Bruno Le Maire : "La politique est la langue du compromis, la littérature est sans compromis"
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[Musique] les matins de France Culture guillaume Erner bonjour Bruno Le Maire bonjour vous êtes ministre de l'économie des finances et de la souveraineté industrielle mais c'est le romancier avec qui je vais tout d'abord dialoguer puisque vous publiez fugue américaine un roman aux éditions Gallimard pourquoi écrivez-vous Bruno Le Maire je dirais par goût de la liberté avant tout la responsabilité politique ne donne pas toujours toute la liberté pour développer son imaginaire développer ses passions développer ses admirations son respect pour un musicien comme le numéro 8 à littérature vous permet d'aller au bout de cette liberté y compris dans la langue la langue politique est par définition une langue du compromis si on pouvait blesser vous pouvez froisser la langue de la littérature est une langue sans compromis et j'ai essayé justement d'en fugue américaine de pousser le plus loin possible ce travail sur la langue pour refuser tout compromis on va revenir d'ailleurs sur la liberté dont vous faites preuve dans ce roman mais alors la question c'est la liberté de l'auteur c'est une chose la liberté du lecteur s'en est une autre parce que le roman qui le dit c'est aussi le roman d'un homme politique c'est un bon roman fut américain mais on se demande à chaque fois pourquoi l'a-t-il publié pourquoi l'a-t-il publié maintenant pourquoi ne pas attendre Bruno Le Maire de ne plus avoir par exemple de responsabilité politique pour le publier ce livre on peut toujours attendre il y a une chance aussi et que après vous ne publiez jamais ce livre et je pense que l'écriture obéit un rythme qui est un rythme très profond avec me très personnel vous lisez vous développez un intérêt une passion une fascination pour un sujet en l'espèce je le redis la libéraux vite vous écrivez et une fois que le livre est écrit est fini après plusieurs années de travail je le répète il a pas été écrit en trois semaines ce livre il faut publier le livre Le confronté au regard du lecteur ne serait-ce que pour réamorcer ensuite la pompe pouvoir lire à nouveau écrire à nouveau il faut pouvoir se débarrasser d'un livre pardon dans près de moi aussi crus que ça il faut pouvoir se débarrasser d'un livre que vous avez écrit on va prononcer un mot plus cru dans quelques instants mais tout d'abord effectivement vous l'avez dit c'est un roman qui est consacré à une figure centrale le pianiste Vladimir orovit à travers l'histoire de deux frères qui vont à Cuba pour assister à l'Inde ses concerts des années plus tard l'un des frères envoie ses mémoires à son neveu pour les faire publier de sa rencontre avec orvites en 1949 à la mort du pianiste en 1989 peu avant la chute du mur de Berlin il va retracer donc les destins croisés de personnages qui sont hantés par leur passé la maladie mentale qui est un thème extrêmement présent la musique bien sûr la destruction et puis la sensualité la chair occupe une place également importante dans cet ouvrage qu'est-ce qui est vrai qu'est-ce qui est fou dans ce livre Bruno Le Maire qu'est-ce que vous avez inventé il y a un personnage central qui est évidemment un personnage authentique le reste tout ce qui touche au revit c'est exact documenté ça m'a donné cinq années 5 années de travail le fait que il crée la soie pour piano de Barber à La Havane c'est exact le retour à caniguiole 9 mai 1965 c'est exact les psychiatres les psychanalystes les traitements qu'il a subi c'est exact chacune des citations de revitz est exacte ça m'a demandé des années pour recenser les interviews qui sont souvent très drôles parce qu'il y a un côté cabotin chez aurovitz qui est formidable c'est beaucoup d'humour dans ce texte qu'on voit à quel point orovis est aussi un acteur donc tout ce qui a trait à ovix son tailleur la manière dont il s'habille c'est ne papillon bien entendu sa femme Vanda qui occupe une place majeure dans le livre la fille du chef d'orchestre toscalini la mort de sa fille la manière dont à la mort de sa fille ne va même pas à l'enterrement de sa fille mais ce réfugie dans son piano tout ça et rigoureusement exact tout le reste est inventé mais justement parce que il y a c'est la personnalité de Revit c'est une personnalité double triple et il y a dans ce livre une sorte de récurrence de ces personnages doubles triple qui sont autre chose que ce qu'il voudrait donner à voir avec une plage dédiée à la dépression à la maladie mentale qu'est-ce qu'il y a de vous quand reçoit un romancier traditionnel on dit voilà qu'est-ce qu'il y a de vous dans ce livre là vous êtes aussi homme politique Bruno Le Maire mais je vais vous poser la même question qu'est-ce qu'il y a de vous chez ces trois personnages et ne me répondez pas que vous êtes un peu Détroit parce que il faudrait que vous soyez précis là-dessus donc je peux être précis parce que je ne sais pas ce qu'il y a de moins dans un livre et je pense qu'on écrit un livre justement pour explorer des choses de vous-même que vous ne connaissez même pas vous ne savez jamais où va vous emmener un livre quand j'ai commencé ce livre c'était juste après avoir écrit un autre petit livre sur l'immon chef d'orchestre à au sliber j'ai retrouvé la fascination pour vladimirovis que j'avais entendu pour la première fois lorsque j'avais un peu plus de 20 ans je me replonger dans la lumière orovitz mais quand je me suis mis à écrire le livre vous avez des personnages qui sont nés je voulais écrire au début un livre très court sur Vladimir Horowitz et puis ce personnage double Franz verteimer qui a une vie très différente de celle de numéro 8 c'est imposé d'où ce thème de la fugue d'ailleurs avec deux lignes musicales deux lignes de vie qui se croisent et qui ne cesse de s'entrecroiser puis le narrateur est né je me suis dit mais le narrateur va être un psychiatre parce que orovitz est passé par là que c'est de la meilleure façon d'avoir peut-être un reflet de la complexité de la numéro 8 puis les femmes sont apparues et elles ont gagné en puissance dans le livre je pensais pas du tout que les trois femmes Muriel le body la femme de Franz verteimer Vanda Horowitz la femme de rovitz et la troisième femme Julia qui est la compagne du narrateur occuperait tant de place et donc vous ne savez jamais où un livre va vous emmener et c'est peut-être pour ça que vous écrivez pour découvrir des choses que vous ne connaissez pas de vous-même et qui peuvent être éparpillés à travers le texte alors il y a beaucoup de passages qui ont fait réagir Bruno Le Maire puisque ce sont des passages extrêmement crus alors je rappelle que c'est un roman donc ce sont des personnages qui à chaque fois s'expriment de le rappeler parce que je crois que ça a été oublié parfois volontairement ou non néanmoins un roman doit faire écho et au thème qui ont une importance pour les différents narrateurs alors je cite par exemple un extrait donc là aussi c'est évidemment une femme qui parle enfin c'est évidemment l'un des personnages il s'agit d'une femme elle dit le cul à la fin c'est ce qu'il y a de plus sain le seul vraiment de liberté qu'on nous donne Bruno Le Maire et alors justement il y a dans ce livre l'idée que finalement la liberté la liberté ultime elle est accordée dans la chair et dans la chair seulement pourquoi ce thème pas seulement mais c'est un thème qui est très important je pense que la sensualité la sexualité qui est très présente effectivement dans le livre est une manière d'être libre et quand je vois parfois les attaques les rituellement sur ces passages je me dis mais dans le fond c'est l'ordre moral qu'on veut nous imposer je préfère la liberté et pourquoi est-ce que ce thème occupe autant de place est pas par strict plaisir et certainement pas par goût de provocation n'écrit pas un livre pour provoquer ça n'a pas grand intérêt mais tout simplement parce que lorsque vous écoutez revitz l'un des mystères c'est que un homme venu de Berdy de chef d'Ukraine vous l'avez rappelé qu'à traverser l'exil qui a traversé l'Allemagne des années 30 qui se retrouve aux États-Unis comment cet homme peut-il alors qu'il est d'apparence froid dégagée autant de sensualité au piano d'où vient cette sensualité comment est-ce qu'il a trouvé a exprimer cette sensualité donc oui la sensualité elle est présente c'est celle de la chair c'est celle de la sexualité c'est celle de la musique c'est celle du sentiment qui dépasse les mots pourquoi est-ce que la sensualité occupe autant de place parce qu'une des interrogations fondamentales du livre des interrogations que je porte depuis des années c'est celle sur la musique dont la sensualité dépasse celle des mots et dont un des Unis refaire mon sens est la sexualité alors justement c'est embarrassant lorsqu'on doit être corseté par sa profession d'homme politique d'écrire ça justement comment réussissez-vous si vous avez réussi si ça n'a pas été une gêne à vous abstraire de votre personnalité publique pour écrire ce que vous aviez vraiment envie d'écrire donc là en l'occurrence sur la sexualité Bruno Le Maire c'est l'intérêt du roman c'est la liberté dont je vous parlais au départ pourquoi est-ce que j'écris parce que ça me donne la liberté qui n'est pas forcément accordée dans d'autres fonctions et la liberté elle est celle du personnage de fiction qui va vous emmener une fois encore là où lui veut vous emmener qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné vous savez que votre livre tient c'est que vos personnages tiennent qu'il de crédible qu'ils vivent tout simplement par eux-mêmes c'est pas vous qui comme marionnettiste commençait à tirer les ficelles il faut que le personnage ait sa propre vie la scène de Giulia c'est Julia qui l'a imposé d'elle-même les scènes de sexualité ailleurs dans le lit ce sont des scènes qui sont venues naturellement la scène dont on a moins parlé de eurovitz qui est sur la jetée de La Havane c'est orovis qui imposé cette scène là et je pense qu'être romancier c'est aussi laisser vivre ces personnages et être capable de se dire voilà soit je suis romancier pleinement et entièrement soit je suis écrivain pleinement et entièrement et on va au bout de cette liberté soit je ne le suis pas et c'est pas la peine d'écrire alors justement parce que revisse aussi était on pourrait dire aujourd'hui Jenner fluide ou en tout cas elle avait joué de cette ambiguïté voilà pour être bon pianiste il faut être juif homosexuel ou alors mauvais pardon ils élèves trois pianistes trois types de et justement le fait d'avoir choisi comme personnage central quelqu'un qui finalement se connaît mal lui-même à une difficulté à aller jusqu'au bout de ce qu'il est ce cher finalement c'est le cas donc de Revit c'est le cas aussi un peu d'un autre personnage que vous mettez en scène de l'un de ces deux frères qui vont côtoyer revises Bruno Le Maire oui il y a une vie réussie et une vie ratée pour tout à fait caricaturale c'est ça cette fugue c'est celle une première premier développement musical la vie de rovitz qui se transforme en destin il est frappé par la dépression il a connu l'exil il s'est pas très bien qu'il est il aurait dû tomber il aurait dû ne jamais se relever je rappelle qu'il a fait une longue période de dépression on a fait plusieurs mais la plus longue a duré 12 ans entre 1953 et 1965 et pourtant il se relève il se relève avec l'aide de sa femme Vanda qui est la femme apporte du livre il se relève grâce au traitement et se relève en recommantant à jouer mais des petits morceaux et il triomphe et il devient plus que un grand pianiste il devient une légende et retourne en 1986 à Moscou jouer devant les mêmes dignités soviétiques qui ont condamné son père au goulag il crée son destin et de l'autre vous avez un pianiste plus jeune qui lui est accablé dans le fond par le talent de revitz et qui voyant que il n'aura jamais le génie de rovitz qui lui donne une leçon renonce au piano devient agent immobilier alors qu'il est fait pour être agent immobilier comme moi pour être éleveur de moules et qui du coup se retrouve plongée dans sa dépression tombe et ne s'en sort pas et je pense que c'est ce croisement de lignes qui m'intéresse pourquoi est-ce que l'un se redresse l'autre ne se redresse pas pourquoi l'un tombe et l'autre s'effondre bien sûr mais on se dit alors cet homme pianiste du juif homosexuel dépressif c'est a priori un personnage loin de vous la dépression peut-être quelque chose que vous connaissez Bruno Le Maire je connais dans mon entourage mais je connais pas personnellement mais je trouve que c'est intéressant de se plonger vers les personnalités faibles de s'intéresser aux personnalités faibles celles qui ont des failles celles qui n'est pas forcément une belle justement ce qui une fois encore le plus intéressé c'est comment est-ce que orovitz peut mêler autant de faiblesses et autant de force un effondrement aussi spectaculaire et un redressement tout aussi spectaculaire c'est ça que ce livre veut fondamentalement interrogé comment cette complexité de rovitz fait naître une légende alors qu'elle aurait pu se réduire en centre très facilement et puis la musique donc vous avez consacrée à un livre à Kleiber vous en consacrez un revit il y a aussi une présence de Richter il y a aussi un personnage qui a failli être un grand pianiste mais ni parviendra pas Bruno Le Maire c'est un thème important pour vous la musique pourquoi pourquoi le prendre surtout de manière romancée parce que vous pourriez vous contenter d'interpréter des morceaux au piano alors c'est un thème fondamental à beau parce que j'aime beaucoup la musique c'est aussi simple que cela que j'en écoute tous les jours que c'était un moyen de faire partager aussi cette passion il y a un lecteur qui m'a dit bah grâce à vous j'ai écouté la dernière sonate pour piano de beetho je me suis aperçu que effectivement ça ressemble à du jazz c'est incroyable qu'un compositeur comme Beethoven et quasiment anticipé le jazz donc c'est toujours plaisir de partager cette passion et au-delà de ça la musique n'a pas de sens et quand vous exercez un métier où chaque mot que vous employez doit avoir du sens peut-être scruter critiqué et attaqué valorisé la musique de ce point de vue là est un espace de liberté exceptionnelle il y a aucun sens un mot quand on me dit sur la terre de lune ou ça exprime la tristesse la joie non il y a pas de sens dans la musique mais vous montrez que le sentiment et extrêmement corseté il n'y a rien de moins improvisé que la manière qui avait aurovite ou Richter d'ailleurs parce que sont deux personnes que vous mettez enseigne il faudrait peut-être nous dire d'ailleurs quelques mots sur Richter également ce qui est le fascinant dans la musique c'est que il n'y a rien de plus aride au départ pour tous ceux qui ont fait de la musique ils le savent partition c'est quoi c'est du noir sur du blanc des lignes et des notes rien de plus aride un piano c'est quoi c'est des marteaux c'est des feutres c'est des cordes rien de plus aride et de cela vous allez arriver attirer ce qu'il y a peut-être de plus sensuelle et de plus sensible c'est ce mystère de la musique qui est intéressant pour moi et il y a deux manières plusieurs manières de l'aborder mais là aussi dans cette fugue on arrive à mêler non seulement le destin d'eurovide c'est celui du personnage principal mais aussi un autre destin que je mets en miroir d'un autre pianiste pour lequel j'ai d'admiration folle peut être encore plus grande que pour revisseur qui est un autre ukrainien mais qui lui fait le choix délibéré assumer revendiqué de rester en Union soviétique et qui dit mais dans le fond on peut rester en Union soviétique et être totalement indépendant de la politique mais Richter et malgré tout rattrapé par la politique je raconte cette scène incroyable ou on l'oblige à jouer du bac sous le cercueil de Staline il est lui aussi rattrapé par la politique vous avez une figure d'exil oraux vite une figure de la patrie russeteur mais les deux sont rattrapés par la politique même la musique n'échappe pas la politique on se retrouve dans une vingtaine de minutes Bruno le Mayron parlera encore de musique et de romans de votre roman fugue américaine aux éditions Gallimard et puis on parlera également de politique et d'économies il est 8 heures sur France Culture 7 heures 9 heures les matins de France Culture guillaume Erner 8h23 sur France Culture Bruno Le Maire vous publiez fugue américaine aux éditions Gallimard mais avant de parler à nouveau de littérature on va parler de politique et notamment est de ce que vient d'évoquer mon camarade Jean-Louis avec ses commémorations ses étranges commémorations qui si j'ai bien écouté le biais de mon camarade évoque plus la division du pays que sa réunion autour d'une mémoire commune votre réaction j'ai une précession évidemment très différente moi je retiens ce qu'elle dit le président de la République sur la capitulation nazie sur l'esprit de résistance sur Jean Moulin bien entendu et je pense que ça a été entendu par des millions de nos compatriotes et que ce message sur le courant l'esprit de résistance de Jean Moulin il a été très largement partagé ensuite qu'on évite que la cérémonie du 8 mai 1945 soit perturbé par des bruits de casseroles par des bruits d'une minorité moi ça me paraît légitime et je pense que pour garantir l'Union nationale l'unité nationale autour du 8 mai 1945 il valait mieux éviter des incidents évitez du bruit du mauvais bruit conséquence Bruno Le Maire la cause c'est cette réforme des retraites qui divisent tellement les Français qu'une manifestation aussi conçue sensuelle que l'on espère qu'on s'assuelle une manifestation à la mémoire des victimes du nazisme et bien nous interrompre qui rend ce consensus c'est le président de la République ou c'est des manifestations pendant le 8 mai 1945 ils sont totalement déplacés parce que j'ai vu que ailleurs dans des villages dans des communes vous aviez des députés de la majorité qui commémoraient du médié 1445 il y a eu effectivement des manifestations déplacées des bruits de casseroles qui est-ce qui troublent dans ce cas-là l'Union nationale c'est les manifestants qui arrivent avec casseroles et bruit ou c'est le député de la majorité ou le président de la République que chacun prenne ses responsabilités bon mais au-delà de ça le climat du pays Bruno Le Maire vous voyez bien qu'il y a une fracture et cette fracture aujourd'hui elle semble difficile à résorber mais je n'ai pas là aussi la même appréciation je pense que nous avons un pays qui se porte bien nous avons un pays qui aujourd'hui a une économie qui est solide nous avons une économie qui crée des emplois nous sommes en train de nous approcher ce qu'on n'a pas connu depuis un demi siècle c'est-à-dire le plein d'emploi dans notre pays alors qu'il reste encore des inquiétudes des angoisses que beaucoup de salariés va être mieux rémunérés mieux récompensés pour le travail oui que beaucoup d'entre nous veuillent que aujourd'hui le travail soit organisé différemment oui que il reste beaucoup à faire pour les services publics notamment l'hôpital public qui est un des grands sujets que présent la République à lutter oui mais ne caricaturons pas ce qu'est la France ou l'état de la France aujourd'hui il y a certaines personnes qui se complaisent dans une espèce de détérioration volontaire de l'image de la France et qui ont intérêt politique à montrer que tout va mal dans le pays que nous sommes au bord de la rupture au bord du drame au bord de la crise sociale au bord du conflit certains diraient au bord de la guerre civile c'est faux c'est pas la France que je vois pardon ce n'est pas la France que je vois moi je vois une France qui réussit France qui veut se battre une France qui a des succès c'est la même chose lorsqu'on me dit ah mais les jeunes aujourd'hui veulent plus bosser ils veulent plus travailler c'est ce genre de discours que je récuse parce que ce n'est pas l'image de la France que je rencontre j'en ai marre sans parler de guerre civile est-ce que vous voyez pas simplement la sous nos yeux une crise politique majeure encore une fois c'est un symbole ce n'est qu'un symbole mais ça éteint le président de la République qui remonte seul les champs Élysée le jour où on commémore le 8 mai 45 je ne pense pas que ça fasse une crise politique et je considère que aujourd'hui il y a des attentes qui sont très fortes il y a un besoin d'expressions politiques différents c'est évident il y a besoin de simplification notre démocratie tout le monde le voit de simplification et d'efficacité notre démocratie nous institutions sont trop lourdes trop lente la participation populaire à la décision n'est pas suffisamment organisée on peut certainement l'améliorer donc oui il y a des attentes auxquelles il faut répondre mais je suis peut-être exagérément optimiste mais ces attentes sont porteuses d'espoir elles sont pas porteuses de crise ou d'effondrement lorsque je m'exprime sur le travail les attentes des jeunes sur l'organisation du travail de la répartition de leur journée la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle le sens qu'ils veulent avoir dans leur activité mais on peut le considérer comme la grande démission ça c'est des pessimistes tous ceux qui voudraient vivre au 19e siècle on peut le considérer au contraire comme un formidable levier de transformation positive de notre pays et c'est comme ça que je le vois mais alors Bruno Le Maire on va revenir à votre roman parce que dans votre roman il y a notamment des mots très durs alors je rappelle que c'est un roman donc ce sont des personnes qui prennent la parole mais il y a par exemple une diatribe contre l'idéologie et notamment vis-à-vis donc de cette incapacité occidentale à voir à se prémunir contre l'idéologie je vous cite l'Occident qui comme toujours n'aura rien vu venir car c'est bien le propre de l'Occident de ne rien voir venir obséder qu'il est par son propre destin il est tellement revenu des idéologies qu'il ne voit plus le travail de sable des idéologies est-ce que ça n'est pas ce que vous venez de faire vous dites voilà l'économie va bien la France va bien et puis il y a des gens autour de vous alors je ne dis pas que l'idéologie est seulement d'un côté mais il y a des gens autour de vous avec des casseroles qui ne sont pas contents et qui considèrent que la France que vous décrivez n'est pas la France et tout homme politique honnête et je pense que beaucoup le sont et tiraillés entre la lucidité qui peut le porter au pessimisme et la volonté qui doit le porter à l'espoir je connais aucun homme politique ou alors il serait d'une naïveté confondante qui vous dirait mais tout va bien tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes l'homme politique c'est celui qui a la lucidité et la volonté la lucidité de voir que beaucoup de choses ne vont pas bien dans son pays qui a beaucoup de choses à améliorer beaucoup d'inégalités à corriger mais qui à l'espoir et ses chances de mon engagement politique pour essayer de transformer les choses ça me fait penser aussi c'était de Gaulle ça fait plaisir je reviens l'idéologie ça me fait vraiment penser à la rencontre entre de Gaulle et Kessel je crois qu'elle est racontée dans l'excellent livre de Dominique Bonnat sur Kessel et Druon on est en 43 que cela arrive à Londres et il demande à de Gaulle mais est-ce que vous pensez que nous allons gagner la guerre en 43 et de Gaulle répond mais la guerre qui est celle et déjà gagné évidemment il reste quelques formalités à remplir c'est ça la politique la lucidité sur le moment où nous sommes et la volonté totale de changer la réalité bon mais la question de l'idéologie la question de l'idéologie qui peut par exemple faire mener une réforme des retraites parce que c'est un point de vue idéologique on dit qu'il faut la faire on l'a fait contre un pays et parce que beaucoup de gens n'en veulent pas Bruno Le Maire c'est ça aussi la question qui se pose est-ce que finalement en pensant parce que j'imagine que tout cela était pavé de bonnes intentions en voulant rétablir certains équilibres et bien on fait quelque chose qui provoque une rupture idéologique profonde dans le pays la réforme des retraites c'est touche au de l’idéologie je fais beaucoup plus pragmatique que vous c'est des comptes publics c'est de l'argent les retraites coûtent très cher notre pays nous sommes un des seuls pays au monde qui consacrent près de 14 % sa richesse nationale au retraites dans d'autres pays ça va être 11 % tant mieux on a un régime de retraite par répartition beaucoup moins abandonné c'est-à-dire de la solidarité de la solidarité entre les jeunes générations et les générations qui sont à la retraite seule difficulté ça coûte cher donc le seul moyen de faire en sorte sans baisser les pensions ou augmenter les cotisations donc baisser les salaires de garantir l'équilibre financier de ce régime de retraite c'est de reporter l'âge légal donc je n'ai pas du tout lié le livre biologiste c'est beaucoup plus de la comptabilité cet argent il aurait pu être pris ailleurs et c'est d'ailleurs ce que disent beaucoup d'opposants mais je vois bien on me dit il y avait qu'à baissé les pensions des retraités non désolé bah si certains ont fait cette proposition là je trouve ça très bien mais allons alors si vous voulez qu'on regarde des solutions alternatives je les ai soigneusement identifiés certains disent il fallait abandonner la défiscalisation des heures supplémentaires ça rapporte plusieurs milliards très bien pour ceux que c'est juste qu'on retire un ouvrier un ouvrier qui va gagner par 200 € de plus ou moins supprime cette défiscalisation mais très bien 10 millions de crédits pour recherche c'est un peu plus de 7 milliards par an dans quel divisé par deux ça vous rapportera 3 milliards vous êtes coin du compte il en faut 17 et puis vous aurez des milliers d'emplois qui seront détruits parce que des entreprises qui voulaient investir en France n'investiront plus en France une des forces majeures d'autres pays aujourd'hui et qui est dû à notre politique économique depuis 6 ans nous sommes la nation la plus attractive pour les investissements étrangers en Europe et croyez moi je compte bien faire tout je dis bien tout ce qui est nécessaire pour garder cette place j'en ai marre il va falloir trouver de l'argent vous le disiez tout à l'heure Bruno Le Maire vous avez devant vous une demande de justice sociale mais aussi de justice fiscale beaucoup plus grande c'est le cas chez les Français dans l'opinion mais aussi au sein même de la majorité on l'entend par exemple chez vos alliés du MoDem en ce moment c'est toute la question aussi de la fiscalité du capital par rapport à la fiscalité du travail question très simple dans cette nouvelle phase allez-vous augmenter les impôts des plus riches non pourquoi pour une raison qui est très simple c'est que aujourd'hui l'impôt sur le revenu c'est 70% payé par 10% des gens la deuxième raison c'est que nous avons le niveau de fiscalité qui est le plus élevé de tous les pays de l'OCDE et tous ceux qui nous écoutent vous dites toujours les plus riches mais en aboutit toujours à taxer dans le fond les classes moyennes supérieures puis les classes moyennes que c'est ça qui rapporte c'est mécanismes différents qui est devenu définitive vous avez un niveau de prélèvement qui est très élevé pour les catégories moyennes et moyennes supérieures donc je ne souhaite pas que nous touchions aux impôts en revanche que nous garantissions que tout le monde paye bien ses impôts avec ce que nous avons lancé avec Gabriel Attal sur la lutte contre la fraude fiscale oui que nous évitions l'optimisation fiscale notamment des groupes les plus importants avec la mise en place d'un impôt minimum un impôt sur les sociétés c'est moi qui l'ai apporté depuis cinq ans avec le président de la République un impôt minimum à 15% pour éviter l'optimisation fiscale une fois encore trois fois oui la justice fiscale oui plus d'impôts non mais alors le paradoxe de tout cela Bruno Le Maire c'est que tout vous efforts je parle vos efforts collectifs pour restaurer les finances publiques ont été mal notées par Fitch que Fitch l'agence de notation a donc dégradé la note de la France considérant que le risque politique rendait ce pays moins enclin à rétablir l'équilibre des comptes publics c'est quand même là aussi étonnant puisque vous dites que cette réforme s'imposait par orthodoxie budgétaire et c'est cette même orthodoxie budgétaire qui a flétrit cette réforme enfin Fitch salut aussi ça a été un peu oublié ce que la réforme des retraites va apporter au rétablissement des finances publiques qui est un point absolument majeur du rétablissement des finances publiques et je crois voir toujours tenu le même argumentaire sur la réforme des retraites 1 ça permet de garantir l'équilibre financiers en 2030 deux ça augmente le volume global de travail du pays donc ça crée de la prospérité de la croissance qui fait le désendettement donc je prends évidemment très au sérieux la décision de Fitch il y a une autre décision qui doit intervenir qui sera celle de standards pour début juin et je redis à quel point je suis totalement déterminé pour ne pas dire inflexible sur le rétablissement de nos comptes publics d'ici 2027 et sur l'atteinte de nos objectifs baisser la dette publique de manière accélérée pour atteindre 108% de dettes publiques en 2027 et revenir sous les 3% de déficit en 2027 ça va demander un engagement de tous ça va demander un engagement de la majorité ça va demander un engagement de tous les ministres sans exception ça va demander un engagement des collectivités locales tout le monde doit s'y Bruno Le Maire vous n'avez pas répondu sur du fond on a entendu votre volonté mais justement Fidji en substance un pays qui est fracturé n'est pas un pays qui est à même de remplir cette ordre d'Oxy budgétaire doit se réparer se réparer quand je vois que aujourd'hui les syndicats sont prêts à rencontrer la première ministre que même la CGT j'ai salué hier le sens des responsabilités de la CGT a dit que elle se rendrait au rendez-vous chez la première ministre ouais les premiers pas commencent à être fait et tant mieux parce que vous savez la tension permanente c'est insupportable pour tout le monde et c'est insupportable pour une nation nous avons besoin de sérénité mais nous avons besoin aussi de détermination dans la transformation de notre modèle économique Jean-Louis c'est la question tout de même de la réalité politique aujourd'hui l'absence de majorité conséquente la difficulté à constituer des majorités on l'a vu évidemment sur la réforme des retraites on en parlait à l'instant comment allez-vous faire il faut avancer texte par text regardez depuis un peu moins d'un an dans le responsabilités qui sont les miennes nous avons fait voter une loi de finances rectificative a été dernier il y a une proposition de loi sur les influenceurs qui étaient voté alors qu'elle était défendue par deux députés d'horizons différents et nous avons un rendez-vous qui est majeur pour moi qui est le rendez-vous sur l'industrie verte la loi sur l'industrie verte c'est une loi qui doit permettre de accélérer la réindustrialisation du pays décarbonée de manière accélérée la nation française et faire de la nation française la première nation décarbonée en Europe c'est une réponse directe à l'irale une flèche de reduction actes américains c'est une texte de loi qui doit favoriser la préférence européenne dans la commande publique dans les soutiens financiers que nous apportons à l'industrie c'est une loi qui doit garantir qu'au 21ème siècle en matière de batterie électrique en matière d'hydrogène vert en matière de panneaux solaires ou d'éoliennes la France est un leader mondial donc c'est une loi fondamentale est-ce que la notion peut trouver une majorité oui oui on peut trouver une majorité j'ai commencé à consulter tous les groupes mais les consultations se passent très bien j'ai reçu des propositions intéressantes des Verts des propositions très justes notamment sur la biodiversité ou sur l'accent qui doit être mis davantage à transition climatique des propositions intéressantes du rassemblement national je recevrai prochainement les autres groupes la France insoumise les républicains je regarderai voter où vous pouvez accompagner des propositions du rassemblement national chacun est capable de dépasser son intérêt politique et partisan pour défendre l'intérêt national je suis convaincu que sur la loi industrie verte une majorité avec le rassemblement national est possible Bruno Le Maire non je dis pas ça je dis simplement que je regarde les propositions et je regarde les propositions pour ce qu'elles sont et non pas d'où elles viennent je les regarde la politique c'est un peu comme vous le dit d'ailleurs dans fugue américaine c'est un peu savoir d'où l'on parle mais bien sûr mais en l'espèce sur un projet de loi qui porte sur l'industrie je regarde les propositions en fonction de ce qu'elles apportent au texte l'autre question qui se pose et qui se pose de manière cruelle pour beaucoup de Français aujourd'hui c'est l'inflation Bruno Le Maire et l'inflation empêche justement beaucoup de nonombatriotes de se réjouir de la situation économique et là aussi est les armes du gouvernement ou celles qui sont mises à disposition de l'économie réelle font que cette inflation pèse très lourdement sur le budget beaucoup de ménage qu'est-ce que vous envisagez à suivre terriblement et quand je dis que la situation économique de la France est solide je sais bien que c'est un chiffre global mais enfin on est quand même mieux à s'approcher du plein emploi et avec de la croissance plutôt que d'avoir un chômage de masse être en récession et ça c'est dû à notre politique économique il n'empêche l'inflation c'est un calvaire un calvaire pour beaucoup de nos compatriotes notamment ceux qui ont des familles nombreuses et en particulier ce qu'on les revenus les plus modestes donc il faut arriver à casser la spirale inflationniste sur les prix alimentaires je dis bien la casser je verrai les distributeurs cette semaine on va voir avec eux comment est-ce qu'ils peuvent prolonger leur trimestre anti-inflation au-delà du 15 juin parce que ça marche les prix ont baissé de 5 à 7% sur les prix qui sont dans ce trimestre anti-inflation il faut le prolonger de la du 15 juin parce qu'on sait bien que les produits alimentaires continueront à être cher je verrai ensuite les grands industriels en leur disant quelque chose de très simple quand les prix de gros et les prix du fret ont explosé immédiatement s’est occupé de vous et on vous a permis d'augmenter vos prix désormais quand les prix baissent il faut que vous répercutiez tout aussi rapidement les prix à la baisse sur les prix de consommation pour que à l'automne prochain nous ayons cassé cette spirale sur les prix alimentaires sur les maris d'après les distributeurs les industriels font la sourde oreille il tarde à revenir à la table des négociations et donc à entraîner une baisse des prix dans les rayons pour celles et ceux qui nous écoutent qu'allez-vous faire allez-vous laisser faire ces industriels certainement pas je ne suis pas pour le laisser faire et je considère que c'est de là que l'État à son rôle à jouer lorsque les acteurs privés n'arrivent pas à 100 ans que les négociations commerciales ont du mal à reprendre bah c'est le rôle de l'État de rassembler tout le monde donc je vais voir d'abord les distributeurs puis des grands industriels ensuite je verrai tout le monde ensemble on dirait écouté il y a une seule chose qui compte c'est le consommateur et c'est que les prix baissent donc on se débrouille on va regarder des marches très attentivement qui a fait quelle marge à quel endroit qui aujourd'hui allait marge de manœuvre financière pour baisser ses prix et donc le consommateur le voit et je le redis je n'écarte aucune option pour amener à des décisions concrètes qui se voient dans le panier de chaque Français Bruno Le Maire il y a dans fugue américaine votre roman publié aux éditions gallima un thème est extrêmement important celui la vocation et celui de l'enseignement de la manière dont on peut atteindre ou pas une meilleure connaissance une meilleure expertise une meilleure maîtrise de ce que l'on fait et notamment là en l'occurrence du piano puisque fugue américaine évoque le piano vous justement qui ont été vos maîtres qui sont ceux qui vous ont enseigné celui qui m'a le plus appris en je suis très trois enseignants le premier c'est mon prof d'allemand en hypokhâgne quand je préparais les concours qui m'a ouvert à la littérature allemande qui est très présente dans ce texte pelle Philippe Forget je cite un grand germaniste spécialiste de Kafka c'est lui qui m'a fait découvrir littérature allemande je citerai une deuxième personne qui était mon prof de piano qui était une femme portugaise qui habitait pas très loin de l'École normale supérieure qui m'a fait travailler beaucoup beaucoup mon piano c'est une ancienne enseignante de la Judas School à New York et une femme tout à fait exceptionnelle et je citerai un troisième professeur qui a joué un rôle majeur beaucoup le connaissent et que vous avez darkos qui était mon professeur de français là aussi en classe préparatoire et qui m'a fait découvrir des pans entiers de la littérature qui m'a donné aussi la passion la littérature latine c'est un grand spécialiste de vie d'exedercos et c'est un enseignant d'une qualité exceptionnel et alors en dehors de Xavier darkoz qui est un politique un politique qui ferait figure pour vous d'enseignants vous avez travaillé avec Dominique de Villepin celui avec lequel je me suis le plus usé celui avec lequel il y a le plus d'enthousiasme de Villepin bien sûr parce que tout était possible y compris de se mettre en travers de la route des États-Unis quand il veut déclarer la guerre en Irak et il y avait une forme chez Dominique de Villepin de panache français et ce panache français voilà je trouve ça incroyable merci Bruno Le Maire de nous avoir accompagné fugue américaine pour évoquer la mémoire de rovide du piano comment on devient ce que l'on est comment aussi parfois on ne parvient pas à être véritablement votre livre et publié aux éditions Gallimard dans quelques instants le point sur l'actualité le 845
Bruno Le Maire