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interviewLe Média (sur YouTube)· 31 juillet 2026 31 min

LA VISITE QUI CONTREDIT TOUT LE DISCOURS DE MACRON SUR LA FRANÇAFRIQUE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur les antennes du média. Pour l'entretien d'actu du jour, on va se poser une question : la France Afrique est-elle morte ? Emmanuel Macron nous l'assure depuis plusieurs années, mais à voir la manière dont la France continue de recevoir certains dirigeants africains, on peut légitimement se poser la question.

Il y a quelques jours, le président gabonais Bris Cloter Oligema était reçu à Paris parol Macron pour une visite de 3 jours, une réception en grande pompe comme pour rappeler que le Gabon reste un pays stratégique pour la France. Mais pourquoi Paris accorde-t-elle autant d'importance au Gabon ? Emmanuel Macron cherche-t-il à préserver ce qu'il reste de l'influence française sur le continent alors que la France a été chassée de plusieurs pays du Sahel ?

La France-Afrique a-t-elle réellement disparu ou s'est-elle simplement adaptée à un nouveau contexte géopolitique ? Car pendant que la France perd du terrain au Mali, au Burkina Faso, au Niger, de nouvelles puissances avancent leur pion, la Russie bien sûr, la Chine et la Turquie. Et face à cette concurrence, Macron tente-t-il de sauver ce qui peut encore l'être.

Mais cette relation ne repose pas uniquement sur la volonté de la France. Un certains dirigeants africains continuent aussi de chercher à entretenir des liens privilégiés avec Paris pour obtenir quoi ? une reconnaissance internationale, des investissements, une forme de protection politique.

Alors, qui a encore besoin de la France ? Afrique, la France pour maintenir son influence en Afrique ou certains dirigeants africains pour préserver leurs propres intérêts. Et pour en parler, nous recevons aujourd'hui Camille le Safre, membre de l'association survie.

C'est parti pour l'entretien. Camille Le Safre, bonjour. Avant de rentrer dans le détail, est-ce que tu peux nous dire ce qu'est l'association Survie ?

Bonjour, ben merci de nous recevoir. Donc Survie, c'est une association qui existe depuis 1984 et qui milite donc contre le néocolonialisme français euh en Afrique et dans les territoires d'idoutreem sous toutes ses formes, que ce soit le pilier militaire, économique, culturel. Et donc on a popularisé le terme de France-Afrique pour dénoncer justement cette cette domination, cette asymétrie qui est maintenue.

Euh et donc on a plein de moyens d'actions différents. Euh on est dans des actions en justice, on fait beaucoup de recherches, on est dans des démarches aussi pour demander l'ouverture d'archives sur des crimes coloniaux français par exemple. Euh donc voilà, donc c'est vraiment cette lutte contre la France-Afrique et contre aussi la reconfiguration de celle-ci qu'on observe aujourd'hui quoi.

Euh alors justement pourquoi euh selon toi Emmanuel Macron a reçu euh Brising Gema avec autant d'égart ? Alors, c'est vrai que quand on regarde les l'histoire des relations entre le Gabon et la France, on comprend tout de suite ce que c'est que le système frança-africain. Euh donc le Gabon a toujours été une ressource géostratégique très importante pour la France parce que c'est un pays qui est riche en minera stratégique.

Euh c'est un pays qui est riche en bois, en forêt, en hydrocarbure également aussi. Donc voilà. Donc c'est vrai qu'en fait les relations entre la France et le Gabon, elles ont plus toujours relevé d'une gestion d'intérêt privé euh plutôt que d'une relation d'état souverain d'égal à égal quoi.

Et donc moi enfin je pense que c'est hyper intéressant aussi enfin le hasard du calendrier fait que cette rencontre a eu lieu 6 jours après le 14 juillet donc la fête nationale française au cours de laquelle donc Emmanuel Macron a fait un discours aux armées dans lequel donc voilà c'est un discours vraiment passionné sur la paix et sur le fait que la République française chérit le droit et la liberté. Euh bon, déjà pour un régime qui s'est compromis euh en euh en armant un génocide à Gaza, c'est quand même questionnable. Mais ensuite, de voir que 6 jours après donc euh le pays des droits de l'homme déroule le tapis rouge à un général PCE qui s'est fait réélir à 94 % avec donc un score euh de dictature soviétique.

Euh un dictateur aussi qui est qui s'est taillé, on va dire, un régime surmesure avec des ordonnances pour concentrer les pouvoirs aussi. Euh c'est-à-dire qu'aujourd'hui euh Oligin Gema a plus de pouvoir que le clan Bongo euh à l'époque. Euh l'Assemblée nationale ne peut même plus le destituer et euh vraiment il y a une il est chef du gouvernement, il est chef de la magistrature, enfin voilà, il y a vraiment une concentration des pouvoirs qui est antidémocratique au possible.

Euh il y a aussi une répression qui est féroce euh avec du coup une censure absolument effarante sur les réseaux sociaux, une coupure des réseaux sociaux carrément sur ordonnance euh pour museler le peuple gabonais. Euh il y a aussi de la torture qui est documentée. Enfin, il y a vraiment une répression euh qui est en violation de de du droit international et national et qui pose question du coup sur cette coopération française qui est maintenue coûte que coûte et qui va du coup à à enfin qui contredit les annonces d'Emmanuel Macron sur une République française qui serait à l'avant-garde de la défense du droit, de la liberté puisque voilà déjà les Gabonais ne sont pas maîtres de leur propre destin politique puisque la France a placé tous les régimes suc excessif depuis la décolonisation.

Euh les Gabonais ne bénéficient pas non plus de la rente de la ressource des ressources naturelles qui sont présents sur leur sol puisque ce sont les entreprises françaises euh qui euh se font une rente qui bénéfici euh de ça. Oui, c'est d'ailleurs pour ça entre autres he dans ce que on pense qu'Emmanuel Macron aussi déroule le tapis rouge à à Oligingema les minerais, tu viens de le dire, les ressources naturelles gabonaises et notamment le manganaise que la France sur la sur lequel la France a a un œil et veut justement garder. Tu le disais également, la répression, c'est vrai que Emmanuel Macron reçoit, tu l'as très bien dit, un poutiste après 50 ans de de d'air de la famille Bongo, en tout cas au pouvoir au Gabon.

Euh et et notamment en terme de répression, on peut se demander si ça a dû être abordé, j'imagine que non, mais pendant cette pendant ce ce cette réception là, euh comment en fait finalement les relations entre la France et le Gaban sont ? Est-ce que le fait de passer de de Bongo à Oligingema, même si on peut rappeler que Oligingema était aussi ministre, était déjà au pouvoir, enfin plus ou moins dans les arcanes du pouvoir pendant l'ère Bongo, est-ce que la nature de leur relation a changé ou on est dans une sorte de continuité quand même ? Ben, c'est vrai qu'il faut il faut toujours aller creuser derrière les annonces de rupture, de renouvellement des partenariats quand on parle de la France avec ses anciennes colonies en Afrique.

Et effectivement là, ce qui se caractérise c'est vraiment une continuité totale entre le régime Bongo et le régime actuel d'Olging Gema. Il faut savoir qu'en fait il y a 90 % des effectifs du régime Bongo qui sont restés avec GEMA. Donc on est vraiment dans une continuité.

Gema qui était euh donc euh vraiment très proche euh de l'ancien président, euh la garde présidentielle même. Et euh c'est aussi ça qui caractérise le deux poids de mesure dans la politique française, c'est que euh les euh nouveaux régimes au Sahel sont considérés comme des dictatures. Euh les générals euh qui son enfin les généraux qui sont membres de l'AES, donc de l'Alliance des États du Sahel, Burkinafas, Burkinafaso, Maline, Niger sont considérés comme des dictateurs, des pouchistes.

Euh les relations diplomatiques ont été rompues. tandis que là, pour le coup, c'est vrai que le le nouveau régime gabonais n'a jamais annoncé sa volonté de de se distancer, on va dire, des intérêts français. Et je pense que ce qui ce qui caractérise aussi le régime de Ngema, c'est que lui, il arrive un peu plus à tirer son épingle du jeu, on va dire, de la multipolarité du monde puisqu'il a réussi à diversifier ses partenariats donc avec les Russes, les Chinois, les Turcs comme tu le mentionnais aussi.

Mais ça reste quand même un régime qui rend service aux intérêts français, qui poursuit, on va dire, l'offre du Gabon aux entreprises françaises les plus offrantes. On est vraiment dans cette dans une une opération de blanchiment mutuel entre le régime gabonais et le régime français dans le sens où ces allures de relations renouvelées permettent à la France de se poser, on va dire comme une puissance qui aurait fait voilà qui aurait tiré au clair son passé colonial. Et ça lui permet de s'assurer aussi un accès privilégié donc comme je disais aux ressources naturelles du Gabon.

Et pour le régime gabonais, c'est une forme de légitimation euh de ce régime autoritaire et violent euh sur le terrain. Et effectivement, donc c'est aussi euh enfin voilà cette question de la manganaise. Pourquoi euh donc le Gabon le Gabon est aussi précieux à la France aujourd'hui ?

La manganise en fait c'est c'est un minerai qui est indispensable à la métallurgie et donc qui je pense est indispensable à la l'industrie de défense. Et donc on comprend aussi avec les annonces absolument béliqueuses d'Emmanuel Macron le 14 juillet que le Gabon est nécessaire à préparer les les guerres à mener de la France. Et donc on comprend déjà la place centrale que la France opère dans la militarisation globale et la course à la guerre qu'on observe aujourd'hui, mais aussi les courses à la guerre intérieure, donc à la répression.

Euh puisque un des sujets aussi de cette rencontre entre Macron et Gema, c'était l'avenir du camp Libreville, donc du camp militaire. Euh et si c'est vrai que les débats en France se sont beaucoup concentrés sur le déclin de l'armée française en Afrique, les pertes de position, la rétrocession des bases, en fait ce qu'on observe c'est que au Gabon, il reste une centaine de militaires français et que là on s'oriente plutôt vers un un camp de formation d'instruction et que du coup dans le pays, il reste des coopérants, il reste des formateurs, il reste des instructeurs. Et donc en fait les liens militaires, politiques et économiques de la entre la France et le Gabon sont loin d'être en déclin.

La France reste le premier fournisseur du Gabon avec une part de marché d'environ 25 %. Euh il y a une centaine d'entreprises et leurs filiales qui continuent à faire des affaires euh comme business as usual euh sur le dans le dans le pays quoi. Euh donc voilà, il y a pas d'inquiétude à avoir sur les intérêts français qui seraient bien protégés dans le pays.

Et pour le Gabon parce qu'il y a aussi une ligne de chemin de fer que la France doit rénover. C'est ça aussi. Donc l'intérêt aussi de d'Oling Gema, c'est de faire en sorte que il garde de bonnes relations avec la France pour notamment entre autres he mais ce cette ligne de chemin de fer à rénové.

Oui, c'est ça. Et donc ben on retrouve toujours un peu les mêmes acteurs. C'est toujours un peu les mêmes époques françaises.

Il y a toujours l'AFD ou ces filiales privées qui sont qui sont impliquées dans ce dans ce genre de projet. Euh et effectivement du coup ça ça permet aussi de de donner l'opportunité de euh de souscouvert de développement en fait euh qui serait bénéfique à la population française en fait de juste garantir alors soit une accumulation de profit euh pour des intérêts privés, soit euh comme je disais une accumulation de capital aussi d'influence que ce soit pour le régime gabonais ou ou français. Euh mais effectivement cette ce chemin de fer euh je pense qu'il va moins profiter aux gens que à la manganaise qui sera transportée.

Oui, c'est tout l'intérêt d'ailleurs de de le de le rénover. Euh donc là quand on on t'entend et son dans ce qu'on voit Emmanuel Macron avait dit au début de son mandat ou à un moment donné en tout cas qu'il fait tourner la page de de la France-Afrique que lui-même était comme cette génération de de jeunes africains. Il n'avait pas connu tout ça donc il soit dépités à autre chose.

On se rend compte hein quand on t'écoute que c'est plutôt pas c'est pas il a pas tenu promesse. Qu'est-ce qui n'a pas changé en tout cas ou qu'est-ce qui s'il y a des changements, quels sont été les changements dans la relation entre Macron et les pays africain ? Euh bah peut-être que oui, effectivement, c'est vrai qu'on on a tendance à vouloir se focaliser sur comme je disais la rupture, les changements, les renouveaux alors qu'en fait il y a vraiment une continuité.

Euh donc comme je disais au début euh il y a vraiment ce deux poids de mesure euh cette compréhension à géométrie variable du droit international et euh des libertés fondamentales. Euh enfin vraiment le le message qui est envoyé avec cette poignée de main entre Macron et Gema, c'est que euh la liberté et le droit des africains et des africaines vaut moins que euh la préservation de l'influence et des intérêts géostratégiques français et le profit personnel aussi du clan à la tête de l'État gabonais quoi. Donc donc voilà ce deux poids de mesure, cette compréhension à géométrie variable du droit et aussi on va dire la signature d'accord qui organise donc à la fois une convergence d'intérêt entre les dirigeants français et gabonais mais toujours dans une forme d'asymétrie parce que c'est vrai que là donc les les principaux accords qui ont été discutés pendant cette visite qui concernent le militaire comme tu le disais la gestion de ce de cette voie de chemin de fer pour l'exploitation de la manganaise et euh euh le l'exploitation de minerais.

En fait, ça ce sont des comme je disais des accords gestion d'intérêt privés et du coup les intérêts des entreprises françaises prévalent sur la bonne gouvernance, sur le la dignité de la vie des gabonnais gabonnaises et et tout ça aussi donc à la fois avec des mécanismes qui sont officiels, donc des signatures d'accord de de des des documents légaux qui encadrent ces relations là et des aussi des ressorts un peu plus obscurs. Enfin voilà, je sais que la enfin beaucoup d'entreprises françaises présentes au Gabon, notamment Perenco, donc grosse entreprise d'exploitation de pétrole et visé par des plaintes euh pour non respect des de la législation en terme de droits humains, droits environnementaux. Euh donc en fait le vous savez qu'aujourd'hui le Gabon a un problème de pollution euh mais son premier problème c'est la pollution des entreprises françaises.

Euh et euh donc voilà cette asymétrie en fait qui profite aux intérêts français au détriment des populations euh gabonaises quoi. Donc euh donc voilà et en fait toute cette l'autoritarisme et la répression à l'intérieur du pays, elle est soutenue, elle est entretenue, son impunité aussi est entretenue par cette politique française de coopération, de légitimation. Euh et je pense qu'on peut aussi citer la la complicité d'instances multilatérales comme le FMI, la Banque mondiale qui octroit des prêts euh aussi à ce régime à ce régime hors la loi.

Euh et des banques françaises aussi, la société générale a octroyé un prêt de de 1,5 milliards d'euros récemment aussi à ce régime totalement hors la loi aussi. Donc en fait, s'il y a de la corruption en Afrique, c'est aussi parce qu'il y a des corrupteurs et donc voilà. Donc tout ça, c'est vraiment le système frança-africain et on en revient vraiment à ce cœur là de euh comme je disais une opération de blanchiment mutuel.

Euh et comment on explique alors Cami que d'autres pays ont décidé de se détacher de la France ? On les décidait tout à l'heure, le Mali, Burkina Faso, Niger. Pourquoi la France sur ces pays-là, elle a perdu du terrain ?

Est-ce que finalement tous ces accords commerciaux ou en tout cas que qu'on peut retrouver avec le le Gabon, pourquoi ces pays-là ont décidé de se détacher de de la France ? Bah, je pense que déjà un obstacle à la compréhension de ça en France, c'est l'absence de bilan réel de l'opération BCAN. Euh la France a été en guerre pendant une décennie euh au Sahel contre une menace terroriste qu'elle était censée neutraliser et qu'elle a pas du tout permis de euh de diminuer.

Et aussi, je pense qu'il y a quelque chose qu'on qu'on rappelle assez peu en France, c'est que pourquoi il y a eu des pches dans les pays qui ont été concernés par l'intervention militaire française, c'est aussi parce que la stratégie du tout militaire qui a été plaquée par la France sur une crise qui était multidimensionnelle, qui était sociale, qui était économique a permis en fait à donner aussi du poids social aux militaires dans ces pays-là. Euh et c'est ça qui a aussi concouru à à rassembler les conditions euh favorables pour des PCHCH aussi quoi. Donc la France a participer à donner du poids politique aux militaires dans ces pays-là.

Euh et donc on peut pas on peut pas faire les les étonner maintenant quand on les voit euh arriver au pouvoir quoi. Comment la France réagit à ça ? Est-ce que c'est ces régimeslou en tout cas les chefs d'état de ces pays-là parviennent toujours à garder cette distance et à pas tomber dans le jeu français ?

Ah oui, et donc euh donc c'est vrai que euh l'absence de bilan honnête, voilà, de la débacle aussi des exactions que l'armée française a pu commettre dans ces pays, euh a généré donc ce qu'on a appelé en France un sentiment antifrançais mais qui est plutôt en fait une critique légitime de la politique française euh dans ces dans ces espaces-là. Euh et c'est vrai que donc du coup la France euh enfin je pense que il y a une stratégie à la fois de ces euh de ces dirigeant là de se placer en leader anticolonial, anti-France-afrique mais pour tomber dans la dépendance avec un un nouveau partenaire qui est la Russie quoi. Donc c'est vrai qu'en fait on observe plusieurs stratégies.

Donc c'est vrai que au Sahel, il y a eu cette stratégie de se défaire de la puissance coloniale pour retomber dans une dans une forme de dépendance à un nouveau partenariat. Euh tandis que comme je disais au Gabon, il y a un peu cette cette plus grande marge de manœuvre, on va dire, pour un peu tirer son épingle du jeu des nouvelles rivalité euh interimpérialiste. Euh donc euh donc ouais, ça ça dépend un peu aussi des des conditions euh matérielles de ces de ces États-là euh qui peuvent plus enfin qui peuvent nouer des alliances opportunistes ou pas en fonction de la conjoncture. et et je pense aussi que effectivement la France a peut-être eu un excès de confiance aussi dans son ancien précarré et et là du coup elle se elle se reconcentre sur sur le Gabon qui est une valeur qui est une pièce maîtresse de la France-Afrique.

Mais on a aussi pu le voir avec le sommet France-Afrique à Naéro en mai où la France du coup réinvestit aussi la partie anglophone de l'Afrique. Oui. Le sommet s'appelait d'ailleurs Africa for en anglais pour peut-être essayer d'avoir d'autres relations avec les les autres pays du du continent, notamment les pays anglophones, les pays aussi lusophones.

Euh et justement cette opération séduction envers les autres pays du du continent, est-ce que ça fonctionne ? Parce qu'on a vu lors de cette de ce sommet quand même une attitude très coloniale de Manuel Macron qui demandait aux gens qui parlaient dans la salle de se taire, "Taisez-vous, taisez-vous, taisez-vous". Est-ce que finalement euh chercher le naturel il revient au galot et la France ne retombe pas dans ses travers même en essayant d'aller draguer d'autres pays africains ?

Bah effectivement, je pense que le bilan qu'on peut tirer euh de cette dernière saison euh de la France-Afrique, c'est vraiment que là, on revient à des pratiques euh traditionnelles, on va dire euh pour citer vraiment euh que deux exemples très récents. Euh l'exfiltration du président Malgache en octobre 2025 alors qu'il y avait donc des manifestations de la Genz et qu'il aurait potentiellement dû faire face à la justice de son pays. et des pratiques frança-africaines limite du siècle dernier quoi.

Euh le deuxième exemple, bah typiquement voilà ce le sommet France-Afrique euh à Nairobi, c'était aussi l'expression la plus manifeste de euh du maintien de cette asymétrie là euh et aussi l'intervention de l'armée française pendant le la tentative de coup d'état au Bénin en décembre 2025. Enfin, on est vraiment retourné dans ces traversl et je pense que oui, peut-être que l'actualité l'actualité internationale pousse la France dans ses retranchements et c'est pour ça que ça l'a fait reconnecter avec ses avec ses vieux travers enfin ou alors que ça lui permet d'être tout simplement dans un colonialisme décomplexé. Euh après, c'est vrai que je pense le la réorientation de la France vers le la partie anglophone de l'Afrique, elle est pas si nouvelle que ça non plus. euh dans le sens où c'est vrai que la France a toujours cherché à sécuriser ses intérêts en dehors de son précaré.

Euh la France a soutenu le régime de Mobutu en RDC, la France a été complice de la partartide en Afrique du Sud par exemple. Mais c'est vrai que peut-être aujourd'hui, comme je disais, toujours dans cette perspective de blanchiment mutuel, il y a besoin de trouver des nouveaux débouchés dans cette dans ce système néocolonial. Et donc effectivement, la France, elle s'est rapprochée beaucoup du Kenya récemment. a renforcé son sa coopération militaire avec cet état alors qu'il était dans une vague encore une fois de de répression et de resserrement autoritaire de l'espace civique.

Donc donc ouais non en fait c'est c'est surtout une stratégie je pense en fonction voilà des critiques aussi qui sont portées sur le continent. Typiquement il y a eu une résistance populaire assez forte à la tenue du sommet France-afrique au Kenya. Donc ça dépend aussi de si on regarde les relations internationales uniquement d'un point de vue élitiste ou si on regarde aussi ce qui se passe au sein des populations.

Euh et je pense que bon d'un côté effectivement la l'Afrique francophone, elle est aussi euh enfin elle subit comme nous euh l'empire médiatique de Boloré également avec Canal Plus, Multioice et tout. Donc c'est vrai que ça une influence sur les opinions publiques, mais je pense que les africains africaines ne sont pas dupes. Enfin dans la partie anglophone comme francophone, il y a des résistances populaires, il y a des dénonciations aussi et des aspirations en fait à décoloniser vraiment le continent.

On se souvient justement aussi du président ganéen qui avait montré une certaine opposition en tout cas dans le style face à Macron en lui faisant passer l'idée que lui aussi il était chef d'état et donc on il devait avoir méritait certains égards même quand on venait à à parler de chez lui dans dans son pays. Euh tout à l'heure, tu as évoqué la la Russie. On pourrait parler également de la Chine.

Est-ce que ces deux pays proposent réellement quelque chose deun relation différente avec les pays africains ? Si oui, en fait, quelle est cette différence ? Euh alors c'est vrai que le l'héritage historique de la colonisation confère en fait à la France-Afrique une dimension que euh les relations entre la Chine et l'Afrique ou que ou la Russie et l'Afrique n'auront jamais.

Euh enfin voilà, il y a vraiment des conditions matérielles euh qui découlent de cette période coloniale euh et qui confè vraiment à cette comme je disais à cette à cette relation France France-Afrique une dimension que les autres puissances impérialistes comme la Russie et la Chine n'auront jamais. Après, effectivement, on retrouve quand même des pratiques euh des pratiques violentes, des pratiques extractivistes. Donc je pense que la Russie et la Chine offrent au régime africain actuel, on va dire, des perspectives, des opportunités de mitiger la domination française historique, mais que elle n'offre pas des perspectives d'émancipation.

Euh enfin voilà, on peut le voir euh avec euh l'œuvre de Wagner euh sur le terrain. On peut voir aussi comment les nouvelles routes de la de la soie chinoise et toutes ces grosses infrastructures participent aussi à gonfler les dettes euh des pays euh et comment aussi ces infrastructures et enfin comment les entreprises chinoises favorisent les populations chinoises. Donc au final la Russie et la Chine ont aussi des activités qui ne bénéficient pas forcément aux populations locales.

On a pu aussi constater l'enrôlement de force enfin ou l'enrôlement on va dire très peu honnête de certains africains pour les envoyer sur le front en Ukraine qui sont des pratiques qui rappellent quand même on va dire l'enrôlement des tirailleurs à l'époque. Donc donc voilà, il y a il y a quand même un peu ce fil conducteur qui est que on peut faire confiance à aucune puissance impérialiste en Afrique. Est-ce que justement les pays, on citait tout à l'heure les pays du du Sahel qui décident justement de des acheter de la France, je pouris ajouter aussi le Sénégal qui a décidé de faire en sorte que l'armée française ne soit plus sur son territoire.

Est-ce qu'ils arrivent notamment à à mieux s'en sortir ? Est-ce que les populations vivent un peu mieux sous ces régimesl maintenant que la France est un peu plus et à une prise est moins à moins sa main pardon sur le sur le pays ? Euh ben encore une fois, il faut euh il faut euh séparer euh les effets d'annonce, les discours et euh la réalité euh matérielle.

Euh effectivement, quand on regarde donc le le projet de la ES anticolonial euh mais euh enfin je sais je je me souviens avoir lu dans un article que donc ces trois pays proposent de mettre en place un passeport unique pour faciliter les déplacements, mais il s'avère que c'est une entreprise française qui a géré la biométrie euh de enfin qui a récupéré le contrat pour gérer la biométrie de ce passeport. Donc en fait euh on a l'impression que la France-Afrique, elle finit toujours par rattraper aussi euh les leaders africains euh qui essaient de s'en défaire. Euh donc euh c'est à mitigé et effectivement en fait dans les trois pays de la ES, il y a quand même une répression euh qui est quand même ass enfin extrêmement violente.

Donc je ne pense pas que les conditions de vie matérielle des populations dans ces pays-là se soient amélioré. Malheureusement euh il y a une gestion une gestion économique, une gestion sécuritaire aussi qui est catastrophique quoi. Et aussi je pense que enfin un des effets un des effets qui était assez symbolique en terme de d'anticolonialisme de la part du Mali par exemple, c'est de supprimer la langue la langue française comme langue officielle.

Je pense que ça a un effet symbolique et affectif qui est vraiment très important et très fort. Mais dans le contexte d'un marché du travail mondialisé, ça peut aussi poser question. Je sais que le Maroc a déjà fait l'expérience en fait de de produire des générations de Marocains qui ne maîtrisaient pas les langues internationales et qui ont eu du mal à s'intégrer dans le marché du travail mondialisé.

Donc donc voilà, il y a un peu des prises de décision et des mesures qui ont été euh qui ont été mises en place et qui sont pas forcément en faveur des population. Euh et je pense que ça c'est euh c'est aussi une histoire de lutte des classes qui doit être qui doit être menée encore une fois par les les militants militantes de ces pays-là. Euh dans un monde idéal, on imagine, on va essayer de se projeter dans un monde idéal.

À quoi devrait ressembler justement les les relations en tout cas les nouvelles relations entre les pays africains et la France ? C'est vrai qu'on a tendance à prendre la question dans ce sens-là, quelle relation entre la France et l'Afrique ? Mais peut-être qu'on peut poser la question : "Faut-il une relation entre la France et l'Afrique ?

On pourrait imaginer un monde dans lequel on n pas plus de relations qu'avec, je sais pas, le Grosland." Enfin, bien sûr. C'est vrai qu'en fait, on a tendance à naturaliser euh cette relation privilégiée, notamment avec cette idée de responsabilité historique de la France.

Mais en fait, je pense qu'il faudrait se permettre aussi de poser la question en ces termes-là. Euh est-ce qu'on a envie de de maintenir une relation entre ces espaces ? Et aussi enfin voilà, c'est un travers que là j'ai depuis depuis le début de cet entretien aussi de dire la France et l'Afrique alors que c'est un pays de 54 continent.

C'est un continent de 54 pays. Un continent de 54 pays. Donc donc voilà, il y a enfin ça traduit aussi que il faut décoloniser plus largement aussi notre bah notre identité occidentale française.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Et je pense que tant qu'on aura pas fait la lumière sur tous les crimes coloniaux aussi français tant qu'on aura des bases permanente des opérations militaires extérieures partout euh enfin voilà je pense qu'il y a il y a pas mal de de d'éléments concrets qui peuvent permettre d'assaignir nos relations avec les anciennes colonies mais la classe politique française elle est vraiment empétrée dans des schémas dans des réflexes dans une culture coloniale qui appelle vraiment un travail un travail de déconstruction assez important je pense. Ouais.

Et justement quand tu dis ça la classe politique française que ce soit de de droite à gauche en fait c'est toute la classe politique française dans son ensemble qui est empétrée là-dedans. Oui. Bah c'est vrai que la distinction droite gauche, elle a jamais été d'une grande utilité pour trouver des alliés euh sur les questions de colonialisme, d'impérialisme.

Je pense que tant qu'il y aura cette idéalisation d'une puissance française sous quelque forme qu'elle soit au sein d'un parti politique français et bien ce parti politique français aura des réflexes coloniaux des réflex des réflexes racistes aussi. Euh donc en fait tant qu'il y a pas de de parti politique qui émergent avec un discours sur le deuil de la puissance française sur la repentance coloniale qui est vraiment enfin en ce moment on nous rabâche avec c ce besoin d'antirrepentance et tant que personne ne prendra le contrepied de ça bah on pourra même pas entamer je pense le le chemin vers des relations d'égal à égal vraiment avec les anciens les anciennes colonies africaines je posais la question au début de cet entretien, est-ce que la France à Afrique est morte à la fin de cet entretien, on arrive à la fin, j'ai l'impression que pas du tout encore. C'est encore très vivace et encore dans nombreux pays.

Et l'exemple du Gabon, tu l'as très bien expliqué et assez enfin illustre bien cette cette question là. Euh Camille, merci beaucoup d'avoir été avec nous, d'avoir répondu à ces questions, d'avoir permis d'avoir une aidé un peu plus claire de ce qui se passe en coulisse et notamment sur cette visite du président gabonais en France et et on le disait un peu hors antenne mais on en a pas beaucoup parlé dans dans les médias. C'était plus une information qui est passée euh quasiment sous silence alors que tu l'as très bien rappelé.

Elle arrive juste après le 14 juillet après un discours où Emmanuel Macron euh un discours de paix de un peu béliqué aussi et finalement euh les relations avec le Gabon peuvent peut-être permettre à la France de pouvoir continuer à s'armer et à peut-être mener des guerres. Merci beaucoup Camille d'avoir été avec nous. Merci d'avoir suivi cette émission.

Vous pouvez retrouver l'essentiel des programmes du média sur ces antennes sur YouTube et bien sûr sur le canal 65 de la Freebox et 235 de la Live Box d'Orange. Je vous laisse avec la suite des programmes du média. Je souhaite de passer une bonne journée.

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