Rave Party près de Bourges : «Un pays où on répond à des jeunes qui veulent faire la fête par six mois de prison, moi, ça ne me fait pas rêver.» juge Hadrien Clouet, député LFI
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et à 8h12, il est l'heure d'accueillir l'invité de cette matinale, Adrien Clouet, député de la France Insoumise de Haute-Garonne. Bonjour Adrien Clouet. Bonjour. Et bienvenue sur Europe 1 ce matin en direct. Alors la free party dans le chair est toujours en cours, entre 30 et 40 000 toffers sur un terrain militaire considéré comme extrêmement dangereux. Il y a eu quelques incidents déjà ces dernières heures, un obus a été retrouvé. Doit-on, Adrien Clouet, empêcher à tout prix ces rassemblements illégaux, je le rappelle ?
Non, écoutez, il y a plein de personnes dans ce pays, notamment des jeunes, qui demandent à chaque fois à la préfecture, aux autorités publiques, d'être accompagnées pour organiser ce type de fête. Et aujourd'hui, ce qui se passe, c'est qu'on les criminalise, on ne les aide pas. Et toutes ces personnes qui ont envie de bien faire, qui demandent où est-ce qu'on peut avoir un terrain pour se retrouver pendant deux jours, faire la fête. Et bien aujourd'hui, vous avez des macronistes qui vous disent qu'il faut leur mettre six mois de prison. Bon, franchement, un pays où on répond à des jeunes qui veulent faire la fête six mois de prison, moi ça ne me fait pas rêver.
Et quand ces jeunes vont dans l'Aude et piétinent parfois des vignes qui ont été touchées par les incendies dans le massif des Corbières, je crois que c'est votre région, ça, l'Occitanie, il y a rien plué, il faut leur donner un blanc-seing également à ces jeunes-là qui font ça ?
Ben non, mais il faut leur donner un terrain qui est approprié. Vous croyez vraiment que les gens vont danser dans les vignes parce que c'est plus pratique ? J'imagine que vous aussi, vous allez en soirée et vous dansez, je vous imagine très bien le faire. Vous voyez bien que vous n'allez pas le faire au milieu des vignes, vous allez le faire sur un terrain qui est plat et qui est adapté. Donc fournissons aux jeunes les terrains nécessaires plutôt que de les repousser toujours plus loin et les obliger à faire n'importe quoi.
La drogue, il circule abondamment dans ces rave parties, ces free parties. C'est une des conséquences de ces rassemblements, Adrien Chloé ?
Je ne sais pas si c'est une des conséquences, mais si jamais il y a des produits stupéfiants qui circulent, il faut se poser une question simple. C'est de savoir comment on fait quand on est dirigeant politique, quand on est journaliste, quand on estime que la consommation de drogue peut être un problème, comment on fait pour lutter contre ? Moi, je ne crois pas que la bonne manière, ce soit la prohibition. La preuve, la France est record de drogue à la consommation.
Vous considérez que c'est un problème ou pas la consommation de drogue dans ce type d'événement ?
Oui, je pense que tout produit qui crée une dépendance sur le long terme est à caractère problématique. Et donc, il faut se poser la question de savoir comment on évite aux gens de tomber dans des consommations qui sont addictives. Et comment on fait ? Moi, je pense que la meilleure des solutions, c'est d'abord de confier au ministère de la Santé la politique de lutte contre les drogues, et non pas au ministère de l'Intérieur, c'est une affaire de santé publique et non pas de police que celle des drogues.
Et la meilleure manière de le faire, et ce qu'on voit dans plein de pays, je pense au Portugal ou à d'autres pays en Europe, c'est de légaliser sous contrôle public la production et la distribution de certains produits stupéfiants.
Alors là, je passe à un autre sujet, Adrien Chloé. La dissolution de la jeune garde a été confirmée jeudi. Raphaël Arnaud se dit, je cite, fier de son bilan. Est-ce que vous êtes fier de son bilan, Adrien Chloé ?
Oui, je pense que dans beaucoup de villes de ce pays, vous avez soit des bars qui accueillent des personnes LGBT, soit des espaces de vie collectifs pour des travailleurs immigrés, qui ont été protégés pendant des années d'attaque de l'extrême droite, par la jeune garde notamment. Et donc, je pense que c'est une bonne chose.
Vous voyez, je vous donne du factuel, le Conseil d'État a motivé sa décision par la gravité extrême des atteintes portées à l'ordre public. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Conseil d'État. On est loin, en tout cas, du groupuscule pacifique que vous décrivez, Adrien Chloé.
Non, je décris un groupe qui, dans beaucoup d'endroits de ce pays, a défendu des personnes qui étaient agressées par l'extrême droite. Moi, c'est ça que je décris. Maintenant, j'aimerais bien que l'appareil d'État se soucie d'interdire ces mêmes groupuscules qui attaquent les bars LGBT, qui attaquent les personnes racisées. Nous, par exemple, à Toulouse, il y a encore deux mois, il y a eu trois bars qui ont été attaqués en pleine nuit par les groupuscules d'extrême droite. Ces groupuscules n'ont été ni investigués, ni dissous.
– Alors, j'aimerais qu'on passe, Adrien Chloé, au sujet des carburants, parce que c'est important et ça intéresse ceux qui nous écoutent. Je cite Sébastien Lecornu, « Le bon sens, c'est un plafonnement généreux du prix à la pompe ». Sébastien Lecornu qui met la pression sur Total et ses super profits. Total Énergie, pour rappel, plafonne actuellement le prix du litre de sans plomb à 1,99€, le prix du litre de diesel à 2,09€. C'est pas assez, ça, Adrien Chloé ?
– Non, c'était incendie avant la crise, donc déjà, les chiffres que vous donnez là, on voit bien que les gens, ils se font totalement étrangler. Puis alors, on a suivi que pendant le week-end, M. Lecornu s'est dit, « J'ai trouvé une solution, je vais brûler des cierres, j'ai espéré que Total baisse les prix ». Bon, c'est pas très sérieux, franchement. M. Lecornu, je lui rappelle, au cas où il est oublié, il est Premier ministre, parce que j'ai l'impression que ce week-end, il avait zappé l'information. Donc, il peut prendre des décrets, par exemple, et figurez-vous que le droit français autorise de prendre des décrets qui bloquent les prix pour des produits stratégiques.
On l'a fait durant la guerre du Golfe, 5 semaines de blocage du prix de l'essence à l'époque, en 1990, et on l'a fait pendant la crise de la Covid, sur le gel hydroalcoolique et les masques. Donc, on doit bloquer les prix, parce que Total continue à extraire tous les jours des super profits sur le dos des conducteurs et conductrices.
Adrien Clouet, le coût de pouce de 50 euros par mois pour les travailleurs modestes, grands rouleurs, c'est pas suffisant, cela ne trouve pas grâce à vos yeux. Ben non, c'est pas la bonne chose à faire, parce que qui va payer ces 50 euros ?
Qui va payer les 50 euros ? C'est vous, c'est moi, c'est les gens qui payent leurs impôts, c'est le budget de l'État. Vous vous rendez quand même compte qu'on est en train de maintenir les super profits et les dividendes des décrets de Total avec l'argent public. Ben non, s'il y a une contrainte à avoir pour mettre les prix, c'est Total qui doit payer.
On peut considérer que le plafonnement est une sorte de redistribution de la part de Total.
Ben c'est une redistribution à 20 centimes de plus, donc pas une redistribution, c'est juste, il nous carotte encore, mais il nous carotte un peu moins qu'il le pourrait. Super, moi ça m'enthousiasme pas beaucoup.
Alors on va aborder le 1er mai, Adrien Clouet, la France Insoumise a demandé la saisine de la justice contre Sébastien Lecornu. Ce n'est pas anodin, saisine pour tentative de faire échec à une loi. En fait, vous reprochez à Sébastien Lecornu d'avoir appelé ce boulanger iséroi en lui assurant qu'il ne serait pas verbalisé malgré le fait qu'il ait fait travailler ses salariés durant ce 1er mai. Qu'est-ce qui vous gêne, Adrien Clouet ? Ben le respect de la loi.
Vous vous rendez quand même compte que c'est intéressant, on a démarré cet entretien ensemble sur la question des free parties. Alors les Macronistes disent des jeunes font la fête en prison, et le même Premier ministre nous explique qu'il ne faut pas respecter la loi. Et surtout, il y a une loi qui est en vigueur, l'Assemblée l'a maintenue. Vous avez l'exécutif qui s'appuie sur la justice pour demander à ne pas appliquer la loi. On est dans une zone blanche quand même, Adrien Clouet. On est dans une zone très claire, le code du travail a des dispositions très claires, les salariés, sauf cas de force majeure, santé, police, etc. Les salariés ne travaillent pas le 1er mai.
Je dis ça parce que l'an prochain, tout cela pourrait changer et évoluer. S'ils y arrivent, parce que pour l'instant, en tout cas, ils voulaient le faire pour ce 1er mai. Et je rappelle à tout le monde qu'on a réussi à sauver ce 1er mai, chômé et férié. Et que je suis heureux que des millions de gens aient passé la journée en famille, en étant payés quand même.
Mais si dans un an, c'est sur la base du volontariat que les salariés travaillent le 1er mai, ça vous gêne également ?
Moi, je n'y crois pas. On a eu la même discussion sur le travail le dimanche. Au début, on nous disait, ça ne va être que des volontaires. Donc dans chaque boîte, il y en a eu deux ou trois qui étaient volontaires. Puis ensuite, le reste des collègues, on leur disait, mais si tu ne viens pas, ça va être compliqué pour ceux qui sont à côté. Et puis, franchement, tous les gens qui nous écoutent, qui sont salariés, quand leur employeur les convoque dans le bureau en leur disant, est-ce que tu peux te rendre disponible dans trois semaines ? J'ai besoin de toi. Comment vous voulez qu'ils disent non ?
Bon, la polémique master poulet, Adrien Chloé. Est-ce que vous êtes sensible au bien-être animal ?
Ah oui, bien sûr, tout à fait. D'ailleurs, je pense que la France est très en retard et qu'il faut, par exemple, interdire l'élevage en cage.
Très bien. Mais alors, par rapport à master poulet, parce que je crois savoir que les poulets qu'on mange à master poulet, ce n'est pas des poulets de Bresse élevés en plein air.
Bien sûr, mais du coup, le sujet, c'est quoi ? Est-ce que c'est les droits des animaux et on fait des lois ? C'est tout ? Non, mais bien sûr. C'est tout ça, vous avez raison. Voilà. Et si le sujet, c'est les droits des animaux, on fait des lois. Et on interdit certains types d'élevage qui me semblent, moi, absolument indignes, inacceptables.
Et Eric Coquerel, c'était insurgé il y a quelques années contre un élevage intensif de la marque Duc dans Lyon.
Mais donc le sujet, ce n'est pas master poulet, le sujet, c'est toute la restauration qui repose sur des animaux qui sont victimes de du lois.
Ce sont tous ces fast-food également qui vendent de la nourriture avec des animaux qui ont été élevés en batterie et pas forcément dans le bien-être.
Bien sûr, mais là, vous vous rendez compte que la mairie de M. Boimbran, sa solution, c'est de dire qu'on ferme un fast-food plutôt que de dire qu'on s'engage pour qu'il n'y ait plus des animaux dans ces conditions-là. Ça ne va rien changer. Si l'élevage intensif en cage persiste, vous avez beau fermer master poulet, le même poulet sera vendu ailleurs. Donc ce n'est absolument pas une solution. Et je veux redire aussi qu'il y a urgence, pour des raisons écologiques dans ce pays, de baisser la consommation de protéines animales. Donc il faut d'abord défendre les droits des animaux et interdire les formes d'exploitation qui sont ignobles et qui existent dans ce pays.
Et il faut aussi opérer une bifurcation dans l'agriculture nationale pour que la part de la protéine végétale soit encore plus importante dans notre consommation courante.
Merci beaucoup, Adrien Clouet, d'avoir été en direct ce matin sur Europe 1. Je rappelle que vous êtes député de la France Insoumise de Haute-Garonne. Il est 8h21.
Hadrien Clouet