Mouvement des lycéens, retour des gilets jaunes, succès de LFI auprès des jeunes... Le "8h30 franceinfo" de Jérôme Fourquet
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Questions et réponses
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Est-ce que c'est pertinent de parler d'un retour des gilets jaunes aujourd'hui ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Les Gilets jaunes avaient obtenu des victoires politiques en 2018. Aujourd'hui, les revendications tombent dans le vide ?
- 4:36OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça veut dire de ce mouvement qu'ils partent de TikTok ?
- 6:08OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça dit de l'impuissance des syndicats ou des partis politiques face à cette colère ?
- 7:24OuverteRéponse directe
Est-ce que l'homo occidentalis est prompt à la convergence des luttes ?
- 12:31OuverteRéponse directe
Ce nouvel homme occidental est-il prompt à la convergence des luttes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 46% des Français nous disaient qu'ils avaient renoncé à des déplacements. »
- 1:38InvitéChiffre
« Près de 6 Français sur 10 disent que nos vies ont rétréci. »
- 17:48InvitéChiffre
« un sondage présidentiel 2027 : un jeune sur deux votrait pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. »
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Bonjour Camille. Bonjour Benjamin.
Et
bonjour Jérôme Fourquet. Bonjour.
Politologue,
directeur du département opinion de l'IFOP. Votre dernier livre qui vient de paraître « Homo occidentalis, que sommes-nous devenus ? » co-écrit avec le psychanalyste Ruben Rabinovitch. Votre thèse, c'est qu'un nouvel homme est en train d'advenir. On va y revenir pendant cette interview. D'abord, le retour annoncé des gilets jaunes aujourd'hui avec ses appels à manifester partout en France contre la vie chère. De nombreux Français seront dans les rues comme Yeyan, par exemple, rencontré au nord de Toulouse dans une zone commerciale et qui va donc manifester
aujourd'hui. Là, j'aimerais bien que les choses changent très très très vite, que la vie change. Sous les séances,
tout
ça, surtout les jeunes, c'est presque impossible. Il n
'y a
pas de sortie, il n
'y a
pas de bouger, il n
'y a
pas de ci. Donc c'est juste aller-travail, aller-retour et c'est fini. Voilà, on entend le
témoignage de Yeyan qui a l'impression, comme beaucoup de Français, de ne plus s'en sortir. Est-ce que c'est pertinent, Jérôme Fourquet, aujourd'hui, de parler justement d'un retour des gilets jaunes, de faire cette comparaison ? Eh bien,
on sera plus à l'aise pour en parler ce soir. Non, ce qui est sûr, c'est que tous les ingrédients sont là. On rappelle quand le mouvement des gilets jaunes a éclaté en novembre 2018, le litre de gasoil était à 1,45€. En
tout
cas, aujourd'hui, il est à 2,45€ en moyenne, donc c'est 1€ de plus. Dans une étude que l'IFOP a réalisée pour la Fondation Jean Jaurès en juillet dernier, donc ça date déjà un petit peu, 46% des Français nous disaient qu'ils avaient renoncé à des déplacements. C'est exactement ce qu
'on
vient d'entendre dans votre reportage. Soit pour aller voir des amis, soit pour pratiquer des loisirs, ou pour faire des sorties.
Vous
utilisez d'ailleurs, Jérôme Fourquet, dans cette étude, l'analyse de vie rétrécie.
C'est exactement ça. Près de 6 Français sur 10 disent que nos vies ont rétrécie, parce que la voiture est centrale dans la vie de plus de deux tiers de nos concitoyens, et compte tenu des prix des carburants, ils ont dû renoncer à cette part de liberté et d'autonomie. Alors, c'est à la fois les déplacements, donc d'où la vie rétrécie, et puis on pourrait même parler de vie au rabais, parce que comme on l'entend dans de très nombreux témoignages,
on
a aussi coupé dans tous les budgets non essentiels, mais c'est ce qui fait le sel de la vie. Un cinéma, un restaurant, une sortie avec les enfants,
par
crainte de ne pas pouvoir boucler
ses fins de mois. Et ce sentiment de rétrécissement dont vous parlez aujourd'hui, est-ce qu'il est plus fort qu'il ne l'était en 2018, au début du mouvement des Gilets
jaunes ?
Bien sûr, encore une fois, je vous dis, c'est 1 euro de plus au litre
pour
le gasoil, donc c'est considérable ce qui s'opère comme ponction sur le pouvoir d'achat des Français, et ce n
'est
pas uniquement les carburants qui augmentaient, c'est aussi l'électricité, les Gilets jaunes,
c
'était avant le Covid, en sortie de Covid, rappelez-vous, on a eu une inflation sur les denrées alimentaires, le prix moyen du panier de la ménagère, comme on dit, a augmenté de 20 à 25%, et donc beaucoup de Français, aujourd'hui, ont vraiment le sentiment de ces vies au rabais. Après, la question, c'est, est-ce que ce sentiment-là
incite
à la mobilisation, ou est-ce qu'il y
a
une forme de résignation ? Beaucoup aussi peuvent se dire, parmi ceux qui étaient sur les ronds-points il
y
a 8 ans, mais on s'est mobilisés, on s'est durement affrontés aux forces de l'ordre, pour certains, et
tout ça pour ça. Et la différence, c'est qu'en 2018, il y avait des mesures très précises politiques qui avaient déclenché le mouvement, la taxe carbone, les 80 km heure, quand on parle de la voiture. Aujourd'hui, ce n
'est
pas vraiment le cas, c'est plus un ras-le-bol général.
D
'ailleurs, les Gilets jaunes, à l'époque, avaient obtenu certaines victoires politiques, entre guillemets.
Et
puis,
le
contexte budgétaire n'était pas celui qu'on connaît aujourd'hui.
Il y a
plus de marge de manœuvre. Voilà, les lycéens demandent 10 milliards. Ça fait des semaines maintenant, ou des mois, qu'on demande aussi des rabais sur les carburants. Et on a aussi le sentiment que ces revendications tombent un peu dans le vide, puisque les marges de manœuvre du gouvernement sont assez limitées.
Une
forme d'impuissance du politique face à la multiplicité des colères qui s'expriment. Avant de continuer, je voudrais vous faire écouter. Ce sont les Gilets jaunes. Ça a commencé, ça avait commencé sur Facebook. L'appel a manifesté aujourd'hui. L'origine serait partie de TikTok avec une vidéo virale postée début septembre par un compte nommé V2.
Cette
vidéo, elle a été vue plus de 4 millions de fois, likée, donc appréciée par plus de 600 000 fois. Qu'est-ce que ça veut dire de ce mouvement qu'ils partent de TikTok
? Alors,
il y a sans doute une dimension générationnelle. On voit l'âge de la personne qui se met en scène sur cette vidéo. On était plutôt sur des quadras ou des quinquas sur Facebook lors du mouvement des Gilets jaunes. Donc, on voit que c'est aussi en résonance avec la crise lycéenne.
La colère se diffuse aussi dans toutes les classes générationnelles de la
société. Voilà, cette fois, la jeunesse est aussi de la partie. Et ce qu'on constate également, c'est qu'une nouvelle fois, c'est le pouvoir mobilisateur des réseaux sociaux. Alors qu'il est quand même assez difficile à prédire parce qu'il n
'y a
pas de corrélation directe entre le nombre de likes et le nombre de personnes qui sont dans la rue. On a déjà vu, par exemple, l'année dernière, le fameux mouvement Bloquons-tout, l'appel à tout bloquer le 10 septembre. Qui avait mobilisé, mais pas autant que les auteurs de l'appel à la mobilisation l'auraient souhaité. Et donc, on voit néanmoins cet impact des réseaux sociaux dans la capacité à diffuser très, très largement des mots d'ordre. Alors, c'est vrai en France, c'est vrai aussi dans d'autres pays. On voit qu'aujourd'hui, beaucoup de mobilisations sociales se font via les réseaux sociaux. Et on voit comment si les organisations syndicales traditionnelles ne sont plus à la manœuvre.
Et donc, certaines d'entre elles, Solidaires, la CGT
va
s'agréger
à ce mouvement.
Mais
tout ça part,
en
fait, comme
on disait jadis, de la base via les réseaux sociaux. Ça parle des citoyens qui s'organisent tout seuls, en fait, pour essayer d'exprimer leur voix. Qu'est-ce que ça dit aussi, peut-être, de l'impuissance, justement, des syndicats ou des partis politiques pour recevoir cette colère des citoyens ?
Alors, ce n
'est
pas forcément leur impuissance, c'est leur incapacité. C'est un peu différent. Et sans doute que beaucoup de ces personnes qui, aujourd'hui, se lancent dans ce type d'initiative, ne souhaitent plus
rentrer
dans une démarche collective organisée. Et donc ça, c'est peut-être un des traits de l'homo occidentaliste. C'est que l'autonomie, l'individu s'est autonomisé, y compris vis-à-vis des structures traditionnelles, comme pouvaient être les syndicats. Il y a 40 ou 50 ans, les gens qui ont été à l'initiative des Gilets jaunes ou ce jeune qui appelle à la mobilisation sur TikTok auraient peut-être eu sa carte
dans
un syndicat. Et aujourd'hui, ils considèrent qu'ils vont être plus et mieux représentés s'ils se prennent eux-mêmes en main, avec les limites que tout ça implique. Vous voyez, par exemple, dans la discussion avec les autorités sur le parcours de la manifestation, sur les modalités de mobilisation, tout
ça... Il
n
'y
a pas de porte-parole identifié.
Il n
'y a
pas de
porte-parole, il n'y a pas de service d'ordre, il n'y a pas de plateforme, etc. Et c'est la difficulté qu'il y
avait déjà eue avec les Gilets jaunes. Vous évoquiez votre livre, l'homo occidentalis, et notamment ce nouvel individu que vous analysez. Vous avez une thèse, il serait marqué par une préférence à l'instant présent, à la préparation de l'avenir. Est-ce que c'est ce qui est arrivé à nos dirigeants
? À
nos dirigeants, puis à notre société. Vous le voyez, par exemple, si je reviens sur la question lycéenne,
en
1975, la France consacrait 7% de son PIB à
l
'éducation et la même proportion aux retraites. 50 ans plus tard, on est toujours à 7% du PIB
pour
l'éducation, mais à 14% pour les retraites. Alors certes, la population a vieilli, mais c'est des choix collectifs, conscients et inconscients,
qu
'on a fait pour l'instant présent, plus que pour la préparation de l'avenir.
Et
donc aujourd'hui, cette jeunesse qui est moins nombreuse qu'elle l'était par le passé, a le sentiment d'être un peu... D
'être un peu la génération à sacrifier
les lycéens. On va en parler juste après, mais quand même sur ce manque d'anticipation de nos gouvernants, de nos gouvernements, c'est ce qui explique la multiplicité des crises aujourd'hui. Crise des agriculteurs, crise du pouvoir d'achat, crise donc aussi
des
lycéens. Peut-être ce déficit d'anticipation de nos gouvernants, mais aussi, encore une fois, nos préférences collectives
pour
le présent et la difficulté à se projeter dans l'avenir. Regardez, on a beaucoup parlé à la sortie de l'été du choc climatique. Vous voyez déjà que cette thématique est un peu repassée au second plan, alors qu
'on
sait que si on veut faire face à ça,
il
faudrait s'engager dans des plans à long terme. Et ce n
'est
pas uniquement le politique qui est dans l'incapacité de faire ça, c'est un peu nous tous, parce qu'on a été, j'allais dire, formatés un peu différemment dès notre plus
jeune âge désormais. Vous évoquiez, Jérôme Fourquet, il y a un instant, une forme d'autonomisation de
l
'individu, un individualisme plus important. Est-ce que ce qui se passe en ce moment, ces mobilisations citoyennes, les lycéens aussi, qui s'organisent entre eux, ça ne montre pas justement l'inverse aussi, cette envie de se retrouver dans un collectif, de porter des idées et de préparer aussi un peu la suite
? Oui,
oui,
tout à fait. Alors, l'individu aspire à des moments collectifs. On voit, par exemple, aussi le succès de grandes manifestations culturelles, des concerts ou autres. Mais vous voyez encore, à chaque fois, c'est dans des cadres
dans
lesquels l'individu va être totalement autonomisé. On se mobilise via les réseaux sociaux, on n'appartient plus à un syndicat de salariés ou un syndicat lycéen. On dénigre et on ne délègue à personne la capacité à prendre la parole à votre place. C'est très compliqué d'avoir...
C
'est le cadre qui a changé. Voilà.
Donc, ce
que
vous voulez dire, c'est que c'est plein de petites individualités qui s'associent, mais selon vous, il n'y
a
plus le même sens du collectif qu'avant ? Il
s'associe de manière ponctuelle. Et vous voyez que beaucoup de ces jeunes, notamment, sont aussi très travaillés par la solitude. Donc, on parle des réseaux sociaux, mais toutes les études européennes et américaines montrent aujourd'hui une épidémie de solitude qui est très forte. Et donc, cet individu un peu seul, il va se réagréger momentanément
dans
des mouvements comme ceci. Mais on l'avait vu à l'occasion des Gilets jaunes, tout ça ne laisse pas ensuite de traces au long terme. Il n
'y a
pas des leaders, un journal, une organisation qui naît de ces mobilisations. C'est un peu le propre de ces réseaux sociaux qui agrègent très vite. Et puis, le soufflet, ensuite, va retomber de manière assez rapide également.
Jérôme Fourquet, vous restez avec nous.
On
évoquait la jeunesse il y a un instant, les lycéens.
On
va plonger au cœur du sujet dans un instant, juste après. L'essentiel de l'actualité de ce samedi à 8h45, Diane Ferschit.
Emmanuel Macron appelle au calme et au respect pour cette journée de mobilisation. Elle vise à rassembler plusieurs collères, anciens Gilets jaunes, lycéens, étudiants ou encore agriculteurs. Hors agglomération parisienne, 150 000 manifestants sont attendus en France ce samedi. L'ampleur des mobilisations reste pour leur incertaine. À Paris, plusieurs secteurs vont être interdits à la manifestation autour de l'Elysée, de Matignon, y compris les Champs-Elysées. Un cortège déclaré partira de la place de la République direction la place de Clichy. Elle est suspectée d'être une tueuse à gage.
Une femme de 32 ans, mère de trois enfants, mise en examen, placée en détention provisoire, soupçonnée d'être impliquée dans la fusillade qui a fait deux morts et un blessé dans un bar à chicha du Val-de-Marne en début de semaine. En pleine crise avec Kiev, Donald Trump décide d'exempter la Russie de nouvelles sanctions. Elle visait le secteur russe de l'énergie. Il invoque l'intérêt national des Etats-Unis. Le début de la Champions Cup de rugby, le double tenant du titre, Bordeaux-Bègle tenu en échec par Gloucester. Hier soir, match nul 36 à 36. Quatre clubs français jouent aujourd'hui, dont La Rochelle qui reçoit les Lyons de Johannesbourg à 18h30.
Match maintenu malgré le décès d'un joueur sud-africain hier dans leur hôtel de l'Île-de-Ré.
France
Info
Le
8.30 France Info, Camille Girère, Benjamin Recouvreur.
Jérôme Fourquet, politologue et directeur du département Opinion de l'IFOB. Vous êtes notre invité ce matin du 8.30 alors que vous publiez votre dernier livre « Homo occidentalis, que sommes-nous devenus ?
»
co-écrit avec le psychanalyste Ruben Rabinovitch. Justement, ce nouvel homme occidental, est-ce qu'il est prompt à la convergence des luttes ? C'est une des inconnues aujourd'hui de cette journée de mobilisation contre la vie chère. Dans quelle mesure les lycéens vont se joindre au cortège ?
Je
vous propose d'écouter Lyon, élève de première à Paris et qui va manifester aujourd'hui.
On
se situe en tant que lycéen, donc on se situe par rapport à Parcoursup, par rapport au bac, par rapport aux besoins dans nos lycées, dans nos écoles, etc. Mais il y a aussi beaucoup d'autres problèmes autour de nous qui nous touchent indirectement par rapport à nos parents, qui nous touchent directement par rapport, par exemple, à la question de la répression policière. Donc je pense que
c
'est une bonne chose aussi qu'il y
ait
des grosses journées de mobilisation et auxquelles on veut participer aussi.
On
entend cette lycéenne Lilon. Est-ce qu'il y a un parfum de mai 68 qui plane sur ce mois d'octobre ?
C'est la référence absolue, bien évidemment. On en saura un peu plus ce soir, puisqu'on rappelle quand même que dans l'imaginaire collectif qui s'est imposé, 68 c'est la mobilisation étudiante, mais on l'oublie souvent, c'est aussi des centaines d'usines qui sont en grève et des millions de grévistes.
C
'est le plus grand mouvement social du monde du travail depuis 1936. Donc il y
a une
différence d'ampleur déjà
?
Il y a une différence d'ampleur, il y
a
une différence de contexte. On est en pleine croissance, en plein emploi, une jeunesse nombreuse, et qui veut gagner davantage d'autonomie, de liberté dans une société qui est encore assez traditionnelle. Donc on vient un peu au thème du livre, on voit comment les choses ont basculé. Peut-être aussi un élément vis-à-vis de cette jeunesse, encore une fois on se souvient dans nos mémoires rétiniennes de ces manifestations dans le quartier latin, mais à l'époque il y
a
10% de la classe d'âge
qui
va faire des études supérieures. Aujourd'hui on est à 80% de la classe d'âge au bac. Et en 1985, donc il y a 40 ans, quand Jean-Pierre Chevènement annonce le slogan de 80% de la classe d'âge au bac, il n
'y a
que 30% d'une classe d'âge qui allait au bac. Et ce n
'est
pas un hasard si cette jeune lycéenne évoque en premier lieu Parcoursup.
Parce
que depuis ce changement de société qui a impulsé Jean-Pierre Chevènement avec cette volonté d'envoyer 80% de la classe d'âge au bac.
Cette massification de
bacheliers. Ce qu'on appelait la massification
scolaire. Eh bien les représentations, le rapport à l'éducation, à l'orientation ont complètement changé. Aujourd'hui ces lycéens de 15 ou 16 ans, leurs parents ont 40-45 ans,
et
donc leurs parents ont bénéficié eux-mêmes déjà de cette massification scolaire. Et donc on a installé dans la société l'idée que l'individu pouvait, on a parlé tout à l'heure d'autonomie, là aussi choisir pleinement son parcours.
Ce qui était moins le cas avant de pouvoir choisir son orientation.
Parce que je veux dire
en 1985, c'est 30% d'une classe d'âge qui va au bac. Et donc Parcoursup aujourd'hui est vécu pour toute cette jeunesse comme quelque chose qui va refermer les possibilités de choix et qui va remettre en cause cette liberté d'orientation qui avait été acquise et octroyée à la génération précédente.
Mais Jérôme Four, qu'est-ce que vous voulez dire ? C
'est
que c'est le contre-coup finalement de cette ouverture du baccalauréat presque à tous. Parce que vous voulez dire quoi ?
Qu
'il y a trop de diplômés par rapport aux emplois qui vont en face et donc ce sentiment d'avenir bouché ?
Alors il y
a
plusieurs choses. On n'oublie pas aussi quand même la question des moyens. On en a parlé tout à l'heure. Ça commence quand même dans des lycées de banlieue. Et
c'est au
cœur des revendications ? Il manque des chaises,
il
manque des bureaux, les toilettes
ne sont
pas...
Il manque des profs, il manque
beaucoup de choses. Donc il y a la question des moyens. Et derrière il y a quand même cette question
des
effets à long terme de cette massification scolaire. Parce qu'elle a produit des effets tout à fait substantiels et salutaires, permis l'accès à l'enseignement supérieur pour toute une partie des familles qui dans toute leur histoire n
'y avait
jamais
eu droit.
Mais on a déplacé la compétition scolaire vers le haut.
C
'est-à-dire que maintenant, si 80% de la classe d
'âge
a le bac, la compétition va se faire après. Le choix des bonnes filières, on revient à Parcoursup, les bons lycées, les bonnes écoles. Et puis ce que ça produit aussi derrière, c'est que nous avons aujourd'hui beaucoup de jeunes diplômés qui ne trouvent pas forcément
un
emploi qui corresponde à l'idée qu'ils avaient de l'emploi qu'ils occuperaient. On a fait une enquête à l'IFOP pour un think tank qui s'appelle Ecole Huma et qui montre qu
'aujourd
'hui, parmi les diplômés du second ou troisième cycle, on a autant de personnes qui se sentent déclassées qu'à leur place dans l'emploi qu'ils occupent aujourd'hui. Le
diplôme n'est plus un gage d'ascension sociale.
À
partir du moment où il est très largement répandu et on n'a pas non plus créé 80% de postes de managers, on a aussi toute une partie des diplômés et des jeunes actifs qui ont le sentiment aujourd'hui d'être
déclassés. Déclassés et de perdre aussi du sens dans leur travail.
Il y
a cette notion aussi d'être un peu perdus dans sa vie, dans ce qu
'on
veut faire.
Alors effectivement, et on renvoie par exemple au fameux livre de David Greber sur les bullshit jobs. Voilà, on a produit massivement des diplômés sans pour autant que les emplois correspondants aient été créés. Il y a aussi ce malaise qui est latent dans sans doute toute la jeune génération.
Un
autre aspect dans ces mobilisations, c'est le succès de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. Comment vous analysez cela ? Il
y
a par exemple un sondage présidentiel 2027. Un jeune sur deux votrait pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. C'est très loin devant Marine Le Pen et Édouard Philippe. Ça dit quoi de notre société
?
Ça dit que la France... Alors historiquement, on revient à 68. Il y
a
toujours eu un tropisme pour la gauche radicale dans une partie de la jeunesse. Mais là, c'est très très fort, sans doute parce que la France Insoumise a fait tout un travail
en
direction de cette jeunesse. Elle est très présente dans les mouvements sociaux. Elle l
'est
aussi sur les réseaux sociaux depuis bien longtemps.
Ça
dit aussi la polarisation de
la société.
Alors
ça dit la polarisation de la société. Mais ça dit aussi que la France Insoumise a été en capacité
d
'entendre un certain nombre de revendications, de préoccupations de cette jeunesse sur la question écologique, sur la question du néo-féminisme. Parce que quand on regarde, même dans le détail, chez les jeunes, c'est beaucoup plus les jeunes femmes que les jeunes hommes.
Qui
se mobilisent là, dans les mouvements ?
Non, mais qui voteraient pour la France Insoumise. Il y a la question également des violences policières aussi, qui touchent toute une partie de cette jeunesse. Et ce qui est assez frappant, c'est que l'autre grande famille de la gauche, la famille sociale-démocrate, est quand même assez aux abonnés absents
dans
ce mouvement-là, alors qu'elle était par exemple présente à l'occasion du CPE ou d'autres mouvements de jeunesse. Donc aujourd'hui, c'est la France Insoumise qui a réussi à réaliser cette OPA parce qu'elle a sans doute le programme qui est plus en adéquation avec la vision du monde qu'ont ces étudiants. Là aussi, par rapport à 68, juste quelques chiffres, on a massifié l'accès à
l
'enseignement supérieur, mais aujourd'hui, 50% des étudiants
ont
un job à côté.
Et
donc, il y
a
une paupérisation aussi du monde étudiant, la difficulté d'accès à un logement. Et toutes ces difficultés-là, c'est manifestement la France Insoumise qui semble
le
mieux y répondre.
Difficulté qui explique aussi pourquoi les lycéens se joignent peut-être aujourd'hui au cortège contre la vie chère. Et on verra combien ils seront dans les rues de France aujourd'hui. Merci Jérôme Fourquet,
directeur du
département Pignon de l'IFOP, invité du 8.30 ce matin. L'info continue sur France Info. Restez avec nous.