Instant Porcher | Macron impuissant face à Trump : la guerre des taxes commence
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« Trump démartille une guerre commerciale avec l'Union Européenne. »
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« Les produits européens feront l'objet prochainement de 25% de droits de douane. »
- 2:00PrésentateurChiffre
« Nous avons un déficit commercial de 350 milliards de dollars. »
- 2:51PrésentateurChiffre
« La balance commerciale entre les États-Unis et l'Union Européenne a été positive pour les Européens, entre janvier et novembre 2024 inclus, de l'ordre de 183 milliards d'euros. »
- 3:59PrésentateurFait
« Un Américain qui veut boire du champagne, parce que le champagne, c'est français, il va payer 25 % de plus. »
- 5:48PrésentateurChiffre
« Il y a un million de puits en activité aux États-Unis. »
- 15:31PrésentateurFait
« Le tribunal administratif de Toulouse a annulé l'autorisation environnementale de l'autoroute A69. »
- 21:52PrésentateurFait
« Il n'y avait pas de lien établi entre le fait qu'il y ait une autoroute et plus d'activité économique. »
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Le président des Etats-Unis a annoncé mercredi, à l'occasion de la première réunion de son cabinet à la Maison Blanche, que les produits européens feront l'objet prochainement de 25% de droits de douane, soit le niveau auquel les produits canadiens et mexicains devraient également être taxés à partir de début avril, a ajouté Trump. Malgré toute l'affection portée à l'encontre du leader d'extrême droite, Emmanuel Macron n'a pas su le convaincre. L'UE, par la voix de la Commission Européenne, assure qu'elle réagira fermement et immédiatement. Trump racontait déjà en février que l'Union Européenne a été très injuste avec nous, je le cite.
Nous avons un déficit commercial de 350 milliards de dollars. Ils n'achètent pas nos voitures, nos produits agricoles. Ils n'achètent quasiment rien. Nous devons rectifier cela. L'Union Européenne fera de même, a prévenu Éric Lombard, ministre de l'Économie en France, avant de nuancer en disant ne pas se faire d'illusions. Je le cite. Les États-Unis restent la première économie du monde. Il n'y a pas d'alternative, ni pour les États-Unis dans le commerce avec le reste du monde, ni pour nous dans le commerce avec les États-Unis. Les économies sont déjà très imbriquées. C'est de l'intérêt des deux économies de continuer à coopérer.
Donald Trump a insisté sur la menace de l'Union Européenne d'appliquer aussi des droits de douane. Ils peuvent essayer de le faire, mais les effets ne seront jamais les mêmes, parce que nous pouvons partir. Nous sommes la corne d'abondance, ce que tout le monde veut. Et ils peuvent tenter des représailles, mais ça ne marchera pas. Il suffit que nous n'achetions plus rien, et si c'est ce qui se produit, nous gagnerons. Selon les dernières données d'Eurostat, la balance commerciale entre les États-Unis et l'Union Européenne a été positive pour les Européens, entre janvier et novembre 2024 inclus, de l'ordre de 183 milliards d'euros.
Thomas, qu'est-ce qu'on risque en tant qu'Européen si Trump met sa menace à exécution ? Déjà, tu as raison de le dire, il faut qu'il mette la menace à exécution, parce que Trump parle beaucoup, et puis après, il est souvent rattrapé par la réalité.
On a bien vu, par exemple, le cas qui était assez triste, et d'ailleurs, j'avais fait part de mes inquiétudes ici quand on en avait discuté, c'est qu'il y a eu un certain nombre, par exemple, de fonctionnaires qui ont été éliminés dans le nucléaire, et puis après, ils se sont dit, ah ben mince, la sûreté nucléaire, c'est importante, ils ont quand même 3 000 ogives nucléaires, donc ils ont été les rattraper tout de suite après, et il y avait même des gens qu'ils n'arrivaient pas à retrouver. Donc il y a toujours l'effet de manche, puis après, il y a le réel. Là, s'il met 25 % de tarifs douaniers sur un certain nombre de biens, ce sont les Américains qui vont le payer.
Ce sont les Américains qui vont le payer. Par exemple, sur les Mercedes, un Américain qui veut vraiment une Mercedes ou qui veut vraiment une Porsche, il va payer une taxe à 25 %. Un Américain qui veut boire du champagne, parce que le champagne, c'est français, il va payer 25 % de plus. Donc in fine, c'est surtout sur un certain nombre de biens, pas tous, c'est les Américains qui vont payer ce prix-là. Donc ça, c'est la première chose qu'il faut dire, ça va créer de l'inflation. Et moi, je veux dire, de manière globale, les gens sont très impressionnés par Trump.
Alors, le personnage est impressionnant parce qu'il crie, il montre les muscles, il est assez difficilement prévisible, et puis il va dire des choses assez dures tout de suite. Il n'est pas dans la négociation, il commence par faire la politique de la terre brûlée pour voir après ce qu'il peut négocier. Ce qui impressionne un certain nombre de nos dirigeants, impressionnent et d'autres sont en admiration devant lui. Mais après, souvent, quand on passe au concret, c'est un peu plus compliqué. Et moi, je suis persuadé qu'un certain nombre de mesures que va prendre Trump va affaiblir les États-Unis.
Déjà, il risque de mettre en péril une grosse partie de sa population avec les agences de sécurité qui va fermer. Et on l'a bien vu avec ce cas du nucléaire que j'ai cité. Deuxièmement, les plus pauvres vont être directement affectés. Et là, on voit que les taxes augmentent sur les plus pauvres, et que des aides médicales, des centres de soins vont fermer. Et en plus, ils risquent de leur faire payer plus cher un certain nombre de biens. Donc, on va voir ce qui va se passer, mais ce n'est pas sûr que ce soit forcément gagnant pour les Américains. Oui, on n'est pas sur une guerre commerciale, parce qu'on peut voir des titres.
Il faut vraiment le dire, la guerre commerciale existe depuis 30 ans. Elle est déjà là, parce que là, on a l'impression qu'on était dans le libre-échange, qu'on se tenait tous la main, que c'était la grande fête, et que le libre-échange, c'était quelque chose de sympathique. Alors que dans le libre-échange, il y avait déjà des rapports de force très violents. Il y avait une concurrence qui était faite au niveau social, au niveau environnemental et fiscal. Et quand les États-Unis ont développé le gaz de schiste, avec un forage assez intensif, qui n'était pas très loin de ce que prône aujourd'hui Trump, parce que sous Obama, il forait comme des malades.
Je veux dire, aujourd'hui, il y a un million de puits en activité aux États-Unis. Rappelons-le, à cette époque-là, il y avait déjà cette concurrence, on va dire, environnementale, avec la production d'un des gaz et d'un des pétroles les plus polluants au monde, qui sont les gaz et pétroles de schiste. Donc la guerre commerciale a toujours existé. Donc là, en fait, cette histoire de tarifs douaniers, ça rajoute juste un étage à une guerre commerciale, qui est là depuis 30 ans en réalité. Qu'est-ce que tu penses de la réaction de l'Union européenne ? En fait, l'Union européenne, elle ne fait que réagir. Il faut qu'elle commence à agir.
C'est-à-dire, déjà, commencer à élaborer un plan qui lui serait favorable. Alors, il y a plusieurs conditions pour ça. La première condition, parce que les gens disent, oui, il faut que l'Europe... Mais l'Europe, ce n'est pas un ensemble homogène. On l'a déjà dit plusieurs fois, c'est un ensemble très hétérogène, avec des gens qui sont très proches de Trump idéologiquement. L'Italie, Orban, l'extrême droite. Toute l'extrême droite aime plutôt bien Trump, et puis aime bien aussi Poutine.
Donc, on voit bien que là, même à l'intérieur de l'Europe, certains préfèrent jouer leur propre intérêt et récupérer ce qu'ils peuvent récupérer de Trump, soit en termes de protection militaire, soit en termes, avec Musk, de gestion des données, et d'autres qui, eux, ont une stratégie un peu plus offensive. Donc, tant qu'on ne sera pas une forme d'homogénéité à l'échelle européenne, ça va être compliqué. Maintenant, on peut faire des choses quand même à l'échelle nationale. Et là, il va falloir redéfinir ce que nous, nous jugeons d'essentiel.
Plutôt que de courir derrière Trump, si Trump baisse les impôts, nous, on doit baisser les impôts, parce que nos entreprises vont partir, ce n'est pas possible de... Je veux dire, il faut mettre face à la responsabilité des entreprises. Les entreprises qui nous ont dit qu'elles faisaient attention au climat, quand vous regardez les politiques RSE du 440, nous savions que c'était beaucoup de greenwashing, mais les discours qu'elles ont tenus, et aujourd'hui, se dire que c'est génial qu'il y ait quelqu'un qui ne prenne pas en compte le réchauffement climatique, là, il faut les mettre face à leur responsabilité.
C'est important, le name and shame game, c'est quand même utile et ça ne coûte pas cher et c'est gratuit. Donc, c'est très important. Et puis après, la deuxième des choses, c'est quels sont nos besoins et ce que nous voulons faire ? Si nous jugeons qu'un certain nombre de choses sont essentielles, la première, ce serait par exemple la transition écologique, eh bien, allons-y, parce que les États-Unis vont prendre du retard. En fait, c'est ça la faiblesse des États-Unis, c'est-à-dire que Trump ne va pas être là tout le temps. La prochaine élection, c'est fini.
Peut-être qu'il y a un autre candidat, peut-être qu'il y aura un candidat qui sera plutôt social-démocrate qui, lui, devra rattraper le retard que Trump aura entraîné en ne prenant pas en compte la question du réchauffement climatique. Et nous, là, nous aurons une avance significative. Donc là, il est temps, par exemple, de se dire, plutôt que de dire, on va démanteler toutes les réglementations environnementales pour tenir tête à Trump et pour être... Ben non, il faut faire l'inverse. Il faut se dire, non, c'est une voie que nous allons choisir. Nous y croyons, nous allons nous y tenir. Et nous allons être une des premières puissances sur les questions liées à la transition énergétique.
Faire un espèce de plan, planification, ce que font d'autres États. Donc ça, c'est important d'établir ça et pas de se dire, bon, il augmente, donc j'augmente. Il augmente, répondons, augmentons sur certains points. Par exemple, sur les Tesla. On doit développer les voitures électriques. Plutôt que d'ouvrir la porte à la concurrence, ben taxons un peu plus les Tesla. Voilà, comme ça, on rend plus avantageuses les productions européennes. Et il y a autre chose aussi, Trump joue beaucoup sur le fait qu'eux ne seraient pas dépendants des Européens quand ce serait l'inverse.
Non, il est vrai que les États-Unis, et ça, il faut toujours le dénoncer, parce qu'on a l'impression que les États-Unis sont plus forts parce qu'ils sont plus forts. Puis quand on lit certains journaux, on va vous dire, ils sont plus forts parce qu'ils ont des grands entrepreneurs. En réalité, c'est faux. Ils sont plus forts surtout parce qu'ils ont fait en sorte que les règles de l'économie mondiale les servent. Et en premier lieu, en ayant une monnaie internationale qui soit le dollar. Même si la dollarisation du monde diminue. Parce que les Chinois, eux, ils prennent. Et nous, l'euro avait pour but de concurrencer le dollar.
Et aujourd'hui, on a l'euro qui a été établi au forcep, dans la souffrance. Et qu'est-ce qu'on nous dit ? Ah, mais nous, on ne peut rien faire avec l'euro, ce n'est pas le dollar. Non, si, on peut faire des choses. La Chine fait des choses. Nous, on peut faire aussi des choses. Et eux, c'est vrai qu'ils ont réussi à avoir cette monnaie qui est internationale. Et donc, ils peuvent l'émettre quasiment sans limite puisque c'est celle qui établit tous les prix des matières premières, du pétrole, etc. Donc, ils ont quand même fait en sorte, y compris dans les règles du commerce international, ils ont toujours fait en sorte que ça les arrange.
Et quand ça ne les arrange pas, ils ne les respectent pas. Ce qui est le cas aujourd'hui. Donc, le fait de disposer d'une monnaie qui est internationale leur a permis d'asseoir une espèce de puissance depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas une fatalité, quoi. Non, mais voilà. Un, ce n'est pas une fatalité. Deux, ça ne veut pas dire que nous voulons être aussi la première puissance. Mais trois, ça ne veut pas dire qu'on n'a aucune marge de manœuvre. Or là, quand on entend les politiques, on dirait qu'ils sont pétrifiés. Un, nous n'avons aucune marge de manœuvre. Deux, nous ne pouvons rien faire avec notre monnaie parce que nous n'avons pas le dollar.
Donc, au final, qu'est-ce qu'on doit faire ? Rien. À part réduire les déficits, rien. Alors qu'en réalité, des pays émergents aujourd'hui ont des stratégies bien plus agressives envers les États-Unis que l'Europe. Alors que l'Europe a la capacité et les épaules pour avoir une stratégie aussi un peu plus auto-centrée et agressive. Mais après, ce qui empêche ça, on le redit toujours, il ne faut pas être naïf. C'est l'hétérogénéité des États. C'est que chacun, dans cet ensemble, cherche un petit peu à jouer son côté, à défendre son bout de gras. C'est le cas de l'Allemagne. C'est le cas maintenant de l'Italie. Et donc, nous ne sommes pas homogènes.
Et si nous attendons une prise de décision politique européenne, on peut attendre. Mais alors là, on peut attendre très, très, très, très longtemps. C'est pour ça qu'il faut commencer à agir sur des leviers nationaux en espérant qu'il y ait un effet d'entraînement sur d'autres pays. Il se passe d'autres choses à l'Union européenne. La Commission européenne a décidé de revenir sur plusieurs normes environnementales imposées aux entreprises pour, je cite, « favoriser la compétitivité des entreprises européennes face à la concurrence chinoise et américaine ». Le pacte vert est donc affaibli.
Thomas, est-ce que c'est la seule voie de baisser les normes environnementales pour faire concurrence aux États-Unis et à la Chine ? Alors moi, ce qui me dérange clairement, c'est que là où il y avait, comment vous dire, une espèce d'ambition européenne, elle était vraiment sur cette question-là. Elle n'était pas parfaite. Elle était, à mon sens, un peu trop sur des objectifs chiffrés sans qu'il y ait derrière une véritable relance et une obligation même, une planification sur un certain nombre d'entreprises pour qu'elles puissent s'ajuster et faire leur transition. On fixait juste des objectifs en disant, voilà, vous allez faire ça.
Et donc, il y a beaucoup d'entreprises qui disent, je ne pourrais pas le faire, qui négocient, puis après, on repousse, on repousse, on repousse. Mais là, on voit bien, en fait, comme il suffit que ça tremble un petit peu des deux côtés pour qu'on oublie tout, alors que c'est l'inverse qu'il faudrait faire. Il faudrait qu'on tienne ce cap sur la question climatique, environnementale. Il faut qu'on tienne le cap. Il faut qu'on tienne le cap et nos constructeurs doivent s'adapter à ça. Et s'ils s'adaptent, c'est ça qu'ils feront, que plus tard, ils seront en avance sur les autres.
Par exemple, au Japon, le diesel a été déclaré, a été interdit dans les centres-villes bien avant qu'il y ait toutes ces questions liées au diesel qui serait cancérigène. ils aient été interdit dans les centres-villes et donc les constructeurs comme Toyota ont été poussés dans l'hybride. Et c'est ça qui leur a permis, à un moment, de prendre des parts de marché sur des constructeurs européens et américains. Et là, c'est pareil.
C'est-à-dire que si nous arrivons à demain à avoir des entreprises qui seraient plus vertueuses en termes climatiques et même en termes sociaux, et imaginons, croyons que cette transformation soit voulue par le grand patronat, demain, ce seront les entreprises les plus attractives et ce sont celles qui seraient le plus à même de faire face aux défis du XXIe siècle alors que les autres restaient sur un modèle du passé. Donc non, non, il ne faut absolument pas céder sur la question climatique et il faut aller plus loin. Alors là, je pense que ça n'arrivera jamais mais je le dis quand même à haute voix, il faut aller plus loin sur la question aussi sociale.
Il faut être sur l'avenir et pas sur les questions du passé. Or là, on sent qu'il y a un recul social partout. Alors, il était déjà là en Europe, il ne faut pas être naïf mais il y a un recul en plus environnemental qui est un peu partout. Donc là, on revient à un capitalisme proche du XIXe siècle et ce n'est pas quelque chose qui va dans le sens de l'histoire pour moi. J'ai l'impression qu'on se cale un petit peu sur la méthode Trump à l'Union Européenne, c'est-à-dire moins de climat, plus de dérégulation et en plus, nous, on a la spécificité européenne qui est l'austérité. Exactement, tu as tout dit.
Alors l'austérité, ça c'est clair que c'est un débat, on va dire, qui existe depuis et après, on parle de concurrence chinoise et américaine. Exactement, tout à fait. Alors que les Chinois, par exemple, subventionnent une grosse partie de leur industrie. Donc tu as entièrement raison. Sur la question des réglementations, elle existe déjà en Europe, elle existe déjà aux Etats-Unis. On a déréglementé énormément avec le marché unique mais là, on y va encore plus fort. On baisse les taux d'impôts, on revient sur un certain nombre de réglementations, on va beaucoup plus loin.
Et la question climatique où l'Europe a toujours quand même eu une avance, disons-le, c'est la seule zone qui a appliqué Kyoto, grosso modo, les Etats-Unis avaient refusé, les émergents n'étaient pas concernés. C'est une zone qui prend en compte, on va dire, cette question-là plus sur les réglementations, qui a eu des gros débats vifs sur le gaz de schiste mais qui a quand même refusé dans pas mal de pays de l'exploiter. Donc on est quand même sur des... qui développent ces renouvelables et ainsi de suite. On est quand même sur psychologiquement une forme d'avance sur ces questions-là.
Après, il faut mettre en face de ça, les producteurs européens qui puissent produire des panneaux solaires dans des bonnes conditions et pas des panneaux solaires dont on ne connaît pas les conditions venant majoritairement d'Asie. Il faut que les grandes entreprises européennes fassent leur transformation. Donc c'est ça, normalement, l'étape 2 derrière les réglementations. Et cette étape 2, si elle n'a pas lieu, c'est le retour en arrière. C'est-à-dire que les entreprises font comme si ça n'existait pas et puis là, on repère encore une décennie qu'on avait déjà perdu avant et qu'on avait encore perdu avant.
Le tribunal administratif de Toulouse a annulé l'autorisation environnementale de l'autoroute A69 alors que le chantier a commencé il y a 2 ans. Ce projet de construction fait l'objet de vives contestations et répressions policières depuis plusieurs années. Cette décision est historique, surtout que les travaux ont bien commencé et que le concessionnaire et l'État ont fait pression pour maintenir le projet. Les opposants, notamment écologistes ou agriculteurs, y dénonçaient la construction d'une route payante pour gagner seulement quelques minutes passant en pleine biodiversité ou terrain agricole. On a suivi cette lutte d'ailleurs aux médias.
Dans son jugement du 27 février que reporter a pu consulter, le tribunal administratif de Toulouse estime que les bénéfices économiques, sociaux et de sécurité publique sont trop limités pour justifier la construction de l'autoroute. L'État compte faire appel de la suspension du chantier et le ministre des Transports a parlé d'une décision ubuesque, un chantier avancé aux deux tiers est arrêté du jour au lendemain. Thomas, qu'est-ce que tu réponds à ceux qui disent que les opposants ont mis fin à un projet qui allait être pour les ruraux, pour la mobilité rurale, etc. Alors, la première chose qu'il faut dire, c'est que je ne suis pas un juriste.
J'ai lu, comme tout le monde, le compte-rendu du tribunal administratif, mais je ne suis pas un juriste. Il y a eu plusieurs fois... Il va y avoir appel, l'État a dit qu'il faisait appel. Il y a eu plusieurs fois des procès sur cette affaire-là. Moi, j'ai lu le compte-rendu. Il m'est apparu plutôt logique. On va en parler tout de suite. Mais ça, c'est important de le dire. Je ne suis pas un juriste spécialiste de la question. Et la deuxième des choses, c'est que je ne suis pas une partie prenante. Je ne suis pas un écologiste de terrain sur place qui voit le nombre d'arbres et l'impact que ça peut avoir concrètement en face de lui dans la région.
Et je ne suis pas aussi un travailleur qui a probablement fait deux tiers en étant dans un contrat probablement précaire deux tiers de ce chantier et qui, de jour en lendemain, va être éjecté comme un sac poubelle et va devoir rentrer chez lui sans avoir d'emploi. Et je ne suis pas non plus quelqu'un qui vit proche de cette nationale parce que vous savez, il y a l'autoroute qui est créée, il y a une nationale qui est complètement parallèle et vivre auprès d'une nationale où tout le monde est très pressé le matin pour aller travailler, où il y a des feux. C'est souvent des nationales qui sont très dangereuses.
Moi, j'ai vécu près d'une nationale qui faisait Sanlis, Blanc-Ménil, Le Bourget, Aubervilliers, Pantin jusqu'à Porte-de-la-Villette. Bon, les mecs, le matin, ils bombaient comme des fous. Le collège était à côté, le collège d'Edora au Bourget était juste à côté. Il y avait tous les ans deux, trois personnes qui se faisaient appeler par une voiture parce que les voitures bombaient comme des malades. Et donc, quand on vit proche d'une nationale, c'est très compliqué en termes de nuisance sonore, en termes de pollution et en termes de dangerosité pour les jeunes enfants. Donc ça, vraiment, il faut le dire. Quand on est partie prenante, on a toujours du mal à entendre la partie prenante.
Nous, on a du recul, on ne vit pas là-bas et on regarde les textes comme ils sont et on voit en quoi, justement, à mon sens, cette autoroute n'est pas valable. Après, il y avait plein de locaux qui étaient contre le projet. Oui, tout à fait. Il y en a qui sont pour. Les élus locaux sont majoritairement pour, sauf ceux près de Toulouse.
Et les locaux, il y a une grosse partie qui est contre et une partie aussi qui est pour, après, c'est vrai que dans ce compte-rendu du tribunal administratif, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un certain nombre de dérogations qui ont été données par le préfet de Haute-Garonne et du Tarn, des dérogations environnementales, notamment une dérogation à l'interdiction de porter atteinte aux espèces protégées. Cette dérogation, elle est donnée si on respecte trois conditions, trois conditions qui doivent être réunies. Premièrement, c'est le maintien des espèces protégées qui ne doit pas être menacées. Le deuxième, c'est qu'il n'y ait pas de solution alternative.
Alors là, on a une nationale quand même. Et le troisième, c'est que ce projet réponde, je cite, à une raison impérative d'intérêt public majeur. Et là, quand on voit l'ensemble, qu'est-ce qu'on se dit que gagner, parce qu'en fait, la seule chose que cette autoroute va faire, c'est une facilité pour gagner 20 à 35 minutes. Est-ce que 20 à 35 minutes, d'estimation, c'est un projet qui répond à une raison impérative d'intérêt public majeur ? Je ne crois pas. Voilà. Et si on prend en plus la question environnementale, clairement non. Et c'est ce qu'a dit, en fait, le rapport du tribunal administratif. C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire que c'est une raison majeure, tout ça.
Et si on prend en plus l'impact environnemental, sûrement pas. Donc, c'est ça, le vrai enjeu. Et c'est une réalité. Quand on regarde l'ensemble du projet, il y a cette nationale qui n'est pas non plus complètement bondée, mais qui probablement doit être désagréable quand on vit proche. il y a cette autoroute où on va supprimer 200 à 1 000 arbres avec un traçage, une empreinte au sol qui est quand même assez élevée, qui va être construite et qui va être payante et qui va être chère. C'est ça. Et donc, un certain nombre ne vont sûrement pas la prendre parce qu'elle coûte cher. Puis qui coupent les passages dans les villes où il y avait des commerces.
Tout à fait, et qui créent d'autres problèmes. Tout à fait. Et donc, c'est en cela que créer une infrastructure routière à un moment où justement, il faut faire en sorte que les gens puissent moins utiliser la voiture et prendre en compte la contrainte écologique, aujourd'hui, c'est obligatoire. Je veux dire, si on est économiste, on est obligé aujourd'hui de soumettre la majorité des projets à la contrainte écologique. Voilà, c'est clair, net. Alors, il y a plein d'infrastructures dans lesquelles on pourrait investir énormément, énormément, dans le rail, par exemple, dans les services publics, etc.
Oui, c'est clair, parce qu'en fait, on nous parle de projets autoroutiers dans le même temps où les lignes de TER ferment. Collectivité locale ferme des services publics, les entreprises partent. Dès qu'il y a un petit problème, elles n'hésitent pas à fermer des usines. Là, on ne leur demande pas quel est l'impact qu'elles vont avoir sur le territoire quand elles ferment, alors qu'elles ont un impact énorme. Donc là, il faut arrêter de nous présenter ça comme le projet. Alors, si c'est ça, le projet du siècle, un tronçon d'autoroute, on est un peu mal barré. D'ailleurs, c'est un projet d'une trentaine d'années.
Tous les grands projets aujourd'hui sont des projets qui sont là depuis une trentaine d'années. Et puis surtout, ça nous était vendu, mais les gens croyaient ça avant. Dans les années 70, on croyait qu'un tronçon d'autoroute permettait la mobilité et le surcroît d'activité. C'est ce qu'on nous disait. À l'époque, la question environnementale n'était pas prise en compte. Donc, on disait une autoroute égale surcroît d'activité. Donc, il y a plein de gens qui se disaient voilà, l'autoroute va permettre un surcroît d'activité, notamment pour le bassin de Castres et de Mazamé, qui pour le coup n'est pas enclavé complètement parce qu'il y a une forme d'activité.
C'est ce qu'a dit le compte-rendu du tribunal administratif. Mais qu'est-ce que l'on constate aujourd'hui ? Après 30 ans de travaux, un certain nombre de travaux scientifiques ont montré qu'il n'y avait pas de lien établi entre le fait qu'il y ait une autoroute et plus d'activité économique. Il y a des travaux qui ont même été faits par François Plassard sur l'ensemble de la France, sur un certain nombre de cas en France et à l'étranger, des comparaisons internationales et on ne trouve pas de relation forte entre le fait qu'il y ait un tronçon d'autoroute et un surcroît d'activité.
Donc, le fait même qu'on ait fait ce projet pour la raison d'un surcroît d'activité est aujourd'hui complètement effacé. Et si on y rajoute en plus la contrainte écologique, ça devient une espèce de non-sens. Donc, on comprend mieux le résultat de la décision du tribunal administratif. Et en plus, maintenant, il y a même certains travaux qui montrent que ça peut créer des déséquilibres entre communes. Parce que, par exemple, si vous mettez une autoroute entre une commune qui va être beaucoup plus active qu'une autre, la plupart des commerces vont se créer là-bas et les petits commerces du centre-ville de la petite commune vont fermer. Beaucoup de gens l'ont vécu ces 30 dernières années.
Donc, il y a aussi des effets négatifs qui ont été établis que l'on ne connaissait pas avant. A l'époque de Pompidou, l'autoroute, c'était le surcroît d'activité. C'est lui-même qui l'avait dit. Quand il avait fait un discours à l'ouverture de la 6, d'un tronçon de la 6, il avait dit c'est génial, c'est le surcroît d'activité. Aujourd'hui, on sait que non, ce n'est pas établi scientifiquement parlant. Donc, il n'y aura pas ce surcroît d'activité dont nous parlent tous les élus locaux et les industriels de la zone.
Et il y a un impact très certain au niveau écologique même s'il a été construit à deux tiers et donc l'impact écologique existe déjà, mais sur la construction de l'autoroute et après sur l'utilisation de l'autoroute. Il y a eu plusieurs enquêtes aussi qui ont montré l'implication de Pierre Fabre qui est un industriel dans la construction de ces autoroutes et que ça aurait pu servir aussi ses propres intérêts industriels. Donc, je vous invite à aller voir les enquêtes notamment de reporters mais aussi d'autres médias indépendants sur le projet. Ce n'est pas que pour la ruralité, etc., mais qu'il y a aussi beaucoup d'intérêts industriels derrière. Donc, voilà pour cette petite parenthèse.
Est-ce que, ça rejoint un peu ce qu'on vient de dire, mais est-ce qu'en 2025, c'est encore d'actualité de parler d'autoroutes quand on met en avant dans le discours les transports ou ce genre de choses ? Non, il y a vraiment un besoin énorme d'infrastructures dans beaucoup de ce qu'on appelle territoires, régions, départements qui ont été complètement délaissés. Mais il est vrai qu'aujourd'hui, un certain nombre de projets qui ont commencé il y a 30 ans au regard des enjeux climatiques ne sont plus valables aujourd'hui. Et plutôt que de laisser traîner les choses, de commencer les travaux, il faudrait trancher rapidement là-dessus parce que là, on voit bien qu'il y a...
Alors, c'est aussi un bon signe. Moi, je trouve qu'en ce moment où on voit que toutes les démocraties sont piétinées, c'est un bon signe que la justice soit indépendante et qu'elle tranche finalement contre la volonté de l'État et que l'État fasse appel. Moi, je trouve ça, que ça prenne un peu du temps comme ça. Finalement, je trouve ça mieux qu'il y ait quelqu'un d'autoritaires qui nous disent qu'il faut construire et taisez-vous. Mais après, oui, c'est vrai que des choses comme par exemple le Lyon-Turin, un projet pourtant de train, on voit que ça a été un projet qui a été mis en place il y a une trentaine d'années qui vise à creuser des tunnels énormes.
On parle de tunnels 50 kilomètres plus trois tunnels de 20 kilomètres qui va porter à tête à des sources d'eau alors qu'aujourd'hui, on sent qu'il y a des pénuries d'eau, notamment dans des départements limitrophes. Donc, on voit bien que ce projet n'est plus valable, surtout que sur le même tronçon, vous avez déjà un train qui existe, qui est sous-utilisé et qu'il faudrait peut-être plutôt rénover. Donc, il y a eu une époque où on avait cette folie des grandeurs et pourquoi pas ? La question environnementale n'était pas aussi présente. On pensait que quand on avait des projets comme ça, ça faisait tourner l'économie.
Aujourd'hui, il faut les revoir avec les yeux d'aujourd'hui, donc avec cette contrainte environnementale. Et après, partant de là, il faut faire en sorte que les aménagements partent aux riverains, que les riverains puissent aller travailler également, qu'il n'y ait pas une pression supplémentaire parce qu'à la fin, c'est toujours la même chose. Ça oppose toujours les mêmes. Ceux qui vont aller travailler et qui sont pressés par leur patron qui leur dit d'arriver à 9h et qui n'en peuvent plus des feux rouges et qui vont faire du 90 km heure entre deux feux rouges et prendre tous les risques pour arriver à l'heure. Oui, c'est un peu...
Et vous avez de l'autre, les riverains qui voient ça et qui ont peur pour leurs enfants et qui ont les nuisances sonores et la pollution. On le comprend tout ça. Là, il faut trouver des solutions en partant de ça pour que ça se calme pour les uns comme pour les autres. Et la solution, ce n'est pas de créer une parallèle, à mon sens, une autoroute qui n'a aucun sens climatique et qui va coûter très cher et qui est, comme ça, depuis des années, un projet contesté par une partie de la population locale. Merci à vous, chez vous, d'avoir suivi cet épisode de l'Instant Porcher. J'attire une dernière fois votre attention avant de se quitter.
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