Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 1 février 2024 26 min

"Green Deal", Mercosur et importation de poulets ukrainiens... Le 8h30 franceinfo de Pascal Canfin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Pascal Canfin. Malgré les annonces de l'exécutif, les blocages des manifestants agricoles continuent, ils se sont même durcis ces dernières heures. Qu'est-ce qui a raté ?

0:15
Pascal Canfin

C'est beaucoup trop tôt pour dire que les choses ont réussi au raté. On est en pleine situation de crise qui n'a échappé à personne. On essaie de trouver les solutions adaptées, tant au niveau français qu'au niveau européen, sans lâcher le point d'équilibre qui a toujours été le nôtre. A savoir qu'il faut assurer la transition écologique et la lutte contre le dérèglement climatique, tout en assurant la compétitivité de notre modèle agricole et de nos agriculteurs. Plus de revenus, plus de transition, plus de protection contre les concurrences déloyales. On va peut-être en parler ce matin avec le sujet du Mercosur.

C'est ça notre ADN et c'est ça qui nous permettra de sortir de la crise par le haut.

0:52
Présentateur

Avant d'en parler, est-ce que vous comprenez l'indulgence du ministre de l'Intérieur ?

0:56
Pascal Canfin

Il n'y a pas d'indulgence. J'ai entendu sur le fait qu'il y aurait deux poids, deux mesures. Sincèrement, je serai le premier à le critiquer si c'était le cas. Je suis très transparent. Mais ce n'est pas le cas. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'action qui... Il n'y a pas de black blocs, d'accord ? Il y a quand même ce matin les transporteurs routiers qui disent que ça nous coûte pour certaines entreprises 5 000 euros par jour. Il y a la liberté de circuler aussi. Absolument. Et ils ont tout à fait raison. Mais imaginez qu'il y a 3 jours, 4 jours, le ministre de l'Intérieur ait envoyé les CRS contre les manifestants agricoles.

Vous seriez les premiers à dire non mais qu'est-ce que c'est que cette absence de compréhension, de dialogue, on ne répond pas par la force. Donc, on a fait ce choix. Et je pense que c'est un choix normal vu la situation de tension. Par contre, et c'est la deuxième jambe qui est tout à fait nécessaire, il y a aussi des lignes rouges qui ont été fixées. Et non seulement elles ont été fixées, mais elles ont été appliquées. Elles ont été franchies et donc elles ont été appliquées, ces lignes rouges, au sens où... Hier, au marché de Rangis, par exemple, absolument. Avec des interpellations. Il y en avait d'autres dans les aéroports et les choses sont extrêmement claires pour tout le monde.

Et je pense que c'est le cadre qui permet à la fois à la colère de s'exprimer et sincèrement, la brider serait totalement contre-productif. Et en même temps, de fixer des lignes rouges pour le quotidien des Français et pour notre économie.

2:10
Invité

Vous êtes l'un des premiers artisans du Green Deal, le pacte vert européen, à l'origine de la colère des agriculteurs. On va y revenir. Mais à ce titre, vous êtes devenu un punching ball pour les oppositions. J'ai vu ça, absolument. Ça fait quoi d'être un épouvantail ?

2:22
Pascal Canfin

Écoutez, moi, je me sens totalement aligné avec ce que j'ai toujours défendu. À savoir, on ne fera pas la transition écologique de l'agriculture sans les modèles économiques associés. Parce que si c'est de la décroissance, ça échouera. Inversement, l'avenir de l'agriculture passe par la transition. Quelle est aujourd'hui la première menace sur les rendements agricoles ? Au moment où on parle, c'est le changement climatique. En Espagne, moins 50% de production sur les olives. Pourquoi ? Parce qu'il ne pleut plus.

2:57
Invité

Je vais répondre en Italie. Au moment où Gabriel Attal appelait à simplifier drastiquement nos procédures. Juste, vous vous disiez, on ne peut pas faire de pause.

3:03
Pascal Canfin

Si vous pouvez me laisser finir, juste ma phrase. Ma phrase, c'est la première menace sur les rendements agricoles, donc sur la production, donc sur le revenu. C'est aujourd'hui même, au moment où on parle, les aléas climatiques et au changement climatique. Et justement, je rebondis sur ce que vous dites, pause ou pas pause dans les normes ? Donc, bien évidemment, non, il faut continuer, mais il faut le faire intelligemment. Par ailleurs, il y a une polémique sur le pacte vert européen. Vous le savez peut-être, mais aucune des règles du pacte vert européen qui concerne l'agriculture, aucune, n'est entrée en vigueur. Aucune. Donc, il y a une forme d'illogisme. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que les agriculteurs crient avant d'avoir mal ? Ça veut dire qu'il y a une forme d'illogisme à considérer que les difficultés liées à les situations actuelles des agriculteurs seraient liées à des choses qui ne sont toujours pas entrées en vigueur. Et ça, quand on discute avec les représentants syndicaux...

3:52
Présentateur

Ce n'est pas tout à fait ce que disent les agriculteurs, parce qu'ils disent, ça ne va pas aujourd'hui, donc ne nous rajoutez pas ce qu'ils considèrent comme un boulet, le Green Deal.

4:00
Pascal Canfin

Je comprends, mais ce que je vous dis, c'est qu'aucune de ces règles n'est entrée en vigueur. Elle ne peut donc logiquement pas expliquer une situation difficile actuelle. Mais eux, ils contestent le fait qu'elles soient en préparation.

4:11
Invité

Est-ce qu'elles sont en préparation, ces règles ?

4:13
Pascal Canfin

Oui, mais si vous voulez, laissez-moi finir mon raisonnement. Donc, aucune de ces règles n'est entrée en vigueur. En revanche, ce qui est entré en vigueur, c'est la réforme de la politique agricole commune. Et cette réforme de la politique agricole commune, elle a été votée par nous, mais on l'assume, mais aussi par les Républicains et par le Rassemblement National. Et donc, si vous me permettez une toute petite remarque pour qu'on sorte des hypocrisies, quand je vois Jordan Bardella qui achète des bottes neuves, qui va dans la cour de ferme et qui dit que c'est scandaleux la politique agricole commune et les jachères et le verdissement et ce qu'on vous demande, il l'a votée.

Il l'a votée au Parlement européen. Donc, nous, on n'est pas hypocrite. On assume le fait qu'on a cette vision qui a toujours reposé sur les deux jambes, la jambe économique et la jambe environnementale.

4:58
Invité

Et vous pointez les contradictions du Rassemblement National, mais vous-même, vous n'avez pas de contradictions. Gérard Larcher, le président du Sénat, il pointait votre double discours. À Bruxelles, vous êtes en faveur des normes. À Paris, vous êtes pour la simplification. Et par exemple, sur les accords de libre-échange, c'est un jour oui, un jour non avec les macronistes.

5:14
Pascal Canfin

Alors non, justement, sur les accords de libre-échange, le non-sit parce que c'est un sujet majeur. Et le président de la République est aujourd'hui même à Bruxelles, au Conseil européen, pour réussir à bloquer l'accord Mercosur avec le Brésil et l'Argentine. La France a, dans cette négociation, parfois été toute seule, toute seule à bloquer. Et pour l'instant, ça tient. On réussit à bloquer cet accord dont on ne veut pas. Donc soyons plutôt fiers de la position du gouvernement français et la France là-dessus. Parce que sans notre position à Bruxelles, je peux vous dire que les agriculteurs, ils auraient déjà à subir les conséquences de l'accord Mercosur.

5:50
Présentateur

Pascal Canfran, pourquoi est-ce qu'on ne signe pas avec le Mercosur alors qu'on signe avec la Nouvelle-Zélande, avec le Chili ?

5:56
Pascal Canfin

Non, pourquoi ? Parce qu'on ne fait pas d'idéologie. Ce qui est une posture idéologique, ce serait de dire oui à n'importe quel accord commercial ou non à n'importe quel accord commercial. Alors qu'est-ce qui ne va pas dans l'accord Mercosur ? L'accord Mercosur, un, il ne respecte aucune des clauses que nous nous sommes fixées sur le climat et la biodiversité. Et compte tenu de la puissance agricole des pays dont on parle, à savoir le Brésil et l'Argentine notamment, c'est quelque chose qui est un accord qui déstabiliserait nos filières agricoles. Donc on n'en veut pas.

6:33
Invité

Mais c'est ce que font aussi les détracteurs de l'accord avec la Nouvelle-Zélande.

6:35
Pascal Canfin

Maintenant, devenir contre par principe, par idéologie, un accord commercial, alors que parfois ça peut être notre intérêt, y compris dans le domaine agricole. Je reste dans le domaine agricole. Je ne parle pas des autres sujets sur lesquels nous avons des intérêts qu'on appelle offensifs en matière économique. Dans le domaine agricole, le secteur des vins, des spiritueux, il est favorable à ces accords, parce qu'il est gagnant de ces accords. Par contre, il y a d'autres filières agricoles qui ne sont pas favorables à ces accords.

7:02
Invité

Mais parce qu'on vend des vins, on va sacrifier d'autres filières. L'accord avec la Nouvelle-Zélande, par exemple.

7:06
Pascal Canfin

C'est intéressant, parce que c'est-à-dire qu'à l'intérieur même du monde agricole, il y a des visions différentes. Donc il ne faut pas raisonner de manière idéologique, macro-théorique. Il faut raisonner dans la réalité des accords concrets.

7:17
Invité

Pourquoi dans un cas, on accepte d'importer des produits qui ne respectent pas nos normes et qui utilisent des produits interdits en Europe ? L'accord avec la Nouvelle-Zélande, c'est clair.

7:24
Pascal Canfin

Parce que les conditions de négociation ont été meilleures, premier point. Donc un accord, c'est un accord, c'est une négociation. Quand on a un meilleur accord, on a tendance à le soutenir. Quand on a un mauvais accord, on ne le soutient pas. C'est très pragmatique, c'est très concret, mais c'est comme ça qu'on fait avancer les choses. Deuxièmement, sur l'accord avec la Nouvelle-Zélande, il y a une clause spécifique sur le changement climatique qui est très importante. C'est le premier accord commercial au monde, le premier, qui intègre l'accord de Paris sur le climat dans les règles du jeu de l'accord commercial.

7:53
Présentateur

Ce qui veut dire, les écologistes disaient encore à ce micro il y a quelques jours, est-ce que c'est complètement logique de faire venir des marchandises de l'autre bout du monde ?

8:00
Pascal Canfin

Absolument, je comprends ce point. Simplement, ce qui est dit, c'est que, un, si une des deux zones, l'Europe ou la Nouvelle-Zélande, ne respectent pas l'accord de Paris sur le climat, alors les tarifs, les exonérations douanières tombent. Première chose très importante. Deuxièmement, il y a des analyses qui ont été faites à la demande des écologistes eux-mêmes qui montraient que finalement, l'impact de ce transport était beaucoup plus faible que prévu. Je passe le détail. Nous, notre ligne, elle est simple, c'est pragmatisme en défense de nos intérêts.

Maintenant, à côté des accords, puisqu'on va pas parler commerce, à côté des accords commerciaux, c'est ce qu'on appelle les clauses miroirs.

8:36
Présentateur

Et là, on est très, très actifs sur le sujet, à la demande des agriculteurs. Pascal Canfin, on vous retrouve juste après le fil info, 8h41, Damien Mestre.

8:44
Invité

La coordination rurale appelle les agriculteurs à se rendre devant l'Assemblée nationale pour interpeller ce matin les élus. Un appel alors qu'une partie de ceux venus d'Agen pour bloquer le marché de Rangis au sud de Paris ont levé le camp. Hier, 91 d'entre eux ont été interpellés par la police. Eux aussi souhaitent de meilleures conditions de travail. Les enseignants manifestent aujourd'hui partout en France. Il y a entre 40 et 65% de professeurs grévistes dans les écoles primaires, selon les syndicats. Le chef du Hamas attendu aujourd'hui en Égypte. Il doit y discuter d'une nouvelle trêve dans la bande de Gaza. En attendant, les combats se poursuivent.

La population de l'enclave palestinienne meurt de faim, dit hier un responsable de l'Organisation Mondiale de la Santé. Des têtes d'éléphants ou bien des pots de guépards, des trophées de chasse qui se vendent plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les députés écologistes veulent la fin de leur importation en France. L'Assemblée Nationale doit se prononcer aujourd'hui sur une telle interdiction.

9:44
Présentateur

France Info Le 8.30 France Info Agathe Lambret, Jérôme Chapuis

9:49
Invité

Pascal Canfin, député européen Renaissance. Au moment où on se parle, 1000 tracteurs sont en ce moment dans les rues de Bruxelles pour faire pression sur les dirigeants qui se réunissent pour parler de l'avenir de l'agriculture aussi. L'un des sujets que réclament les agriculteurs, ce sont les clauses miroirs. Pourquoi on n'en adopte pas systématiquement ? Qu'est-ce qui coince ?

10:07
Pascal Canfin

Alors, d'abord, les clauses miroirs, ça veut dire en gros arrêter d'importer l'agriculture basée sur des produits, par exemple des produits des pesticides, qu'on interdit chez nous. C'est une très très grande revendication du monde agricole. Il y a cinq ans, quand on a commencé notre mandat au Parlement européen, il n'y en avait aucune. Zéro. Aujourd'hui, vous en avez sur les antibiotiques. Vous savez que par exemple, aux Etats-Unis, il y a des traitements antibiotiques pour le bœuf qui sont autorisés alors que ceux-ci sont interdits en Europe. Dorénavant, le bœuf canadien, brésilien, américain, qui est soigné avec ses traitements antibiotiques, ne peut plus rentrer en Europe.

10:45
Présentateur

Et ce n'est pas considéré comme du protectionnisme déguisé ?

10:47
Pascal Canfin

Non, parce que cet objectif, c'est ce qu'on appelle une concurrence équitable. On interdit quelque chose, c'est nous. On ne va pas ouvrir notre marché à des choses qui ne correspondent pas à nos préférences. Deuxièmement, on l'a fait pour les néonicotinoïdes. Vous savez, ça a défrayé la chronique. Pour la betterave. Pour la betterave et d'autres grandes cultures. Ça y est, c'est fait. Depuis le 1er janvier 2023, la décision juridique est prise d'avoir des clauses miroirs sur les néonicotinoïdes pour arrêter d'importer du Brésil, etc. Des produits. Ça progresse. Maintenant, vous me dites, mais pourquoi on ne le fait pas comme ça demain matin pour tout ?

Tout simplement parce que vous auriez des étals de supermarché vide. La réalité, c'est quand on importe 50% du poulet. Et on va parler de l'Ukraine, j'imagine, dans quelques secondes, puisque c'est une décision qui se prend en ce moment même. Ça veut dire que si demain matin, on mettait une clause miroir identique, pure et parfaite sur le poulet ukrainien, il y aurait à peu près la moitié des étals de nos supermarchés. Il n'y aurait plus de nuggets. Il n'y aurait plus de KFC avec du poulet dedans, etc. C'est ça, la réalité. Est-ce que les Français veulent ça non plus ? Et donc, on essaie de pousser au maximum. Et je vous le dis, on les gagne produit par produit, culture par culture.

Mais ce serait démagogique de vous dire qu'on va le faire demain matin pour tout. Parce que ça aurait des conséquences pour nous, consommateurs, qui ne seraient évidemment pas appréciées et acceptées. Maintenant, sur l'Ukraine, qui est un cas très particulier. Peut-être que je peux développer. Allez-y. Sur l'Ukraine, puisque c'est aujourd'hui au Conseil européen, d'où les 1000 tracteurs à Bruxelles, que c'est en train de se prendre. Depuis deux ans, nous avons diminué considérablement les droits de douane sur les importations ukrainiennes. Par solidarité. Il l'a fait par solidarité.

Et il faut toujours rappeler dans ce débat que si on en est là, c'est parce que Vladimir Poutine, la Russie, l'ami du Rassemblement national, a attaqué, envahi l'Ukraine. Mais ça dure. Ça dure depuis deux ans. Ça dure depuis deux ans. Non, et les premières victimes, ce sont les Ukrainiens et c'est eux qui sont au front contre cette bataille.

12:39
Invité

Et la Commission européenne a dit qu'elle allait la prolonger d'un an, cette dérogation.

12:43
Pascal Canfin

Néanmoins, depuis deux ans, on constate que sur des filières spécifiques, particulièrement la filière volaille, il y a une déstabilisation massive parce qu'il y a du poulet ukrainien qui a été massivement importé. Et donc, ce qu'on a décidé aujourd'hui, enfin, ce qui va être décidé aujourd'hui par les chefs d'État sur la base d'une proposition qui date d'hier, à notre demande, c'est tout en gardant un degré élevé, évidemment, de solidarité avec l'Ukraine, il faut le rappeler, le rappeler, le rappeler, on va remettre des quotas sur le poulet ukrainien, d'accord, de façon à empêcher une déstabilisation trop importante de nos filières. Et on essaie de trouver le point d'équilibre.

Si vous me dites que c'est facile, je vous réponds non.

13:24
Invité

Ce ne sont pas vraiment des quotas, non ? Ce sont des prins d'urgence ?

13:27
Pascal Canfin

Non, en fait, techniquement, jusqu'à une certaine quantité, les droits de douane n'existent pas. Au-delà d'une certaine quantité, on remet les droits de douane de façon à contenir les importations à un niveau jugé moins déstabilisant. Mais tout en ayant quand même un facteur de solidarité. C'est le point d'équilibre que l'on trouve. C'est une décision très difficile à prendre. Parce que je peux vous dire que les Ukrainiens disent mais nous, on a besoin de pouvoir vendre chez vous pour avoir des recettes et financer l'effort de guerre.

Et donc, on trouve ce point d'équilibre qui n'est pas facile, mais c'est la noblesse du politique dans un moment de tension que de trouver ce point d'équilibre.

13:57
Présentateur

Et je pense qu'on l'a trouvé. Pour clore ce chapitre sur les importations et les exportations, on n'a pas terminé sur le Mercosur. Est-ce que la France a les moyens d'imposer ses vues aujourd'hui aux 26 autres membres ?

14:09
Pascal Canfin

Écoutez, c'est un rapport de force. Je constate que l'immense majorité des autres gouvernements sont favorables au Mercosur, y compris des gouvernements qui sont dans le camp de nos opposants politiques, qu'ils soient les socialistes espagnols, que ce soit la droite nordique. Ils sont tous favorables au Mercosur. On est les seuls à dire non, le compte n'y est pas. Et non, tant pour des raisons agricoles que pour des raisons climatiques et biodiversité, on ne va pas signer un accord aujourd'hui avec le Mercosur. Et pour l'instant, je peux vous dire que ça tient. On a réussi à gagner cette bataille en décembre.

Vous savez qu'en décembre, on était sur le point, la présidente de la Commission européenne était sur le point de donner son accord final. En février, elle était sur le point de donner son accord final. Je pense qu'on est encore en capacité de gagner cette bataille.

14:58
Présentateur

Et juste l'idée, c'est quoi ? C'est de l'enterrer cet accord ?

15:00
Pascal Canfin

L'idée, c'est de le renégocier pour faire en sorte qu'il devienne acceptable. Et tant qu'il n'est pas acceptable, on dit non. Par contre, c'est ce que je vous disais, on ne fait pas d'idéologie. C'est la pire des choses de faire de l'idéologie. Jamais pour, jamais contre. C'est en fonction de l'accord lui-même. Qu'est-ce qu'on est capable de gagner ? Est-ce que c'est conforme à nos valeurs ? Est-ce que c'est conforme à nos intérêts ? Aujourd'hui, en l'État, clairement non.

15:24
Invité

Il y a un autre point noir pour les agriculteurs. S'ils veulent toucher des aides de la PAC, ils doivent mettre 4% de leurs terres en jachère au nom de la biodiversité. Hier, la Commission européenne a commencé à lâcher du lest. Elle accepte le principe d'une dérogation partielle à partir de 2024. Mais c'est insuffisant pour les agriculteurs européens. Est-ce qu'il ne faut pas tout simplement se passer de cette mesure quand on voit les réactions ?

15:47
Pascal Canfin

Alors, pourquoi on a fait cette mesure ? Et je rappelle encore une fois que cette mesure a été votée par tous ceux qui ont voté la PAC, y compris ceux qui, hypocritiquement, la dénoncent aujourd'hui. Parce qu'on veut trouver le bon équilibre aussi pour réserver un petit espace à la biodiversité, à la nature, pour que les sols puissent se reposer, pour restocker du carbone, etc.

16:05
Présentateur

Les agriculteurs vous disent que c'est une norme de plus ?

16:08
Pascal Canfin

Non, la PAC, ils l'ont tous. Si vous voulez, la PAC, d'accord ? Sans la PAC, soyons très clairs, et sans les agriculteurs le savent, mais par cœur, sans la PAC, sans le transfert de 9 milliards d'euros dans les cours de ferme aujourd'hui en France, il n'y a plus d'agriculture en France. Donc, les agriculteurs savent ce qu'ils doivent à la construction européenne. Je rappelle que la politique agricole commune, c'est le premier budget de l'Europe, c'est plus d'un tiers du budget que nous mettons en commun. Juste, on n'est pas un point de bascule,

16:34
Présentateur

il y a un refrain depuis dix jours, c'est on est au bout d'un système. Vous me posez des questions différentes,

16:39
Pascal Canfin

entre la pêche, les jachères, etc. Donc, je finis sur les jachères. C'est nécessaire. Par contre, vu les circonstances, notamment, toujours, la guerre en Ukraine, notamment l'inflation des prix alimentaires, donc de manière conjoncturelle, comme on l'a fait l'année dernière, comme on l'a fait l'année dernière, eh bien, on déroge à cette nouvelle mesure. C'est ce que le président de la République est en train de négocier à Bruxelles, et c'est ce que, je pense, nous allons obtenir. Ce qui fait que, sur les trois éléments clés de nos revendications, en ce moment même, au Conseil européen, où est Emmanuel Macron, l'Ukraine, le Mercosur, les jachères, on va gagner.

17:16
Présentateur

Vous êtes un petit peu seul, sur le couplet que vous venez d'avoir, et qui est important, sans doute, sur la PAC, vous êtes un grand défenseur de la politique agricole commune. Mais vous semblez très seul, puisque, comme je le disais, tout le monde dit, en ce moment, on est au bout d'un système.

17:30
Pascal Canfin

Moi, je ne suis pas hypocrite. Absolument, je ne suis pas hypocrite. Ceux qui ont voté la PAC, puisque si la PAC, elle est là, c'est qu'il y a une majorité qui l'a votée. D'accord ? Vous savez comment ça marche. Il y a une démocratie européenne, il y a une majorité qui vote un texte au Parlement européen. Il y a donc des députés majoritaires qui ont voté la politique agricole commune. Moi, je ne me dérobe pas. Moi, je ne fais pas comme Jordan Bardella, d'accord, qui l'a voté au Parlement européen, et qui, aujourd'hui, vient sur ses plateaux et dire, ah, c'est ce qu'on a le... Ben non. Et vous dit qu'on a gagné,

17:52
Invité

alors qu'il y a 1000 tracteurs à Bruxelles, et des blocages partout dans l'Union européenne.

17:56
Pascal Canfin

Ils viennent pour ça. Ils viennent pour revendiquer, non, Mercosur, réforme déjà chère dans la PAC pour cette année. Mais il la juge insuffisante. Et pour se protéger davantage contre la concurrence déloyale qui vient d'Ukraine à cause de la guerre menée par Poutine. Ils viennent pour ça. Et nous allons gagner aujourd'hui. Et donc, nous allons leur donner

18:18
Présentateur

ce qu'ils entendent, et tant mieux. Pascal Canfin, avec nous jusqu'à 9h. On vous retrouve juste après le fil Info, 8h51. Damien Mestre.

18:24
Invité

Alors que les 27 pays de l'Union européenne se réunissent aujourd'hui à Bruxelles pour discuter des aides accordées à l'Ukraine, eh bien, les agriculteurs comptent bien s'inviter dans les discussions. Un millier de tracteurs défilent actuellement dans les rues de la capitale belge des agriculteurs venus de France, d'Espagne et même d'Italie. C'est l'un des changements de ce 1er février. Le tarif de l'électricité flambe de près de 10%. Augmentation qui concerne près de 20 millions de ménages. La garde à vue de Benoît Kounkoud levée hier dans la journée. L'élié droit de l'équipe de France de Hambal accusait de tentative de viol.

Des faits qui se seraient déroulés dans une boîte de nuit parisienne moins de 48 heures après la victoire des Bleus à l'Euro. L'armée américaine annonce avoir abattu au Yémen une dizaine de drones et un poste de commandement des rebelles outils. Dans le même temps, ces rebelles revendiquent le bombardement d'un nouveau navire marchant dans le golfe d'Aden. Bombardement en soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza.

19:20
Présentateur

France Info. Le 830 France Info Agathe Lambret Jérôme Chapuis

19:28
Invité

Pascal Canfin député européen Renaissance pour Arnaud Rousseau le président de la FNSEA le Green Deal est un échec démontré par les études d'impact échec pour les associations environnementales échec pour la production dit-il c'est votre échec Pascal Canfin vous qui en êtes l'artisan ?

19:45
Pascal Canfin

Alors je suis un des architectes du Green Deal et encore une fois je revendique cela parce que je pense qu'on a besoin de lutter beaucoup plus contre le dérèglement climatique qu'on ne le fait aujourd'hui et je préfère qu'on nous dise qu'on en fasse trop qu'on nous dise qu'on n'en fasse pas assez vous savez c'est extraordinaire en quelques années grâce à l'action qu'on a menée en Europe le discours sur l'inaction climatique c'est-à-dire les gouvernements ne font rien vous n'êtes pas à la hauteur etc.

c'est en train de basculer sur en fait vous en faites trop vous allez trop vite ce qui prouve bien à quel point on a transformé les choses depuis 5 ans maintenant donc ça c'est important parce que je rappelle qu'il y a 5 ans la demande numéro 1 et je la partageais c'est faites-en beaucoup plus pour lutter contre le dérèglement climatique mais si les objectifs

20:23
Invité

sont irréalistes on fait quoi ?

20:24
Pascal Canfin

donc on a agi alors est-ce qu'on a agi de manière irréaliste ou est-ce qu'au contraire il y a beaucoup de caricatures qui sont faites 1. je rappelle qu'aucune des règles dont on parle n'est encore entrée en vigueur donc elles ne peuvent pas expliquer les problèmes rencontrés par l'agriculture aujourd'hui 2. là où il y a quelque chose que l'on doit améliorer et j'en ai parlé avec les syndicats agricoles qui sont très largement d'accord c'est qu'aujourd'hui on fait peser les normes les fameuses normes les règles sur les agriculteurs et pas sur l'ensemble des transformateurs de notre alimentation d'accord pour donner des noms que tout le monde connaisse les Bonduelle les Danodes les Nestlé etc.

eux n'ont pas de règles du jeu similaires à celles des agriculteurs donc vous êtes trompé il faut compléter ce qu'on a fait on a fait un premier étage de la fusée dont je rappelle qu'il n'est toujours pas entré en vigueur donc il ne peut pas expliquer les conseils de la crise actuelle 2. il faut le compléter par quelque chose qui fait que quand un agriculteur négocie son contrat commercial et bien les règles du jeu s'appliquent non seulement à lui sur le CO2 sur la biodiversité sur les pesticides etc. mais à son acheteur une sorte de loi

21:28
Présentateur

égalime à l'échelle européenne

21:30
Pascal Canfin

une loi égalime européenne qui encourage en plus de la répartition juste de la valeur

21:36
Présentateur

voilà parce que c'est le coeur de la loi égalime exactement qui encourage

21:38
Pascal Canfin

la transition écologique et vous avez 100% raison de pointer la loi égalime pourquoi ? parce que la première revendication nous on discute quasiment chaque heure qui passe depuis une semaine avec les syndicats agricoles en France et en Europe la première revendication la première c'est la juste rémunération du travail pour avoir un revenu décent c'est la première revendication c'est au fond le respect de la valeur travail et de la reconnaissance du travail effectué or qu'est-ce qui est sorti depuis ?

quand vous avez un géant comme Lactalis tout le monde achète des produits Lactalis Lactel c'est une marque que tout le monde connait et bien qui demande aux agriculteurs de baisser en ce moment même le prix du lait de beaucoup de production c'est impossible pour eux impossible quelles que soient les normes environnementales de demain impossible

22:25
Présentateur

c'est le partage de la valeur le sujet numéro 1 pour vous c'est pas le rythme des réformes le rythme d'entrée en vigueur de ces normes il y a un horizon notamment à 2030 que la FNSEA juge irréaliste c'est pas le sujet pour vous

22:38
Pascal Canfin

encore une fois si on ne fait des normes que sur les agriculteurs alors je suis le premier à dire que oui à un moment donné ça bloquera maintenant si ces normes sont partagées par l'ensemble des acteurs et on fait pas des normes pour le plaisir de faire des normes l'immense majorité des français sont pour qu'on réduise les pesticides qui sont utilisés donc il faut des normes pour ça l'immense majorité des français sont pour qu'on lutte contre le dérèglement climatique l'immense majorité des français sont pour qu'il y ait plus d'abeilles dans les champs l'immense majorité des français veulent qu'il y ait plus de haies pour qu'il y ait plus de biodiversité et donc c'est une attente de nous en tant que consommateurs en tant que citoyens et donc on essaye d'avancer à la fois sur l'aspect productif l'aspect rémunération et sur l'aspect environnemental c'est ce point d'équilibre qui est le nôtre si on arrivait à la conclusion à laquelle vous voulez amener est-ce qu'on peut avoir les deux qu'en fait c'est impossible

23:31
Invité

une écologie populaire accessible avec des normes exigeants

23:34
Pascal Canfin

le côté totalement démoralisant de la conséquence qu'aurait une idée selon laquelle on devrait choisir entre l'écologie d'un côté et l'économie de l'eau

23:46
Présentateur

des prix de l'alimentation

23:48
Pascal Canfin

mais ce que j'ai c'est si si la conclusion de cette affaire était que en fait on doit choisir entre ceux qui défendent l'environnement la nature la biodiversité le climat et ceux qui défendent la production de l'autre mais c'est totalement déprimant parce que ça veut dire qu'on doit choisir soit la décroissance d'accord ce qui serait la décroissance de la production soit de l'autre côté à renoncer à protéger nos écosystèmes à lutter contre le climat il faut tenir les deux et sincèrement je ne lâcherai jamais de cette exigence parce que si vous lâchez une des deux vous avez perdu

24:22
Invité

parce qu'enfin ces débats en tout cas vont peser sur la campagne pour les européennes ça va pas être évident dans ce contexte d'être les héros d'une Europe si critiquée non d'autant plus que vous vous n'avez toujours pas de tête de liste

24:33
Pascal Canfin

non mais alors sur le bilan européen si vous voulez nous ce que ça montre la séquence c'est qu'on a plus que jamais besoin d'une Europe puissance d'une Europe puissance face à qui face à Poutine pour résister face à l'agression qu'il mène sur des territoires européens

24:48
Invité

et qui va incarner cette Europe puissance pourquoi vous n'avez pas de candidat je ne vais pas vous répondre

24:50
Pascal Canfin

sur la tête de liste on a un processus qui est en cours et ça viendra dans quelques semaines mais par contre ce que je veux vous dire sur le fond parce que c'est ça qui intéresse les français d'abord c'est on a plus que jamais besoin de construire cette Europe puissance on a commencé à la construire le plan de relance inédit qui a sauvé des millions d'emplois en Europe la gestion partagée de la crise Covid on est sortis les moins mal

25:13
Invité

sanitairement économiquement de la séquence du Covid

25:17
Pascal Canfin

on en discutera je veux prendre toute ma part à cette bataille pour l'Europe puissante je le fais depuis 5 ans je continuerai à le faire la question de la place sur la liste sera réglée dans quelques semaines

25:26
Présentateur

Pascal Canfin député européen renaissance président de la commission environnement du parlement européen merci d'avoir été avec nous ce matin sur France Info