Alimentation : Serge Papin, l’ancien PDG de Système U, propose "une garantie du prix payé à l’agriculteur"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 90 %Attaque 5 %Défensif 5 %
Questions et réponses
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- 0:01OuverteRéponse directe
Les agriculteurs vont-ils mieux gagner leur vie ?
- 0:18OuverteRéponse directe
Le gouvernement vous a commandé un rapport que vous remettez demain. Un rapport pour en finir avec la guerre des prix qui écrase certains producteurs.
- 0:30OuverteRéponse directe
Vous proposez de garantir le prix payé à l'agriculteur à la base, dans la cour de ferme.
- 0:41FerméeRéponse directe
Le gouvernement va-t-il retenir cette proposition ?
- 2:58FerméeRéponse partielle
Qui va fixer ce prix ?
- 3:40OuverteRéponse directe
Ça va jouer sur toute la chaîne jusqu'au prix que les consommateurs payent dans les rayons ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:56InvitéFait
« Le diagnostic c'est que l'appareil agricole est la variable d'ajustement à la guerre des prix, c'est eux qui la supportent. »
- 1:09InvitéFait
« On a un problème à terme de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire qu'on peut ne plus avoir suffisamment d'agriculteurs. »
- 1:58InvitéPromesse
« Il faudra donc sans doute bouger la loi, puisque ce que je propose c'est de sortir du rapport de force. »
- 2:12InvitéPromesse
« Il y aura un contrat avec un prix de la matière première qui sera basé sur un indicateur référent. »
Temps de parole
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Bonsoir à tous. Les agriculteurs vont-ils mieux gagner leur vie ? J'allais dire, enfin mieux gagner leur vie. Notre invité ce soir en tout cas fait une proposition au gouvernement. On va voir si cette proposition est retenue. Bonsoir Serge Papin.
Bonsoir Jean-Lémarie.
Ancien PDG des magasins U. Le gouvernement vous a commandé, Serge Papin, un rapport que vous remettez demain. Un rapport pour en finir avec la guerre des prix qui écrase certains producteurs et depuis très longtemps. Vous proposez, pour résumer et pour dire les choses le plus simplement possible, de garantir le prix payé à l'agriculteur à la base vraiment du prix, c'est-à-dire dans la cour de ferme quasiment. Vous allez nous dire comment ? Je voudrais d'abord savoir si le gouvernement va retenir cette proposition, ce principe-là.
On le saura demain. Je remets mon rapport donc à deux ministres, Julien Denormandie et Agnès Pannier-Runacher. Et je pense que devant le diagnostic, puisque le diagnostic c'est que l'appareil agricole est la variable d'ajustement à la guerre des prix, c'est eux qui la supportent. Et donc on a un problème à terme de souveraineté alimentaire, c'est-à-dire qu'on peut ne plus avoir suffisamment d'agriculteurs, ce qui pour l'agriculteur est quand même un inconvénient. Donc je pense que les recommandations que je vais préciser par rapport à votre question, le ministre théoriquement devrait proposer...
Dans les échos, en tout cas, ce soir, Julien Denormandie, le ministre de l'Agriculture, dit que ce que vous proposez est bien et qu'il y a des choses à faire, qu'on peut toiletter la loi au minimum.
Mais ça va vraiment changer ou pas ? Ça fait tellement d'années qu'on le dit. Il faudra donc sans doute bouger la loi, puisque ce que je propose c'est de sortir du rapport de force, ce rapport de force dans lequel l'agriculture est le maillon faible, et sortir du rapport de force pour aller sur un dialogue encadré, qu'on pourrait appeler la théorie du contrat. Vous savez, c'est le contractualisme. Le contractualisme, c'est non seulement un papier avec un cadre juridique, mais c'est aussi un état d'esprit nouveau.
Et donc ça veut dire que dans la négociation qui a lieu entre le premier transformateur et le producteur, il y aura un contrat avec un prix de la matière première qui sera basé sur un indicateur référent. Et ce prix-là, qui sera donc consenti par le premier transformateur, c'est ça qui va compter, eh bien il sera non négociable avec le distributeur sur la négociation entre ce transformateur et le distributeur. Ça veut dire que pour la part agricole dans le produit, il y aura une non négociabilité et une parfaite transparence pour que cette matière première agricole, son prix, aille bien dans la cour de ferme. Qui va fixer ce prix, Serge Papa ?
Alors ce prix sera entre les deux parties, entre l'agriculteur... On sait comment ça se passe quand c'est entre les deux parties. Non, non, mais là c'est entre l'agriculteur et le transformateur, basé sur des indicateurs de coût de production ou sur un indicateur consenti entre les deux parties, basé sur des indicateurs qui existent aussi. Ça peut être France Agrimaire, par exemple, qui publie un indicateur. Il y a suffisamment de référents. Il y aura bien sûr un audit, sans doute pour juger de la qualité de cet indicateur. Et c'est à partir de ça que la relation de prix entre l'agriculteur et le transformateur sera établie.
Et donc ça, ça va jouer sur toute la chaîne jusqu'au prix que les consommateurs payent dans les rayons des grandes surfaces, c'est ça ?
Ça va jouer après sur la négociation qui aura lieu entre ce transformateur, c'est lui qui paye le paysan. Et donc ça va jouer dans la négociation qu'il aura avec le distributeur qui, lui, ne pourra pas négocier la part agricole dont on sera certain qu'elle ira bien à l'agriculteur. Donc ça change tout.
On parle de quel produit ?
On parle des produits à dominante de matières premières agricoles. Donc ce qu'on appelle les produits, la plupart du temps, issus de la première transformation. Et donc le prix va être construit à partir du prix de la matière première agricole. Et non pas le contraire. Parce qu'aujourd'hui, le prix, il est construit avec l'agriculteur qui lui subit, puisque c'est une négociation entre un distributeur et un transformateur. Et ensuite, on va voir l'agriculteur en disant, bon, comme les prix en haut ont subi la loi des autres, toi, on va te payer moins cher. Alors que là, c'est le contraire. On va bien avoir une garantie du prix payé à l'agriculteur par rapport à sa matière première.
Et c'est à partir de là qu'on va reconstruire le prix. Donc c'est juste une mécanique inverse.
Est-ce que ce n'est pas une usine à gaz, ce que vous êtes en train d'inventer, Serge Papin ? Je me rappelle les états généraux de l'alimentation, dont vous vous êtes beaucoup occupés, qui ont donné ensuite une loi alimentation. On a vu cette année des négociations commerciales hyper tendues. Est-ce que ce n'est pas encore une nouvelle tentative pour régler un problème ?
On ne le règle pas. Un contrat, ça a le mérite d'être clair. Un contrat, c'est un engagement. D'ailleurs, je propose au passage qu'il soit pluriannuel, cet engagement. C'est du dialogue. C'est une relation permanente. Alors que la négociation annuelle, c'est du rapport de force. Où on est menacé, chaque année, d'une remise en cause. Là, on est sur le temps long. Et ce contrat, il est évidemment juste le contraire d'une usine à gaz. C'est la simplification et la transparence. Puisque bien sûr, on aura un prix de la matière première agricole payée aux producteurs. Et ça, tout au long de la chaîne de négociation, ça sera détouré. Et ça sera, d'une certaine manière, sanctuarisé.
Est-ce que ça veut dire que les prix des charcuteries, par exemple, dans les rayons, pour les consommateurs, vont augmenter ?
Écoutez, ça, c'est toujours la question. Je vais vous dire. J'ai un contrat, là, en tête. Je le cite souvent parce que, voilà, pour moi, ça donne un éclairage symbolique. Si on prend les viandes label rouges, qui sont basées sur des indicateurs de coût de production et qui sont une très bonne initiative. Elles sont achetées un peu plus chères aux producteurs. Je peux vous donner le prix de la viande en carcasse pour les auditeurs. Je ne sais pas si ça leur parlera, mais c'est 4,50 euros. Alors qu'une viande non label, etc., sans indicateur de coût de production, c'est plutôt payer 3 euros aux producteurs. Et ça marche, au bout du compte ?
Et alors, je vais vous dire, il y a une incidence pour le consommateur. C'est 4 centimes d'euro sur le steak de 150 grammes. Alors la question qu'il faudra se poser, si on veut aller vers du mieux, il faut plutôt encourager nos concitoyens à aller vers une consommation de produits de qualité. Sans doute consommer moins, consommer mieux, et encourager l'agriculture à faire des bons produits. S'il y a des augmentations, ça sera dans l'épaisseur du trait. On parle d'un ou deux centimes sur le lait, on parle de 3 ou 4 centimes à la portion sur des légumes ou sur des protéines animales. Voilà le sujet.
Serge Papin, on verra si les industriels, les transformateurs et les distributeurs, dont vous faisiez partie il n'y a pas si longtemps, soutiennent cette proposition. En tout cas, le gouvernement s'en saisit.
C'est une proposition de réconciliation. C'est un compromis qui réconciliera les parties prenantes, plutôt qu'elles sont opposées aujourd'hui.
Votre rapport demain. Merci Serge Papin, invité. Écoute de France Info ce soir.