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interviewPublic Sénat· 23 novembre 2023 25 min

Discours d'Emmanuel Macron aux Maires :"Je n'y crois pas du tout, le disque est rayé" selon H.Bourgi

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Invité

– Merci Sainte-Bourgille de nous accompagner pendant cette première demi-heure. Vous êtes élu de l'Hérault, membre du groupe socialiste. On va revenir longuement tout à l'heure sur votre texte qui a été adopté hier soir à l'unanimité au Sénat. Mais d'abord, l'actualité, on l'a vu, c'est ce qui s'est passé aux Pays-Bas, où l'extrême droite a remporté largement les législatives. Est-ce que c'est un séisme électoral pour toute l'Europe ? – C'est quelque chose qui nous interpelle, parce qu'effectivement, le score de l'extrême droite aux Pays-Bas n'est pas une situation isolée.

On se rend compte qu'il y a un malaise dans beaucoup de nos pays, dans beaucoup de nos sociétés, qui contribue à l'émergence des populistes. C'est le cas en Europe, c'est le cas aussi en Amérique latine. Je fais référence à l'élection du week-end dernier en Argentine. Ce qui nous oblige, ce qui impose aux responsables politiques qui sont aux affaires, aux gouvernements dans les différents pays, de réfléchir et de proposer rapidement aux populations des solutions au sujet qui les préoccupent, que sont les questions sociales, les questions économiques, les questions d'immigration parfois.

Donc, lorsque je regarde avec le recul les motivations qui conduisent les électeurs à voter pour des candidats populistes ou extrémistes, finalement, c'est toujours le désespoir, c'est une façon d'exprimer une colère, de se manifester, d'être entendu et reconnu. – Une victoire qui arrive aux Pays-Bas après 13 ans au pouvoir de Marc Routteux, qui est sur la même ligne qu'Emmanuel Macron. Marine Le Pen, elle a salué la victoire de Gad Wilders. C'est parce qu'il est des peuples qui refusent de voir s'éteindre le flambeau national que l'espoir du changement reste vif en Europe. C'est ce qu'elle a tweeté. Est-ce que vous craignez que la même chose se passe en France dans 4 ans ?

– Tout est possible, le meilleur comme le pire. Ce qui m'interpelle, c'est que les Pays-Bas ont toujours été un pays très libéral, un pays européen. Et souvent, on explique le score, en tout cas dans les sondages avant l'élection d'hier, comme un rejet de l'Union européenne. Et ça, ça m'interpelle. Finalement, on va avoir les élections européennes au mois de juin prochain.

Peut-être que le moment est venu pour que nous puissions bâtir un vrai projet européen qui ne soit pas uniquement indexé sur les critères des agences de notation, sur les critères de rigueur budgétaire, mais un projet ambitieux, un projet audacieux qui puisse entraîner les peuples, entraîner la jeunesse, entraîner les populations. Parce qu'aujourd'hui, lorsqu'on parle de l'Union européenne, pour beaucoup de nos concitoyens, l'Union européenne, ce ne sont que des contraintes, ce ne sont que des entraves. Et les responsables politiques ont tendance parfois à se défausser un peu trop sur l'Union européenne. On lui fait porter la responsabilité de toutes nos difficultés, de tous nos maux.

Je trouve ça un peu lâche. Et je pense qu'il faut reprendre le chemin de l'espérance pour tracer un projet européen qui puisse entraîner les populations. – Et Gerd Wilders qui a promis un référendum de sortie des Pays-Bas de l'Union européenne. – Absolument. Vous avez vu, ils l'ont fait en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, ils s'en mordent les doigts. – On va parler d'un autre sujet, d'Israël. L'accord de trêve n'entrera pas en vigueur avant demain, finalement. C'est ce qu'ont annoncé les responsables israéliens. Benyamin Netanyahou a affirmé hier que la guerre continuait.

Il y a une initiative qui a été prise hier par différents parlementaires à l'Assemblée nationale, au Sénat, une initiative transpartisane pour soutenir les otages. Vous y avez participé ? – Absolument. Nous avons été sollicités par le président Roger Karouchi, qui est le président du groupe d'amitié France-Israël, proposant à tous les députés, à tous les sénateurs, d'être finalement les parrains d'un des otages qui a été retenu.

C'est une façon symbolique de dire à ces otages, qui sont parfois des enfants, des jeunes, des adolescents, qui sont retenus dans des conditions qui doivent être difficiles, dans des conditions qui nous interpellent, dans des conditions qui peuvent mettre en danger leur sécurité, leur intégrité, que finalement nous les parrainons symboliquement. Et c'est très important de ne pas se sentir seul. Je ne sais pas si ce message parviendra à ces otages, mais en tout cas ils parviendraient à leur famille, pour leur dire qu'il y a des gens qui sont loin d'eux, géographiquement, mais qui sont près d'eux, par la pensée, par le cœur, et qui se soucient de la libération de ces otages.

Plus généralement, je pense qu'aujourd'hui, c'est de paix qu'il faut parler. Moi je ne me résigne pas que dans cette partie du monde, depuis tant de décennies, des voisins se font la guerre, de manière épisodique, de manière régulière. Il y a des générations en Israël et dans les territoires palestiniens qui n'ont connu que la guerre. Je vous laisse mesurer le dégré des désespoirs que de n'avoir connu que la guerre. Leurs parents, leurs grands-parents, eux aujourd'hui n'ont connu que la guerre. Et effectivement, ça vous plombe une situation, ça vous crée un sentiment finalement de rejet. Il faut arriver à surmonter ce sentiment de rejet, parce qu'il y a aujourd'hui des otages.

Il y a des populations dans les territoires palestiniens qui sont exsangues. Moi j'appelle de mes voeux la libération des premiers otages, mais de tous les otages. Et il faut que les puissances étrangères, et la France en fait partie, qui ont contribué et qui contribuent à travers la diplomatie à se cesser le feu temporaire, s'engagent résolument dans une solution durable, parce que je suis convaincu que la paix peut revenir dans cette région du monde avec la création d'un État palestinien, la coexistence de deux pays voisins, la sécurité d'Israël, la souveraineté de l'État palestinien.

– L'autre actualité, on l'a vu dans le journal, c'est Emmanuel Macron qui a reçu hier soir à l'Élysée plus d'un millier d'élus, alors que se tient cette semaine le Congrès des maires. Il s'est engagé devant eux à mener dans l'année qui vient une décentralisation réelle et audacieuse. Vous y croyez ? – Je n'y crois pas du tout. Le disque commence à être rayé. Je suis persuadé que si vous prenez vos archives de l'année dernière, de l'année d'avant, et même celle du premier quinquennat du président Macron, vous vous rendrez compte finalement qu'une partie des acteurs a changé. Chaque année, ce sont les maires qui sont dans la salle qui changent, les uns après les autres.

L'acteur principal est toujours sur scène et il tient à peu près le même discours depuis la première année de son élection. Aujourd'hui, le disque commence à être rayé et les maires en ont assez. Alors il y a ceux et ceux qui se laissent griser. C'est toujours impressionnant, c'est toujours gratifiant d'être reçu à l'Élysée. Mais finalement, l'année prochaine, ce sera d'autres maires qui seront à leur place. Il tiendra exactement le même discours, posera les mêmes questions et finalement, le début de réponse n'arrivera pas. – Vous avez rencontré, vous, les maires de l'Hérault. Ce soir, vous étiez avec eux. Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?

– Les maires de l'Hérault sont dépités, comme tous les maires d'ailleurs, que j'ai rencontrés hier dans la salle des conférences du Sénat. Tous les maires me disent, finalement, on n'y croit plus. On n'y croit plus parce qu'on leur promet une décentralisation qui n'arrive pas. Alors qu'il y a quelques mois, nous avons voté la loi 3DS, décentralisation, déconcentration, différenciation et simplification, qui a été une loi promise comme ambitieuse et qui est finalement accouchée d'une petite loi, avec de quelques mesurettes. Les maires n'y croient plus parce qu'on leur parle de souveraineté communale, d'autonomie financière, mais au même moment, le gouvernement a supprimé la taxe d'habitation.

Maintenant, les maires sont sous perfusion. Et les maires, aujourd'hui, dépendent de la DGF, la dotation globale de fonctionnement, et attendent avec beaucoup d'intérêt le vote du projet de loi de finances pour savoir est-ce que les enveloppes dévolues à chaque département pour les investissements, pour le fonds vert, pour la DETR, pour la DECIL, seront maintenus au même niveau ? – Emmanuel Macron, il a dit hier soir qu'il voulait remettre tout ça à plat. – Eh bien, ça fait des années qu'il nous le dit. Mais s'il voulait remettre à plat, il peut y aller très vite.

Ici, le Sénat, sous la présidence de Gérard Larcher, a créé une commission transpartisane qui a fait des propositions au mois de juillet dernier. Il y a une vingtaine de propositions. Il suffit d'aller puiser dans ces propositions et de les mettre en œuvre. Mais le président de la République a chargé Éric Wörth d'une mission. C'est comme si on voulait enterrer le sujet ou gagner du temps. En France, lorsqu'on veut enterrer un sujet ou gagner du temps, on crée une mission ou on crée une commission. Eh bien, nous, la commission, le Sénat l'a faite, elle a travaillé. Elle a bien travaillé.

Nous avons des propositions sur la table depuis le mois de juillet que le président de la République s'en saisisse. – On va parler justement de l'actualité du Sénat. On va parler de votre texte qui a été voté hier par les sénateurs. Texte qui vise à obtenir la réparation pour les personnes condamnées pour homosexualité avant la dépénalisation définitive en 1982. On va faire le point sur cette séance avec notre journaliste parlementaire, Mathias Arez. Bonjour Mathias. – Bonjour Ariane, bonjour Monsieur Bourget.

8:22
Présentateur

– Bonjour.

8:22
Invité

– Et Mathias, vous allez revenir pour nous sur les échanges qui ont eu lieu hier dans l'hémicycle sur cette proposition de loi qui a donc été adoptée.

8:29
Présentateur

– Et oui, un texte consensuel sur le fond, Ariane, durant la discussion générale, toutes les prises de parole préalables, sans exception, allaient dans le même sens. Il faut porter réparation aux personnes condamnées pour homosexualité et reconnaître la responsabilité de la France dans les persécutions subies par les dites personnes. Une proposition socialiste qui a même obtenu le soutien du gouvernement.

8:51
Invité

– Le gouvernement est favorable au principe de cette proposition de loi qui viendra reconnaître la mise en œuvre pendant 40 ans d'une politique de discrimination et de répression pénale qui n'aurait jamais dû exister. S'il est toujours complexe de regarder les lois d'hier avec les lunettes d'aujourd'hui, il en va ici des principes fondamentaux non négociables de notre République. C'est pourquoi il est impératif de reconnaître les errements du passé, mais aussi leurs terribles conséquences pour plusieurs générations de nos compatriotes.

9:28
Présentateur

– Malgré quelques réserves, le garde des Sceaux a précisé tout au long de l'examen que le gouvernement apporterait des avis de sagesse sur chaque article.

9:35
Invité

– Pourtant, des modifications étaient apportées, Mathias.

9:37
Présentateur

– Oui, des modifications, sans quoi cette proposition de loi n'aurait pu être adoptée, Oriane, dans son propos introductif. Le rapporteur pour la commission saisi sur le fond, Francis Spiner, est revenu sur plusieurs points de désaccord majeur entre le texte que vous proposiez et l'avis de la commission. Premier point de désaccord, la période. Dans votre version initiale, il est question de la période comprise entre 1942 et 1982, trois années de discord, c'est le régime de Vichy pour lequel beaucoup dans l'hémicycle estiment qu'il n'est pas nécessaire de s'excuser.

Deuxième désaccord, c'est la demande d'indemnisation des personnes condamnées pour homosexualité qui dérange le rapporteur Spiner. On regarde pourquoi.

10:18
Invité

– À partir du moment où nous sommes sur le délit de 1982, les articles que vous avez visés, ces articles qui sont des articles de matière délictuelle, des condamnations prononcées pour des délits, la loi d'amnistie a effacé sur le plan pénal l'existence même de ces condamnations, et il y a des règles de prescription. Et que vous ne pouvez pas, 40 ans après, sauf à créer un dangereux précédent, venir dire que la prescription n'existe pas et que donc il peut y avoir matière à réparation.

10:52
Présentateur

– M. Bourgi, est-ce que vous entendez ces arguments ? Pourquoi la période et l'indemnisation étaient si importants pour vous ?

11:01
Invité

– Pour moi, la période est très importante parce que la première loi qui pénalise l'homosexualité en France a été édictée sous le régime du maréchal Pétain. C'était en août 1942. À la libération en 1945, on aurait très bien pu abroger cette loi d'exception comme on a abrogé toutes les lois d'exception. Malheureusement, dans une ordonnance du 8 février 1945, le ministre de la Justice de la France libre, François de Menton, reprend à son compte cette loi en disant qu'effectivement, cette loi mérite d'être gardée et inscrite dans la durée.

D'une certaine façon, si le gouvernement d'Union nationale autour du général de Gaulle à la Libération a récusé toutes les lois d'exception, on se demande bien pourquoi il l'a gardée celle-ci. Et vous trouverez trace de ces motivations au journal officiel. C'est la raison pour laquelle, de mon point de vue, pour être juste historiquement, pour être juste politiquement, il faut faire partir le délai depuis août 1942 jusqu'à août 1982. Et pas de 1945 à 1982, parce que finalement, il y a une césure que le rapporteur a imposée qui ne se justifie pas. Première chose, la loi a été instaurée en 1942. Il faut prendre en compte la période 1942-1945.

Deuxième chose, lorsque le général de Gaulle, le jour de la Libération de Paris, août 1944, il est à l'hôtel de ville de Paris, entouré par les compagnons de la Libération, la foule en liesse, Georges Bidot, qui est à côté de lui, lui dit, bon général, proclamez la République, proclamez la République, sous-entendu, il faut clore la parenthèse de Vichy. Le général de Gaulle lui répond, mais Bidot, la République n'a jamais cessé. Ça, c'est une première réponse qui est très forte. C'est celui du père de la France libre. En 1995, au lendemain de l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République, il y a le discours fondateur du Veldiv, juillet 1995.

Et dans son discours, lorsque Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de la France, il inclut bien la responsabilité de la France pendant la période de Vichy, lorsque les services de police, les gendarmeries et les pouvoirs publics français ont apporté leur concours pour l'arrestation et la déportation des Juifs de France. C'est la raison pour laquelle, pour moi, ce débat, il a été clos à au moins deux reprises par deux éminentes personnalités qui dirigeaient la République française, le général de Gaulle en 1945, Jacques Chirac en 1995. Alors ça, c'est pour la période, pour l'indemnisation, parce que là aussi, la commission des lois, elle a jugé que votre système comprenait...

Alors, pour l'indemnisation, là aussi, je ne suis pas d'accord avec mes collègues, mais c'est normal, c'est la majorité et l'opposition. Lorsque le rapporteur nous dit qu'il y a les délais de prescription, attendez, il y a deux ans, nous avons voté à l'unanimité au Sénat une loi de reconnaissance et de réparation des mauvais traitements infligés par la France aux Harkis, au lendemain de la guerre d'Algérie. C'était en 1962, lorsque les Harkis arrivent sur le territoire français, ils sont accueillis, parqués, dans des centres de rétention, des centres de transit et des hameaux de forestage.

60 ans après, nous avons voté ici, au Sénat, une loi qui reconnaît les mauvais traitements que la France leur a réservés, et nous avons créé une commission qui est aujourd'hui présidée par Jean-Marie Bockel, l'ancien ministre, qui est chargée justement d'instruire les demandes de réparation et de leur verser des réparations. Donc de mon point de vue, l'argument du rapporteur ne tient pas. Mathias, même si ce texte a été voté, il y avait également... Oui, le texte a été voté à l'unanimité, mais c'est une première lecture, il y en aura une seconde. On va y venir. Il y avait un autre point de crispation.

14:26
Présentateur

Oui, il y avait un autre point de crispation, c'est la création d'un délit pénal venant réprimer les propos visant à nier la déportation subie par les personnes LGBT au cours de la Seconde Guerre mondiale opérée depuis la France. Monsieur Bourgi a dans sa défense de l'article, par exemple, cité des quatre personnes ayant tenu des propos de ce genre. L'ancien député du Nord, Christian Van Est, il a été condamné pour ça.

14:46
Invité

Non, il a été relaxé. Christian Van Est a tenu des propos disant que la déportation pour motif d'homosexualité était une légende. C'était en 2012, des associations ont déposé plainte. Il a été relaxé en première instance et il a été relaxé en appel. C'était en 2014. Donc, les poursuites se sont éteintes. Vous avez cité Éric Zemmour. Éric Zemmour, pendant la campagne des élections présidentielles, dans son livre, il reprend à son compte les propos de Christian Van Est et aujourd'hui, il est poursuivi devant les tribunaux. Nous verrons dans quelques mois ce que diront les tribunaux.

Mais moi, je considère qu'aujourd'hui, si jamais nous avons la moindre suspicion sur une faille dans l'arsenal législatif, il faut la combler.

15:24
Présentateur

Voilà, cette proposition dans votre texte vient se heurter selon le rapporteur au droit en vigueur puisque selon lui, ces délits sont compris dans la loi de 1981 sur la liberté de la presse.

15:35
Invité

1881.

15:36
Présentateur

1881. Cette disposition prévue par l'article 2 du texte n'a pas été adoptée non plus. M. Bourget, votre texte a été largement déconstruit. Ce sont les propos de Patrick Cannaire. Quel sentiment cela vous laisse ?

15:47
Invité

Écoutez, c'est une première étape. Donc, hier, nous avons emporté une victoire. Moi, je suis quelqu'un d'un naturel optimiste. Le texte va aller à l'Assemblée nationale. Les députés vont l'enrichir. Je peux vous assurer que beaucoup de députés attendent de pied ferme l'arrivée de ce texte. Et ensuite, le texte reviendra au Sénat et nous aurons l'occasion de l'améliorer à chaque fois. C'est l'intérêt de la navette parlementaire.

Les auditions que le rapporteur n'a pas eu le temps de faire parce qu'il n'a eu que 15 jours pour rendre son rapport, j'ai bon espoir qu'il les fasse pour la seconde lecture puisqu'aujourd'hui, il y a des historiens, il y a des universitaires qui ont travaillé sur cette période. Il y a des juristes qui travaillent sur la notion de réparation qu'on gagnerait à auditionner. En tout cas, je m'y emploierai pour la seconde lecture. En tout cas, c'est une première étape.

Et par contre, ce que je veux saluer en positif, c'est que c'est pour la première fois depuis fort longtemps, on parle des homosexuels au Parlement sans pour autant qu'il y ait des éclats de voix, des propos outranciers, des propos stigmatisants. Je vous renvoie au débat qui avait eu lieu à l'occasion du PAX ou du Mariage pour tous, ce qui prouve bien qu'au Sénat, on est capable de parler de ces sujets en se respectant les uns les autres tout en gardant chacun ses nuances, ses convictions et ses différences. Et on le rappelle, un texte voté à l'unanimité, c'est-à-dire, y compris par les sénateurs du Rassemblement national. Il a été voté à l'unanimité et c'est très bien ainsi.

Vous avez voulu faire ce texte. Qu'est-ce qui vous a donné l'idée ? Alors, j'ai eu l'idée de ce texte parce qu'en 2002, il y a eu pour le 20e anniversaire de la loi de dépénalisation de l'homosexualité par Robert Ballenter, Raymond Forny et Gisèle Halimi, un colloque à Montpellier. J'étais étudiant à la faculté de droit, je suis allé assister à ce colloque. Il y avait sur scène Jean-Pierre Michel, ancien sénateur de Hudson. Il y avait sur scène Gérard Bakignas, avocat qui avait à l'époque accompagné des personnes poursuivies pour homosexualité. Et il y avait sur scène Jean-Lubitou, ancien journaliste de Libération qui avait fondé le magazine Guépier.

Et puis, il y avait surtout Michel Chomara. Michel Chomara qui est un lyonnais qui avait été, lui, poursuivi, arrêté dans le bar parisien qui s'appelle le Manhattan, condamné en première instance, en seconde instance et en cassation. Et à la fin des interventions des personnalités à la tribune, la parole a été donnée à la salle.

Et c'est là où nous avons entendu un certain nombre de témoignages de personnes qui avaient entre 70 et 80 ans, avec beaucoup d'émotions, avec des larmes dans les yeux pour certains, de la colère pour d'autres, rappeler justement qu'ils avaient été victimes de ces lois, qu'ils avaient été condamnés en application de ces lois et qu'ils avaient perdu parfois leur boulot, qu'ils avaient perdu leur logement et qu'ils avaient dû parfois s'exiler pour retrouver un anonymat pour pouvoir se reconstruire. C'était en 2002. 2020, je suis élu sénateur et en 2022, Ariane Chemin, journaliste au Monde, publie une série d'articles et commet un documentaire pour la 5.

Lorsque je vois ces articles de presse et lorsque je lis les témoignages d'un certain nombre d'acteurs et de Michel Chomara en particulier qui dit j'ai 74 ans et j'attends toujours. Et au même moment, on avait d'autres pays autour de nous qui votaient des lois similaires, l'Espagne, l'Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, le Canada. Et donc là, je me suis dit mais c'est l'occasion ou jamais, on ne va pas attendre que ces gens soient tous décédés pour voter cette loi. Et donc, inspiré de ce que nous avions fait au Sénat pour les harkis, j'ai pris la plume et j'ai rédigé cette proposition de loi. – Merci Mathias. – Merci. – À tout à l'heure. – À tout à l'heure.

– On va parler de plein de choses dans le club, on verra ça avec vous. On va chez vous, Hussène Bourgie, on va à Montpellier retrouver Olivier Biscay. Bonjour Olivier, merci beaucoup d'être avec nous. – Bonjour Yann. – Bonjour Hussène Bourgie. – Bonjour M. Biscay. – Directeur de la rédaction et directeur délégué du Midi Libre, Olivier. Olivier, vous allez revenir sur l'insécurité dans les zones rurales après ce qui s'est passé du côté de Crépaule dans la Drôme.

19:30
Hussein Bourgi

– Oui, Hussène Bourgie, après le drame de Crépaule et le meurtre de Thomas Seizan, une fois les récupérations politiciennes passées, une fois l'émotion passée, que fait-on ? J'imagine que ce fut un sujet évoqué pendant le Congrès des maires. Beaucoup de maires s'interrogent sur cette insécurité, cette ultra-violence dans les zones rurales d'ailleurs et dans les zones urbaines. Est-ce qu'il faut des effectifs ? Est-ce qu'il faut durcir les lois ? Est-ce qu'il faut une énième loi ? Hussène Bourgie ?

19:58
Invité

– Je ne pense pas qu'il faille une énième loi. Il faut des effectifs. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que nous payons des erreurs qui ont été faites il y a quelques années lorsqu'on a démantelé la police de proximité dans les territoires urbains et lorsqu'on a fermé les bureaux de gendarmerie dans les zones rurales. La première des réponses, c'est celle qui a été faite l'année dernière lorsque, à l'initiative du ministre de l'Intérieur, le Parlement a voté la création prochaine de 200 nouvelles brigades de gendarmerie. Vous le savez, dans les rôles, nous aurons la chance d'accueillir 3 nouvelles brigades.

Je considère que tous les territoires ruraux, ce sont à elles que s'adressent, les territoires ruraux, ce sont à eux que s'adressent ces brigades de gendarmerie, vont bénéficier de ces créations. Mais après, il ne suffit pas de créer une brigade s'il n'y a pas les effectifs. Donc, créer une brigade, c'est une première chose. et affecter les effectifs nécessaires pour permettre à certains d'entre eux de rester dans les brigades, mais permettre aussi à d'autres de patrouiller dans les communes, vous savez, il faut rétablir la peur du bleu.

Le gendarme et le policier n'est pas là uniquement pour faire peur, mais il est là aussi pour remplir cette mission dissuasive à l'égard de celles et ceux qui croient évoluer dans un climat d'impunité. Lorsqu'on ne voit pas des policiers, lorsqu'on ne voit pas des gendarmes, finalement, on se croit seul au monde et libre de faire tout ce qu'on veut et y compris attenter à la vie d'autrui. Donc, la montée de l'insécurité, ça fait des années et des années qu'on tire la sonnette d'alarme. Insécurité, incivilité, agression à l'égard des élus. Vous savez, dans les villes, grandes villes ou moyennes, vous avez parfois la police municipale.

Dans les communes rurales, le maire n'a pas de police municipale ou rarement de police municipale. Je parle des communes de quelques centaines d'habitants. Donc, finalement, c'est lui qui se retrouve à devoir contenir la colère de certains. C'est lui qui se voit obligé de faire la police lorsqu'à l'occasion d'une fête, comme c'était le cas à Crépole, il y a des gens mal intentionnés qui débarquent. Le temps d'appeler la gendarmerie et qu'elle envoie des effectifs, finalement, le mal est déjà fait. C'est la raison pour laquelle je considère qu'il nous faut donner les moyens, donner vraiment les moyens à la gendarmerie et à la police pour qu'elles puissent remplir leur mission.

partout, dans le monde urbain comme dans le monde rural. Pendant très longtemps, on considérait que ce phénomène de bande, les agressions violentes, était l'apanage uniquement des grandes villes. Aujourd'hui, on se rend compte que le deal de chite, de drogue, se passe aussi dans les territoires ruraux, dans les territoires périurbains. Aujourd'hui, on se rend compte que la violence, elle s'exprime partout. C'est un enjeu national et donc, il faut y affecter les moyens et les moyens humains. Olivier, toujours sur des questions d'insécurité, sur fonds de trafic de drogue, il y a une opération qui a été lancée en début de semaine dans le quartier de Pissevin à Nîmes.

22:42
Hussein Bourgi

Oui, Hussein Bourgie, on quitte l'Hérault pour le Gard quelques secondes. Vous comprenez qu'on arrive dans certains quartiers de la République à fermer des médiathèques, à réorienter des lignes de bus parce que les dealers ont pris le pouvoir dans des quartiers. Là aussi, il y a une impuissance chez les maires. Ils ne comprennent pas très très bien que ça puisse durer encore.

23:05
Invité

Vous savez, semaine après semaine, malheureusement, en réunion de groupe ici au Sénat, nous avons l'occasion d'entendre notre collègue Denis Boide, sénateur du Gard, mais aussi notre collègue Marie-Arlette Carlotti, sénatrice des Bouches-du-Rhône. Les règlements de compte, les assassinats, les balles perdues qui tuent des innocents, qui n'ont rien à faire et qui n'ont rien à voir avec le trafic de drogue, c'est quelque chose qui rythme malheureusement l'actualité judiciaire, mais qui rythme et qui accompagne nos réflexions et nos travaux ici.

C'est la raison pour laquelle ma collègue Marie-Arlette Carlotti a fait une proposition qui a été reprise par le groupe socialiste et le président du Sénat l'a retenue, c'est celle de créer une commission d'enquête sur l'impact du narcotrafic aujourd'hui en France. Nous avons besoin aujourd'hui en France de mieux sécuriser nos frontières, parce que cette drogue, elle vient d'ailleurs souvent, et toutes les régions frontalières, celles du sud comme la nôtre en Occitanie, frontalières avec l'Espagne, mais il y a d'autres régions frontalières dans le nord de la France. Ces frontières doivent être beaucoup mieux surveillées. Première chose, surveillance aux frontières.

Deuxième chose, surveillance sur le terrain et la surveillance pour le terrain, ça passe par des effectifs spécialisés, ça passe par des services spécialisés. La police judiciaire faisait très bien ce travail. Moi, je souhaite qu'il puisse y avoir un service spécialisé qui puisse travailler sur le temps long. On a besoin de gens qui prennent le temps pour identifier les filières en France, à l'étranger, les donneurs d'ordre. Pour les démanteler, il faut mener une guerre sans merci à tous ces réseaux. Merci. Qui brassent beaucoup d'argent. Qui brassent beaucoup d'argent et qui pourrissent la vie des gens. Merci Olivier Biscay.

La une du Midi Libre aujourd'hui, c'est la romancière Amélie Nothomb. Je pense que mon cas est grave. C'est ce qu'elle vous dit.

24:50
Hussein Bourgi

Invité du Midi Libre, en effet, hier.

24:51
Invité

Merci beaucoup Olivier. Merci d'avoir été avec nous. Merci Sainte D'Orger.

24:55
Hussein Bourgi

Merci à vous.

24:56
Invité

D'avoir été notre première invitée. Sous-titrage Société Radio-Canada