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Juan Branco débat avec François Bégaudeau à Avignon

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

un peu, j'ai l'impression. Et on va démarrer, donc, on va se donner un petit temps pour discuter, pour échanger autour de quelques idées forces, et puis évidemment, il y aura un bon moment pour que ce soit des échanges, pour que vous ayez la parole dans le gradin. On va démarrer avec ce constat, j'ai reçu avec AFSC, puisque j'ai la casquette de vice-président du festival ce matin, on a reçu le ministre de la Culture, qui m'a rappelé un pamphlet que Jean-Édard Nallier a écrit en 1974 à propos de Giscard d'Estaing, qui s'appelait « L'être ouverte au colin froid ».

J'ai rencontré le colin froid ce matin, il s'appelait Rister. Et donc, on va se poser la question, puisque c'est l'horizon indépassable que nous promet la Macronie, c'est-à-dire un bonheur incroyable, indépassable, après Fukuyama ou Hegel, qui pronostiquait la mort de l'histoire, est-ce qu'il faut vraiment se résoudre et se résigner à l'idée que la social-démocratie libérale soit le seul système économique politique dans lequel on vive et qui n'est pas d'alternative. On va réfléchir à ça un petit peu, on va discuter autour de ça.

Comment s'y prend l'oligarchie aujourd'hui pour nous endormir et nous faire croire qu'il n'y a pas d'alternative à ça ? Je vais te donner la parole, Juan, puisque c'est quand même l'objet de ton livre, crépuscule, sur comment l'oligarchie s'est organisée pour nous faire un président porte-clés, clé en main, qui nous explique que circuler, il n'y a rien à voir, l'histoire est terminée et on peut tous retourner se coucher. Bonsoir à tous.

Faste sujet, je vais juste donner peut-être un exemple post-crépuscule sur la capacité d'endormissement merveilleuse de nos supposées élites. C'est la nomination d'un grand homme de radio et de télévision, quelqu'un qui a toujours brillé par son intelligence, sa bienveillance, sa capacité à produire de la pensée, un certain Marc-Olivier Fugiel à la tête de BFM TV. Alors vous regardez ça, vous dites, bizarre quand même, qu'est-ce qui se passe ?

Pourquoi est-ce qu'on nomme cet être qui n'a jamais, évidemment produit quoi que ce soit, mais bon ça, ça correspond pas mal au cahier des charges de BFM TV, mais au-delà qu'il n'a jamais dirigé vraiment d'équipe, de médias ou autre, qu'est-ce qu'il fait là quoi ? Et on comprend évidemment d'une part que BFM TV a déplu au pouvoir, alors pour des raisons qui, pour les petites dames, sont difficiles à saisir, parce que BFM TV n'a pas été extrêmement agréable pour les gilets jaunes pendant cette période, mais a eu le tort de montrer des gilets jaunes, ce qui en soit déjà est un crime de laisse-majesté en Macronie. Donc on réorganise tout ça et on fait nommer ce Marc-Olivier Faugier pour une simple raison, c'est un très proche de Brigitte Macron et d'Emmanuel Macron, il avait même proposé un poste de chroniqueur sur RTL, je pense que ça aurait mieux correspondu à son niveau intellectuel et ses ambitions, mais bon tant pis, on a raté cette reconversion.

Et donc il propose ça à Emmanuel Macron en 2013-2014, il se rapproche beaucoup du couple Macron grâce à une certaine marchande que je ne vous présente plus, qui est la trafiquante de la chiche, version XXL, 500 kilos de la chiche, dans une camionnette, je ne sais pas si ça n'est pas une violation des règles, juste vous laissez de marchandises maximum quand elle s'est fait choper. Et donc Mille Marchand qui est présenté à Macron par Xavier Niel, lui ancien proxénète, qui a rencontré Mille Marchand à la prison de la santé, alors lui était dans la cellulogie, il ne paye pas, donc vous avez un mélange de très haute qualité comme ça, qui produit Marc-Olivier Fagiel à la tête de BFM TV, mais il manque quand même un maillon de la chaîne, et ce maillon de la chaîne c'est évidemment le propriétaire de BFM TV, qui est entre temps devenu Patrick Brahi, qui a acheté BFM TV et aussi Libération et L'Express, pourquoi ? Pour favoriser l'élection d'Emmanuel Macron, après avoir tenté de favoriser celle de François Hollande, et pourquoi est-ce que Patrick Brahi cherche à faire ça ?

Tout simplement parce qu'Emmanuel Macron avait donné à Patrick Brahi l'autorisation, écrite, il y a encore le décret, de rachat de SFR, au nez à la barbe de Bouilly et compagnie, alors que Patrick Brahi n'avait pas d'argent. Et comment est-ce que Patrick Brahi a racheté SFR ? Il a eu l'appui d'une grande banque, Goldman Sachs, qui elle-même a trouvé d'autres soutiens, Goldman Sachs donc celle qui a ruiné la Grèce, entre autres, mérite.

Et évidemment, il a dû rembourser Goldman Sachs et ses créanciers. Et il a fait ça comment ? Environ 5 000 personnes de SFR.

Et donc tout ça produit à la fin Marc-Olivier Fogiel pour essayer de redresser la ligne éditoriale de BFM TV, qui visiblement n'était pas assez proche du pouvoir. Et donc la nomination de qui pour commencer la saison ? De Alain Duhamel, qui doit avoir 90 ans peut-être, je ne sais pas, mais qui a cette capacité extraordinaire qu'on les a servis à subsister dans le temps, un peu comme Elkabach et quelques autres.

Donc voilà, pour vous donner une idée de comment est-ce qu'on nous distrait, alors nous on fait de la contre-distraction, vous racontant comment ça se passe de l'autre côté, mais comment est-ce qu'on nous distrait en imposant, en fait, parce que là je vous donne un exemple, mais vous imaginez bien que c'est une pratique récurrente et systématisée dans tous ces appareils de pouvoir avec un seul objectif, fabriquer du consentement, essayer d'orienter ou en tout cas d'endormir vos sens de façon à ce qu'il n'y ait pas de rébellion ni de révolution dans ce pays, non seulement du fait de l'injustice des politiques qui sont menées, mais aussi de l'identité de ceux qui nous dirigent, parce que tout ça évidemment ça produit quoi ? Ça produit de la médiocrité et de la bêtise, pour reprendre le titre d'un livre ici représenté. Bon sens, merci.

Bonsoir et toi. Moi je vais essayer de compléter ce que dit Rouen, avec lequel évidemment je suis d'accord, je pense qu'en fait il me semble que la pensée critique, on va l'appeler comme ça, en fait est obligée, enfin est amenée à, si elle veut bien embrasser l'ensemble du champ, jouer sur deux plans. Je pense que le plan que vient d'explorer Rouen à travers un cas d'espèce, très efficace, ce serait celui de ce qu'on appelle effectivement l'oligarchie, l'oligarchie, le grand capital.

Le grand capital, Drahi par exemple, aidé par une grande banque, laquelle est une banque mondiale et qui a une espèce comme ça de puissance, je dirais, de niveau planétaire, voilà, avec des grands argentiers, des chaînes de télé particulièrement influentes, effectivement BFM c'est un peu la chaîne de télé du moment. Là vraiment on est dans des fonctionnements oligarchiques, c'est vraiment une poignée je dirais de gens tout à fait importants, tout à fait puissants, qui s'échangent également leurs puissances, qui se soutiennent les uns les autres et qui arrivent comme ça à raisonner toute une population. Donc je pense que ça, vraiment ça me paraît une analyse très pertinente, je pense que c'est vraiment le prix d'un livre comme Crépuscule et de ce que raconte Rouen publiquement depuis quelques mois.

Moi je vais remettre ma petite spécialité à moi universitaire, je dirais, dans mon petit domaine de recherche à moi, j'ai monté un labo là-dessus, est à la fois peut-être moins spectaculaire, moins truculent d'une certaine manière, peut-être plus laborieux, mais en mettant plus large et c'est ce que j'appellerais le bloc bourgeois. Alors le bloc bourgeois c'est plus de gens, c'est plus de gens et c'est pas des gens qui ont forcément énormément de pouvoir, énormément d'argent, c'est pas des gens qui ont du grand capital, mais qui sont les soutiens indéfectibles des gens que vient de décrire Rouen, et que tu t'écris de page en page dans ton livre ou dans d'autres écrits ou dans tes prestations publiques. Le bloc bourgeois c'est espèce de minorité tout à fait agissante, minorité qui a un certain nombre de levées de pouvoir, qui a du patrimoine déjà, qui a de l'argent, et dont on ne dit jamais assez une chose simple pourtant, et je m'étonne de ne pas l'entendre plus souvent, que par exemple cette minorité vote à 100%.

C'est-à-dire qu'on met souvent en avant le fait que les classes populaires ne votent pas, en général on dit la classe ouvrière vote FN, c'est faux, la classe ouvrière ne vote pas statistiquement. La majorité des gens qui appartiendraient de la classe populaire ne votent pas, se désintéresse tout à fait ça, et alors effectivement la majorité de ceux qui votent, mais qui sont une minorité parmi les classes populaires, a tendance à se tourner vers un vote d'extrême droite ou encore une fois vote de gauche radicale ou de gauche de gauche, enfin de gauche en fait. Ça, ça marche toujours, dès qu'on en met dans la gueule du PS, là on est sûr que c'est ça.

Non, et là, le bloc bourgeois, lui, vote à 100%, moi par exemple je ne connais pas un bourgeois qui ne vote pas. Donc c'est aussi pour ça, c'est une des explications, mais il y en a plein d'autres, une des explications du fait que cette minorité arrive toujours à mettre au pouvoir, à la faveur d'élections, entre autres choses, entre autres manœuvres de pouvoir, parce que l'élection en fait partie, mais c'est pas la seule. Par exemple, placer des gens dans les médias, placer des gens dans les conseils d'administration ou à la tête de grandes banques, mais il y a aussi, les élections font partie quand même d'un organigramme du pouvoir, en quelque sorte, et donc je crois que c'est une des clés qui explique que cette minorité, cette minorité quantitative, c'est 10-15% de la population en fait, le bloc bourgeois, arrive toujours à mettre leur fondé de pouvoir, comme disait Marx, au pouvoir, enfin à le désigner comme président, parce que ça vote maximalement.

Et ces gens-là, effectivement, sont plus discrets, mais ils sont des soutiens idéologiques, au sens où ils seraient totalement imprégnés de l'idéologie libérale, ils épousent totalement les canons de la pensée capitaliste, de la pensée méritocratique, enfin tout ça, ils sont des piliers conceptuels de l'édifice de la société telle qu'on la connaît, et ces gens-là adhèrent à ça, adhèrent silencieusement, d'ailleurs ils sont pas très brillants, ils sont là, mais tout le temps, et donc ils ont évidemment massivement voté Macron en 2017, mais auparavant ils votaient pour l'autre représentant désigné de la bourgeoisie, donc ça c'est quand même important, et c'est à ça qu'on a affaire, alors après j'ajouterais une dernière chose par rapport à, si on prend l'exemple de Rouen, c'est-à-dire BFM, bon, BFM est une chaîne, voilà, on sait ce qu'elle est, on sait ce qu'elle véhicule, mais, comment dire, la question qu'on pourrait se poser, c'est par exemple, une fois qu'il n'y aurait pas ces, si on faisait l'hypothèse absurde, ou l'hypothèse de travail, c'est-à-dire qu'il n'y aurait plus ces manœuvres-là, il n'y aurait plus par exemple un trahi pour désigner tel patron de BFM, lequel désignerait tel sous-chroniqueur comme Fogiel, qui serait lui-même en amitié avec le pouvoir, etc. Cette espèce comme ça de constellation d'intérêts qui convergent les uns avec les autres, qui se soutiennent les uns les autres. S'il n'y avait plus de manœuvre oligarchique, en quelque sorte, il resterait quoi ?

Est-ce que le système s'affaisserait ? Ça, c'est ça la question qui nous est posée. Eh bien moi, je pense que non.

Je pense que non. Et je pense qu'une des raisons pour lesquelles, la vraie raison de notre impuissance politique, ou en tout cas du fait qu'on ait du mal à engager un rapport de force favorable, malgré les mouvements sociaux qui ont quand même sérieusement ébranlé la société depuis quelques mois, là, c'est plutôt à chercher dans la force insidieuse du capitalisme, la force insidieuse du libéralisme qui fait qu'il contamine nos corps, il contamine nos esprits et sans forcément avoir à en passer par BFM. Je dirais par exemple, pour conclure pour l'instant, moi, je ne me demande jamais, enfin, on peut se demander jusqu'à ce point BFM pénètre nos cerveaux, puisqu'on prend cet exemple-là, je pourrais prendre d'autres chaînes ou d'autres médias.

Moi, ce qui m'interroge, c'est comment se fait-il que moi-même, qui suis tout à fait conscient que BFM véhicule de la propagande, qui suis tout à fait conscient de l'identité de ses propriétaires et de leurs intentions politiques, comment c'est-il que je le regarde de temps en temps ? Ben oui. Une des raisons pour lesquelles je regarde de temps en temps BFM, c'est que je suis fatigué.

Il m'arrive d'être fatigué. Je rentre chez moi, je suis fatigué. Et pour m'informer comme ça de façon un peu rapide, je me dis que BFM, c'est toujours une valeur sûre, non pas pour m'informer véritablement des choses, mais en tout cas pour m'informer, c'est ces informations en seconde main qui ne seraient pas quel est le réel, où en est la réalité, mais de quelle réalité est-on en train de parler aujourd'hui en France ?

C'est de ça qu'informe BFM, c'est pas du réel, mais c'est du réel qui, ce jour-là, fait l'objet d'un certain nombre de discours et de conversations. Et ben là-dessus, on est tous impliqués. Et une des raisons pour lesquelles j'allume BFM, c'est parce que je suis fatigué.

Une raison pour laquelle je suis fatigué, c'est parce que je travaille trop. Et une des raisons pour lesquelles je travaille trop, c'est parce que j'ai été pris dans une espèce d'idéologie du travail, et de la performance, et de la rentabilité. Une des raisons pour lesquelles je travaille trop, c'est qu'il faut que je travaille aussi pour me marchandiser et pour obtenir une certaine valeur sur le marché, en l'occurrence le marché culturel.

Ça, c'est ce que j'appelle les effets de structure profond. Et c'est ces effets de structure profond que je trouve les plus prioritaires à évaluer. Ce que fait d'ailleurs Juan, tout à fait, parce que son livre, ta pensée est très systémique.

Mais moi, je mettrais en avant un autre pan, je dirais, d'un analyse systémique qui serait comment le capitalisme nous a tous colonisés, même tous qui sommes ici et qui sommes probablement unis par le sentiment que ce système est relativement inacceptable. Je pense que c'est un peu ça qui ferait le ciment de nous tous ici ce soir, à part quelques éléments qui sont venus en espionnage. J'aperçois par exemple une femme de droite là-bas, tout à l'heure.

Je la reconnais à son visage, tout simplement. C'est des physionomies qu'on connaît bien. Donc ce qui fait notre point commun ce soir, c'est, je pense, une certaine perplexité devant la pertinence de vivre dans une société régie par des rapports de production capitaliste.

Et en même temps, nous sommes tous pris dedans, d'une certaine manière et à tel ou tel degré. C'est là-dessus que je pense qu'il faut aussi travailler. D'ailleurs, ça me fait penser à Marcel Aimé avait écrit, je ne sais pas si tu te souviens de ce livre, Le confort intellectuel.

Il avait bien balisé comment la bourgeoisie n'a pas besoin de se défendre parce qu'en fait, on la défend passivement. Voilà. David, toi, tu t'es loué au début du mouvement des Gilets jaunes, devant cette évidence qu'il y avait une main basse sur la République par Alain Macroni.

Tu t'es loué de cette mobilisation soudaine, massive, des intellectuels et du monde de l'art vivant dans une chronique d'une trentaine de pages. Tu peux nous en parler ? Oui, d'ailleurs, d'abord, on remercie Juan et François, et on te remercie, parce que, voilà, cette chose se réalise ce soir ici.

C'est des choses qui ont eu de plusieurs conséquences, en fait, de circonstances, qui ont fait que, voilà, on se trouve ici, ce soir, devant vous, en fait. C'est vrai que, pour moi, c'était parti, bon, l'histoire des Gilets jaunes, sur lesquelles je me suis évidemment tout de suite, non seulement reconnu, mais investi, impliqué, d'une manière sans limite, j'allais dire. Et c'est au bout d'un certain temps que j'ai regardé autour de moi, puisque moi, je viens plutôt de la sphère culturelle, je dirais, du théâtre.

C'est pour ça que c'est Avignon, c'est bien. Et de dire, tiens, mais il y a mes camarades et tout. Je dis, alors, les copains, les copains, et tout.

Je me retourne et il n'y avait personne. Donc, j'ai regardé, j'ai appelé, bon, il y a les réseaux sociaux, etc. J'ai mis les Gilets jaunes, machin, etc.

Bon, en mettant, on était pris là-dedans. Et tout d'un coup, un mois a passé. Et tout d'un coup, au bout d'un mois, j'ai un truc qui m'a brûlé dans mon ventre.

Et il y a un texte qui est sorti, que j'ai écrit. Bon, je ne suis pas ni Rouen, ni François, je n'ai pas ce talent d'écriture. Mais n'empêche que j'ai sorti de mon corps un texte de 30 pages qui s'intitule « La société du mépris et l'insurrection qui s'en subit ».

Il se trouve que Valéry Grail, un jour, a lu ce texte sur Facebook, d'ailleurs. C'était vraiment le moyen de communication des Gilets jaunes, que je remercie d'ailleurs. J'envoie ce truc ici dans la salle.

J'avais juste amené ça parce que le mien, je l'ai oublié dans ma voiture. Et c'est pour dire que tout d'un coup, je me suis dit… Donc, j'ai écrit ce texte qui a été relayé. Après, il y a eu la coordination.

Ça a aussi provoqué des coordinations Gilets jaunes artistes. Mais vraiment, le sentiment de colère et de honte, de honte qui m'a habité vraiment dans ces deux mois, je me suis dit… Parce qu'avant, il y avait eu « Lui debout », il y a eu la loi travail, il y a eu ça. Et je me disais, c'est bizarre, comment ça se fait que mes collègues, camarades, artistes, directeurs de salles, directeurs de théâtre, metteurs en scène, tous les gens qui sont ici aujourd'hui à Avignon, aujourd'hui dans les rues que nous croisons, se sont tués.

Voilà. Comment c'est possible ? Alors, après, on pétitionne, il y a des pétitions, mais c'est la mode des pétitions.

On est sur l'homophobie, on est sur les migrants. Vous savez, le mot d'ordre, c'est les migrants. Par exemple, dans le festival d'Avignon Line, l'année dernière, il faut savoir qu'Olivier Pie, le directeur de ce respectueux festival, a dit que la révolution était juste avant les Gilets jaunes, et que c'était vraiment fini depuis très longtemps, et il a dit que c'était le seul théâtre qui pouvait sauver le monde.

Et aujourd'hui, il n'y a pas, vous pouvez regarder dans le programme d'Avignon, il n'y a pas l'occurrence du mot Gilets jaunes dans le programme d'Avignon. Ça n'y est pas, vous pouvez vérifier. Je disais tout à l'heure à François et à Juan, ils ne sont pas invités, Juan et François, dans les ateliers de la pensée qui sont dans le festival d'Avignon.

Ça rejoint aussi complètement, pas forcément le truc de l'oligarchie, quoique on ne sait pas comment ça se passe après au niveau de l'argent, mais de la bourgeoisie par contre. De la bourgeoisie, complètement. C'est-à-dire, comment dirais-je, l'endroit de l'autocensure et de la censure qui se pratiquent chez les directeurs de théâtre, dans les moyens de production et de grosses productions, des centres dramatiques nationaux.

Moi j'ai interpellé mes camarades, mes collègues, je leur ai dit, « Où êtes-vous ? » Olivier Pi, Stanislas Nordé, des gens qui en général, il n'y a pas qu'eux, il y en a plein d'autres. Je peux aussi citer Jean-Michel Arrive, plein d'autres gens que je connais. « Mais qu'est-ce que vous faites ?

Où êtes-vous ? Pourquoi n'intervenez-vous pas pour dire pourquoi même non vous n'êtes pas d'accord ? » Parce qu'après il y a eu des insultes.

On a été insultés. Et vous le savez, on a été insultés parce qu'on nous prenait pour des homophobes, des antisémites, je ne sais quoi. Bon, c'était épouvantable ce qui s'est passé cette année.

C'était épouvantable. C'est pour ça que cette chose-là, quand Valérie m'a dit, « Tiens, c'est intéressant d'après ce qu'on ne se connaissait pas, mais je sais que le texte de François va t'intéresser », j'ai lu le texte de François, elle m'a dit, « Est-ce que tu veux le lire ? » J'ai dit, « Évidemment, oui ! » Parce que c'est exactement… C'était comme si des moments… Je n'ai pas le talent de François, mais… C'est comme si je l'avais écrit… Tiens, t'as un paragraphe, hein, pas tout, oui, mais… Et quand j'ai vu… Je disais tout à l'heure à Juan, je disais, « Je ne peux pas savoir à quel point, des fois, dans ces moments-là, on est dans une solitude, une rage. » On s'est dit, il y a des moments où on a pleuré de rage et de solitude parce que nos camarades, nos amis, nos partenaires, nos potes, des gens professionnels, du professionnel, et je ne parle pas que des gens de la culture, je parle des journalistes, dont maintenant nous savons que les trois quarts sont complètement corrompus, je parle des intellectuels, alors là, c'est carrément les… je ne sais pas combien, c'est les cinq quarts… Ils sont complètement corrompus.

On l'a vu, on les a vus en direct. Voilà, on les a vus en direct. Donc, tout ça, c'était une digression.

Pour revenir vraiment au sujet qui est vraiment cet endroit de l'ici et maintenant, qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe avec, soi-disant, les élites intellectuelles ? Et c'est un vrai appel, je dis, que font d'abord les artistes et qu'ils sont à Avignon ?

Et pourquoi une telle omerta sur le plus grand mouvement social insurrectionnel et presque quasiment révolutionnaire qui a eu lieu, non pas depuis mai 68, mais depuis 1789 ? Comment se fait-il que les gens pétitionnent contre l'homophobie, pour le climat, pour les migrants, etc., etc., et ne pétitionnent pas, en tout cas ne s'engagent pas sur l'endroit du débat démocratique de leur propre pays ?

Comment c'est possible ? Comment c'est possible que les artistes puissent être très bien payés pour faire des programmes de spectacle où ils vont défendre la misère du monde en étant payés 10 000 euros par mois ? Comment c'est possible ?

Est-ce qu'on va continuer à tolérer ça ? Voilà, voilà, ça c'est juste pour commencer. On va pouvoir se poser la question de, est-ce qu'on s'assoit, est-ce qu'on laisse faire le système ?

C'est quoi, c'est moi qui arrive ? Ah oui, c'est un téléphone qui...

Non, c'est la captation qui déconne un peu. Qui mémorisait la captation, c'est piégeux. On en discutait ce midi, c'est qu'est-ce qu'on fait en attendant 2022 que Macron soit réélu ?

Ou est-ce qu'on va lui jouer des sales tours ? Je crois que tu as quelques idées. Moi j'ai juste une anecdote, je ne sais pas si oligarchique ou bourgeoise, ou les deux, sur laquelle...

Enfin, évidemment, la réponse c'est, on va se battre pour tout ce qui ne remet pas en question notre propre position sociale. Ça c'est le propre de la bourgeoisie, je pense que c'est détaillé dans l'histoire de Davidis. En tout cas, moi j'ai ressenti très brusquement, j'ai une anecdote de cet ordre-là, parce que j'ai décidé de ne me parler que par anecdote ce soir.

J'étais au Festival de Cannes pour plusieurs raisons, là en mai, parce que j'y suis toujours allé, parce que mon père est...

C'est un peu une histoire intéressante, le Festival de Cannes, un truc qui montre plein de paillettes et qui en même temps permet à du cinéma d'auteurs, d'auteurs exigeants du monde entier, de se faire voir. Donc nous on était les petits du cinéma d'auteurs portugais qui apparaissaient entre Brad Pitt et compagnie. Et donc on a un petit accès à ce festival depuis 20 ans.

Et donc je me suis dit, bon bah là je vais y aller avec un gilet jaune, ça va être marrant, etc. Et il se trouve qu'il y a une des personnes qui s'occupe de la sécurité sur les marches, qui me reconnaît, et qui vient me voir. Alors je me dis, merde, il va me prendre mon gilet.

Et en fait il m'avait juste reconnu, il vient me dire, je venais vous féliciter au milieu des marches. C'était bon, mais très bien. Et donc du coup je commence à parler avec lui, et j'ai dit, mais j'ai un gilet jaune, enfin parce que, bon c'est une histoire compliquée, mais vous pouvez monter plein de fois les marches.

En fait vous montez les marches pour voir des films à Cannes, vous ne montez pas les marches pour vous montrer, à moins que vous soyez une légérie l'oréale, c'est juste une façon de vous permettre d'accéder à la culture théoriquement, grand théoriquement. Et donc à deuxième ou troisième fois on se dit, mais est-ce que je peux montrer mon gilet jaune et tout ? Ah non, instruction très stricte.

Tous les gilets jaunes on les choppe, et du coup j'ai parlé avec d'autres personnes qui ont essayé, qui se sont fait prendre en deux secondes leurs gilets jaunes. Par contre on nous a donné ordre de laisser passer tout ce qui est écologie et féminisme. Et c'est incroyable.

Non mais vraiment, il y avait des instructions claires du Festival de Cannes là-dessus. Pourquoi ? Parce que d'un côté il y a quelque chose de véritablement transgressif pour la position sociale, y compris des artistes qui participent à ce festival, et de l'autre il y a quelque chose qui permet de faire du lavage de marques, c'est-à-dire on fait du féminisme dans peut-être l'endroit le plus misogyne qui existe sur Terre, et du coup ça vous permet de montrer, bah oui mais vous regardez, on est du bon côté.

C'est exactement pareil pour le reste, vous votez Macron qui expulse les migrants comme tous les autres, et qui empêche l'Aquarius d'arriver en France, mais par ailleurs, évidemment vous faites des pièces de théâtre en disant que c'est pas bien de le faire. Donc voilà, ça c'est juste pour, à mon avis, l'explication est aussi simple que cela. C'est-à-dire que c'est une pure explication d'intérêt.

Et ce que j'essaie d'expliquer dans Crépuscule, c'est comment justement l'oligarchisation de la société finit par créer un espace à varier, un espace public à varier, dans lequel vous ne pensez plus par idée, mais par intérêt. Et dès le moment que vous ne pensez plus par idée, l'altérité n'existe plus. L'idée, c'est ce qui vous permet de vous raccrocher à l'autre.

En négatif, en positif, il y a des idées terribles, tout ce que vous voulez. Mais dès que vous pensez à l'idée, vous vous dépassez vous-même. Alors que sinon, en fait, vous restez dans un pur rapport d'intérêt au monde, c'est-à-dire centré sur votre propre âme, votre propre individualité.

Et évidemment, du coup, vous pouvez être dans une négation complète de l'existant, y compris de mouvements comme ceux des Gilets jaunes. Voilà, j'avais d'autres choses à dire, mais j'ai oublié. L'idée, c'est, voilà, François, est-ce qu'on attend 2027 ou est-ce qu'on va un peu ambiancer la vie politique française ?

Moi, pour ce qui me concerne, j'ai prévu, et donc je le ferai parce que j'ai pas l'habitude d'annoncer des choses que je ne fais pas. Je vais prendre le pouvoir en 2031. Alors ça sera un pouvoir dictateur.

Non, n'employissez pas, vous n'aurez aucun pouvoir. Je vais prendre gouverner seul, enfin voilà. Alors j'aurai peut-être un premier ministre qui sera dit, dis-donc, on passe, mais vraiment, je consens à partager le pouvoir avec lui, mais c'est tout.

Non, je vais revenir sur la raison pour laquelle les...

Pourquoi le monde de la culture, le monde du théâtre, on va dire, il faudrait voir un petit peu d'un champ culturel à l'autre, d'ailleurs. D'ailleurs, ça ne veut pas exactement de la même manière l'indifférence aux Gilets jaunes, voire même la réprobation vis-à-vis des Gilets jaunes. Bon, tout ça est quand même cousu de fil blanc, quoi.

C'est-à-dire, moi, ce qui m'a frappé, je le raconte, mon histoire de la bêtise, j'étais un jeune provincial dans les années 90, je regardais le monde de la culture un peu de loin, à la télé, j'aspirais un peu à en être, en tout cas pas à en être vraiment, j'aspirais à écrire des livres. Bon, donc c'est un milieu qui m'intéressait. Je me disais, tiens, c'est quoi ces gens ?

Et il y avait une réputation, j'entendais partout, que le milieu culturel était de gauche. Parce qu'il y avait un milieu culturel de gauche, il y avait parfois même des intellectuels de droite pour s'en plaindre, dire « Ah ben là, les cultureux, ils veulent tous à gauche ». Et effectivement, on voyait que quand Mitterrand se représentait en 88, il avait à peu près toute la culture derrière lui, il y avait même des publicités qui avaient été faites à l'époque, comme une espèce de campagne de soutien, on se souvient de Renaud, Tonton laisse pas béton, ce genre de trucs, quoi.

Donc ce qui pouvait donner l'illusion que, effectivement, le monde de la culture était à gauche, quoi. Bon, en fait, le monde de la culture était pas à gauche, le monde de la culture était de centre-gauche, centre-droite, et donc allait très mécaniquement se retrouver à être macronien, le jour où, effectivement, l'illusion PS allait se dissiper pour bien montrer qu'elle était le fondement du PS depuis le début, c'est d'abord d'être un parti social-libéral, centre-gauche, centre-droite, enfin bourgeois, quoi. Non, le milieu culturel est pas de gauche, et je pense que, en présentant le théâtre, je pense que, pour être tout à fait précis, et là je vais donner que des hypothèses de travail, parce que ça mériterait une documentation bigose, mais l'hypothèse que j'ai, c'est que, par exemple, le maillage territorial du théâtre décentralisé, qui s'est inventé après-guerre, en gros, était très largement, pardon de le dire et pardon de le rappeler, était activé, était orchestré, était animé et vitalisé par des communistes.

C'était tout à fait adossé à la grande époque du Parti communiste, alors, qui a sa part obscure, et c'est peu dire, le Parti communiste, mais qui a eu pour lui, quand même, d'inventer un maillage territorial, culturel, de pratiquer des pièces au populaire, d'avoir aspiré à emmener les ouvriers au théâtre, etc., etc. Je passe sur le détail de ce qu'a été, par exemple, le communisme municipal, etc.

Et le théâtre décentralisé était très largement, je veux dire, encadré, pour le meilleur et pour le pire, d'ailleurs, on pourrait dire que c'était un peu une mainmise du PC sur ce maillage-là. Mais il y avait vraiment, je pense, des gens qui avaient profondément et politiquement le souci véritable des classes populaires. Et puis, les choses étant ce qu'elles sont, les pères fondateurs ou les pères originels de ce théâtre-là ont vieilli, ont à un moment passé la main.

Et ils ont passé la main à une autre génération qui est arrivée, de cadre du théâtre public, et qui était plutôt d'une autre obédience, qui était tout à fait années 80, les années langue, c'est-à-dire, en gros, ce qu'on a appelé à l'époque la gauche caviar, enfin, vous voyez, la gauche culturelle. Alors là, changement d'ambiance, changement d'ambiance. Et là, se crée un entre-soi, tout à fait en deux gammes, de bourgeois de gauche.

De bourgeois de gauche. Alors voilà, on voit bien ce qu'on entend par gauche à ce moment-là. Et donc, c'est pas étonnant que...

Je pense que, de toute façon, il y a un passif bourgeois du théâtre, et que je pense qu'il y a un long passif bourgeois du théâtre, et que peut-être ce moment communiste du théâtre décentralisé aura été une parenthèse par rapport à, je dirais, un invariant bourgeois du théâtre. Je pense que, globalement, le théâtre est animé, et investi par des éléments qui sont issus de la bourgeoisie, ou qui accèdent à la bourgeoisie en faisant du théâtre, quoi. Donc il est quand même pas assez...

Il est pas du tout étonnant que les gilets jaunes arrivant, étant vraiment comme ça une effraction du populaire sur la scène publique, c'est vraiment ça, les gilets jaunes, et c'est pour ça qu'on les aime, c'est pour ça qu'on les a soutenus, enfin, je veux dire, que quiconque se soucie des classes populaires a immédiatement eu le réflexe de se dire « Il faut en être, quoi. Il faut le soutenir, absolument. » Je veux dire, au contraire, il y a eu un réflexe de classe, de la population culturelle, des cultureux, qui était un réflexe...

Je pense que moi, je crois beaucoup aux intuitions de classe. Ces gens-là ont tout à fait senti qu'il y avait une espèce de conflictualité de classe, en tout cas une hétérogénité de classe, entre un mouvement comme les gilets jaunes et eux-mêmes. Ils ont bien senti que, d'une certaine manière, les gilets jaunes venaient leur dire « Merde ! » d'une certaine manière, l'oligarchie dont on parlait, l'entre-soi à laquelle on s'attaquait, les théâtreux, les cultureux en étaient absolument partie prenante.

Ils en étaient même des maillons absolument essentiels. Donc il n'y a rien de très...

Alors qu'est-ce qui pourrait faire que...

Enfin, ça c'est une question, je finirai là-dessus, mais qu'est-ce qui pourrait faire que des éléments de la bourgeoisie puissent être sensibles au sort des classes populaires ou puissent se reconvertir en animateurs insurrectionnels ? Il y a par exemple des gens comme Juan Branco. C'est que, je pense qu'à mon avis, il y a un sous-vassement, je dirais, à la fois romantico, pathologico-esthétique.

Non, non, mais tu vois, je pense qu'un jour, il faudrait que tu racontes ça un jour, Juan. Non, non, mais il faudrait que tu racontes vraiment pour de vrai comment tu as trouvé l'énergie ou comment ton corps, à un moment, a eu envie de faire sécession des mouvements insurrectionnels. Mais l'ordinaire d'un bourgeois, ce n'est pas du tout de faire sécession, c'est de continuer à avoir des réflexes de classe, et c'est des réflexes venus.

Alors par ailleurs, moi, je voudrais finir là-dessus, juste sur le féminisme, l'écologie, tout ça, quoi. C'est-à-dire que la façon dont le théâtre s'empare de la politique, et c'est toujours effectivement des thèmes dissociétaux. Il faut le resituer, il y a deux raisons majeures à ça.

Premièrement, l'écologie, pris d'un certain point de vue, ne menace pas le capitalisme. Moi, je pense que l'écologie, quand on apprend au sérieux, évidemment qu'elle menace le capitalisme, mais on peut très très bien être écolo à deux balles, écolo superficiellement, sans menacer le capitalisme. Le féminisme, pris d'un certain point de vue, c'est-à-dire pris par un angle extrêmement faible, sur un angle, oui, il y a des méchants hommes qui parfois harcèlent des gentilles femmes, et donc évidemment, on est de côté des femmes, absolument.

Bon, ça, ça ne menace pas le capitalisme, je veux dire, ça ne remet pas en cause l'organisation que le capitalisme de la société. Donc ça, c'est la première raison pour laquelle, effectivement, un metteur en scène bourgeois ou un auteur bourgeois peut tout à fait s'emparer de ces thèmes-là, et les mettre en scène à travers des fictions théâtrales, des dramaturgies diverses et variées. Mais la deuxième raison, je crois aussi, moi, ça m'a toujours frappé en fréquentant la bourgeoisie, c'est sans l'absolue inculture politique de la bourgeoisie.

Inculture politique de la bourgeoisie. C'est-à-dire que ce n'est pas tant qu'ils sont anticommunistes, ces gens, ou anti-marxistes, ou anti-anarchistes, ou... je veux dire, c'est juste qu'en fait, ils ne savent pas ce que c'est.

Ils n'ont jamais grandi dans des milieux où la politique, comme moi, j'ai grandi dans un milieu où la politique était dans l'air, la politique était partout, et donc j'ai eu une espèce d'éducation dont je ne peux pas me targuer, parce qu'elle était presque spontanée. Mais un bourgeois, quand il grandit, il n'y a pas beaucoup de politique autour de lui. Donc en fait, tout ce qui chope de thèmes que lui, il va appeler politique, c'est les thèmes, disons, ce que j'appelle le CM2, le niveau CM2 de la politique.

À savoir, le racisme, c'est bien ou c'est pas bien ? Ben, plutôt pas bien. C'est-à-dire un type de...

Je veux dire, taper une femme, c'est bien ou c'est pas bien ? Ça dépend quelle femme, donc ça, c'est ma réponse à moi. Mais la réponse du CM2, c'est plutôt de dire, c'est pas bien.

Donc je pense qu'il faut mettre ça aussi sur le compte, en dernière instance, de l'immense bêtise politique de la bourgeoisie que Rouen pourrait confirmer, d'ailleurs, pour avoir plus préconcés que moi, ces gens-là. Elle se rappelait que la Révolution française, elle a été faite par des démissionnaires de l'aristocratie. Et donc, Rouen, est-ce que tu te sens des missionnaires de la bourgeoisie ?

En tout cas, je suis parti avec leurs outils. J'ai vraiment poussé à...

Non, mais c'est vraiment ça, l'idée. Et l'idée, c'est de transmettre les outils. C'est pas rester en position...

Enfin, de reproduire une position de domination en me filtrant de cette structure dominante. Donc l'idée, c'est vraiment de transmettre au plus...

Donc moi, j'ai eu un parcours...

Enfin, je sais pas, sous ma comblaoutée. En gros, je suis toutes les...

Ne serait-ce que l'expression latine me permettre de le montrer. Je coche toutes les cases qu'on est en droit d'attendre d'un enfant de la bourgeoisie. En gros, j'essaie de faire au mieux.

Et donc, je capte tous les dispositifs de reproduction sociale, etc. Et à un moment, j'ai redistribué en disant, en fait, ça se passe comme ça. Et c'est quelqu'un...

Évidemment, si vous le dites de l'extérieur, comme les Pinson-Charlot, vous avez beaucoup moins de potentiel transgressif que si vous avez parcouru vous-même le truc et que vous en sortez avec. Et vous dites, ben non, en fait, c'est complètement nul. Et c'est pas quelqu'un qui a été extérieur et qui, du coup, pourrait être jaloux.

Enfin, voyez tous les trucs qu'on va pouvoir raconter sur ceux qui ont une posture critique par rapport à l'appareil dominant qu'on pourrait leur attribuer. Donc oui, cette exfiltration, et j'ai écrit un texte dessus que je vais peut-être publier bientôt qui explique, en fait, les raisons non-glorieuses. Du fait qu'à un moment, vous sortez de votre classe sociale, il n'y a pas d'hérolisation là-dedans.

C'est toute une série de circonstances que vous ne contrôlez pas qui font que pour respirer et pour cesser d'étouffer dans un milieu qui est quand même très conforme, très chloroformé, dans lequel la vie est quand même très absente, parce qu'à force de reproduction et de médiocrisation, vous retrouvez face à un néant, en fait, une absence de pensée sidérante. Vous vous retrouvez face à des gens qui, à force de chercher à accaparer, n'ont plus...

C'est ce qui m'a pu se marquer en rencontrant des personnes comme Xavier Niel, qui pèsent 7 milliards d'euros et dont la seule obsession restait de produire de l'argent. Et un moment, je lui dis « Bon, ben, on va produire un Godard. » Et elle me dit « Oui, seulement si c'est rentable. » J'ai dit « Bon, ben, ok. » Il m'est mal barré, quoi.

Il ne savait pas qu'il était Godard. Donc, vous voyez, il y a un moment où on est face à une telle névrose. Quand les gens rient, ça fait trembler.

Vous avez fait votre vie. Vous êtes mariée Adelphine Arnault, fille de la personne la pureuse de la terre. Ça fait trembler la caméra.

Ça va, quoi. Vous avez couché toutes les cases, vous aussi, à votre niveau. Vous pouvez peut-être recommencer à réfléchir.

C'est la capacité à montrer, en fait, une forme de supériorité, si ce n'est morale, du moins symbolique, par rapport au reste de la société qui légitime sa propre position de domination au sein de la société. Ce qui explique que des personnes qui sont pigistes, qui n'ont aucun capital, puissent être les personnes les plus emplies de morgue que vous trouviez, les meilleurs soldats du système existant et soient prêtes à écraser quiconque menace le système existant. C'est extraordinaire d'avoir des personnes soumises comme ça asservies littéralement et pas celles de la droite.

Mitterrand arrive au pouvoir en 1981 et il y a évidemment toute la Parisianie qui est obsédée à l'idée de le faire tomber. Toute la bourgeoisie financière de la rive droite qui essaie de l'écraser. C'est à ce moment-là que commence à se mettre en place l'opposition et le droit de la gauche.

Et donc, il doit constituer une bourgeoisie qui va le soutenir, qui va avoir une légitimité différente, qui va lui permettre après de créer des relais d'opinion au sein de l'espace national qui vont lui permettre la protection du pouvoir. Et c'est de là que naît la politique culturelle extrêmement généreuse des années-langues, des suivantes. C'est-à-dire, c'est l'idée qu'on va reconstituer une élite à nous qui va faire contrepoids à l'élite de la droite et qui va permettre de nous asseoir.

Donc, évidemment, quand vous nourrissez des personnes, ces personnes deviennent, enfin, vous appuient et donc deviennent de gauche. Mais sauf que, où est le vice de forme de cette fabrication d'une élite supposément de gauche ? C'est qu'au moment même où vous leur donnez des prépandes, vous les sortez de la seule question qui vous fait être véritablement de gauche qui est la question sociale.

Vous les immunisez du risque social. Vous créez un système dans lequel ils vont être parfaitement protégés et qui vont faire qu'ils vont cesser très rapidement de se poser la question sociale et donc ils ne vont plus être de gauche. donc ils vont continuer à être des soutiens des forces de gauche mais ces forces de gauche vont opérer un recentrement voire une droitisation de plus en plus massive et il ne va y avoir aucun contrepoids.

Et donc, finalement, on se retrouve avec ces gens qui deviennent de droite tout simplement parce que, sociologiquement, ils sont devenus des bourgeois, des personnes de droite et les forces qui les représentent sont aussi devenues...

Et à aucun moment, il n'y a eu la constitution d'un contrepoids politique à cette dérive qui était inscrite et une des raisons, je pense, de ma compréhension intime de ces phénomènes et même au-delà de mon arrachement à tout cela, c'est que je suis le fruit d'une de ces nouvelles bourgeoisies qui sont nées de ces politiques culturelles. Mes parents, en fait, se sont construits grâce à ces personnes qui viennent de l'Espagne et du Portugal sans un sou et qui vont tout d'un coup avoir accès aux robinets comme des billets d'autres personnes qui, à un moment-là, sont en train d'émerger. Sauf qu'ils vont essayer d'investir cet argent qu'ils reçoivent dans la création d'œuvres parce qu'ils arrivent avec cette admiration de la France, ce pays des droits de l'homme, etc., ils suivent leur dictature, ils vont respecter le cahier des charges et à un moment, ils vont s'effondrer.

Ils vont s'effondrer parce qu'en fait, très rapidement, la politique de ces élites culturelles et bourgeoises va être une politique de reproduction et de pillage et pas du tout de création et de mise en danger parce qu'encore une fois, de la même façon que vous n'êtes plus de gauche quand vous êtes installés socialement, vous n'êtes plus transgressifs non plus. Très rapidement, vous adhérez à l'ordre existant puisque cet ordre vous nourrit et vous protège. Et donc, vous allez en fait conformer votre création, conformer votre pensée et c'est ce qui, pour moi, permet de comprendre l'effondrement de la pensée critique dans ce pays et l'effondrement d'une création culturelle qui aujourd'hui ne rayonne plus du tout.

Que ce soit en théâtre, en cinéma ou ailleurs, la France est devenue un petit pays provincial à cause en fait de ce dispositif qui a permis une explosion de créativité au début, les premières années, mais qui très vite s'est affaissée sur lui-même et s'effondrer et explique qu'aujourd'hui, évidemment, il y a une déconnexion complète et un mépris massif mutuel. Enfin, on méprise les cultureux et les cultureux méprisent le peuple et les deux ont raison finalement en fait parce qu'il y a un fossé tellement énorme que les points de jonction deviennent de plus en plus rares et les points de jonction deviennent des exceptions qui sont difficiles de contourner et évidemment, qu'est-ce qui se rajoute à tout ça ? Il nourrit de façon encore plus structurelle.

C'est quelque chose que François a très bien décrit et en tout cas que moi j'ai vu très bien décrit dans le film Entre les murs, c'est évidemment la question de la reproduction sociale par la pseudo-méritocratie, c'est-à-dire par une école qui était faite pour, qui s'est structurée de façon à légitimier la reproduction sociale et non plus à permettre les phénomènes de transfiguration qu'ils soient positifs ou négatifs. Donc ça crée très rapidement un système complètement étouffant qui fait qu'à un moment, oui, il y a une ou deux personnes qui essaient de s'en échapper parce qu'ils n'en peuvent plus parce qu'en fait, sinon vous crevez la gueule ouverte. Si vous avez une véritable admiration pour la création, pour la transgression, pour l'élaboration, c'est pas là que vous pouvez être, que vous devez être, pardon, sécher les gilets jaunes, c'est dans des espaces où à nouveau, vous allez voir émerger une diversité, une parole différente qui a un vécu, un rapport du corps au réel et qui va être capable de vous apporter quelque chose qui était devenu complètement existant dans les bourgeoisies auxquelles vous apparteniez.

Si l'écrivain, qu'en soit, l'esprit libre que tu es, à l'échelle d'une personne, arrive assez facilement à s'abstraire au poids de l'oligarchie pour continuer de penser et de produire. Après, on peut interroger effectivement les superstructures du cinéma ou du théâtre et à cet endroit-là, on n'arrive plus parce qu'il faudrait qu'il faudrait des consentements, des financements. Toi, David, à l'endroit du théâtre, est-ce que tu crois, est-ce que tu connais des endroits où il y a une production de contenu, d'une pensée libre et où le théâtre peut rejoindre la cause, je dirais ?

Non, par rapport à ce que je dis tout à l'heure, c'est vrai que c'était un peu, je suis aussi sur le coup d'une émotion, mais voilà, c'est vrai, c'est absolument vrai que j'ai été choqué par l'absence de réaction, d'intervention du monde culturel au moment au moment gilet jaune. Quand j'ai écrit le texte, il a été relié dans cette fameuse coordination qui a ensuite été reliée dans l'Assemblée des Assemblées et le mouvement des gilets jaunes que Juan et François connaissent très bien a créé, Juan l'a dit souvent dans ses interventions, une des plus grandes intelligences démocratiques de la France et je baisse mes mots, une des plus grandes intelligences démocratiques de la France depuis très longtemps. La morgue des intellectuels, des faux intellectuels de droite et de gauche dont un qui avait été ministre a appelé, on l'a redit cet après-midi dans la lecture à travers l'extrait qui s'appelle Ferry, comment il s'appelle ?

Luthérie, qui a appelé au meurtre. Ça en dit long, ça en dit long mais c'est vrai que dans la lecture même de réécouter ce moment-là, c'est sidérant, c'est vertigineux. C'est une parenthèse que je fais sur l'endroit du choc qu'il ne faut pas minimiser vraiment l'absence des artistes et des intellectuels et des gens aussi dans Nuit Debout.

J'ai été aussi très longtemps, pendant un an et demi, dans l'implication très forte de Nuit Debout, j'avais donné aussi publiquement un texte de dire j'ai été interpellé par les Pinceaux-Charlots sur la place de la République à Paris en 2016, elle s'est tournée vers nous, vers trois, quatre artistes que nous étions, il y avait tous les corps de métier, il y avait les professeurs, il y avait les infirmières, il y avait les... on a des questions nationales, il y avait les avocats, il y avait le barreau, il y avait plein, plein, plein ce que s'appelaient les ateliers constituants, etc.

C'était la première fois depuis très longtemps qu'il y avait une agora démocratique en France qui a été fortement réprimée, fortement réprimée par Manuel Valls et François Hollande, quand même, il faut le dire. Pinceaux-Charlots m'a interpellé, il y avait un micro, il pleuvait, elle avait le parapluie, elle me dit mais David, alors, et vous, et vos copains, les artistes, ils sont où ? Alors moi, j'ai dit, je ne sais pas, on s'est regardé, on était encore une fois, trois et quatre, et il y a des gens qui m'ont dit les intermittents du spectacle.

Bon, les intermittents du spectacle, au même moment, deux semaines avant, ils sont allés en catimini, intermittence du du Zéna, dont je suis. Donc j'ai été l'instigateur à Montpellier de l'annulation du Festival d'Avignon en 2003, je tiens à replacer historiquement les faits, où Georges Frèche a failli venir me donner une claque en direct, et je lui ai dit si tu veux, viens, on va se battre. Et oui, c'est ça la réalité, c'est qu'à un moment donné, c'est ça, c'est le fight.

Et bon, paix à son âme, Georges, il s'en est souvenu longtemps, et je rappelais cette anecdote que nous nous sommes faits, ça c'est extraordinaire, ça va te plaire François, nous nous sommes faits marcher dessus, parce que nous nous sommes allés annuler donc Montpellier danse, le printemps des comédiens, et ensuite Avignon, contre l'avis de cette fameuse Ariane Mouchkine, qui est très sympathique, mais au demeurant quand même très conne, et très méchante, à cet endroit, et aussi Feu, Patrice Chéraud, d'ailleurs, pour parler, pour citer des noms, qui étaient contre l'annulation, qui étaient contre l'annulation du festival d'Avignon, donc je récite les faits, et je vais passer aussi par une anecdote, nous nous sommes allongés devant le festival, alors là, l'aristocratie, donc, de Aix-en-Provence, le festival lyrique, et donc, c'était très chaud, très tendu, et on est allés jusqu'au bout, on s'est mis sur les, comment dire, l'entrée, de l'entrée, pour que les gens qui payaient 300 euros la place vont aller voir Don Giovanni, et ils ne le croyaient pas, la maire d'Aix-en-Provence avait eu des mots très violents, elle avait traité de, je ne sais plus, je n'oserais même pas dire les mots, mais c'était très violent, Jossin, je crois qu'elle s'appelait, c'est Jossin, et donc, on s'est allongés, et nous avons été marchés dessus par la bourgeoisie, et l'aristocratie qui allait, avec les talons et lui, et ils nous marchaient dessus, voilà, ils nous marchaient dessus, ça c'est réel, c'est pas pour répondre à ta question, si tu veux dire qu'il y avait des endroits qui, évidemment, dans le théâtre, l'évidence pas là, non, l'évidence pas là, non mais c'est intéressant, c'est intéressant de vraiment témoigner de ça, après, donc je ne parle pas que du théâtre, je parle aussi du cinéma, par exemple, c'est vrai que la pétition qui a réuni 1400 personnes qui a été envoyée dans Libération au mois de mai, que malencontreusement j'ai signée, alors que j'avais signé mon texte le 29 janvier 2019, comme on dit, dans des endroits, plus ou moins, en tout cas, de penser au théâtre, en tout cas, de construction de sens sur un regard critique, de théâtre critique. Donc, il y a en France, encore maintenant, des gens qui se battent et dans les coordinations des Gilets jaunes, il y avait beaucoup d'artistes. Évidemment, à Toulouse, où j'étais, il y avait des artistes qui nous avions organisé, mais il n'y avait pas beaucoup de représentants de direction et surtout de figures entre publics.

Voilà. Et c'est pour ça que le silence était assourdissant et ça s'est aggloméré dans cette fameuse pétition de mai où il y a tout le monde parce que c'est Juliette Binoche qui a lancé la pétition et donc, il y avait une espèce de blanc-seing comme ça. Tout le monde s'est engouffré dans la brèche et se dit, ça y est, je suis là, je suis artiste et je soutiens les Gilets jaunes.

Mais c'était trop tard parce qu'il y avait, c'était juste de dire, on n'est pas dupe, mais pas dupe de quoi ? Après, c'était quoi la question ? La question, c'est de savoir si tu identifies des endroits où on peut espérer que l'art vivant joue quand même un rôle sédicieux, un rôle pris entre le théâtre privé et sa nécessité de divertissement et d'équilibre économique ou le théâtre public avec son obligation de faire sujet de société pour éviter les vrais sujets politiques.

Quels sont les endroits où l'art vivant peut, en tout cas, manifeste des raisons d'espérer ? C'est difficile pour moi de répondre à cette question cette année précisément ici et maintenant parce que j'ai vraiment nourri un ressentiment profond à l'égard de mes pères et vraiment une traversée de solitude parce que c'était, je ne comprenais plus, même si je sais qu'il y a plein d'îlots et plein de, moi, j'ai été fabriqué et construit aussi à travers des gens que j'ai rencontrés dans mon métier qui ont fait que ça m'a, ça m'a, ça m'a, ça m'a formé mon éducation politique et par l'art aussi et que le théâtre est aussi un endroit de, justement, de transmission de ça. Ce n'est pas juste un endroit de divertissement et de représentation symbolique, c'est vraiment un endroit où l'être humain et, moi, j'ai été à l'école bondienne d'Edouard Bond, j'ai été l'assistant notamment et j'ai monté des pièces, etc. c'est une grande école, c'est une grande école et Edouard Bond même s'il a été monté quand même par un grand métier en scène en France, il est notablement méprisé alors que c'est un des plus grands dramaturges du XXème et du début XXIème siècle, il est méprisé par l'agente bourgeoise de la culture théâtrale française et européenne.

Edouard Bond est une star au Japon, une star en Amérique du Sud, une star, une véritable star, c'est une espèce de Dieu vivant quoi. Et c'est réellement un des plus grands dramaturges qui a mis en scène, qui a écrit la dramaturgie de la fin des temps et de l'espoir de l'humanité. D'à quel endroit l'art vivant résiste, à quel endroit l'art vivant s'organise ou prend la parole pour rejoindre une sorte de mouvement de non-résignation à cette résignation que nous assigne, c'est de se contenter de ce bonheur indépassable de la social-démocratie macronienne.

Très rapidement, juste pour compléter les quelques jacons que j'avais mis, il y a deux choses. Il y a très peu d'illotiers et d'avant-gardistes en général. C'est une extrême minorité et la majorité des personnes, y compris dans les milieux artistiques, sont des personnes qui ne pensent pas ou qui ne pensent peu et qui sont là pour reproduire une position sociale, pour être dans une position acquise.

Et donc, quand vous êtes dans un conflit social où le cœur de la question, c'est quand même l'allocation de ressources, la réallocation de ressources par l'État. C'est-à-dire la taxe carburant qui commence en fait, c'est-à-dire qu'il fait l'ordre. C'est-à-dire qu'on a une partie de la population qui se sent pillée parce que l'État augmente la pression fiscale de tel niveau que ça devient insupportable d'avoir une vie normale.

Or, cette taxe, on l'a appris, elle servait à financer l'ISF. C'était son seul objectif et pas la transition écologique comme on le disait. Et on a de l'autre côté un milieu qui dépend très largement de cette réallocation de ressources par l'État.

C'est-à-dire le milieu artistique et culturel au sens large du terme, dans lequel une grande majorité des personnes, comme je viens de le dire, ne pensent pas. Ils sont juste là pour avoir une position sociale. Évidemment, ces personnes-là voient menacer leur structure de pouvoir, leur financement, leur capacité à occuper une position sociale.

Donc rien que là, ça explique la réticence. Là où il y a un truc qui est impardonnable, c'est parmi les îlotiers, les avant-gardistes, etc., une incapacité complète à faire le pont et à renverser le courant majoritaire et de leur profession et dire non, non, là, il faut y aller.

Servir de vigie et orienter cet espace-là pour dire non, non, là, il ne faut pas avoir peur, il faut y aller parce qu'au contraire, ce n'est pas nous qui sommes remis en question, c'est le système oligarchique et ainsi de suite. C'est intéressant. Oui, moi, j'ajouterais sur le théâtre spécifiquement, mais ça pourrait jouer aussi sur le cinéma.

On a le théâtre privé et le théâtre public. Le théâtre privé, du point de vue du théâtre public, méchant parce que soumis au marché, donc soumis à un certain nombre d'injonctions. C'est dur à dire quand on a grandi soi-même, disons sous le giron du théâtre public et avec une certaine estime pour ce grand projet.

Mais en fait, le problème, c'est qu'on confond aussi le public et l'étatique. Je veux dire, notre théâtre public n'est pas un théâtre public, c'est un théâtre étatique. Bien sûr.

Il est sous tutelle étatique. C'est un prince. Il fait des centralisations, il fait qu'il y a des guichets étatiques en province qui s'appellent les dracs et des choses comme ça.

Enfin, globalement, la tutelle est étatique. L'État, c'est ce qui est investi par un pouvoir donné à un moment donné, pouvoir bourgeois, donc systématiquement depuis 200 ans. Donc, je veux dire, le théâtre étatique est évidemment sous tutelle bourgeoise.

En fait, c'est un résumé. Je vais un peu vite. Mais non, mais pas du tout.

Il faudrait absolument retrouver des réflexes communards et anarchisants, c'est-à-dire vouloir tenir ou alors communisant, d'ailleurs. Communisant, tout à fait. Sur le modèle de la façon dont on a inventé la sécurité sociale.

Sur le modèle, sur la façon dont le parti communiste a inventé la sécurité sociale. Comment je fais ça, ça m'a interpellé, je te prie qu'il m'a dit. Quand tu me l'as dit que tu allais jouer le rôle du mètre de droite.

Non, mais pour dire, c'est vrai qu'il s'agit, ce serait pas un organisme étatique, c'est un organisme public. C'est pas la même chose. Donc, il faut absolument découpler, dissocier l'étatique du public.

Moi, je rêverais, effectivement, par exemple, pour prendre l'exemple dans le cinéma, je vais être plus lumineux parce que sinon, il y a ce truc qui s'appelle le CNC, le Centre National du Cinéma, qui attribue de l'argent à des projets sur l'examen de scénario. On sait que c'est un peu par cooptation, un petit peu par compilerie, par...

Bon, il y a des articles qui se donnent les veilles de délibération. Mais ça peut être aussi un arbitrage qui n'est pas si corrompu que ça. Mais il n'en reste pas moins que c'est un organisme d'État.

En plus, il est activé par des professionnels de la profession. Dans un dichet du CNC, vous avez un producteur, un scénariste, un réalisateur, un comédier, éventuellement, enfin, voilà. Bon, qui sont eux-mêmes parties prenantes de la chose, qui peuvent aussi connaître des gens qui sont en train de soumettre leur scénario volontaire.

Et donc, une liste de, je ne sais pas, un million de personnes émergerait, on tirera au sort parmi ces gens-là, se créerait une sorte de jury populaire. Je vais dire, on va dire de tribunal populaire. On va prendre un concept branquien qui fait peur aux bourgeois.

Non, mais en tout cas, d'assemblée populaire. Et là, véritablement, les arbitrages seraient l'émanation du peuple, l'émanation de la chose commune et non pas l'émanation de l'État. Donc, comment voulez-vous qu'effectivement, le théâtre public qui est un théâtre étatique ne soit pas sous contrôle de la bourgeoisie et donc ne véhicule pas à son tour des affects bourgeois, de l'idéologie bourgeoise, des modes d'intérêt bourgeois ou alors, effectivement, ne s'empare de la politique.

Et là, je renvoie au très beau livre d'Olivier Neveux qui s'appelle Contre un théâtre politique et qui explique très bien tout ça. J'ai essayé de l'avoir. Ne s'empare de la politique que sur le mode un peu inoffensif, sociétal, tout un tas de causes comme ça sur lesquels qui ne divisent pas.

En gros, qu'est-ce que c'est que la façon dont la bourgeoisie peut se saisir de ce qu'elle appelle la politique et qui, à mon avis, n'est jamais que de la morale plutôt que de la politique, enfin, elle appelle ça de la politique, c'est toujours prendre la politique par son biais non-conflictuel, ce qui est tout à fait contradictoire. Parce que s'il y a bien quelque chose qui est quintessentiellement conflictuel, c'est bien la politique. Il y a de politique, évidemment, il y a du conflit et de la contradiction.

Et donc, la bourgeoisie a réussi ce tour de force d'arriver à produire un théâtre politique qui ne soit pas conflictuel. Bien, bien, bravo. Moi, je veux dire, comme d'habitude, ces espo, finalement, ils s'en sortent très bien.

Ils sont assez malins. Bravo. Eh bien, c'est ici quelqu'un dans l'Assemblée dans le gradin pour prendre la parole.

Merci, bonsoir. Je suis Gélée Jaune Paris, Belleville. Je suis ici avec mon mari.

On fait partie de la Fédération anarchiste aussi. On est des bourgeois démissionnaires puisqu'on est des enseignants aussi. Alors, ça fait des mois qu'on tracque, des mois qu'on occupe des rentrains.

On est juste épuisés et on a juste l'impression que ça ne mène à rien. Et on est les prêts. Alors, on fait quoi maintenant ?

On ne lâche rien. Macron, tête de con, tout ça, c'est très bien. 48 en ce moment, les samedis, il y a 70 millions d'habitants en France.

Il y a eu 8 millions de pauvres, 20 millions de personnes en France qui vivent très chichement. Moi, je suis vraiment déprimée. Je ne sais pas ce que je fais à la rentrée.

Pour reprendre la question de la culture dans le collège où j'enseigne, il y a deux activités culturelles qui reviennent régulièrement toute l'année. c'est le mémorial de Caen et le zoo de Paris. Voilà, ça résume assez bien les choses.

Voilà, je suis dans le 93, donc les bourgeois, je n'en ai pas. Je n'ai que des Rachid et des Fatima dans la classe. Je m'appelle Leïla, donc tout va bien.

On fait quoi à partir de maintenant ? Parce que moi, les tracques là. Les samedis après, oui, d'accord.

On ne lâche rien, mais on dépasse leurs conditions sociales et justement sur un rapport d'intérêt. Sur le fond, moi, je pense que c'est l'erreur à ne pas commettre que je ne fais pas transformer pour le coup cette réunion en meeting politique. C'est-à-dire, voilà, moi, en tout cas, moi, c'est une position que j'ai essayé de mettre de côté depuis le début, c'est de donner des instructions sur ce qu'il faudrait faire ou pas, parce qu'encore une fois, ce serait une reproduction de ma position de domination à un moment où j'ai essayé d'en sortir.

Ce n'est pas à moi de donner une réponse, ce n'est pas moi qui ai le vécu et l'expérience que vous avez dans votre chair par rapport à la mobilisation qui existe et si cette mobilisation est née de mouvements locaux, si elle est née de rencontres et de rapports horizontaux à des niveaux extrêmement localisés, c'est bien que sa valeur réside là et pas dans une éventuelle montée en puissance de telle ou telle figure qui viendra tout d'un coup expliquer à ces personnes-là ce qu'ils devraient faire ou pas. Donc ça, c'est essentiel et du coup, j'ai des réponses mais elles m'appartiennent et je ne vais surtout pas vous les donner dans cette configuration complètement asymétrisée. Il y a un film de Berman qui est super important qui a été cardinal pour moi dans la formation, c'est La flûte enchantée qui s'ouvre sur 10 minutes dans un film sur le théâtre en fait parce que c'est une mise en scène de théâtre au sens large sur La flûte enchantée de Mozart, de l'opéra et qui commence par 10 minutes de film sur les visages des spectateurs et il y a une démonstration politique extrêmement forte qui est de dire qu'est-ce qui est le plus important d'abord dans une pièce de théâtre, dans une scène avant la trame, etc.

C'est des personnes qui vous regardent. Donc ce dispositif de réégalisation du rapport, de refus de la symétrisation où j'aurais juste une masse noire et c'est une blague que font souvent les humoristes et dire non mais éteignez votre téléphone. Enfin, un humoriste qui s'est clair qui fait en disant éteignez votre téléphone à ton couche à votre sale gueule alors que j'avais jusqu'ici une magnifique masse noire devant moi.

Rompre ça, ça commence en fait par ne pas répondre à ce qui est du fait par contre qu'il y a 200 personnes ici dont des personnes mobilisées pour essayer d'échanger avec eux de voir au niveau local comment ça se passe et tenir à cette échelle-là en fait cette résistance avec pour le coup sur le niveau du diagnostic la conviction que dès septembre ça va redécoller à des niveaux assez stratosphériques parce qu'ils ont réussi à agréger du mécontentement dans d'autres corps de médecine en l'occurrence en particulier l'éducation nationale à des niveaux qui à mon avis sont inattendus. Merci d'avoir regardé cette vidéo.