Mobilisations des médecins libéraux : «Ma préoccupation aujourd'hui est que la confiance soit recréée» souligne la ministre de la santé Stéphanie Rist
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Et à 8h13, il est l'heure d'accueillir la deuxième invitée d'Europe 1 matin week-end. Alexis de Lafléchère, vous recevez Stéphanie Riste, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes Handicapées.
Bonjour Stéphanie Riste. Bonjour Alexis. La grève des médecins libéraux a commencé lundi et doit durer jusqu'au 15 janvier. Je précise aussi aux auditeurs d'Europe 1 qu'il y a une grève importante, des mobilisations importantes annoncées aujourd'hui en France. À Paris notamment, le cortège doit partir du Panthéon jusqu'aux Invalides à partir de midi et demi. Il y a deux lectures assez différentes de la mobilisation. Les médecins libéraux parlent d'un mouvement, madame la ministre, de grande ampleur, un mouvement inédit. Et votre ministère évoque une baisse d'activité de son côté d'environ 15%. Comment vous analysez la situation ?
Est-ce que selon vous c'est une mobilisation inédite et de grande ampleur comme le disent les médecins ?
Pour les chiffres, nous verrons en fin de journée. Mais moi ce qui m'importe, quel que soit le chiffre, c'est que la confiance puisse être recréée, je dirais, avec les médecins. C'est ça ma préoccupation aujourd'hui. C'est pour ça que je serai au ministère de la Santé. C'est pour cela que je leur ai fait un courrier pour leur dire que ma porte était ouverte et que c'était avec plaisir que nous allons travailler ensemble pour avancer. Voilà ma préoccupation du jour.
Les médecins disent que le budget de la Sécurité sociale 2026 ne répond plus aux besoins, qu'il s'accompagne aussi de mesures qu'ils jugent autoritaires, notamment, madame la ministre, sur les arrêts de travail. Ils ont le sentiment, vous parliez de confiance, justement que la confiance est rompue, notamment dans leur jugement médical. Est-ce que vous comprenez cette colère face notamment à ces arrêts de travail que vous voulez réguler ?
Alors ce qu'on dit dans le budget de la Sécurité sociale, c'est que la première prescription d'un arrêt maladie ne doit pas dépasser un mois. Ce qui correspond à peu près à beaucoup de pathologies, c'est rare qu'on fasse des arrêts maladie la première fois pour plus d'un mois. Et ce qu'on dit, c'est que c'est important pour le malade de pouvoir être revu au bout d'un mois. Mais il n'y a pas de, comme je l'ai entendu, de limitation de la liberté de prescription. Il n'y a pas de quota, comme j'ai pu l'entendre. Donc il y a aussi beaucoup de fausses informations.
Et je jette la pierre sur personne parce que le débat parlementaire, qui est un débat qui a été de compromis avec un vote du budget de la Sécurité sociale à la fin, qui est un texte qui a été remanié, donc qui a pu entraîner des difficultés de communication, de compréhension. C'est pour ça aussi que je le redis, nous devons absolument travailler ensemble et regarder comment nous avançons dans l'avenir.
Alors les médecins libéraux disent également que notre système n'est plus adapté à une population qui est plus âgée, plus malade, il y a davantage de burn-out. C'est vrai qu'il y a une vraie détresse psychologique, notamment depuis le Covid-19. Est-ce que ce budget de la Sécurité sociale, il est adapté justement à cette évolution de la société ?
– Mais le budget de la Sécurité sociale, encore une fois, d'une part, il a été le fruit d'un compromis dans un contexte politique très compliqué. Et je l'ai rejoint, je crois qu'on arrive, et j'ai pu le dire à plusieurs reprises, nous arrivons à un moment où notre modèle social doit être repensé dans son financement, puisqu'il était basé sur une démographie qui n'est plus la même que dans les années 45. Ce débat-là, nous allons l'avoir, je l'espère, pour la prochaine présidentielle.
Mais d'ici là, nous devons travailler ensemble avec les professionnels de santé, avec les associations de patients, avec la société dans son ensemble, à construire le métier de demain, le métier de médecin, les rémunérations, le financement de ce modèle. Mais je ne peux pas le faire toute seule. C'est en ça où je dis aux médecins, venez, nous allons reprendre le travail, d'une part, d'améliorer la confiance dans les négociations conventionnelles, avec l'assurance maladie, et puis dans le travail de plus long terme, que nous devons travailler ensemble.
J'ai lu, madame la ministre, dans les Echos, un sondage très intéressant qui montre que près de 65% des Français voient d'un bon oeil la mobilisation des médecins libéraux, mais qu'en même temps, une majorité souhaite encadrer davantage l'installation des médecins pour lutter contre les déserts médicaux. C'est un vrai sujet. Comment vous lisez ce message un peu paradoxal du soutien pour la colère des médecins, mais aussi une attente très forte sur l'accès aux soins ? C'est une question importante.
Il y a une attente très forte pour l'accès aux soins. 80% de nos concitoyens vivent dans des zones où il est difficile d'avoir un accès aux soins. C'est l'engagement de ma vie, si vous voulez, de travailler sur l'accès aux soins. J'ai passé plusieurs lois en tant que députée, et je continue ce travail en tant que ministre de la Santé. Il n'y a pas de baguette magique. Et c'est vrai que l'obligation d'installation des médecins est parfois pensée comme une baguette magique qui serait, à mon sens, très défavorable à l'accès aux soins. Mais le débat n'est pas que là.
Je crois aussi que dans notre société où nous avons besoin de cohésion sociale, d'accès aux soins, nous devons renforcer notre confiance avec l'ensemble des professionnels de santé. Évidemment, c'est les médecins aujourd'hui qui sont mobilisés, mais je n'oublie pas l'ensemble des professionnels de santé qui permettent de soigner nos concitoyens à l'heure où une démographie est en train de basculer avec, évidemment, ce vieillissement de la population qui arrive de façon très importante et pour lequel nous avons un devoir ensemble de travailler et d'avancer.
Et comment vous allez les convaincre, les médecins, d'aller s'installer dans les zones reculées, dans nos campagnes ? Il faut les motiver ?
Alors, vous savez, moi, je suis dans une métropole à Orléans où l'accès aux soins est aussi compliqué. Il n'y a pas que en ruralité, même si, évidemment, en ruralité aussi. Il y a beaucoup de mesures qui ont été prises ces dernières années et on voit avec l'organisation qui est faite, avec la fin du numerus clausus, on peut espérer et on commence à voir, ça ou là, des petites améliorations. Je ne dis pas que tout va bien, il y a encore beaucoup de boulot. Mais ce que je dis, c'est que cette confiance, ce dialogue, ce travail, je ne peux pas le faire tout seul. Il va falloir que les professionnels viennent le faire aussi avec moi.
Cette grève des médecins libéraux, cette mobilisation, elle inquiète les patients puisque certains auditeurs d'Europe 1 qui nous écoutent actuellement ont peut-être eu du mal cette semaine à obtenir un rendez-vous. Qu'est-ce qu'on peut faire aussi pour rassurer ceux qui s'inquiètent ? Parce qu'il y a une épidémie de grippe qui n'est pas terminée. Est-ce qu'il pourrait y avoir des réquisitions de médecins pour que les Français puissent être soignés ?
Merci de votre question. Ça me permet de pouvoir rassurer nos concitoyens. Ça fait quelques semaines maintenant que tous les services sont mobilisés pour bien suivre d'une part cette grève, mais aussi l'épidémie de grippe. J'en profite pour dire qu'il est encore temps de se faire vacciner pour les personnes fragiles de plus de 65 ans.
Mais aussi, vous savez, ces derniers jours, il y avait aussi les événements météorologiques, la neige, la tempête qui ont tendu les services d'urgence, mais grâce à l'engagement des professionnels, qu'ils soient hospitaliers ou libéraux, qui participent aussi, soit avec des réquisitions, soit même sans réquisition, à cette permanence des soins qui permet que les Français puissent être soignés s'ils en ont besoin en ce moment.
Dans l'actualité également, Madame la Ministre, vous avez évidemment entendu le Premier ministre demander hier au ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, d'étudier la faisabilité d'élections législatives anticipées en même temps que les municipales qui sont prévues entre le 15 et le 22 mars prochain. La menace de la dissolution est une nouvelle fois brandie. Pourquoi ce coup de pression politique ? Comment vous l'analysez ?
Moi, ce que je peux vous dire, Alexis, c'est que notre pays a vraiment besoin de stabilité. Il en a besoin, les Français ont besoin de stabilité. On vient de parler de la santé des Français. En tant que ministre de la Santé, je peux vous le dire, en tant qu'ancienne députée en campagne législative partielle et en réunion encore hier soir avec Gabriel Attal, qui est venu dans ma circonscription, j'ai écouté les Français, on a besoin de stabilité. Et en fait, le Premier ministre, il prépare cette stabilité en prévoyant tous les scénarios possibles. Toutes les hypothèses. Ce qu'il avait fait déjà, toutes les hypothèses, bien sûr, ce qu'il avait déjà fait la dernière fois.
Je pense que c'est important. Je le redis, dans la situation internationale telle qu'elle existe, avec les enjeux que nous avons pour les agriculteurs, pour l'éducation, pour la santé, encore une fois, nous avons besoin de stabilité.
Gouverner, c'est prévoir. Merci Madame la Ministre. Merci Stéphanie Ries d'avoir été avec nous ce matin. Je rappelle que vous êtes ministre de la Santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Stéphanie Rist