Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 27 mars 2026 24 minContradictoireMixte

"Nous sommes dans le coût d'adaptation de cette révolution numérique", selon Bruno Patino, président d'Arte et essayiste

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Temps de parole

  • Invité politique65 %
  • Présentateur24 %
  • Invité8 %
  • Auditeur3 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et un grand entretien ce matin, au lendemain de la publication du rapport sur l'état général de l'information, nous recevons celui qui l'a présidé, qui préside également Arte, auteur de livres à succès sur la civilisation du poisson rouge et la submersion informationnelle, l'économie de l'attention. Il est celui qui, parmi les premiers, avait fait le constat de notre dépendance aux écrans, y compris le déluge numérique auquel nous devions faire face. Il publie « Le temps de l'obsolescence humaine » chez Grasset, un essai absolument passionnant. Bonjour Bruno Patineau. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue, les auditeurs peuvent dialoguer avec vous au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France.

Toutes les inquiétudes, les questions sur l'IA, le monde numérique sont les bienvenues. Pour une fois, Bruno Patineau, votre livre ne commence pas par une citation de Bob Dylan, mais c'est en exergue un mot d'ordre des « who ».

0:56
Invité politique

Oui, « We won't get fooled again », on ne se fera pas avoir une nouvelle fois.

1:01
Présentateur

On ne se fera pas avoir une nouvelle fois, c'est que tout n'est pas perdu. Le temps de l'obsolescence humaine, je le disais, c'est donc le titre de cet essai, le consommateur ou les consommateurs que nous sommes sont familiers de l'obsolescence programmée, le fait que nos ordinateurs, nos machines à laver, nos téléphones ont été conçus pour se périmer, pour être changés. L'obsolescence, elle a changé de camp. Bruno Patineau, c'est l'intelligence artificielle qui est en train de nous rendre obsolète, en tout cas notre humanité ?

1:33
Invité politique

En fait, certains voudraient nous le faire croire. Vous savez, c'est tout le débat autour, presque le débat de science-fiction, autour de l'intelligence artificielle, soit générale, soit ce qu'on appelle la super-intelligence artificielle, qui un jour remplacerait l'humain et finalement réserverait à une transhumanité la possibilité d'avoir un futur. Mais moi, ce qui m'intéresse, c'est justement de dire, avant ça, essayons de regarder ce qui se passe dans nos vies aujourd'hui.

On est tous en train d'adopter, moi le premier, évidemment, parce que comme vous le savez, je ne suis pas du tout technophobe, on est tous en train d'adopter des agents d'intelligence artificielle, on les utilise pour des tas de choses dans notre vie, et puis ça va très très très vite, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand on regarde le taux d'adoption à la fois pour s'informer, se divertir, de plus en plus pour avoir du soutien psychologique, pour avoir des conseils de vie, etc. Et on a cette adoption ultra rapide de la même façon que nous avions adopté les réseaux sociaux et tout ce qui l'arrivait. Et moi, ce que je dis juste, c'est, ça change déjà nos vies, ça va les changer de plus en plus.

En quoi ça va la changer ?

2:49
Présentateur

C'est comme la lettre volée de Poe, c'est-à-dire que c'est sous nos yeux, ça décrit la réalité, mais on ne le voit pas. Et en tout cas, vous nous ouvrez les yeux là-dessus. Le problème, donc, c'est pas pour ou contre l'intelligence artificielle, puisque c'est inéluctable. Le problème, c'est comment s'y préparer ?

3:06
Invité politique

C'est plutôt comment, si vous voulez, on les adopte et ce sont des boîtes noires. On en a l'usage déjà vraiment étendu et ça va aller de plus en plus vite. Moi, j'appelle ça la surcouche à un moment donné, c'est-à-dire que ça va nous envelopper comme une peau quotidienne pour tout notre rapport au monde et aux autres.

3:27
Présentateur

On voit que vous faites des efforts, vous n'avez pas votre téléphone portable sur la table. C'est la première fois que je vous vois sans l'avoir, sans le voir.

3:34
Invité politique

Et ça va être très pratique, mais on ne sait pas comment ça fonctionne et surtout, ça fonctionne dans un but, encore une fois, totalement économique, lancé par les entreprises qui le lancent et ça a des conséquences sur nos vies. Ce que je dis, c'est qu'on a vécu avec les réseaux sociaux, avec l'économie de l'attention, on nous a volé tout notre temps.

3:53
Présentateur

Mais la surcouche, c'est une expression de Jeff Bezos.

3:56
Invité politique

Jeff Bezos a appelé ça le layer à un moment donné, c'est-à-dire la couche. Moi, j'ai traduit ça par surcouche. Effectivement, c'est-à-dire qu'il dit, il ne faut pas, moi, je le rejoins sur ce point, il ne faut pas s'imaginer une intelligence artificielle comme une cathédrale divine qui va régir nos vies. Mais ça va être présent partout. Et donc, quand vous tirez ce fil, ça va être présent partout dans le rapport au monde et aux autres qu'on va avoir. Qu'est-ce que ça va vouloir dire pour nous ? Ça va vouloir dire un rapport différent à la réalité. Il va y avoir une imbrication entre le réel, le fictionnel, ce qu'on appelle le synthétique et l'authentique.

La réalité ne va pas disparaître, mais elle va être noyée au milieu de choses qui ne le seront pas. Ça veut dire quoi pour nous ? Ça va avoir un autre rapport aussi à notre accès aux choses. On va demander à l'intelligence artificielle de nous proposer des choses, des solutions, des informations, des choses à voir, de la relation. Mais quelle est la motivation de cette intelligence artificielle ? Et là, je ne parle pas d'une volonté elle-même, mais quelle est sa motivation de fonctionnement ? C'est ça que j'essayais d'expliquer.

4:58
Invité

Mais alors, sur ce rapport au réel, justement, sur l'existence de ce synthétique, comme vous dites, Bruno Patino, vous citez plusieurs films dans le livre Playtime de Tati, Minority Report, et puis Matrix, des Wachowski. Et vous écrivez qu'on avait tort de s'inquiéter, finalement, de cette matrice, cette fiction dans laquelle auraient pu nous enfermer ensemble, tous ensemble, des machines. Parce qu'en fait, l'intelligence artificielle, elle nous enferme chacun dans notre matrice personnelle. Elle est à ce point-là la perte du réel avec l'intelligence artificielle ?

5:30
Invité politique

En fait, c'est un élément qui est tellement confortable qu'il finit par nous isoler. Moi, j'ai appelé ça, dans un chapitre, solitude dans la multitude. C'est-à-dire qu'en réalité, quand vous vous souvenez de la Matrix, du film Matrix, et la fiction sur laquelle on a tous vécu, c'est qu'il allait y avoir deux mondes parallèles, si vous voulez. Même le métaverse, on pouvait dire ça, c'est-à-dire la réalité d'un côté, et un monde fictionnel, mais qui aurait été le même pour tout le monde. Un monde fictionnel qui est le même pour tout le monde, ça nous rassemble encore, même si dans Matrix, c'était à l'état d'esclave, mais ça nous rassemble encore.

6:04
Présentateur

Et vous êtes Néo, celui qui vient nous sauver ?

6:06
Invité politique

Pas du tout, mais là, ce qui va se passer, encore une fois, c'est qu'en fait, vous êtes enfermé avec votre propre miroir. Parce que dans cette économie de la relation que va avoir avec nous, que vont avoir les intelligences artificielles, qu'elles ont déjà, en réalité, non seulement elles nous flattent, elles vont dans le sens qui est le nôtre, mais elles finissent, en fait, par nous entourer et nous couper des autres, et de la réalité, ou d'une certaine forme de la réalité.

6:32
Présentateur

Vous avez aimé l'économie de l'attention, vous adorerez l'économie de la relation, je vous cite Bruno Patino. L'économie de la relation, c'est celle que nous vivons avec les intelligences artificielles, nous nous remettons à elle pour tous les pans de la vie quotidienne. Elles permettent la présence, l'accompagnement, on leur parle de notre intimité, on leur demande des conseils sur nos vies affectives, sur nos relations amicales, pour les questions éducatives, et pourtant, elles fabriquent de la solitude et de la fragmentation. Oui, parce que, si vous regardez bien,

7:04
Invité politique

ce qui se passe depuis, j'essaye à un moment donné, dans le livre en tout cas, d'expliquer que cette révolution numérique, c'est-à-dire, j'en définis trois étapes, ce ne sont pas des suites de ruptures, mais c'est une continuité de mouvements qui finalement clôt l'époque de Gutenberg qui aura duré pendant 500 ans. Et si vous regardez bien cette révolution numérique, en réalité, vous avez deux forces de sens contraire qui agissent. D'un côté, le réseau, qui nous rassemble tous, qui met à disposition tout pour tout le monde, c'est l'utopie numérique du début, l'information pour tout le monde, le savoir universel ou autre, mais de l'autre...

7:39
Présentateur

C'est vous qui créez le monde.fr, qui êtes l'un des premiers à investir, justement, cet accès à l'information en ligne.

7:46
Invité politique

C'était il y a longtemps, mais je me souviens bien de cette époque. Mais donc, c'est une page de cinq siècles qui se termine. Oui, parce que de l'autre côté, vous avez l'autre force qui est à l'action, qui est l'économie de la donnée, qui permet à toute cette économie numérique de vivre. Et l'économie de la donnée, ça fragmente. Ça fragmente, c'est-à-dire, ça fait de nous des fragmentations, suivant notre identité, notre comportement, et avec les intelligences artificielles, pour la première fois, ce sont les données de notre système cognitif, de notre réflexion, de notre façon de penser, qui sont extraites.

8:18
Invité

Mais justement, là, la promesse, elle est bafouée, si j'ose dire, parce qu'on nous dit, les réseaux sociaux vont relier ensemble les utilisateurs. On se retrouve dans la fragmentation où le débat, la discussion ne semble plus possible. La démocratie est en danger, en réalité.

8:32
Invité politique

Mais c'est exactement ça dont on parle depuis le début de cette révolution numérique, et que j'essaye d'expliquer dans le livre. C'est cette contradiction entre la technologie, la technique, le réseau qui devrait nous mettre tous ensemble, et le modèle économique de ce réseau, c'est-à-dire l'économie de la donnée, qui nous sépare et nous fragmente. Donc ça a fragmenté les communautés nationales, ça a fragmenté les familles, ça fragmente les individus. Et donc, si vous voulez, petit à petit, en réalité, ça nous isole.

Et les intelligences artificielles avec leurs agents, il y a cette possibilité, à un moment donné, qu'elles finissent par nous isoler, nous-mêmes, avec notre propre miroir, que nous tendrons tous ces compagnons, ces agents d'intelligence artificielle, ils sont nommés compagnons aux Etats-Unis.

9:16
Présentateur

Alors, vous dites que ça profite, évidemment, aux gourous de la tech. Sans doute, vous citez le fondateur de Palantir, Peter Thiel, et qui a des accents théologiques, messianiques. Il parle de l'avènement de l'IA comme de la révélation. Et paradoxalement, l'intelligence artificielle, vous reprenez un vocabulaire de Marx qu'on pensait ranger au musée des concepts. Vous dites qu'il y a un mouvement possible de prolétarisation générale. Elle va provoquer une nouvelle lutte des classes. Expliquez-nous ça.

9:49
Invité politique

En fait, c'est deux choses qui sont un peu en miroir. C'est-à-dire que, en fait, mon livre est un plaidoyer humaniste, en réalité, qui pense que la technologie peut l'être, mais que ce n'est pas la direction qu'elle prend en ce moment du fait de son modèle économique. Vous imaginez plutôt le scénario du pire. Et en tout cas, je l'explique pour mieux montrer à quel point on peut l'éviter. Mais tout ça pour dire que, quand on parle de transhumanisme, en réalité, moi, je pense que c'est une forme d'escroquerie. Parce qu'en fait, on passe par cette notion de transhumanisme en contrebande, un anti-humanisme réel.

Et donc, quand on parle de Peter Thiel ou des autres, ce sont des gens qui, véritablement, ne croient pas en une humanité unique. Il y a d'un côté ceux qui seront, alors si on prend même leur image de science-fiction, qui iront, sur Mars ou ailleurs, en étant humains augmentés, créer une nouvelle civilisation. Et puis, nous autres, tous les autres, qui seront ramenés à l'état, finalement, de filons de données qu'on pourra utiliser pour mieux nourrir l'intelligence artificielle. Et donc, quand vous parlez de prolétarisation, en fait, je reprends les études ou les idées du regretté... Philosophe Louis Althusser. Non, surtout Stiegler, en fait. Et Bernard Stiegler, en l'occurrence, qui lui...

Mais vous reprenez aussi Althusser, quand vous parlez d'infrastructures et de superstructures. Exactement. Mais Stiegler disait, en fait, lui, quand il analysait Marx, il disait, la prolétarisation, c'est quand votre savoir-faire professionnel et, j'allais dire, presque artisanal, se retrouve dans une machine. Et lui, il disait, la technologie va nous amener à une prolétarisation généralisée puisque une partie croissante de notre savoir-faire se retrouvera dans les machines.

11:36
Invité

Mais on comprend que, malgré tout, on ne va pas y échapper à cette technologie. Ça, c'est le postulat de base, quand même, de votre livre. C'est un domestique qui devient architecte de notre monde. C'est comme ça que vous le décrivez. Et donc, le diable, on vous comprend aussi, est dans le financement. Donc, ça veut dire quoi ? C'est-à-dire que c'est un plaidoyer pour une IA souveraine, un audiovisuel public plus fort aussi, peut-être, pour avoir la réalité des choses ?

11:59
Invité politique

Je vais faire un petit détour pour vous répondre. Je fais allusion, dans un des premiers chapitres, pour essayer de remettre, j'allais dire, la révolution numérique en perspective à ce qui s'est passé avec l'invention de l'imprimerie. Oui. Et à l'époque, cette technologie, elle bouleverse tout. Elle est disruptive. Vous faites un parallèle, vraiment. Elle est disruptive puisque je fais un clin d'œil à Giuliano de Empoli en disant, finalement, Gutenberg fut le premier ingénieur du chaos puisque si on regarde l'imprimerie 30 ans ou 40 ans après son invention, le diagnostic qu'on peut en faire n'est que négatif.

Il y a les libelles, les pamphlets qui arrivent, ça prépare les guerres de religion, des guerres civiles ailleurs, les cléricatures tombent, ça n'est que désordre. Et au bout de quelques décennies, voire siècles, quand on fait un bilan de l'imprimerie, on se dit, c'est merveilleux, c'est l'arrivée de la science, c'est les lumières, c'est la démocratie moderne. Et là, on tue l'imprimerie. Non, non. Mais ça ne s'est pas fait sans coup d'adaptation. Nous sommes en ce moment dans le coup d'adaptation de cette nouvelle révolution numérique. Et donc, effectivement, on est plutôt négatif quand on regarde les années qui viennent d'arriver.

Mais ce que je dis, c'est que ça ne tient qu'à nous, en réalité, pour en faire quelque chose d'aussi positif qu'a été l'imprimerie en 1450. Mais ça, ça passe par un certain nombre de choses. Je ne vais pas les détailler ici. Elles sont dans le livre au dernier chapitre. Mais ça passe, évidemment, par des nouvelles définitions de responsabilité, par effectivement réussir à canaliser les excès économiques de ces grandes entreprises. Enfin, ça passe par un certain nombre de choses, mais qui sont possibles. Et en fait, ce n'est pas un livre si pessimiste que ça en total.

13:39
Présentateur

Il est possible d'ouvrir un nouveau chapitre de l'évolution humaine. Alors, de nombreuses questions sur l'application Radio France et de nombreuses, justement, comme celle de Frédéric qui s'intéresse au progrès technologique, au progrès qui a servi au bonheur de l'humanité. Aujourd'hui, étant donné qu'il n'y a plus de limites, le progrès est devenu une arme de destruction. La technologie est passée du bonheur de l'un au malheur des autres. Vous partagez l'analyse ? Moi, je crois qu'il n'y a pas

14:03
Invité politique

de déterminisme technologique en tant que tel. Ce que j'essaye d'expliquer dans mes livres, c'est qu'en fait... Déterminisme technologique,

14:10
Présentateur

explication ?

14:11
Invité politique

C'est-à-dire qu'il n'y a pas de fatalité immédiate d'une technologie par rapport, j'allais dire, au bien-être ou non de l'humanité ou même aux conséquences politiques ou individuelles qu'elle peut amener. Que la politique, au sens noble du terme, rentre dans ce cadre-là et qu'effectivement, c'est une vraie rupture. On clôt cinq siècles. Maintenant, il ne faut pas penser qu'à un moment donné, le cadre qui a existé pendant cinq siècles va nous servir à faire de cette technologie quelque chose de positif pour l'humanité. Mais moi, je ne suis pas du tout aussi désespéré que ça.

14:46
Présentateur

Céline, que pensez-vous de la position de l'éducation nationale sur l'IA ? Pensez-vous qu'il est préférable de rejeter l'IA à l'écale ou faut-il accompagner les élèves dans l'usage des intelligences artificielles ?

14:58
Invité politique

La première chose qu'il faut faire, c'est de faire comprendre aux élèves comment ça marche et pourquoi ça marche. C'est-à-dire que moi, je ne suis pas... C'est-à-dire que déjà, essayez de mettre de la perspective sur le mode de fonctionnement. Ils sont de plus en plus nombreux

15:10
Présentateur

et de plus en plus jeunes

15:11
Invité politique

à l'utiliser. Non, ils sont comme nous tous. Ils l'utilisent. Et quand je dis, ce n'est pas comprendre comment ça marche sous forme de mode d'emploi. Évidemment qu'ils savent prompter les élèves. Et effectivement, vous avez raison. On va traduire peut-être pour nous. Mais c'est d'essayer de comprendre c'est quoi une intelligence artificielle et comment ça marche et surtout, pourquoi c'est calibré comme ça ? Pourquoi ça te flatte pour la plupart d'entre elles ? Pourquoi ça t'amène à te donner souvent raison ? Et encore, on est dans le moment du début.

15:41
Présentateur

Alors ce qui est absolument formidable justement, c'est ce côté flatterie. Pour capter notre attention, les intelligences artificielles ont tendance à nous flatter. C'est l'info du jour, mais vous l'aviez écrit il y a donc déjà de nombreux mois. la propension des agents conversationnels à prendre le parti de ceux qui les utilisent pour conforter ces derniers et qui confortent les erreurs de jugement. Mais encore une fois... Il ne faut jamais poser une question de couple

16:06
Invité politique

par exemple à une IA ? On peut, mais en même temps, cette IA, ce n'est pas un thérapeute. Imaginez n'importe quelle personne qui...

16:16
Présentateur

Mais jamais une IA ne réglera un conflit entre amis par exemple

16:19
Invité politique

ou entre voisins. Ça n'est pas la question. C'est que son intérêt n'est pas de régler votre conflit. Son intérêt, c'est de vous rendre presque dépendant à la relation que vous allez avoir avec elle. C'est ce que j'appelle l'économie de la relation. C'est-à-dire que l'IA, elle va être formatée non pas pour régler votre problème de couple, mais pour faire en sorte que vous ayez envie de lui demander de régler son problème de couple. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

16:44
Présentateur

Donc il ne faut pas demander à l'IA de régler nos problèmes de couple ?

16:48
Invité politique

Mais un jour, peut-être, il y aura des IA qui auront été structurés par des psychologues ou par des psychanalystes dont on connaîtra le mode de fonctionnement et qui auront un certain nombre de guidelines, pour prendre un mot anglais, pardon, de règles d'utilisation et dont vous pourrez... Avis aux chercheurs, dépêchez-vous ! Mais les chercheurs vont dans cette direction. Mais toutes les discussions qu'il y a en ce moment au sein de ces entreprises, justement, c'est de dire mais oui, mais si moi je mets des règles de fonctionnement, ça va être moins efficace économiquement dans la relation que je ne vais pas avoir. Parce que vous, Ali, Marion, moi en tout cas, on aime tous être flattés.

Donc une IA qui va vous dire bonjour, tu as raison, tu sais ce que tu as écrit est vraiment formidable dans ta dispute de couple. À mon avis, c'est toi qui as raison. Elle a plutôt tort ou il a plutôt tort. Franchement... Mais c'est génial ça, Bruno Pratino ! Mais c'est bien,

17:48
Présentateur

ça vous montre bien l'efficacité du modèle, Ali ! Évidemment, l'efficacité de la flatterie qu'on connaît depuis plus longtemps que Gutenberg.

17:55
Invité

Mais vous dites on l'utilise tous l'IA donc cas pratique en ce qui vous concerne. Alors c'est vrai qu'au début du livre, vous avez demandé une liste à l'IA, une liste des livres qui conseillent la déconnexion ou qui parlent de déconnexion numérique. Elle vous a cité, malheureusement, sur un livre qui n'existe pas.

18:13
Invité politique

C'est une anecdote qui m'a paru d'abord une entrée parce qu'il faut toujours avoir un peu d'humour quand même. L'âge distrait. Exactement. Vous ne l'avez pas écrit. Mais qui m'a paru vraiment tout à fait significatif. C'est un ami chercheur qui m'a dit tiens, j'ai demandé à Mistral, en l'occurrence, quels étaient les cinq livres les plus importants sur le numérique et tu as été cité, tu es troisième et il me fait passer l'article, enfin il me fait passer la réponse. Effectivement, c'est très flatteur puisque je suis troisième. Et vous n'avez jamais écrit puisque je le suis pour un livre qui non seulement je n'ai pas écrit qui s'appelle L'âge distrait

18:47
Présentateur

mais qui n'a jamais été écrit et qui n'existe pas. Mais ce qui est fantastique c'est qu'on pourrait se dire bon, la bataille n'est pas perdue si les robots hallucinent.

18:55
Invité politique

Alors, les robots hallucinent de façon statistique. Non mais, encore une fois, on est au tout début et je pense que c'est absolument essentiel de mettre en perspective ce qui est en train de nous arriver et de le comprendre et de voir à quel point ça change notre rapport aux autres, à la réalité aux autres.

19:12
Invité

Mais tout n'est pas perdu. Est-ce que là, du coup, vous avez utilisé l'IA pour écrire ce livre Le temps de l'obsolescence humaine ?

19:17
Invité politique

Non. Je n'ai pas utilisé l'IA pour écrire ce livre parce que j'avais, pour être très franc avec vous, j'ai fait un lapsus mais qui était dans ma réponse et j'avais peur qu'il me l'écrive en fait et qu'après je doive le corriger. À la façon de Bruno Patino ! Oui, le corriger parce qu'à un moment je fais allusion dans un chapitre à toutes ces vidéos qui existent. Alors moi, il se trouve que je suis fan des Beatles ou autres. Oui, ou autres de Bob Dylan par exemple. Et à toutes ces fausses chansons faites par l'IA mais qui agissent en réminiscence.

Donc, ça ressemble à du John Lennon, ce n'est pas tout à fait du John Lennon et donc je me suis dit si je le fais écrire, aujourd'hui je ne pourrais peut-être plus lui demander de l'écrire et de comparer. Moi,

19:56
Présentateur

j'ai demandé à une IA de me dire ce qu'elle pensait de ce livre là je dis très que vous n'avez pas écrit et qui n'existe pas. Il est très très bon livre, très bien noté et elle en conseille la lecture. Vous voyez ? On va filer au standard retrouver Isabelle. Bonjour Isabelle. Oui, bonjour. Bienvenue dans le grand entretien d'Inter avec Bruno Patino.

20:17
Auditeur

Oui. Donc moi, j'avais une question effectivement parce que l'IA est de plus en plus utilisée par une personne sur deux, j'ai entendu. Et pour moi, c'est une réponse en fait aux 40 de communication nous-mêmes, aussi bien au niveau personnel que professionnel qui sont souvent incomplètes, pas assez approfondies voire même parfois erronées et qui s'expliquent par le manque de temps, de disponibilité des personnes. Et donc, c'était une bonne réponse justement à ça. On devrait peut-être travailler sur le fait que les gens soient plus disponibles, plus à l'écoute des autres et que pour moi, ça part de là avant tout.

20:59
Présentateur

Eh bien, merci Isabelle. Elle a raison Isabelle, c'est vrai que ça compense quelque chose.

21:05
Invité politique

C'est tout à fait pertinent, c'est une remarque qui est tout à fait pertinente. Vous voyez, parce que quand on parle de ces robots conversationnels, ils peuvent être utilisés, je le mentionne dans le livre, dans plusieurs cadres. C'est-à-dire que à la fois, ils peuvent vous isoler parce que finalement, vous n'avez plus besoin de parler à des gens. Mais dans le même temps, dans certaines maisons de retraite ou EHPAD ou ailleurs, ils sont utilisés quand les gens sont seuls pour leur fournir quand même une forme de présence. Et donc, si vous voulez, c'est l'ambivalence en permanence. C'est-à-dire que c'est quelqu'un, enfin, ou c'est quelque chose qui vous parle.

Mais encore faut-il avoir la capacité, si vous voulez, de discerner quand vous êtes avec une vraie personne ou pas.

21:44
Présentateur

Vous l'avez vu, la première dame des Etats-Unis accueillir d'autres premières dames accompagnées par un robot, un robot X. Qu'est-ce que ça a produit comme réaction chez vous en voyant cette scène invraisemblable où elle avance dans le couloir de la Maison Blanche, donc accompagnée par, escortée par un robot ?

22:05
Invité politique

Mais j'appelle le moment de la révolution numérique qui arrive avec les intelligences artificielles l'ère de l'imbrication. C'est-à-dire où il n'y a pas de monde parallèle entre le vrai, le faux, le synthétique, mais tous s'imbriquent. Et là, j'ai l'impression effectivement de voir une scène d'imbrication totale, c'est-à-dire un robot qui marche...

22:28
Présentateur

Donc l'une des premières les plus spectaculaires, mais au fond, il va falloir s'habituer à ce genre de scène.

22:32
Invité politique

Mais vous y êtes déjà habitué sur les réseaux ou ailleurs, vous voyez des vidéos faites avec de l'intelligence artificielle qui vient modifier une scène réelle. Cette imbrication, elle est déjà tout autour de nous en permanence.

22:45
Invité

Et dans l'imbrication, justement, est-ce que là, la BBC, le groupe audiovisuel public britannique, vient de nommer à sa tête un ancien chef de Google qui est pourtant qualifié d'ennemi par certains salariés, est-ce qu'il est nécessaire avec l'IA et son avènement et l'avènement de cette nouvelle ère que vous décrivez d'intégrer ce genre de profil dans des groupes d'audiovisuel et des groupes d'audiovisuel public notamment ?

23:06
Invité politique

Mais, si vous voulez, le contexte numérique, c'est le nôtre. Donc, il faut le comprendre, vous permettre de le comprendre, vous permet ou peut vous permettre de le maîtriser et d'y faire ce que vous souhaitez y faire avec vos propres valeurs, encore une fois, et avec votre propre humanisme. Vous ne voulez pas

23:30
Présentateur

nous chanter les houes pour terminer cet entretien ? Je serais bien incapable. Allez-y, allez-y.

23:34
Invité politique

Je vous laisse les citer, mais je vous rappelle que dans cette chanson, il dit j'ai baissé mon chapeau pour la nouvelle révolution en espérant que tout changerait et en me disant qu'on ne se ferait pas avoir une nouvelle fois. et dans la chanson de se faire avoir une nouvelle fois.

23:52
Présentateur

On a envie de vous croire. Merci infiniment Bruno Patino, président d'Arte. Le temps de l'obsolescence humaine s'est donc publié chez Grasset. C'est absolument passionnant. Bonne journée. Merci. À suivre la revue de presse.