Jordan Bardella s’exprime : crise budgétaire, non-censure, présidentielle, avenir du RN - CàVous
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
d'agences et les ministères, on peut gagner en efficacité. Pendant la campagne des législatives, j'avais réclamé sur ce plateau un audit des comptes publics. Dans un pays qui a aujourd'hui l'une des dettes les plus élevées de la zone euro, des déficits publics et commerciaux record, on ne peut pas faire fi d'un examen de conscience sur la manière dont on utilise l'argent de nos compatriotes.
Il y a beaucoup de gaspillage dans l'argent de l'Etat. J'entends faire un certain nombre d'économies et faire le ménage. - P.Cohen: Vous avez dit que la France était le pays qui prélevait le plus.
C'est vrai. C'est aussi le pays qui redistribue le plus. Une grande partie des dépenses, c'est de la dépense sociale. - J.Bardella: Un tiers des dépenses de l'Etat.
Je pense que la solidarité nationale doit redevenir nationale. Aujourd'hui, on a des prestations sociales qui sont données à tout le monde. Je souhaite que les prestations sociales soient réservées aux citoyens français, comme les allocations familiales, qui doivent être données aux familles dont l'un des 2 parents est de nationalité française.
Les aides sociales, non contributives aux étrangers, c'est 10 milliards d'euros par an. Je pense que sur l'immigration, qui est aujourd'hui un totem, on doit réduire la voilure pour faire en sorte que notre pays ne soit plus un guichet social, qu'on puisse aussi lutter contre l'assistanat. Le problème de notre pays, c'est que le travail ne paye pas suffisamment.
Le coût du travail est très important et l'heure de travail n'est pas suffisamment valorisée. J'avais proposé en 2024 qu'on puisse permettre aux chefs d'entreprise qui en avaient la possibilité d'augmenter les salaires jusqu'à 10 %. Ces 10 % auraient été exonérés de cotisations.
Il faut revaloriser l'heure de travail. Les salaires sont trop bas et on a des soucis de pouvoir d'achat. - A.-E.Lemoine: Faut-il appliquer cette méthode avec autant de rapidité et de brutalité que ce que fait E.Musk aux Etats-Unis en licenciant des fonctionnaires? - J.Bardella: On ne licencie pas des fonctionnaires.
La méthode qui peut être utilisée pour réduire les fonctionnaires et qui a été faite par le passé, c'est de ne pas remplacer les départs en retraite dans ces agences. - P.Cohen: E.Musk veut virer les fonctionnaires. - J.Bardella: Je connais bien l'interview.
Je dis que la mise en oeuvre d'un ministère à l'efficacité gouvernementale pourrait nous permettre d'améliorer... - P.Cohen: Vous dites "sur la base du projet d'E.Musk". - J.Bardella: Parce que je ne veux pas m'approprier une idée qui n'est pas la mienne.
Je pense que l'idée d'avoir un ministère qui est consacré à la façon dont on utilise l'argent des Français apparaît prioritaire aujourd'hui. - A.-E.Lemoine: Avec qui à sa tête?
Un chef d'entreprise ou un responsable politique? - J.Bardella: Je pense que ça peut être un chef d'entreprise ou un responsable politique. - A.-E.Lemoine: Donc c'est la République des patrons?
C'est un patron qui va vérifier ce que le gouvernement fait de l'argent des Français? C'est ce qui se passe aux Etats-Unis, là. - J.Bardella: Les ministères mettront en oeuvre la politique sur laquelle nous auront été élus et dont la feuille de route aura été fixée par le Premier ministre et la présidente de la République.
Il n'y a pas un Français qui nous regarde aujourd'hui qui n'a pas le sentiment que son argent est mal employé. L'idée qu'on gaspille l'argent des Français alors qu'on leur en demande toujours plus et que les services publics sont toujours plus défaillants m'est insupportable. Nous ferons le ménage dans la fraude fiscale, la fraude alimentaire, la contribution de la France au budget de l'UE.
Nos partenaires allemands et des Pays-Bas ont obtenu un rabais sur l'argent qu'ils donnent chaque année à l'UE. Cet argent sert à financer le réseau d'eau à Gaza, par exemple. Ce gaspillage d'argent public alors qu'on demande toujours des efforts aux mêmes, je ne le supporte pas. - A.-E.Lemoine: Ne pas gâcher l'argent public et déverrouiller les contraintes qui pèsent sur les outils de production.
Je vous cite. Ces contraintes, c'est quoi? Le droit social?
Vous voulez rendre moins contraignant le droit de licencier? - J.Bardella: Pas du tout.
Je ne pense pas qu'on peut renouer avec une grande ambition nationale pour la France avec des entreprises faibles qui n'ont pas la possibilité d'entreprendre et d'aller à la conquête des défis du XXe siècle. Quand vous écoutez le cri d'alarme des chefs d'entreprise aujourd'hui, du boulanger d'un village de la Marne en passant par B.Arnault et les agriculteurs, tout le monde vous dit que la France est un enfer pour entreprendre.
Il faut qu'on allège la charge de ceux qui veulent entreprendre. Ca va du prix de l'énergie...
Les règles européennes empêchent la France et nos compatriotes, comme nos entreprises, de bénéficier des fruits du parc nucléaire et d'une électricité pas chère. Je sors des règles européennes de fixation des prix de l'électricité. Ensuite, il faut une fiscalité de croissance.
On doit continuer à réduire les impôts de production. Ce n'est pas honteux de soutenir nos entreprises et nos chefs d'entreprise. Je veux soutenir la France du travail.
Dans la France du travail, il y a la nécessité de revaloriser les salaires et revaloriser le travail, l'effort et le mérite. Il y a aussi l'idée de ne pas défendre une France qui serait celle de la paresse, du combat mené en permanence à ceux qui veulent entreprendre et de l'assistanat. Il y a beaucoup de gens qui travaillent, qui ont des petits salaires et qui ne comprennent pas que certains puissent bénéficier peu ou prou du même salaire avec de la redistribution sociale.
C'est un sentiment partagé par beaucoup de Français, beaucoup de Français modestes qui font des efforts chaque jour plus importants. - A.-E.Lemoine: Vous aimez la série "Bref"?
Hier, K.Khojandi était sur notre plateau. Il a expliqué que, grâce au RSA, il a évité la très grande précarité, il a pu faire cette série, qui revient maintenant dans une saison 2.
Il a remercié le RSA et la CAF. Il a remboursé les indemnités qu'il touchait dès qu'il a pu avec ses premiers cachets. C'était tout sauf de l'assistanat.
C'est un système social qui lui a permis de ne pas tomber dans la très grande précarité. - J.Bardella: C'est l'honneur de la France de protéger nos compatriotes les plus précaires des accidents de la vie.
Ce modèle social doit être protégé. Il faut remettre l'Etat à sa place. Il est parfaitement normal qu'à partir du moment où vous connaissez un accident de la vie ou que vous êtes au chômage, vous pouvez avoir la protection du système social français.
C'est un acquis de la France du général de Gaulle. De l'autre côté, il faut aussi entendre le bruit de ceux qui ont aujourd'hui le sentiment d'être un peu au-dessus des minima sociaux, de ne pas être suffisamment riches pour entrer dans la case de ceux à qui le gouvernement fait des cadeaux fiscaux et qui a le sentiment de supporter sur ses épaules l'effort de toute la société. C'est la classe moyenne.
Elle a un peu le sentiment de trinquer pour tout le monde. Si notre ami de la série "Bref", dont j'ai oublié le nom, a pu aboutir à cette série, c'est sans doute parce qu'il a travaillé, produit de l'effort, qu'il est méritant. C'est l'honneur de la France que de lui rendre ce succès.
Il y a 2 impératifs aujourd'hui sur le plan économique: la défense du pouvoir d'achat, la baisse des dépenses contraintes et le fait de faire repartir la croissance. Quand vous avez des agriculteurs qui descendent dans la rue parce qu'ils n'arrivent plus à vivre de leur travail, ils disent qu'ils ne veulent pas dépendre d'aides permanentes. Ils veulent vivre de leur travail.
La multiplication des normes et la fiscalité très lourde qui pèsent sur eux les empêchent de travailler. C'est ce qui les a amenés à manifester. - E.Tran Nguyen: C'est aussi un discours qu'on peut entendre à droite, où B.Retailleau et L.Wauquiez sont tous les 2 candidats à la présidence des Républicains. - B.Retailleau: Je souhaite que la droite retrouve sa fierté.
On a eu des victoires à travers un certain nombre de circonscriptions. On voit qu'il y a un réveil de l'électorat de droite. On sent bien aussi que beaucoup de gens de droite retrouvent une fierté.
Je veux la consolider pour préparer l'avenir. - E.Tran Nguyen: Depuis qu'il est ministre de l'Intérieur, B.Retailleau a plus de popularité dans le classement des politiques préférés des Français.
Il est désormais 5e. Vous, vous êtes 2e, à égalité avec M.Le Pen.
Vous suivez sa progression? Il vous fait un peu concurrence? - J.Bardella: Je pense qu'il fait surtout concurrence à L.Wauquiez.
A LR, on va se diriger vers la 105e guerre des chefs, comme à chaque élection présidentielle. Je ne juge pas la personne. Je le juge à ce qu'il dit et à ce qu'il fait.
Pour l'instant, il est condamné à être le ministre de la parole. Il est dans un gouvernement où il est assis à côté de socialistes et de macronistes qui ne cessent de réclamer plus d'immigration. Il est condamné à être le ministre de la parole.
Je l'ai entendu il y a quelques semaines avec beaucoup de fougue remettre en cause l'aide de l'Etat, la gratuité des soins aux immigrés en situation irrégulière. Il n'a rien fait. Il a remis en cause le port du voile pour les accompagnatrices scolaires.
Rien n'a été fait. Vont-ils organiser un référendum sur l'immigration? Non.
On a sans doute là quelqu'un de très sincère, mais qui, à la place où il est, veut passer de la musique aux électeurs du RN. - A.-E.Lemoine: C'est LR qui cherche vos électeurs ou l'inverse?
Avec ce discours très libéral... - J.Bardella: Je pense qu'on partage beaucoup de valeurs.
Beaucoup d'électeurs de droite sont orphelins d'un leader, d'un projet ou d'un parti politique. Ils ont voté en 2007 pour F.Fillon.
Ils partagent avec nous la volonté de redresser l'école, revaloriser le travail, défendre nos entreprises et le pouvoir d'achat, maîtriser l'immigration...
Je veux aussi m'adresser à eux. Je pense qu'E.Macron a fait beaucoup de mal à notre pays.
Face à ce péril qui se constitue aujourd'hui autour du NFP et de J.-L.Mélenchon, les patriotes ont le devoir de se rassembler. - A.-E.Lemoine: Vous avez décidé de ne pas censurer le gouvernement.
Le PS a l'intention de déposer une motion de censure dans les prochains jours. Votre position sera déterminante. Il n'est pas question de la voter? - J.Bardella: Le PS dénonce le terme de "submersion" pour parler de l'immigration utilisé par F.Bayrou.
Moi, je suis d'accord avec le constat. Aujourd'hui, l'immigration est hors de contrôle. On a un peu le sentiment d'une submersion migratoire au regard de l'augmentation constante des chiffres depuis 30 ans et de l'impuissance des pouvoirs publics.
On ne s'interdit pas de censurer le gouvernement demain ou après-demain si on considère que les intérêts vitaux de la nation, que l'intérêt de nos compatriotes est remis en cause. - A.-E.Lemoine: E.Macron a proposé R.Ferrand pour succéder à L.Fabius à la tête du Conseil constitutionnel.
C'est un bon choix? - J.Bardella: Non.
Le président de la République met l'un de ses proches à la tête du Conseil constitutionnel. Le rôle du Conseil constitutionnel a été détourné de son intérêt premier fixé par la Constitution. On a un peu le sentiment aujourd'hui que, par les nominations qui ont été faites... - P.Cohen: Quelle nomination? - J.Bardella: R.Ferrand... - P.Cohen: Quelle autre nomination? - J.Bardella: Tous.
L.Fabius, par exemple, qui fait de la politique à la tête du Conseil constitutionnel. - P.Cohen: Je vous demande un contre-exemple.
Vous dites que R.Ferrand, ça ne va pas. - J.Bardella: Quel est le rôle du Conseil constitutionnel? - P.Cohen: Je vous demande si, depuis la naissance de cette République, à la tête du Conseil constitutionnel, il y a eu un contre-exemple au profil de R.Ferrand. - J.Bardella: Est-ce qu'on aurait imaginé, après la mise en oeuvre de la Ve République, le Conseil constitutionnel censurer une proposition de référendum du général de Gaulle?
La réponse est non parce que le Conseil constitutionnel n'était pas là pour entraver la volonté populaire. Aujourd'hui, si le Conseil constitutionnel était saisi sur une proposition de référendum sur laquelle il devait juger par exemple le décret de convocation, on se demande si le Conseil constitutionnel n'irait pas contre la démocratie. - P.Cohen: Vous proposez un truc contraire à la Constitution?
Le projet de loi que vous avez déposé est contraire à la Constitution? L'article 11 n'est pas fait pour changer la Constitution. - J.Bardella: Ah bon?
Mais le général de Gaulle ne l'a pas fait? - P.Cohen: Et le Conseil constitutionnel et le Conseil d'Etat ont dit que ce n'était pas conforme à la Constitution.
C'était le général de Gaulle, donc ça s'est fait. Tous les juristes pensent aujourd'hui que ça ne pourrait pas se faire. - J.Bardella: Donc le rôle du Conseil constitutionnel a bien été dévoyé.
Je pense qu'un projet de loi sur l'immigration rentre parfaitement dans l'article 11 de la Constitution. Je pense que le sujet migratoire est aujourd'hui précisément un sujet qui relève des domaines qui encadrent le fonctionnement de la nation. Demain, si nous étions au pouvoir, la 1re mesure que nous mettrions en oeuvre serait la révision de cet article.
La Cour suprême, dans une démocratie, ce n'est pas le Conseil constitutionnel, c'est le peuple français.
Jordan Bardella