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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 6 avril 2016 11 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Pierre Richard

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:18OuverteRéponse directe

    Vous le prenez comme un honneur, une reconnaissance ?

  • 0:41OuverteRéponse directe

    Vous êtes beaucoup amusé ?

  • 1:30OuverteRéponse directe

    Ce qui nous intéresse d'abord chez vous, c'est ce que vous avez inventé dans vos trois premiers films

  • 3:07OuverteRéponse directe

    Les jeux télévisés et l'abrutissement des téléspectateurs

  • 3:59OuverteRéponse directe

    Mais on se demande si aujourd'hui, on pourrait traiter ça avec autant de légèreté que ce que vous faisiez à l'époque

  • 4:34OuverteRéponse directe

    « L'accueil des étrangers » que vous avez mis en scène il y a 40 ans dans « Je sais rien, mais je dirais tout »

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:22Invité politiqueFait
    « Oui, effectivement, je ne peux pas dire le contraire, je pense à ça comme une reconnaissance de tout le travail que j'ai fait pendant toute ma vie de cinéaste ou d'acteur. »
  • 0:33Invité politiqueFait
    « Ceci dit, quand je dis le mot travail, c'est indécent parce que je pourrais dire que j'ai né du plaisir, parce que c'était 40 ans de récréation. »
  • 2:27Invité politiqueFait
    « mais moi je me suis toujours attaché à dénoncer des choses qui me mettent en colère. »
  • 2:47Invité politiqueFait
    « c'est vrai que la pollution constante et journalière quotidienne de la publicité me mettait en colère »
  • 3:12Invité politiqueFait
    « on ne peut pas dire que ça relève le niveau, c'est particulièrement abétissant quand même »
  • 3:35Invité politiqueFait
    « La tentative d'abrutissement, on sait bien où ça mène, ça mène qu'on peut ensuite les manipuler comme on veut. »
  • 3:47Invité politiqueFait
    « On ne peut pas dire non plus que c'est une... la petite entreprise marche très bien. »
  • 6:37Invité politiqueFait
    « Et effectivement, le problème, il est autrement plus grave encore aujourd'hui qu'à l'époque où j'ai écrit ça. »
  • 6:41Invité politiqueFait
    « J'étais donc finalement un visionnaire. »
  • 7:13Invité politiqueFait
    « J'ai fait 8 ans de pension religieuse, c'est vous dire déjà que toute forme d'autorité m'est absolument insupportable. »
  • 7:47Invité politiqueFait
    « Mon grand-père était un industriel, mais je dois souligner que s'il était un industriel, il ne fabrique pas des canons ni des tanks. »
  • 9:55Invité politiqueFait
    « Oui, parce que dans ce film de Francis, je suis un chômeur, un journaliste chômeur. »
  • 10:12Invité politiqueFait
    « Et puis, il y a une phrase extraordinaire dont je me suis servi après, et dont je me sers encore parfois. »

Temps de parole

  • Invité politique49 %
  • Présentateur30 %
  • Auditeur12 %
  • Invité10 %

3,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonjour Pierre-Richard, le Distrait, le Grand Blond, les Malheurs d'Alfred, les Weber, les Idilles, les Yves-Robert, tous ces films qui ont donné du bonheur à des millions de Français et aussi un peu d'esprit critique sur notre société, on va y revenir. Tous vos films donc seront projetés à la Cinémathèque Française à partir d'aujourd'hui dans une vaste rétrospective. Vous le prenez comme un honneur, une reconnaissance ?

0:22
Invité politique

Oui, effectivement, je ne peux pas dire le contraire, je pense à ça comme une reconnaissance de tout le travail que j'ai fait pendant toute ma vie de cinéaste ou d'acteur. Ceci dit, quand je dis le mot travail, c'est indécent parce que je pourrais dire que j'ai né du plaisir, parce que c'était 40 ans de récréation.

0:41
Présentateur

Vous êtes beaucoup amusé ?

0:42
Invité politique

Je me suis énormément amusé, je vais décrire un scénario, on était toujours au moins deux, et c'est une partie de ping-pong qui est amusante pendant un an.

0:54
Présentateur

Ça a été Ruelan, Topor, Kaminka.

0:56
Invité politique

C'était Ruelan, Topor, Kaminka, on s'amuse à se surprendre, « Tiens, j'ai une idée cette nuit, ah oui, bon. » Ensuite, plus vient le tournage, tourner avec les acteurs comme Blier ou comme Carmé ou comme Depardieu, je ne peux pas vraiment dire que ce soit du travail. J'ai passé ma vie à énormément rire et si j'ai pu le communiquer au public, tant mieux.

1:18
Présentateur

On va essayer d'en restituer quelques fragments ce matin. On a tous en nous un morceau de Pierre Richard, un film, une scène, une musique qui ferait partie de notre imaginaire. Ce qui nous intéresse d'abord chez vous, c'est ce que vous avez inventé dans vos trois premiers films, « Le distrait », « Les malheurs d'Alfred », je ne sais rien mais je dirais tout. Trois films qui, tout en faisant rire, dénoncent la publicité, puis la télévision, puis les marchands d'armes et toute forme d'autorité en général. On peut dire une sorte de burlesque contestataire ou dénonciateur, Pierre Richard.

1:54
Invité politique

Oui, c'est un peu ça parce que, il y a mon personnage qu'on dit toujours poétique, c'est vrai, et on sait surtout à cette époque d'ailleurs, surtout à cette époque on s'est comme ça attaché à avoir en moi un joyeux Ludion, un cieux écarquillé et toujours surpris. C'est en ce sens que je n'étais pas d'accord avec ces jugements parce que ce qui m'intéressait au travers du burlesque, parce que c'était après, on le fait ou du burlesque ou on fait de la tragédie, du drame, mais moi je me suis toujours attaché à dénoncer des choses qui me mettent en colère.

J'ai besoin de ça tous les matins d'ailleurs, ça continue, c'est pour moi une bonne indignation du matin et je suis en pleine forme dans la journée. Oui, alors justement, parce que... Alors, Dieu sait qu'aujourd'hui on n'en manque pas, mais à l'époque en tout cas, c'est vrai que la pollution constante et journalière quotidienne de la publicité me mettait en colère, on ne peut pas rentrer dans sa boîte à lettres sans qu'elle soit pleine de... Là, les murs, même maintenant dans l'iPhone, dès qu'on ouvre on veut avoir un truc, il faut d'abord passer par une pub, ça m'énerve.

Alors, j'ai été après le deuxième film, c'était les jeux télévisés, on ne peut pas dire que ça relève le niveau, c'est particulièrement abétissant quand même.

3:17
Présentateur

Les jeux télévisés et l'abrutissement des téléspectateurs, on se souvient de... C'est Paul Prébois qui tient dans sa brouette un téléviseur et qui en vient à brûler sa ferme tellement il est fasciné par ce qu'il a sur son petit écran.

3:29
Invité politique

La tentative d'abrutissement, on sait bien où ça mène, ça mène qu'on peut ensuite les manipuler comme on veut. Et qu'ils votent comme on leur dit de voter, je ne sais pas. C'était ça l'enjeu du deuxième film, toujours avec Ruelan, mon partenaire d'écriture. Et puis le troisième, c'est les marchands d'armes. On ne peut pas dire non plus que c'est une... la petite entreprise marche très bien. Elle est même de plus en plus florissante.

3:54
Présentateur

Tout ça existe encore, Pierre Richard, la publicité, les marchands d'armes, la télévision commerciale. Mais on se demande si aujourd'hui, on pourrait traiter ça avec autant de légèreté que ce que vous faisiez à l'époque.

4:06
Invité politique

Peut-être parce que l'époque est différente, elle est plus lourde. Peut-être que j'ai pu la traiter parce que c'était avec légèreté. Peut-être que si j'avais voulu faire un film grave, je n'aurais pas eu de trouver de producteur. Où j'aurais peut-être eu des blocages, soit au niveau de la production, soit au niveau de la distribution. Le fait de faire du burlesque m'a permis d'aller jusque-là. Mais en même temps, justement, il y a une partie des gens qui n'ont vu que le burlesque n'est pas ce qu'il y avait derrière.

4:34
Présentateur

Alors un exemple de questions graves ou sensibles traitées avec légèreté, un exemple sonore et un exemple d'actualité. « L'accueil des étrangers » que vous avez mis en scène il y a 40 ans dans « Je sais rien, mais je dirais tout » avec Bernard Allaire en fonctionnaire Tatillon et Denis Vrignot, l'un des deux frères ennemis en immigré bulgare.

4:52
Auditeur

« Je, bulgare, France. » « Oui, bon, alors votre nom. » « Je, bulgare, France, bien. » « Oui, c'est ça, vous êtes bulgare, vous êtes mieux en France, c'est pas ça. Mais moi j'ai besoin de votre nom. Votre nom. Votre nom, le nom. » « La famille est restée bulgarienne, pas bien. » « J'espère qu'elle est restée là-bas, j'ai déjà assez avec vous. Alors donnez-moi votre nom maintenant. Le nom de famille. » « Non, non, non, famille, pas, non. » « Bon, alors maintenant, assez plaisanté, donnez-moi votre certificat d'immatriculation de travailleur étranger.

» « En plus, je veux une attestation d'arrivée en France, de formule D3, qui doit être validée par la préfecture et contre-signée par le commissariat de police. » « En plus de ça, je veux le récépissier de demande de permis de séjour de résident provisoire avec une quittance de loyer du dernier terme, pressé dans l'établissement dans un autre séjour. » « Si vous avez déménagé avant le mois qui suit, la deuxième quinzaine chez le même employeur. » « Mais je veux les fiches de paye, hein, et trois photos d'identité, le format 4-5, et un temps fiscal de 32 francs 50. » « Et votre dossier, bah, écoute, il suivra son cours comme il pourra.

» « Sauf si il y a interdiction du ministère de l'Intérieur. » « Alors là, sauf si il y a interdiction. » « Sophia, famille, restez. » « Non, chèvre, chèvre, il me rend chèvre, nom de Dieu. Je me fous de votre famille. C'est pas votre famille qui m'importe. » « Écoutez, monsieur, je m'excuse, mais soyez aimables, c'est un étranger. » « Oui, bah, écoutez, de quoi vous mêlez-vous ? Ça vous regarde, vous ? » « Oui, monsieur, ça me regarde parce que je suis français, monsieur. » « Et quand je vois ça, j'ai honte, monsieur. » « Eh bien, monsieur, moi, je vous retiens pas. Si vous voulez aller ailleurs, vous partez. » « Non, mais permettez, monsieur.

Mais je suis chez moi, ici, en France, et j'y reste. » « Bah, moi aussi, monsieur. Je reste en France, et je suis en France, je reste en France. »

6:15
Présentateur

« Moi, au moment de la crise des réfugiés, Pierre-Richard. »

6:18
Invité politique

« Non, à l'époque où j'ai écrit ça, c'était... » « Oui, mais là... » « Mais il était peut-être déjà en gestation, en latence, mais il n'était pas encore. » « Maintenant, effectivement, on est en plein dedans. Ce genre de conversation doit arriver tous les jours dans les bureaux, les fonctionnaires. » « Oui. » « Et effectivement, le problème, il est autrement plus grave encore aujourd'hui qu'à l'époque où j'ai écrit ça. » « J'étais donc finalement un visionnaire. » « Oui. » « Un visionnaire de mauvaises nouvelles. »

6:46
Présentateur

« Et ce qui frappe aussi en voyant ces films, c'est votre rébellion ou votre allergie à toute forme d'autorité, je le disais tout à l'heure. » « Alors, dans le troisième film, je ne sais rien, mais je dirais tout, il y a toutes les autorités, patronales, politiques, religieuses. » « Il y a un évêque qui fait partie de votre famille, c'est votre oncle, dans le film, qui est assez effrayant. » « C'est le produit de votre enfant, c'est le produit de 7 ans de pensionnat religieux. »

7:13
Invité politique

« J'ai fait 8 ans de pension religieuse, c'est vous dire déjà que toute forme d'autorité m'est absolument insupportable. Là, je n'ai pas encore fait de film sur les problèmes des prêtres religieux de dépension. » « C'est trop tard. Ça y est, je suis battu. J'ai été rattrapé largement. » « Vous auriez pu le faire ? Vous aviez de quoi témoigner ? » « J'avais 14 ans, à cette époque, je n'avais pas encore l'idée de faire des films. » « J'en ai pas été la victime. Mais je connais des copains qui ont... C'était un peu... Qu'est-ce que c'était la question ? »

7:45
Présentateur

« La question, c'était votre rapport à l'autorité. »

7:47
Invité politique

« Oui, c'est vrai que... Mon grand-père était un industriel, mais je dois souligner que s'il était un industriel, il ne fabrique pas des canons ni des tanks. »

7:57
Présentateur

« Mais de l'acier. »

7:58
Invité politique

« Mais de l'acier. Après, on ne sait pas ce qu'on fait avec l'acier. C'est autre chose. » « C'est pas... »

8:04
Présentateur

« C'était à Valenciennes. » « Un extrait sonore, encore peut-être, si vous le permettez, pour évoquer votre rapport, ce rapport à l'autorité, cet abus d'autorité. » « Alors là, ce n'est pas un film qui a été écrit par vous. C'était le premier film de Francis Weber. » « Le jouet, la crainte devant les puissants. » « Michel Aumont est le patron du grand magasin, où le fils du patron vous a repéré, vous, journaliste, et vous a choisi comme jouet. »

8:36
Invité

« Je peux vous voir un second. Georges Pousier dirige le magasin. » « Vous travaillez dans le journal du président Rambalcochet. » « Oui ? » « Oui, vous savez sans doute que ce magasin appartient aussi au président Rambalcochet. » « Et alors, c'est le fils de Rambalcochet. » « Oui, alors, je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête, mais... » « Il veut vous ramener chez lui. » « Mais alors, vous allez l'accompagner. » « Il est malade ou quoi ? » « Non, non, non, non, non. » « Nous risquons très gros. » « Dans cette affaire, M. Rambalcochet m'a demandé de faire plaisir à son fils. » « C'est un enfant très sensible. » « Moi, enfin, moi, je suis journaliste. » « Moi, directeur de magasin.

» « Je tiens à rester. » « On ne licencie pas des gens pour des motifs aussi absurdes. » « Ah, vous croyez vraiment ? » « Bah oui. Un gosse fait un caprice, on lui flanque une bonne fessée. » « On se retrouve sur la liste noire. » « Vous accepteriez une chose pareille, vous ? » « C'est pas moi qui veux, c'est vous. » « Bon, c'est ridicule, mais enfin, merci. » « Vous nous tirez une sale épine du pied, mon vieux. » « On va lui annoncer la bonne nouvelle. » « C'est arrangé, mon chéri. » « Le monsieur va venir avec toi. »

9:39
Auditeur

« Je veux qu'on me fasse un paquet. »

9:41
Présentateur

« Comment ? » « Un paquet. » « On a là des thèmes contemporains. » « La crainte du déclassement, du chômage, la peur face aux puissants. »

9:49
Invité politique

« Oui, parce que dans ce film de Francis, je suis un chômeur, un journaliste chômeur. » « Effectivement, je n'ai pas le choix. » « Et je me retrouve emballé dans une grosse caisse pour arriver chez un petit fils de milliardaire capricieux. » « C'est l'un de vos films préférés. » « Je crois que c'est peut-être même mon préféré. » « C'est pas le mien, mais enfin, c'est celui de Francis. » « Mais il est terriblement d'actualité, lui aussi. » « Et puis, il y a une phrase extraordinaire dont je me suis servi après, et dont je me sers encore parfois. » « À un moment donné, Michel Bouquet, merveilleux, dit à Jacques-François, merveilleux lui aussi, « Ça vous amuse, ces photos dans un journal ?

» « Oui, ça vous amuse de voir des déshabillés ? » « Oui, ben, enlevez vos pantalons. » « Et Jacques-François a tellement peur, je parle du personnage, tellement peur d'être envoyé lui aussi, parce qu'il a le renvoi facile, le père... » « Qui déboucle sa ceinture. » « Il déboucle lui-même, il retire son pantalon. » « Et Bouquet lui dit cette phrase terrifiante. » « Elle lui dit, maintenant dites-moi quel est le plus odieux de nous deux. » « Moi qui vous demande de retirer votre pantalon, vous qui acceptez de le faire. » « Dans la vie, j'ai retrouvé dix fois les occasions de repenser à ça. »

10:56
Présentateur

Pierre-Richard, rétrospective qui commence aujourd'hui à la Cinémathèque française. Vous nous avez dit que vous aviez des indignations matinales quasiment chaque jour. Pierre-Richard, on va regarder l'actualité et feuilleter les journaux avec Hélène Jouan dans un instant, puis vous nous direz peut-être après quelles sont vos indignations du moment. Il est 8h33. Il est 8h33.