savoir si cette victoire est réelle ou pas. Mais ce serait effectivement une formidable avancée pour ces salariés par millions qui se sont battus, pour les syndicalistes, pour la gauche politique qui, tout entière, s'est battue contre cette réforme des retraites.

3:50
Présentateur

On écoute Roland Lescure, justement, sur France Inter, Olivier Faure.

3:54
Locuteur non identifié

Oui, on travaille sur un certain nombre de scénarios. Modifier la réforme des retraites, ça va coûter des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027. C'est facile de mettre des plus dans l'atmosphère. Face à des plus, il va falloir des moins. Donc, ce que je vous dis, c'est que moi, je suis prêt à faire des concessions. Ce que je vous dis aussi, c'est qu'elles auront toutes un prix et qu'il va falloir les financer.

4:15
Présentateur

Voilà, vous voyez que Roland Lescure n'est pas fermé non plus. Il dit juste qu'il va falloir les financer. Est-ce que vous avez un plan ? Vous y avez réfléchi, Olivier Faure ? Vous savez combien ça coûterait ?

4:23
Olivier Faure

Mais on avait le coût, tout le monde le connaît, c'est la Cour des comptes qui l'a chiffré.

4:28
Présentateur

13 milliards à horizon 2035. 13 milliards par an.

4:31
Olivier Faure

On se rappelle qu'on est en 2025. 8 milliards 2030. Et donc, on a un peu de temps devant nous et c'est vrai que nous n'avons, nous, jamais dit qu'il ne fallait aucune réforme des retraites. Nous avons dit que celle-là était particulièrement injuste parce qu'elle reposait, son financement reposait sur celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, ont eu les métiers les plus pénibles, ont eu les salaires les plus faibles et ont l'espérance de vie la plus basse. Et donc, il y avait quelque chose d'inouï à accepter que le paramètre que l'on bouge soit celui de l'âge légal. De 62 à 64 ans, il faut le rappeler.

5:03
Intervenant

De 62 à 64. Et vous, vous êtes pour 63, c'est cela ? Non, on est, nous, pour 62. Oui, vous êtes encore pour 62 aujourd'hui. Il n'y a pas de compromis là-dessus pour vous, sur l'âge ?

5:11
Olivier Faure

Moi, je souhaite qu'on retourne à 62 ans. Maintenant, la suspension bloquerait à 62 ans et 9 mois. Ce qui serait déjà une avancée. Et ce que nous avons demandé, c'est que nous ayons cette avancée-là, que celles et ceux qui sont appelés à partir dans l'année, ce sont des centaines de milliers de gens qui se posent la question de savoir à quel moment ils partent chaque année. Eh bien, cette fois-ci, ils auraient la certitude qu'ils ne partiraient pas à 64 ans et donc ils partiraient bien un an plus tôt que ce qu'ils ont envisagé depuis la réforme Borne.

5:39
Présentateur

Vous proposez un décalage plutôt qu'une suspension, c'est-à-dire de stopper l'évolution de l'âge de départ à 63 ans en 2026. Le temps de trouver une autre solution. C'est ça que vous avez dit à Sébastien Lecornu ?

5:49
Olivier Faure

Non, ce qu'on nous a dit, nous, c'est que nous étions pour l'abrogation. Maintenant, la suspension est une possibilité, c'est une avancée. Je ne veux pas donner le sentiment ce matin que ce serait tout ou rien. Il y a aussi parfois des points qu'il faut prendre et je reconnais le geste qui était éventuellement fait parce que je le mets au conditionnel.

6:08
Présentateur

Vous reconnaissez que c'est un geste important tout de même ?

6:10
Olivier Faure

Si il intervenait, ce serait un geste important et encore une fois, une avancée pour les salariés. Une avancée aussi pour toutes celles et ceux qui se sont battus. Et ce matin, ce que j'aimerais leur dire, c'est que justement, la lutte paye et que ce n'était pas indifférent que d'être par millions dans les rues et qu'à force de conviction, nous avons peut-être aujourd'hui une victoire à annoncer. Mais ce n'est pas encore le cas et moi, je n'aime pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Donc, on verra ce que dira le Premier ministre. On verra comment il engage les choses.

On verra techniquement aussi ce qu'il en est et en fonction de ce qu'il nous précisera, peut-être que là, nous aurons de quoi nous satisfaire ou pas.

6:48
Intervenant

Justement, il est 8h40 et quand vous êtes arrivé il y a quelques minutes dans ce studio, vous avez reçu un appel du Premier ministre qui vous a indiqué qu'il allait s'exprimer à 9h30 avant de vous recevoir. Que vous a dit exactement le Premier ministre ?

6:58
Olivier Faure

Pas grand-chose. D'ailleurs, vous étiez là. Enfin, Agathe était là et donc, elle est témoin. Elle m'a simplement dit qu'il ferait un point d'étape à 9h30 avant de nous recevoir. Ce qui nous permettra de comprendre peut-être quel est l'état d'esprit dans lequel il se place lui-même avant de recevoir la gauche puisqu'il a reçu hier la droite. Il n'a pas eu des retraites, vous pensez ? Je ne sais pas ce qu'il va dire. Il ne m'a pas dit. On n'est pas dans le même camp et on se parle parce que nous avons besoin de nous parler parce qu'il est celui qui organise cette médiation pour encore quelques heures. Est-ce que ce soir, vous ne pourriez pas justement

7:32
Intervenant

être dans le même camp ? Est-ce que ça ne peut pas être la journée de bascule ?

7:34
Olivier Faure

Non. Non ? Non. Non, définitivement non. Moi, je suis contre toute forme de confusion. Je suis prêt à discuter parce que je suis un républicain et parce qu'à un moment, quand personne n'a de majorité, il faut bien qu'on puisse avancer et que ce serait complètement stérile que de dire au fond, je me comporte comme si j'avais une majorité absolue. Il ne peut pas le faire, je ne peux pas le faire. Donc, nous devons nous parler. Vous voulez quoi ?

7:58
Présentateur

Un accord de non-censure avec les macronistes, par exemple ?

8:00
Olivier Faure

Moi, je souhaite qu'il y ait un accord de non-censure ou en tout cas qu'il y ait une forme d'acceptation d'un gouvernement de gauche de la même façon que j'avais aussi expliqué quelles étaient les motivations que nous avions pour ne pas censurer d'entrée de jeu un Premier ministre de droite qui arriverait et qui dirait « je fais comme d'habitude ».

8:20
Intervenant

Justement, expliquez-nous, pour reprendre une expression chère à François Hollande, le trop de souris. Où est-ce que vous le voyez, cette possibilité pour la gauche de réussir là où les trois derniers Premier ministres de droite ont échoué ? Comment vous pouvez faire ?

8:31
Olivier Faure

Tout simplement, la méthode et le pouvoir d'initiative. Faire ce qui différencie la gauche de la droite en cette matière, c'est que d'un côté, quand la droite est bloquée sur, par exemple, la réforme des retraites, la gauche, quand elle arrive au Parlement, elle ne peut pas avoir de débat sur les retraites pour des raisons qui sont réglementaires, constitutionnelles, etc. Quand la gauche est au pouvoir, au contraire, elle peut mettre sur la table tous les sujets qui intéressent les Françaises et les Français, notamment la question des retraites. À l'agenda du Parlement. À l'agenda du Parlement. De façon constitutionnelle, en fait.

Et donc, nous, ce que nous avons proposé depuis le départ, ce que j'ai proposé pour la gauche et les écologistes, c'est tout simplement que si nous avions à gouverner, nous le ferions 149.3 et donc, avec l'obligation de se soumettre au vote du Parlement. Sébastien Le Connu a repris, et j'ai déjà salué simplement ce que j'avais dit à l'époque, c'est qu'il ne peut pas se comporter comme s'il n'y avait pas un autre pas à franchir. Celui sur les retraites, ce pas est peut-être franchi, ce qui permettrait d'avancer et d'avoir un débat gauche contre droite à l'Assemblée. Mais un débat loyal, un débat où c'est l'Assemblée

9:38
Présentateur

qui tranche à chaque fois. Olivier Faure, vous, quel pas êtes-vous prêt à franchir ? Je vous rappelle que vous avez 123 députés. Le Bloc central en avait 210 et il n'y est pas arrivé. Comment vous allez faire, vous ? Et est-ce que vous aussi, vous êtes prêts mettre sur la table cette suspension de la réforme des retraites, mais vous ?

9:57
Olivier Faure

Mais, de toute façon, nous ne pouvons pas nous comporter comme si nous étions majoritaires absolus. Vous dites 123. Moi, je pense que sur un certain nombre de sujets, nous sommes en 92 parce que je n'imagine pas que les Insoumis... Vous vous expliquez comment ? Parce qu'il y a 68 socialistes, 38 écologistes, 17 communistes. Mais il y a aussi des Insoumis qui ont porté un projet commun avec nous il y a un an. J'imagine que sur la taxe Zuckman, ils voteraient avec nous. J'imagine que sur la réforme des retraites, ils voteraient avec nous. J'imagine que sur le nombre de sujets qui touchent au service public, ils voteraient avec nous. Donc les Insoumis, vous ne voulez plus

10:30
Présentateur

faire alliance avec eux, mais vous voulez bien qu'ils vous aident à gouverner si vous étiez au pouvoir ?

10:33
Olivier Faure

Mais je dis simplement que chacun est placé devant sa responsabilité.

10:38
Présentateur

Vous savez que les Insoumis, vous accuserez de connivence presque avec le macronisme et qui pourraient aussi vous censurer ? Vous leur dites quoi aujourd'hui ? Vous leur dites si demain on est au pouvoir, laissez-nous gouverner, c'est dans votre intérêt ?

10:50
Olivier Faure

Mais moi, j'essaye de me placer du point de vue de l'intérêt des Françaises et des Français. Et j'espère donc que sur un certain nombre de sujets, il y a des majorités de projets. Ce que nous avions dit déjà il y a un an, au moment où Michel Barnier n'avait même pas été nommé, nous avions dit que nous irions chercher ensemble, projet par projet, des majorités. Je n'ai pas changé d'avis, je pense qu'il faut chercher des projets, il faut chercher des majorités, pardon, projet par projet et éviter de se comporter comme s'il y avait aujourd'hui une majorité claire, simple. Il y a un Parlement... Vous en avez parlé déjà avec des macronistes et des Français il y a un an. Ils ont voté comme jamais.

Ça faisait 40 ans qu'ils n'avaient pas voté aussi nombreux. Mais aujourd'hui,

11:29
Présentateur

est-ce que vous avez des garanties aujourd'hui que si vous étiez en place, au pouvoir, vous auriez ces majorités de projets ? Vous en avez parlé avec des macronistes, avec des LR, avec des Insoumis ?

11:40
Olivier Faure

J'en ai parlé avec beaucoup de monde et je sais que... Mais y compris sur la question fiscale, il y a des choses qui bougent. Il y a des gens qui comprennent qu'on ne va pas continuer à expliquer aux Français et aux Français qu'ils vont devoir se sacrifier jour après jour. Je rappelle que dans le projet de budget que nous connaissons aujourd'hui, celui qui est déposé devant le Haut Conseil des Finances Publiques, il y a des sacrifices qui sont incompréhensibles. On demande aux étudiants, aux apprentis, aux gens qui sont en affection longue durée d'être désormais fiscalisés pour leurs revenus, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Et pendant ce temps-là, on dirait qu'on prendrait simplement un milliard sur les holdings alors qu'on sait très bien que c'est là que se cache en réalité une forme d'échappatoire à l'impôt pour toutes celles et ceux qui ont accumulé des fortunes considérables depuis huit ans. Donc oui, il y a des gens qui heureusement réfléchissent un peu partout. Et j'espère que tous ces gens-là se retrouveront au moment du débat. Et le rôle de la gauche, ce sera de faire en sorte que ça avance et de chercher à fédérer largement pour que nous puissions demander à celles et ceux qui ont largement profité de ces moments et d'être des vrais patriotes. Dans un instant, vous allez nous donner

12:45
Présentateur

un exemple très concret de mesures que vous pourriez prendre et avec qui. On va voir comme ça si vous êtes vraiment prêts à entrer à Matignon.

12:53
Locuteur non identifié

Le 8.30 France Info. Agathe Lambret, Paul Larouturou.

12:59
Présentateur

Avec Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste. Paul, différentes initiatives

13:02
Intervenant

pour tenter de sortir de la crise. Donc vous nous avez raconté l'appel du Premier ministre il y a quelques minutes en rentrant à France Info. Et puis il y a eu une scène très importante ici, également, pardon, lundi soir à TF1. Gabriel Attal vous a attendu. Vous vous êtes isolé 45 minutes dans une loge maquillage. Marine Tondelier, la patronne des écologistes, vous a rejoint. De quoi avez-vous parlé exactement ?

13:21
Olivier Faure

Nous avons cherché simplement à évoquer cette crise et comment en sortir. Et Gabriel Attal a suggéré, mais c'est public, une médiation. Un négociateur. Un ou deux négociateurs qui seraient chargés d'aboutir à une plateforme minimale sur le budget. Et moi, je lui ai répondu, comme Marine Tondelier, que nous n'étions pas favorables à l'idée d'une plateforme qui serait même minimale parce que l'objectif, c'est d'avoir le débat que les Françaises et les Français puissent comprendre ce que chacune et chacun peut porter dans l'hémicycle et qu'il n'est pas question d'avoir une plateforme commune. Nous ne serons pas dans la confusion, il n'y a pas de mélange des genres.

Il y a dans ce pays et c'est parfaitement légitime et c'est parfaitement démocratique, il y a une droite qui s'assume, il y a une gauche qui s'assume et le débat doit avoir lieu sur tous les sujets. On a parlé de fiscalité, par exemple. Moi, je souhaite que le débat puisse avoir lieu. Moi, je défends la taxe du commun.

14:18
Intervenant

Gabriel Attal a 91 députés. Il a donc une partie de la clé de cette situation inextricable. Est-ce qu'il vous a promis une non-censure à un moment ? A aucun moment ? Non, à aucun moment.

14:28
Présentateur

Olivier Faure, pour qu'on soit très clair, aujourd'hui, vous dites qu'il faut un Premier ministre de gauche à Matignon, c'est ça ?

14:34
Olivier Faure

Oui, je pense que ce serait effectivement la meilleure solution.

14:36
Présentateur

Avec un gouvernement de gauche uniquement ?

14:39
Olivier Faure

Avec un gouvernement de gauche ouvert au compromis puisque, de toute façon, je le répète, personne n'a de majorité et donc il faut faire la démonstration On vous entend ?

14:47
Présentateur

Donc, même si un gouvernement d'un autre bord politique suspendait la réforme des retraites, ça ne vous conviendrait pas. Vous voulez être aux manettes, vous. Est-ce que vous avez un exemple de mesure à laquelle vous avez réfléchi qui ferait consensus dans d'autres rangs et pour laquelle vous auriez donc la majorité absolue à l'Assemblée ? Il y a quand même un budget à voter, Olivier Faure. Roland Lescure, tout à l'heure, il disait pourquoi pas la gauche à Matignon mais est-ce qu'ils auront la majorité absolue pour faire voter un budget ?

15:12
Olivier Faure

Écoutez, je viens d'essayer d'expliquer pendant de longues minutes que nous n'étions pas fermés à l'idée de trouver des compromis au fur et à mesure. Mais je ne veux pas non plus qu'il y ait de confusion et là aussi, vous l'avez compris, il ne s'agit pas d'avoir un mélange des genres avec un gouvernement qui mélangerait des gens de gauche, de droite, etc. parce que c'est la porte ouverte à une forme de ce que Jean-Marie Le Pen appelait l'UMPS et ce serait l'alternative qui serait directement celle de l'extrême droite ce contre quoi je me battrai toute ma vie.

15:41
Présentateur

Mais vous pourriez faire voter un budget avec une majorité absolue ?

15:43
Olivier Faure

Oui, je pense que nous pourrions le faire et il y a des sujets sur lesquels nous devons chercher à avancer. Je prends un seul exemple. Donnez-nous un exemple concret. Un exemple concret. Il faut redonner du pouvoir d'achat aux Françaises et aux Français. Il n'est pas possible qu'il y ait autant de gens qui nous disent chaque jour qu'ils ont des arbitrages à réaliser entre ce qui ne devrait pas être un arbitrage. Est-ce que je peux emmener les enfants en vacances ou est-ce que je dois leur payer le cartable ? Bref, tous ces sujets qui font qu'aujourd'hui on a des gens qui sont en début de mois à se demander comment ils finiront le mois.

Et donc, moi je souhaite que nous puissions leur rendre du pouvoir d'achat. Ce que nous avons proposé avec nos groupes parlementaires il y a quelques semaines, c'est par exemple de faire en sorte qu'il y ait un taux différencié de CSG qui permette de rendre du pouvoir d'achat jusqu'à 1500 euros par an à un couple qui gagne 1920 euros ou moins net par mois. C'est budgété ça ? Ça va coûter cher. Ça coûte 6 milliards. Bien sûr. Vous êtes d'accord

16:38
Présentateur

sur toutes les mesures pour accorder des avantages aux Français mais alors les mesures d'économie là il n'y a plus personne ?

16:45
Olivier Faure

Mais non, il n'y a pas plus personne. On a proposé aussi des économies sur le fonctionnement de l'État. On a proposé aussi des économies sur l'argent que nous donnons aujourd'hui aux entreprises puisque vous savez que depuis le rapport du Sénat il y a 211 milliards d'euros qui sont accordés chaque année aux entreprises et qu'il n'est pas normal de reprendre par exemple 2,9 milliards. On n'est pas des bolcheviques on n'est pas arrivé avec un couteau on a dit simplement sur 211 milliards on va reprendre presque 3 milliards. Est-ce que vous trouvez ça complètement fou ? Non.

On a été responsable très raisonnable parce qu'on sait aussi que les changements ne peuvent pas se faire brutalement et mettre en difficulté des entreprises qui ont besoin de visibilité elles aussi Donc vous rassurez

17:27
Présentateur

les patrons ce matin ?

17:28
Olivier Faure

Je rassure les patrons je ne rassure pas les ultra riches parce qu'il y a pour moi une différence

17:33
Présentateur

Parce que hier vous avez dit les riches sont en train de faire sécession

17:35
Olivier Faure

Oui c'est vrai

17:36
Présentateur

C'est fort comme Olivier Fort ce n'est pas de nature à rassurer Vous voulez quoi ? Cliver monter les français ?

17:41
Olivier Faure

Mais je ne cherche pas à cliver je cherche simplement à dire qu'il y a un moment où tous ces gens qui sont toujours la main sur le coeur à expliquer qu'ils sont les plus grands patriotes et bien ils doivent en faire la démonstration Quand le pays va mal tout le monde doit contribuer et d'abord ceux qui ont de l'argent D'abord ceux qui franchement enfin Bernard Arnault 150 milliards de fortune Est-ce que vraiment on pense que c'est d'abord à monsieur ou madame Durand de payer en fait une dette dont ils ne sont pas responsables ?

Moi je crois qu'au contraire on doit faire payer ce qu'on a les moyens On leur demande sur la taxe Zuckman on leur demande 15 milliards Bon franchement 15 milliards pour quelqu'un même Bernard Arnault devrait dire écoutez j'ai 150 milliards 15 milliards je vous les offre

18:24
Présentateur

C'est ce que vous dites mais certains économistes disent qu'elle ne rapporterait que 5 milliards

18:27
Olivier Faure

Bah écoutez si elle rapporte que 5 milliards faisons-la comme ça tout le monde sera d'accord

18:30
Intervenant

Comment vous le faites vous voulez un programme de gauche mais comment vous faites je reviens à ma question trop de souris tout à l'heure à la fois Bruno Retailleau dit qu'il ne veut pas gouverner avec vous donc où est-ce que vous arrêtez vos ministres ? A quelle centriste vous arrêtez ? A l'instant Mathilde Panot sur BFM dit qu'elle ne croit pas elle-même à un gouvernement de gauche Je sais bien que

18:47
Olivier Faure

LFI ne croit pas à un gouvernement de gauche ils y sont même opposés donc ils sont sur uniquement la question de la démission du chef de l'Etat Moi ce que je pense c'est que quand on a un pays qui va aussi mal et qui a besoin de une certaine façon d'être rassuré il faut prendre les victoires maintenant Votre victoire

19:03
Intervenant

c'est la victoire des retraites mais sur le cas c'est important où est-ce que vous arrêtez votre gouvernement ? Vous prenez des renaissances vous prenez des centristes vous vous arrêtez où ? Non il y a un seul sujet

19:13
Olivier Faure

qui doit être discuté ce serait effectivement à la fois les armées et les affaires étrangères qui sont le domaine partagé avec le chef de l'Etat et là il ne serait pas illégitime qu'il y ait un maintien de celles et ceux qui sont enfin de ceux en l'occurrence qui sont en fonction Vous gardez Jean-Duel Barreau

19:27
Présentateur

Et vous gardez Sébastien Lecornet aux armées ?

19:30
Olivier Faure

Donc ce ne serait pas absurde de dire que ces deux-là pourraient rester et que nous gouvernerions sur le quotidien la politique de la nation Vous pensez qu'il y a une petite possibilité que ce soir vous soyez Premier ministre

19:41
Intervenant

vous y pensez dans votre tête vous préparez potentiellement à être Premier ministre de la nation ce soir ? Mais toutes les éventualités

19:47
Olivier Faure

sont sur la table je ne dis pas qu'il y en a une de privilégiés ce n'est pas moi qui décide Vous êtes prêt à ça vous ? Bien sûr que nous sommes prêts pas que moi en fait je ne veux pas De bien directeur de cabinet par exemple ? Moi j'ai toujours dit que ça pouvait être moi ça pouvait être un ou une autre et que celui ou celle-là serait de toute façon le bienvenu parce que ça permettrait le changement donc n'en faites pas une affaire de personne c'est une affaire collective Un gouvernement c'est toujours une affaire de personne

20:10
Présentateur

Qui vous mettriez à l'intérieur ?

20:14
Olivier Faure

Non mais je ne vais pas jouer à ce jeu-là avec vous

20:16
Présentateur

Est-ce que vous y avez réfléchi ou pas ?

20:19
Olivier Faure

Mais bien sûr qu'on y réfléchit Ça fait des mois que vous dites

20:21
Présentateur

que vous êtes prêt pour m'attirer donc c'est légitime de vous poser la question

20:24
Olivier Faure

Personne ne considère que je suis le prochain Premier ministre Tout le monde considère que nous sommes dans une affaire qui doit maintenant s'engager avec le chef de l'État et nous verrons bien à ce moment-là et ne vous inquiétez pas dans les jours qui suivraient vous auriez un gouvernement vous auriez des cabinets ministériels vous auriez aussi les premières mesures que nous afficherions Vous venez de dire personne ne considère que vous êtes le prochain Premier ministre ? Écoutez à ce moment où nous nous parlons les gens considèrent qu'il y a un chef de l'État qui seul a la décision et donc oui personne ne considère que je suis le premier ministre peut-être que vous le considérez

20:57
Intervenant

Même pas vous ? Non mais même pas vous ?

20:58
Olivier Faure

Mais moi non plus je ne suis pas je dépends comme les autres d'une décision du chef de l'État et c'est lui qui décidera en dernier lieu donc je n'ai pas à faire ce matin comme si on avait déjà préempté quoi que ce soit nous revendiquons cette possibilité mais évidemment elle n'est pas acquise

21:16
Présentateur

Olivier Faure vous êtes réuni hier avec le communiste Fabien Roussel et l'écologiste Marine Tondelier c'est le nouveau nouveau Front Populaire une alliance sans LFI qui est en train de se consolider ?

21:26
Olivier Faure

C'est un Front Populaire qui veut gouverner vous vous rappelez peut-être que le Front Populaire le glorieux l'illustre Front Populaire celui de 36 il y avait des socialistes au pouvoir et puis il y avait des communistes qui avaient refusé de participer mais qui avaient soutenu malgré tout ce Front Populaire peut-être que nous sommes à la veille d'un autre Front Populaire de cette nature

21:48
Présentateur

Très vite est-ce que vous appelez Marine Tondelier à clarifier sa position parce qu'on n'a pas compris si elle était avec LFI ou avec vous d'ailleurs hier elle a publié un communiqué pour dire qu'avec LFI il fallait s'unir en vue des prochaines échéances électorales

21:58
Olivier Faure

moi je parle avec j'essaye de ne jamais brûler les étapes et de parler de ce qui est concret de ce qui est concret d'abord pour les français et donc ce que je demande aujourd'hui c'est que le cap politique change

22:12
Présentateur

vous répondez pas à ma question vous répondez pas parce que c'est un peu brun balle dans votre histoire

22:15
Olivier Faure

non non j'y viens je dis simplement que donc ce que je lui demande et ce que nous avons conclu ensemble c'est la possibilité de diriger ensemble ce pays dans un gouvernement si demain le chef de l'état annonce une dissolution alors s'engagera une autre discussion d'une autre nature et nous verrons alors quelles sont les alliances qui se nouent ici et là s'il y a une menace directe de voir l'extrême droite l'emporter vous n'excluez pas

22:40
Présentateur

de renouer avec LFI donc

22:41
Olivier Faure

non j'exclus complètement de renouer avec LFI dans les conditions où nous l'avons fait en 2022 et en 2024 parce qu'il y avait d'autres enjeux

22:50
Présentateur

merci Olivier Faure une dernière question pardon vous reviendrez vous reviendrez pour développer comme tous les jours c'est le moment de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux de France Info aujourd'hui la question qui sature est-ce que vous avez vu le film Un jour sans fin Olivier Faure film culte des années 90 Bill Murray est condamné la journée de la marmotte voilà revivre la même journée encore et encore réveillée chaque matin par cette même chanson que l'on entend est-ce que vous aussi vous avez l'impression d'être coincé dans la même journée depuis 487 jours depuis la dissolution

23:25
Olivier Faure

oui oui et il est temps que ça s'arrête il est temps que ça change parce que ça va rendre fou tout le monde je vois qu'il y a un monde politique qui est devenu dingue je vois qu'il y a un socle commun où on frôle le burn out et il est temps de reprendre ses esprits et de se dire que ça n'est pas un jeu et qu'il y a des gens qui dépendent de nous et que la politique c'est aussi les conditions d'existence de millions de françaises et de français leurs entreprises leurs services publics et que à un moment il faut placer au-delà de son intérêt propre l'intérêt général

24:03
Intervenant

on a quand même calculé que c'était la sixième fois que vous fassiez une réunion de la dernière chance à l'Elysée ou Matignon c'est la sixième là et bien j'espère que ce sera la dernière merci beaucoup merci à vous

24:11
Présentateur

merci Olivier Faure d'avoir répondu aux questions de France Info merci Paul on se retrouve demain

24:15
Intervenant

à demain