Canicule historique : Delphine Batho invitée d'Alain Marschall sur BFMTV
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Delphine Bateau, députée de Decev, candidate Génération écologie à l'élection présidentielle. Vous avez été ministre justement en charge de ces questions écologiques. Ça fait longtemps que vous portez cette voix pour dire attention, on va vers le pire.
C'est l'illustration parfaite, 40 degrés à Paris, c'est inédit au mois de juin comme ça ? Alors effectivement, ce que nous vivons était prévisible et moi ce qui me frappe, c'est l'improvisation totale, la faute professionnelle du gouvernement qui continue là encore de naviguer à vue, c'est-à-dire de gérer les événements au jour le jour, alors que maintenant, il faut prendre les choses au sérieux, ce qui vient d'être dit. C'est-à-dire parce qu'en fait, tout est géré comme si c'était un mauvais moment à passer.
Le message, c'est de dire aux élus locaux, débrouillez-vous, aux directeurs d'école, débrouillez-vous, aux entreprises, débrouillez-vous. En fait, cette vague de chaleur n'est pas terminée. Les conséquences sanitaires, les conséquences sur l'agriculture, les conséquences sur les entreprises vont avoir des effets en cascade et il n'est pas exclu que de nouvelles vagues de chaleur se reproduisent au cours de l'été.
On parle d'entre maintenant et le 14 juillet. Après, on ne sait pas. Donc où sont les décisions pour ne pas improviser ?
Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas un conseil scientifique ? Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas ? Oui, on a besoin d'un conseil scientifique.
Je vais vous prendre un exemple. On les a les données. On a plutôt besoin d'exécution rapide sur le bâti, sur la climatisation, sur les écoles, sur les bâtiments administratifs.
C'est ça dont on a besoin ? Bien sûr qu'on a besoin. Les données scientifiques, on les a.
C'est perdu le temps de nommer encore un conseil. On a besoin d'une transformation en profondeur qui ne se réduit pas à des gadgets. Mais là, à court terme, on a besoin de décisions de sécurité nationale.
Où est la liste des lieux frais dans lesquels toute personne doit pouvoir passer 2 à 3 heures par jour ? C'est au gouvernement à les donner ? C'est au gouvernement de faire le nécessaire que par bain sain de vie, l'information soit donnée.
Premièrement. Deuxièmement, où sont les décisions pour protéger la ressource en eau potable ? Ce qui est en train de se passer va avoir des conséquences sur l'agriculture qui sont catastrophiques.
Derrière, on peut avoir des effets en cascade, notamment sur la quantité de ressources en eau disponibles pour le pays jusqu'à la fin de l'été de l'année 2026. Donc normalement, il devrait déjà y avoir des mesures de prudence, des mesures de précaution pour protéger la quantité d'eau potable disponible. Ce n'est qu'un exemple que je prends pour illustrer mon propos.
Il y a un manque de professionnalisme, il y a un manque de compréhension, en fait, qu'on n'est pas juste dans un mauvais moment à passer. Mais il y a une urgence, l'urgence au quotidien pour les Français, c'est de savoir comment je prends les transports. Est-ce que j'ai de la fraîcheur dans mes transports ?
Parce qu'on déconseille aux Français. Tout n'est pas climatisé, effectivement, quand il y en a. Voilà, parce qu'on annule des trains, on annule des transports en commun, on ferme des écoles parce qu'on n'est pas capable de retenir les enfants à l'école.
Est-ce que je peux vous prendre un...
Parce qu'on n'a pas de climatisation, parce qu'on n'a pas de ventilateur. Ce sont parfois des parents qui sont obligés d'apporter des ventilateurs. C'est quand même aberrant.
Donc l'urgence avant le Conseil scientifique, c'est de régler au quotidien les problèmes au quotidien. Oui, mais je pense d'abord qu'il faut remettre la science au centre des décisions dans notre démocratie. Ça, c'est la première chose.
La deuxième, pour rebondir sur ce que vous venez de dire, je viens d'apprendre que dans ma région, il n'y aura pas de TER jusqu'à vendredi inclus. Et le ministre de l'Éducation nationale...
À cause de quoi ? De la chaleur dans les rames ? À cause de la canicule.
Le ministre de l'Éducation nationale, il confirme qu'on passe le brevet des collèges vendredi comme si de rien. Non, non, il a dit que ce serait décalé. Non, non, non, le brevet des collèges aura lieu vendredi, il y aura des pauses au milieu, etc.
Est-ce qu'on est sûr de la température qu'il fera vendredi ? Moi, j'ai regardé les prévisions de Météo France. Vendredi, il va faire du 39, 40 degrés.
Est-ce bien raisonnable ? Et n'est-ce pas une inégalité sociale incroyable, alors qu'on a des milliers de collégiens qui sont dans des logements bouilloires, de leur dire, écoutez les jeunes, vous savez quoi ? Vendredi, vous passez quand même normalement le brevet des collèges.
Excusez-moi, ce n'est pas responsable, et ça illustre ce que je suis en train de dire sur l'improvisation qui est celle du gouvernement. On est dans l'improvisation. Non, mais c'est un problème d'organisation.
On se heurt toujours aussi au problème d'administration, d'administration, de décision centralisée. On ne peut pas aller plus vite, ce n'est pas possible. Alors, si vous m'interrogez là-dessus, moi, je suis pour changer entièrement le système normatif en France.
Je suis pour qu'on passe au fait qu'il y a des règles claires et qu'il y a une logique de confiance. Mais je pense que c'est un autre sujet par rapport à la situation. Oui, mais quand il y a des urgences comme ça, il faut qu'il y ait des gens qui aient la main, qui disent « là, on en a besoin, là non. » Tout ça, ce que vous décrivez, et je sais ce qu'est le travail des élus locaux et des maires, et je salue notamment les maires ruraux, qui sont comme vous, au charbon, sur le terrain, pour protéger les habitants, prendre soin des personnes âgées isolées, essayer de faire le nécessaire dans les écoles.
Ce que je dis, c'est que la manière dont on essaye, là, en urgence, de se débrouiller, pouvait être évité. On pouvait anticiper ce qui se passe. Par exemple, sur les écoles à Paris, il y a un rapport en 2023 d'Alexandre Florentin et de Maude Leliev qui disait que la priorité numéro un, c'était l'adaptation au changement climatique des écoles.
C'était le rapport Paris à 50 degrés. Donc maintenant, on doit effectivement faire le nécessaire. Il faut prioriser.
Oui, il faut prioriser, mais d'abord, arrêtons de casser ce qui existe. Est-ce que ça manque d'empathie, tout ça, vis-à-vis des Français ou des 60 millions de Français qui sont dans le rouge, sous la canicule, ou pas ? Est-ce que le gouvernement fait la sourde oreille aux demandes, ou pas, Madame Bateau ?
Le gouvernement a fait preuve d'une faute professionnelle dans l'impréparation face aux vagues de chaleur en général et dans la gestion de crise de celle-ci, parce que quand on est face à un événement extrême de cette nature, tout se joue au début dans la capacité d'anticipation. Ensuite, pardon, mais excusez-moi de vous dire, réduire le débat tel qu'on l'entend actuellement, ce n'est pas de votre faute. Non, non, bien sûr, à la clim ou au congé climatique, c'est ça ?
La clim, le congé climatique. Parce que ce sont des demandes des élus ? Pardon, mais là, on est dans une situation où il s'agit de sauver des vies, là, immédiatement.
On n'est pas dans le futur débat de la campagne présidentielle. Moi, c'est ça ma préoccupation. C'est la première chose.
Donc il y a des décisions immédiates à prendre qui sont des décisions de sécurité civile. La deuxième chose, c'est que par contre, le gouvernement serait bien inspiré d'arrêter de casser les outils qui existent. Le fonds vert qui paye les travaux dans les écoles, par exemple, dont on parlait.
Ma prime rénov', il y a combien de dossiers en souffrance de gens qui auraient pu faire leurs travaux d'isolation de la maison ? Et les dossiers sont en carafé dans les services administratifs. Et la troisième chose, c'est l'ADEME.
Donc l'ADEME, c'est l'agence qui aide les collectivités locales, les entreprises à faire les actions et les travaux de transformation. Le gouvernement prévoit de la démanteler le 7 juillet prochain. Et donc moi, je demande au Premier ministre Sébastien Lecornu de renoncer au démantèlement de l'ADEME, là immédiatement.
Delphine Batho