Jérôme Rivière : "Quand on veut moraliser la vie politique, on doit s'appliquer ses propres propos"
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Questions et réponses
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Comment jugez-vous en ce moment le climat de cette campagne des législatives ?
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Juste d'abord sur ce climat des affaires, j'entends que vous mettez sur le même plan le cas Richard Ferrand et Marielle de Sarnez.
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Qu'est-ce qui a motivé, Jérôme Rivière, la députée européenne Sophie de Montel, à dénoncer 19 de ses collègues de partis rivaux qu'elle accuse d'emploi fictif au Parlement européen ?
- 6:18OuverteRéponse directe
Un mot sur les législatifs, puisque vous êtes le porte-parole national de la campagne du Front National pour les Législatives, Jérôme Rivière. Le Front National mis sur une quarantaine de députés élus au second tour. Sur quelle base reposent ces projections ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« Il est un peu délétère. Il est délétère sur deux points de vue. »
- 3:46Invité politiqueFait
« Sauf que Marielle de Sarnez a été capable de montrer des travaux de son assistant parlementaire, ce qui n'a pas forcément été le cas au Front National. »
- 6:48InvitéChiffre
« 22% des Français ont choisi de voter pour Marine Le Pen dès le premier tour. Je ne parle même pas du deuxième tour. 22% des Français, ça devrait faire environ 110 à 120 députés. »
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France Inter.fr Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est Jérôme Rivière, porte-parole nationale de la campagne du Front National pour les Législatives.
Bonjour Jérôme Rivière. Bonjour. Comment jugez-vous en ce moment le climat de cette campagne des législatives ? Il est un peu délétère. Il est délétère sur deux points de vue.
D'une part parce que le candidat Macron devenu président avait fait de cette loi qui sera présentée avec une semaine de repart sur la moralisation de la vie politique un axe phare de son début de quinquennat. Et on voit que cet axe phare est mis à mal par les affaires qui viennent frapper son gouvernement, que ce soit M. Ferrand ou Mme de Sarnez, avec une réponse qui finalement nous fait penser à de la vieille politique. Le déni, le refus de prendre en compte d'une part l'attente des Français et ses propres propositions et ses propres dénonciations.
Et d'autre part, sur le plan plus éthique, si je puis dire, puisque les Français en cette période d'élection législative ont besoin de savoir pour qui ils vont voter. Et on voit bien aujourd'hui avec les propos de François Baroin que lorsque les Français vont mettre un bulletin pour les Républicains, ils ne savent pas bien s'ils vont voter pour l'opposition ou la majorité.
Les propos de François Baroin, c'est la fin du nini, on va en parler tout à l'heure. Juste d'abord sur ce climat des affaires, j'entends que vous mettez sur le même plan le cas Richard Ferrand et Marielle de Sarnez. Pour vous, ce sont les mêmes plans ?
Sur le principe, sans rentrer dans le fond des affaires... Et pourtant, c'est ce qui compte, c'est le fond. Non, puisque pendant la campagne des élections présidentielles, jamais il n'a été question de fond, il a souvent été question de principe. Je vous rappelle que ce soit pour François Fillon ou pour Marine Le Pen, ces deux candidats à l'époque à l'élection présidentielle n'avaient à aucun moment été jugés. Donc on n'avait pas de résultats... Non, mais des enquêtes préliminaires ouvertes. Des enquêtes préliminaires ouvertes.
La réalité, c'est que rien n'était jugé, que les calendriers pour François Fillon avaient été extrêmement rapides, pour Marine Le Pen extrêmement longs, et qu'à l'époque, le candidat de La République En Marche expliquait qu'il eût été logique que la presse s'étant fait le porte-parole de ses affaires, ses candidats en tirent les conséquences. Aujourd'hui, on l'entend même par la voix de son porte-parole à l'issue du Conseil des ministres s'offusquer du fait que la presse puisse s'intéresser à ses affaires. Donc je pense que sur le principe, lorsqu'on veut moraliser la vie politique et qu'on appelle à une sorte de morale d'éthique supérieure, on doit s'appliquer à soi-même ses propres propos.
Pour être précis, le porte-parole du gouvernement ne s'étonne pas que la presse s'intéresse à ses affaires, mais il dénonce en fait que lorsque les journalistes deviennent des juges, effectivement, c'est un autre débat. Qu'est-ce qui a motivé, Jérôme Rivière, la députée européenne Sophie de Montel, à dénoncer 19 de ses collègues de partis rivaux qu'elle accuse d'emploi fictif au Parlement européen ?
Alors, d'abord, elle les accuse. Elle a simplement porté à la connaissance du magistrat français le fait que 19 autres de ses collègues utilisaient des assistants parlementaires de la même manière que les élus du Front National, alors qu'ils étaient accusés de le faire pendant la campagne des élections présidentielles. Je vois que sur le fond, vous voulez rentrer sur le fond...
Oui, parce que de la même manière. Vous êtes sûr que c'est de la même manière ?
Oui, je dis que c'est de la même manière. Je viens moi-même de l'UMP. J'ai été pendant longtemps à l'UDF. Je connais bien Marielle de Sarnez. Je connais bien François Bayrou. Et je peux vous dire que si vous prenez le temps de vous pencher sur les structures, les hiérarchies, les personnels qui sont à l'UMP, au RP, au PS, vous voyez bien que la plupart des collaborateurs, en tout cas un très grand nombre, ont été payés ou continuent d'être payés par l'Assemblée Nationale ou par le Parlement européen parce qu'il s'agit de ressources mises à la disposition des élus.
Sauf que Marielle de Sarnez a été capable de montrer des travaux de son assistant parlementaire, ce qui n'a pas forcément été le cas au Front National.
Après, ce n'est pas une question de capable, c'est de souhaiter montrer ou non. Je vous rappelle à quel point le Front National est aujourd'hui systématiquement attaqué. Et donc, démontrer, par exemple, on nous demandait les agendas de Marine Le Pen. Ça ne regarde personne, l'agenda de Marine Le Pen. Sauf une enquête préliminaire. Le fait que ça ne regarde pas la presse, ça ne regarde pas l'opinion publique. Le travail du politique est par nature un travail qui est subjectif. Il n'a jamais été dit, d'ailleurs, que les deux personnes mises en cause dans le cadre de l'enquête sur le Front National ne travaillaient pas.
On s'interroge de savoir est-ce qu'ils travaillaient pour le Parlement européen, est-ce qu'ils travaillaient pour la présidente du Front National, est-ce qu'ils travaillaient pour la candidate. La réalité, c'est que ces pratiques existent à l'UMP, au Parti Socialiste, et que la question est de savoir est-ce qu'il existe ou non, est-ce que c'est illégal ou non. Et ce que nous souhaitions faire, c'était veiller à ce qu'il n'y ait pas de poids, de mesures.
Plusieurs eurodéputés mis en cause par Mme Montel, justement parce que ces eurodéputés auraient embauché des assistants pour des activités partisanes, portent plainte pour dénonciations calomnieuses aujourd'hui.
Oui, ils sont aujourd'hui frappés par cette révélation qui n'en est pas une, puisqu'encore une fois, c'est sur le site du Parlement européen. On peut aller le consulter assez facilement. Et justement, si le procureur de la République a considéré qu'il fallait ouvrir une information préliminaire, c'est qu'il s'interroge et il souhaite savoir si, oui ou non, ces personnes ont travaillé, dans quel cadre était-il légal ou non. La réalité, encore une fois, c'est que c'est une pratique courante. Soit elle est légale, et dans ce cas-là, il n'y avait aucune raison d'agresser Marine Le Pen comme elle l'a été, soit elle est illégale. Et dans ce cas-là, chacun doit en tirer des conclusions.
L'UMP, les Républicains, pardon, et le Parti Socialiste, et toutes les formations politiques françaises qui le font, doivent subir exactement le même traitement.
Quand vous dites que c'est une pratique courante, il faut savoir de quoi on parle. Ce qui est courant, c'est qu'effectivement, un assistant parlementaire soit issu de la même famille politique, et ça, effectivement, ça semble être assez généralisé. Ce qui est moins courant, c'est d'avoir des emplois fictifs, et c'est bien ça qui est au cœur du problème.
Non, pas d'emplois fictifs, c'est lorsque la personne ne travaille pas. Et là, effectivement, je suis parfaitement en phase avec vous, l'opinion publique, ça doit appeler les plus grandes sanctions possibles. Il n'a jamais été question d'emplois fictifs, il était question de dire que ces personnes ne travaillent pas pour le Parlement européen. C'est ce qu'on nous a reproché, enfin, c'est ce qui était reproché aux parlementaires européens. C'est donc exactement la même chose qui est reprochée à ces parlementaires des Républicains.
Un mot sur les législatifs, puisque vous êtes le porte-parole national de la campagne du Front National pour les Législatives, Jérôme Rivière. Le Front National mis sur une quarantaine de députés élus au second tour. Sur quelle base reposent ces projections ?
Si vous voulez, sur la réalité qu'aujourd'hui, nous avons encore une fois une sorte de Front Républicain qui est en train d'essayer de se constituer, que j'appellerais plutôt un Front Antidémocratique, puisque je vous rappelle que 22% des Français ont choisi de voter pour Marine Le Pen dès le premier tour. Je ne parle même pas du deuxième tour. 22% des Français, ça devrait faire environ 110 à 120 députés. Et on voit bien que, par la position de François Barroin, qui a d'ailleurs, dès avant le premier tour, explique qu'il est tout à la fois opposant, mais qu'en même temps, il soutiendra les candidats des Républicains. Il cherche avant tout à faire barrage au Front National.
Et c'est là-dessus qu'il y a aussi un vrai problème démocratique. J'entends des voix disant que le Front National n'est pas un parti comme les autres. C'est peut-être la preuve que ce n'est pas encore un parti comme les autres. Dans la Constitution, excusez-moi. Soit nous sommes un parti légal, et dans ce cas-là, nous devons avoir normalement participé au débat public, soit nous devrions être interdits, ce qui n'est pas le cas.
Non, il y a entre les deux curseurs, il y a aussi être, entre un parti légal ou pas légal, il y a un parti républicain ou pas, par exemple, c'est une question.
Bien évidemment que nous sommes républicains, puisque nous défendons la République. Nous ne faisons pas partie de ceux qui voulons même changer la République. Donc le statut même du Front National, c'est d'être aujourd'hui les seuls opposants résolus et réels face au gouvernement d'Édouard Philippe.
Merci Jérôme Rivière, porte-parole nationale de la campagne du Front National pour les législatives. Merci et bonne journée.
Jérôme Rivière