"Les Intermittences du cœur" de Marcel Proust, lus par Annie Ernaux
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
bouleversement de toute ma personne dès la première nuit comme je souffrais d'une crise de fatigue cardiaque tâchant de donter ma souffrance je me baissais avec lenteur et prudence pour me déchausser mais à peine e-je touché le premier bouton de ma bottine ma poitrine s'enfla rempli d'une présence inconnue divine des sanglots me secouèrent des larmes ruisselèrent de mes yeux l'être qui venait à mon secours qui me sauvait de la sécheresse de l'âme c'était celui qui plusieurs années auparavant dans un moment de détresse et de solitude identique dans un moment où je n'avais plus rien de moi était entré et qui m'avait rendu à moi-même car il était moi et plus que moi le contenant qui est plus que le contenu et me l'apportait je venais d'apercevoir dans ma mémoire penché sur ma fatigue le visage tendre préoccupé et déçu de ma grand-mère tel qu'elle avait été ce premier soir d'arrivver le visage de ma grand-mère non pas de celle que je m'étais étonnée et reproché de si peu regretté et qui n'avait d'elle que le nom mais de ma grand-mère véritable dont pour la première fois depuis les Champs Élysées où elle avait eu son attaque je retrouvais dans un souvenir involontaire et complet la réalité vivante cette réalité n'existe pas pour nous tant qu'elle n'a pas été recréée par notre pensée sans cela les hommes qui ont été mêlés à un combat gigantesque seraient tous de grands poètes épiques et ainsi dans un désir fou de me précipiter dans ses bras ce n'était qu'à l'instant plus d'une année après son enterrement à cause de cette anachronisme qui empêche si souvent le calendrier des faits de coïncider avec celui des sentiments que je venais d'apprendre qu'elle était morte j'avais souvent parlé d'elle depuis ce moment-là et aussi penser à elle mais et sous mes paroles et mes pensées de jeune homme ingrat égoïste et cruel il n'y avait jamais rien eu qui ressembla à ma grand-mère parce que dans ma légèreté mon amour du plaisir mon accoutumance à la voir malade je ne contenais en moi qu'à l'état virtuel le souvenir de ce qu'elle avait été à n'importe quel moment que nous la considérions notre âme totale n'a qu'une valeur presque fictive malgré le nombreux bilan de ses richesses car tantôt les unes tantôt les autres sont indisponibl qu' s'agisse d'ailleurs de richesses effectives aussi bien que de celle de l'imagination et pour moi par exemple tout autant que de l'ancien nom de guermthe de celle qu'on bienent plus grave de souvenir vrai de ma grand-mère car au trouble de la mémoire sont lié les intermittces du cœur c'est sans doute l'existence de notre corps semblable pour nous à un vase où notre spiritualité serait enclose qui nous induit à supposer que tous nos biens intérieurs nos joies passées toutes nos douleurs sont perpétuellement en notre possession peut-être est-il aussi inexact de croire qu'elle s'échappe ou reviennent en tout cas si elle reste en nous c'est la plupart du temps dans un domaine inconnu où elles ne sont de nul service pour nous et où même les plus usuells sont refoulé par des souvenirs d'ordre différent et qui exclut toute simultanéité avec elle dans la conscience mais c'est le cadre de sensation où elles sont conservées et ressaisies elles ont à leur tour ce même pouvoir d'expulser tout ce que leur est incompatible d'installer seul en nous le moi qu' l' vécu [Musique]
Franck Proust