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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 21 avril 2017 13 min

Emmanuel Macron : "Si je suis élu président, la première de mes missions sera de protéger les citoyens"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 8h22, le 7h9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Emmanuel Macron. Bonjour. Le pays connaît une nouvelle épreuve, que peut dire un candidat à deux jours du vote, sinon qu'il compatit et qu'une fois élu, il fera le maximum ?

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Emmanuel Macron

D'abord, il ne faut pas banaliser ces mots. En effet, ce qui s'est passé hier est encore une fois un acte terroriste, puisqu'il a été caractérisé ainsi par le Président de la République en fonction d'hier soir. Et moi, je l'ai dit dans le moment, je le redis ce matin, c'est à la fois de la solidarité à l'égard de nos forces de l'ordre, de la victime, du policier qui a été tué évidemment de sa famille et de tous les blessés et de leur famille. Mais au-delà de cela, on le voit bien, le défi qui sera le nôtre dans les prochaines années continuera à être celui de la lutte contre le terrorisme. Parce que nous ne le supprimerons pas du jour au lendemain.

Et pour cette fin de campagne, le défi qui est le nôtre est d'une part, évidemment d'apporter les réponses, d'éclairer le choix démocratique dans ce contexte, mais de ne céder en rien à la peur. Et donc moi, je dis deux choses ce matin très clairement. La première, c'est que si je suis élu Président de la République, je suis pleinement conscient du fait que la première de mes missions sera de protéger nos concitoyens, à l'extérieur comme à l'intérieur de nos frontières. Et que j'y suis prêt. Avec nos forces armées, avec nos forces de l'ordre, avec tout le travail qui est à conduire en matière de renseignement.

Mais dès aujourd'hui, nous avons aussi à garder présent à l'esprit que ce que cherchent les terroristes, c'est nous diviser, nous fracturer, c'est bousculer le cours de cette élection à venir. C'est d'ailleurs pour ça que je suis là ce matin. Et que j'ai souhaité confirmer ma présence à votre matinale. Parce que je n'arrête pas la campagne pour autant. J'ai suspendu... Pourquoi annuler vos derniers déplacements de campagne ? J'ai annulé deux rassemblements publics. Pour des raisons simples. Parce que c'est d'abord de la décence. Des rassemblements publics, le dernier jour, sont des rassemblements joyeux et de mobilisation.

Je n'allais pas réunir, et à Rouen, et à Arras, des femmes et des hommes heureux de se retrouver pour fêter cette fin de campagne et se mobiliser le lendemain de la mort d'un de nos policiers.

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Présentateur

Mais vous continueriez à faire campagne aujourd'hui.

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Emmanuel Macron

Mais la deuxième raison, c'était aussi que je ne voulais pas mobiliser des forces de l'ordre pour sécuriser ces rassemblements. Alors même que le procureur Molins n'a pas dit la totalité de ce qu'on sait sur cette enquête. Je pense qu'il s'exprimera ce matin. Et que je ne sais pas comment doivent être mobilisés et comment le ministère de l'Intérieur décidera de mobiliser au mieux nos forces de l'ordre. Pour ces deux raisons, j'ai souhaité suspendre les rassemblements publics. Mais je fais campagne, j'explique, je veux qu'on parle du choix démocratique.

Parce que le défi moral qui est le nôtre, Patrick Cohen, aujourd'hui et pour les années à venir, c'est de ne pas nous diviser d'une part, mais c'est aussi de préparer notre avenir. Ce qu'ils veulent, c'est l'effondrement moral. Ce qu'ils veulent, c'est la contemplation du désastre. Et je ne céderai en rien là-dessus. Ne jouons pas avec les peurs.

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Présentateur

Et ça justifie de parler d'autres sujets, ce qu'on va faire dans un instant, en parlant en partie de votre projet économique. Un mot encore sur cette question terroriste. Emmanuel Macron, que répondez-vous à ceux qui disent, vous les avez entendus cette semaine, ces derniers jours, et encore hier soir dans le débat, qu'on peut faire plus et mieux, par exemple en enfermant ou en expulsant les fichiers S les plus dangereux, ou en fermant les frontières ?

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Emmanuel Macron

D'abord, je veux rendre hommage à nos forces de l'ordre. Parce que depuis l'assassinat du père Hamel jusqu'à hier, ils ont déjoué tous les attentats qui étaient en préparation. Ne l'oublions jamais, redisons-le, jusqu'à Marseille la semaine dernière. Donc nous avons des forces de l'ordre, des services de renseignement qui sont remarquables. Et d'autant plus que l'un d'entre eux a été frappé. Les deux propositions que vous évoquez, qui sont portées par plusieurs candidats, on pourrait y rajouter la déchéance de nationalité pour ceux qui reviennent une fois encore, n'ont aucun sens. Les fichiers S, ce sont des fichiers qui sont tenus pour des fins de renseignement.

Il y en a environ 20 000 aujourd'hui dans notre pays. Si on les enferme tous, ou qu'on reconduit à la frontière, la totalité de ce qu'on pourrait reconduire à condition que quelqu'un les reprenne, on tue en quelque sorte dans l'œuf la finalité même de ces fichiers, qui est de suivre, de prévenir, d'être au cœur justement du renseignement et de la remontée des filières. A Marseille, c'était des fichiers S, ils ont été suivis par la DGSI, nos forces de renseignement, ils ont été arrêtés. Et donc, ça a montré l'efficacité.

Je serai très prudent sur ce qui s'est passé hier soir, puisque je pense que seul le procureur Molens peut nous dire la réalité des faits, et je ne veux pas ici les commenter. La fermeture des frontières n'a aucun sens non plus. Dans le cadre des accords de Schengen, nous pouvons procéder à des contrôles aux frontières. Depuis novembre 2015, la France procède à des contrôles aux frontières dans le cadre de Schengen, et même à l'intérieur des frontières. Et il y a des dizaines de milliers d'individus sensibles qui ont été reconduits, qui ont été appréhendés dans ce cadre-là. Donc, pas de fausse démagogie.

La déchéance de nationalité, je me suis suffisamment battu contre à l'époque, si je puis dire, pour vous dire que ça n'a aucun sens. J'entends d'ailleurs que M. Fillon a décidé, alors même qu'il était contre maintenant, de redevenir pour, c'est de la démagogie. Dans ces moments-là, on ne doit pas céder à la démagogie. Dans ces moments-là, on doit rappeler, mais soyons dignes, comme le président de la République et le gouvernement actuel, qu'on défendra une tolérance zéro, qu'on fera tout pour se battre, à l'extérieur comme à l'intérieur. Mais de grâce, n'inventons pas un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit.

Parce que ça, c'est de la panique, ça, c'est de la démagogie, ça n'est pas à la hauteur d'une campagne. Par contre, il y a des choses qu'on peut améliorer, et je me suis engagé sur cela dans le cadre de mon projet. Parlons de vous, Emmanuel Macron, et de votre projet, votre position de favori a fait de vous la cible de beaucoup de critiques. Juste une seconde sur le sujet de la lutte contre le terrorisme, parce qu'il y a deux points importants dans le projet que je porte, excusez-moi, mais le premier, c'est qu'on peut améliorer les choses en matière de renseignement.

Et donc moi, je souhaite aller plus loin, remettre des effectifs, reconstruire le renseignement territorial qui a été détricoté, en particulier par M. Fillon, et mettre en place, et je le ferai déléter, une cellule anti-Daesh auprès du président de la République qui coordonne l'intégralité du renseignement aujourd'hui dispersé. Et la deuxième chose, on le voit bien ces derniers temps et on va aller de l'avant, c'est une réforme aussi de notre justice et en particulier de la lutte contre la radicalisation en prison qui est essentielle dans le cadre de ce que nous vivons. Pardon de vous avoir interrompu. Une critique contre vous, Emmanuel Macron,

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Présentateur

une critique qui est liée à ce qui précède, c'est votre manque d'expérience. L'Elysée n'est pas un centre de formation, disait Jean-Pierre Raffarin qui était ici même à votre palace il y a deux jours en s'adressant à vous de cette façon. Dans ce contexte-là, j'aurais dit, vraiment avec le besoin d'expérience, je dirais à Emmanuel, si je le tutoyais, Emmanuel, ton tour viendra, mais aujourd'hui c'est trop tôt. C'est trop tôt, Emmanuel, mais ton tour viendra,

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Emmanuel Macron

dit Jean-Pierre Raffarin. Mais qu'il respecte les électeurs. Les Françaises et les Français jugeront. Leur tour à eux est peut-être déjà passé. Parce que c'est le tour de l'inefficacité qu'ils ont tant et tant fait tourner. La plupart de celles et ceux dont nous parlons, ça fait 20, 30 ans qu'ils sont dans la vie politique, qu'ils ont fait tourner la roue. Ils sont dans l'alternance entre la droite et la gauche. Ils ont fait tant et tant de ministères. On s'est habitué à eux. Quelle est leur expérience ? Celle d'avoir résolu les problèmes de nos concitoyens, ça n'est pas le sentiment qu'ils ont.

Celle de s'être accommodé des pratiques d'un monde politique dont nos concitoyens ne veulent plus. Je crois que c'est ce que cette campagne a pleinement révélé. J'ai une expérience. Ça n'est pas la leur. Celle du secteur privé, celle du service de l'État en tant que fonctionnaire, celle d'un ministre qui aussi, contrairement à un nombre d'entre eux, a su dire non quand il n'était pas d'accord. en prenant ses responsabilités, ses décisions, en démissionnant. J'ai ma cohérence, j'ai mon expérience. Je n'ai pas leur âge, je n'ai jamais fait de mon âge un argument. Ni dans la politique.

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Présentateur

Ce qui n'est pas banal. Ce qui est inédit en France d'avoir un postulant aussi bien placé pour l'élection présidentielle qui n'a jamais été élu auparavant. Mais j'aspire à corriger ce défaut puisque j'espère pouvoir dans les prochaines semaines corriger ce point. Une critique de gauche à présent, Emmanuel Macron. Votre projet pour l'assurance chômage, c'est un axe fort de votre projet et particulièrement l'arrêt des indemnités si on refuse plus de deux offres d'emplois décents. Ce qui renvoie à un débat qu'on a déjà eu sous Nicolas Sarkozy puisque c'est un dispositif qu'il avait déjà introduit. C'est quoi des emplois décents et à quoi ça sert

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Emmanuel Macron

de prendre ce type de mesures ? Ça n'a rien à voir avec ce que proposait Nicolas Sarkozy parce qu'il faut prendre la réforme de l'assurance chômage dans son intégralité. Ce que je propose, c'est d'abord de sortir d'une assurance chômage pour aller vers un système universel du chômage comme on l'a fait pour la maladie. Ce ne sont plus les cotisations sociales salariales qu'ils financeront mais la CSG ce qui est un gain de pouvoir d'achat pour tous les travailleurs fonctionnaires, indépendants et salariés du privé. Derrière, c'est du coup un droit ouvert à tout le monde.

les salariés évidemment, les agriculteurs, les commerçants, les artisans, les entrepreneurs qui aujourd'hui n'ont pas droit au chômage si un accident de la vie ou un accident économique leur arrive. Maintenant, tout le monde y aura droit mais avec ces droits, ce sont de nouveaux devoirs et le devoir, c'est évidemment celui qui va avec le contrôle. Comme c'est une prestation universelle, il y a un contrôle légitime. Qui fera ce contrôle ? Les services de l'État mais de manière... Pôle emploi ou les services de l'État ? Pôle emploi mais je vais vous expliquer comment. Parce qu'aujourd'hui, ils ne peuvent pas à Pôle emploi.

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Présentateur

Parce qu'aujourd'hui,

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Emmanuel Macron

nous sommes dans un système d'assurance où vous êtes indemnisé en fonction de la durée durant laquelle vous avez cotisé. Je sors de cette logique. Et donc, ce que je dis, c'est que vous tombez au chômage dans le contexte et compte tenu de ce nouveau tripartisme puisque l'État sera maintenant autour de la table avec les partenaires sociaux. Il y a le premier mois un bilan de compétence qui est fait par les services de Pôle emploi ou par des prestataires qui contractualisent avec. Si vous avez des offres d'emploi qui correspondent à vos compétences, vous pouvez en refuser deux, mais pas trois.

Et donc, ça veut dire les compétences qui sont celles que vous avez par vos diplômes ou votre expérience et un emploi, il faudra en définir les règles dès après l'élection et je veux laisser le temps du débat dans la région. Je ne parle pas de mobilité géographique. La question, c'est quel est l'écart par rapport au dernier salaire et au salaire de référence. Mais le point très important auquel il faut relier tout cela, c'est que je fais dans le même temps une réforme en profondeur de la formation professionnelle.

Si le bilan de compétences indique qu'il n'y a pas d'offre d'emploi qui corresponde à vos compétences du moment, l'État investit dans vous et vous reforme pour aller vers des emplois sur lesquels il y a des demandes et il y a des besoins. Aujourd'hui, quand on dépense 100 euros dans la formation continue, 15 euros seulement vont vers les chômeurs. On forme les gens qui sont déjà bien formés dans des emplois stables. Donc c'est une réforme d'organisation en profondeur de notre formation continue que je veux faire ce faisant pour former tous les chômeurs qui ne seraient pas qualifiés. Et derrière, c'est un plan d'investissement.

Dans les 50 milliards d'investissements que j'effectue, 15 milliards vont vers les jeunes et les chômeurs de longue durée, quel que soit leur âge. On a aujourd'hui, dans nos chiffres, entre 1,5 et 2 millions de chômeurs de longue durée dont le problème, c'est le problème de qualification. Et donc le débat n'est pas de maintenir l'assurance chômage telle qu'elle est aujourd'hui parce qu'on ne forme pas ces gens-là et donc ils ne peuvent pas retourner à l'emploi. Le débat n'est pas de réduire la durée d'indemnisation du chômage qui est un vieux débat qu'on connaît qui est inefficace.

C'est de faire cette réforme complète, transformation de l'assurance chômage, droits et devoirs et politique de formation et investissement dans la formation des chômes.

11:40
Présentateur

Un problème de qualification, avez-vous dit Emmanuel Macron, et non pas de refus de souscrire à des offres d'emploi

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Emmanuel Macron

à des emplois non pourvus ? Alors il faut mettre tout le monde en responsabilité, c'est pour ça que je veux qu'il y ait ce contrôle parce qu'il y a toujours des cas d'excès. Parce que si vous l'ouvrez demain plus largement, il peut y en avoir. Ce n'est pas probant dans ce qui s'est passé en France et dans les exemples étrangers,

12:01
Présentateur

les retours à l'emploi...

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Emmanuel Macron

Parce qu'on ne l'a jamais fait. À l'étranger, ça s'est fait, il y a des exemples. Ce que je propose est exactement similaire au modèle scandinave qui marche beaucoup mieux que nous. Le modèle scandinave, vous avez un contrôle. Vous avez un contrôle. Et il faut là-dessus... Ce sont des droits et des devoirs. Il faut être responsable. C'est de l'argent public. Il y a un contrôle. C'est tout à fait légitime. Mais ce contrôle, il va avec un investissement. Si dans l'endroit où vous vivez, il n'y a pas d'offre qui correspond à votre qualification, eh bien, je vous propose... Je vous offre une requalification.

Parce que le monde dans lequel nous entrons, c'est un monde des compétences et de la qualification. Et donc, c'est fini le temps où à 25 ans, vous êtes formé pour toute la vie.