"Comment se fait l’opinion ?" | 34ème journée du Livre politique
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à tous et merci d'être nombreux pour cette nouvelle table ronde. On va donc parler de l'opinion ce matin. L'opinion, c'est un mot qui dévore le débat public. Les sondages sont partout, les politiques, les journalistes en raffolent. Les réseaux sociaux s'autoproclament comme le reflet de l'opinion, au point qu'on a un peu l'impression que tout va tellement vite qu'on peut changer d'opinion comme de chemise et qu'il y a même une forme de fatigue à devoir exister à tout prix par son opinion. à devoir à tout prix choisir un camp. Alors comment se fait l'opinion ? C'est le thème de cette table ronde ce matin. Ce qui veut dire qu'elle peut se fabriquer, qu'elle peut se modeler.
Et si oui, par qui ? Est-ce que c'est mon environnement familial, géographique, socio-culturel ? Ou est-ce que ce sont les usines à trolls en Russie qui fabriquent mon opinion ? Et puis est-ce que dans ce nouveau désordre mondial, le débat public où s'échangent les opinions est forcément condamné à la violence ? Voilà les questions qu'on va se poser ce matin. Certains d'entre vous ont certainement vu La Fièvre, cette excellente série sur Canal+, d'Eric Benzécrit, où vous mettez une humoriste sainte de peuse d'extrême droite avec un député et un hacker, et vous ouvrez ce qu'on appelle la fenêtre d'Overton.
Pour les sociologues, vous savez ce que c'est, c'est comment faire en sorte que quelque chose d'impensable, en l'occurrence dans cette série Le Port d'Armes, en France, devienne pensable avec une proposition de loi. Alors ce qui est bien, c'est qu'on a une humoriste, on a un député, on a un sondeur, on n'a pas de hacker, mais c'est pas grave. On va essayer de savoir si, au fond, on est en train d'assister à une réalité qui dépasse toute cette fiction. Le sondeur, c'est Brice Tinturier.
Bonjour Brice, directeur général d'Ipsos France, une patronne est avec nous ce matin, Laurence Parizeau, merci d'être avec nous, présidente de City France et ancienne présidente du MEDEF, également ancienne patronne de l'IFOP, vraiment très familière de la question des sondages et de l'opinion, de l'opinion publique. Le fort intérieur d'une nation, m'avez-vous dit, en préparant cette table ronde, d'un député, le député, c'est Jérôme Gage, député socialiste de l'Essonne, et l'humoriste, la comédienne, la chroniqueuse à France Inter que vous connaissez tous, c'est Sophia Aram, merci à tous les quatre d'être là ce matin. Je commence évidemment avec Brice Tinturier. C'est quoi l'opinion ?
C'est quoi l'opinion publique ? Est-ce qu'elle se confond avec le résultat des sondages ? Est-ce qu'elles mesurent, les sondages mesurent autant qu'ils fabriquent l'opinion ? Et qu'est-ce qui détermine fondamentalement l'opinion ?
Alors, c'est quand même un gageur, cette table ronde.
Vous avez un peu moins de dix minutes. Un peu moins, six à sept minutes.
La question de comment se fabrique l'opinion, plusieurs thésards s'y sont essayés. Vous avez des polémiques ou des controverses extrêmement anciennes de Bourdieu, Aloncelot, en passant par toute une série d'autres politologues. Donc c'est quand même une question qui traverse la science politique depuis extrêmement longtemps. Voilà ce que je voudrais très simplement essayer de vous dire ici à travers ce que je peux observer sur les mécanismes de formation de l'opinion. D'abord qu'ils sont pluriels. Il n'y a pas une variable ou deux variables qui façonneraient l'opinion. Les médias ne façonnent pas l'opinion. Tout cela, ce sont des raccourcis ou des stéréotypes extrêmement fallacieux.
Il y a tout un ensemble de variables et celles-ci, on peut évoluer dans le temps. Historiquement, les mécanismes de formation d'une opinion étaient très corrélés au milieu social ou à la classe sociale dans laquelle vous habitiez, à votre âge, à votre niveau d'éducation. L'école était quand même un levier de formation des opinions extrêmement important. La politisation que vous pouviez avoir ou pas jouée, évidemment, le Parti communiste, historiquement, pendant des décennies, a été un canal d'éducation politique pour des millions de gens. Et donc, là aussi, vous aviez quelque chose qui allait intervenir dans le processus de formation des opinions, etc.
Ce qui a progressivement, malgré tout, bougé et qui est un peu lié à la défiance à l'égard des politiques et à une défiance généralisée, c'est que progressivement, on a vu émerger à travers, en tous les cas, nos enquêtes, quelque chose de tout à fait différent qui est l'expérience personnelle. Plus je me méfie des autres, plus je suis en relation d'interrogation, de scepticisme ou d'opposition vis-à-vis des partis, même vis-à-vis du savoir qui pourrait être dispensé à travers l'école ou à travers des experts, et plus je me replie sur mon expérience personnelle. Donc ça, ça joue beaucoup.
On fait confiance à ses pairs, on fait confiance à soi-même, et dans la formation des opinions, il y a ce que j'ai expérimenté moi-même qui, aujourd'hui, joue beaucoup. Le dernier petit point en introduction que je voudrais, malgré tout, souligner, c'est sur la question des médias. Il me semble que ce qui est véritablement le tournant de ces 10-15 dernières années au-delà de la défiance, c'est la fragmentation des médias. Nous ne voyons pas, nous ne mesurons pas, nous ne regardons pas les mêmes choses. Je crois que le temps est loin où des gens de ma génération se retrouvaient le lundi matin, et qu'est-ce qu'on commentait le lundi matin ?
Le film de TF1 ou le 7 sur 7 d'une célèbre journaliste. Aujourd'hui, la fragmentation, et j'insiste bien sur le terme de fragmentation des audiences, fait que le système de délibération collective a volé en éclats, a été dynamité. Une démocratie, ça fonctionne quand vous avez une délibération, un espace public, où vous avez des offres politiques, ce sont les responsables politiques qui proposent des choses et des citoyens qui écoutent et qui ensuite, sous l'effet de controverse, vont choisir de reconduire une majorité ou au contraire, d'élire une opposition. Ça, c'est le modèle théorique.
Il est dynamité à partir du moment où chacun est enfermé dans une bulle informationnelle où, en tous les cas, nous ne partageons pas les mêmes informations et pas la même vision du monde. C'est ça, le moment critique, je crois, aujourd'hui. Cet espace délibératif, il a volé en éclats et du coup, vous avez des biais de confirmation qui sont de plus en plus importants. Les gens vont vers les médias, ça a toujours existé, mais c'est encore accru, vers les médias qui confirment leurs a priori ou leurs opinions.
Ce qui m'amène au dernier point, pour essayer vraiment de répondre rapidement à une question aussi fondamentale, qui est que le stade ultime de formation des opinions quand elles sont figées, c'est la polarisation. C'est ce qu'on a pu observer véritablement aux Etats-Unis quand les campagnes électorales ne changent pas beaucoup la vie des gens parce que tout se joue sur la mobilisation. Là, et notamment aux Etats-Unis, vous avez quelque chose de beaucoup plus polarisé qu'en France, avec du coup comme enjeu, et on l'a encore vu lors de la dernière élection présidentielle, un enjeu essentiellement de mobilisation.
Les Républicains détestent aujourd'hui à un niveau beaucoup plus important qu'il y a 20 ou 30 ans les démocrates, et vice-versa. Donc vous n'avez plus d'échanges et d'éléments où les citoyens vont changer d'avis. Tout se joue sur la mobilisation. Donald Trump a gagné en termes de part nationale à 51,5% des voix. Ce n'est pas une victoire massive. En revanche, ce qui s'est passé, c'est que Kamala Harris a sous-mobilisé. En France, c'est différent. En France, et tant mieux, je crois qu'il faut s'en réjouir, nous n'avons pas ce niveau de polarisation. Les campagnes électorales, ça sert encore à quelque chose, ce qui signifie que les gens peuvent changer d'avis.
Et le panel que j'ai monté, notamment avec Le Monde, depuis plusieurs années pour suivre les élections, nous le prouve. Il y a des changeurs. La campagne produit des effets. Les gens écoutent encore quand même ce que peuvent dire des responsables politiques. Et donc, l'opinion est sensible à ça. Elle reste poreuse à des arguments. Et tant mieux, je pense que la polarisation est évidemment un système qui ferme. Et que quand il y a encore des controverses, qu'il y a encore des électeurs qui peuvent changer d'avis, c'est le signe que la démocratie reste vivante. Mais c'est un phénomène qui, malgré tout, s'affaiblit un peu.
On voit très précisément aussi que les enjeux de mobilisation jouent de plus en plus. et vous avez donc un condensé aujourd'hui entre des variables historiques, des variables expérientielles et ces éléments liés à ce que nous partageons ou pas en termes de médias et d'informations qui font que vous avez telle ou telle opinion. Mais là encore, il faudrait au moins 4 ou 5 heures si on voulait aller un petit peu plus dans le détail.
Merci beaucoup, c'est passionnant. Et on a quelques raisons d'espérer. On n'en est pas à un niveau démentiel de polarisation comme aux Etats-Unis. On va faire une première prise de parole de chacun puis on va essayer de dialoguer ensuite. Et la salle, les dix dernières minutes, vous pourrez intervenir. Jérôme Gage, votre regard sur la place des sondages dans la vie d'un homme politique. Est-ce que c'est une boussole ? Est-ce que c'est un arbitre ? Est-ce que c'est devenu le juge de paix ? Et plus largement, la place pour un député d'opposition comme vous, habitué à être minoritaire, de l'opinion, pas toujours.
Sur les retraites, ce n'était pas le cas, même si l'Assemblée n'a pas adopté la réforme. Enfin, a adopté la réforme, pardonnez-moi, mais n'a pas voté. La place des réseaux sociaux dans la politique, on le voit tous les jours, le Rassemblement national, la France insoumise, sont très présents, très puissants. Est-ce qu'on peut remporter une bataille d'opinion en lançant un hashtag, relégué massivement ? Et comment vous, vous vous en servez ? On sait que c'est un terrain de jeu, voire un champ de bataille, que vous n'avez pas déserté.
Bigre, comme, bonjour à toutes et à tous, comme Brice, je suis un peu effrayé par le caractère vertigineux du questionnement qui nous est posé, mais on va essayer de l'aborder chacun avec son prisme particulier. Pour un élu, pour un acteur engagé dans la vie publique, il faut distinguer deux éléments. L'opinion, ce molloque un peu insaisissable, et puis les électeurs, qui sont pour nous le juge de paix final. Et donc la question, celle qui apparaît dans l'interrogation relative au sondage, c'est de dire quels sont ceux des sujets qui, d'abord, sont mis dans le débat public.
Et c'est là qu'on peut constater qu'il y a un hiatus entre des sujets qui vont correspondre à une attente dans le pays et puis ceux qui vont capter dans la fabrique de l'opinion et accaparer le débat public. Et moi, je distingue les biens. Et donc, pour illustrer ce sujet, je vais vous donner le thermomètre de l'élu. Moi, ça fait 25 ans que je tiens une permanence. Hier, j'étais conseiller général, aujourd'hui député, et donc, toutes les semaines, c'est mon thermomètre à moi de l'état de l'opinion, de l'état des sujets qui préoccupent nos concitoyens. D'aucuns vous diront, c'est le chauffeur de taxi que je prends ou tel ou tel tonton à cariatre dans les déjeuners ou dîners dominicaux.
Moi, c'est la permanence parlementaire. Et plus j'ai avancé dans l'exercice de mon mandat d'élu, j'ai été élu pour la première fois en 1998, plus j'ai été frappé par le décalage entre ceux des sujets qui motivent, alors vous pouvez me dire, c'est un biais, qui motive le fait de venir parler à son élu dans sa permanence parlementaire, mais au détour d'un questionnement sur un problème de logement, un problème d'emploi, etc. En réalité, on parle du quotidien du plus grand nombre. Et moi, j'ai été de plus en plus frappé par l'immense décalage entre ce qui accaparait le débat public et qui était la conséquence.
Et là, je vais rebondir immédiatement sur les deux pistes que sont le système médiatique complété aujourd'hui par celui des réseaux sociaux dans lequel chacun est devenu son propre média du fait de son approche d'expérience personnelle qui donne une légitimité à pouvoir dire des choses avec un pseudo-accès à une information, mais qui n'est pas trié. On l'a vu au moment de la crise Covid, on avait 60 millions d'épidémiologistes en France qui étaient capables d'avoir les positions les plus tranchées, parfois les plus radicales sur le sujet. Le décalage, je vous l'illustre, et on le voit d'ailleurs dans les sondages, et c'est là qu'on a une problématique.
Quand l'IFOP fait des grandes enquêtes sur les sujets de préoccupation des Français actuellement, en premier, en ce moment, vous avez les questions d'accès à la santé, je ne me trompe pas, c'est vraiment le sujet qui est revenu, les interrogations sur l'accès aux soins, sur les déserts médicaux, sur la transparence du système de sécurité sociale, la médecine à deux vitesses, les inquiétudes sur le grand âge, la perte d'autonomie, et il ne vous a pas échappé que ce sujet qui est en tête de préoccupation de nos concitoyens dans les sondages et que je corrèle avec le fait que c'est ce dont on me parle le plus, on me parle le plus dans ma permanence, ils sont singulièrement absents, totalement, du débat public et du débat médiatique, totalement invisibilisés, et ceux des acteurs publics, notamment ici à l'Assemblée nationale ou au Sénat, qui veulent les mettre en haut de la pile du débat, se fracassent sur une sorte de court-termisme parce que souvent, et c'est ça qui est fascinant, c'est que ceux des sujets qui vont être dans l'accaparement médiatique, que ce soit dans les médias et singulièrement dans les chaînes d'information continue ou sur les réseaux sociaux, sont des sujets épidermiques et émotionnels, c'est-à-dire un fait divers, un fait marquant, une polémique et une cristallisation.
Alors que ceux des sujets que je vous mentionne, les questions de santé, les questions de pouvoir d'achat, les questions de logement, les questions de sécurité, alors elles, elles peuvent être à la jonction de ce qui accapare le débat médiatique et ce qui est dans le cœur de préoccupations de nos concitoyens, mais qu'on a quand même un télescopage entre ce qui relève du court terme, de l'émotionnel et puis ce qui va relever des mouvements longs et des évolutions tendancielles et de réformes qui sont plus systémiques. Donc, il y a ce décalage et il y a cette frustration. Alors, quelle place pour les sondages ? Amani avec précaution.
Dans la même semaine ou dans le même mois ou dans la même année, le parlementaire que je suis, il aura la mauvaise foi par moment de s'appuyer sur un sondage qui accrédite le combat qu'il mène. Myriam Ancawa a mentionné la mobilisation sur les retraites. Bon, c'est tombé bien. 80% des Français étaient opposés à le report à 64 ans et c'était un point d'appui sur lequel nous pouvions, avec parcimonie, mais en tous les cas, développer le travail de fond qu'on avait à faire ici.
Dimanche matin, j'étais, expérience sportive et stimulante, l'invité du grand rendez-vous sur Europe 1 et CNews, qui est une expérience physique, durant laquelle, pendant à peu près 40 minutes, sur les 45 qui étaient consacrés, on m'a parlé de sujets qui doivent intéresser les chroniqueurs et ceux qui m'interviewaient et probablement les téléspectateurs de cette chaîne, mais qui étaient aussi variés que le port du voile dans le monde sportif, le racisme anti-blanc, le RN est-il le meilleur protecteur des Juifs face à l'antisémitisme, etc.
Et à l'appui, à un moment, c'est pour ça que je vous en parle, on m'a sorti un sondage en disant 70% des Français sont pour l'interdiction totale du port du voile dans l'espace public, chose à laquelle je suis, en bon laïc, en cette année de 120e anniversaire de l'année 1905, totalement, évidemment, opposée. Et donc, voilà, Amani avec discrétion et avec parcimonie, parce que l'impulsivité, je le dis devant des sondeurs d'aujourd'hui et d'hier, biaise, évidemment, la manière d'appréhender les choses. Je termine par la question des réseaux sociaux. C'est évidemment dans la polarisation ce qui rend les choses les plus compliquées pour les politiques aujourd'hui.
C'est la bulle de violences symboliques, mais, comment dire, déroulant le tapis pour une violence politique qui a atteint des proportions que moi, je n'ai jamais connues et qui d'ailleurs se traduit par quelques faits très problématiques de mise en cause, d'invective, voire d'agression sur des élus, des responsables publics et plus largement tous ceux qui l'ouvrent dans le débat public. Et donc, je serais tenté de terminer par la frustration et l'espérance qu'on peut avoir qui est de comment réintroduire dans le débat public ce que le débat politique n'aurait jamais dû cesser d'être, à savoir un espace de dispute apaisée.
Et on voit bien que c'est aujourd'hui dans la polarisation, dans la radicalité qui en soi n'est pas pour moi problématique. que la radicalité c'est de s'attaquer aux mots M-A-U-X à leurs racines. Le seul problème c'est la simplification des réponses qui sont apportées. Et donc, dans cette dispute apaisée, dans la période, j'essaye de me raccrocher à ce que Jean Birnbaum m'expliquait dans le courage de la nuance, c'est-à-dire dans ces périodes de brutalisation idéologique où la mauvaise foi le dispute à la haine, le discours qu'il faut tenir est celui qu'il vous met tout le monde à dos. Voilà. Je ne fais pas mal en ce moment dans l'exercice comme quelques autres, comme Sophia notamment.
Un petit mot de rebond rapide. Je suis obligée d'aller vite parce que je voudrais qu'on puisse discuter ensemble. Et rapide le rebond parce qu'ensuite c'est Laurence Parizon.
Très rapidement, je suis tout à fait d'accord avec le point d'atterrissage de Jérôme Gage à savoir, ça fait depuis plus de 30 ans que je le dis, qu'il faut prendre les enquêtes d'opinion comme un instrument de compréhension et toujours avec un peu de distance. Je ne le suis pas sur, et ça me paraît très important, sur une autre partie de ce qui a été dit, le débat dérive souvent sur les sondages très et trop rapidement, mais notamment sur la question de est-ce que les enquêtes reflètent correctement ou pas ce que pensent ou souhaitent les Français.
Parce que, cher Jérôme, quand vous nous dites que dans votre permanence on vous parle de la santé comme sujet numéro un, eh bien les enquêtes que nous réalisons auprès d'un échantillon représentatif, nous disent pour le coup la même chose. Il faut simplement regarder la différence entre une question où vous posez aux Français quel est votre sujet de préoccupation personnelle et à ce moment-là depuis trois ans c'est la santé qui arrive en numéro un et quel est votre sujet de préoccupation s'agissant du pays et à ce moment-là c'est le pouvoir d'achat, c'est la protection sociale, etc.
Donc il n'y a pas la distorsion et je voudrais quand même insister sur un point, c'est qu'il peut y avoir la distorsion, le point sur lequel je voudrais insister, c'est quand même la notion d'échantillon représentatif. Pardonnez-moi mais si les enquêtes d'opinion servent à quelque chose, je crois que c'est parce qu'elles permettent d'objectiver ce que sont les perceptions et les attentes des Français. Dans les débats, parce que vous êtes un acteur politique auquel vous êtes confronté, Pierre, Paul ou Jacques et vous l'avez rappelé, va dire, monsieur, le sujet numéro un de préoccupation des Français, c'est l'immigration. Puis un autre dira, non, c'est le logement, etc.
Eh bien, l'intérêt des enquêtes d'opinion, si elles sont réalisées auprès d'un échantillon représentatif, c'est de mettre tout le monde d'accord en disant, eh bien non, le sujet numéro un de préoccupation des Français, ce n'est pas l'immigration, c'est aujourd'hui le pouvoir d'achat. Et ça, je pense que c'est absolument nécessaire dans une société politique extrêmement polarisée.
Nous sommes là pour refléter avec des techniques qui ne sont pas de l'anecdote, qui ne sont pas du témoignage, qui ne sont pas de les gens qui viennent me voir, etc., qui sont, encore une fois, pardonnez-moi de le rappeler, et je ne suis pas statisticien de formation, qui sont réalisées justement auprès d'un échantillon représentatif, c'est ça qui permet de dire, voilà ce que sont les préoccupations aujourd'hui des Français.
Et je pense que c'est très important pour avoir, et là on est tout à fait d'accord, une dispute et un débat apaisés, des controverses portant sur les vrais sujets et non pas sur ce cas saine, comme ça, avec des arguments d'autorité des responsables politiques qui diraient que les Français pensent ceci.
Merci, ce qui évidemment pose la question de la responsabilité des médias et des journalistes que je suis. Laurence Parizeau, vous avez dirigé l'IFOB jusqu'en 2007, c'est très intéressant. 2016. 2016 ? Ah pardonnez-moi, alors j'avais mal, je pensais que ça faisait moins longtemps, mais moi ce qui m'intéresse c'est d'avoir votre regard sur l'évolution. Pas forcément dans le recueil de l'opinion, ça on peut faire confiance aux instituts, les sondages sont faits de façon extrêmement scientifique, j'ose le mot, mais dans la place qu'elle occupe dans le débat public et dans ses différents canaux d'expression.
Volontiers, merci, bonjour à tous. Pour répondre à votre question, je voudrais rappeler un concept ou tenter de rejoindre ce qu'a dit Brice, que je partage totalement, sur ce qu'est l'opinion. Alfred Sauvi disait, et je trouve sa formule très utile, pour comprendre ce dont on parle, l'opinion, c'est le fort intérieur d'une nation. Alors réfléchissez à votre propre fort intérieur.
Si vous essayez de faire l'effort de comprendre, d'analyser, simplement d'observer votre propre fort intérieur, si vous êtes honnête avec vous-même, vous allez forcément constater qu'il est tiraillé, qu'il est mouvant, qu'il est instable, qu'il a des élans, il peut avoir même des silences, on ne comprend pas ce qu'il dit, ce qu'il pense. est-ce que l'opinion est de même nature que votre fort intérieur. Elle est donc extrêmement mouvante et la différence entre aujourd'hui et il y a une vingtaine d'années, quand Brice et moi on a commencé ce métier, par exemple, c'est que cette mobilité au fond de l'opinion, elle était déjà là, mais elle était assez lente.
J'avais l'habitude de dire quand je dirigeais l'IFOP que l'opinion publique est une patte à modeler et qu'il y a des acteurs qui sculptent cette patte. Les acteurs sont les politiques, les acteurs sont les journalistes, sont les médias, mais au fond, il y a vingt ans, ces acteurs étaient assez faciles à identifier, c'est l'évocation que faisait Brice du debriefing du lundi sur l'émission de la veille sur 7 sur 7. Aujourd'hui, la grande différence, c'est que les acteurs sont extrêmement nombreux. Les acteurs sont les médias et les journalistes, mais les acteurs sont aussi les réseaux sociaux.
Savez-vous, il y a une enquête qui est faite pratiquement chaque année par l'agence Reuters sur les médias à la fois dans les pays avancés et dans les pays émergents et sur les sources d'informations utilisées par les habitants de ces différents pays. et qu'on soit dans un pays émergent ou dans un pays occidental, aujourd'hui, la principale source, c'est le réseau social, la principale source d'informations. Et dans ces principales sources d'informations, vous avez à la fois YouTube qui est en général la numéro 1 et puis vous avez X, vous avez TikTok, ça veut dire qu'il y a une multiplicité, presque une infinité de sources d'informations qui participent au modelage de cette patte à modeler.
Et c'est pourquoi aujourd'hui, par rapport à il y a une vingtaine d'années, l'opinion publique est encore plus difficile à déscripter, mais aussi parce que celle du matin n'est pas forcément la même que celle de la veille au soir. parce qu'il se sera passé quelque chose dans cette multiplicité qui aura tout changé. Et de ce point de vue-là, je voudrais attirer votre attention sur un outil, un instrument, un vecteur qui change tout, qui est pour moi la grande différence par rapport à ce que j'ai connu à une certaine époque, c'est la vidéo. La vidéo est le facteur majeur de constitution ou de déconstruction d'une opinion ou de sa polarisation.
Et je voudrais, si vous me permettez, vous donner un exemple. J'espère que je ne suis pas trop longue. Je vous donne cet exemple et je m'arrête là. Vous m'avez présenté comme, entre guillemets, patronne. C'est un peu étrange, mais... Ancienne patronne de l'Édale, ancienne patronne de l'FOP. D'accord. Mais je vais me présenter aussi avec une autre casquette brièvement, si vous me permettez. Je suis vice-présidente d'une fondation qui consacre son énergie à défendre la cause animale. La fondation Droits Animaux, Éthique et Sciences. La question animale a complètement changé dans l'opinion publique à partir du moment où il y a eu des vidéos.
À partir du moment où L214 a montré la réalité de certaines situations, notamment dans les abattoirs. Je ne vais pas détailler ce point, je crois que vous voyez tous à quoi je fais allusion. Et à partir de ce moment-là, l'insensibilité des Français à la question animale s'est transformée en très grande sensibilité des Français à la question animale. Et aujourd'hui, ce qui rend tout ceci passionnant, complexe et incertain, c'est que les vidéos se heurtent à d'autres vidéos. Et puis, j'ai dit, il y a les réseaux sociaux qui changent tout, mais intégrer bien que déjà, l'intelligence artificielle est également en train de rebattre les cartes.
Parce que, avec une question que vous posez sur une appli, on vous propose une opinion. Vous la choisissez ou vous la refusez ou vous essayez de la transformer. Mais il y a une proposition d'opinion. C'est encore quelque chose de totalement nouveau. Tout ceci pour dire en quelques mots que les sondages, certes, il faut les manier avec précaution, comme disait Jérôme Gage, mais en même temps avec intelligence, parce qu'ils sont extrêmement utiles si on sait bien les regarder, si on sait bien les utiliser, si on sait approfondir les questions avec ces sondages.
parce qu'au fond du fond, ça reste justement la seule façon d'essayer de saisir un peu de ce fort intérieur par définition instable que constitue l'opinion publique.
Merci Laurence Parizeau. On va terminer ce premier tour de table avec Sophia Aram. Sophia Aram que vous connaissez tous, qui nous fait sourire, qui nous fait rire, parfois qui nous fait un peu pleurer aussi ces derniers mois, ces dernières années. Sophia Aram, j'ai regardé ses 322 000 abonnés sur X, 92 000 sur Instagram et évidemment entre 3 millions et 5 millions d'auditeurs tous les lundi matin pour vous écouter sur France Inter. Ça fait un pouvoir d'influence que certains, j'imagine, regardent avec envie. Ça fait aussi de la menace. Ça fait de la protection plusieurs fois. Alors comment vous vivez tout cela ?
Est-ce le prix à payer pour nous alerter sur les ravages de l'islamisme, sur la montée de l'antisémitisme et tous ces idiots utiles ? Est-ce que pour autant il faut sortir du champ de bataille numérique ? Et puis j'aimerais aussi avoir, et ce sera peut-être le deuxième temps de la discussion, votre regard sur la politique spectacle, vous qui remplissez les salles de toute la France. Vous terminez votre tournée sur le monde d'après. Qu'est-ce que c'est que cette politique qui fait qu'au fond, pourvu que le show continue, qui nous vient de Trump et qui fait que cette mobilisation devient en elle-même, cette participation au spectacle, la fin, l'objectif final du politique.
Merci, Myriam, et merci à tous. Bonjour. Alors, il y a plein de choses dans ce que vous venez de dire, je vais essayer de répondre. Le nombre de followers, le nombre de personnes qui me suivent, évidemment, ça fait du volume, ça engendre pas mal d'attaques, de menaces, etc. Et effectivement, j'ai décidé de rester, j'ai décidé de ne pas déserter le champ de bataille et surtout, j'essaye, et particulièrement sur les réseaux sociaux, de proposer un contre-discours à tout ce qui peut nous être proposé. Parce que, dans tout ce que vous disiez à l'instant, Madame Parizeau, il y a aussi ce contre quoi on doit se battre sur les réseaux sociaux, c'est l'algorithme.
L'algorithme, quand on est sur un réseau social, ça n'est pas l'opinion. C'est-à-dire qu'on est dans une bulle algorithmique et il suffit d'en sortir pour se rendre compte que c'est biaisé. Et malgré tout, j'essaye, avec mes armes, avec mes mots, avec mes blagues, avec mes coups de gueule, d'essayer de proposer quelque chose. Et vous parliez du discours contre l'islamisme et ça fait partie de mes combats anciens parce que moi-même, je suis de culture musulmane, j'ai été élevée dans un islam libéral dans lequel personne ne portait le voile dans ma famille et depuis 1989 à peu près, la représentation de l'islam en France a évolué.
Aujourd'hui, et c'est une amie algérienne qui me faisait ce constat, le graphisme a permis ce que les islamismes n'ont pas réussi à faire en Algérie, par exemple. C'est-à-dire que dans les années 80, on ne représentait pas une femme arabo-musulmane voilée. Quand on voulait représenter une femme issue de l'immigration, une femme maghrébine, comme on disait, il suffisait de représenter une femme brunette avec plus ou moins des cheveux bouclés, une tresse, par exemple, et une femme méditerranéenne. C'était une femme maghrébine, ça nous suffisait.
Aujourd'hui, avec des institutions comme l'ONU, le Parlement européen, des associations comme le planning familial, ne représentent plus les femmes arabo-musulmanes que comme des femmes voilées. Donc ça, c'est une façon d'avancer et d'assigner certaines personnes à une religion et à une pratique de cette religion. Le deuxième temps, ça a été dans ce qui s'est vu dans les médias. Récemment, il y a eu une polémique à laquelle j'ai aussi un peu participé puisque je réponds, j'aime bien me frotter aux polémiques. Il y a eu une polémique avec un humoriste qui est arrivé sur France 5 avec une tenue qui a choqué. Cette tenue, elle aurait pu tout à fait paraître complètement anodine.
Il exprimait lui-même le fait que cette barbe, c'était un humoriste qui avait une barbe et un chapeau, et cette barbe, il disait que c'était une barbe de viking. Or, dans un podcast, il expliquait que cette barbe, il l'avait gardée sciemment parce qu'il est écrit. Il répondait à un commandement de l'islam. Il le dit, ce sont ces mots que le prophète a dit qu'il fallait garder cette barbe. On pouvait raser sa moustache mais garder cette barbe pour se distinguer des chrétiens et des juifs. Donc, ça veut dire qu'il pratique un islam rigoriste. C'est son droit, mais il nous dit que c'est juste pour ressembler aux vikings de la série vikings.
Donc, il nous ment et je préfère que les gens nous disent d'où il parle. Il a le droit de le faire. Je suis comme Jérôme le disait tout à l'heure. Je suis laïque et je suis pour l'autorisation du port du voile dans l'espace public. Je ne suis pas contre l'interdiction. Je ne suis pas pour l'interdiction, je suis pour l'interdiction à l'école. Mais le troisième temps, et c'est celui auquel moi, je suis confrontée, c'est celui qui essaye de nous interdire toute critique. Et ça, c'est insupportable. Et ça, ça vient de députés. Ça vient d'humoristes, évidemment, mais ça vient aussi de députés.
J'ai fait une blague sur un foulard porté par une championne olympique qui avait porté un foulard attaché avec les pieds et j'ai fait un tweet en disant, on dirait moi quand je sors du hammam et j'ai juste posté ça. Sandrine Rousseau a tout de suite posté en réponse à ce tweet, ce tweet est une honte. Et là, Ercilia Soudet a dit que j'étais islamophobe, etc. Ensuite, dernièrement, j'ai reçu un prix, la semaine dernière, j'ai reçu un prix, le prix Jean-Pierre Bloch sur la laïcité, enfin, pour mon engagement sur l'antiracisme et la lutte contre l'antisémitisme. Aymeric Caron a fait six tweets et retweets pour dire qu'on avait récompensé une personne qui soutient le génocide.
On parle lutte contre le racisme, on parle lutte contre l'antisémitisme, il parle de Gaza. Il a le droit de parler de Gaza, mais il en fait n'importe quoi. Tout ça pour dire qu'aujourd'hui, alors, je parle un peu de moi, mais je ne parle pas que de moi, je parle de l'imam Chalgoumi, l'imam Chalgoumi qui doit être une des personnes les plus protégées dans ce pays, il faut quand même le dire, qui est accusé d'être un arabe de service qui subit des attaques, mais d'un racisme et honteux par des journalistes qui jouent à ça, par des députés qui jouent à ça.
Kamel Daoud, quand il condamne l'islamisme, est attaqué ici, dans ce pays, par des personnes qui lui reprochent son livre, qui le soupçonnent, il y a des enquêtes qui le soupçonnent d'avoir plagié une histoire, etc. Et moi, aujourd'hui, on fait de moi une islamophobe, c'est ce procès qui m'est fait, on me traite d'islamophobe.
Or, si j'appuie sur le fait que ce sont des députés et ce sont des élus de la République qui jouent à ça, c'est que dans la fabrique de l'opinion, il y a aussi la fabrique de cibles, il y a la fabrique de dangers, et il y a une mise en danger qui est faite aujourd'hui par le biais des réseaux sociaux et qui est orchestrée par des députés, par des élus de la République qui se baladent avec leur écharpe tricolore, qui ont été élus démocratiquement, je respecte la démocratie, mais ils ont eu des responsabilités aussi vis-à-vis de nous et si je leur tiens tête et si je ne déserte pas, c'est aussi parce que j'aimerais peut-être qu'on essaye d'ouvrir les yeux sur ce qu'ils sont en train de faire.
On sait que le procès en islamophobie dans ce pays, il a tué, il a tué à plusieurs reprises et ces gens-là nous dessinent des cibles dans le dos, mais continuellement. Un drame va se produire, ça ne manquera pas. Je ne sais pas si c'est moi, je ne sais pas si c'est l'imam Chalgoumi, je ne sais pas si c'est un prof d'université, mais ça va se produire. On peut en prendre acte aujourd'hui, on peut le dater, je peux vous le dire, et ces gens-là auront une responsabilité. Et je le dis et je l'assume, parce que ce qu'ils font est dangereux.
Donc on peut lancer des campagnes et c'est vraiment magnifique ce qui a été fait l'année dernière pour la lutte contre le harcèlement en ligne, pour protéger nos enfants, pour protéger nos gosses du harcèlement. Mais quand on a des députés de la République qui, eux, à longueur de journée, nous insultent, nous invectivent et nous traitent d'islamophobes, on peut essayer de faire ce qu'on peut pour essayer d'éduquer nos enfants, mais il va peut-être commencer par falloir par éduquer nos députés.
Écoutez, je vous propose de répondre. Jérôme Gage.
Qu'est-ce que vous voulez que je réponde à Sophia avec qui je suis ?
Ça pose la question de la violence aussi.
Non, mais moi, c'est ce que j'évoquais tout à l'heure, c'est-à-dire que cette violence sous couvert d'anonymat dans les réseaux sociaux, etc., en réalité, elle a déjà très largement transpiré dans la société et donc, on est dans un moment de bascule. Je parle simplement pour ma famille politique qui, à la gauche, dont je pensais qu'elle avait tranché de longue date le rapport à la violence. Et je vois revenir par la fenêtre ce que nos illustres prédécesseurs avaient théorisé sur le socialisme démocratique, la manière de conquérir le pouvoir par les urnes et la proscription absolue de toute forme de violence dans le champ politique.
Aujourd'hui, certains, à la France insoumise pour ne pas les citer ou plutôt pour les citer nommément, ont pris le risque et moi, je suis toujours très attentivement, c'est une déformation de jeunesse, les propos et les paroles de Jean-Luc Mélenchon dans les longues conférences qu'il a amenées à faire et je vois cette hésitation sur le rapport à la violence aujourd'hui comme mode de régulation du débat public. Donc, ce que vient de dire Sofia quand même et moi me glace parce que je n'avais jamais entendu le dire dans ces termes-là, on l'a tous en tête. L'idée, à un moment donné, de la bascule dont la responsabilité viendra de personnes identifiées.
On a eu des bascules fortes dans le pays quand on a des attentats terroristes, des enseignants comme Samuel Paty ou Dominique Bernard par une sorte, on l'a nommé dans les procès, de djihadisme, d'atmosphère, d'ambiance qui facilite.
Là, tu nous dis cette chose plus terrible mais qu'on a tous en tête et donc c'est pour ça que c'était important de l'entendre parce que c'est un des éléments de l'opinion, c'est la banalisation dans l'opinion du harcèlement à destination de personnes ciblées faits par d'autres personnes qui l'assument en transparence mais qui n'assumeront jamais les conséquences et les violences qui seront faites si un jour, j'ai failli dire Dieu nous en préserve mais franchement pour le secrétaire national à la laïcité du PS que je suis, c'est pas le mieux mais c'est ce qui m'est venu le premier à l'esprit à ce moment-là si d'aventure toi ou quelqu'un d'autre était prêt à partir.
Mais vous voyez, le simple fait que cette inquiétude-là puisse être exprimée et oralisée devrait questionner sur le rôle de ces idiots utiles pour reprendre l'expression que tu as utilisée ou de ces pompiers pyromanes qui, les premiers, s'offusquent des violences dont eux-mêmes peuvent être victimes aussi parce que ça existe mais je veux dire, à chaque fois qu'on la banalise dans le débat politique, il faut admettre qu'elle puisse être partie prenante de cette polarisation.
Je n'ai pas de réponse en fait parce qu'on a tous la dépendance, moi je suis convaincu que la caisse de résonance, le miroir grossissant qu'ont constitué les réseaux sociaux, je suis absolument d'accord sur la force de la vidéo, on voit d'ailleurs que ce qui cartonne le plus c'est des choses bien marketées sur TikTok, etc.
je n'ose envisager la banalisation des deepfakes et avec ce moment de transition qui va être terrible, c'est-à-dire le moment où l'éducation aux médias n'est pas assez ancrée et que le doute sur l'image et sur la vidéo qui a sa force, cette force que vous avez rappelée, on va vivre à quelques années de transition où il va y avoir des deepfakes et beaucoup de gens qui vont y croire, je table sur qu'à plus long terme, on ne croira plus la vidéo, mais qu'on va encore être dans ce moment de transition où là, on peut être sur des prurites émotionnelles très fortes déclenchées par des vidéos auxquelles tout le monde croit et qui alimenteront ces moments de violence.
Donc, est-ce que la solution, je mets les pieds dans le plat, c'est...
C'est la fermeture des résolutions
de TikTok. Non, mais il y a deux choses, on a ce même débat. Est-ce qu'il faut déserter le champ de bataille ? Le problème, c'est que si tous les dégoûtés s'en vont, il ne restera que les dégoûtants. Alors, on pourra se dire qu'on les laisse entre eux, voilà, mais même les laisser entre eux, c'est admettre qu'ils font à leur manière l'opinion avec les passerelles très fortes parce que je veux bien qu'on focalise les réseaux sociaux, mais n'oublions pas quand même aussi les choix éditoriaux d'une partie de la presse, voilà, qui sont aussi une nouveauté d'avoir dans notre pays des acteurs éminents dans la fabrication de l'opinion.
Je vous parlais du débat que j'ai fait dimanche matin sur deux chaînes du groupe Bolloré. Évidemment que ça doit aussi nous questionner sur la manière de laisser, alors, est-ce qu'il faut des contre-récits ? Voilà,
je voudrais qu'on parle un tout petit peu des solutions contre-récits, on est à l'Assemblée nationale, légiférer ou pas, après tout, il y a des pays qui ont interdit certains réseaux sociaux aux mineurs, ça pose aussi la question de la post-vérité, quand l'opinion en fait repose sur la falsification du réel, on peut croire des choses fausses, on peut avoir des idées fausses, mais ça peut aller très loin, c'est-à-dire deux et deux font cinq, on en est quasiment là. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? On est tous, voilà, citoyens, il y a évidemment des députés dans la salle, c'est peut-être ce débat-là qu'il faut ouvrir pour terminer. Laurence Parizeau, Sophia Aram.
Pardon, j'ai juste une toute petite anecdote, c'est le 1er avril, c'était il y a peu de temps, et quelqu'un a dit c'est le seul jour de l'année où on vérifie nos sources. Et donc, peut-être que c'est ça la solution.
Laurence.
Oui, je trouve que le témoignage de Sophia Aram est à reprendre et il faudrait le décortiquer et je pense qu'à partir de là, il y a beaucoup de pistes à creuser. Vous avez notamment parlé des algorithmes, je pense que c'est un point fondamental, les algorithmes sont construits sur certains réseaux d'une manière telle qu'ils fabriquent accentuent la polarisation dans un certain objectif et on a tous bien compris aujourd'hui que la quasi-totalité des réseaux sociaux appartiennent à ce qu'on appelle les big tech et que celles-ci elles ne sont pas européennes, encore moins françaises, elles sont portées par une mission qui est différente peut-être de celle que nous européens voudraient porter.
Je dis ça parce que quand on part de notre petit sujet comment on fabrique l'opinion aujourd'hui, en réalité on aboutit très vite si on va jusqu'au bout du fil à des enjeux macroéconomiques et géopolitiques majeurs et actuels. Je n'irai pas plus loin. La deuxième chose que je voudrais dire c'est que à la fin de votre intervention vous avez appelé à la responsabilité des députés, des élus. J'aimerais aussi qu'on appelle à la responsabilité des journalistes, des médias, d'information, des chaînes d'information.
Il y a un moment quand même où je trouve tout à fait étonnant qu'on soit à la fois ceux qui s'étranglent parce qu'il arrive ceci ou cela au Rassemblement national et en même temps ou parce qu'il se passe ceci ou cela du côté du Rassemblement national et qu'en même temps on fait tout pour fabriquer ce qu'en réalité on prétend dénoncer.
et il me semble que dans deux ou trois ans on va avoir une échange importante c'est maintenant que les chaînes d'information et les médias d'information doivent se poser des questions éthiques sur leur mission véritable à l'égard du public car eux seuls sont en mesure de contrebalancer ces effets ces amplifications émotionnelles ces effets biaisés des algorithmes polarisant des réseaux sociaux donc je trouve qu'il y aurait une réflexion du côté des sources d'informations qui seraient bienvenues. Brice
un dernier mot d'échange et puis on prendra les questions du public
Je partage évidemment tout ce qu'a dit Laurence sur la question de la vidéo et sur la question des algorithmes mais quand on pose la question de qu'est-ce que nous pouvons faire pour lutter contre ces tentatives d'intimidation ces menaces et cette perversion du débat public je pense qu'il y a un début qui est à la portée de chacun et qui renvoie à la question des mots de la République MAUX qui font partie aussi d'une bataille de mots MOTS et que la bataille qui est à livrer et qui est un début de reconquête avant même les vidéos et les algorithmes c'est de se battre sur le sens des mots parce que vous avez à l'oeuvre moi ça me frappe beaucoup quand vous décryptez les discours politiques aujourd'hui vous avez à l'oeuvre des équivalences fallacieuses qui sont de plus en plus répondues voire une inversion des causes alors on peut en trouver en France on peut en trouver à l'étranger quand Trump pendant la campagne électorale comparait l'administration Biden à la Gestapo ça revient à vider les mots de leur sens quand en France on a comparé un président d'université à Hichmann ça revient à vider le contenu et la signification des mots et la bataille pour la République et la bataille pour un espace délibératif apaisé ça commence je crois et c'est à la portée de chacun d'entre nous par utiliser les mots appropriés et ne pas bâtir des inversions de cause non ce n'est pas Poutine ce n'est pas Zelensky qui peut être à l'origine d'une troisième guerre mondiale ce n'est pas lui qui est l'agresseur c'est Vladimir Poutine et ça c'est même en amont et donc ça peut valoir sur les chaînes d'information ou dans les médias mais chez chaque citoyen c'est en amont encore une fois des algorithmes ça commence par ça les mots de la République c'est d'abord une bataille de mots parce que ce que disait aussi Anna Arendt parmi mille choses c'est dans le mal surgi dans le vide de la pensée et la pensée ne s'élabore qu'à travers des mots justes et des mots appropriés donc commençons par ça
alors il y a un micro merci merci beaucoup qui circule dans la salle qui se lance peut-être sur
que faire bonjour merci pour votre intervention monsieur le député vous avez mentionné Jean-Bernbaum et le courage de la nuance il me semble que Jean-Bernbaum finit son livre en disant que aujourd'hui peut-être qu'il manque ce qui est à l'origine de la crise de la confiance c'est peut-être tout simplement une crise de l'espérance vous avez brièvement mentionné les contre-récits effectivement je pense que peut-être qu'aujourd'hui ce qui manque et ce qui a tendance à entraîner la société dans une spirale de violence d'affrontement de clivage c'est peut-être qu'effectivement on n'a plus l'espoir qu'un monde un autre monde puisse être différent et donc effectivement se pose la question de à qui appartient la responsabilité de projeter un nouveau monde on a vu est-ce que c'est comme vous l'avez dit monsieur Tinturier il faut partir des aspirations de la société telles qu'elles sont et telles qu'elles ressortent dans les sondages ou est-ce que c'est effectivement au monde politique de descendre dans l'arène pour aller défendre des causes qui ne s'en ressortiraient pas spontanément on l'a vu d'accord je conclue rapidement à qui appartient la responsabilité de créer de projeter un nouveau monde de nouvelles aspirations je vous remercie
moi je réponds d'une phrase chacun doit prendre sa part de responsabilité évidemment mais s'agissant des acteurs politiques en réalité de tous c'est peut-être de refaire de la politique la crise de la politique c'est d'abord une crise une forme de paresse politique qui a renoncé à être dans la prise de risque inhérente avec le fait de faire de la politique des partis politiques aujourd'hui à Tône qui ont l'œil rivé sur les réseaux sociaux les sondages le dernier fait divers l'émotion des plateaux des chaînes d'information continue ils ont renoncé à penser le temps long qui devrait être leur obsession permanente simplement ils se fracassent ils ne prennent pas ce risque là de se réinvestir sur le temps long et surtout et je termine par là on l'a vu sur certains des débats ici à l'Assemblée de bosser c'est-à-dire d'être force de propositions de compréhension de ce qui se passe je reviens sur le débat sur les retraites qu'on soit pour ou qu'on soit contre sur un sujet qui en réalité n'est pas bien compris par l'ensemble de nos concitoyens le rendez-vous manqué a été de ne pas être dans ce que nous devrions être aussi des leviers d'une éducation populaire qui nourrit la raison critique à partir de laquelle on peut espérer renouer avec la dispute apaisée que mentionnait Jean-Bierre Maume
Laurence Parizeau oui je ne sais pas forcément directement en réponse avec votre question monsieur mais c'est Jérôme Gage qui m'y fait penser dans ce qu'on dit sur les débats qui forgent une opinion dans un sens ou dans un autre comme par exemple sur les retraites il y a aussi un phénomène assez récent finalement qui joue c'est ceux qui ne s'intéressent plus du tout au débat ceux qui se retirent de la recherche de l'information ceux qui sont absents de tout ça là aussi c'était assez différent il y a en tout cas en France il y a encore une trentaine d'années et pour être sûr que les gens reviennent dans le débat alors personnellement je ne sais pas si vous serez d'accord moi je pense qu'une bonne petite pré-politisation du débat ça ne fait pas de mal un peu de retour de clivage peut-être notamment du clivage gauche-droite il faut que les gens aient envie à nouveau de suivre ce qui se passe de comprendre pourquoi il peut y avoir un débat sur les retraites
un tout petit mot de Brice Teinturier c'est l'objet de son dernier livre rien n'a fait riz rien n'a foutre riz vous avez vraiment bien pointé la désaffection par certains du débat public
oui en fait c'est ce que j'avais pointé en 2017 parce que ça me paraissait être un phénomène majeur et très inquiétant pour la démocratie c'était précisément ces français qui n'en avaient plus rien à faire version policée ou plus rien à foutre version plus rugueuse mais c'est comme ça qu'ils nous le disaient dans les études qualitatives de la politique et c'était ce désengagement alors la politique vous avez deux grandes voies soit c'est les stratégies dites de The Voice vous êtes mécontent et bien vous haussez le ton soit c'est les stratégies d'Exit vous vous désengagez vous vous retirez du champ ce qu'il faut reconstruire c'est plutôt la troisième stratégie vous êtes dans un bloc qui s'intéresse à la politique qui s'engage qui délibère mais qui le fait de manière relativement apaisée je reviens souvent et je termine par ça cette phrase de Clausewitz qui me paraît extrêmement juste extrêmement forte la guerre ce n'est pas quand on n'est pas d'accord entre nous c'est quand on n'est pas d'accord sur nos désaccords qu'il y ait des conflits d'intérêts c'est normal dans une société la démocratie c'est justement la gestion de ces conflits en dehors de la violence Jérôme Gage l'a très bien rappelé donc l'enjeu c'est d'arriver à pointer nos désaccords d'arriver ensuite à les exprimer et à avoir une controverse qui peut être forte apaisée ça ne veut pas dire mou ou tiède il peut y avoir des controverses fortes mais en ayant identifié ce qui nous réunit et ce sur quoi nous ne sommes pas d'accord c'est ça l'essence de la démocratie
autre question il nous reste un petit peu un tout petit peu plus de 5 minutes qui veut se lancer peut-être un député tient du bloc central est-ce que le retour du clivage gauche-droite permettrait la repolitisation du débat pour éviter justement sa polarisation sa désaffection
justement je réagis tout de suite sur cette idée qu'il y a des gens qui n'en ont plus rien à faire mais il y a plein de cas où par exemple moi je n'ai pas d'opinion et est-ce qu'on a le droit aujourd'hui de ne pas avoir d'opinion je me souviens sur les réseaux sociaux j'ai vu des personnalités publiques qui étaient accusées de ne pas avoir réagi sur quelque chose mais par exemple c'est un footballeur qui n'avait pas réagi sur la guerre à Gaza alors que je vais dire c'est pas son domaine donc est-ce qu'on a le droit de ne plus avoir d'opinion aujourd'hui
moi je dirais
que c'est un devoir monsieur quand on n'a pas la compétence ou qu'on estime qu'on est absolument incompétent sur une question plutôt que d'essayer d'avoir un point de vue qui sera que de l'opinion mais non étayé par de la connaissance il faut savoir se taire
merci plus de questions on va s'arrêter là ah pardon allez-y monsieur on va dire c'est la dernière question parce que Luc me fait des gros yeux ah bon pardon
ça va être extrêmement rapide madame Parizeau parlait de la façon dont la vidéo avait profondément fait évoluer certaines questions dans l'opinion publique mais est-ce que ce temps n'est pas dépassé parce qu'avec l'intelligence artificielle on peut fabriquer absolument n'importe quelle vidéo photo moi j'ai vu il y a deux jours une vidéo je sais pas si vous l'avez vue d'une suite de mariage alors il y avait le mariage de Jean-Luc Mélenchon avec Marine Le Pen je sais plus de Louis Boyard avec Marion Maréchal enfin c'était très réaliste il se faisait des grands sourires amoureux donc moi j'ai demandé à Grock de fabriquer une photo d'Emmanuel Macron serrant la main à Louis XIV enfin est-ce qu'il ne faut pas enseigner maintenant aux gens qu'une photo ou une vidéo n'a plus aucune valeur de témoignage comme c'était le cas finalement avant l'invention de la photographie n'a pas plus de témoignage qu'un tableau de David ou qu'un croquis de Diderot merci très clair
ça pose la question de l'éducation l'éducation aux médias à l'image à l'information Sophia Aram
j'ai discuté avec un neuroscientifique l'autre jour qui expliquait que ce n'était pas anodin du tout ça peut ça peut paraître très léger très rigolo mais le fait de voir ces images ça s'ancre quelque part dans notre dans notre esprit dans notre cerveau et ça nous conditionne un peu c'est à dire que parfois notre esprit n'a pas toujours la capacité à faire la part du réel même si nous on est conscient on sait on est intelligent et la plupart d'entre nous est capable de faire la différence entre un mariage entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen fabriqué par une intelligence artificielle et une image réelle quelque part toutes ces images que l'on voit et que l'on reçoit vont conditionner d'une manière ou d'une autre notre opinion donc il faut aussi je ne sais pas travailler avec les neuroscientifiques pour voir les effets que ça a sur l'opinion effectivement alors ça à mon avis c'est un autre débat bien sûr
merci on s'arrête là merci beaucoup merci pour vos interventions riches et pertinentes
merci beaucoup merci Myriam Ancawa merci pour cette table ronde je vais vous demander d'attendre quelques petites secondes on va patienter ensemble tout simplement pour accueillir les téléspectateurs et les téléspectatrices de la chaîne parlementaire ce qui vous le permet également dans deux minutes merci
Jérôme Guedj