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speechyoutube.com· 18 octobre 2017 21 min

Discours d'ouverture Carole Delga Présidente Région occitanie

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Carole Delga

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président, tout d'abord, je tiens à vous remercier officiellement et chaleureusement pour votre invitation à participer à votre congrès national. Avec mes premiers mots, vous avez bien compris que j'étais présidente de la région Occitanie, qu'il n'y a pas de doute possible, ce n'est pas la région Hauts-de-France. Et quand vous avez également parlé que le premier gisement sur le gaz était à Saint-Marsay, c'était en Cominge, dans ma terre natale, et j'ai porté en tant que députée les couleurs comingeoises.

Et c'est vrai que j'avais en plus plaisir à venir aujourd'hui à votre congrès de par cette origine commune que nous avons, territoriale et gaz. Je mesure également l'importance du moment dans lequel nous sommes, nous, les territoires, mais également vous, professionnels et acteurs de l'économie. Nous avons tous à faire notre part de colibris, selon le célèbre livre de Pierre Rabhi. Ce colibri tout petit, mais dont l'action peut sembler futile par rapport à l'ampleur de la tâche, mais qui s'avère indispensable face à l'urgence.

Nous devons relever le défi majeur de la lutte contre le réchauffement climatique, et c'est l'ensemble de nos actions, diverses, mais convergent vers un seul objectif, qui nous permettra de réussir. A chaque catastrophe naturelle, et malheureusement, ces derniers jours, ces dernières semaines, nous ont ramené à cette réalité, nous interrogeons. Est-ce que c'est le fait du réchauffement climatique ? Ces dérèglements, allons-nous en connaître de plus en plus souvent ? Quel sera l'impact sur nos vies, sur nos économies ? Pour ma part, je fais bien sûr confiance aux scientifiques qui travaillent pour discerner le vrai et du faux, faire connaître les liens complexes entre les phénomènes naturels.

Et cela nous empêche parfois d'avoir des raisonnements simplistes. Ce travail scientifique nous permet de comprendre et de décider. Et c'est cette connaissance scientifique qui a permis à la COP21 d'aboutir à un accord signé par 195 États à Paris en 2015. Le changement climatique, c'est bien l'affaire de tous, de tous les pays industrialisés qui ont une responsabilité particulière dans la lutte contre ce phénomène, et nous ne pouvons pas laisser planer le doute là-dessus. Albert Camus a affirmé que l'homme devait agir, s'engager contre toute situation absurde. L'urgence dans laquelle nous sommes aujourd'hui pour lutter, pour préserver notre planète, nous oblige à l'engagement.

25 ans après le sommet de Rio, après des décennies de négociations internationales, sachons préserver l'accord de Paris de 2015, un accord historique de portée universelle, désormais irréversible en droit, dans les faits et dans les consciences. Que nous dit-il ? Que si nous n'agissons pas aujourd'hui, demain il n'y aura plus matière à agir. Pas de planète de rechange, pas de plan B, et surtout pas de plan T, comme un célèbre dirigeant américain. Lutter contre le réchauffement climatique, c'est lutter contre les inégalités à l'échelle du monde. C'est aussi lutter contre la dévalorisation de l'humanité. Et dans le temps dans lequel nous sommes, nous l'appelons communément transition.

Transition écologique, transition énergétique. Chacun prend conscience et écrit l'objectif qui doit être le sien. Mais la transition, c'est surtout le temps de l'action. Depuis 2015, l'enjeu c'est d'avancer et même d'accélérer. Et si l'objectif est global, les solutions sont pour beaucoup locales. L'engagement universel pour la planète restera vide s'il n'est pas rempli par les territoires. Les territoires sont les premiers acteurs de cet enjeu global. Et je suis convaincue que le défi énergétique doit être relevé au plus près des citoyens, des habitants. Parce qu'ils ont la capacité d'impulser, de fédérer, de coordonner et de pouvoir répondre aux besoins et aux attentes réelles.

Les territoires ont de vrais challenges à relever, celui d'offrir une vision positive du vivre ensemble. Beaucoup le font au travers de leur plan climat, air, énergie, territoriaux. Ou à travers des démarches territoires à énergie positive pour la croissance verte. Ils sont exemplaires par leur dynamique qu'ils engendrent. Le défi énergétique, c'est celui qui permet de lutter contre le réchauffement climatique. Mais c'est aussi celui qui permet de lutter contre la précarité énergétique qui touche tant de ménages. Enfin, c'est celui qui permet de rendre les territoires plus dynamiques au travers du développement d'activités nouvelles.

C'est en tant que présidente de la région Occitanie, des Pyrénées à la Méditerranée, un petit bout de terre, que je prends ma part et que nous agissons pleinement et collectivement. Les régions n'ont pas seulement toute leur place dans l'enjeu de la transition énergétique, elles sont en première ligne de ce défi. Et en Occitanie, nous avons un parti pris. Nous souhaitons faire de cette lutte un combat positif pour notre région. Faire de la transition écologique et énergétique une grande priorité politique, régionale et un enjeu collectif, une opportunité pour notre avenir. Cet objectif ne se réduit bien sûr pas à une mandature régionale.

Mais ce qui fait la noblesse de la politique, c'est d'agir et de se projeter bien au-delà des séchéances électorales. Et d'enclencher un vrai travail de fond avec une vraie ambition pour mieux vivre pour nos citoyens. C'est pourquoi nous avons décidé, au sein de notre région, qu'elle soit un territoire pilote, un territoire exemplaire dans le domaine de la transition énergétique. Et d'en faire la première région à énergie positive d'Europe d'ici 2050.

Notre ambition, c'est d'inscrire la transition énergétique comme l'un des moteurs de la croissance économique régionale, en mobilisant les leviers de l'innovation, de la formation, de la concertation à l'échelle des territoires et de l'ingénierie financière pour orienter les choix des investisseurs publics et privés. Limiter le réchauffement climatique, relever le défi des énergies renouvelables, c'est d'abord un choix politique qui répond à trois enjeux majeurs, climatiques, sociaux et économiques. Il impacte chacune de nos politiques régionales, que ce soit l'agriculture, les transports, l'économie, la recherche, l'éducation.

Il est porteur de croissance et pourvoyeur d'emplois non délocalisables. Si nos émissions de gaz à effet de serre ont diminué de près de 20% en 10 ans, nous devons encore poursuivre et amplifier nos efforts. Et tout particulièrement dans notre région, qui est la région de France qui connaît la plus grande progression démographique, puisque chaque année, nous accueillons 52 000 nouveaux habitants, c'est-à-dire l'équivalent de Narbonne ou d'Albi. Notre potentiel est aussi énorme en termes de production d'énergie renouvelable. Nous avons la chance d'avoir des gisements diversifiés et riches. Chaque territoire doit pleinement prendre conscience de ses atouts et pouvoir se projeter dans l'avenir.

En Occitanie, nous avons déjà un potentiel d'emploi. C'est 15 000 emplois directs concernant les énergies renouvelables. Nous sommes également la deuxième région française pour la production d'électricité renouvelable, deuxième pour la production hydraulique, troisième pour l'éolien et seconde également pour la production photovoltaïque. À cela s'ajoute un écosystème des structures de formation et de recherche. Les universités de Toulouse, de Montpellier, l'INSA Toulouse, l'école des mines d'Albi et d'Alès, d'Algard. Elle est également riche de ces acteurs qui agissent chacun à leur niveau.

Près de 80 territoires à énergie positive sont déjà engagés, ce qui nous place en tête des régions de France mobilisées. Et puis, vous l'avez indiqué également, des métropoles, des agglomérations qui ont fait le choix des énergies renouvelables pour leur transport en commun. Nous avons de nombreux acteurs aussi de l'innovation, des centres de ressources qui sont mobilisés pour soutenir le développement du secteur et créer une offre de produits et de services à haute valeur ajoutée. Je pense tout particulièrement au pôle de compétitivité national, Derby, qui est basé à Perpignan, et également le cluster Sémater.

Engager notre région sur la voie de la transition énergétique nécessite de mettre en mouvement l'ensemble des champs d'intervention de la collectivité régionale. Le développement économique, d'abord, c'est accompagner la mutation de l'économie régionale, des moyennes entreprises, également des ETI, vers une économie barre carbone. C'est également le secteur des transports qui est fortement émetteur de gaz à effet de serre. L'action de la région dans le domaine du transport des voyageurs, ainsi que le développement des transports maritimes et fluviaux, contribuent directement à la diminution des gaz à effet de serre.

La nouvelle répartition également des compétences sur les transports permettra d'avoir une gestion beaucoup plus coordonnée, puisque les régions avaient la compétence dans les trains du quotidien. Maintenant, nous avons également la compétence sur les transports interurbains. Et dans notre région, nous avons la responsabilité de quatre ports, dont 7 et Port-la-Nouvelle. Sur la recherche et l'innovation, là aussi, la région doit être chef de file pour pouvoir soutenir les projets innovants ou, par exemple, la gestion intelligente de l'énergie à travers les smart grids, le stockage solaire à haut rendement, ou aussi la filière hydrogène, mais j'y reviendrai.

L'innovation est un levier pour créer des produits et des services à haute valeur ajoutés. Et c'est ce que nous avons figuré dans notre stratégie régionale pour la croissance et pour l'emploi. En France, vous le savez, nous aimons faire beaucoup de schémas. Et donc, nous avions des schémas à réaliser, le schéma sur le développement économique, le schéma sur l'enseignement supérieur et également le schéma des formations professionnelles. J'ai décidé de mener ces trois schémas de front, parce qu'on ne peut pas parler emploi sans parler développement des entreprises, on ne peut pas parler emploi sans parler formation, et bien sûr, sans enseignement supérieur, recherche et innovation.

Et nous avons bâti ces trois schémas pour la stratégie régionale pour la croissance et pour l'emploi. Et elle aussi, elle s'inscrit dans l'objectif d'être la première région à énergie positive d'Europe. Donc, notre ambition, c'est de voir, d'ici 2050, 100% de la consommation d'énergie régionale couverte par la production locale d'énergie renouvelable, et atteindre cet objectif nécessite de s'inscrire dans une logique d'action à long terme. Nous devons, bien sûr, la faire partager, et nous avons, bien sûr, travaillé avec un panel d'experts qui a bien confirmé le réalisme de cet objectif.

Notre objectif est atteignable, à condition de réduire de 40% la consommation d'énergie, et de multiplier par trois la production d'énergie renouvelable. Nous avons donc plusieurs leviers d'action. Tout d'abord, la baisse de la consommation énergétique. Alors, nous devons, la région, déjà donner l'exemple. Donc, tous les lycées, ou tous les centres de formation pour apprentis, que nous construisons, que nous rénovons, parce que nous construisons beaucoup de lycées, puisque nous avons, en fait, dans cette progression démographique, une population jeune. Chaque année, c'est 4 000 nouveaux lycéens et apprentis. Et donc, les lycées sont, bien sûr, à énergie positive.

Nous avons également un accompagnement de l'ensemble des collectivités locales dans le cadre de leurs bâtiments, de les travaux de rénovation. Mais également, nous avons une politique à l'attention des particuliers avec l'éco-chèque. La région, donc, aide les particuliers pour la rénovation énergétique de leur logement. Dans le secteur également du transport, il s'agit de sortir du tout pétrole en développant une offre de véhicules à motorisation, soit électrique, soit utilisant du gaz d'origine renouvelable, le bio-GNV ou l'hydrogène.

Et au-delà de la transformation du mix énergétique du transport, la baisse de la consommation de ce secteur implique un fort développement des transports collectifs. Alors, en région Occitanie, nous allions et transport du quotidien et LGV. Nous demandons, en effet, de bénéficier également de la LGV. Rappelons quand même que la liaison que nous avons avec Paris est aérienne, qu'un train, quand même, émet 35 fois moins de CO2 que l'avion.

Et qu'à travers la LGV, c'est également la libération de sillons pour les trains du quotidien, sachant que dans notre région, nous avons déjà une saturation routière qui est forte sur les métropoles ou les agglomérations, mais également saturation ferroviaire. C'est pourquoi nous avons fait de notre priorité le transport collectif. Et sur l'aspect du rail et du bus, nous allons créer un service public régional des transports, en 2018, pour avoir une bonne complémentarité entre tous les modes de transport, développer les stations intermodales, développer, bien entendu, les trains du quotidien.

Et sur la trajectoire budgétaire, nous avons prévu, en fait, de consacrer, sur les 15 prochaines années, 14 milliards sur le train et sur les LGV, et également les trains du quotidien, mais également l'accessibilité. Le second levier, c'est bien sûr la hausse de la production d'énergie renouvelable. Et elle est possible grâce aux gisements éolien et solaires remarquables de notre région, mais aussi grâce à la deuxième forêt française, qui, avec 2,6 millions d'hectares, couvre plus de 35% du territoire régional.

Donc, nous allons, là également, pour avoir une production d'énergie renouvelable, un outil, c'est-à-dire nous allons créer, d'ici la fin de l'année, l'Agence régionale de l'énergie et du climat. Nous avons décidé de créer une agence régionale de l'énergie et du climat pour 2 grandes missions. Tout d'abord, accompagner les collectivités, les particuliers, dans les améliorations, pour consommer moins d'énergie et également pour les aider dans leur projet d'énergie renouvelable. Ce sera donc une assistance, comme on dit, en termes techniques, à maîtrise d'ouvrage, mais également une action de promotion, d'accompagnement des particuliers.

Et deuxième mission de cette agence régionale de l'énergie, c'est d'être un investisseur, parce que nous savons bien que, dans les premières années d'un projet d'énergie renouvelable, le modèle économique n'est pas tout à fait finalisé, il est nécessaire d'avoir un actionnariat public dans ce secteur-là pour pouvoir avoir un effet de levier. Cette agence régionale de l'énergie permettra ainsi de démultiplier et accompagner les initiatives. Dans notre scénario, région à énergie positive, le gaz joue bien sûr un rôle essentiel. Aujourd'hui, il représente 16% de la consommation d'énergie finale de la région Occitanie, en troisième position derrière les produits pétroliers et l'électricité.

En 2050, si l'on ne change rien, la part du gaz naturel ne serait que de 13%. Mais selon notre scénario, la part du gaz naturel passera à 30%. On assistera donc à un doublement de la part du gaz dans la consommation d'énergie finale d'Occitanie. Et pour ce qui est spécifiquement du biogaz, si en 2015 on ne représente que 0,3% de la production d'énergie renouvelable en Occitanie, en 2050, la part issue des installations de méthanisation et d'électricité renouvelable transformée en hydrogène devrait atteindre 10% de la production régionale. Donc les enjeux pour le secteur sont importants.

Ils portent donc sur la baisse de la consommation de gaz dans les bâtiments liés à une baisse des consommations énergétiques liées au chauffage. C'est également l'augmentation des véhicules au gaz, notamment pour les véhicules utilitaires, les poids lourds. Et puis la région souhaite clairement aussi impulser des projets exemplaires et innovants. C'est un pilier de notre stratégie innovée, montrée, développée. A ce titre, nous sommes partenaires du projet e-port avec Engie. Les objectifs, c'est mettre en place des écosystèmes hydrogènes, économiquement viables et pérennes sur les zones aéroportuaires urbaines et rurales.

Ce sont deux aéroports qui ont été sélectionnés, Toulouse-Blagnac et Tarbes-Lourdes-Pyrénées, qui vont en fait lancer ce projet. Cela doit permettre également, dans le cadre de ce projet e-port, d'animer, de développer l'écosystème hydrogène au vu de la répliquer sur d'autres sites aéroportuaires et de renforcer le développement des autres piliers stratégiques identifiés pour la région, à savoir le tourisme vert, le biohydrogène, le développement dans des énergies nouvelles renouvelables, dans le stockage d'énergie. Nous avons également un corridor de l'hydrogène qui traverse toute notre région.

La région est également partenaire du projet SEVEN, qui sera prochainement déposée dans le cadre d'un appel à projet de l'ADEME visant à valoriser un circuit court, un carburant issu de matières premières renouvelables. Bien sûr, la méthanisation, nous poursuivons son développement. A ce jour, on en dénombre 35 sur notre territoire. 6 projets sont en construction. En son temps, l'ancienne région Midi-Pyrénées avait impulsé et organisé les rencontres nationales du biogaz et cela avait connu un fort succès. Un centre de ressources sur le biogaz a aussi été créé au sein de la région pour accompagner les porteurs de projets et contribuer à la structuration de la filière.

Nous avons également développé des instruments financiers complémentaires en faveur des porteurs de projets. Tous ces défis, tous ces objectifs ne pourront pas se réaliser sans l'engagement des territoires. Et nous savons qu'il y a un enjeu à soutenir les initiatives territoriales pour faire émerger des projets portés par les collectivités ou des citoyens ou également la force privée afin que tout projet d'équipement en ENR, qu'il soit éolien, photovoltaïque, soit un projet de développement local, concerté, partagé. Et c'est bien là l'objectif de l'appel à projet régional que nous avons lancé pour favoriser les énergies renouvelables, coopératives et citoyennes.

Au-delà des gains énergétiques, s'engager pour la transition énergétique telle que proposée par le scénario repos aura de multiples bénéfices en termes économiques via notamment la création d'emplois durables et une indépendance énergétique accrue, mais également sociaux, bien sûr, par la diminution de la précarité énergétique et l'engagement citoyen et environnemental en limitant le prélèvement des ressources et les émissions de gaz à effet de serre. Donc nous sommes aujourd'hui réunis alors que depuis le 2 août, notre planète a consommé la totalité de ses ressources énergétiques et vies à crédit. Alors nous devons être lucides, nous devons être engagés, nous devons être déterminés.

Et comme le disait Barack Obama, nous sommes la dernière génération à pouvoir agir. Alors agissons collectivement, public et privé. Agissons tout simplement pour que notre planète ait un avenir et les énergies renouvelables en sont une condition essentielle. Je vous remercie.

Discours d'ouverture Carole Delga Présidente Région occitanie — Carole Delga · Pourquijevote