Droits de douane : Trump humilie l’Europe - C dans l’air - 28.07.2025
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:10OuverteRéponse directe
Quand on exporte des produits aux Etats-Unis, on va subir des taxes de 15 %. Quand les Américains nous exportent des produits, nous les acceptons les bras ouverts et les Américains n'ont aucune taxe? C'est ça, cet accord déséquilibré que dénoncent les membres du gouvernement?
- 3:34OuverteRéponse directe
On ne gagne rien et les Américains gagnent beaucoup de choses. Est-ce que c'est ça, cet accord déséquilibré?
- 4:53RelanceRéponse partielle
La dernière menace de D.Trump était des droits de douane de 30 %. L'UE a-t-elle cédé par peur?
- 6:20OuverteRéponse directe
On est convoqués à Pékin, sur le terrain de golf... Est-ce un symbole de faiblesse?
- 7:47OuverteRéponse directe
C'est un message envoyé aux Russes et aux Chinois? L'UE est-elle affaiblie?
- 9:01RelanceRéponse directe
Les 27 s'engagent aussi à acheter davantage de pétrole et de gaz américain. Est-ce une capitulation?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:34S.DridiFait
« C'est une grande victoire pour D.Trump. Avant de venir ici, je voyais que la porte-parole de la Maison-Blanche mettait sur X, tous les articles qui saluaient cet accord. »
- 4:09A.de TarléChiffre
« En plus, l'Europe s'engage à acheter pour plus de 700 milliards d'énergies américaines. »
- 4:53S.DridiFait
« La dernière menace de D.Trump était des droits de douane de 30 %. Vu ce qu'il s'est passé avec le Mexique et le Canada, l'UE a bien compris que ces droits de douane pouvaient être mis en place et n'étaient pas qu'une menace. »
- 6:20F.LouisFait
« C'est un gain géopolitique. Il n'est pas si nul que ça au jeu géopolitique ou à la chance d'être à la tête d'une puissance qui a de tels atouts géopolitiques. »
- 7:03A.de TarléFait
« On ne gagne rien et les Américains gagnent beaucoup de choses. »
- 7:47F.LouisFait
« Le fait qu'on se fasse tordre le bras est le symptôme de notre faiblesse et de notre incapacité à agir de manière autonome. »
- 8:16F.LouisFait
« Pour reconnaître qui est le chef, qui est le suzerain et qui est le vassal. Au-delà du pur aspect économique, ce qui est important, c'est la symbolique de vassalisation. »
- 9:01U.van der LeyenFait
« Nous avons un accord. Nous avons un accord commercial entre les 2 plus grandes économies du monde. Félicitations et mille mercis. »
- 9:46D.TrumpFait
« Nous avons eu de très bonnes relations au fil des années, mais toujours très injustes pour les Etats-Unis. C'est génial d'avoir conclu un accord aujourd'hui plutôt que d'avoir continué à jouer ce petit jeu. »
- 9:46D.TrumpChiffre
« C'est le plus grand accord jamais conclu. D.Trump obtient 15 % de droits de douane sur les produits européens. »
- 9:46D.TrumpChiffre
« Ils vont acheter 750 milliards de dollars d'énergies américaines. Ca va être super. 600 milliards de dollars d'investissement aux Etats-Unis en plus de ce qu'ils ont déjà investi. »
- 10:29D.TrumpFait
« La victoire est totale pour D.Trump et les marchés sont rassurés. »
- 11:14V.OrbanFait
« Ce n'est pas un accord qui a été conclu avec U.von der Leyen. D.Trump a dévoré U.von der Leyen au petit-déjeuner. Voilà ce qui s'est passé. »
- 12:03L.Saint-MartinFait
« L'Europe a des moyens de continuer à faire ce travail de négociation. Il y a l'instrument d'anti-coercition qui peut exister pour essayer de rééquilibrer ce qui a été, hier, un accord déséquilibré. »
- 12:47S.MatellyFait
« Il y a l'instrument d'anti-coercition qui peut exister pour essayer de rééquilibrer ce qui a été, hier, un accord déséquilibré. »
- 15:19S.MatellyFait
« Ce que je trouve intéressant dans la séquence passée sur cet accord, c'est la façon dont U.von der Leyen, présidente de la Commission, a dit qu'on avait un accord. Il faut attendre D.Trump pour qu'il parle du fond. »
- 16:03S.MatellyFait
« Peut-être qu'on espère qu'on va pouvoir négocier des exemptions et quelque chose d'un peu... »
- 16:48S.DridiFait
« La dernière menace de D.Trump était des droits de douane de 30 %. Vu ce qu'il s'est passé avec le Mexique et le Canada, l'UE a bien compris que ces droits de douane pouvaient être mis en place et n'étaient pas qu'une menace. »
- 17:32S.DridiFait
« Aujourd'hui, c'est une capitulation pour l'UE. »
- 18:13A.de TarléPromesse
« Taxons à 30 % ces plateformes américaines qui nous envahissent. »
- 19:41F.LouisFait
« Le problème n'est pas cet accord. C'est le symptôme d'un problème géopolitique beaucoup plus grave. »
- 21:08R.WerlyFait
« La sémantique d'U.von der Leyen qui dit que nous devons rééquilibrer notre commerce. D.Trump ne veut pas rééquilibrer quoi que ce soit. Il veut que ce soit à la faveur des Etats-Unis. »
- 21:52S.MatellyFait
« On a un certain nombre de dépendances. Il y a l'Ukraine et les questions de sécurité, mais sur le numérique, on sait que les taxes sont systématiquement payées par le consommateur. »
- 22:37S.MatellyChiffre
« Le Royaume-Uni, tout seul, qu'on disait faible depuis qu'il a quitté l'UE, a eu un deal. Ils ne sont taxés qu'à 10 %. »
- 23:20S.MatellyFait
« C'est extraordinaire de se faire taxer alors que le commerce avec le Royaume-Uni est profitable aux Etats-Unis. »
- 25:25R.WerlyFait
« T.Breton a été écarté par U.von der Leyen parce qu'il lui faisait de l'ombre. »
- 26:10F.LouisFait
« L'union n'a pas fait la force de ce point de vue. C'est le problème du risque de contagion du Brexit. »
- 26:55A.de TarléFait
« Est-ce que cette séquence abîme le narratif de "à 27, on est plus forts"? »
- 27:40F.LouisFait
« On s'engage à acheter des hydrocarbures. Or, l'UE a un mandat pour décarboner l'économie. C'est contradictoire. »
- 29:05S.MatellyFait
« Il n'a pas besoin d'être rejeté par les 27 puisqu'il faut les deux tiers des voix. Ce serait quand même un sacré camouflet. »
- 29:48S.MatellyFait
« On a choisi l'accord. Pourquoi? On a jugé que c'était la moins pire des solutions. C'est la moins mauvaise des solutions, mais ça donne une sacrée image de l'Europe. »
- 30:30S.DridiFait
« C'est un coup double. Vous avez parlé des investissements. C'est un point très important pour D.Trump, qui a la nostalgie de l'âge d'or des Etats-Unis. »
- 31:14R.WerlyFait
« U.von der Leyen n'était pas si à l'aise avec cette copie qu'elle l'a avalisée ou qu'elle a décidé de passer outre un certain nombre de recommandations. »
- 32:40S.MatellyFait
« C'étaient eux les plus allants pour parvenir à un accord. Sur les 600 milliards... U.von der Leyen vient de signaler qu'elle n'avait pas la main sur ces 600 milliards. »
- 33:19S.MatellyChiffre
« Début janvier 2025, le niveau moyen de droits de douane entre l'Europe et les Etats-Unis oscillait entre 3 et 4 %. On a failli avoir 30 % et finalement, on a 15 %. »
- 35:22A.de TarléFait
« D.Trump va vite et l'Europe ne sait pas aller vite. »
- 36:07J.-L.DemartyFait
« A l'époque, D.Trump était beaucoup moins sûr de lui. Il avait autour de lui des gens relativement compétents, qui pouvaient être d'un avis différent et n'étaient pas ultra protectionnistes. »
- 36:45J.-L.DemartyFait
« Le vrai problème avec lui, c'est son imprévisibilité. Vous pouvez négocier avec le niveau inférieur en pensant que vous êtes près d'un accord et vous découvrez que vous ne l'êtes pas, en réalité. »
- 37:29J.-L.DemartyFait
« Trump tape tout le monde de la même manière avec ses tarifs. C'est contre-productif. Trump nous traite comme les Chinois. »
- 38:13J.-L.DemartyFait
« Les États-Unis ont une balance commerciale déséquilibrée parce qu'ils ont une épargne insuffisante de leurs ménages et de leurs entreprises. »
- 38:56J.-L.DemartyFait
« On a un agenda d'accords de libre-échange avec le reste du monde. On vient d'en conclure avec l'Indonésie. »
- 40:22F.LouisFait
« Ces droits de douane, ce sont les consommateurs américains qui en paieront une large partie, sans doute les entreprises exportatrices qui en prendront une partie à leur charge. »
- 41:48S.MatellyChiffre
« Les exportations chinoises, malgré la guerre commerciale, n'ont pas diminué sur ces 6 premiers mois. Elles ont diminué de plus de 30 % aux Etats-Unis. »
- 42:28A.de TarléFait
« Les Américains pourraient être privés en partie de produits européens, trop chers. »
- 46:41S.DridiFait
« La dernière personne qui parle à D.Trump peut avoir une influence, même s'il peut ensuite très vite changer d'avis. »
- 47:20D.TrumpFait
« Vous vous moquez de moi? Non, ça n'avait rien à voir. »
- 48:03D.TrumpPromesse
« Oui, je pense. »
- 48:43A.de TarléFait
« Le "Wall Street Journal" vient de publier un article explosif. Le président Trump aurait écrit à J.Epstein une lettre salace pour son anniversaire en 2003. »
- 49:28D.TrumpFait
« Quelqu'un a pu écrire une lettre en utilisant mon nom. C'est souvent arrivé. »
- 50:12A.de TarléFait
« Le "New York Times" publie une autre dédicace de Trump à Epstein en 97. "Tu es le meilleur", écrit le futur président. »
- 50:55A.de TarléFait
« Le numéro 2 du ministère de la Justice est envoyé dans cette prison de Floride pour interroger G.Maxwell, l'ancienne complice de J.Epstein. »
- 51:39D.TrumpFait
« La chasse aux sorcières continue. Vous devriez plutôt parler du fait qu'on a pris le président Obama la main dans le sac. »
- 52:20S.DridiFait
« On a senti la tension dans la salle. La ministre de la Justice disait: "Circulez, rien à voir." »
- 53:39S.DridiFait
« Des influenceurs comme L.Loomer, proche D.Trump, qui est d'habitude très loyale, l'élue conspirationniste M.Taylor Greene... »
- 54:23S.DridiFait
« Je ne suis pas sûre que D.Trump va perdre un soutien massif... Plein d'électeurs trumpistes, pour eux, l'important, c'est l'inflation, la sécurité aux frontières. »
- 55:06F.LouisFait
« C'est l'arroseur arrosé, la bête qui se retourne contre celui qui est en partie responsable de sa création. »
- 55:51S.MatellyFait
« Depuis l'arrivée de Trump au pouvoir, il y a un concept qui revient tout le temps: on est passés dans l'ère de la post-vérité. »
- 56:35S.MatellyFait
« Les fausses informations circulent 10 fois plus vite sur les réseaux sociaux que les vraies informations. »
- 57:19R.WerlyFait
« J'étais sur les traces de J.D.Vance, le vice-président. Il existe un électorat, un socle Maga d'électeurs très religieux, pas nécessairement évangélistes fanatiques. »
- 58:04R.WerlyFait
« Pour ce socle, ce qu'aurait fait D.Trump avec Epstein, c'est une trahison. »
- 58:48A.de TarléFait
« On accepte qu'on nous impose 15 % de droits de douane sans réagir. »
- 1:00:14R.WerlyFait
« Elle a fait campagne, nommée par le groupe PPE, le groupe conservateur au Parlement européen... Il lui a reproché d'être partisane. »
- 1:00:47F.LouisFait
« On a mutualisé cette capacité de négociation, mais malgré tout, des sentiments nationaux existent à l'intérieur de l'Europe. »
- 1:01:31S.MatellyFait
« On ne réagit pas en Européens, En nationaux avant tout? »
- 1:02:15S.MatellyFait
« Quand les Allemands allaient à Washington, ils négociaient ou parlaient au nom de l'Europe. »
- 1:02:52S.MatellyFait
« Que se serait-il passé si on avait laissé passer le 1er août, que les droits de douane à 30 % étaient imposés? »
- 1:03:37S.MatellyFait
« Le laisser faire était exclu. Mais on aurait pu imaginer que D.Trump renchérisse, augmente encore plus les droits de douane. »
- 1:04:20A.de TarléFait
« Au risque de faire le jeu de ceux qui dénoncent l'UE, comme L.Wauquiez, qui parle de racket. »
- 1:05:02R.WerlyFait
« Ce qui serait puissant, ce sera une prise de parole conjointe du président français et du chancelier allemand. »
- 1:05:46S.DridiFait
« Oui. Vous l'avez montré dans le reportage, avec l'ex-négociateur sur les droits de douane. L'escalade aura été compliquée à gérer pour l'UE. »
Temps de parole
- ?100 %
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Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.
avec Pattex Ni Clou Ni Vis... ... - A.de Tarlé: Bonsoir. "Un jour sombre où l'Europe a accepté sa soumission face à D.Trump", F.Bayrou a des mots très durs pour dénoncer l'accord scellé hier entre le président américain et l'UE. L'Europe accepte de voir ses produits vendus aux Etats-Unis subir une taxe de 15 %. "Un accord déséquilibré", regrettent les ministres français du Commerce intérieur et de l'Europe. Avec ce deal, l'Europe évite d'entrer dans une guerre commerciale avec l'imprévisible D.Trump pour d'autres. Reste une ultime humiliation pour la Commission européenne: la Grande-Bretagne a obtenu un meilleur deal alors qu'elle a quitté l'UE. Elle a obtenu seulement 10 %.
Pour répondre à vos questions, nous accueillons Richard Werly. Vous avez parcouru les Etats-Unis au printemps dernier à la rencontre des électeurs trumpistes. S.Dridi, vous êtes correspondante à Washington pour France 24 et la RTBF. Vous êtes accréditée à la Maison-Blanche. On vous voit de temps en temps questionner D.Trump. S.Matelly, vous êtes économiste et directrice de l'institut Jacques-Delors. F.Louis, vous êtes historien des relations internationales et membre de la rédaction du "Grand Continent". R.Werly plus que cet accord, c'est la réaction et les mots très durs de F.Bayrou qui affirme ceci. Il a des mots très graves pour dénoncer cet accord où l'Europe accepte des droits de douane de 15 % sur tous ses produits. - R.Werly: Il est en colère.
On s'attendait plutôt à une réaction d'E.Macron. Celui qui siège au Conseil européen, qui transmet les recommandations à U.von der Leyen, c'est E.Macron. F.Bayrou, européen convaincu qui s'est toujours battu pour l'Europe, sort de ses gonds. Je vois 2 interprétations possibles. La première: il est envoyé au front par E.Macron qui, peut-être, prépare la manière dont il va réagir dans les heures ou jours qui viennent. Ou alors, c'est un sujet de désaccord entre F.Bayrou et E.Macron. F.Bayrou ne savait pas que la Commission européenne allait à ce point avaliser la proposition américaine. Il est outragé. On a un Premier ministre en colère. - A.de Tarlé: Pour entrer dans le détail de cet accord, quand on exporte des produits aux Etats-Unis,
on va subir des taxes de 15 % à l'entrée aux Etats-Unis. Quand les Américains nous exportent des produits, nous les acceptons les bras ouverts et les Américains n'ont aucune taxe? C'est ça, cet accord déséquilibré que dénoncent les membres du gouvernement? - S.Dridi: C'est une grande victoire pour D.Trump. Avant de venir ici, je voyais que la porte-parole de la Maison-Blanche mettait sur X, tous les articles qui saluaient cet accord. Un média titre sur les 750 milliards de dollars consacrés pour les hydrocarbures américains. - A.de Tarlé: En plus, l'Europe s'engage à acheter pour plus de 700 milliards d'énergies
américaines. - S.Dridi: Le "New York Post" dit que c'est une victoire pour D.Trump et que ça montre que c'est un dealmaker. Trump avait promis de faire signer 90 deals en 90 jours. Ca n'a pas eu lieu. On le présente aujourd'hui comme le dealmaker, comme quelqu'un qui a réussi son coup avec l'UE. C'est vrai, mais ça a mis du temps et il y a eu beaucoup de frustration à la Maison-Blanche pour arriver jusqu'à cette victoire. Il avait annoncé 90 deals en 90 jours. Parce qu'il n'obtenait pas ce qu'il souhaitait, ça été repoussé et on est arrivés à cet accord. - A.de Tarlé: On va regarder cette photo. Hier, U.von der Leyen convoquée par D.Trump sur son terrain de golf en Ecosse pour signer cet accord. Cette photo dit beaucoup de choses? C'était après une partie de golf. D.Trump consent à recevoir U.von der Leyen, qui finit par signer un peu piteusement cet accord? - S.Matelly: Je ne crois pas qu'elle était dans ses petits souliers. Elle y est allée pour signer cet accord en sachant très bien ce qu'il y avait dedans. Pas grand chose n'a été négocié hier.
Ce n'était pas à Bruxelles ni à Washington, mais en Ecosse. Il jouait sa partie de golf là-bas. Est-ce qu'il est venu exprès pour signer cet accord parce qu'il était arrivé à un compromis qui lui paraissait acceptable? On le saura dans les jours qui viennent. Elle avait besoin de signer quelque chose comme D.Trump avait besoin que cet accord soit signé. La semaine passée, les Européens étaient à Pékin, en Chine, pour rencontrer Xi Jinping là où ils avaient dû se déplacer. - A.de Tarlé: On est convoqués à Pékin, sur le terrain de golf... - S.Matelly: Effectivement. - A.de Tarlé: Question. - F.Louis: C'est un gain géopolitique. Il n'est pas si nul que ça au jeu géopolitique ou a la chance d'être à la tête d'une puissance qui a de tels atouts géopolitiques.
Cet accord, d'un point de vue économique, tout le monde s'accorde en France à considérer qu'il est défavorable aux Européens. - A.de Tarlé: On ne gagne rien et les Américains gagnent beaucoup de choses. - F.Louis: Le problème n'est pas cet accord. C'est le symptôme d'un problème géopolitique beaucoup plus grave. On ne peut pas se limiter à commenter cet accord du pur point de vue économique. C'est d'ailleurs pour ça que les Européens l'ont signé. D'un point de vue économique, ce n'est pas plus dramatique que ça. Ca l'est si on élargit d'un point de vue géopolitique et d'un point de vue de la défense de l'UE, et des Européens en général. Le fait qu'on se fasse tordre le bras est le symptôme de notre faiblesse et de notre incapacité à agir de manière autonome.
- A.de Tarlé: C'est un message envoyé aux Russes et aux Chinois? - F.Louis: C'est une crainte. D.Trump a montré qu'il suffisait d'utiliser la pression et la force pour que les Européens reculent. De ce point de vue, l'argent tiré de ces droits de douane... Beaucoup le comparent à un tribut. Les historiens du Moyen Age, spécialistes de la féodalité l'appellent un tribut recognitif. - A.de Tarlé: Pour avoir accès au marché américain, il faut payer? - F.Louis: Pour reconnaître qui est le chef, qui est le suzerain et qui est le vassal. Au-delà du pur aspect économique, ce qui est important,
c'est la symbolique de vassalisation. - A.de Tarlé: La sentence est tombée pour l'UE avec une surtaxe douanière de 15 % négociée entre U.von der Leyen et D.Trump. Les 27 s'engagent aussi à acheter davantage de pétrole et de gaz américain. - U.van der Leyen: Nous avons un accord. Nous avons un accord commercial entre les 2 plus grandes économies du monde. Félicitations et mille mercis. - Une poignée de main au goût amer. L'accord scellé hier entre 2 parties de golf ressemble plus à la fin d'un supplice qu'à une bonne affaire pour l'UE. Dans une mise en scène orchestrée à l'intérieur du golf de D.Trump, en Ecosse, U.von der Leyen plie face aux exigences américaines. - U.von der Leyen: Merci de m'avoir invitée ici. Nous avons un excédent commercial et vous, un déficit. Nous devons rééquilibrer ça. Vous êtes connu pour être un dur négociateur et un faiseur de deal. - En face, un D.Trump écrasant et décomplexé.
Sans pitié. - D.Trump: Nous avons eu de très bonnes relations au fil des années, mais toujours très injustes pour les Etats-Unis. C'est génial d'avoir conclu un accord aujourd'hui plutôt que d'avoir continué à jouer ce petit jeu. - C'est le plus grand accord jamais conclu. D.Trump obtient 15 % de droits de douane sur les produits européens. Ce n'est pas tout. - D.Trump: Ils vont acheter 750 milliards de dollars d'énergies américaines. Ca va être super. 600 milliards de dollars d'investissement aux Etats-Unis en plus de ce qu'ils ont déjà investi. - Des discussions doivent encore avoir lieu pour établir ou non
une liste de produits stratégiques exemptés de taxes, dans l'aéronautique ou les produits chimiques par exemple. La victoire est totale pour D.Trump et les marchés sont rassurés. - Wall Street s'apprête à battre un nouveau record. - La menace de droits de douane plus élevés a porté ses fruits. C'est donc une victoire politique pour le président des Etats-Unis. Aucun doute là-dessus. - En Europe, en revanche, c'est la gueule de bois. L'Allemagne, l'Espagne et l'Italie estiment avoir évité le pire et se préparent aux répercussions. - G.Meloni: Le combat n'est pas terminé, mais nous devons apporter un soutien au niveau national et européen aux secteurs particulièrement touchés par cette décision.
- Le Hongrois V.Orban, allié de Trump, raille la présidente de la Commission européenne. - V.Orban: Ce n'est pas un accord qui a été conclu avec U.von der Leyen. D.Trump a dévoré U.von der Leyen au petit-déjeuner. Voilà ce qui s'est passé. Le président américain est un négociateur poids lourd alors que la présidente de la Commission est un poids plume. - En France, critique sévère de F.Bayrou. ... La France espère encore riposter face aux Américains. - L.Saint-Martin: L'Europe a des moyens de continuer à faire
ce travail de négociation. Il y a l'instrument d'anti-coercition qui peut exister pour essayer de rééquilibrer ce qui a été, hier, un accord déséquilibré. - On ferme certains marchés publics à des entreprises américaines? - L.Saint-Martin: On peut. Je ne veux pas qu'on s'arrête à ce qui s'est passé hier. Ce serait assumer que l'Europe n'est pas une puissance économique. Surtout, il y a un enjeu politique derrière: est-ce que l'UE est une force? - Pour M.Le Pen, c'est clair. L'Europe des 27 est moins puissante qu'un seul pays, comme le Royaume-Uni. ... L'administration Trump avertit les Européens: les droits de douane pourront augmenter si les engagements de l'accord ne sont pas respectés. - A.de Tarlé: Question. - R.Werly: Elle n'était pas du tout dans la même position que D.Trump. Elle n'est pas élue ni présidente de l'UE. Elle était mandatée par les 27 Etats membres, au nom des compétences exclusives de la Commission, pour négocier cet accord. Le négociateur était assis à côté d'elle. Il a négocié avec le secrétaire au Commerce.
- A.de Tarlé: Personne ne le connaît. N'est-ce pas un problème qu'on ait un D.Trump ultra médiatisé et en face quelqu'un chargé de négocier avec lui, qu'on ne connaît pas. - R.Werly: Il a beaucoup négocié avec la Suisse. Il est tenace. Ce qui est vrai, c'est l'un des énormes défauts, c'est que ce n'est pas du tout un communicateur. Aujourd'hui, U.von der Leyen qui, d'habitude, adore prendre la lumière, n'est pas venue défendre l'accord à Bruxelles. Elle l'a laissé défendre l'accord devant les journalistes
et il a mal fait. U.von der Leyen n'était pas si à l'aise avec cette copie qu'elle l'a avalisée ou qu'elle a décidé de passer outre un certain nombre de recommandations. Par exemple, les recommandations de fermeté de la France. - A.de Tarlé: U.von der Leyen est mandatée et ne fait qu'obéir aux 27 pays européens. On est tous alignés? La France s'indigne, mais est-ce que certains pays s'accommodent fort bien de cet accord signé hier soir en Ecosse? - S.Matelly: Ca dépend ce que vous entendez par pays. Dans tous les pays d'Europe, on a vu se lever un certain nombre de critiques sur cet accord. La critique est de dire qu'on s'est soumis. Dans ces pays, vous avez des dirigeants comme F.Merz ou G.Meloni, qui disent que c'est la moins pire des choses qui puisse nous arriver. - A.de Tarlé: En disant qu'il faut quand même continuer à vendre des Mercedes aux Etats-Unis. - S.Matelly: Surtout, il fallait calmer D.Trump
qui avait annoncé le pire. Ce que je trouve intéressant dans la séquence passée sur cet accord, c'est la façon dont U.von der Leyen, présidente de la Commission, a dit qu'on avait un accord. Il faut attendre D.Trump pour qu'il parle du fond. Ce qui est important pour la présidente, c'est de conclure un accord. Les négociations étaient très difficiles. Chaque fois qu'on aboutissait à un quasi accord, D.Trump bloquait en disant "stop". On a déverrouillé ce verrou D.Trump.
Peut-être qu'on espère qu'on va pouvoir négocier des exemptions et quelque chose d'un peu... - A.de Tarlé: C'est déjà le cas sur l'aéronautique ou le vin. - S.Matelly: Reste le cas des médicaments. Est-ce que le gaz naturel, on va en acheter plus que ce qu'on achète déjà... On a acheté pour 300 milliards en 2024. C'est significatif et ça nous permet de garantir nos approvisionnements. Si c'est dans le cadre des échanges actuels, ça ne change pas grand-chose. - A.de Tarlé: Question. Si l'Europe avait dit: "Moi, ce 15 %, c'est non. On ne se soumet pas à votre diktat."
- S.Dridi: La dernière menace de D.Trump était des droits de douane de 30 %. Vu ce qu'il s'est Passé avec le Mexique et le Canada, l'UE a bien compris que ces droits de douane pouvaient être mis en place et n'étaient pas qu'une menace. Le Canada a eu des droits de douane de 35 %. Il y aura peut-être des négociations, mais même un pays ami... Ca été très dur pour le Canada. D.Trump disait que s'il n'y avait pas d'accord le 1er août, ce serait des droits de douane de 30 %. Il y avait de la frustration parce que ça a été des négociations
difficiles. Il avait besoin de cette victoire. Ensuite, il y aura peut-être des exemptions. D'autres choses vont être négociées. Aujourd'hui, c'est une capitulation pour l'UE. - A.de Tarlé: Question. On a entendu le ministre au Commerce extérieur dire que nous vendons beaucoup de produits aux Etats-Unis, mais que les Américains nous envahissent de leurs services numériques comme Google, Facebook, Netflix, Amazon... Faisons la même chose. Taxons à 30 % ces plateformes américaines qui nous envahissent.
- F.Louis: C'était une possibilité. Penser cela, c'est aborder le problème que sous son angle économique. - A.de Tarlé: Ce serait une possibilité? - F.Louis: Oui et non. Que va faire D.Trump si on fait ça? Il va dire: "J'arrête de fournir des armes à l'Ukraine et je m'en vais de l'Otan." Beaucoup de pays européens qui n'ont pas l'arme nucléaire se disent que finalement... - A.de Tarlé: Ce n'est pas qu'un deal économique. - F.Louis: Si ce n'était qu'économique, l'UE, la plus grande économie au monde, a les moyens d'établir un rapport de force.
C'est pour ça qu'on s'était bercés d'illusions en pensant qu'on allait faire trembler ou chanceler Trump grâce à notre poids économique. On oublie que Trump a d'autres leviers et qu'il peut mélanger des choses qu'habituellement, nos alliés ne mélangeaient pas. Ce n'est pas parce qu'on a une brouille à propos des subventions à Airbus que les Américains nous menaçaient d'arrêter de participer à l'Otan. Aujourd'hui, Trump mélange tout. En faisant cela, il est hyper puissant et on doit capituler. Cette capitulation, cet accord mauvais est le symptôme du problème, pas le problème. - A.de Tarlé: Quelle image renvoie l'UE au reste du monde. Question.
- R.Werly: Effectivement. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce qui vient d'être dit. Ca été très bien présenté. Trump appuie sur tous les leviers, y compris ceux qui font mal: la défense et l'Ukraine. Mais, on aurait pu tester. C'est ça qu'on reproche à l'UE et à la Commission. On n'a pas essayé de tenir tête. Il y avait cette date butoir du 1er août. C'est le 1er août que les 30 % devaient être instaurés par les Etats-Unis. Il aurait peut-être fallu laisser passer cette date, tenir tête, riposter et attendre de voir. Ce qui est en train de s'installer, et de ce point de vue, D.Trump a vraiment gagné, c'est la peur. On a l'impression que les dirigeants européens commencent à flageller. Si c'est comme ça qu'on agit face à Trump, on aura perdu à chaque fois. Il va bien falloir lui dire quelques vérités et prendre ce risque. Si on ne le fait pas, l'avalanche va continuer. Regardez la sémantique. Je m'aperçois que c'était une erreur d'accepter d'aller sur son terrain de golf à son invitation.
Autre chose: la sémantique d'U.von der Leyen qui dit que nous devons rééquilibrer notre commerce. D.Trump ne veut pas rééquilibrer quoi que ce soit. Il veut que ce soit à la faveur des Etats-Unis. Nous n'avions rien à rééquilibrer. Il y a un problème: on commence à faire du trumpisme. On est les meilleurs élèves de D.Trump. - A.de Tarlé: On a accepté de se soumettre à la loi du plus fort? Trump pourra rajouter d'autres conditions demain? - S.Matelly: Oui, car on a un certain nombre de dépendances. Il y a l'Ukraine et les questions de sécurité, mais sur le numérique, on sait que les taxes sont systématiquement payées par le consommateur. Est-ce qu'on a, en Europe, une alternative
au numérique américain? Non. Est-ce qu'on est prêts à payer plus cher avec toutes les conséquences que ça peut avoir? - A.de Tarlé: Taxer Netflix, ce serait le consommateur européen qui devrait payer plus cher? - S.Matelly: Netflix, ce n'est pas très grave. Les services numériques, les clouds... On ne peut pas s'en passer. On paye aujourd'hui le prix de nos dépendances criantes. Les lignes sont en train de bouger et on a une prise de conscience qui s'est effectuée il y a quelques années. On est encore beaucoup trop faibles pour aller dans ce sens. Je peux comparer à l'accord obtenu par le Royaume-Uni? - A.de Tarlé: C'est l'autre volet. Maintenant, on va se comparer.
Le Royaume-Uni, tout seul, qu'on disait faible depuis qu'il a quitté l'UE, a eu un deal. Ils ne sont taxés qu'à 10 %. Quand on sort de l'UE, on arrive mieux à se défendre. - S.Matelly: Ce qui est intéressant, c'est pas le deal obtenu. 10 %, c'était déjà le taux obtenu. Ils ont sanctuarisé les 10 %. - A.de Tarlé: Seuls, ils se débrouillent mieux qu'à 27. - S.Matelly: C'est extraordinaire de se faire taxer alors que le commerce avec le Royaume-Uni est profitable aux Etats-Unis. Il ne s'agit pas de comparer les situations des uns ou des autres, mais tout le monde s'en prend plein la figure. Même les Chinois ont obtenu un accord. Aujourd'hui, tout s'aligne pour que D.Trump gagne sa guerre commerciale. C'est un vrai souci pour l'économie mondiale. - A.de Tarlé: Il va pouvoir plastronner. Il y a un vrai accord. - S.Dridi: J'ai été assez frappée par la sémantique. Les leaders du monde entier tentent de frapper D.Trump parce que c'est
comme ça que ça marche. Il y a très peu de temps, quelques semaines à peine, D.Trump a été interviewé par "The Atlantic". Il a dit aujourd'hui qu'il dirigeait ce pays et le monde. Il a parlé des négociations avec les droits de douane en plaisantant et en disant que c'était lui le maître du monde. Il a cité R.Reagan en disant qu'il l'aimait bien mais qu'il était mauvais en matière de commerce. C'est lui qui pèse désormais dans les négociations. Il s'en amuse. Il a vraiment un avantage conséquent. - A.de Tarlé: Est-ce que ça peut fragiliser
la construction européenne, ce qui vient de se passer? T.Breton, le 7 juillet, disait: "Si nous obtenons un moins bon accord que les Britanniques, preuve sera faite qu'on est plus fort en dehors de l'UE et c'est très grave." C'est ce qui vient de se passer. Déjà ce soir, L.Wauquiez dit: "Est-il normal de se soumettre à une commission qui se soumet?" - R.Werly: T.Breton a été écarté par U.von der Leyen parce qu'il lui faisait de l'ombre. C'est pour ça qu'E.Macron a accepté de retirer la nomination de T.Breton, commissaire combatif face aux Etats-Unis, pour plaire à madame von der Leyen. Je peux vous prendre un exemple avec la Suisse. Des accords ont été signés et vont passer en référendum. Tout le monde redoute le rejet de ces accords.
L'UE a l'image d'une puissance faible et bureaucratique qui n'est pas capable d'obtenir un meilleur deal à 27 qu'un pays seul. Ca pose une autre question: vous avez des partis nationaux populistes, à peu près un tiers des députés au Parlement européen... La chanson qu'ils vont entonner dans ces prochains mois, c'est: "On préfère D.Trump". - A.de Tarlé: Est-ce que cette séquence abîme le narratif de "à 27, on est plus forts". - F.Louis: L'union n'a pas fait la force de ce point de vue. C'est le problème du risque de contagion du Brexit. Il y a un autre risque: d'autres clauses sont très problématiques pour l'UE. D'abord, l'obligation d'acheter des armes aux Etats-Unis. On est faibles parce qu'on est dépendants militairement des Etats-Unis. On entretient cette soumission. On ne sortira pas de cette dépendance militaire qui est une des causes de notre dépendance économique. On s'engage à acheter des hydrocarbures. Or, l'UE a un mandat pour décarboner l'économie. C'est contradictoire. Non seulement ça montre que l'union n'a pas fait la force, mais ça affaiblit tous les projets actuels qui visent à sortir de ces dépendances et à aller
vers plus d'autonomie énergétique et stratégique. - A.de Tarlé: On n'entend pas E.Macron. Il est embarrassé, inquiet des conséquences que pourrait avoir cet accord sur l'UE, lui qui n'a de cesse de porter l'idée d'un saut fédéral? - R.Werly: Soit E.Macron prépare sa riposte. Il a encore un moyen de riposter. C'est un accord qui doit être avalisé par les 27 à la majorité qualifiée, pas à l'unanimité. A Bruxelles, les pays membres représentés par leurs ambassadeurs vont avoir leur mot à dire. Peut-être que c'est ce moment-là qu'E.Macron attend.
Second scénario: il a compris que c'était plié. Il a d'autres sujets sur le feu, notamment l'Ukraine, la force européenne, etc. Il est lui-même pris dans le même étau qu'U.von der Leyen. Malgré toute sa rhétorique sur la souveraineté européenne et la souveraineté stratégique, il sait que la France est dans une situation budgétaire compliquée et qu'il ne peut pas faire autrement qu'accepter les conditions de D.Trump. - A.de Tarlé: Si c'est rejeté par les 27 pays, est-ce
que ce serait un désaveu pour U.von der Leyen? En sortirait-elle fragilisée et atteinte à son poste de présidente de la Commission européenne? - S.Matelly: Il n'a pas besoin d'être rejeté par les 27 puisqu'il faut les deux tiers des voix. Ce serait quand même un sacré camouflet. C'est peu probable. De la même manière qu'U.von der Leyen s'est soumise, tout le monde comprend bien les alternatives. Vous aviez 3 possibilités. La première: ne rien faire, accepter les droits de douane et voir au fil de l'eau. La 2e: la rétorsion, réagir. C'était dans les tuyaux. Si, au 1er août, un accord n'avait pas été conclu, il y avait un paquet de mesures coercitives prévues et qui devaient
s'imposer aux Etats-Unis. C'est là-dessus que réagissent les politiques français. Ils ont cru qu'on allait réagir dans quelques jours. Il restait une dizaine de jours à peine. Soit on négociait un accord. On a choisi l'accord. Pourquoi? On a jugé que c'était la moins pire des solutions. C'est la moins mauvaise des solutions, mais ça donne une sacrée image de l'Europe. - A.de Tarlé: Est-ce que D.Trump n'a pas réussi un coup double: un très bon coup pour les Etats-Unis et un torpillage d'une institution qu'il méprise, à savoir l'UE? - S.Dridi: C'est un coup double.
Vous avez parlé des investissements. C'est un point très important pour D.Trump, qui a la nostalgie de l'âge d'or des Etats-Unis. Ce point-là est une victoire très importante. - A.de Tarlé: Les Européens s'engagent à investir 600 milliards de dollars sur le territoire américain en plus de payer des taxes. On amène 600 milliards. - S.Dridi: C'est une victoire immense. C'est ça qu'il va mettre en avant pour ses électeurs. Lui qui aime s'en prendre régulièrement à l'UE, il peut... - A.de Tarlé: Vous vous en êtes rendu compte? A la Maison-Blanche, Il a quelques torpilles
contre l'UE? - S.Dridi: Il y a 2 semaines, je me suis rendu compte qu'il était de plus en plus satisfait des négociations. Juste avant de venir, j'ai assisté à une réunion du cabinet ministériel à la Maison-Blanche. Je lui ai demandé s'il était optimiste sur la possibilité d'un accord avec l'UE. Tout de suite, j'ai senti son ton changer. D'habitude, l'UE s'en prend... - A.de Tarlé: Elle a été créé pour "entuber les Etats-Unis". - S.Dridi: Là, la veille, il venait de s'entretenir
avec U.von der Leyen. Il m'a dit: "Ca s'est très bien passé. Avant, les Européens nous traitaient pire que les Chinois, mais maintenant, ils sont très sympas." Il n'a pas arrêté de me dire "very nice". Il était satisfait après des semaines de frustration. - A.de Tarlé: Question. La France exporte assez peu aux Etats-Unis. En revanche, 2 pays exportent du parmesan, des voitures... Les Allemands et les Italiens. Au fond, ce ne sont pas eux qui ont voulu ne pas agacer
monsieur Trump? - S.Matelly: C'étaient eux les plus allants pour parvenir à un accord. Sur les 600 milliards... U.von der Leyen vient de signaler qu'elle n'avait pas la main sur ces 600 milliards. Ca ne mange pas de pain. On a promis, on verra ce qui se passe en réalité. En même temps, on a obtenu des exemptions sur l'aéronautique, les spiritueux, des exportations notables. - A.de Tarlé: Les Français s'en sortent plutôt bien. - S.Matelly: Il y a plus de secteurs taxés que de secteurs qui ne L'ont pas été.
Il faut rappeler d'où on vient. Début janvier 2025, le niveau moyen de droits de douane entre l'Europe et les Etats-Unis oscillait entre 3 et 4 %. On a failli avoir 30 % et finalement, on a 15 %. Plus un euro qui s'est fortement apprécié ces derniers mois. - A.de Tarlé: Certaines entreprises ont renoncé à exporter aux Etats-Unis. - S.Matelly: C'est peut-être le pari de cet accord. On calme aujourd'hui D.Trump. A moyen et long termes, peut-être que le prix va être tel qu'il va reculer de lui-même. C'est une hypothèse. C'est très étonnant de s'être soumis comme on s'est soumis. Ca questionne. - A.de Tarlé: A l'instant, le chancelier allemand ne s'estime pas satisfait de cet accord. Il s'attend à des dommages importants pour l'économie allemande. Il y a un rejet unanime. - R.Werly: Essayons d'être optimistes. Ne prenons pas U.von der Leyen pour une totale idiote soumise à D.Trump.
Il y a une théorie: cet accord calme D.Trump. Il aurait pu devenir ingérable et aurait brandi la menace de se retirer d'Europe, sur le plan militaire. Passer d'un modèle à l'allemande où on exporte le plus possible et c'est ça qui tire la croissance à un modèle plus centré sur la demande européenne... On développe cette demande européenne. On se base sur les 2 rapports rendus. Si c'est ça le projet et qu'on est à même de le mettre en oeuvre, ça pourrait avoir du sens.
La difficulté, c'est une question de vitesse. D.Trump va vite et l'Europe ne sait pas aller vite. - A.de Tarlé: Depuis des semaines, il appelait l'Europe à durcir le ton face à D.Trump. J.-L.Demarty, ancien directeur général du Commerce à la Commission européenne, connaît bien le président américain pour avoir négocié avec lui en juillet 2018 lors de son premier mandat. Il décrit des méthodes "d'extorsion quasi mafieuses". - Il avait négocié avec D.Trump en 2018, lorsque le président
américain avait menacé pour la première fois l'Europe de droits de douane. L'accord avait alors permis d'éviter la guerre commerciale. J.-L.Demarty se souvient de la méthode Trump. - J.-L.Demarty: A l'époque, D.Trump était beaucoup moins sûr de lui. Il avait autour de lui des gens relativement compétents, qui pouvaient être d'un avis différent et n'étaient pas ultra protectionnistes. Aujourd'hui, vous n'avez plus que des "yes ministers" autour de lui. Trump a pris beaucoup d'assurance. Il pense que la position de tarifs douaniers tous azimuts va être une solution à tous les problèmes.
Le vrai problème avec lui, c'est son imprévisibilité. Vous pouvez négocier avec le niveau inférieur en pensant que vous êtes près d'un accord et vous découvrez que vous ne l'êtes pas, en réalité. - Selon lui, D.Trump se trompe d'ennemi en voulant sanctionner l'Europe. - J.-L.Demarty: Le principal problème du commerce mondial, c'est le modèle déséquilibré de l'économie chinoise, un capitalisme d'Etat tourné exclusivement vers l'exportation. Les Etats-Unis sont conscients de ce problème.
Au lieu d'essayer de bâtir une alliance avec tous les grands partenaires qui pensent la même chose, comme nous, et qui pourraient tordre le bras aux Chinois et leur imposer un changement de leur modèle économique... Trump tape tout le monde de la même manière avec ses tarifs. C'est contre-productif. Trump nous traite comme les Chinois. Il déteste l'UE. Il l'a dit. On est des vassaux et on doit s'écraser devant lui et accepter sa politique. - Une politique qui impose plus de taxes douanières car celles-ci permettraient de combler le déficit commercial avec l'Europe. Un diagnostic erroné, selon J.-L.Demarty. - J.-L.Demarty: Les Etats-Unis ont une balance commerciale déséquilibrée parce qu'ils ont une épargne insuffisante de leurs ménages et de leurs entreprises, dans une certaine mesure.
Deuxièmement, ils ont un excès de consommation. Ca génère mécaniquement du déficit commercial. - Ces dernières semaines, l'ancien directeur appelait l'UE à durcir le ton avec D.Trump. Avec lui, c'est la loi du plus fort qui l'emporte. - J.-L.Demarty: Il est dans l'extorsion mafieuse. Il pense qu'avec ses tarifs, il peut faire de l'extorsion sur les pays tiers. Pour accepter les tarifs, ils vont accepter tout et n'importe quoi. C'est ça, son approche. Quand les mafieux prétendent protéger tel ou tel commerce et le rackettent... Les méthodes sont assez proches.
- Aujourd'hui, l'imposition de nouvelles taxes douanières oblige l'Europe à trouver de nouvelles portes de sortie. - J.-L.Demarty: On a un agenda d'accords de libre-échange avec le reste du monde. On vient d'en conclure avec l'Indonésie. J'ai été agréablement surpris. On négocie avec l'Inde, la Thaïlande, les Philippines, l'Indonésie et l'Australie. Ca permettrait de développer nos échanges. Pas de remplacer complètement les Etats-Unis, mais d'avoir des alternatives. - Des alternatives qui pourraient se révéler indispensables dans le futur. Selon J.-L.Demarty, l'accord douanier entre l'Europe et les Etats-Unis reste incertain.
D.Trump pourrait une nouvelle fois changer d'avis. - A.de Tarlé: Question. - F.Louis: C'est un précédent pour les Européens, pas pour le monde entier. Ca peut être inquiétant. On en est à essayer de se rassurer en se disant que des élections arriveront vite aux Etats-Unis. Tous les bénéfices que Trump tire de cet accord... Ca va aussi créer des problèmes potentiels aux Etats-Unis. Ces droits de douane, ce sont les consommateurs américains qui en paieront une large partie, sans doute les entreprises exportatrices qui en prendront une partie à leur charge. On demande d'investir aux Etats-Unis. Très bien. Les Etats-Unis sont en plein emploi. Qui va travailler dans les usines qu'on va ouvrir aux Etats-Unis?
Si on doit recréer des emplois, il faut augmenter les salaires. Il y a un mécanisme d'inflation qui pourrait provoquer des remous aux Etats-Unis et poser des problèmes en vue problèmes des prochains midterms. - A.de Tarlé: Est-ce que ça ne pose pas un problème d'attractivité de l'Amérique, les Européens qui se diraient qu'aux Etats-Unis, l'Etat de droit fonctionne parfaitement... "Est-ce que je ne peux pas être victime un matin d'une oukase de D.Trump?" Ce sont des questions que les chefs d'entreprise européens pourraient se poser?
- S.Matelly: Il faut voir ce qu'est l'économie américaine. C'est une économie extrêmement attractive. Le marché américain est le plus gros marché du monde. Quand vous êtes une entreprise, dès que l'horizon va s'éclaircir, vous retournerez aux Etats-Unis. Si cette guerre commerciale ou ces accords déséquilibrés durent, les pays partout dans le monde... Les Européens essaient de négocier des accords commerciaux avec d'autres régions du monde pour développer les exportations partout dans le monde. Un chiffre sorti ces jours-ci... Les exportations chinoises, malgré la guerre commerciale, n'ont pas diminué sur ces 6 premiers mois.
Elles ont diminué de plus de 30 % aux Etats-Unis, mais les Chinois se sont réorientés vers d'autres marchés. Ca a un peu diminué pour l'Allemagne, mais l'Allemagne a réussi à vendre plus en Europe, en Asie. On va avoir une reconfiguration des marchés partout dans le monde. Je pense que c'est par ce biais que ça risque d'affaiblir l'économie américaine. Si on ne peut pas augmenter les salaires, si on subit l'inflation, la population risque de se paupériser aux Etats-Unis et d'être moins attractive pour les entreprises. - A.de Tarlé: Les Américains pourraient être privés en partie
de produits européens, trop chers. - R.Werly: L'Europe devrait changer de modèle économique, essayer de dynamiser le plus possible son marché européen, qui est son meilleur atout, et positionner ses entreprises sur ce marché européen. Sauf qu'il y a 2 obstacles énormes. D'abord, notre dépendance aux Etats-Unis sur l'intelligence artificielle et le numérique. C'est l'économie de demain... Et c'est les Américains qui tiennent le levier et le verrou. A tout moment, D.Trump peut revenir avec sa menace militaire. S'il sent que les choses commencent à lui échapper, que les promesses ne sont pas tenues
ou que le marché européen devient plus dynamique, il reviendra avec ses menaces militaires en disant: "Les missiles Patriot et tout ce qui vous protège, je les retire." N'oublions pas ce formidable moteur qu'est l'économie américaine, qui rugit en permanence d'innovations, de nouveaux produits. Concurrencer cette économie, c'est très compliqué. - A.de Tarlé: Tout le monde redoute l'éventualité que D.Trump se retire d'Ukraine. C'est le contraire. Il dit qu'il donne 10 à 12 jours à V.Poutine pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Est-ce qu'on peut imaginer, si on est un peu complotistes... "Les Européens, vous signez cet accord qui n'est pas bon pour vous sur le plan économique, mais en échange, je m'engage dans la guerre en Ukraine et je demande à Poutine d'arrêter sa guerre." - S.Dridi: Je pense qu'il a déjà commencé ce revirement il y a quelques semaines par rapport à V.Poutine. Ce que beaucoup de commentateurs disent à Washington, c'est que les Européens ont décidé de survivre et avancer pour notamment ne pas perdre cette relation avec D.Trump pour négocier sur l'Ukraine.
Il y a aussi la crise à Gaza. Il insiste sur l'aide américaine, qui est cruciale pour l'Ukraine. Je pense que D.Trump, pour qui les relations internationales passent avant tout par des relations personnelles, même s'il peut vite changer d'avis, s'est un peu adouci. Surtout, il s'est rendu compte qu'il se faisait mener en bateau par V.Poutine. Il a confié à des donateurs il y a quelques mois, quand il a commencé à faire un peu moins l'éloge de Poutine, que c'était extrêmement dur de négocier avec lui, comme s'il ne s'y attendait pas. Il a dit qu'il en perdait le sommeil, certaines nuits. D.Trump, qui avait promis de régler ce conflit à peine arrivé
à la Maison-Blanche pour son 2d mandat, est frustré par cette crise. Il veut se poser en faiseur de paix, mais aussi, ça lui fait perdre un temps fou. Il voit qu'il n'a pas le pouvoir qu'il a mis en avant. Le revirement par rapport à V.Poutine avait été entamé il y a quelques semaines. La frustration et la colère de D.Trump sont réelles. Il est à bout. Garder une plutôt bonne relation avec les Européens, voir qu'ils font des efforts, ça aide au fait qu'il va continuer et redonner de l'aide à l'Ukraine. - A.de Tarlé: Vous disiez que D.Trump fonctionne à l'affect.
- S.Dridi: Oui. Il y a beaucoup de revirements... Ca change très vite avec D.Trump. J'étais là quand E.Macron est venu à la Maison-Blanche. Ensuite, il a reçu K.Starmer. Il y avait un bon élan en faveur de l'Ukraine. Là, catastrophe quand on a vu Zelensky repartir de la Maison-Blanche. Ensuite, parce que ça va moins bien avec V.Poutine parce que les Européens arrivent à lui parler, à lui montrer qu'il se fait mener en bateau... "Peut-être que je me fais mener en bateau par V.Poutine." Tout ça a de l'influence. La dernière personne qui parle à D.Trump peut avoir une influence, même s'il peut ensuite très vite changer d'avis. Les relations personnelles comptent beaucoup. - A.de Tarlé: L'accord sur les droits de douane avec l'UE offre à D.Trump une victoire économique et symbolique dont il avait bien besoin ces dernières semaines, toujours englué dans les remous sans fin de l'affaire Epstein, qui continuent d'agiter sa base. - Même à plus de 5000 km de Washington,
il n'a pas pu y échapper. En conférence de presse hier sur son accord commercial avec l'Europe, D.Trump est alpagué par la presse américaine. - Est-ce que votre empressement à décrocher cet accord, c'était pour faire oublier l'affaire Epstein? - D.Trump: Vous vous moquez de moi? Non, ça n'avait rien à voir. - Le président américain accusé d'enterrer un dossier dont il avait promis de tout révéler: l'affaire J.Epstein, riche homme d'affaires dont il fut proche, retrouvé mort en prison en 2019 avant son procès pour crimes sexuels. La rumeur court qu'une liste de ses clients célèbres resterait
cachée quelque part, impliquant B.Clinton ou le prince Andrew. Pendant sa campagne, Trump avait promis à sa base des révélations. - Quand vous serez élu, vous déclassifierez le dossier Epstein? - D.Trump: Oui, je pense. - Mais le grand déballage annoncé n'a rien donné. Le ministère de la Justice a bien ouvert le dossier, mais sans aucunes nouvelles découvertes. ... Déception au sein de la frange la plus complotiste de l'électorat Trump. Il y a 10 jours, retour de bâton. - Le "Wall Street Journal" vient de publier un article explosif. - Le président Trump aurait écrit à J.Epstein une lettre salace pour son anniversaire en 2003. - Une lettre accompagnée selon le journal d'un dessin de femme dénudée, non publié. Le texte se termine par cette phrase. ... Les télévisions s'enflamment. Quels secrets Trump pouvait-il bien partager avec un homme condamné pour recours à des prostituées mineures?
... - D.Trump: Quelqu'un a pu écrire une lettre en utilisant mon nom. C'est souvent arrivé. - Le "New York Times" publie une autre dédicace de Trump à Epstein en 97. "Tu es le meilleur", écrit le futur président. Les démocrates exigent un vote pour faire publier tous les documents déclassifiés, mais le président républicain de la Chambre des représentants avance la date des vacances pour empêcher le scrutin. - M.Johnson: Nous refusons de participer à ce jeu politique des démocrates. Il s'agit d'une affaire sérieuse. Nous n'allons pas les laisser l'utiliser comme un moyen de pression politicien. - D.Trump, son fils et leurs amis ont passé des années
à souffler sur la base de cette affaire. Aujourd'hui, nous les mettons face à leurs responsabilités. Est-ce qu'ils veulent protéger les riches et les puissants ou est-ce qu'ils veulent la vérité? - Jeudi dernier, nouveau rebondissement. Le numéro 2 du ministère de la Justice est envoyé dans cette prison de Floride pour interroger G.Maxwell, l'ancienne complice de J.Epstein. Le haut responsable est aussi l'avocat personnel de D.Trump et vient interroger une femme dont le dossier est clos et qui purge sa peine. De quoi soulever des questions. - Le président a rappelé qu'il avait le pouvoir de gracier votre cliente. Vous allez lui demander de le faire? - Nous n'avons rien demandé. On n'est pas en train de demander quoi que ce soit en échange de son témoignage.
Tout le monde sait que G.Maxwell apprécierait un allégement de peine. - Interrogé sur un possible échange grâce contre silence, D.Trump s'emporte et change de sujet. - D.Trump: La chasse aux sorcières continue. Vous devriez plutôt parler du fait qu'on a pris le président Obama la main dans le sac. Ce qu'il a fait pour truquer les élections en 2016 et 2020, c'est criminel. Au plus haut niveau... Voilà les vraies choses dont vous devriez parler. - Un conseil aux journalistes appuyé par cette fausse vidéo relayée sur ses réseaux sociaux. La meilleure défense, c'est l'attaque, et Trump en joue sans retenue. - A.de Tarlé: On a vu D.Trump interrogé 2 fois sur l'affaire Epstein. Est-ce que les questions sont totalement libres? Est-ce que c'est un moment de grande tension? "Je m'expose à un revers puissant de D.Trump..." - S.Dridi: Juste avant que la polémique commence... Ca commençait à naître. J'étais dans cette réunion du cabinet ministériel. C'est la 1re fois que j'avais pu y accéder. Il y avait tous les ministres, notamment la ministre de la Justice. Il y a eu une question sur Epstein.
On a senti la tension dans la salle. La ministre de la Justice disait: "Circulez, rien à voir." Le journaliste a été assez insistant. On voyait les ministres essayer de regarder leurs notes. On sentait D.Trump de plus en plus en colère. Il a essayé d'évacuer les questions. On n'avait plus d'opportunité de poser les questions. Moi, il sait que je suis une journaliste étrangère. Il essaie de passer un peu à autre chose... - A.de Tarlé: Il vous a repérée? - S.Dridi: Il sait que je suis une journaliste étrangère... Vous avez montré un extrait, quand il répond sur Epstein en Ecosse. Ce qui est facile avec D.Trump, c'est qu'on voit tout de suite quand il est en colère. Là, on sent qu'il est extrêmement frustré. - A.de Tarlé: C'est un sujet dont parlent les Américains? - S.Dridi: Bien sûr. Je pense que c'est la première grande fissure depuis le début de son mandat au sein de son camp. On a vu des influenceurs comme L.Loomer, proche D.Trump,
qui est d'habitude très loyale, l'élue conspirationniste M.Taylor Greene... Il y a aussi J.Rogan, qui a un podcast très connu. Ils ont fait des sorties pour dire qu'il fallait que le gouvernement dévoile la liste des personnes qui ont été avec J.Epstein. D.Trump a parlé de ses électeurs en disant: "Ils n'ont qu'à plus voter pour moi." Il était très énervé. Un élu républicain du Missouri dit qu'ils sont abondés d'appels téléphoniques au Congrès par des électeurs républicains qui demandent à ce que le Congrès pousse l'enquête.
Je ne suis pas sûre que D.Trump va perdre un soutien massif... Plein d'électeurs trumpistes, pour eux, l'important, c'est l'inflation, la sécurité aux frontières, mais il y a eu une fissure. - A.de Tarlé: Est-ce que D.Trump n'est pas pris à son propre piège? Lui qui est un peu complotiste, il est pris à son propre piège. - F.Louis: C'est l'arroseur arrosé, la bête qui se retourne contre celui qui est en partie responsable de sa création. Il a été élu avec le soutien d'un grand nombre de magnats de la Silicon Valley.
X a contribué à diffuser ce genre de récits complotistes. Maintenant qu'il a rompu avec E.Musk, on voit que c'est en train de se retourner contre lui. Comme par hasard... Ces algorithmes particulièrement puissants, qui avait été conçus pour permettre à D.Trump de surfer sur une vague positive, sont en train de devenir un tsunami qui se retourne contre lui. Ca devrait le faire réfléchir, notamment sur la question de la régulation du numérique. Ce n'est pas le cas, mais il aura peut-être une illumination. - A.de Tarlé: Quand D.Trump lui-même retweete ou fait circuler des photos où on voit B.Obama en prison... Il sait que c'est faux, mais il alimente cette idée que la vérité, même fausse,
a le mérite d'être relayée. - S.Matelly: Depuis l'arrivée de Trump au pouvoir, il y a un concept qui revient tout le temps: on est passés dans l'ère de la post-vérité. On peut raconter n'importe quoi... Ce serait amusant si ça ne concernait que cette affaire et que D.Trump. Ce qui est ennuyeux, c'est qu'on invente tout et n'importe quoi sur tout et n'importe quoi. Il est difficile, sur un certain nombre de dossiers, de démêler le vrai du faux, de comprendre ce qu'est la réalité et la fausse information, avec des conséquences politiques énormes. La fausse information n'est pas instrumentalisée que par D.Trump. Même s'il en paye un certain prix, je ne suis pas sûre
qu'il fasse appel aux Européens pour réguler le numérique. Il n'empêche que les fausses informations circulent 10 fois plus vite sur les réseaux sociaux que les vraies informations. - A.de Tarlé: Vous avez effectué un voyage auprès des électeurs trumpistes, R.Werly. Vous avez constaté cette colère sur les réseaux sociaux, notamment? - R.Werly: J'étais sur les traces de J.D.Vance, le vice-président. Il existe un électorat, un socle Maga d'électeurs très religieux, pas nécessairement évangélistes
fanatiques, mais des gens qui ont des convictions solides. C'est "travail, famille, Eglise". Pour ce socle, ce qu'aurait fait D.Trump avec Epstein, c'est une trahison. Ils considèrent que D.Trump est un amateur de femmes et que ça va avec son statut de grand homme d'affaires, mais ils ne le toléreraient pas, ça devait être vérifié, qu'il ait exploité des mineures. L'Amérique reste un pays très moral, dans le bon sens du terme. Il y a des choses qu'on ne fait pas et que quelqu'un ne doit pas faire. Avec D.Trump, on a l'impression que le curseur a été poussé très loin, mais pas complètement. T.Carlson, cet intervieweur familier de Trump, a donné une interview à "Bild", le quotidien allemand. Il a dit: "J'ai toujours vu D.Trump, il n'a jamais fait peur aux femmes, il avait des gestes déplacés mais tout le monde le savait..." S'il y avait des informations sur une compromission directe de Trump avec des filles mineures dans le cadre de l'affaire Epstein, ça pourrait être un moment de rupture pour T.Carlson. - A.de Tarlé: On revient à vos questions. Question.
- S.Matelly: Il semblerait. Je n'ai rien à rajouter. - A.de Tarlé: On accepte qu'on nous impose 15 % de droits de douane sans réagir. - S.Matelly: Tout à fait, plutôt que 30. - A.de Tarlé: Et si demain, il dit que c'est 30? - S.Matelly: Non. Ca fait capoter l'accord. Là, on a tout un paquet de mesures coercitives déjà programmées. - A.de Tarlé: Question. Il était candidat. - R.Werly: Oui. Il me semble que T.Breton, dans cette phase d'affrontement,
de duel commercial, aurait été une ressource formidable. Il a démontré qu'il avait la pugnacité, l'audace, le réseau indispensable, notamment dans les milieux industriels en Allemagne et dans d'autres pays. Ca a été une chance gâchée. - A.de Tarlé: Pourquoi U.von der Leyen? - R.Werly: Parce qu'il lui faisait de l'ombre. Il avait commis à son égard ce qu'elle appellerait un crime de lèse-majesté: il s'était opposé à elle. Elle ne l'a pas supporté. - A.de Tarlé: Sur quoi?
- R.Werly: C'était au moment de sa nomination. Elle a fait campagne, nommée par le groupe PPE, le groupe conservateur au Parlement européen... Il lui a reproché d'être partisane et d'avoir un intérêt lié directement avec ce camp politique. C'était vrai. - A.de Tarlé: Question. - F.Louis: Le problème dans cette question... On se demande si cet accord est plus ou moins profitable aux Français, aux Italiens ou aux Allemands. C'est humain, naturel, mais c'est aussi ça, le problème.
U.von der Leyen est censée négocier au nom des 27. C'est comme au niveau national, si on acceptait un accord qui serait moins bon pour les Bretons ou les Alsaciens... On a mutualisé cette capacité de négociation, mais malgré tout, des sentiments nationaux existent à l'intérieur de l'Europe, des sentiments égoïstes aussi. Il y a des gagnants et des perdants à l'intérieur de l'UE alors qu'on ne devrait pas penser comme ça. On devrait penser à l'échelle de l'UE, qui est de toute façon perdante.
On le voit dans les réactions de la classe politique française. Je n'ai jamais vu la classe politique française unanime d'un banc à l'autre de l'Assemblée ces dernières années pour condamner cet accord, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons. A l'étranger, c'est moins évident. Chacun voit midi à sa porte et chacun calcule à l'échelle nationale. - A.de Tarlé: C'est le vice caché de l'UE? On ne réagit pas en Européens, En nationaux avant tout? - S.Matelly: Surtout du côté des Etats. Les responsables politiques nationaux sont élus pour défendre l'intérêt national. C'est toute la difficulté et en même temps toute l'habileté
de l'intégration européenne que d'arriver à construire quelque chose autour de ces différents intérêts. Ce que je note malgré tout, et pour modérer cette analyse, c'est qu'au début, quand D.Trump a été investi, on entendait souvent dire que ça allait être sympa, que tout le monde allait se précipiter à la Maison-Blanche pour négocier son petit bout de gras. En réalité, on s'est aperçu que ce n'est pas ce qui s'était passé. Quand les Allemands allaient à Washington, ils négociaient ou parlaient au nom de l'Europe.
Pareil pour l'Italienne G.Meloni et E.Macron. On a laissé le mandat tel qu'il était au commissaire M.Sefcovic et à la Commission européenne. - A.de Tarlé: On est resté unis. - S.Matelly: La question que je me pose: que se serait-il passé si on avait laissé passer le 1er août, que les droits de douane à 30 % étaient imposés qu'on répondait et que l'escalade se produisait? C'est quelque chose qu'il ne faut pas exclure. Je pense que c'était aussi dans le viseur d'U.von der Leyen et des négociateurs. - A.de Tarlé: Il y avait des produits que les Américains s'apprêtaient à taxer... On parle toujours du bourbon... - S.Matelly: On ne pouvait pas se laisser faire comme ça. Le laisser faire était exclu. Mais on aurait pu imaginer que D.Trump renchérisse, augmente encore plus les droits de douane. Là, on aura été bien plus sévères autour de la table. Je ne dis pas que l'accord négocié n'est pas une soumission... C'est une soumission, mais il faut peut-être se poser la question
de l'alternative et du plus long terme. - A.de Tarlé: Au risque de faire le jeu de ceux qui dénoncent l'UE, comme L.Wauquiez, qui parle de racket. - R.Werly: Ce qui serait puissant, ce sera une prise de parole conjointe du président français et du chancelier allemand. L'Allemagne est en train de mettre sur la table un plan de relance de 1000 milliards d'euros. Il faut que ce plan de relance profite à l'Europe, donc à la France aussi. On pense aux équipements de défense que les 2 pays doivent construire ensemble. Une prise de parole conjointe pour exprimer leurs préoccupations, pour donner un horizon...
Ce qui frappe et qui fait qu'on est tous estomaqués, c'est qu'on ne voit pas la direction que prend l'Europe, sauf la direction de la soumission. L'Italie ne se joindra sans doute pas à cette prise de parole. G.Meloni n'a qu'une obsession: plaire à D.Trump. Mais que le président français et le chancelier allemand répondent, je pense que c'est le moment. - A.de Tarlé: Certains pensent qu'on devait riposter sur le terrain des services numériques, où les Américains affichent un excédent. Ca vous frappe, quand vous revenez en Europe, de voir combien nous sommes totalement dépendants pour tout ce qui est numérique, de toutes ces technologies américaines, les Gafam?
- S.Dridi: Oui. Vous l'avez montré dans le reportage, avec l'ex-négociateur sur les droits de douane. L'escalade aura été compliquée à gérer pour l'UE. Il n'y a plus personne qui puisse raisonner D.Trump à la Maison-Blanche. Il est entouré de personnes extrêmement loyales. C'est là le danger par rapport au 1er mandat. Ce que souhaite D.Trump, il l'obtiendra aux dépens du reste du monde s'il le faut. - A.de Tarlé: Il a eu la peau des late shows, les humoristes
qui se moquent de lui sur les télés américaines. Ca passe crème. "Virez-moi untel", et le type est viré. - S.Dridi: Une grande partie de la société américaine est inquiète. J'ai été correspondante en Egypte, où j'ai vu un humoriste se faire
François Bayrou