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interviewC dans l'air· 15 février 2026 63 min

Soldats français au Groenland : que va faire Trump ? - C dans l’air - 16.01.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Comme les cuisse de poulet ... - A.Casse: Bonsoir.

Bienvenue dans "C dans l'air". Pour l'instant, ça ressemble à David contre Goliath. Une vingtaine de soldats européens sont mobilisés au Groenland, dont 15 chasseurs alpins français, sur un territoire militairement occupé par les Etats-Unis.

Est-on à l'aube d'une confrontation entre les Américains et les Européens au Groenland? Assiste-t-on à la fin de l'Otan? P.Haski, bonsoir.

Vous êtes chroniqueur international à France Inter et au "Nouvel Obs". On peut vous retrouver sur votre chaîne YouTube, où vous faites de longs entretiens sur l'actualité internationale tous les 15 jours. A.Bellanger, bonsoir.

Vous êtes éditorialiste à franceinfo TV, spécialiste des questions internationales. N.Bacharan, vous êtes historienne et politologue.

Je rappelle votre livre, "Requiem pour un monde libre". L.Kayali, vous êtes correspondante défense à Politico Europe.

Quel est l'état d'esprit de D.Trump? Il vient de réagir. - D.Trump: Je vais peut-être imposer des droits de douane sur les pays s'ils ne jouent pas le jeu sur le Groenland.

On a besoin du Groenland pour la sécurité nationale. - A.Casse: C'est guerrier. - P.Haski: C'est le signe qu'il ne renonce pas.

Il a rencontré il y a 48 heures les dirigeants danois. Ca s'est mal passé. Ca s'est terminé sur une impasse.

On aurait pu imaginer qu'il en tire la conclusion que ce n'est pas possible, qu'on ne peut pas forcer le Danemark, un pays allié, à faire ce qu'il n'a pas envie de faire. Non. Cette déclaration n'est pas guerrière, il n'envoie pas les Marines au Groenland, mais c'est une provocation vis-à-vis des Européens que de dire "si vous jouez pas le jeu, je vous mets X % de droits de douane en plus sur vos produits".

Je trouve ça insensé, cette déclaration. Elle ne me surprend pas de Trump, car il ne renonce pas quand il a une idée en tête, mais elle est le signe qu'on n'est pas dans l'apaisement, mais dans l'escalade, certes pas militaire. Je ne pense pas qu'il y aura une confrontation armée entre les Européens et les Américains, mais on est dans un bras de fer.

Les Américains ont les moyens de tordre les bras au Danemark pour le forcer à vendre le Groenland. C'est le signe qu'il continue. - A.Casse: On est dans un bras de fer qui se durcit. - N.Bacharan: Oui, parce que D.Trump ne renonce pas.

Lors de son entretien au "New York Times", il dit que c'est important pour lui d'être propriétaire du Groenland. Ca semble pour lui être un énorme deal immobilier où il négocie des terrains, des bâtiments...

Là, il veut le Groenland. Il y a pour lui une espèce de continuité géographique avec l'Alaska, le Canada et le Groenland ensuite. Pierre rappelait que la réunion d'hier s'est mal passée...

Avant-hier, d'ailleurs. Les Danois sont sortis en disant...

La porte-parole de la Maison-Blanche a dit qu'il y aurait des réunions pour régler les questions techniques sur l'acquisition. Ca veut dire que la question de l'achat est la seule toujours à l'ordre du jour pour D.Trump. - A.Casse: Je voudrais qu'on mette une image sur ce moment qu'on vit, pour voir à quel point c'est un tournant ou pas.

Il y a eu ce dessin dans "L'Opinion". D.Trump est en ours polaire.

Il tente de conquérir le Groenland. En face, le petit ours polaire innocent qui ne sait pas quel sera son sort, et au milieu, le coq français, qui transpire. C'est un bon résumé de la situation? - A.Bellanger: 15 soldats français, 13 allemands et 2 norvégiens, ce n'est pas ça qui va faire reculer D.Trump.

Ce n'est pas non plus le but. Il y en a un anglais, aussi. On ne se battra pas contre les Etats-Unis au Groenland, c'est clair.

Les Danois n'ont même pas le droit de le vendre. C'est ce qui est fascinant, dans cette histoire. Déjà, imposer des droits de douane à qui?

Aux Norvégiens, aux troupes que les gens ont envoyées là-bas? Ensuite, le Danemark ne possède pas la souveraineté sur le Groenland et ce depuis l'accord de 2008 de gouvernement par lui-même du Groenland. Le Groenland a le droit de déclarer sa propre indépendance sans passer par le Danemark.

Le Danemark ne peut pas vendre factuellement le Groenland. Deuxièmement, on ne peut pas acheter de terre au Groenland. La culture inuite interdit la possession de terre.

Même les gens qui y vivent ne possèdent pas de terre. L'idée qu'on puisse vendre la terre groenlandaise à une tierce partie est impossible juridiquement. Tout le monde est très embarrassé par cette affaire, y compris aux Etats-Unis.

On voit des sénateurs et des représentants américains défiler à Copenhague, s'excusant, passant leur temps à aller visiter un des plus anciens alliés américains dans le cadre de l'Alliance atlantique et de l'histoire des Etats-Unis en leur disant qu'ils sont désolés de cette affaire...

Il y a aussi une partie du personnel politique américain, républicains comme démocrates, qui donnent des signes non pas seulement d'agacement, mais de rébellion. - A.Casse: Je voulais aussi qu'on regarde ces soldats qui sont sur place.

On va vous montrer des images d'un exercice de l'an dernier au Groenland pour vous montrer comment les soldats évoluent sur ce type de terrain. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'ils font en ce moment, quelle est leur mission? - L.Kayali: On est au stade d'une mission de reconnaissance.

Il n'y a pas d'exercice militaire qui a commencé. Là, on va sur le terrain, on voit ce qui est possible en termes de logistique. C'est des conditions climatiques assez contraignantes. - A.Casse: Ils sont armés? - L.Kayali: Sans doute.

Il n'y a pas de détails. On est aussi dans du signalement stratégique, de l'ambiguïté stratégique. Le président a annoncé que des moyens terrestres, aériens et maritimes seraient envoyés pour soutenir les soldats sur place, mais sans dire de quoi il s'agit.

Des avions danois ont déjà atterri au Groenland hier. On est dans un stade de préparation. L'exercice n'a pas encore commencé.

Il est prévu prochainement. On ne sait pas encore exactement quand. On ne sait pas quelle forme ça prendra.

On ne sait pas si ce sera maritime ou terrestre. Ca reste à définir. - A.Casse: A quel point ce qu'on vit est inédit?

P.Haski, je vous cite: "Jamais des forces de l'Otan n'avaient été déployées pour dissuader d'autres forces de l'Otan." - P.Haski: Tout le monde est embarrassé.

Tout le monde n'arrive pas à comprendre cette logique, qui est celle d'un homme qui a cette obsession de mettre la main sur le Groenland. L'histoire des soldats est incroyable. Que la France, l'Allemagne, la Norvège envoient des soldats dans le seul but de signifier aux Etats-Unis, à la puissance qui contrôle l'Otan, que c'est un territoire européen et qu'on va le maintenir européen, c'est insensé.

On doit bien rigoler à Moscou et à Pékin en voyant l'Alliance atlantique se déchirer autour de cette affaire, à un moment où il y a quelques crises internationales d'une ampleur là aussi inédite. C'est quelque chose d'incroyable. Il y a aussi la question Du déploiement des militaires.

Il n'y aura jamais un affrontement entre des soldats français ou allemands avec des soldats américains. Si D.Trump décidait d'envoyer les Marines au Groenland, les soldats français ne leur tireraient pas dessus.

Ca paraît évident. On n'est pas dans ce cas de figure. - A.Casse: Dans l'autre sens aussi, c'est évident? - P.Haski: Je pense.

Tout le monde est conscient de ce qui se joue. On est dans des signaux politiques qui ont une portée interne à l'Europe. Un dirigeant français disait: "Imaginons que les Chinois veuillent mettre la main sur la Nouvelle-Calédonie.

Si le reste de l'Europe disait qu'elle s'en fout, on serait énervés, nous, Français, contre l'Europe." C'est ce qui se passe aujourd'hui. On montre aux Danois qu'on est avec eux et qu'il y a une solidarité européenne autour de ce dossier. - A.Casse: La France envoie 15 soldats, les Allemands, 13, les Suédois, 3, la Norvège, 2, la Finlande, 2...

Tout le monde rigole. Le Royaume-Uni, 1, l'Estonie, 1...

En face, il y a combien de soldats américains? C'est vraiment David contre Goliath? - N.Bacharan: En termes de nombres, non.

Les soldats américains avaient 16 bases à l'origine après le traité de 1951. Ils n'en ont conservé qu'une, mais ils pourraient réactiver les autres. Ils sont à peu près 200.

On peut aussi interpréter cet envoi de soldats européens comme une tentative d'infléchir l'ambition de D.Trump, De dire "on comprend la préoccupation sécuritaire, les questions posées par les ambitions chinoises et russes et on est disposés à participer à une sécurisation du Groenland à l'intérieur de l'Otan". Ce que pourraient espérer les Européens, c'est de dire à D.Trump qu'il a raison: "Il faut sécuriser le Groenland.

Faisons-le ensemble dans l'Otan." Simplement, on a affaire à un promoteur immobilier qui veut être propriétaire. - A.Bellanger: Les soldats européens tiennent tous dans un pub du côté de Nuuk.

Cela dit, ce qu'a dit D.Trump n'est pas stupide. Les Danois entretiennent 50 soldats, pas plus...

Et ce sont seulement des personnels militaires, des gens qui sont là pour coordonner d'autres soldats. Le Danemark n'a pas investi des centaines de millions d'euros pour garantir la sécurité du Groenland. A bon droit, d'ailleurs.

Si les Américains se sont retirés du Groenland, il n'y avait pas de raison que les Danois ne les remplacent pas pièce par pièce, ou en tout cas fassent mieux que les Américains. Ils entretiennent une petite troupe sur place. Ils dépensent essentiellement dans la justice, la police, la sécurité sociale gratuite et universelle, au Groenland comme au Danemark.

Ils payent des bourses pour les Groenlandais. Ils abondent le budget du Groenland, mais ils n'avaient pas forcément investi ce qu'il fallait en personnel de sécurité. Quand D.Trump dit que le Groenland n'est gardé que par des chiens de traîneaux, il n'a pas totalement tort...

Il y a effectivement une unité de chiens de traîneaux. - A.Casse: Un reportage lui sera consacré tout à l'heure.

On verra s'il s'agit uniquement de chiens de traîneaux. On va d'abord se demander s'il y a un risque réel de face-à-face entre les Européens et les Américains. - Des militaires aperçus dans les rues de la capitale du Groenland.

Depuis hier, les troupes européennes prennent leurs marques sur le territoire, aux côtés de l'armée danoise. Un exercice militaire conjoint et un signal envoyé aux Américains. - Une chose doit être claire pour tout le monde: le Groenland ne veut pas appartenir aux Etats-Unis.

Le Groenland ne veut pas être gouverné par les Etats-Unis. Le Groenland ne veut pas faire partie des Etats-Unis. Nous choisissons le Groenland tel que nous le connaissons, comme faisant partie de la communauté du royaume du Danemark. - L'Europe tente-t-elle une riposte face à l'appétit grandissant de D.Trump? - D.Trump: Je voudrais conclure un accord de la manière douce, mais sinon, nous le ferons de la manière forte. - Depuis jeudi, plusieurs pays participent à la mission Arctic Endurance sur invitation du Danemark.

Ce n'est pas la 1re fois que la France déploie des troupes au Groenland. Sur ces images diffusées par l'armée de terre en 2024, un commando prend part à des exercices en conditions extrêmes. Mais cette fois-ci, les soldats français seront appuyés par des moyens aériens et maritimes, et cette mission pourrait encore gagner en puissance. - Quand vous faites un exercice, vous pouvez aller jusqu'à plusieurs centaines.

Ca a été le cas l'année dernière. Il y a eu un exercice organisé à la demande du Danemark, Arctic Light, qui a réuni 500 militaires issus des pays de l'Otan. Quand on monte un exercice comme celui-là, on l'annonce pas au fil de l'eau.

Il y a d'abord des demandes danoises. Ensuite, on se coordonne. - S'agit-il d'un simple exercice militaire ou d'un message envoyé directement à D.Trump?

Hier, dans ses voeux aux forces armées, E.Macron se justifiait. - E.Macron: C'est le rôle que la France doit jouer, celui d'être disponible face à l'évaluation de la menace, de savoir s'adapter et d'être aux côtés d'un Etat souverain pour protéger son territoire. - Les pays européens tentent malgré tout de ne pas froisser le président américain.

Exemple avec l'Allemagne. - Les Etats-Unis n'ont pas renoncé à leur projet de revendiquer le Groenland et l'Allemagne envoie des soldats là-bas. Est-ce une coïncidence? - Oui, car lorsque nous avions planifié cela, nous ne savions pas que la discussion entre les Etats-Unis et le Danemark aurait lieu mercredi et comment elle se terminerait. - Le ministre de la Défense préfère cibler la Russie et la Chine. - L'Arctique est devenu un espace dans lequel la Russie et la Chine, avec sa marine en pleine expansion, jouent un rôle important. - Que peut faire l'Europe face à la puissance américaine?

L'armée des Etats-Unis est elle aussi présente sur l'île. Dans le nord-ouest se trouve une base spatiale où une centaine de soldats seraient en poste. - Je ne pense pas que le déploiement de troupes en Europe ait un impact sur la prise de décision du président.

Cela n'a aucun impact sur son objectif d'acquérir le Groenland. - Alors que rien ne semble freiner le président, une délégation du Congrès américain s'est rendue aujourd'hui à Copenhague pour affirmer sa solidarité avec le Danemark et l'Otan, tandis qu'aux Etats-Unis, seulement 17 % des Américains approuvent le projet d'annexion de D.Trump. - A.Casse: Question. - N.Bacharan: Ils ne feront rien. - A.Bellanger: Rien, mais ce serait une catastrophe.

Au bout du bout des négociations qui auront lieu avec le Danemark...

Des négociations que D.Trump aime bien, car ce sont des négociations bilatérales avant d'être des négociations avec l'ensemble des pays européens. C'est aussi pour cette raison que les pays ont envoyé des soldats au Groenland, pour montrer que le Danemark n'est pas seul face à D.Trump. - A.Casse: Vous êtes d'accord pour dire qu'il n'y aura pas de confrontation? - L.Kayali: C'est ce qu'on essaye d'éviter.

C'est l'objectif de cette opération. - A.Casse: Mais tout est possible. - L.Kayali: Avec D.Trump, oui.

A partir du moment où il kidnappe des chefs d'Etat de pays à côté, tout est possible. Tous les pays européens n'assument pas aussi ouvertement que c'est une mission de "dissuasion" contre les Américains. Les Allemands prétendent que c'est une coïncidence.

Les Canadiens sont un peu sur la même ligne, en disant que ce n'est pas forcément lié à ce qui se passe. Les Norvégiens et les Britanniques insistent sur le fait que ça doit déboucher sur une mission otanienne. C'est très français de dire ouvertement qu'on est là pour défier le président américain. - A.Casse: Pourquoi les autres n'assument-ils pas? - L.Kayali: Pour mille raisons, notamment le fait qu'ils sont très dépendants des Américains pour leur défense, parce qu'il y a une vraie dépendance américaine.

Les pays de l'Est ont vraiment besoin des Américains, notamment vis-à-vis de la Russie. Les Polonais ont annoncé qu'ils ne participeraient pas. Les Polonais ne peuvent pas se permettre de se mettre les Américains à dos.

Le but de beaucoup de pays est de transformer tout ça en mission otanienne, qui s'appellerait "sentinelle arctique", sur le modèle de "sentinelle baltique", pour montrer aux Américains que les Européens prennent au sérieux la sécurité du Groenland. - A.Casse: Y a-t-il de la peur d'énerver D.Trump?

S'il s'agaçait tout à coup de cette présence militaire, que pourrait-il faire? - P.Haski: On est au-delà de l'agacement.

Souvenez-vous ce qu'a dit la Première ministre du Danemark: "Une action de force pour prendre le Groenland serait la fin de l'Otan." C'est quelque chose d'historique. L'Otan a été créé en 1949.

C'est l'architecture de défense de l'ensemble des pays européens. Comme l'a dit Laura, les pays d'Europe centrale et orientale, qui font face à la Russie, ne sont pas prêts aujourd'hui à renoncer à l'Otan. C'est leur bouclier.

Penser que la crise qui se déroule aujourd'hui au Groenland pourrait entraîner l'éclatement de l'Otan...

Aucun pays de l'Otan ne peut accepter que les Etats-Unis utilisent la force contre un des leurs. On se retrouve dans un scénario...

Au temps de la guerre froide, il y avait l'Otan d'un côté et le pacte de Varsovie de l'autre. Le pacte de Varsovie, c'était les soviétiques. Ils ont envoyé des chars à Prague parce que les Tchèques voulaient réformer le communisme, à Budapest quand il y a eu une révolte, à Berlin...

C'était la pratique du camp soviétique d'utiliser la force contre ses propres membres. C'est la menace qui existe aujourd'hui. Le résultat serait le même qu'avec le pacte de Varsovie: à terme, un éclatement de cette alliance.

C'est un cauchemar pour un certain nombre d'Européens. Nous, Français, on a une position spécifique. On a la défense nucléaire.

On a ce sentiment que nous a mis le général de Gaulle dans la tête qu'on est autonomes, qu'on est capables d'assurer notre propre défense parce qu'on a des sous-marins nucléaires, des têtes nucléaires qu'on peut envoyer sur Moscou si nécessaire, pas sur Washington. Les autres pays européens ne sont pas dans cette situation. Si vous êtes allemand, portugais ou estonien, votre défense ultime est américaine.

Elle est dans la main du président des Etats-Unis, pas dans celle de votre propre dirigeant. - A.Casse: On vit sans doute un moment de bascule, peut-être la fin de l'Otan.

En tout cas, c'est la crainte des Européens. Ca provoquerait quoi? On a du mal à se représenter à quel point le monde changerait. - N.Bacharan: En vous écoutant tous, je pense qu'il n'y aura pas de fin de l'Otan, parce que si Trump ne veut vraiment pas changer de projet, l'Otan cédera.

Il y a toutes sortes d'options possibles pour D.Trump. La sécurité du Groenland, c'est une vraie question.

La Russie et la Chine ne sont pas des puissances amies. Elles se rapprochent. On a vu dans le passé, dans les années 1980 et 1990, les Etats-Unis conclure des accords d'association libre avec de petites nations dans le Pacifique, comme la Micronésie, les îles Marshall...

Ce sont des îles qui restent souveraines, mais elles confient la défense et la sécurité aux Etats-Unis. Ce serait une possibilité. Une association libre du Groenland avec le Danemark ou les pays de l'Otan, et dont l'Amérique assurerait la sécurité...

Mais il y a la question de la propriété du territoire, que D.Trump veut transmettre aux Etats-Unis, et celle des ressources, ces fameux minerais et terres rares. Il y a un grand mouvement de captation à travers la planète pour mettre la main sur ces terres rares.

Il n'est pas le seul. Ca voudrait aussi dire exclure l'Europe de ces terres rares et de ces ressources au Groenland. A mon sens, et je peux me tromper, ce serait même mieux.

Si D.Trump veut vraiment acheter, l'Otan finira par céder. - A.Casse: Je me permets une petite incursion européenne.

S'il y a confrontation, que peuvent faire les Européens? Quel est leur arsenal? Il y a cet article 42-7 qu'on va tous connaître: la clause d'assistance mutuelle du traité de l'UE. - L.Kayali: Dans l'UE, il n'y a pas les Américains.

Cet article a été invoqué une fois par la France après les attentats en 2015. C'est une clause d'assistance mutuelle ou un pays de l'UE peut dire aux autres qu'il a besoin d'eux. Quand elle a été invoquée par la France, c'était au moment des attentats.

Ca a permis que la France redéploie des troupes d'Afrique en France. Elles ont été remplacées par des troupes allemandes. Le problème de cette clause, c'est qu'elle doit être adoptée à l'unanimité.

Est-ce que les Polonais, les Hongrois, les Italiens accepteraient de l'approuver si les Danois l'invoquaient? C'est une question à laquelle on n'a pas de réponse. - A.Bellanger: Il y a une chose très importante que Pierre a plus ou moins souligné.

L'Europe de l'Est et orientale...

Leur problème, c'est la Russie et une guerre véritable qui fait des centaines de milliers de morts à leurs frontières. Là, ils ont besoin de l'Otan, d'une forme de solidarité européenne, otanienne, qui les protège dans cette affaire sérieuse. Une partie d'entre eux considèrent qu'il n'y a pas de raison que l'Otan se fracasse sur un territoire, le Groenland, qui appartient modérément au Danemark.

Il faudrait quand même parler un tout petit peu du loup dans la bergerie. C'est un territoire colonisé par le Danemark. On est en période postcoloniale, en Europe.

L'une des questions que soulève D.Trump, c'est de savoir s'il y a une raison justifiable pour qu'un pays comme le Danemark, 50 fois plus petit que sa colonie, continue à avoir un droit de veto, un droit de propriété sur un territoire qu'il a colonisé il y a 300 ans, et ce n'est pas totalement stupide. - P.Haski: Ce serait entendable si D.Trump disait de donner l'indépendance au Groenland.

Mais il veut remplacer un colonisateur par un autre, lui-même. Là, c'est totalement inacceptable. Il a même eu un argument assez drôle.

Il a dit que ce n'est pas parce que les Danois étaient arrivés par bateau il y a 5 siècles que c'était forcément à eux. Ca s'applique également aux Etats-Unis. Les Indiens pourraient prendre cette phrase et dire: "Merci, vous pouvez rentrer chez vous." - A.Casse: C'est justement l'objet d'une question. - P.Haski: Ils sont 50 000, au maximum.

Ce n'est pas un peuple combattant. C'est des gens qui ont un mode de vie qu'ils veulent protéger, qui ont beaucoup de valeurs. Le mot "rébellion" a une portée...

On pourrait penser à une insurrection armée, comme on a connu au Vietnam... - A.Casse: Le dirigeant du Groenland s'est exprimé.

Il a dit qu'il préférait être danois qu'américain. - P.Haski: Les Groenlandais ne veulent pas devenir américains, mais de là à imaginer que les 50 000 Groenlandais seraient en mesure de s'opposer à la puissance américaine si elle voulait s'imposer au Groenland, on en est loin. - A.Casse: On dit que D.Trump est tout-puissant.

Qui peut l'arrêter? Quand on regarde l'opinion américaine, seulement 4 % des Américains soutiendraient une intervention militaire. - N.Bacharan: Il s'agit quand même d'une action extérieure de la politique étrangère dans ce qu'elle a de plus intrinsèque et qui concerne le Congrès.

Quelques voix se sont exprimées. Je ne parle pas du côté démocrate. Ils sont inexistants.

Ils n'ont pas la majorité. D.Trump ne les voit même pas.

Les républicains un peu traditionnels sont quand même très choqués. Un vieux de la vieille, M.McConnell, qui n'est d'habitude pas tendre avec l'Europe, dit qu'on ne peut pas fracasser l'alliance avec les Européens.

Au Congrès, il y aura des freins. - L.Kayali: Les Européens comptent sur le Congrès pour freiner D.Trump.

Le Premier ministre polonais l'a dit ouvertement. Les diplomates danois font la tournée des parlementaires américains. C'est aussi une des stratégies des Européens.

Ils ont compris que raisonner D.Trump était illusoire. Ils estiment que passer par le Congrès peut être une façon d'infléchir sa politique. - A.Casse: C'est la stratégie danoise: gagner du temps pour que D.Trump se fatigue tout seul. - A.Bellanger: Et ça marche très bien.

Il y a une semaine, le Sénat, qui est contrôlé par les républicains, a quasi fait passer une résolution qui interdisait à D.Trump d'aller plus loin en matière de politique étrangère s'il devait continuer à bombarder le Venezuela. A priori, rien à voir, mais il s'est trouvé plus de 50 sénateurs, démocrates plus républicains, pour faire passer cette résolution, qui n'est finalement pas passée, parce qu'on ne va pas humilier le président des Etats-Unis.

C'est un avertissement. Ca veut dire qu'au Congrès, en tout cas au Sénat comme à la Chambre des représentants, c'est en train de bouger et qu'un certain nombre de républicains risquent de faire basculer la majorité en faveur d'une non-intervention des Etats-Unis dans cette affaire, dans ce guêpier, dans ce trou à rats qu'est l'affaire du Groenland. - A.Casse: Il se passe beaucoup de choses en même temps.

J'aimerais qu'on revienne sur la réunion à la Maison-Blanche entre les ministres des Affaires étrangères danois et groenlandais, et J.D.Vance.

Un diplomate danois est sorti de cette réunion en disant que J.D.Vance les détestait. - P.Haski: On l'a vu avec J.D.Vance en février de l'an dernier, avec son discours de Munich où il a fait la leçon aux Européens.

On l'a encore vu il y a quelques semaines, avec ce document sur la sécurité nationale américaine. Tout était dedans. C'était un mépris pour l'Europe, qui est en train de commettre un suicide civilisationnel, un effacement civilisationnel.

Il y a un mépris total pour les Européens. Il faut replacer cette affaire dans le cadre plus grand de la bascule du monde. On est dans un retour d'empire.

Trump a dit dans le "New York Times" que le droit international n'était pas son affaire et que sa limite était sa moralité. On la cherche encore. On est face à un président qui se pense tout-puissant.

Il l'a montré au Venezuela. Il est tout-puissant, mais il s'est affranchi du droit. Est-ce que le monde va accepter que les Etats-Unis s'affranchissent du droit? - A.Casse: Le secrétaire général de l'Otan, c'est silence radio.

E.Macron a parlé du retour d'un nouveau colonialisme. A aucun moment il n'a parlé de D.Trump.

On voit que les Européens sont encore en train d'hésiter, embarrassés de la réponse à apporter. - P.Haski: Les Européens sont passés par plusieurs phases depuis que D.Trump est revenu à la Maison-Blanche.

Ils ont d'abord cru qu'en le cajolant, ils pouvaient passer entre les gouttes. C'était la stratégie lors de son 1er mandat. Là, on a affaire à une situation plus dure, dans les relations.

Ca ne suffit pas de dire qu'il est le dieu des Carpates, car derrière, il y a encore des obstacles. Les Européens sont pris entre plusieurs feux. Il y a la nécessité de garder les Américains du côté de la défense de l'Ukraine.

Il y a une semaine seulement, à Paris, S.Witkoff et J.Kushner, le gendre du président, étaient là pour la réunion de la coalition des volontaires pour les garanties de sécurité qui accompagneront un éventuel cessez-le-feu en Ukraine.

On a besoin des Américains sur ce coup-là, sur le dossier ukrainien, mais on veut s'opposer à eux de l'autre côté. On essaie de ne pas le faire frontalement, de ne pas prendre les Américains de front. La déclaration du ministre allemand qu'on a vue, elle est très drôle.

Il est évident que ce n'est pas une coïncidence, cet envoi de soldats, mais les pays européens ne veulent pas encore assumer une relation en confrontation avec les Etats-Unis. - A.Casse: On marche sur des oeufs. - A.Bellanger: Oui, et parce qu'il y a une dimension christique dans la façon dont D.Trump envisage sa relation au monde.

C'est un homme de 80 ans. - A.Casse: En juin prochain. - A.Bellanger: Il voit son dernier mandat approcher.

Il veut laisser une trace. Il se situe dans la lignée des présidents américains qui ont ajouté des kilomètres carrés au territoire des Etats-Unis. Il veut laisser sa marque, une salle de bal à la Maison-Blanche, un Arc de Triomphe à Washington, et le Groenland, 2 millions de kilomètres carrés, pour marquer la grandeur de sa présidence. - A.Casse: A quel point ça peut aller vite?

On peut se réveiller demain matin et voir que le Groenland est annexé? - L.Kayali: J'espère que non.

Peut-être pas demain matin. Le problème des Européens, c'est que D.Trump ne respecte que la force.

On l'a vu dans la guerre commerciale contre la Chine. La Chine s'en tire plutôt bien, alors que les Européens, qui ont une stratégie d'apaisement, se sont fait rouler dessus. Les Européens ont besoin des Etats-Unis.

Ils ont du mal à leur tenir tête de manière frontale. La confrontation frontale est la seule façon d'être respectés des Américains. C'est aussi ça que les Européens essaient de faire en allant au Groenland.

Ils essaient de montrer qu'ils peuvent se déployer rapidement. On va voir ce que ça donne. - A.Casse: Le Groenland est-il défendu seulement par des chiens de traîneaux?

Il existe la patrouille Sirius, qui évolue notamment en chiens de traîneau, mais pas seulement. Ils surveillent la moindre incursion sur le territoire. Qu'en est-il précisément de la menace russe et chinoise brandie par D.Trump comme argument?

Est-elle réelle? - Une drôle d'expédition en plein milieu de la banquise, en avril 2024. Des véhicules tout terrain cherchent à pénétrer sur le territoire groenlandais. - Ils étaient en train d'entrer illégalement au Groenland.

La plupart de ses membres étaient russes. On ne peut pas laisser une telle expédition entrer dans le pays. - La scène racontée dans ce documentaire est digne d'un film.

L'armée danoise localise les véhicules et, à la frontière, l'équipage voit arriver face à lui un homme en tenue militaire. ... - Qui se cache derrière cette expédition?

Un milliardaire russe dont on ne connaît pas vraiment les intentions. Walid Berrissoul a récemment réalisé ce documentaire et connaît bien cette histoire. - Ca a été l'occasion, pour la défense groenlandaise, la police et l'armée, de prouver leurs capacités d'interception de toute intrusion.

Le Groenland n'est pas cette espèce de Far West dans lequel on peut aller et venir, et y faire ce qu'on veut. - Où sont vraiment les Russes dans la région? Pas si loin, à moins de 2000 km, auprès de la Norvège.

C'est ici, à Mourmansk, le port militaire du Kremlin, qu'est basée la puissante flotte Nord de la Russie et, depuis quelques années, la flotte russe se modernise. 16 sous-marins à propulsion nucléaire, missiles, une nouvelle frégate et un sous-marin polyvalent...

Objectif de Moscou: réussir à prendre le contrôle de 2 passages stratégiques dans l'Arctique. - Le commerce, les biens manufacturés qui partent de Chine, au lieu de passer par le canal de Suez et la Méditerranée, ça passe par les côtes russes. Si c'est les brise-glaces russes qui sécurisent l'acheminement des marchandises, la Russie en tirerait un bénéfice.

Ca lui permettrait d'avoir une forme d'exclusivité sur cette voie maritime. - Mais la Russie n'est pas la seule à convoiter les routes maritimes de l'Arctique. La Chine annonce en 2018 son projet de route de la soie polaire. - Dans le contexte de la mondialisation économique, l'Arctique est un élément indispensable de l'économie mondiale.

Nous pensons que l'initiative offrira d'énormes possibilités en matière de connectivité et de développement durable dans l'Arctique et favorisera fortement l'économie Arctique. - Le projet n'en est qu'à ses débuts. Peu de navires ont, pour l'instant, réalisé le trajet et approché le Groenland.

Pékin s'intéresse aussi aux ressources minières de l'île, 8e réserve de terres rares au monde. - Ils ont le monopole sur l'exploitation et la transformation des terres rares au niveau mondial. Ils n'ont pas spécifiquement besoin d'être au Groenland, mais ils sont là au cas où, à long terme.

Je pense qu'ils cherchent à s'assurer que le Groenland ne devienne pas, demain ou après-demain, un potentiel concurrent qui viendrait leur contester cette domination absolue sur les terres rares. - Un acteur marginal pour l'instant, qui se heurte sur place à des résistances. Projet de mine d'uranium contrarié, achat d'une base navale abandonné, construction d'un aéroport finalement refusé sous pression de Washington. - Les Groenlandais ne voyaient pas le problème.

Ils sont très pragmatiques. Ils cherchent le meilleur résultat pour eux mais n'ont pas envie d'être colonisés une 2e ou une 3e fois. Tout est une question d'intention. - La Russie et la Chine, menace réelle ou fantasmée pour le Groenland?

D.Trump est bien décidé à les garder à bonne distance. - A.Casse: Qu'est-ce qui vous marque, P.Haski, dans ce documentaire?

Il y a notamment cette confrontation entre la force Sirius et les Russes. - P.Haski: L'enjeu stratégique est clair.

Il y a eu cette polémique pour savoir s'il y avait vraiment une menace russe et chinoise sur le Groenland. Il y a une double réponse. Il n'y a pas une menace immédiate, avec des troupes russes et chinoises à fondre sur le Groenland.

Il y a la fonte des glaces, une nouvelle route commerciale...

C'est ce que mettent en avant les stratèges européens, qui commencent à avoir une stratégie arctique. S'il y a une guerre nucléaire demain, les missiles passeront par où? Par le pôle.

C'est pour ça que la base militaire américaine au Groenland, c'est une station d'écoute spatiale. - A.Casse: A Pituffik. - P.Haski: Elle est là pour surveiller l'espace, pas pour contrôler les frontières du Groenland.

Cet enjeu est réel. C'est une évidence. Mais l'Otan a été créée pour défendre l'Atlantique Nord.

C'est dans le nom de l'organisation. Il n'y a aucune raison de changer la propriété du territoire pour assurer la défense de cette zone. Trump veut laisser sa marque comme l'homme qui aura repris l'expansion territoriale.

La clé est là, plus que les terres rares et les Russes et les Chinois. Souvenez-vous du discours d'investiture de D.Trump, il y a bientôt un an.

De qui il a parlé? Quel était son modèle? William McKinley, président à la fin du XIXe siècle, qu'on surnommait à l'époque "le président impérialiste".

Il a chassé l'Espagne de Cuba et des Philippines. Il a été le président de l'expansion territoriale. C'est lui que Trump admire.

Il a été président des droits de douane, ce qui est drôle dans le cas de D.Trump. D.Trump veut rester dans l'histoire comme l'homme qui aura agrandi le territoire une nouvelle fois. - A.Casse: Peut-être qu'il l'appellera "Trumpland".

L'héritier de l'empire Estée Lauder s'est exprimé. Il y a l'idée d'investir au Groenland. On a l'impression que le plan existe déjà. - N.Bacharan: Le Groenland, tel qu'il est aujourd'hui, est un immense territoire glacé, où la vie est extrêmement dure.

L'exploration sous toutes ses formes y est extrêmement difficile. Mais vous avez aux Etats-Unis des investisseurs avec des moyens énormes qui regardent les opportunités d'investissement de différentes manières. Il y a tout le Far West de l'IA, si j'ose dire, avec une possibilité de revenus énorme.

Il y a aussi des idées de cité futuriste, d'un avenir autre pour le Groenland. C'est vrai qu'avec ce genre de projets, il ne faut pas que les Russes et les Chinois soient trop proches. Il y a la question qu'évoquait Pierre, celle de la circulation dans l'Arctique avec la fonte des glaces.

C'est une circulation qui resterait, de toute manière, très difficile. Les fonds ne sont pas profonds. Ils sont très accidentés.

Que voit-on? Des sous-marins chinois qui tournent et qui font des cartes, qui espionnent tout ce qu'ils peuvent comme data au passage. Ils font la carte des fonds.

Ce n'est pas pour rien. Tout ça, c'est du long terme pour les Russes, les Chinois, les Américains, et ça devrait l'être pour les Européens. Il faut se placer dans les perspectives à long terme avec une planète qui se réchauffe, un enjeu sur les terres rares qui sont indispensables pour le développement des nouvelles technologies et l'Europe qui, autant que possible, ne devrait pas rester à l'écart. - A.Casse: Regardez les images de la Maison-Blanche il y a quelques heures...

D.Trump a reçu une opposante vénézuélienne, qui lui a remis son prix Nobel de la paix. L'image est étonnante.

Il considère que ce prix Nobel de la paix, c'est le sien. Le comité Nobel a dû réagir. Elle lui remet la médaille en espérant un soutien.

C'est une sorte de marchandage politique. Elle espère incarner le pouvoir au Venezuela, mais il n'y a aucun risque. Il y a le paradoxe à vouloir prendre le Groenland, mais en même temps, à vouloir le prix Nobel de la paix. - A.Bellanger: On a tout remonté.

Ca n'a rien d'original. - A.Casse: C'est de l'IA? - A.Bellanger: Non, mais elle a fait fabriquer un cadre avec écrit le nom de D.Trump.

Elle a fait entourer ça d'or sur fond noir pour que ça se voie bien, pour le rendre heureux. Quand on veut le convaincre d'acquérir le Groenland, on a intérêt à lui présenter des plans immobiliers, dont une ville futuriste. Ce qui est vrai, par contre, c'est que les Etats-Unis ont une difficulté qu'on a vue, notamment sur cette affaire du Venezuela, avec des investissements possibles...

Ils n'ont pas de compagnie nationale capable de répondre aux ordres politiques avant d'être des ordres d'investissement. Lors de la réunion qu'il a tenue pour dire aux pétroliers américains: "Je vous offre le Venezuela. Investissez 100 milliards s'il le faut." ExxonMobil lui a dit: "C'est hors de question.

On s'est déjà fait virer 3 fois." Investir au Groenland, quand vous n'avez pas d'entreprise nationale, les moyens industriels, nationaux, aux ordres pour le faire, il faut compter sur les entreprises privées qui, probablement, n'iront pas. Il n'y a qu'une mine en exploitation dans cette fabuleuse terre qu'est le Groenland, sur laquelle il y a tellement de terres rares. - A.Casse: Une seule mine autorisée.

La population s'est mobilisée pour empêcher l'exploitation d'autres gisements. - A.Bellanger: Figurez-vous que c'est une démocratie. - A.Casse: Qui se frotte les mains?

Est-ce V.Poutine? Quelles conséquences y a-t-il sur la guerre en Ukraine?

D.Trump accuse désormais V.Zelensky de bloquer les négociations avant leur rencontre la semaine prochaine à Davos. - C'est une actualité à la une des télévisions russes: les négociations entre les Etats-Unis et le Danemark autour du Groenland, largement commentées et même moquées. - Des images montrent la délégation groenlandaise, visiblement nerveuse, en train de fumer après la réunion à la Maison-Blanche.

Internet s'est enflammé. - Au Danemark, le désespoir est palpable. Le ministre des Affaires étrangères danois affiche un visage déconfit.

Il peine à trouver ses mots après des négociations humiliantes. - Des divisions au sein de l'Otan scrutées et toute activité de la Russie autour du territoire Groenland est niée en bloc par le Kremlin. - Il est inacceptable de faire référence à certaines activités de la Russie et de la Chine autour du Groenland comme raison de l'escalade actuelle.

Avant d'accuser les autres, les bureaucrates de l'Otan et de l'UE devraient d'abord reconnaître leurs propres responsabilités dans l'érosion profonde et rapide de la sécurité mondiale et du cadre juridique mondial. - Les yeux du monde, notamment ceux de D.Trump, rivés sur le Groenland.

Serait-ce une aubaine pour V.Poutine? Ce qui est sûr, c'est que les préoccupations du président américain ont bien changé.

Il y a 3 semaines, il promettait un cessez-le-feu rapide. - D.Trump: Il y a encore 1 ou 2 sujets très épineux, mais nous nous en sortons très bien.

Nous avons fait beaucoup de progrès. - Mais la guerre se poursuit. Les Russes intensifient même leurs bombardements sur l'Ukraine.

Cette semaine, l'armée russe a frappé massivement les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Dans la nuit de mardi, 25 missiles et 293 drones ont notamment attaqué les villes de Kiev, Zaporijia et Kharkiv. - J'ai retrouvé mon employé enseveli sous les décombres.

Un autre se trouvait sous les gravats. J'ai prévenu mon supérieur qu'ils se trouvaient là. Un autre employé indiquait qu'à côté de lui se trouvait une personne morte. - Après ces attaques, des centaines de milliers de foyers ont été privés d'électricité, alors que les températures sont glaciales, jusqu'à -15 degrés.

Une offensive inédite, selon les autorités locales. - Nous avons constaté que l'intensité et le nombre de moyens actuellement utilisés par les frappes contre les infrastructures énergétiques de la ville et de la région sont sans précédent par rapport aux mois et aux années précédents. - Ces offensives contribuent à pressuriser le président ukrainien.

Le Kremlin le met en garde. *-La situation se dégrade jour après jour pour le régime de Kiev et sa fenêtre pour prendre des décisions se réduit. Il est temps que V.Zelensky prenne ses responsabilités et une décision appropriée. - Alors que la Russie affirme gagner du terrain, 300 km2 seraient passés sous leur contrôle en 2 semaines.

L'aide américaine est plus que jamais indispensable à l'Ukraine. Lance-roquettes, radars, obus...

Depuis le début de l'invasion russe, les Etats-Unis ont délivré plus de 64 milliards d'euros d'aide militaire. L'aide américaine, c'est aussi le renseignement. Une collecte d'informations précieuses pour protéger leurs infrastructures et suivre les troupes russes.

Sur le front, le stock de missiles s'écoule rapidement. Le président ukrainien alerte. ...

D.Trump serait-il prêt à accélérer? Rien n'est moins sûr.

Mercredi, il déclarait à l'agence de presse Reuters que l'Ukraine était plus frileuse que son opposant russe à conclure un accord. - A.Casse: Je vous transmets la question de Jean-Pierre, en Mayenne. - P.Haski: Ce qu'on vient de voir est, d'une certaine manière, choquant.

On parle depuis une heure du Groenland. Trump est obsédé par le Groenland. Il y consacre une énergie incroyable.

Il y a ce déploiement de troupes...

Ce qu'on voit à Kiev est monstrueux. 75 % de la capitale ukrainienne est privée d'électricité au milieu de l'hiver. - A.Casse: Des écoles vont devoir fermer. - P.Haski: Jusqu'à février.

La mairie a demandé aux gens d'évacuer la ville. Trump blâme l'Ukraine pour l'absence de paix? Tous les observateurs des derniers mois et des dernières semaines voient bien que ce n'est pas du côté de l'Ukraine qu'il y a les obstacles à conclure la paix.

Je suis choqué par ce décalage entre le centre de gravité de la politique mondiale aujourd'hui, avec l'Ukraine...

Le Groenland, pardon. La réalité devrait être de tout concentrer sur l'Ukraine. - A.Casse: Si on se demande si la situation au Groenland peut provoquer la fin de l'Otan, c'est aussi lié à la question ukrainienne.

On a l'impression que les 2 sujets sont imbriqués. - P.Haski: Bien sûr, puisque pour Trump, l'Ukraine n'est qu'une gêne depuis un an.

Il voulait régler le problème en 24 heures. Il n'y est pas arrivé. Ca l'embête parce que c'est un obstacle sur son grand dessein qui est de faire du business avec la Russie et s'entendre avec Poutine.

S'il était plus libre de ses mouvements, et heureusement, des gens autour de lui ne le laissent pas faire complètement sur l'Ukraine, il laisserait l'Ukraine et il se concentrerait sur sa construction d'empire avec Poutine, le Groenland, l'Amérique latine, sur laquelle il est en train de faire main basse...

C'est une autre vision du monde que ce qu'on voit sur les images de Kiev. - A.Casse: Et si D.Trump lâchait l'Ukraine? - L.Kayali: Ce serait très compliqué.

On va voir ce qui se passe la semaine prochaine à Davos. Ca va être un rendez-vous assez important. Le problème de ce qui va se passer, c'est que les Européens vont essayer d'arracher un engagement concret sur des garanties de sécurité américaines en cas de cessez-le-feu.

L'éléphant dans la pièce, c'est que c'est le cessez-le-feu qui est le problème. Il n'a pas l'air d'être pour bientôt. Les Américains sont un peu des girouettes.

Un jour, ils sont d'accord avec ce que disent les Russes. Le lendemain, les Européens préparent un plan de paix alternatif et ils disent: "Pourquoi pas?" Les Américains ne sont pas très fiables.

Le vrai problème, c'est si les Américains s'en désintéressent. Ils ne les soutiennent pas autant que sous J.Biden, mais s'ils disent que c'est le problème des Européens et qu'ils ne veulent plus s'impliquer...

Ce sont eux qui ont la clé pour mettre la pression sur la Russie. - A.Casse: Le moment est favorable à V.Poutine? - A.Bellanger: Si on regarde le comportement de D.Trump au Groenland et la façon dont la Première ministre danoise...

Elle expliquait que l'Otan serait terminée si quelque chose se passait, de l'ordre de l'invasion, au Groenland. C'est le rêve mouillé de V.Poutine.

L'Alliance atlantique s'effondrerait sous ses yeux. Je pense que l'Europe de l'Est et l'Europe de manière générale ne le laissera pas faire. Je suis d'accord avec N.Bacharan, qui dit que ça se terminera par un accord un peu en catimini.

Le Danemark pourrait signer quelque chose comme les 100 premières licences accordées aux Etats-Unis pour les terres rares...

D.Trump ne réussit rien de mieux que l'humiliation de ses alliés et le deal. Sur l'Ukraine, j'ai un avis un peu différent.

Je pense que les Etats-Unis ont lâché la main. Ils ont lâché prise. En laissant les Européens payer pour l'Ukraine, payer pour l'armement de l'Ukraine...

En laissant la France remplacer les Américains, aux 2/3 selon E.Macron, sur la sécurité, ils donnent petit à petit toutes les cartes aux Européens. Ca commence à se voir du côté de Moscou, où Moscou trouve intéressant tout à coup de parler aux Européens.

Ils essaient de diviser pour mieux régner. Il n'y a rien de mieux pour monter les Européens les uns contre les autres. - A.Casse: On passe à vos questions.

Question. - L.Kayali: Il y a plusieurs raisons pour cela.

Il faut dire que le Danemark, récemment, a choisi d'acheter un système de défense aérienne franco-italien, alors que le Patriot américain était aussi en compétition. Il y a quand même un petit changement. Si on prend les avions de chasse, les F-35, l'emblème de l'emprise américaine en Europe, si vous êtes un petit pays et que vous avez déjà commencé à acheter des F-35, c'est très difficile d'arrêter. - A.Casse: Le Danemark le fait. - L.Kayali: Oui, mais c'est difficile d'avoir une flotte avec 2 types d'avions de chasse pour un petit pays.

C'est la raison pour laquelle les Belges ont expliqué qu'ils ne pouvaient pas acheter des Eurofighter, des Rafale...

C'est difficile d'opérer plusieurs avions différents quand vous êtes un pays de taille plus modeste. C'est l'une des raisons pour lesquelles les Européens continuent à acheter les F-35. L'autre raison, c'est ce qu'on disait tout à l'heure: apaiser les Américains, les rattraper par le portefeuille en leur disant qu'on va continuer à leur acheter du matériel.

Mais il y a quand même une inflexion, peut-être pas de tous les pays, mais il y a une réalisation des Européens qu'ils ont besoin d'être autonomes, chacun dans son pays. Ca ne veut pas dire que tout le monde va acheter français. Les Polonais veulent une base industrielle de défense en Pologne.

Les Roumains...

On ne peut pas dire qu'on est dans le même état des lieux qu'il y a 2 ans, mais ça prend du temps de casser des habitudes qui datent de plusieurs décennies. - A.Casse: Question. - N.Bacharan: Pourquoi B.Obama ne juge-t-il pas utile de donner son point de vue sur ce qui se passe dans son pays?

L'obscure prétexte, c'est que, quand on n'est plus président, on ne commande pas le suivant. Ils sont beaucoup trop occupés à se déchirer entre eux, entre la gauche de la gauche et les autres qui pensent que la gauche de la gauche va les couler parce qu'il ne peut jamais y avoir de majorité dans le pays avec ce genre d'orientation. Il n'y a pas de figure qui prenne de la place.

Il n'y a pas de programme, de projet. Ils sont totalement affaiblis. On ne peut compter que sur les républicains pour éventuellement infléchir la politique de D.Trump.

Les démocrates sont inexistants. Comme ils partent, ils vont encore perdre les élections de mi-mandat. - A.Casse: Si elles ont lieu. - N.Bacharan: C'est encore une autre question, effectivement. - A.Casse: Question. - P.Haski: Il y a déjà une expression démocratique, celle des partis politiques qui ont été élus au Groenland et qui sont contre tout accord de cession du Groenland aux Etats-Unis, unanimement.

Un référendum serait une manière de renforcer cette adhésion démocratique des Groenlandais. Pour l'instant, il n'y a pas de doute sur leur volonté de rester à l'écart. C'est d'ailleurs assez étonnant.

Il y a eu des tas de micros-trottoirs faits par les télévisions au Groenland. On leur dit: "Si on vous donne 50 000 dollars, 300 000 dollars, 1 million de dollars..." Vu qu'ils sont 50 000, on peut imaginer des chèques généreux.

A chaque fois, les gens disent non. - N.Bacharan: Ils disent qu'ils ne sont pas à vendre. - A.Casse: Question. - A.Bellanger: On n'en est pas là.

Mais la France se pose des questions de puissance postcoloniale dans le Pacifique, notamment avec la Nouvelle-Calédonie qui est une épine dans le pied. Ca pose la même question que les Danois ou les Américains au Groenland. Les Groenlandais étaient à 2 doigts de voter pour leur indépendance.

Ils ont préféré le diable qu'ils connaissaient, le Danemark, plutôt qu'une autre puissance coloniale. - A.Casse: Merci d'avoir été nos invités.

Tout de suite, "C à vous". Bonsoir, M.Bouhafsi. - M.Bouhafsi: 2000 patrons montent au créneau pour dénoncer les dérives des débats autour du budget de l'Etat.

Ils ont décidé de monter un mouvement apolitique pour peser sur les prochaines élections. G.Roux de Bézieux et E.Heyer sont nos invités.

Le saucisson, les bières et même la pâte à tartiner...

Les régimes hyper protéinés, c'est une tendance marketing à la mode.

Soldats français au Groenland : que va faire Trump ? - C dans l’air - 16.01.2026 — Emmanuel Macron · Pourquijevote