Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 13 juillet 2016 8 min

Anne Hidalgo, maire de Paris : "Pour les particules fines, à partir du moment où l'on sait, on ne peut pas ne pas agir"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Hélène Roussel, 6-9 de l'été. Vous l'avez compris, à 8h23 sur France Inter, dans le fauteuil de l'invité ce matin, la maire de Paris. Bonjour Anne Hidalgo. Bonjour. Rien ne va l'arrêter ce mouvement, il le portera jusqu'à 2017, jusqu'à la victoire. Emmanuel Macron en marche hier soir, meeting à la mutualité, pas officiellement candidat, mais donc toujours ministre ce matin. Vous faites quoi, vous, Anne Hidalgo, à la place de François Hollande ?

0:32
Anne Hidalgo

Il fera ce qu'il a à faire, mais je suis quand même un peu étonnée, si vous voulez, quelqu'un qui se présente comme anti-système, qui a été un énarque, qui vient d'une banque d'affaires, qui a été quand même conseiller du président de la République et qui a mis une bonne partie de la politique économique du pays qui n'a pas produit les effets et qui était plutôt en soutien de l'austérité et de ce qui se passait à l'échelle européenne. Je suis un peu surprise que, voilà, un personnage, en plus, sans trop de loyauté vis-à-vis de ceux qui l'ont aidé, bon, mais c'est leur affaire, moi, si vous voulez, j'essaye toujours de m'entourer plutôt de gens qui sont impliqués, concernés.

Vous savez, moi, je considère que quand on a une responsabilité, on doit faire ce pourquoi on nous a élus. Il est ministre de l'économie, il ne s'occupe pas beaucoup de l'économie du pays.

1:29
Présentateur

Un peu surprise de quoi ? Qu'il soit toujours au gouvernement ?

1:32
Anne Hidalgo

Un peu surprise qu'on continue à produire dans notre système médiatico-politique, parce qu'il est totalement dans le système médiatico-politique, des espèces de personnages qui, parce qu'ils auraient une certaine énergie, une volonté de tuer le père, la mère et les frères et sœurs, que finalement, on crédite cela, regardez sa structure de popularité. Je suis un peu surprise qu'on continue à mettre en avant ce type de profil. Moi, je n'ai pas entendu le début du commencement d'une idée. Il est quand même le pur produit d'un système, système très français. Il est un système de reproduction d'élite.

Il est totalement, pour ceux qui s'intéressent à Bourdieu, il est la caricature de ce que Bourdieu décrit comme étant une des faiblesses, un des mâles de notre société, de notre pays, à savoir cette reproduction des élites qui, un jour, arrivent et vous expliquent qu'ils sont hors système. Donc, voilà. Et être de gauche, non. Regarder sa structure de popularité, c'est surtout la droite qui considère qu'il est intéressant.

2:39
Présentateur

Thierry Breton, pas plus tard, qui a quelques minutes à notre micro sur France Inter, effectivement, se disait être plutôt d'accord avec ses idées. Lui, il se dit de gauche, il dit que c'est sa famille. C'est important quand même, il y a une primaire qui arrive.

2:49
Anne Hidalgo

D'abord, vous savez, le pays a besoin d'un nouveau souffle, de renouer avec la démocratie, avant même des femmes et des hommes, des gens qui se prennent pour des femmes et des hommes providentiels. Je crois qu'on est dans une crise démocratique profonde. Les idées sont plus importantes que celles et ceux qui vont les incarner.

Et dans celles et ceux qui incarnent les idées, il vaut mieux partir sur des femmes et des hommes qui ont une densité, qui ont compris aussi que le jeu collectif, qu'on n'est rien tout seul, qu'il vaut mieux travailler avec des femmes et des hommes compétents autour de soi et partir du fond plutôt que de partir des égaux et des caricatures que l'on peut voir et qui sont les productions d'un système médiatico-politique qui n'a pas bien fonctionné ces dernières années. Donc, voilà, moi, vous savez, je suis maire de Paris. Ce qui m'intéresse, c'est de faire en sorte, et la chronique d'avant montrait à quel point les villes, les villes capitales, les villes-monde ont un rôle important.

Ce qui n'a pas été dit, c'est que, par exemple, faire réussir Paris, c'est aussi faire réussir la France parce qu'une grande partie du PIB produit par Paris, par la métropole du Grand Paris est ensuite redistribuée sur toute la France. Moi, ce qui m'intéresse, c'est... Vous serez quand même pas la primaire, alors ? Je ne suis pas, non, parce que vous savez, justement, moi, j'ai été élue pour être maire de Paris et je pense que la première, vraiment, des responsabilités de toute femme et homme politique, c'est quand même de respecter ce pourquoi il a été ou élu ou désigné. Alors, on y vient.

Il y a un ministre de l'économie qui s'occupe de l'économie un peu mieux qu'il ne le fait aujourd'hui parce que, pour le coup, il y a une grande absence française sur ce plan-là.

4:35
Présentateur

On y vient. Vous êtes la première à mettre en place des restrictions de circulation. Vous avez dit que vous le feriez, vous l'avez fait, pour lutter contre la pollution en ville. Depuis le 1er juillet, toutes les vieilles voitures de plus de 19 ans sont interdites dans Paris en journée et en semaine. Lutter contre la pollution, ça veut forcément dire discrimination, Anne Hidalgo ?

4:50
Anne Hidalgo

Oh non, pas discrimination. Ça veut dire vraiment prendre des mesures importantes. Vous savez, aujourd'hui, on sait que la pollution, et notamment la pollution aux particules, tue. On sait que la pollution aux particules est essentiellement liée aux véhicules les plus anciens, mais surtout les véhicules diesel. À partir du moment où on sait, on n'a pas le droit de ne pas agir. Et d'ailleurs, je pense qu'un jour, il y aura, sur cette question du diesel et de la pollution atmosphérique, les mêmes actions en responsabilité pénale que celles qu'on a vues engagées, par exemple, dans le scandale de l'amiante. Donc, agir. Agir sur les causes, et donc agir sur les restrictions de véhicules.

Et puis, aujourd'hui, vous savez, dans une ville et une métropole comme celle du Grand Paris, il vaut mieux mettre le paquet sur les transports collectifs, les modalités de circulation douce, la meilleure relation Paris-banlieue ou banlieue-banlieue, ce qui est notamment l'objectif du Grand Paris Express et de toutes les mesures que nous finançons.

5:52
Présentateur

Parlons de la banlieue, justement, à Hidalgo, avec ce projet en plus qui se rajoute sur la fermeture des voies sur berge.

5:58
Anne Hidalgo

Il ne se rajoute pas, c'est un projet de restriction de la zone centre aux véhicules pour lutter contre la pollution.

6:05
Présentateur

Je voulais vous faire écouter la voix d'un opposant, si vous voulez bien. Il s'appelle François Pelletan, maire centriste de l'INA dans l'Essonne. Lui, il dénonce carrément un plan anti-banlieue. Vous l'avez peut-être entendu sur France Inter la semaine dernière, il a déjà prévu la contre-attaque. Non, on ne l'a pas. En tout cas, vous l'avez entendu. Il disait que c'était pour y d'en pour dents, il allait lui-même interdire aux Parisiens de ne pas traverser la N20 sans sa commune.

6:26
Anne Hidalgo

On est dans un pays de droit et il peut faire de la com, ça s'appelle de la com. Mais surtout, ce qui est important, c'est que...

6:32
Présentateur

Mais vous ne comprenez pas la colère des automobilistes, par exemple, qu'ils devraient acheter une voiture neuve ? Ce n'est pas rien, enfin...

6:37
Anne Hidalgo

Je comprends que dans un pays où on avait 1000 paquets sur le diesel, parce que tous les ministres avant ce gouvernement-ci avaient vraiment mis des incitations sur le diesel. Ségolène Royal a commencé à arrêter ces incitations à aller vers le diesel. Je comprends que tout d'un coup, les Français se soient réveillés en se disant « Mais on nous avait dit que ces véhicules-là étaient propres. Il y a eu le scandale Volkswagen. Il y a eu les moteurs et les tests truqués. Et tout d'un coup, on se réveille un peu avec la gueule de bois en se disant « Mince, je croyais avoir acheté une voiture en achetant une voiture propre. Et en fait, elle n'est pas propre du tout.

» Après, ça ne te met pas peur de pénaliser des gens qui n'ont pas beaucoup de moyens. Mais nous avons mis en place beaucoup d'aides, à la fois pour les commerçants, les artisans, pas simplement parisiens, puisque ces aides, on les a étendues aux commerçants et artisans qui sont en banlieue, mais qui travaillent à Paris, pour leur permettre de changer de véhicule. Vous savez, ces aides peuvent aller jusqu'à 9000 euros. Et elles sont cumulables avec les aides de l'État. Donc, bien évidemment que nous avons mis en place aussi des formules alternatives pour aider. D'ailleurs, je pense à un groupe comme Renault.

Ils ont plutôt félicité cette politique que nous conduisons, qui permet un renouvellement du parc automobile. Et ils font, par exemple, ce grand constructeur, lui, fait le choix de véhicules propres et de mobilité électrique, tout comme avec Autolib ou avec d'autres modalités de déplacement.

8:06
Présentateur

Anne Hidalgo, vous restez avec nous. On vous retrouve juste après la revue de presse. Il y aura aussi les questions des auditeurs. Je rappelle, 0145 24 7000 pour le standard. Hashtag interactive pour Twitter. Il est 8h30 sur Inter.